Un crucifix à fond de velours et cadre doré
3. Chez .Marie Ca/.et (1710), le receveur Paulmier d'Orgemont !l7.;i), le notaire Lemoyne (1745), etc.
D'autres fois un tableau religieux est appendu au manteau de la cheminée, soit au-dessus du crucifix, soit à sa place; chez Jacques Linoud I68!i . un tableau de la Vierge avec cadre noir « sur le manteau de la cheminée o ; chez Marguerite Lasnier, veuve de L'avocat Moraine de la Motte (1716), « un grand tableau de la Vierge. »
Çà et là on note dans les inventaires quelque statuette de dévotion, tels le crucifix et les « images sculptées » d'ivoire, de Michelle Ouvrard, veuve de Guillaume Cazet (1669) ; la « Vierge en bosse » dans une niche de bois doré, du chanoine Le Faux (1665) ; la Vierge de marbre, de Jean Mondière (1670), posée avec un Christ dans un cabinet vitré ; l'oratoire avec les figures de la Vierge et de saint Louis, du marchand Thomas Cribier (1697) ; la Vierge d'ivoire, d'Olivier Le Geay 1742).
Le plus souvent ces figures pieuses sont renfermées en de petites vitrines que Ton appelle chapelles ou oratoires. Elles sont nombreuses, et l'on en voit communément chez les petits marchands et les ouvriers '. Plusieurs abritent ces enfants Jésus, avec la Vierge et saint Joseph, fabriqués par les ciriers lavallois, produits d'un art populaire aujourd'hui disparu 2.
1. Cabinet d ébène auquel est représentée la Nativité de Notre- SeigneureJ autres histoires (1627); petit cabinet où est limage de la Vierge avec le petil Jésus cl une autre image de la Vierge avec an crucifix, le tout de sculpture (Sébastin Frin, 1661): petite chapelle de représentation de la Vierge (François Collet, lissier, 1695) petite chapelle dans laquelle il y a l'image de la Vierge en bosse (P. Moulard, marchand, 1708) ; petite chapelle de sainte Ueine et une autre dan- laquelle est l'image de la Vierge (Jean Sigogne, boucher, 1709) ; chapelle de bois vitrée avec représentation de la .Nativité (Anne Durand, 1710) ; chapelle avec un entant Jésus de cire (Louis de Brun, négociant, 1 T - ï '» i . etc.
'2. Voir J. -M. Richard, Les Torches de la procession delà Fête- Dieu (Laval, E. Lelièvre, 1900). On en Fabriquait encore au milieu du xix1" siècle ; le groupe de la Vierge, de saint Joseph, de l'enfant Jésus a disparu, puis à son tour le petil Jésus avec -es lu-as ouverts, ses joues roses, sa chevelure blonde : les crèches et personnages
Avec l'image de piété on a un bénitier : il est fait d'étain, puis de faïence, quelquefois de verre ou de coco ; quelques maisons riches possèdent des bénitiers d'argent.
Les sujets religieux sont les plus nombreux sur les tableaux accrochés aux murs des maisons lavalloises ; ce sont diverses scènes de la vie du Sauveur, la Vierge avec ou sans l'Enfant divin, l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des mages ' ; les saints, et particulièrement saint François, saint Pierre, saint Jean-Baptiste, saint Christophe, sainte Madeleine, sainte Agnès, sainte Reine ; des sujets bibliques, Daniel dans la fosse aux lions, Judith, le sacrifice d'Abraham, les Macchabées; de l'histoire profane peu nombreux, Alexandre, Gléopâtre quelques paysages et tableaux de fantaisie, tels le « vieil tableau de preneur de tabac », inventorié en 1650 chez Jean Beudin ; « deux petites figures d'un vezeux et d'un tambourineux » (1632»; les « six figures grotesques » de Jacques Le Courtois (1692).
Puis il y a le» portraits : celui du Roi, que l'on trouve fréquemment en peinture et en gravure ; parfois celui de la Reine. Jacques Emond possède une « figure du roy Louis XIII à cheval, sur albaste », inventoriée en 1689. On rencontre aussi le portrait du cardinal de Richelieu et plus tard celui de M. Arnaud, chez le chanoine Pierre Guays et plusieurs de ses confrères de Saint- Tugal. Des particuliers ont aussi leurs portraits : on en mentionne au xviie siècle, chez Jacques Emond 1689), chez le chanoine Paul Tartroux (1690), chez Julien Démaillé, procureur aux sièges royaux (1690). Ils abondent au xviii" siècle : chez Renée Gaultier, veuve de Leclerc des Gaudesches, on note cinq portraits de famille en 1769; les Coustard de Souvré exhibent dans leur grande salle six portraits et celui du roi Louis XI Y L748 . Les appré-
en carton pâte, généralement de fabrication allemande, ont remplacé l'œuvre de nos ciriers.
1. En 1669 (et très rarement), le couronnement de la, Vierge.
dateurs ne leur donnent pas de prix, l'usage étant de les remettre à l'aine des enfants ou au pins proche héritier.
A côté i\p^ tableaux se placenl les gravures 1 que l'on commence à colorier, les cartes géographiques, les tableaux généalogiques, les thèses qui prennent au xviii6 siècle une solennelle ampleur. Tous les tableaux sont peints à l'huile ; exceptionnellement quelques paysages sont indiqués comme « peints à la destrempe » ; les miniatures sont rarement signalées2, mais on rencontre souvent la mention d'images peintes sur vélin 3, suite décadente de la miniature du moyen âge, et quelques peintures sur verre 4. Il faut encore noter les figures faites en broderie, comme cette « teste de mort de broderie dans un cadre doré » de Daniel Le Balleur, qui possède en outre quatre tableaux de fleurs sur vélin L695 ; comme la « Vierge en broderie » d'Anne Durand (1710). Il y a aussi les images « estoffées », gravures sur lesquelles on a appliqué des fragments d'étoffes de soie recouvrant les vêtements des personnages5.
Nous avons déjà relevé la mention de coffrets de paille ; de cette fragile matière on fait aussi des cadres et des tableaux ; Nicolas Le Faux, curé de Saint- Tugal, mort en 1665, qui parait avoir recherché les œuvres d'art 6,
1. Pourat de la Madeleine en possède une certaine collection.
'*. Deux sont inscrites à l'inventaire du cure Fréard île Brétignolles 1 1708).
3. Dix-neuf petites images de vélin: quatorze petits tableaux sur bronze et un sur bois (Daniel Cireu. marchand, 1674).
i. IVi'l portrait de la Vierge et de son entant sur verre avec bordure (l(365i ; six tableaux de verre peint i 1689).
5. Figure de Notre-Dame, dorée el étoffée (1657 figure du Crucifix, do la Vierge et de saint Jean, étoffée (16!
6. Voici >cs tableaux : nu tableau de la Cène à la détrempe: tableaux à l'huile «le saint François, la sainte Vierge, sainte Catherine et saint Pierre el saiui Paul, sain! Laurent, la Nativité, le Crucifiement, YEcce Homo, saint Jean, saint Rocb, sainte Madeleine. cinq petits tableaux de fleurs.
possède « vingt-six petits tableaux de paille avec un bénitier, » estimés 14 livres.
Les appréciatrices chargées de l'estimation des mobiliers ne paraissent pas attribuer un grand prix aux tableaux, souvent elles les estiment en bloc ; elles semblent plutôt tenir compte de la valeur de leur cadre et de leur matière ; elles notent les peintures sur cuivre, sur bronze, sur marbre, et celles-ci sont portées à un prix d'autant plus élevé qu'elles sont plus rares : un « portrait de Notre-Dame, peint sur du marbre », est coté 20 livres en 1667. Elles signalent les tableaux appelés des regards * : trois grands tableaux de regards (1702), un petit regard garni d'un cadre doré (1734) ; parfois elles nous conservent le souvenir de quelques-unes de ces curiosités qui seraient évidemment recherchées par les collectionneurs de nos jours 2.
Mais les amateurs lavallois ne se contentent pas toujours de l'estimation faite par des revendeuses dont l'éducation artistique était forcément insuffisante ; plusieurs appellent le concours de peintres ou de connaisseurs 3.
En 1646, les enfants de feu Julien Martin, sieur de la Motte, avocat, font estimer les tableaux de leur père par le peintre Letourneur 4 : ses estimations sont supérieures
1. On appelait regards deux portraits de même grandeur dont l'un était tourné à droite et l'autre à gauche : Aspectas imaginum mutuus ( Dict. de Trévoux).
2. Cinq petits tableaux sur bronze, 10 livres ; un petit tableau de iNulre-Seigneur au jardin des Olives sur marbre blanc, 60 sols ; cinq cadres de paille avec des bouquets de (leurs, -ÎO sols ; un vieil petit Lableau de saint Christophe avec vitrail, 5 sols ; deux petits tableaux d'estain, 10 sols ; un lableau de sainte Catherine, 100 sols ; un crucifix, une Notre-Dame et saint Jean, le tout d'albaslre, 8 livres (Christophe Mousteau, magistrat, 1669).
o. Sans les faire estimer, François Chapelle lègue à l'hôpital Saint-Louis ses quatre tableaux, une Nativité, saint Pierre pénitent, saint Jean-Baptiste prêchant au désert, et un tableau des armes de Laval et de la Trémoïlle (1684).
4. Auteur du tableau du maître-autel de la Trinité [Bulletin de la Commission hist. de la Mayenne, t. XV, p. 350).
à celles des revendeuses et «les clercs «le notaire. Le défunl possédait une petite collection qui n'était pas sans
valeur : en sa salle, tableaux de l'Annonciation, de 1 Eccf Homo, de l'Ange gardien, de sainte Cécile, du roi Louis XIII ; en s.-i grande chambre, l'Ascension, saint François, sainte Suzanne ; dans ses deux éludes, VEcce Homo sur bois, Nôtre-Seigneur au jardin des ( >liviers,la Vierge, la Madeleine, un saint François peint sur albâtre bordé d'ébène, quatre petits ]>;i\ sages, cinq petits tableaux sur cuivre ; dans la chambre aux servantes, saint Jérôme, une tête de mort.
Trois .ans plus tard 1049), Letourneur dresse cet inventaire des œuvres réunies par l'eu François Jugault, procureur en l'élection de Laval : un crucifix au pied duquel est un saint François et une sainte Claire ; un saint François; un petit Mémento mori ; une Madeleine pénitente : un portrait du deffunt roy Louis XIII et de la reine régente ; une « vilagerie » : deux courtisanes : trois bergeries et deux paysages à détrempe ; le portrait de Henri IV ; un saint Hiérosme ; une petite Notre-Dame sur bois; une Trinité aussi sur bois; un tableau de la Vierge tenant Notre-Seigneur entre ses bras, accompagnée de sainte Elisabeth et de sainte Catherine de Sienne ; une petite image de bois de Notre-Dame ; un petit crucifix d'ivoire ; quatre petits tableaux où sont représentées les quatre saisons de Tannée ; une petite Magdeleine sur bois '.
Tout en passant rapidement à travers les inventaire-, on peut relever la mention d'un certain nombre de tableaux chez Daniel Le Labeur, marchand 1695 ; le portrait du cardinal Richelieu, la Madeleine. l'Adoration des Mages, la Vierge avec l'Enfant Jésus, Daniel dans la l'osse aux lions. Le salon de Marguerite Gazet, dame de Reclesne, est orné de quatre tableaux représentant la
t. Tous ces tableaux soui peints à L'huile, à l'exception de quelques « détrempes. »
Vierge, la Madeleine, Judith, Cléopâtre * ; dans sa chambre on signale trois petits tableaux sur cuivre (1705). Aux murs du salon de René Hardy de Lévaré, en son logement du château de Laval, sont pendus trois tableaux : Holopherne, les Macchabées, Alexandre mourant. René Duchemin, outre de nombreuses cartes de géographie et les portraits des rois et reines de France, possède « seize tableaux de façon de Troyes en Champagne, estimés 32 livres » (1704).
Le nombre des tableaux inscrits aux inventaires n'augmente pas au xviii0 siècle, mais les tableaux de famille et les paysages sont en plus grande proportion par rapport aux autres sujets ; les vieux tableaux n'apparaissent plus guère que chez les amateurs ou dans les vieilles demeures dont le mobilier n'a pas été entièrement renouvelé ; ils se font rares dans les salons élégants où les grandes glaces d'attache et les trumeaux peints ont pris leur place. On peut voir encore à Laval, en quelques hôtels qui ont conservé les boiseries du xviii" siècle, plusieurs de ces trumeaux peints par les élèves ou les imitateurs de Boucher, de Watteau, puis de Joseph Vernet 2.
Ce que l'on ne trouve qu'en petite quantité dans les salons lavallois du xvme siècle et moins encore dans les salles du siècle précédent, c'est cette abondance de petits objets inutiles et parfois charmants, ces bibelots dont le goût moderne est si friand. Quelques inventaires cependant enregistrent des «curiosités», comme on les appelait alors : « un petit cabinet auquel il y a plusieurs Agnus Dci, bouquets de paille, chapelets, trois cuillers d'écaillé de perle et autres curiosités, » dit l'inventaire du chanoine Le Faux en 1658. C'est dans cette catégorie qu'il faut
1. Dans la salle de Salmon, sieur du Griffon (1660) : la Vierge, la Madeleine, saint François et Cléopâtre.
2. Hôtels, rue du Lycée, n° 62 ; rue Saint-Mathuriu, n° li (hôtel deBerset); rue de Paradis, u° 12 (presbytère); place du Gast, n° 3.
classer les petits coffrets de cuir gauffré ou (Ion-, de broderies ou de tapisseriesà l'aiguille, d'autres en ivoire, en écaille, en nacre, en pailles coloriées1, les petits reliquaires en cuivre, en écaille, de forme ronde ou formant diptyque ; les objets cotés alors pour leur rareté, comme les quatre tasses « d'émail en façon de porcelaine > et celle de marbre blanc doré de l'avocal Roland Le Duc: « l'ergot (le butor garni d'argent et la tablette <1 écaille de tortue » de René l)u client in ; les quatre « petites grottes avec vitrail » de Hardy de Lévaré,la « teste de cerf avec ses branches et un crucifix dessus » attachée au mur de Langlois, sieur du Franchet, marchand en la rue de Paradis.
Et parmi les menus objets dont l'utilité peut s'allier à une forme élégante ou artistique, on peut encore placer les écritoires en étain. en faïence, en cuir, en ivoire, en argent 2, écritoires de table ou de poche, les récipients a incUre la poudre, les cachets dont on se servait volontiers au xvme siècle avec leurs lettres entrelacées, leurs armes parlantes ou leurs ornements symboliques 3, les étuis à cire, les couteaux d'ivoire, les « mains de marbre », dites aussi presse-lettres, fournies parles carrières du pays. En ces petits objets et bien d'autres 4 chaque époque a laissé son empreinte, et c'est avec raison que nous les recueillons comme des témoins intimes des
1. Un petit coffret d'ivoire et deux autres de paille (1705 . un petit coffret d'écaillé garni d'argent fermant à clef ( 1718).
2. Ecritoire de maroquin doré fermant de clef (1653) ; de cuir noir fermant de clef (1662) ; couvert de cuir doré (1666) : de marbre (1670 et ensuite fort commun) : d'ivoire façonné en marqueterie
1695) ; de bois de Sainte-Lucie (1759), etc.
3. Cf. J.-.M. Richard Lettres lavalloises, cachets de Hardy de Lévaré.
4. Leslavallois possèdent au xvme siècle bon nombre de lunettes d'approche. Quant ;iux lunettes communes, quelques-unes sont d'argent doré; Jean Mondière a. en 1673, une paire de lunettes de ô sous et >i un faux œil d'or » de 6 livres.
goûts et dos habitudes des générations qui nous ont précédés.
Les Armes et la Sellerie.
Dans les salles du xvne siècle, on peut voir accrochées aux murs ou au manteau de la cheminée des armes qui rappellent les temps troublés que Laval avait traversés. Ce n'est point que les Lavallois fussent d'humeur particulièrement batailleuse : la n'est point d'ordinaire l'inclination des gens de robe et de néeoce ; mais ils savaient faire honneur au métier des armes, quand ils s'y trouvaient engagés; ils avaient vaillamment lutté dans ce combat du Port-Ringeard où plusieurs des leurs, bourgeois, artisans, piètres mêmes, avaient péri les armes à la main. En 1 647, quatre-vingts jeunes gens de Laval s'enrôlent sous les ordres du comte de Rornorantin pour une expédition contre les Turcs de Candie : a la lin du xviic siècle, alors que le tissage chôme, ils partent en grand nombre pour les armées du roi, ils y forment en 1702 le régiment de Laval qui s'en va guerroyer en Provence et en Piémont ' ; les enrôlements volontaires sont nombreux dans les années qui suivent et plusieurs lils de bourgeois deviennent olliciers 2.
En tout temps, ils ont leurs deux compagnies de milice, la compagnie rouge et la compagnie bleue, et les jeunes gens riches montent à cheval tout équipés, pour former le brillant escadron qui va recevoir et escorter le seigneur de Laval sur la route de Bretagne ou sur celle de Paris.
1. « Le régiment de I. aval conserve toujours sa réputation de bravoure et de bouue tenue », écrit en 1703 l'auteur du Journal d'un tisserand.
2. Houdault, « lieutenant de compagnie » aux années de Flandre : Bidault de la Touche, capitaine au régiment de Piémont, etc.
Ainsi s'explique la présence de ces armes de guerre que Ton rencontre un peu partoul à cette époque. En 1611, à la mort d'Elie Périer, parenl peut-être du notaire Périer, tué au Port-Ringeard avec deux de ses Ris, on porte à l'inventaire une arquebuse à mèche, un haussecol, an plastnm et deux boucliers de fer '. En !<>27, on note chez Jean Lenain, sieur du Boulay, une hallebarde el deux arquebuses à mèche; chez René Bidallier, deux arquebuses, une escopette, un crochet de Lois 2, un pistolet, deux épées, un hausse-col; chez l'avocal Julien Martin, une carabine, une hallebarde, deux piques, une épée de cheval (1646); son contemporain, François Boulain, sieur du ( iriffon, a plusieurs armes que l'on fait estimer par l'arquebusier Mathurin Pousteau, deux arquebuses à rouet, « une arme à fusil avec la mire d'argent », un « petit fusil avec un canon à filets », trois épées dont une a poignée d'argent, une épée dans un bâton, un coutelas à l'antique, un poignard, une baïonnette avec sa gaine garnie d'argent, une hallebarde, deux baudriers, une gibecière de cuir. Plusieurs possèdent quelques livres do poudre a canon.
On pourrait encore citer, parmi bien d'autres, les armes de René Piau : une arquebuse à rouet, un fusil, un mousquet avec une bandoulière, une épée de cheval avec son baudrier, une autre dans un bâton et un a broc d'armes » (1653) ; de Jacques Moreau, sieur du Boisrousseau : une arquebuse, un fusil, trois pistolets à rouet, nue pertuisane, une hallebarde, deux épées, une vieille épée à deux mains l(>r>.'> ; du bourgeois Mondière : six mousquets à mèche, deux carabines, deux paires de pistolets, des hallebardes et des épées 1(170 . René
1. Jean Garnier, chanoine de Saint-Michel, probablement un clos ligueurs du temps, possède un véritable arsenal : deux escopettes, trois arquebuses, quatre pistolets, un mousquet anglais, deux hallebardes, un vouge, six arbalètes, une épée, une selle de cheval i Inventaire de 1 600 1 .
~. Béquille servant d'affût aux arquebuses.
Delaporte, juge du comté, colonel de la milice bourgeoise, possède un mousqueton, une carabine, une épée à poignée d'argent, trois cannes à épée, six paires de pistolets » (1706).
Tous les inventaires de la fin du règne de Louis XIY mentionnent ces mêmes armes que l'on exhibe aux revues de la milice ; puis, peu à peu, les vieilles arquebuses, les mousquets, les pistolets à rouet disparaissent avec ce qui restait des pièces de l'armure défensive 2 ; et les textes constatent le nombre croissant des armes de chasse, fusils « canardiers », fusils à deux coups, couteaux de chasse, poires à poudre, sacs à plomb et autres accessoires cynégétiques.
Les lavallois sont en eifet grands chasseurs ; le gibier abonde dans leurs campagnes, protégé par les haies et les genêts ; ils y font des chasses fructueuses et envoient volontiers à leurs amis une bourriche de gibier3. Lorsque le duc de la Trémoïlle, à la suite de la réconciliation de 1730, veut témoigner à la jeunesse lavalloise sa satisfaction par une agréable faveur, il lui permet de chasser dans sa forêt de Concise, se réservant seulement le gros gibier 4.
Grands chasseurs, cavaliers d'escorte des seigneurs du comté, les jeunes lavallois montent volontiers à cheval ; c'est d'ailleurs le moyen de transport communément em-
1. Ainsi décrits : Une paire façon d'Angers par Boulard, une par Hiéronimo Matto, une à vis qui se démonte façon de Sedan, une rayée sur la culasse, une façon de la Rochelle, une garnie de cuivre jaune.
2. Seul le hausse-col subsiste et dure jusqu'en 1870, conservé comme iusigne du commandement.
'.'>. Voir Lettres lavalloises et Lettres de Duchemin de Motte Jean I Bulletin de la Commission hisl. de la Mayenne, t. XXIX [1913], p. 38'.h.
4. Malheureusement, deux ans plus tard, des jeunes geus, entraînés par le marquis de Montecler, se mirent à chasser le cerf; le duc mécontent révoqua la permission qu'il avait accordée, et « cette folle jeunesse fut fort blâmée », dit Pichot de la Graverie.
ployé ' : aussi, quittant la salle un instant pour pénétrer dans la cour du logis, trouvons-nous en plusieurs demeures riches une écurie avec quelques chevaux, leur harnachement, des selles pour cavaliers et pour amazones ; cela se voit chez les Gazet, Delaporte, Hardy, Pelisson et quelques autres. Il existe même d'assez rares voitures, vastes et lourds carrosses '-' qui supposent une grande situation de fortune, et Ton put voir un jour les Cazel déplacera leurs frais, avec L'assentiment des paroissiens, les ma relies de l'escalier de la Trinité qui empêchaient leur carrosse de tourner facilement à l'entrée de leur hôtel. Et cependant ces luxueuses voitures, suspendues par de fortes courroies, ne pouvaient complètement amortir les secousses occasionnées par le pave de Laval, qui motiva les plaintes de Mme de Sévigné 3. l'Ius communes et moins coûteuses sont les chaises à porteurs, transportant les dames en toilette et les gens infirmes.
Les Instruments du travail féminin.
En toute demeure et le plus souvent dans la salle se trouvent les instruments du travail féminin. Nous avons
1. Hardy de Lévaré envoie chercher à cheval ses fils au séminaire d'Angers ; souvenl on a recours an service des métayers : celui de Clochet s'en va chercher à Rennes son jeune maître, Hardy de la Coudre, étudiant en droit.
2. En 1689, Daniel Pelisson et Marguerite Leclerc ont un grand carrosse, develours rouge an-dedans, et une petite carriole à quatre roues; Hardy de Lévaré, juge du comté, une chaise roulante, dile carrosse coupé : son prédécesseur en cette charge, René Delaporte, a un vieux carrosse, deux chaises roulantes, une litière, une chaise à porteurs doublée de velours avec glaces, des harnais ornés de cui\ reries, des casaques pour son cocher de la couleur- de la ■ housse du carrosse », un justaucorps de livrée pour le laquais | 1706).
• !. I. écurie el la remise servent aussi à abriter en hiver les oranei citronniers, que l'on replace au printemps dans les jardins : Us inventaires eu font mention,
déjà cité, d'après Cli. de Ribbe, cet intérieur d'avocat provençal où, au coin du ("en, pendant que la broche tourne le rôti, le père de famille prépare sa plaidoirie et la femme tient sa quenouille. Il en devait être de même à Laval ; elles étaient bonnes ménagères, nos lavalloises, et leurs mains étaient accoutumées à façonner le fil sur le rouet, à le dévider en « travoueil », à tricoter les bas de leurs enfants et aussi à manier L'aiguille de la tapisserie ou de la broderie. Au xvne siècle, le travail manuel est en honneur chez les femmes de la plus haute société : Mme de Genlis raconte que Mme de Maintenon « filait ou travaillait à la tapisserie en dictant ses lettres ou seule avec le roi » ; aux Rochers, Mme de Sévigné charme ses loisirs en travaillant à des « bandes de tapisserie », à un parement d'autel, et même à des serviettes que lui « coupe » Mademoiselle du Plessis '.
Chez les marchands tissiers, les inventaires inscrivent les « ouvroirs à faire la toile 2 » : ce sont des professionnels ; mais toutes les lavalloises, femmes de marchand, de bourgeois, de magistrat, ont leur rouet et leur dévidoir, le « travoueil », comme on l'appelait alors. Elles filent au logis le fil qu'elles confieront au tissier pour faire ces belles et fortes toiles qu'elles rangeront avec tant de complaisance dans leurs armoires. En de nombreuses maisons on trouve deux rouets et deux dévidoirs ; le second rouet est destiné à la fille que la mère instruit dans l'art de filer3, ou à la servante que la maîtresse de maison associe à son travail et retient ainsi auprès d'elle; l'économie, la moralité, l'amitié, ne peuvent que gagner a cette collaboration.