I. AI.IMI.N I \ I l
le reste était excellent > 9 mars 1782 . Plusieurs inventaires signalent la « lévrière ;i faire pâté, » et on La retrouve encore, de plus en plus rare, cette vieille poterie de terre vernissée, brune ou grise, avec un lièvre allongé >iw son couvercle el les (leurs de lis en relief sur si'> côtés.
Mais tous ces documents mentionnent la tuile a galettes el la poêle à châtaignes : d'où l'on doit conclure au fréquent usage de la galette de blé noir et des châtaignes grillées, sans exclure la bouillie de sarrasin el les châtaignes cuites à l'eau, mets pour lesquels il n'est pas besoin d'instruments spéciaux. Beaucoup de terres étaient ensemencées de sarrasin; il abonde sur les marchés et les bourgeois en font monter en leurs greniers ou il voisine avec les châtaignes que produisent les châtaigneraies fort nombreuses alors, dont le nom seul est reste aux terres et aux friches que ces arbres ombrageaient '.
En L785, on étudiait a l'hôtel de ville les modifications à apporter au tarif sur les denrées en vigueur depuis 1752; on rédigea un mémoire qui donne quelques détails sur l'alimentation lavalloise. « C'est, y estil dit. le riche ou du moins l'homme qui a quelque aisance qui consomme la viande » ; on se plaignait alors des prix élevés atteints par la viande de bœuf, de veau, de mouton, valant jusqu'à S sous la livre ; quant au porc. « c'est une viande dont la provision ne se fait que par les gens riches et aises, le pauvre n'en consomme (jue la graisse » : aussi est-on d'avis que la graisse continue à être exemptée de toute taxe, et l'on ajoute qu'il est tue chaque année à Laval pies de huit cents
]. Legrand d'Aussy I 259 not< que l'on mange beaucoup »!<■ châtaignes en Bretagne . il cite Mme de Sévigné écrivant des Rochers .1 en avais l'autre jour trois mi quatre paniers autour <!-• moi .1 eu lis bouillir, j'en lis rôtir, j en mis dans ma poche on ou sert dans les plais, on marche dessus : c esl la Bretagne dans son triomphe. » — Hardy de Lévaré en envoyai! a Saint-Médard pour régaler son frère et srs lils.
122 LA VIE PRIVEE DANS UNE PROVINCE DE I.'oi EST
porcs. Le cidre « fait la boisson du marchand et de l'artisan » ; les vins de luxe sont ceux de Tonnerre et de la liourgogne, et Ton se plaint de ce qu'à l'aide de congés délivrés à Versailles ou à Orléans on les fait entrer comme vins ordinaires ; ceux-ci sont fournis par l'Anjou et la Touraine, et Ton estime que charpie année en amène à Laval 1.200 pipes pour les particuliers et 800 pour les détaillants '. Le mémoire constate que le miel est importé en petite quantité et n'est guère consommé que par les pauvres. Il ajoute : « C'est le riche qui consomme du riz et du fromage de gruyère et de roquefort, » le pauvre fait « une très grande consommation du fromage de Livaro en Normandie. » Sur le désir de la duchesse de la Trémoille, le tarif devait être établi de façon à ne pas obérer l'alimentation de l'artisan; aussi l'administration lavalloise, déférant à ce vœu charitable, le fait-elle porter presque exclusivement sur les denrées servies alors sur la table du riche : vins d'Anjou, Orléans, Beaugency, Bordeaux, 6 livres la pipe 12 1. pour les cabaretiers) ; cidre ou bière, 1 1. 10 s. 3 I. pour les cabaretiers ; le pot de vin de Champagne, de Tonnerre, de Bourgogne, d'Espagne et d'autres vins étrangers et lepot d'eau -de-vie, 4 s. ; un dindon,! s. 6d. ; oie, poularde, canard, 9 d. ; lièvre, 2 s. ; lapin, 9 d. ; bécasse, 1 s. ; perdrix, 2 s. ; alose, saumon frais. 6 d. la livre ; autres poissons, 5 s. les 100 livres. Sont encore soumis au tarif le café, le thé, le chocolat, l'huile d'olive et de noix, le sucre, la cassonade, etc.
1. La pipe contenait 2 iO pots on deux busses (barriques) : le pot valait deux pintes, suit environ deux litres; la pipe valait donc environ de quatre à cinq hectolitres. — Les vins de 1 Anjou, de la Touraine, de L'Orléanais étaient apportés par les bateaux qui remontaient la Mayenne rendue navigable jusqu'à Laval. Cette navigation était longue, pénible et coûteuse. |Voir à ce sujet l'étude très documentée et très intéressante de M. 1'. Houssier. Notes historiques de la rivière de Maine ou Mayenne et sa navigation, in Bulletin de la Commission liist. de la Mayenne, t. XXXV, p. 219).
l'alimentation 1 23
\ ce souci de ne pas augmenter par des taxes le prix de la nourriture des ouvriers se joint celui plus général d'empêcher les intermédiaires de pressurer les consommateurs en accaparant, pour les revendre à gros bénéfices, les denrées alimentaires produites par le terroir lavallois. Défense est faite de vendre ou acheter les provisions amenées par les habitants des campagnes en dehors des lieux désignés pour les marchés qui se tiennent : pour les volailles et le gibier au carrefour de Saint-Tugal ; pour le beurre, les fruits et légumes sous les halles de la boucherie; les vendeurs de la campagne peuvent v vendre a toute heure, mais défense est faite aux hôteliers et regrattiers d'y entrer et d'y acheter avant
9 heures du matin de Pâques à la Toussaint et !<> heures le reste de l'année '.
Les inventaires constatent les nombreuses provisions laites par les bourgeois ds Laval : saloirs avec leurs morceaux de porc, andouilles fumées, bœuf salé, graisse, suif, harengs, morues, huile d'olive et surtout de noix,
1 Ordonnance de police de 1705 ei 17'nS : « ... Que beaucoup de personnes de l'un ei de l'autre sexe alloienl la veille el le jour même des marchés aux avenues el dans les rues de cette ville el fauxbourgs au devanl des marchands achepter les marchandises el
- que les dits marchands apportent pour vendre aux dits marchés . que ers mêmes personnes ou plutôt ces regratiers, les avant acheplés, en faisoient magasin pour les vendre aux mêmes marchés ou à ceux de la huitaine suivante le prix qu ils jugeoienl à propos, de façon (pie cela empêchoil l'abondance dans les dii> niait lus el obligeoil l'habitanl de les achepter un prix bien plus considérable que ne les auroil vendus le marchand même : que les
cabarettiers el regrattiers se rendoienl de grand malin aux marchés publics de denrées el y acheptoienl la plus grande quantité des marchandises el denrées qui y étoienl exposées en vente, de façon que, sur les 7 a S heures du malin, les habitant se rendans sur les dits marchés pour s'y approvisionner étoienl hors d étal de le faire s'ils n'acheptoienl ces denrées el provisioi tiers qui les leur vendoienl un prix exhorbilant... «etc. I n
janvier 1715, Pichol noie que plusieurs cabaretiers onl été condamnés a une amende de l<» 1. pour avoir acheté au marché avauf
10 heures. « digne fruit, ajoute-t-il, de la diligence d un bon procureur lisral .
124 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE i/oUEST
« potées » de pommé et de poiré (158 livres en dix-sept pots, chez Renée Pichot, femme de François Marest ; 80 livres chez le marchand Dnehemin du Tertre '), confitures de noix, de cerises, de groseilles -, « pommes à mijot, » quelques pains de sucre d'un prix élevé, de la cassonade, puis au xvmc siècle du café, et chez les plus riches un peu de thé et quelques pains de chocolat. Au grenier se trouve un nombre plus ou moins considérable de boisseaux de froment, de seigle, de blé noir dit sarrasin ou carabin : ce sont là les produits du métayage 3. .\ la cave sont les busses de cidre dont le prix moyen paraît être de 5. à 8 livres, et les barriques de vin qualifié le plus souvent de vin d'Anjou 4 et de vin de Beaugency ; en petite quantité on trouve des vins de Saint- Denis-d'Anjou, de Bourgueil, de Bordeaux, de Bourgogne, d'Espagne. En 1704, René Duchemin a deux petits barils de vin d'Espagne ; Jean de Launay, grenetier au grenier à sel, trois barriques de vin de Gascogne estimées ensemble 150 livres ; un quarteau de vin blanc d'Anjou 12 livres, cinq pipes de cidre 35 livres ; le juge Michel Le Long, un tierçon de Saint-Emilion, 00 bouteilles de Gascogne, autant de Bourgogne et quelques-
1. Il a parmi ses provisions : 3 pots d'huile de uoix, 5 livres de cassonade à 14 s. la livre, des morues sèches, une busse et demie de cidre, etc. — Le notaire René Le Comte : 64 livres de lin. eu coulure, 7 livres de fil fin. i livres de poupeaux : 150 livres de poiré et pommé ; 20 boisseaux de seigle et 10 de blé noir : une pipe et demie de pommes de rainette, estimées 15 1. : 2 pipes de cidre avec les fûts 56 1. ; un porc gras 40 1. ; « ce qu'il y a de confitures, soit noix, cerises, gelée de groseilles et fruits à l'eau-devie, 6 1. »
2. Plusieurs inventaires notent « une poêle ronde à confitures, o '.'>. En 16.S2, Françoise Martin, veuve de François Bignon, loue à
colonie partiaire sa closerie de la Bezière, en Saint-Berthevin ; elle se réserve les fruits des espaliers, les « arlichaux et asperges. » (P. Poulain, not.).
4. Le 16 mars 1661, Claude Philippe, marchand à Angers, donne quittance de 750 1. t. pour 22 pipes de vin blanc d'Anjou rendues à Laval quittes de tous droits, vendues à Antoine Devernay, sieur du Ronceray, marchand de vins.
l'alimentation \2')
unes devin d'Alicante L739 : Duchemin de Mottejean a 200 bouteilles de vieil Anjou, deux barriques de vin de Bourgueil rouge el autan! «le vin blanc d'Anjou ! 7 M ) : Hardy de Lévaré, -j\ busses de "cidre el L50 bouteilles de vieux vin rouge et blanc que l'on estime a !» sous la bouteille, prix élevé eu égard au pouvoir de l'agent : il possède un petit alambic de cuivre 1707 : au décès de Louise Koureau, veuve de Joseph Matagrin, on trouve
des vins de Bordeaux, de Malaga, six bouteilles d'eaude-vie « d'Andaille », 27 livres de cale, une boîte de thé, 2 pains de sucre, du chocolat, des amandes, du riz, etc. 1771), et la même année François Delaporte, en sa demeure hospitalière du Dôme, peut offrir à ses invités réunis dans sa salle de compagnie des liqueurs d'orange, de coing, d'angélique, dont la quantité indique qu'il en faisait un généreux usage. Ce sont la de bonnes caves et de bonnes maisons.
Le pays Iavallois produisait jadis quelques vins ' . Bourjollv raconte que, lors de la fête célébrée le 2o juin 171.''), à l'occasion de la paix d'Utrecht, on remplaça l'eau du bassin de la fontaine de la Place par « le plus excellent vin clairet que le terroir Iavallois produit » ; il suffisait sans doute pour égayer et animer les buveurs de la rue, mais il est douteux qu'il fût estimé, et les gens aisés faisaient venir leur vin de pays mieux ensoleillés '•'.
Quant au cidre, le Maine avait suivi la Normandie dans
1. Dans une note de son édition de Le Doyen f|> 347), M. t. a Beauluère cite de nombreux vignobles cultivés aux enviions de Laval : ils auraient successivement disparu au cours du kvh« siècle, et « en 1697, dit-il, on éprouvai! de la difficulté a reconnaître les champs autrefois en vignes. »
2. Olivier Basselin. cité par La Beauluère (Le Doyen, p apprécie ainsi le vin Iavallois :
Dr Colinon ne bew ez pas
Car il mène l'homme à trespas.
Laval rompt la ceinture :
Ce sont bailleurs de tranchaisons,
Ennemis de la nature.
126 LY VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE i/oUEST
la préparation de cette boisson qni dès le xvie siècle est à Laval plus commune que le vin ', mais sa production est sujette à de grandes variations ; en certaines années les pommes manquent complètement. En 1741 le prix du cidre atteint, le prix excessif de 50 livres la pipe et plus ; aussi les administrateurs de l'Hôtel- Dieu décident-ils de n'en pas acheter et de donner aux malades du vin payé 70 livres la pipe que l'on mélange de moitié d'eau 2.
Les textes mentionnent fréquemment l'existence d'alambics pour la distillation, et de cabarets à liqueurs ; on possède des eaux-de-vie « d'Andaille, » des liqueurs expédiées de la Martinique par la célèbre Mme Anfoux : dans les réunions on boit volontiers des « liqueurs de famille » ; on en offre à ses parents, à ses amis : Mme Hardy de Lévaré écrit à son mari qu'elle a fait à son oncle, le curé de l'Huisserie, le cadeau de deux bouteilles d'eau de coing de sa façon 3.
Ces cadeaux alimentaires sont d'un commun usage. De la maison Hardy on expédie au presbytère de Saint- Médard du gibier, des châtaignes, des oies, des jambons ; Mlle Arthémise Duchemin en envoie à son frère réfugié à Chartres. Lorsque quelque hôte notable vient visiter la cité lavalloise, les magistrats de l'hôtel de ville lui offrent en présent des liqueurs, de l'hypocras clairet,
1. Voir : AbbéAngot. Le cidre, son introduction dan* le pays de Laval.
-. Celle même année, la sécheresse lit monter le prix dn beurre à 7 sous la livre ; l'hôpital put traiter à 6 sous 6 deniers.
:;. Quelques dames de Laval avaient, parait-il, pris goût aux liqueur- Im 1rs. Mme de la Jourdonnière, en veine de médisance. «ci il à L'occasion de la mort de sa tante Duchemin de la Babinière : ■ Klle s'était mise à 1 eau-de-vie qui est la fin des ivrognes : sa sœur résiste mieux, mais le médecin m'a dit qu'elle n en avait pas pour longtemps. Que c'est une cruelle passion et qu «lie es) commune ! Aussi dit-on que l'ivrognerie est tombée en quenouille. L'on ne voit pas d'homme dune certaine façon tomber dans ce vice, mais pour des dames il y eu a beaucoup » (6 avril 1 70<s .
l'alimentation ll!7
fort prisé, paraît-il, au xvii6 siècle, des boîtes de fruits conlits. oranges, abricots, cerises, prunes, des amandes, tles dragées de Verdun, de « vray Verdun ambré el musqué », dit un compte de l'hôtel de ville de L654, dc> citronates el des canelles de Milan, réputées lés meilleures '. Le goût de ces friandises étail forl répandu ; elles figurent dans les divers menus qui nous sont restés des festins de ce temps, et elles sont l'objet de redevances dm s aux propriétaires de iiefs : plusieurs maisons de la Coconnière doivent aux héritiers de Jean Delaporte des pots de vin, des liqueurs, des echaudés, des gaufres. Souvent la maîtresse de maison possède, avec la Cuisinière bourgeoise, le Confiturier royal, rempli de recettes ingénieuses sur les ratafias et les ouvrages de sucre « t\u l'ait des officiers confiseurs », et dans les cuisines luxueuses on trouve des moules à biscuits, à gaufres et d'autres ustensiles qui permettaient de rivaliser chez soi avec l'art des pâtissiers.
Les épices, si recherchées et si coûteuses au x\ T siècle, se font plus abondantes el d'un prix moins élevé aux siècles suivants. On ne trouve pas a Laval de corporation spéciale d'épiciers ; l'épicerie y est une branche de la mercerie. Le mercier Le Mor offre à ses clients. en 1672, de l'huile d'olive et de noix 2, du vinaigre, de l'eau-de-vie (il en a 200 pots à 8 s. le pot , des clous de girolle, de la muscade, du safran, de l'anis, du poivre. du sucre candi et du sucre en pain ; il possède une grande chaudière couverte « avec sa chapelle ou alambic à tirer de l'eau-de-vie ». Dix ans plus tard, l'inventaire de son confrère René Nôury, sieur de la Baderie, mentionne à peu près les mêmes produits, avec de la
I. Citronat, » morceau de canelle entouré de sucre qui forme uue espèce de dragée /'in. de Trévoux) : la citronate esl une fiture de peau de citron coupé en Blets longs el menus, que l'on assemble pour eu faire comme un rocher /•/■ I.
'2. C étail jadis la plus commune ; le pays possédait beaucoup de DOyèrs, aujourd'hui abattu- el aon remplaci
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noix de Galles, de la cassonade, un moulin à poivre. etc. : au xvuT siècle, le café, le thé, le chocolat, viennent s'ajouter aux provisions des merciers.
Chez ces bourgeois, qui reçoivent de leurs métayers bien des provisions utiles à leur ménage, on élève des pigeons, on engraisse des porcs. On n'a pas à Laval, comme en certaines villes, la ressource du pacage en la forêt de chêne où les conduit le porcher communal ; on les doit engraisser au logis, et c'est la un des soucis de la maîtresse de maison. « Le gland est à bon marché, écrit à son mari Mme Hardy de Lévaré en 1727 : j'en aurai quelques boisseaux pour peu d'argent » ; elle se propose d'engraisser le « cochon mâle » de sa métairie de Lévaré. A quoi le futur maire de Laval répond : « Je ne te conseille pas de songer à l'embarras d'engraisser un cochon de Lévaré ; ils sont de cet endroit d'un très mauvais amendement : il coûtera bien des soins à ta servante. En prenant celui de la Tuberdiere ', tu éviteras cet embarras. »
Si les cochons donnaient tant de soucis aux ménagères, ils n'en apportaient pas moins aux magistrats de la cité. On se plaignait du mauvais air qu'ils répandaient ainsi que les pigeons et les lapins, ce qui pouvait « causer les fréquentes maladies qui régnaient » : en 1748. une ordonnance de police défend d'élever en ville des lapins, pigeons et cochons : exception est faite « de la saison où les bourgeois engraissent pour leur provision, lesquels cochons seront néantmoins éloignés de vingt pieds de la rue. » Une autre ordonnance, de L758, défend de les laisser vaguer par les rues, à peine d'étiv saisis par le bourreau.
Dune manière générale, la vie matérielle parait avoir été facile à Laval pendant ces deux siècles, en tenant compte des besoins et des goûts des habitants, quelque
1. Lévaré et la Tuberdiere sont en la paroisse de Cossé-le- Yivien.
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peu différents ilo* nôtres, el aussi de la valeur relative du numéraire moins abondant que de nos jours ; mais elle était sujette à des variations parfois très brusques et d'un écarl excessif, que s'efforçaieni de tempérer les réglementations imposées par la municipalité et le soin qu'elle prenait, d'accord avec les habitants, d'approvisionner la ville des denrées nécessaires. Un habitant du Maine, Yves Besnard, qui avait passé sa jeunesse, non a Laval il est vr;ii, mais dans un pays voisin, a Doué, en avait gardé cette impression : « Quand on avait 3.000 à 4.000 francs de rente, on s'estimait riche ; on se retirait souvent des affaires à ce moment ' », et comme preuve du bon marché de la vie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il cite le prix de la viande et des volailles dans son pays, prix qui ne diffèrent guère de ceux que l'on payait à Laval dans le même temps. Il convient d'ailleurs de ne pas oublier que, dans l'ordinaire de la vie. la table était simple, parfois frugale, plus abondante que recherchée, alimentée par les produits du pays.
Quant aux menus qui nous sont restés, ils nous révèlent la composition des repas où l'on traite des invités. Plusieurs concernent des réunions « au cabaret » ; on y mangeait volontiers à Paris et les écrivains en renom se plaisaient à ces parties qu'ils assaisonnaient de leur esprit ; la province imita la capitale et il fut de bon ton de dîner entre amis chez Melaine Grosnier et autres hôtes dont la cuisine el la cave jouissaient sans doute d'une bonne réputation.
Tels sont les menus des collations, soupers, dîners donnés par M. Ambroise Fouieau chez l'hôte de la Croix-Verte dans les années 1656 et. L6572. Tel est sans
1. Souvenirs d'un nonagénaire, t. I. p. 129. 11 cite ces prix ; viande •"> s. la livre, quelquefois - ou '■'< s. le veau et le mouton : le porc '.'> à » s. , poulets 1.") s le couple ; un lièvre valail 30 à '■" 3 sa peau se revendait 20 à -'i s.
'J Publiés par E. Moreau, » ./» cabaret ■ Laval, /'/'."./;- / 557 in Bull, de lu Commission hist. de la Mayenne, t. XXV, p. 265.
doute le repas offert par un lavallois encore inconnu à la prise d'habit de Nanon, le 18 novembre 1686*,à seize de table et sept serviteurs. » Ce menu comprend, pour premier service : « un potage de six pigeonneaux, une poule et un carré de veau, garni de lentilles », une assiette de bouilli, deux canards en ragoût, une salade de pieds de cochon et un pâté de godiveau ; au second service on apporta un « bassin rempli d'une longe de veau, deux chapons, deux lapins, deux levreaux, six pigeonneaux et douze perdrix », sans compter les quatre assiettes qui, selon l'usage, se plaçaient symétriquement sur la table et qui contenaient un pâté de lièvre, une tourte de six pigeons, une salade de chicorée et un plat de quatre bécasses. Le troisième service — le dessert— se composait de huit assiettes qui offraient aux convives des pommes cuites et crues, des compotes de poires, des châtaignes, des olives, du fromage, des macarons. Ce dîner était arrosé d'un pot de vin de Gascogne et de sept pots de vieux vin blanc ; il y en avait trois pots « de nouveau pour les serviteurs 2. »
Mais le plus souvent, sans doute, les repas se donnaient dans les maisons particulières, et l'on peut citer comme type d'un festin d'apparat le retour de noces offert le 1er septembre 1785 par l'abbé Touchard de Sainte-Plenne, à l'occasion du mariage de sa nièce Mme Boullier ; il traite vingt-trois convives des familles Boullier, Duchemin, Hoisnard, Loreau, Touchard, Frin, de la Messusière, de Vaudichon ; et son repas nous apparaît aujourd'hui comme une œuvre digne de Pantagruel. Premier service : une pièce de bœuf de dix-huit
1. Dans ce compte de dépense (Bibl. de Laval. Fonds Couanier, E. loi. 2 f>). If prix de chaque plat et du vin est marqué, et de plus le prix du bois, des fagots, du charbon, ce qui parait indiquer uu repas pris à 1 hôtel et uon chez un particulier. . Voir la satire III de Boileau :
Sur un lièvre flanqué de six poulets éliques, S'élevaient trois lapins, etc.
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livres : deux soupes aux deux bouts de la table : six entrées, « savoir une tourte de pigeons et un gigot de mouton pour relever les deux soupes ; des queues de mouton et un canard farci, des fricandos et une perdrix en ragoût » : huit hors-d'œuvre, « savoir : un poulet au blanc ou en fricassée et une grillade ; deux assiettes de petits pâtés ; deux melons et deux assiettes de raves ». Le second service n'est pas moins abondant : cinq rôtis, savoir : deux poulardes au cresson pour plat de milieu, perdreaux et lapins, pigeons et tourterelles ; des salades de laitue, de chicorée, d'oranges; dix plats d'entremets, « savoir, une langue et des écrevisses, des épinards et des petits pois ou choux-fleurs, des artichauxetdes œufs au jus. un longard et des beignés, une tourte d'abricots et une crème. » Quant au dessert, il atteint le chiffre de trente-neuf assiettes, dont l'une chargée de gaufres occupe le milieu de la table ; outre les quatre « cristaux ' » et les deux sucriers, on trouve des assiettes de fruits, pommes, poires, châtaignes, pêches, raisins, noix fraîches, de confitures, de dragées (deux livres en chaque assiette et il y eu a quatre . décorée d'orange, d-angélique, de « devises », etc. Pour faire honneur à de tels festins, il fallait posséder de réelles qualités de tempérance habituelle, de robuste santé, de belle humeur : nos pères n'en manquaient pas, et ils savaient égayer ces longs repas par de joyeuses chansons ou le débit de quelques petits vers de leur composition.
Dans un chapitre précédent nous avons pu citer les pièces d'étain, de faïence, de verre, d'argenterie qui Ornaient la table, cristaux, compotiers, sucriers, salières, huiliers, etc. : il y faut ajouter les bouteilles et les verres peu à peu substitués aux gobelets que depuis la
première moitié du xviii8 siècle on laissait sur la table dans la noblesse el les familles Opulentes, usage adopte
1. Compotiers ;'i pied et couvercle en verre souvent orné en « pointes de diamant ».
depuis plus longtemps dans la bourgeoisie qui n'avait jtoint à son service grand nombre de laquais et se plaisait à manger « à la clochette », comme on disait alors, tenant l'heure des repas pour une heure de délassement et d'épanchement en famille. On ne concevait pas alors qu'une table bien dressée ne fût pas recouverte d'une nappe blanche unie ou ouvrée, que chaque convive ne trouvât pas à sa place une serviette ingénieusement pliée. C'était encore à la fin du xvme siècle un luxe tout français ' : il devait être de commun usage à Laval où la belle toile était particulièrement abondante et recherchée. La table lavalloise ainsi dressée flattait les yeux, comme elle aiguisait les appétits.
1. « Il semble ridicule à un Français de manger sans nappe, écrit
le voyageur anglais Arthur Voung en 1790 ; chez nous on s'en passe, même chez les gens de Fortune moyenne. Un charpentier français a sa serviette aussi bien que sa fourchette ; et, à l'auberge, la fille en mel une propre à chaque place servie dans la cuisine pour les plus pauvres voyageurs. »