I. ALIMENTATION M
Avec !;i graisse, le beurre esl l'élément indispensable pour la préparation des mets dans les ménages lavallois : la municipalité ne le taxe pas, mais elle s'efforce d empêcher les revendeurs de l'accaparer, voulant ainsi supprimer au profit de l'habitanl de Laval les (Vais et bénéfices de l'intermédiaire. Une ordonnance do L689 du juge René Hardy de Lévaré est motivée sur ce que c les regratiers e1 regratières préviennent les marchands forains qui voiturent du beurre dans cette ville, soit dans les grands chemins, soit dans les rues de la ville et fauxbourgs, et les empêchent d'exposer leur beurre au vendredi, jour de marché, ce qui cause que le beurre est extraordinairement cher : pour à quoi remédier, taisons injonction à tous marchands voituriers de beurre, qui viendront en eeste ville pour vendre leur beurre, de l'exposer en vente publique tout le jour de vendredi entier, sans le pouvoir enlever ni voiturer ailleur- que le dit jour ne soit passe, avec défense a tous regratiers et regratières de prévenir les dits marchands de beurre soit dans les grands chemins, soit dans les rues, mesme d'en achepter au marche qu'il ne soit deux heures âpre- midy, a peine de confiscation des dits beurres et ihi 50 1. d'amende '. »
Le poisson tient une bonne place dans l'alimentation : la marée s'apportait a Laval et le poisson desséché, la morue et le hareng se trouvaient chez, les épiciers : le poisson d'eau douce était alors 1res abondant, fourni par la Mayenne et ses affluents, riches en truites et en écrevisses, et par les nombreux étangs qui existaient jadis ; les poissonniers formaienl une corporation : une halle
conditions : être déterminé avec une extrême équité, être appliqué en mi pays ci en un ie-ui|>s où l'exportation au loin îles denr< • mentaires était impossible, au moins en grande quantité : autrement 1 abus <!<■ la taxation produit l<- vide de la cherté elle mèpe à la disette
1. Ordonnance communiquée — avec l'ion d'autres documents — par noire obligeant collègue M. Laurain.
120 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE i/oi'EST
avait <;té construite à leur usage en 1734 près de la place Chiffolière, et les ordonnances de police, toujours soucieuses de la santé publique, réglaient minutieusement l'exposition et la vente du poisson, denrée fragile dont la corruption est si facile '.
Il faut aussi tenir compte de l'appoint fourni à l'alimentation parles volailles et le gibier ; depuis longtemps les lavallois de quelque aisance mettent la poule au pot et l'oie à la broche : la volaille est abondante dans les cours des fermes et le gibier dans les champs : lièvres, lapins, perdrix rouges foisonnent, protégés par les haies et les chintres, les genêts et les ajoncs ; les ramiers, les râles, les cailles, les bécasses et autres migrateurs ne manquent pas. Les lavallois sont grands chasseurs, ils en tuent un bon nombre ; ils en envoient à leurs amis ; plusieurs se piquent d'être fins connaisseurs, comme Duchemin de Mottejean qui de Paris écrit à son fils : « Sur le nombre de pièces de gibier que tu m'as envoyées avec l'oie, il y avait deux bécasses qui ne valaient pas le coup de fusil, et les trois perdrix étaient vieilles, mais
1. « Considérant, dit une ordonnance de 1764, que Ion se permet d étaler, de vendre et débiter du poisson de mer frais, sec et salé. même du poisson d eau douce » dans les boutiques et au dehors sur des bancs « adjacens à ces boutiques et dans les halles des boucheries, » ce qui peut «'ire préjudiciable à la santé des habitants « par la corruption et mauvaise odeur, » il est défendu « à tous particuliers d'étaler, vendre ni débiter aucun poisson de mer frais, sec ei salé, dans les halles des boucheries, dans leurs maisons et boutiques, ni sur les bancs adjacens à leurs boutiques, sur la place publique, rues et carrefours, ni aucun autre emplacement que dans la halle du poisson, sise rue de la Chiffolière, sauf aux dits marchands, tant de cette ville qu'étrangers, d'apporter, crier et vendre par les rues du poisson de mer sec comme morue, sardine et hareng, le tout à peine de 10 livres d amende. »
Dans une réunion du bureau de police tenue en 1731, on se préoccupe de faciliter la venue et la vente du poisson de mer fiais. — En 1769, on décide de fixer le prix du poisson d eau douce, les poissonniers s «'■tant coalisés pour écarter toute concurrence lors de la vente aux enchères du poisson des étangs et ainsi l'accaparer et le revendre à prix trop élevé.