‹ La vie privée au temps des premiers CapétiensChapitre 14 sur 19 · XXX — VI — VIII · texte numérisé non relu

XXX — VI — VIII

YI vil — VIII —

On formait trois las de jetons, dont le premier tas, celui des livres, recevait d'abord 24, puis 30, puis 10, puis 6 jetons; le second tas, celui des sous, 8, puis 6,

* De retenues?

■' Abbé Lebeuf, Recueil de divers écrits, t. II, p. 85.

^ Nous avons vu que Jeanne d'Évreux possédait vingt-trois « gettouers d'argent ».

* U arithmétique eti sa perfection, ouvrage publié par F. Legendrc, contient encore, dans son édition de 1774, un Traité de f arithmétique par les jetons.

puis 5, puis 7 jetons; le troisième, celui des deniers, 0, puis 8, puis 5, puis 8 jetons. On comptait ensuite chaque tas. On trouvait dans le premier 70 jetons, qui représentaient 70 livres; dans le second, 26 jetons, qui représentaient 26 sous; on en enlevait 20 que l'on remplaçait par 1 jeton ajouté au tas des livres; dans |^^ troisième, on trouvait 27 jetons représentant 27 deniers; on en enlevait 24 que l'on remplaçait par 2 jetons ajoutés au tas des sous. On comptait de nouveau chaque tas; celui des livres contenait alors 71 jetons, celui des sous 8, celui des deniers 3, ce qui donnait bien k total exact de

LXXI livres VIII sols III deniers.

La soustraction, la multiplication, la division n'étaient pas plus difficiles à obtenir, et pendant bien longtemps ces procédés, lents mais assez sûrs, furent préférés h l'écriture ^

La géométrie devait beaucoup à Gerbert, qui fut accusé de magie parce qu'il savait déterminer la hauteur d'une tour et la profondeur d'un puits sans monter sur l'une ni descendre dans l'autre.

fja physique, l'acoustique, l'optique se résumaient en quelques conjectures empruntées aux Grecs et aux Arabes. Les causes du brouillard, de la rosée, de la

' Cette méthode de calcul, très habilement perfectionnée par la suite, permettait d'opérer sur les plus fortes sommes. On se servait d'un abaque, dans lequel huit lignes horizontales sont, coupées par uue ligne verticale nommée arbre. — Sur tout ceci, voy. A. F., Écoles et collèges, p. 124.

neige, de la grêle ne sont pas même soupçonnées encore, el Albert le Grand est bien près de les atlribuei- à la malice des démons.

Nous avons rencontré des besicles dans l'inventaire de Clémence de Hongrie et dans celui de Jeanne d'Évreux ' .

L'alchimie est la science par excellence, celle qui doit produire la pierre philosophale, révéler la compovSilion de l'or.

La minéralogie a livré aux médecins une foule de secrets bien profitables, dont je parlerai dans le chapitre consacré aux médicaments. Je me bornerai donc ici à rappeler les grandes vertus que possédaient en ce temps-lci les pierres précieuses.

Albert le Grand, au treizième siècle, professait que :

L'agate « fait vaincre toutes choses terriennes et tous périls éviter ».

Le corail « fait pacifier les lempestes et passer les llcuves ».

La chrysolithe « fait acquérir sapience et fuir folie >>.

La chélidoine « rend plaisant et agréable ».

Le lapis-lazuli « guarit mélancolie et fièvre quarte ».

L'hyacinthe « fait aller pèlerins seurement ».

Le saphir « fait l'homme à Dieu dévot et pur- ».

Ecoutons maintenant Jean Corbichon qui, au quatorzième siècle, traduisit, sur l'ordre de Charles V, le traité

' Voy. ci-dessus, t. I, p. 301) et 330.

- Albert le Grant translaté de latin e?i fi-ançoi:^, lequel traite de la vertu des herbes, des pierres précieuses, etc. Ce^i la traduction très abr(''";éc du traité De niineralibus et rébus jnetallicis.

(le Barthélémy l'Anglais, intitulé De proprîetatibus rerum :

L'améthyste guérit l'ivresse.

L'agate « conforte la veue et este la soif ».

Le béril « vault contre les maladies du foye et contre les souspirs et rottes qui viennent de l'estomach ».

Le diamant « est pierre d'amour et de réconciliation, car si une femme est courroucée contre son mary, et elle porte le dyamant, son mary en reçoit plus légièrement sa grâce ».

La chélidoine « vault contre les humeurs qui nuysent au corps et contre les fîebvres ».

Le jaspe mis en poudre « restrainct la fleur des dames et les émorroïdes ».

L'hyacinthe « faict doulcement et seurement dormir » .

L'onyx, « quant on la porte pendue au col ou à son doigt, elle esmeut la personne à tristesse et paour ».

Le saphir « reconforte le cueur et le met en lyesse. Quant il est mis sur la temple S il estanche le sang qui yst^ du nez ».

L'émeraude « restrainct les jolis mouvemens de luxure, appaise les tempestes et estanche le sang ».

La sardoine « boute hors luxure cestuy qui la porte, et le fait chaste et humble ».

La topaze « vault contre frénésie et contre la mort soubdaine ».

* Sur la tempe.

2 Goule.

La turquoise « reconforte la veue et engendre lyesse en la personne* »,

L'étude de la botanique se contentait de rechercher les propriétés thérapeutiques des plantes, presque toutes dispensatrices de remèdes aussi efficaces que ceux dont surabondaient les pierres précieuses. La rose, la véronique, le nénuphar, le myrte, la scabieuse, le plantain, la fougère et cent autres rendaient de merveilleux services. L'aloès arrête la chute des cheveux et assainit le foie; le panais excite l'amour, et la laitue le calme; le poireau rend la femme féconde, et le camphre rend l'homme impuissant, etc., etc. La sauge, herbe divine, est une véritable panacée. « Homme, pourquoi meurs* tu, disait l'école de Salerne^, lorsque dans tes jardins croît la sauge? — C'est que, contre la mort, tout remède est inutile^. »

Les astres, disait-on, exerçaient une action directe sur les plantes médicinales, dont les efîets étaient tout différents suivant qu'elles avaient été récoltées au moment de la pleine lune ou durant le premier quartier. Les plantes elles-mêmes témoignaient d'affinités pour des organes déterminés. Certaines ressemblances imaginaires, certaines particularités de leur conformation les avaient fait considérer comme efficaces dans telle ou telle maladie. L'echium vulgare étant tacheté comme la vipère, on le nomma vipérine, et on le prescrivait

' Le grand propriétan^e de toutes choses, f» cxxxvij et suiv.

" Au onzième siècle.

' Chapitre De simplicium virtutibus.

contre la piqûre des serpents; la pulmonaire était un spécifique des affections du poumon, et le suc jaune de la grande chélidoine passait pour souverain contre les maladies du foie.

Les arbres jouaient un grand rôle dans la vie privée. Au mois de mai, l'on plantait un arbre vert et enrubanné devant la porte des personnes que l'on voulait honorer, souvent aussi un arbre symbolique sous la fenêtre des jeunes filles; le lilas était l'emblème de la beauté, le sureau signifiait paresse, et le houx mauvais caractère. A Paris, les clercs de la basoche plantaient en grande cérémonie, dans la cour du Palais, uu arbre d'environ 50 pieds de haut, qui avait été choisi dans la forêt de Bondi.

L'arbre préféré des Français était l'orme, dit alors ormel, ourmel, ourmete/, ourmeciau, etc. On en dressait devant les églises, devant les châteaux, sur les places publiques, dans les carrefours, etc. A la porte du manoir féodal, on l'appelait 07^me d'abri, peut-être parce que le seigneur l'honorait souvent de sa présence. Ses vassaux venaient y payer leurs redevances: en été, il y rendait parfois la justice. Son juge ordinaire y tenait audience., aussi le nommait-on jj/^e de dessous Vorme et aussi yt/^c pédané^ pour rappeler qu'il fonctionnait debout.

C'est sous l'orme élevé en face de l'église que s'assemblaient les paysans après l'office. On y causait, on y jouait, on venait même y traiter des affaires importantes, y passer des actes solennels. C'était, en somme, le lieu ordinaire des rendez-vous, et de là est venu le proverbe Atlendez-moi sous Corme.

L'orinc situé en face de l'église Saint-Gervais, à Paris, est resté célèbre : plusieurs corps d'état venaient en cet endroit chercher des embauehages. A chacune des portes de la capitale, un orme était planté, et Ton voit en 1300 Philippe le Bel attribuer à quatre d'entre eux. une destination qu'ils ne recevaient sans doute pas pour la première fois. Après l'émeute qui le força h chercher un refuge chez les Templiers, et où il engagea sa parole de roi qu'aucun des mutins ne serait puni, il eo fit pendre sept à l'orme de la porte Saint-Denis, sept ;i celui de la porte Saint-Antoine, six à celui de la porte Saint-Honoré, et huit à celui de la porte Saint-Jacques. Ils seront vengés — par un autre crime — cinq cents ans plus tard, le jour où le peuple ira arracher de ce même Temple, pour le mener à l'échafaud, un descendant du roi félon.

Le quai actuel des Célestins était planté d'ormes qui lui avaient donné leur nom. Sur le quai de Nesle, aujourd'hui quai Conti, existait une saussaie à l'ombre de la- (juelle les habitants du quartier allaient se rafraîchir en été.

L'industrie tirait parti dt'jà d'un grand nombre d'arbres. Ainsi, les arêtiers, faiseurs d'arcs et d'arbalètes, employaient les bois d'érable, d'if et de viorne*. Les grandes lances de tournoi, longues parfois de 5 et même de 6 mètres, étaient faites de frêne ou de charme, d'où les noms de fraimin ou chnrniin que leur donnaient les chevaliers.

' « Faciuut... (le acero, laxo et vihurno. » Jean de Garlande,

Les tabletiers déclarent dans leurs statuts de 1268^ qu'ils utilisaient, pour la fabrication des tablettes à écrire enduites de cire, le buis, le hêtre ^ le cèdre ^ l'ébène*, le brésil^ et le cyprès^. Cependant, les tablettes qui nous ont conservé les comptes de l'hôtel de saint Louis en 1256 et 1257 sont en bois de platane.

Les avirons se faisaient en tremble, en aune ou en tilleul. Celui-ci était dit til, tell, teuil, tilleau, etc., et son écorce servait aussi à la fabrication des cordes ^

Le commerce des fleurs d'agrément appartenait aux bouquetières et aux courtilliers ou jardiniers. Ces fleurs étaient fort utilisées dans la vie privée. On en ornait les fenêtres; on en faisait d'élégantes coiffures, dont hommes et femmes se paraient également; dans les festins, on en couronnait les vases à boire et les verres; on les associait à toutes les cérémonies religieuses. M. Cocheris a publié^ une pièce sans date où l'on voit que la bouquetière attachée à l'église Sainte- Opportune devait fournir :

1° Le jour de Pâques et celui de Sainte-Opportune,

* Livre des métiers, titre LXVIII.

^ Dit alors fou, fouteau, faigne, faune, haistre. ^ Ils le nomment cadre.

* Dit benus, ibenus, etc.

^ Bois de couleur rouge et très sec qui, sans doute, arrivait alors de l'Inde par l'Egypte.

* Ils le nomment ciprf^s.

' Livre des métiers, titre XIII.

' Dans sa réimpression de V Histoire de Paris, par Tabbé Lebeuf, t. I, p. 189.

un bouquet des plus belles fleurs de la saison pour la quêteuse ;

2^ A la Fôte-Dicu, un chapeau de fleurs d'orangers à trois rangs pour le Saint-Sacrement; un chapeau pour le curé et six autres chapeaux pour les diacres, sousdiacres et porteurs du ciel ; trente chapeaux avec du vert, pour les ecclésiastiques; cinq bouquets pour les marguilliers; cinq douzaines de bouquets ronds pour les Anciens et les porteurs du ciel, et un chapeau pour la croix ;

3*^ Tous les matins de chaque jeudi, un chapeau de belles fleurs selon la saison pour le Saint-Sacrement.

Des femmes parcouraient les rues de Paris en criant les fleurs nouvelles.

J'ai joncheure de jagliaus, Herbe fresche !

leur fait dire, au treizième siècle, Guillaume de la Ville Neuve. On nommait alors jagllau le glaïeul à fleurs violettes. Pendant l'été, on en jonchait les appartements, les lieux publics, même les rues les jours de grande fête.

La zoologie du moyen âge est surtout empruntée à Aristote et à Pline. Pourtant, elle procède d'eux plutôt qu'elle ne les copie. Entraîné par son amour du surnaturel, il a surtout emprunté à ces deux écrivains les fables dont ils s'étaient faits les trop complaisants vulgarisateurs. Les rares esprits qu'attire le spectacle de la nature tentent bien de la décrire, mais leur fantaisie transforme la terre en un monde enchanté où

le réel tient moins de place que le merveilleux, où surgissent à chaque pas des êtres imaginaires doués d'étonnantes propriétés. A la fin du YIII^ chapitre, j'étudierai le rôle que jouaient les animaux dans la société; je vais donc ici exposer seulement quel était l'état de la science zoologique à l'époque qui nous occupe.

Les plus savants encyclopédistes du douzième et du treizième siècle, Hugue de Saint- Victor, Vincent de Beauvais, Albert de Bolstadt, Brunetto Latini, Pierre de Bressuire, etc., etc., enseignaient que :

Le lynx a la vue si pénétrante qu'elle traverse tous les corps solides, sauf le verre.

L'écheneis est un petit poisson qui s'attache aux navires et en arrête, à son gré, la marche, même durant les plus terribles tempêtes.

Il existe des fourmis de la taille d'un chien, qui fouillent la terre et en extraient de l'or.

L'éléphant ne craint au monde qiie deux animaux, le dragon et la souris.

Le cerf hait les serpents et les mange. Sa mort est certaine quand il reste trois heures sans boire après iiii pareil repas; mais s'il trouve alors une fontaine, il ra-jeunit en un moment de plusieurs années.

L'agilité de certaines cavales provient de ce que leur mère a été fécondée par le vent.

Le taureau devient doux et sans force si on l'attacheà un figuier.

Le tigre se laisse prendre au miroir.

L'hyène change de sexe à volonté.

LETTIIKS, SriENCES ET AKTS. 12V

r.e lion poursuivi cnacc avec sa queue la trace de ses f)as. Il a peur du feu et des coqs blancs.

L'hirondelle prévoit la chute des maisons, et peut ainsi abandonner h temps celle qui recèle son nid.

La souris meurt aussitôt qu'elle boit.

La belette conçoit pur l'orejllc et enfante par la bouche.

La chèvre respire nun par le nez, mais par les oreilles.

La taupe ne possède pas d'yeux, mais son ouïe est si fine qu'elle y supplée avantageusement.

La taupe se nourrit de terre, le caméléon d'air, la salamandre de feu.

L'aigle force ses petits à regarder fixement le soleil. Si l'un d'eux baisse les yeux, il ne veut pas le reconnaître comme étant de sa noble race, et il le jette hoi s du nid.

Le coq devenu vieux pond des œufs d'où naît le basilic.

L'hirondelle mange, boit et dort en volant.

Quatre bêtes représentent chacune la perfection d'un sens. Ce sont : le singe pour le goût, le vautour pour l'odorat, le lynx pour la vue, et l'araignée pour le • toucher.

Au moyen âge et même longtemps après, une foule d'animaux terrestres avaient des représentants de leur nom parmi les habitants des eaux. Il y avait un chien de mer, un lion de mer, un tigre de mer, un chat de mer, un âne de mer, même une cigale, une araignée, Ajne puce, un pou de mer.

La piqûre de presque tous les serpents cause une mort rapide, mais ce résultat est obtenu par des procédés très variés :

Mordu par un spectaficus ou par un seps, on fond entre ses dents.

Mordu par un hypnalis, on s'endort aussitôt pour l'éternité.

Mordu par un prester, on enfle à tel point que le corps finit par éclater.

Mordu par un dipsas, on meurt de soif.

Mordu par un hémorrhoïs, on perd tout son sang.

Le céraste se cache dans le sable, et il suffit qu'il touche le sabot d'un cheval pour tuer non seulement 3'animal, mais aussi le cavalier.

Tout être sur qui l'armène jette la vue tombe mort. Il en est de même de celui qui aperçoit les yeux du catoblèpe, un mammifère qui représente peut-être notre gnou.

Les attributs particuliers à l'espèce humaine se rencontrent dans un certain nombre d'animaux :

La harpie est un oiseau qui a à peu près le visage d'une femme.

La mantichore est un quadrupède, et le moine de mer est un poisson qui ont tous deux le visage d'un homme.

Le dracopopodes ou draconpedes est un serpent dont la tête ressemble à celle d'un jeune homme imberbe.

Le marintomorion ou maricomorion est un quadrupède à tête d'homme.

Les sirènes ont un buste de femme uni à un corps de poisson.

Le ziLyron est un chevalier bardé de fer, armé de toutes pièces, et dont le corps est terminé par une queue de poisson.

Les centaures ont un buste d'iiomme sur un corps de cheval.

Les cynocéphales et les onocentaures ont, sur un corps d'homme, les premiers une tête de chien, les seconds une tête d'âne.

Vivant sans cesse au milieu des bois, les animaux connaissent la vertu des simples :

L'hirondelle guérit ses petits au moyen de la chélidoine.

La belette guérit et même ressuscite les siens au moyen d'une Heur rouge qu'elle seule sait distinguer.

Le cerf blessé mange une plante qui est nommée serpentine, et il fait ainsi « saillir le fer hors de la playe ».

Une herbe dite flonius rend la santé à l'ours malade.

Le sanglier et le loup se servent de l'origan pour iiiguiser leurs dents.

Quelques bétes privilégiées sont douées d'une longévité que l'homme n'atteint jamais :

Le chameau, le perroquet et le vautour vivent un siècle.

Le dauphin vit environ cent quarante ans.

L'éléphant vit trois cents ans, le phénix cinq ou six jcents ans, la corneille au moins six cents ans.

Quant au cerf, quelques auteurs lui accordent jus-

qu'à près de quatre mille ans, d'autres limitent sa vie à un siècle.

Le cerf, le cygne et le lion pleurent leur mort prochaine.

Certains animaux possèdent des connaissances astronomiques; d'autres savent prédire l'avenir; d'autres pressentent les changements de temps, comme nos baromètres; d'autres indiquent les heures, comme nos pendules :

L'autruche attend pour pondre le lever d'une étoile nommée Virgile ou Juizille.

La femelle du cerf ne peut concevoir qu'après le lever d'une autre étoile appelée Arcton.

Le coq et l'oie annoncent, par des cris régulièrement répétés, les heures du jour et de la nuit. L'oie signale aussi les vigiles des grandes fêtes religieuses.

Le coq « par sa voix monstre les heures ». Son chant est plus doux et plus clair au matin, aussi est-ce Le chante-clair qui anime le Roman du renard.

Les cris de l'onagre indiquent également toutes les heures. A la date du 15 mars, il brait douze fois le jour et douze fois la nuit, afin de célébrer le commencement de l'équinoxe.

L'alcyon et le plongeon prévoient les tempêtes.

Le lièvre et la grenouille savent, dès la veille, le temps qu'il fera le lendemain.

Si la vache a en même temps plusieurs petits, c'est signe certain que l'hiver suivant sera très pluvieux.

« Quand vous voyez un chat assis sur une fenestre au soleil, qui lesche son derrière, et la patte qu'il lève

se porte aii-dessus de l'oreille, il ne vous convient de doubler que ceste journée il ne pleuve*. »

L'avenir, disiiil-on, n'a pas de secrets pour la corneille. Toutefois, d'après un zoologiste un peu sceptique, « c'est grand folie de croire que Dieu lui ayt révélé son conseil ».

La lune a une grande inllucnce sur l'humeur du singe. Il se montre d'une gaîté folle lors de la lune nouvelle, mais la vue de la pleine lune le rend « nié- Jancolieu ».

L'anguille et la carpe sont terrifiées par le bruit de la foudre.

Le dragon ne redoute au monde qu'une seule chose, la foudre, et il en est souvent frappé.

Le phoque, au contraire, n'est jamais foudroyé.

Le caméléon n'a de sang qu'au cœur. Si on réduit ce cœur en poudre et qu'on y mette le feu, il pleut aussitôt ou au moins il tonne.

L'aspic est redouté des femmes africaines. Les maris ont soin de lui présenter chaque nouveau-né : si celui-ci est illégitime, le serpent le tue aussitôt; il le respecte, au contraire, s'il est (^ de loyal lict ».

La puce blesse ceux qui veulent dormir, « et n'es- ])argne nul, ne roy, ne pape ». Quand il doit pleuvoir, sa piqûre est beaucoup plus douloureuse.

Le crapaud ne parle qu'en France, partout ailleurs il

' .l'oinpninto cette citation il VÉvayiqile des quenouilles, qui «latc du seizième siècle, mais l'idée qu'elle exprime si pittoresquemcnt est autérieuro au treizième. .

n'a pas de voix. De même, écrit Pierre de Bressuire, les Français, bavards chez eux, deviennent timides et muets dès qu'ils ont passé la frontière*.

Au reste, les naturalistes du moyen âge sont, en général, beaucoup moins préoccupés de venir en aide à l'humanité que de glorifier Dieu dans ses créatures. L'esprit théologique, qui domine et stérilise cette période, les asservit à leur insu; ils voudraient, ils croient être des zoologistes, et ne sont le plus souvent que des métaphysiciens captifs de doctrines imposées, des contemplatifs attirés par le décevant mirage des rêveries mystiques. Sous leur plume, on voit les animaux personnifier des vertus et des vices, devenir le prétexte d'interprétations morales, d'allégories pieuses ; se métamorphoser en orthodoxes propagateurs de la foi, en zélés défenseurs de dogmes dont les pauvres bêtes ne se soucient guère. Les légendes sacrées abondent dans les bestiaires, les volucraires, les lapidaires, où l'on demande aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux pierres précieuses de révéler les mystères de leur création bien plutôt que les conditions de leur existence. Les Pères de l'Église, premiers commentateurs de V Œuvre des six jours, transmettent ainsi aux générations suivantes un abondant patrimoine d'édifiants exemples, de fables ridicules et d'ingénieuses fictions qui, reproduites par les encyclopédistes et les poètes, furent, durant plusieurs siècles, acceptées avec autant de confiance que de naïveté.

* « In aliis regionibus muti et humiles fiunt. »

En veut-on quelques exemples?

Le lion, qui eiïace avec sa queue la trace de ses pas, est l'image du Seigneur, qui se plaît à cacher ses voies.

Le pélican, qui répand son sang sur ses petits pour les rappeler h la vie, est bien lo symbole du Christ, qui a versé son sang poumons racheter.

Le phénix, qui se renouvelle après cinq cents ans, représente le chrétien ressuscitant après sa mise au tombeau.

Le singe est l'incarnation du démon, un ange déchu qui n'a conservé qu'une grotesque image de sa beauté primitive.

A la belette, qui sans cesse change de place, sont assimilés les gens qui, après avoir promis de servir Dieu, le renient et cessent de respecter ses commandements.

La fidèle colombe, c'est l'Eglise qui garde h Jésus- Christ une foi pure et éternelle.

La salamandre éteignant le brasier sur lequel elle passe, désigne l'homme de bien, « le preud'homme de bonne vie esteignant tout autour de lui le feu et l'ardeur de la luxure ».

L'aspic, qui craint la voix des enchanteurs, qui, pour ne pas l'entendre, bouche l'une de ses oreilles avec sa queue et l'autre en la collant sur la terre, est l'emblème des riches de ce monde qui, assourdis par le péché et la convoitise, ne peuvent entendre la parole de Dieu.

Quand le corbeau croasse, ses cris de cras ! crasî demain ! demain! avertissent le pécheur qui, pour faire pénitence, remet toujours au lendemain.

Descendons du ciel sur la terre, et jetons en hâte un coup d'œil sur l'état des beaux-arts ^ L'architecture y occupe le premier ran^, elle est la grande gloire, la seule vraie gloire du moyen âge. L'architecte s'intitule maître des œuvres, c'est lui qui trace les plans, dresse les devis, achète les matériaux, surveille les travaux. On a conservé les noms de quelques-uns des incomparables artistes qui créèrent le réfectoire de Notre-Damedes-Champs^, les églises de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Germain-l'Auxerrois, de Saint-Séverin, la Sainte- Chapelle du Palais, et tant d'autres chefs-d'œuvre que Ton ne réussit même pas à copier aujourd'hui. Est-ce la foi qui manque? Peut-être, après tout.

Je ne puis me dispenser de donner un souvenir h l'album d'un architecte du treizième siècle, Villard de jlonnecourt, album aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale. Il est rempli de dessins à la plume concernant des sujets très variés, mais où dominent l'architecture, la géométrie, la charpenterie, la coupe des pierres, etc. Tous dénotent une telle simplicité dans leS^ appareils, dans les moyens d'action, une telle imperfection dans les instruments, qu'on a peine à s'expliquer

' Je ne «lois ici quoffleurer ce sujet. Ou le trouvera traité, avec autant d'auipleur que de compétence, dans YHistoire littéraire de la France. Voy. Discours sur Vétat des benur.-arts eu France au treizième siècle, par Amaury Duval, t. XVI; et Dis-vours sur l'état des beaux-nrts en France au (juatorzième siècle,^ l>ar É. Renan, t. XXIV.

- Aujourd'hui la bibliothèque du Couscrvatoire des arts et {Détiers.

.les merveilleux résuUals obtenus par les construcleurs Ae celte époque.

Le verrier complétait leur œuvre. Grégoire de Tours au sixième siècle, Fortunat au septième, parlent déjà des viti'aux qui ornaient certaines églises. Suger, au douzième siècle, célèbre la beauté de ceux qu'il avait l'ait exécuter pour la basilique de Saint-Denis. - Tant de monuments religieux sollicitaient la piété et l'admiration dos Parisiens qu'on ne saurait songer à les 4-iler tous. Au début du quatorzième siècle, on comptait Aé']h h Paris trente-sept églises. Parmi celles qui ont peu à peu disparu, je mentionnerai Snint-E tienne-du- Mont ^ , sur la montagne Sainle-Geneviè ve ; Saint- A ndrédes-Arts, démolie en 1700, et qui est devenue la place <lu même nom ; Saint-Cùme et Saint- Pamien-, à l'angle d(; la rue de la Harpe et de la rue de l'École-de-Médecine; Sahit-f/onoré \ dont l'emplacement est occupé de nos jours par la rue Montesquieu et l'ensemble de passages encore appelé cloître Saint-Ifonoi'é; Saint-Jemien-Grrvc. qui fut déti'uite en 1838 pijur agrandir Vhùtel de ville; S aint-Thnmas-du- Louvre, devenue Saint-Loidsdu- Louvre, ai démolie en 1811; Saint-Sulpice, reconsiruit(! au dix-septième siècle; Saint-Symphorien, donl on retrouva les ruines dans les caves du premier magasin de la Belle Jardinière; Sainte- Madeleine, ùo, la (até, démolie; en 1789; l'abbave Saint-Antidne-des-

* Rccoostruile sous Kraiioois V^^.

' Suppriniôc eu 1790, dômolie on I83îi.

•'' Démolie en 1792.

Champs, aujourd'hui hôpital Saint- Antoine, etc., etc. Cependant, les habitations particulières restaient laides et incommodes, dépourvues d'air et de lumière, mal distribuées à l'intérieur et d'un aspect misérable au dehors. Le lit était le principal ornement du logis; un bahut, un buffet, une armoire, un chandelier de fer, une table, un banc en complétaient le mobilier. Un àtre commun à toute la famille, parfois même à plusieurs, n'était guère allumé qu'au moment du dîner et du souper. A sept heures en hiver et à huit heures en été, la cloche de l'église voisine sonnait le couvrefeu; mais au quatorzième siècle, l'usage d'éteindre à ce signal le feu et la lumière n'était plus guère observé que dans les couvents.

On a vu plus haut* que Jeanne d'Évreux possédait d'assez nombreux tableaux, qui furent, après sa mort, expertisés par un peintre nommé Jean d'Orléans. Quelque habile que fût ce personnage, il était mis au rang des simples artisans, aucune distinction n'existant encore entre l'artiste et l'ouvrier^.

Les peintres, aussi bien que les sculpteurs et les chirurgiens, convaincus comme eux de faire « œuvre manuelle », ont donc, dans le Livre des métiers^, leurs statuts calqués sur ceux des autres corporations ouvrières. Ils y sont nommés ymagiers-paintres , et l'on y voit qu'ils sont autorisés à peindre sur « toutes

* Voy. ci-dessuS; t. I, page 335.

^ Voy. ci-dessous, le chapitre IX.

' Titre LXII.

manières de fust*, de pierre, de os, de cor- et ûq yvoire ». Dans les autres communautés, toute œuvre défectueuse devait être saisie et brûlée ; mais cette dernière sanction n'était pas appliquée aux ouvrages de peinture, « pour les révérances des saints et saintes en remembrances de qui elles sont faites », la corporation produisant surtout des sujets de sainteté. Par la môme raison, les peintres étaient dispensés du guet bourgeois, faveur accordée aux métiers qui travaillaient surtout pour l'Ëglise et pour la noblesse; en effet, disent les statuts, « leur mestier n'apartient fors que au service de nostre Seingneur et à la honnerance de sainte Yglise ». Les sculpteurs sont dits ymagiei^s-tailleurs^, « ce esta savoir taillieres decrucefix, manches à coutiaus et de toute autre manière de taille que on face d'os, d'y voire, de fust et de tout autre manière d'estoffe^* ». Chaque maître ne devait avoir qu'un seul apprenti à la fois, et l'apprentissage durait de huit à dix ans. Comme les peintres, ils n'étaient pas astreints au service du guet bourgeois, « quar leur mestier n'apartient à nule âme'' que à sainte Yglise et aus princes, et aus barons et aus autres riches homes et nobles ». Il leur était prescrit de toujours sculpter toute sainte statue dans un seul bloc, de n'ajouter aucun morceau, à

* J)t' bois.

^ De corne.

=» Titre LXI.

* Do matière preinirre.

•' No s'adresse à personue autre.

j^art la couronne. Exceplionnellement, quand il s'agissait d'un crucifix, on autorisait l'emploi de trois pièces, le corps et chacun des bras.

Dans la corporation des peintres, figuraient les enlumineurs de manuscrits, qui étaient au nombre de treize en 1292 et de quinze en 1313 ^ Des mains du copiste, le manuscrit passait dans celles de l'enjumineur, qui se chargeait de VhisloHer, de remplir les espaces laissés en blanc par le premier aux endroits réservés à une lettre ornée ou à une miniature. L'art d'enluminer s'appelait il/uminare, ùaôuinare, du mot baboim'-, alors employé pour désigner les étranges figures qui ornaient parfois les marges ou accompagnaient les initiales des manuscrits. Certains moines portèrent si loin le luxe de ces ornements, que des ordres mendiants, les Dominicains entre autres, en interdirent l'usage, et prescrivirent à leurs copistes de s'appliquer surtout à former des caractères lisibles. Les enlumineurs laïques demandaient de leurs œuvres un tel prix que l'on redoutait pour les fils de famille la séduction qu'exerçaient ces artistes sur de jeunes esprits. Le jurisconsulte Odofredo% qui égayé souvent d'anecdotes ses commentaires sur le droit '^j parle ainsi d'un écolier passionné pour les volumes historiés :

* Voy. les Tailles de ces deux anuées.

2 « Babouin, sitiiiae species. » Voy. Ducangc, aux mots bahewinus et baboynus.

^ Treizième siècle.

* « Vir erat festivissimi in^jenii. »

LETTRES, SCIENCE=» ET AliTS. 141

« Le père donne h son fils le choix d'aller (Hiidior il Pai'is ou à Bologne avec cent livres par an. Que lépond le fils? Il choisit Paris. Là, il fait emhahiiiner -ses manuscrits de lettres d'or, il se fait chausser de neuf tous les samedis : il est ruiné '. »

Les dépenses de costume devaient plus conlrihuerfi cette ruine que celles de rembabouinage, car les livres acquéraient une valeur considérable quand ils avaient passé par les mains de l'enlumineur, qui les enrichissait d'initiales en or, d'encadrements, d'armoiries, de vignettes, de miniatures. Daunou calculait en 1824 qu'au treizième siècle, un volume in-folio orné de peintures représentait comme prix « celui des choses qui coi'rteloient aujourd'hui (juati'e ou cinq cents francs- » ; évaluation bien arbitraire, puisque la valeur du volume était déterminée i)ar le nombre des ligures, la beauté du parchemin et la finesse de l'ornementation.

Les musiciens n'étant pas considérés comme a manoeuvres », avaient une organisation différente de celle des peintres et des sculpteurs. En 1321 seulement, ils furent, sur leur demande, constitués en corporation. Le 14 septembre, trente-huit d'entre eux, qui se qualifiaient de menestreitx et menesirelles, jongleurs et jonf)ler('sses, menestreurs, menesterels, etc., et avaient .\ leur tète Parisot, « ménestrel le llov ' », soumirent à la

' Voy. Maurus Fattorinus, De claris liononiensis professuriôto, *. I, p. loi.

- Histoire littéraire de la France, t. XVI, [>. 3'.*.

^ Voy. ci- dessous.

sanction du prévôt de Paris un projet de statuts qu'ils avaient rédigé d'un commun accord. Le chef de la corporation y prend le titre de prévôt de Saint-Julien. C'est à lui qu'il faut s'adresser pour avoir des ménestrels. Tout membre de l'association à qui l'on en demanderait doit répondre : « Seigneur, je ne puis alouer à autrui que moy mesmes, par les ordonnances de nostre mestier, mais se il vous fault menestreus ou apprentiz, allez en la rue aus Jongleurs, vous en trouverez de bons^ » Sept ans après, deux ménétriers commencèrent, dans la rue Saint-Martin, la construction d'un hôpital dédié à saint Julien le Pauvre. La corporation tout entière s'associa a cette fondation, bientôt complétée par l'érection d'une église dite de Saint- Julien des Ménétriers.

Les deux inventaires que j'ai analysés plus haut ne mentionnent qu'un seul instrument de musique, une vielle, dans l'inventaire de Jeanne d'Évreux ; mais à cette date, le mot vielle désignait certainement un violon, tandis que la vielle était dite rote, en raison sans doute du mouvement de rotation qui la caractérise. Bien d'autres instruments existaient déjà, le rebec, la trompette, la guiterne, la trompe, le cor, le tambour, la harpe, la musette, etc., etc. Le Dit d'un mercier cite la flûte et aussi le flageolet, à l'usage des bergers, dit-il :

J'ai de bons flageus à pastor.

Ménestrels et trouvères cumulèrent pendant long-

^ Ces statuts ont été publiés pour la première fois par M. B. Bernhard, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, t. III (1842),

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temps, avec la musique et le chant, les tours de force, (J'adresse et d'escamotage, tous les amusements capables de charmer châtelains et châtelaines; poignards, boules de bois et cercles de métal en faisaient surtout les frais. Artistes errants, le plus souvent sans sou ni maille, ils sont méprisés à cause de leurs mœurs dissolues, recherchés pourtant à cause des distractions qu'ils procurent. Au treizième siècle, quand Tun d'eux arrivait à Paris, il était dispensé du droit d'entrée exigé au Petit-Pont, à condition qu'il chantât un couplet de chanson ou, s'il était accompagné d'un singe, qu'il le fit danser devant le péager'.

La Taille de 1292 mentionne trois jugleeur s et un ménestrel. La rue dite rue aus Jugleeurs-, aus Jeugleeurs, aux Jongleurs ou aux Jugleurs\ devint rue des Ménestrels au quinzième siècle, puis rue des Ménétriers; elle a été supprimée en 1838, lors du percement de la rue de Rambuteau.

Déjà, il existait des corps de musique attachés à la j)ersonne des rois et des princes. Un rôle de la Chambre des comptes pour l'année 1313-1314 désigne, parmi les officiers composant la maison du comte de Poitiers'' : (( Raoulin de Saint- Vérin, ménestrel de cor sarrazinois ; Andrieu et Bernart, trompeeurs ; Bernard, ménestrel

' Livre des métiers, 2" partie, titre II.

■' Taille de 1292, p. Gl et 08.

^ Taille de /5/^, p. 60 et 72.

* Deveuu le roi Philippe le Loug.

de trompette, et Parisot, ménestrel de naquaires. « Ces naquaires étaient des timbales, mais on écrivait plus souvent nacaires ou nagaires, et ceux qui en jouaient étaient appelés ordinairement des nacarinsK

^ Voy. P. Daniel, Histoire de la milice françoise, t. I, p. 530 cî suiv. — Ducange, GLossarium, au mot nacara. — B. Prost, hiventaires mobiliers, t. I, p. 112.

LETTRES, SCIENCES ET ARTS. l^«o

Môflccins fil charlatans. — Los hfrbiors ot lour boniment. — Tro tula de Salerue. — Femmes guérisseuses. — Les convers. — La médecine interdite au clergé. — Les juifs. — Les médecins sont astreints au célibat. — Enseignement de la Faculté. — L'astronomie médicale. — Influence exercée par les planètes, par les signes du zodiaque et par les comètes sur nos organes. — Les douze maisons du ciel. — Conjonctions nuisibles et conjonctions favorables. — Les médecins et le calendrier. — L'influence des nombres. — Le nombre 7. — Jours critiques. — Jours pairs et impairs.

Apothicaires et épiciers. — Médicaments. — La thériaque. — La lerre sigillée. — Le sucre. — Préparation des médicaments. — Propriétés de certaines pierres. — Les perles. — L'or potable.

— Médicaments tirés des animaux. — Guôrisons obtenues par l'intermédiaire des reliques et parcelle des saints. -— Le saint <dou de l'abbaye de Saint-Denis. — Maladies désignées parle nom d'un saint. — Les rois de France guérissent les écrouellcs par le simple attouchement.

(Condition sociale des chirurgiens. — Trois classes de chirurgiens. — liCS inciseurs. — Dissection des cadavres. — Bulle de Boniface VIIL — Scrupules de Mundiui. — Henri de Mondcville. — Abus de la saignée. — La saignée dans les couvents. — Des laïcs y prennent i)art. — La saignée du l«» mai.

— L'art dentaire au quatorzième siècle. — L'anesthésie au moyen ngc. — Les preaiières sages-femmes. — Les ventrières.

Jadis comme aujourd'hui, quand deux amis se renconti\aient, ils se Icndaienl la main et se de- II 10

mandaient réciproquement des nouvelles de leur santé :

C'a, ceste paume !

Comment va?

dit Patelin*, et cette coutume est beaucoup plus ancienne que la Farce de Patelin. La santé, l'art de guérir jouent un si grand rôle dans la vie privée que l'on me reprocherait de n'avoir pas donné à ce sujet plus de développement que je n'ai cru devoir en consacrer à l'astronomie ou à l'architecture.

Il n'y avait guère à Paris que six médecins sérieux en 1272 et huit en 1274^. Mais on y comptait déjà au moins trente-huit personnes, tant hommes que femmes (mires et mirgesses), exerçant illégalement la médecine, sans avoir fait d'études spéciales et sans posséder aucun diplôme. Voici même le nom et l'adresse de chacun d'eux :

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