Mortes, la première en 1751, la seconde en
3. Ces tables étaient formées d'un X sur lequel on posait la tablette; à Vitré, au milieu du xixe siècle, la servante de ma grand'mère venait au sou de Y Angélus dresser la table qu'elle démontait après chaque repas : ainsi s était maintenu l'usage du siècle précédent : on « dressait la table ».
Dictionnaire de Trévoux définit la table de la salle à manger « un meuble le plus souvent pliant et portatif,
sur lequel on met les viandes pour prendre les repas. » Au xviii6 siècle, se multiplient ces tables <le dimensions réduites el de formes varices qui trouvent leur
place et leur emploi dans tous les coins de la maison : tables consoles, tables couvertes de marbre, tables « domestiques », tables secrétaires, tables de jeu, labiés dites « commodités de nuit ». tables dites guéridons que les inventaires inscrivent vers L750, guéridons a civmaillère qui permettent de hausser ou abaisser la chandelle dont la lueur éclaire l'ouvrage de la servante ou de la maîtresse du logis : tel est a peu pics le bilan fourni par les textes lavallois1. La aussi la mode impose formes et les notaires inscrivent les nombreuses tables à pieds de biche dont la vogue fut grande en ce temps.
Les sièges subissent des transformations analogues. Aux plus anciens inventaires figurent encore les vastes fauteuils du temps de Louis XII 1, héritiers des chaires du moyen âge; près d'eux sont les bancelles, les place ts, les pliants, avec leurs garnitures de moquette, de tapisserie, de broderie. Le mot de placet disparaît avec le xvii' siècle, et les notaires n'emploient plus guère que les mots de fauteuil, de chaise, de tabouret'-; la variété
1. Table de marbre avec carrie de bois de poirier de couleur d'ébène, 36 livres (1662) ; table de marbre avec son dessous à pied de biche de bois doré et peinl en vert, 30 livres (1759); une petite table ou domestique, '■ livres (1771); guéridon de noyer, 30 sols (1660i: guéridon à crémaillère, -'1 sols (1755), 26 sols (1782)
2. Six grandes chaises, 3 petites cl 2 bancelles couvertes de broderies |H>27); chaises de noyer couvertes de broderies laites en Coquilles (Pierre Guays, 1652) ; chaises de jonc, fauteuils de noyer à colonnes torses couverts de broderies, grandes chaises i toffées de satin a fleurs, couvertures de chaises de velours rouge, de -> Pge drapée semblable à celle des lits [Marguerite Cazet, 168^); 2 grands fauteuils garnis de velours à (leurs. 12 chaises couvertes de drap rouge semblable à celui du lit de repos (Jacques de l.auuay. JTU't).
32 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE l'ûUEST
n'est pas moins grande des étoffes qui recouvrent ces meubles, draps et velours, broderies et tapisseries à l'aiguille ', même quelques a tapisseries à personnages et fruits des Indes » que Ton voit cbez Jacques Daumesnil en 1732 ; puis, un peu plus tard, étoffes ravées, indiennes à fleurs, toiles de Jouy avec leurs chinoiseries et paysanneries, et partout et en tout temps sièges couverts, enfoncés comme on dit, de paille ou de jonc.
Les notaires inscrivent assez souvent des fauteuils à crémaillère qu'ils appellent aussi fauteuils de commodité2; c'est, au dire de Furetière. « une chaise dont le dossier se hausse et s'abaisse par le moyen d'une crémaillère et sur lequel on peut dormir commodément » ; on en trouve couverts de broderie, de mocane 3, de maroquin ; celui de Périer de la Girardière est fait « en confessionnal » (1757). Quelques lavallois infirmes ou plus riches ont des chaises à porteur ; on en peut voir chez Michelle Ouvrard, veuve de Guillaume Cazet 1669), chez Le Verrier, doyen de Saint Tugal, Jean Delaporte, Niot des Loges, Hardy de Lévaré4, Coustard de Souvré et quelques autres.
La forme des fauteuils est rarement indiquée dans les textes ; elle nous est plutôt révélée par leur usage : tels sont les sièges caquetoires 5, dont la forme basse et peu
1. Brodées par la maîtresse de maison; à la mort de Marguerite Guays, femme du notaire Lemoyne, on note une couverture de fauteuil de tapisserie et une autre à moitié faite (1745).
2. Ne pas confondre ce fauteuil avec la chaise percée qui se trouve un peu partout, sous le nom de « voyage au Pays-Bas, montauban, tabouret de commodité, » parfois garnie de drap rembourré, avec un plat bassin d'étain, puis un pot de faïence.
3. Mocane, mocade, moquette, « étoffe de laine sur (il, diversifiée de couleurs en rayons ou fleurons ». fabriquée en Flandre et à Abbeville, employée surtout aux ameublements.
4. La chaise à porteur de Hardy de Lévaré (mort en 1723), doublée de panne rouge brodée d'un galon de soie blanche, avec ses bâtons, courroies, sa couverture de toile, est adjugée pour 150 livres à Coustard de Souvré.
5. Petits sièges bas à bras et dossier ; chaises caquetoires garnies de broderies (1650), de housses vertes damassées *v 1699).
encombrante se prête plus facilement aux causeries
intimes : mais la date de ces meubles indique leur style décoré du nom du roi régnant, et les débris qui nous Boni restés attestent, à Laval comme ailleurs, le savoir professionnel des ouvriers de ce temps.
Là encore se manifeste la recherche de l'uniformité et de la clarté dans les tentures et le mobilier ; nous avons déjà constaté celte tendance qui apparaît dans la similitude des draperies du lit et des sièges ; au xvmc siècle, en son milieu, l'uniformité est réalisée dans les « salles de compagnie ' ». Le mobilier y forme en sa majorité un ensemble composé de sièges de même style et de même étoffe ; à Laval, il comprend généralement un sofa, des bergères", fauteuils, chaises, dont l'ensemble uniforme s'appelle brièvement un salon'.
Le placard — cavité ménagée dans la muraille et fermée par des vantaux — est encore rare au xvne siècle ; nos vieilles maisons, dans leurs parties conservées des xve et xvi° siècles, n'en montrent que de dimensions étroites, encadrés d'une moulure de pierre et situés auprès de la cheminée. Aussi le linge et les vêtements sont-ils serrés en un meuble appelé bahut, coffre, armoire, buffet, cabinet ; ces diverses appellations correspondent à des types différents que les tabellions distinguent dans leurs inventaires.
1. En plusieurs maisons bourgeoises, ce salon est situé au premier étage, la salle restant au rez-de-chaussée.
2. Le sofa et la bergère se trouvent dans la plupart des salons lavallois de la seconde moitié du xvme siècle.
3. En 1750, le salon de François Marest et Marie l'ichot, en la me de Rivière, comprend « un sofa, 8 chaises, 3 plus petites, une bergère avec son petit matelas et son petit oreiller, et 2 tabourets, le tout de tapisserie brodée, et i rideaux de fenêtre d'étoile rong Dans le même temps, le salon de Périer de la Girardière et Marguerite Reuusson se compose de 6 fauteuils, 10 chaises et un sofa
brodés », protégés par des housses de toile. Chez Pichet de la (.laverie, ou trouve aussi un sofa, 2 fauteuils et 12 chaises de broderie, avec leurs couvertures.
Le bahut ' tient encore sa place dans la salle : c'est le grand coffre du moyen âge, mais sa disgrâce est proche : de la salle, on le montera aux chambres, puis au grenier; c'est là qu'aujourd'hui on peut parfois retrouver ces coffres au couvercle bombé, recouverts de cuir, bardés de fer ou pointés, ou chargés de clous de fer ou de cuivre ingénieusement disposés; le bahut repose sur un soubassement de bois travaillé à moulures ou à godrons. Les notaires distinguent les bahuts et les coffres qui s'ouvrent aussi au moyen d'un couvercle à charnières, et les « huges » placées dans les cuisines et les buanderies 2.
En disparaissant du mobilier d'apparat, les grands coffres v laissent leurs diminutifs, coffrets et cassettes, souvent faits de bois rares ou recouverts de placages, d'incrustations, de tapisseries ou broderies d'étoffes fixées par des clous de cuivre : posés sur une table ou une console, ces coffrets renferment des objets de petite dimension, des bijoux, de l'argenterie, de menu linge : quelques-uns sont donnés à l'occasion d'un mariage et contiennent une partie du trousseau de la liancée ; ils peuvent être de véritables objets d'art ;.
Dès les premières années du xvne siècle, les notaires mentionnent les buffets sous la forme de dressoir ou