LA PREMIÈHE ANNÉE DE LA RESTAURATION
intérêts publics, le contrôle des dépenses et la réforme des abus.
Mais ce qui aurait suffi au commencement du règne de Louis XVI, ce qui peut-être aurait empêché la Révolution, n'était pas en rapport avec Vétat où se trouvait maintenant la France, L'ordre ancien avait été complètement détruit, et, après le chaos révolutionnaire, un ordre nouveau avait été établi. L'administration était devenue régulière ; l'égalité devant la loi était un principe établi. Ce qui à présent était nécessaire, c'est que le mécanisme de centralisation ne continuât pas à être l'instrument employé par le pouvoir absolu à exploiter le pays. Il fallait à la France des libertés politiques. La forme et l'apparence avaient été conservées par les constitutions consulaires et impériales : on demandait la réalité.
Un projet de constitution présenté au Roi par le Sénat était destiné à assurer ces garanties ; Louis XVIII ne l'accepta point. Il voulait régner par son droit, et non pas recevoir la couronne que lui déférait un pouvoir qui avait dû cesser d'exister en même temps que le gouvernement dont il faisait partie. Ce n'est pas qu'il eût l'intention de s'établir en souverain absolu ; il comprenait la nécessité de reconnaître les droits publics de la France et de les assurer par les formes constitutives de son gouvernement. C'est ce qu'il avait authentiquement promis, avant de faire son entrée à Paris, dans la déclaration de Saint-Ouen 5 elle était pour ainsi dire le sommaire d'une constitution, conforme dans 3es principes a
celle que le Sénat avait présentée,
. Le Roi nomma une commission composée de sénateurs et de membres du Corps législatif, et chargea Tabbé de Montesquiou, M. Beugnot et M. Ferrand de préparer un projet de constitution qui serait communiqué à cette commission, afin de recueillir ses avis.
C'était surtout à Tabbé de Montesquiou qu'était confiée cette tâche -, il y fut aidé par M. Beugnot, dont Texpérience et le talent de rédaction étaient d'un grand secours. On a écrit que M. Royer-Collard avait pris part à ce travail -, quelle que fût la confiance que lui témoignait le ministre, ce n'était pas avec lui qu'il avait à traiter des questions dont la solution était indépendante de sa propre opinion, et presque toutes déjà décidées, sauf rédaction.
Malgré la longue habitude que l'abbé de Montesquiou et M. Royer-Collard avaient de se communiquer leurs pensées et leurs observations sur les circonstances et sur les hommes, ils n'en tiraient pas toujours les mêmes conséquences^ leurs opinions étaient parfois très-différentes, encore qu'il n'y eût pas de controverse entre eux.
Ce fut surtout dans les premiers moments de la Restauration qu'ils n'eurent pas la même vue sur l'état moral du pays et sur l'esprit public. M. de Montesquiou était entouré d'une société aristocratique, aveuglément heureuse du retour de la monarchie légitime, et qui ne pouvait s'empêcher de croire à une contre-révolution. La restauration du Roi paraissait à l'aristocratie entraîner nécessairement la restauration de l'ancien ordre social.