Les notaires écrivent toujours « écuelles oreilles
3. Les égouttoirs et les assiettes percées étaient destinés à recevoir les légumes el fruits cuits à l'eau, les artichauts, les châtaignes bouillies dont les lavallois faisaient une grande consommation.
4. Le chanoine Tartroux, de Saint Michel, laisse à sa mort 1694
3 grands plats, 't moyens, '■'< petits, i2 assiettes, - grandes mazarines, une aiguière, i |>eiiis flambeaux, « salières, 3 écuelles à oreilles, un égouttoir, une pinte, une chopine, un beurrier, un sucrier, une seringue dans un étui, le tout estimé lan livres '■ sous — En 1702 le chanoine Le Verrier, de Saint-Tugal, laisse 160 livres pesant d'étain fin, « armoirié «les armories du d< funt. »
5. Le pot valait deux pintes, la pinte deux chopines la capacité de la pinte était d'uu litre environ.
monnier »,2 salières « d'étain royal à balustres ajourés », enfin un « pot de chambre » • estimé 25 sous. Pichot de la Graverie possède 19 plats tant grands que petits, 54 assiettes, 2 assiettes percées, un pot-à-1'eau, une chopine et une demi-chopine, une commère, un porte-àdîner, 5 tasses, pesant ensemble 134 livres (1741). Au xvme siècle, quelques pièces détain sont argentées, chandeliers et porte mouchettes, et, chez Le Breton de Villeneuve (1756), deux saladiers2.
La faïence, et surtout la porcelaine, n'apparaît d'abord que comme objet d'ornement et de luxe : on a quelques vases, on a quelques pièces de table avant d'avoir des assiettes. Ces pièces sont peu nombreuses jusqu'au moment où l'abondance de la production, conséquence du rapide développement de la fabrication, amène l'abaissement des prix et la diffusion des produits ; la faïence devient alors cet objet usuel qui, par son bas prix et sa facilité de nettoyage, devait se substituer à l'étain, en dépit de sa fragilité.
En 1689, Louis XIV fit porter à la Monnaie sa magnifique argenterie et à diverses reprises invita ses sujets à suivre cet exemple patriotique ; les courtisans l'imitèrent, ce qui donna à Saint-Simon l'occasion d'écrire : « Tout ce qu'il y eut de grand et de considérable se mit à la fayence » ; mais il ne paraît pas que ces lois somptuaires aient eu grande influence à Laval ; n'étant pas gens de cour, les bourgeois conservèrent leur argenterie et leur étain, et ne se mirent que lentement et par goût à la faïence.
Les inventaires du milieu du xvne siècle n'en signalent
1 . Ce vase se faisait alors en étain ainsi que la seringue que possèdent beaucoup de familles. L'apothicaire Daniel Blanchet avait une seringue en argent, achetée par l'orfèvre Langlois en 1704 à la vente faite après le décès de Marguerite Lasnier, sa veuve : il s'en servait sans doute quand il opérait chez un client de qualité.
2. Deux chandeliers d'étain lin avec leurs mouchettes et portemouchettes garnis d'une feuille d'argent (1724).
encore que de petites quantités : deux plats, douze assiettes douze vaisselles, comme on disait alors el douze vases divers chez l'avocal Julien Martin en 1646, ficela oe v.nit pas moins de 9 livres 6 sous; une aiguière, un pichet, une salière, une écuelle à oreilles el dix « vaisselles o chez Guy Hacqueberge, marchand L660 : un pichet, un c< platde féance figurée » chez le chanoine Le Faux L660 ; L2 vaisseaux e1 8 assiettes de faïence « façon de porcelaine •> chez Christophe Mouteau 1669 .
Il faut noter cette imitation de la porcelaine poursuivie parles faïenciers et recherchée par les acheteurs, ;i une époque où la porcelaine, importée de l'étranger, était encore si rare à Laval (prou la classait parmi les objets précieux avec l'argenterie et les bijoux 1.
En même temps on continue à se servir de poteries vulgaires, de « guerlandes 2» et de récipients divers de « terre vernissée », connue la fontaine ainsi désignée dans un inventaire de 1670. Le greffier Guillaume Du Parc a deux plats, un beurrier, quatre autres pièces de faïence et des pots et salières de terre vernissée : on en trouve chez Renée Débonnaire, veuve de Ijécuyer Jacques Denyau, avec un pot, un pichet, un chandelier, une écuelle de faïence, et cet objet de luxe : « une tasse de cuivre émaillée » (1659). Dans l'argenterie de Daniel Le Balleur L695 .on compte « deux tasses hautes en porcelaine avec nances », el dans sa vaisselle, un plat (disse « a mettre six mazariniers :; au dessert », sept o maza-
1. L'avocat Roland Le Duc possède (quatre tasses d'émail façon île porcelaine, deux petits verres de niesme eslofle et une autre tasse de marbre doré blanc ces pièces avec un porte-cornet de Faïence il un chandelier de cristal, valent le prix de 25 livres (161 Chez Jacques Emond, une lasse de porcelaine e>i prisée 32 bous
2. Des pots de guerlande servaient el servent encore pour conserver le^ provisions de beurre h de lard on fait aussi en faïence commune blanche les boîtes à confitures.
3. Les mazarines sonl des petites asjsiettes creuses à mettre le menu desserl ; <>n les plaçait sur un plateau [ici plat clisse . disposition redeveuue à la mode depuis quelques années.
rines en fayence pourceline ». un grand plat, une tasse, un bénitier et autres vaisseaux de fayence et des boîtes à confitures de faïence blanche.
Ces citations pourraient être multipliées sans être beaucoup plus variées ; mais il faut signaler comme une rareté à Laval un « service de vaisselle de Hollande doré ». estimé au prix de 30 livres, sorti sans aucun doute des fabriques de Delft, appartenant au riche négociant Jean Delaporte 1044 .
A mesure que l'on avance au xvme siècle, les pièces de faïence et de porcelaine apparaissent de plus en plus nombreuses : plats et assiettes, salières, écuelles. Arinaigriers et huiliers, compotiers, plats-potagers ', plats « à faire le poil », bénitiers, etc. ; puis ces pièces sont assorties, elles forment un ensemble :. comme les « six goblets à café avec le sucrier de fayence3 » de Goustard du Plessis 1744 . Le café et le thé jouissant des faveurs de la mode, on voit se multiplier les cafetières et les théières de faïence, de porcelaine française et exotique : Moraine de la Motte a deux « caffetières du Levant », et Jacques Daumesnil, des porcelaines de Chine.
En ce milieu du xvnie siècle, la faïence, dans les maisons riches, peut suffire au service d'une table bien garnie. Pichot de la Graverie a des « terrines à ragoût », toutes les pièces que nous avons rencontrées un peu partout, 18 assiettes de grosse faïence, 36 de faïence fine, 12 assiettes de porcelaine, avec des compotiers et des verres de cristal: Périer de la Girardière a cinq
1. Ou dit aussi un plat soupier il72'n, une assiette soupière: je n'ai rencontré le mot « soupière » isolé que dans le dernier tiers du xviue siècle.
2. Exemple : 3 douzaines d assiettes en trois façons, 8 compotiers, ladiers, '» plats, 1 huilier de faïence, 6 porcelaines de faïence
(Pierre Niot, procureur, 1734); — douze assiettes de faïence de Rouen. 19 communes, une jatte de faïence, etc. (Georges Périer, inspecteur des contrôles et domaiues du roi, 1755).
o. Chez Périer de la Girardière, 40 gobelets avec leurs soucoupes et un sucrier de porcelaine, le tout estimé 40 livres (1757.1
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douzaines d'assiettes de faïence fine ; chez Duchemin de Vaubernier, on inscrit deux douzaines d'assiettes « à chêne vert » ' et autant « à petites fleurs » : ce sont l'un et l'autre des ensembles assortis; service de faïence à filet bleu chez François Delaporte, nombreuses assiettes « découpées », d'autres « carrées » 2 chez Joseph Matagrin ; service de faïence de Strasbourg chez Gaultier de Vaucenay, contrôleur général des guerres, avec rafraîchissoirs, verres « à vin de Champagne », verres à liqueur et tous les éléments d'une table luxueuse en ce temps.
Comme la faïence se substitua peu à peu à l'étain, le verre remplace les gobelets de métal; outre ses qualités de propreté, il est en harmonie avec la note claire et lumineuse que donnent sur une table la faïence et la porcelaine. Pendant tout le XVIIe siècle, le verre est encore rare à Laval. Les inventaires mentionnent seulement un petit nombre de bouteilles ; ce sont des bouteilles clissées ou renfermées dans des caves qui les protègent contre les accidents et peut-être aussi contre les indiscrètes curiosités3. Les plus riches lavallois n'ont encore au milieu de ce siècle qu'une douzaine de verres à boire, mais la production de la verrotterie est constante et rapide ; au siècle suivant, elle est à Laval d'un usage commun avec les verres à boire, les carafes, les compotiers, les cristaux 4, les huiliers, les salières et autres
1. Faïence très épaisse aux bords ondulés, décorée en son pourtour d'un filet bleu el lu-un grossièrement imité de Rouen, eu son milieu d'un petit chêne au feuillage verl : elle me parai! provenir d'une fabrique <lu pays, peut-être de ««-lie de Forcé.
2. Sans doute «les assiettes octogonales en terre de pipe, nés abondantes jadis au pays de Laval.
3. Cave de Flandres garnie de 12 bouteilles fermanl à clef, chez l'orfèvre Bidault de la Naillère (1642), avec 6 bouteilles (avocat Martin, 1646).
i. Les personnes âgées qui vivaient encore il j a une cinquantaine d'années appelaient ainsi des compotiers montés sur pied et garnis d un couvercle ; ils étaient de tous les dîners d'apparat.
G6 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE l'oUEST
accessoires de la table. Les inventaires du xvme siècle signalent la présence de cabarets ', les uns garnis de tasses de porcelaine, les autres de verres à liqueur; ces derniers sont ces petits guéridons composés d'une colonne centrale et de deux plateaux superposés, destinés à retenir les flacons et les verres ; leur usage était commode pour offrir ces liqueurs de famille, dont on médisait parfois, mais que l'on acceptait d'ordinaire avec plaisir.
Les cuillers sont faites de buis, d'étain, d'argent. Elie Périer (1612) a des « caillerons de racine de buis » et des cuillers d'argent ; Louis du Boisbéranger (1616), Jean de Launav (1653) ont chacun une douzaine de cuillers de buis ; on en trouve la mention en de nombreux inventaires, encore vers 1725, puis l'usage s'en perd au xvme siècle, où l'on ne sert plus guère que de cuillers d'étain ou d'argent.
De temps immémorial on s'est servi d'une grande fourchette à deux ou trois dents pour prendre la viande dans la marmite ou la tenir sur le tranchoir et la découper, mais la fourchette individuelle n'apparut en France que sous le règne de Henri III, et un certain laps de temps fut nécessaire pour que son usage se répandit dans les provinces et y changeât les habitudes suivies par tant de générations ; aussi le nombre des fourchettes est-il pendant longtemps inférieur à celui des cuillers 2. On conserve quelques étuis contemporains de Louis XIII, renfermant un couteau et une fourchette : leur usage était ainsi tout personnel. Pendant longtemps il en fut de même du couteau : chacun possédait et apportait le sien, puis l'usage s'introduisit d'en tenir à la disposition des
1. Ce nom apparaît avec ce sens à la (in du xviie siècle — C'est, dit le Dict. de Trévoux, une petite table avec des bords, ordinairement couverte de vernis, sur quoi l'on met des coupes et soucoupes pour prendre du thé, du café, etc.
1. L 'étain étant trop flexible, ces fourchettes sont faites en fer ou en argent.
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convives, tout au moins des gens de qualité ; au cours du w i n" siècle, le couteau devient partie nécessaire du couvert sur une table bien ordonnée. Ces couteaux de table étaient rangés dansdes gaines, dites coutellières, au nombre de six. puis de douze '. Leur forme varie selon la mode et les convenances ; leur manche est de buis, d'ébène, de bois divers, d'étain, dos, d'ivoire, de faïence, d'argent ; quelques manches sont sculptés en personnages OU grotesques, comme ce couteau d'ivoire et cette fourchette « à la garniture d'un turcetd'une française », chez Daniel Le Balleur, en 1696.
Les couteaux à lames d'argent paraissent avoir été rares ; il en existait cependant et Ion a conservé quelques couteaux à double lame d'argent et d'acier des xvii6 et xvme siècles.
L'argenterie n'est pas seulement un indice de richesse, elle est la marque de la fortune unie à un certain rang social. L'artisan n'a pas encore d'argenterie ; le bourgeois met son amour-propre à en posséder, il la transmet à ses enfants qui accroîtront à leur tour ce patrimoine dont ils sont tiers. En 1619, une ordonnance! du roi constate qu'il n'y a « si petit de nos sujets qui ne fasse parade de richesse par la montre de pièces d'orfèvrerie de poids excessif jusqu'aux plus vils ustensiles de sa maison. » Il y avait peut-être là quelque exagération, pour Laval du moins, mais on tendait à ce luxe, et l'observation de Mercier, à la lin du mviii0 siècle, peut s'appliquer au Lavallois : « L'ambition d'un bourgeois est d'avoir de la vaisselle plate. » Il est aisé de suivre dans les inven-
1. Une coulollièrc garnie île G couteaux à manche «le bois noir, autres à manches d'os (1653) : 7 couteaux à manches détain ; (i couteaux à manches d'argent (Jean Delaporte, 1710) : 6 couteaux à manche d'argent (Hardj de Lévaré, 17'J'Ji: 6 couteaux à manches d'étain (in. 12 couteaux à manches de faïence (1726); 12 couteaux à manches d'argent (Jean Salmon, 1736); 6 couteaux garnis de faïence avec l«ur gaine et 8 à manches argentés i François Marest, 1753) ; 6 couteaux à inauclies de faïence garnis d'argent (Matagrin, 1771).
68 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE LOlEST
ta ires la progression qui s'opère entre ces deux dates et d'v voir dans la bourgeoisie la quantité d'argenterie augmenter avec l'accroissement des fortunes, tandis que les familles de vieille noblesse ou parvenues à la richesse avant le règne de Louis XIV en possèdent dès ce temps une certaine abondance.
Pour estimer la valeur de l'argenterie, si elle a quelque peu d'importance, le notaire a recours au ministère d'un des orfèvres de Laval, gens estimés et tenant par leurs alliances un rang distingué dans la société lavalloise ; ils l'apprécient au prix du marc et y joignent souvent l'estimation des bijoux.
Dans l'argenterie de table on a d'abord certaines pièces telles que gobelets, salières, écuelles, gondoles ; très rare est dans la première moitié du xviie siècle la mention de ce que nous appelons aujourd'hui un couvert ; il fallut un temps assez long aux gens de cette époque pour se familiariser avec l'usage de la fourchette ; ils ont un certain nombre de cuillers et seulement quelques fourchettes.
En 1611, Elie Périer a douze cuillers et un curedents d'argent, pas de fourchettes ; son contemporain, ( iuv Jardin, possède six cuillers d'argent enfermées dans un étui ; en 1027. Jean Lenain, sieur du Boulay, a gobelet d'argent, onze cuillers et une fourchette d'argent doré ; René Bidailler, sieur des Courbes, treize cuillers, deux fourchettes et une salière (1634). Le marchand Jean Chapelet, à la mort de Renée de Montalembert, sa première femme, fait inscrire a son inventaire « une aiguière d'argent, dorée sur les garnitures », un drageoir, six cuillers d'argent à termes ', trois autres à manche plat, cinq fourchettes ; sa femme avait reçu avec son trousseau six cuillers d'argent.
1. Dont le manche était en forme de terme, c'est-à-dire terminé par un buste et une tète d homme ou de femme. — Le marc d argent vaut à ce moment 20 à 22 livres tournois.
L'usage semble s'établir de mettre quelques pièces d'argenterie dans les corbeilles de mariage '. A la mort de Jacques Lemercier, marchand drapier, sa veuve, Françoise de Larme, réclame six cuillers qu'elle a apportées lors de sou mariage (1638).
L'argenterie de Jean Le Mercier, sieur des Chênes, composée d'une aiguière, une gondole, un poudrier. douze cuillers et deux fourchettes d'argent, est estimée 118 livres 12 sols; elle est mise aux enchères, et Mme de Montgenard acheté le tout pour 102 livres 15 sols 4 deniers, à l'exception d'un lot de six cuillers adjugé pour 19 livres 4 sols 0 deniers (I(k>!) . L'avocat René Moraine, qui possède neuf cuillers « de corne », a douze cuillers, trois fourchettes et une écuelle en argent L640 : dans le même temps on trouve quelques bijoux, mais pas d'argenterie, chez les marchands merciers Nicolas Trois et Pierre Laisné. Mais Jean Delaporte, dont la famille a été l'une des premières enrichies par le commerce, possède pour 600 livres tournois d'argenterie : un plat-bassin, une aiguière, une salière, un sucrier, un vinaigrier, deux tasses, une écuelle, trois douzaines de cuillers et dix-huit fourchettes (1644). Deux ans plus tard, l'avocat Julien Martin laisse en mourant deux éçuelles à oreilles d'argent « dorées par les bords et oreilles », trois gondoles dont l'une est dorée et en forme de coquille, une autre « ciselée à godrons », une salière d'argent « en triangle portant sur trois piliers dorés par les garnitures », une « coquille «le nier garnie d'argent doré ". onze cuillers d'argent, six cuillers de « nacre de perle avec du corail, garnies d'argent », six autres petites de " nacre de perh' en un estui » et encore six autres de même matière : aucune mention de fourchettes d'argent.
Au milieu du xvii" siècle apparaissent dans les inven-
1. lui 1676 l<'s époux Moreau mettent dan- le trousseau de leur fille, fiancée au chirurgien Le Balleur, 12 cuillers d'argent et 2 fourchettes de billon.
taires lavallois quelques pièces en imitation, comme on dirait aujourd'hui : ce sont surtout des chandeliers, en cuivre argenté ou en argent haché. François Jugault en possède deux, avec une argenterie qui n'est pas sans valeur : douze cuillers, quatre fourchettes, un vinaigrier, une salière, une tasse « en hexagone », le tout d'argent, plus une aiguière et .une écuelle à oreilles d'argent « dorées parles garnitures » (1649' : Pierre Guays. sieur de la Mercerie, marchand, a une gondole, dix cuillers, quatre fourchettes d'argent et deux chandeliers « façon d'argent » l (1652:. Cette argenterie s'accroît rapidement chez les notables, chez les membres de la communauté des marchands où sont inscrits la plupart d'entre eux; Jacques Moreau, sieur du Boisrousseau, possède pour 780 livres d'argenterie : bassin, aiguière, salière, vinaigrier, écuelle à oreilles, sucrier, douze cuillers et autant de fourchettes, deux flambeaux et un crucifix « en façon de bénitier » ; le greffier Léon Martin, sieur de la Blancherie, mort en 1666, laisse une aiguière, une gondole, une salière, une écuelle à oreilles, deux tasses, 18 cuillers et 6 fourchettes ; Christophe Mouteau. juge en l'élection, a deux flambeaux. 12 cuillers. 5 fourchettes, une écuelle et une salière d'argent, et des « mouchouères 2 » de cuivre argenté 1669 : le marchand Pierre Cailler, sieur de la Colterie, a une aiguière, une salière, deux écuelles, un gobelet, un hochet, cinq cuillers et un étui renfermant une cuiller et une fourchette d'argent id.) ; l'avocat Leclerc du Moulin a seulement une écuelle, 2 tasses, 12 cuillers et 6 fourchettes 1676'; mais son collègue Julien Martin possède un plat d'argent « doré par les garnitures ». deux flambeaux, douze cuillers et autant de fourchettes, une gondole d'argent doré, un chandelier à queue, une salière et, dans un étui, une
1. Guillaume Hemery, sieur de laSenello, marchand, a des bijoux, pas d'argenterie de table, mais neuf cuillers de cuivre argenté 1 1675).
2. Nom usité à Laval au xviic siècle pour désigner les rnouchettes.
cuiller et une fourchette d'argent doré avec un couteau a manche de même, le tout estimé 465 livres tournois (1672) ; François Chapelle, le généreux bienfaiteur de l'hôpital général, possède 18 cuillers, 10 fourchettes, une écuelle, deux tasses et un cure-oreilles d'argent 1684) '.
Dès le commencement du xviii" siècle, la quantité d'argenterie augmente d'une façon rapide ; les inventaires permettent de suivre cette progression et de signaler quelques pièces nouvelles. En 1711, Daniel Le Hirbec, sieur de la Brosse, apothicaire, a pour 704. livres tournois d'argenterie : aiguières, écuelles, salières, dont l'une à quatre branches, deux flambeaux, 24 cuillers, 19 fourchettes ; l'avocat Mathurin Gaultier a des aiguières armoriées : le marchand Pierre Hoisnard, « une petite tasse d'argent en ovale à porter en la poche » (1714).
En 1722, meurt au château de Laval le premier magistrat de la ville et du comté, le juge René Hardy de Lévaré : son argenterie est considérable : une aiguière couverte, \ grands (lambeaux et 2 petits. 9 cuillers et 9 fourchettes. 6 cuillers a cale, une écuelle a oreilles, un sucrier, un vinaigrier, une cuiller potagère, une cuisinière, deux salières, un porte-mouchettes et ses niouchettes. une petite cuiller et une petite fourchette, u\\ gobelet de vermeil dore, six couteaux à manches d argent, le tout estimé au prix de 2.200 livres tournois. Cette belle argenterie fut disjointe de la vente des meubles qui se lit au mois de mars 172.'} et partagée entre ses sept enfants. On en retrouve une partie dans le mobilier laissé par sa tille Jeanne Hardy, morte en 1741,
1. Les première^ porcelaines sont estimées au poids avec 1 argenterie (inv. de Daniel Le Balleur, 1695 , En plusieurs inventaires, on trouve des « porcelaines <1 argent : Léon Martin a 9 cuillers et « une petite pourceline <1 argent pi sant ensemble 1 marc <• onces valant iô livres 5 sols (1669); André Démaillé, notaire, > 5 poureelines d'argent » à 27 livres le marc, valant 55 livres I '■'■ sols 9 deniers ; il a en outre 12 cuillers, 6 fourchettes et une écuelle d'argent (16 0
il LA VIE PRIVEE DANS UNE PROVINCE DE L OUEST
veuve de François Coustard, écuver, receveur des tailles : elle n'a pas moins de dix chandeliers d'argent 1, un gobelet de vermeil, un plat, deux cuisinières, des couverts- armoriés, des gobelets, timbales, salières, mouchettes, clavier 3, etc. L'avocat Pichot de la Graverie accuse, à la mort de Marie Guavs, sa femme, six flambeaux, un pot, une écuelle à oreilles, deux salières, six cuillers, six fourchettes, deux gobelets, une cuiller potagère, deux cuillers à ragoût, une poivrière, six cuillers à café, un gobelet de vermeil, valant ensemble 1.180 livres tournois 1741).
Enfin, pour citer encore une des plus belles argenteries de notables lavallois, René Moraine de la Motte laisse à sa mort (1762 pour près de 4.000 livres tournois d'argenterie : un huilier, des mouchettes, un bouchon, 6 cuillers à café, 6 autres de vermeil doré, deux écuelles à oreilles, dont une avec couvercle, « 4 flambeaux avec 2 girandoles ou bobèches •> 4, 2 autres flambeaux, 4 cuillers à ragoût, 3 cafetières, 6 salières, 12 cuillers. 12 fourchettes, une cuiller à olives, un tire-mouelle, un réchaud, 2 timbales, 2 petits chandeliers et 4 bobèches, un éteignoir ; à cette argenterie de table, il faut ajouter des cachets, claviers, jetons, crochets de cape, boucles de souliers, porte-lunettes, boites à éponges, ;i savonnette, à mettre le pain à cacheter, plat a barbe, couteau de toilette, bénitier, le tout d'argent, avec un cure-dent d'or.
La même argenterie se retrouve, plus ou moins abondante, dans les familles encore adonnées au commerce. Marie Le Long, veuve de Jean Duchemin des
1. Il semble que l'on ait eu à Laval le goût des chandeliers d'argent : on en trouve en plusieurs maisons ; en 1753, la paroisse de la Trinité fait fondre des lampes el reliquaires d'argent pour en avoir six chandeliers d argent de 3 pieds de hauteur (Pichot ,