L. de la Brière, Madame de Sévigné en Bretagne
2. (liiez Thomas Cribier (1697|, « un ouvrouer et un huchet à ourdir toile : un ouvrouer el ses ustensiles à taire toile, rouel. châtelet, parouer, billot et maillet à battre fil. »
'.'>. Par testament, une mère donne à ses trois filles leurs rouets « qu'elles ont bien gagnés à filer » (1718).
Au xvne siècle, le rouet ;i sa place dans la salle, mais il ne la trouve guère au salon : au milieu du xvme siècle, il est dans la cuisine et dans la chambre des servantes : filer est devenu œuvre servile : broder et coudre, tricoter reste l'occupation des femmes du monde '.
( les rouets, ces quenouilles, ces dévidoirs pouvaient ('■ire élégamment décorés : plusieurs nous sont restés avec leurs bois joliment tournés, parfois accompagnés de petits ornements d'os et d'ivoire. Nos textes ne les décrivent pas; un inventaire de It>27 cependant mentionne une quenouille garnie d'ivoire à l'usage de Charlotte Gaudin, femme de René Bidallier, sieur des Courbes. Sans aucun doute, ils devaient être gracieusement façonnés, les rouets que les parents donnaient à leurs iilles en mariage: en 1659, Françoise Barbes, qui va épouser le chevalier du Boisbéranger, apporte un rouet à filer inscrit à la suite de son riche trousseau : un rouet ligure parmi les objets donnés en I ( > 7 < > par Guy Moreau, marchand,;» sa fille Marie, (lancée à Jean Le Balleur, maître chirurgien.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule occupation de nos lavalloises ; elles s'entendent à ces petits travaux dont le charme dépasse souvent l'utilité et qui, tout en exerçant leur patiente dextérité occupent agréablement les loisirs des femmes fortunées. Louise Barrabé, femme d'Elie Périer, possède, outre son rouet, « une douzaine de bâtonnets à l'aire dentelles » Mil I ; Marie Devernav, femme d'Urbain Rezé, a deux rouets, un petit métier à broder, un petit dévidoir de bois, quatre bâtonnets et trois petits paniers (1634 : aussi son inventaire meii-
1. L'usage du roue! est aujourd bui à pou prè% perdu dans uns pays. Les vieilles Bleuses sont mortes et n'onl pas été remplacées. Les servantes ne savent plus et ne veulent pins tourner le rouet. Les lissiers «à la main » qui travaillèrent en famille dans leur cave disparaissent ans>i : 1 usine et la confection ont tué ces petits métiers.
56 LA VIE PRIVÉE DANS l'NE PROVINCE DE L'OUEST
tionne-t-il plusieurs chaises et deux caquetoires brodés, sans doute par ses doigts. On constate les mêmes goûts dans la maison de l'avocat tiscal, Jean Salmon, mort en 1720, veuf de Marie Foucault : il laissait une fille qui avait dû broder ces couvertures de coussins portées à l'inventaire et commencer cette « couverture d'une chaise tracée de broderie » à laquelle était joint un « pocheton de laines à broder '. »
Ces passe-temps de broderie ou de tapisserie ne les empêchent pas de se livrer à des travaux plus utiles ; « Ma mère a fini vos bas de fil», écrit en 1749 Catherine Raver des Biglions à son mari Hardy de la Coudre. A la mort de .Marguerite Renusson, veuve d'Etienne Périer de la Girardière (1757), on inscrit « un porte-ouvrage avec le commencement d'un bas de laine blanche » ; en 1 707, Julienne Martin de la Blanchardière, femme d'Ambroise Hardy de Lévaré, laisse en mourant « deux porteouvrages de coton dans un desquels il y a un bas encommencé de filoseille et un de laine. » Ces porte-ouvrages de taffetas, de tapisserie, de toile ornée de tresses, se trouvent chez toutes les femmes : ils étaient d'un usage commun en un temps où Ton se plaisait à aller « faire l'ouvrage » en compagnie, chacune apportant l'œuvre commencée et son petit outillage, son « nécessaire ». comme on disait il y a moins de cinquante ans.
Mais là ne se borne pas l'activité de nos lavalloises : par goût ou par devoir, elles se donnent aux occupations pins vulgaires du ménage, où la direction, sinon la coopération, de la maîtresse de maison est si efficace.
1 . La couverture d'une chaise tracée de broderie, avec un pocheton de laine à broder. 8 livres 1 726). — Le 19 août 1793. Mlle A ri liémise Duchemin écrivait à son frère : «J'ai été acheter ton nilei : il me coùie 11 livres. J'ai demandé à Mlle Froc s'il falloit le faire (ailler: elle m'a dit que cela lui seroit plus commode. Il faudra que je dessine les (leurs sur l'étoffe, j y mettrai toute mon application. Mlle Froc me brodera un petit morceau pour taire l'épreuve de la soie au savon. Sij'avois de la soie, j'aurois une grande tentation de le broder. »
Près de la salle se trouvent la décharge, la laverie, la boulangerie, la cuisine surtout, des que Ton a renonce à l'usage d'installer au foyer de la salle sou pot-au-feu cl son rôti '.
Il n'y a guère de maisons aisées où l'on ne trouve la « selle à faire buée » ; c'est le trépied qui supporte la cuve de merrain ou de terre cuite, destinée à la lessive ; l'expression « faire la buée » est encore usitée de nos jours. La cendre est abondante, mais le savon est encore un objet coûteux et rare : un inventaire de 1684 porte «un pain de savon » au prix de 10 sous; un autre de 1705, « 8 livres de savon valant 8 livres 16 sols » : ce sont des prix élevés. Partout on a des « plaques d'airain à dresser le linge » : ce sont les fers à repasser.
Dans la boulangerie ou, s'il n'y en a pas, dans la cuisine, sont des « sas à passer farine », des huches, « la marque à marquer le pain », marque de fer avec initiales dont l'empreinte sur la pâte permet à chacun de reconnaître son pain après ht cuisson. On pétrissait alors chez soi en tout ou en partie le pain consommé parla famille-, on le portait au four banal 3 ou chez le boulanger qui le faisait cuire moyennant rétribution 4.
Le matériel culinaire est à peu près celui qui a subsiste jusqu'au jour où l'antique chauffage au bois a été remplacé par le chauffage à la houille, au pétrole, au gaz ; les formes ont peu varié, mais la quantité s'est notablement accrue avec les exigences du bien-être. Lorsque
I. Cela s'entend — ■ est-il besoin de le faire remarquer? — de la Famille bourgeoise : chez l'artisan et dans les ménages moins riches, la femme apprête elle-même la nourriture de la Famille, et la cuisine se (ail dans la salle on la chambre où Ton mange et où l'on couche.
'2. Cil usage s'esl maintenu à Laval en bien des familles au milieu du \i\" siècle ; ce ■ pain de ménage » a disparu avec les servantes qui voulaient bien accomplir ce travail un peu dur de la boulangerie dont elles n'étaient nullement incommodées.