CHAPITRE I
L'Habitation.
Sa transformation (XVr-XVIH siècle).
Avec le règne de Louis XIII. l'ère des invasions étrangères et des guerres civiles est close, pour deux siècles, au pays du Maine. Remise de ses alertes, rendue à sa vie paisible et laborieuse, retrouvant la sécurité de ses ateliers, de ses comptoirs, de ses foyers, la population lavalloise s'accroît rapidement; favorisée par l'essor de ses industries et de son commerce, par ses habitudes d'épargne et ses mœurs honnêtes, elle occupe une situation matérielle et morale qui n'est pas inférieure à celle des meilleures cités. Sans doute elle a, comme les autres, son lot de misères : épidémies, disettes, chômages, crises commerciales, charges de guerre, fléaux inévitables les cités comme les individus ont leurs épreuves. Mais ces malheurs, si cruels qu'ils soient, sont accidentels, et la population lavalloise, remise de l'épreuve, reprend après la crise sa marche ascendante et sa vie régulière,
aidée par des administrations soucieuses du Lien commun, par son organisation corporative, par ses pratiques économiques, familiales et religieuses, toutes causes qui sous des formes diverses contribuèrent à sa prospérité.
Une première conséquence en fut l'agrandissement de la ville. Elle formait, à la fin du xvie siècle, une cité entourée de murailles, bâtie sur le liane et le sommet du coteau ipii porte son château seigneurial, traversée de l'est a l'ouesl par une longue artère qui, passant à Saint- Melaine, franchissant la Mayenne sur le vieux pont de pierre1, montait la Grande-Rue pour gagner le centre de la ville, le château, les halles, la place publique, avec non loin de là un débouché par la porte Beucheresse, descendait la rue Renaise et se dirigeait vers la Bretagne par le marais de Saint-Martin et la hauteur de Beauvais, a moins que le voyageur ne préférât contourner cet escarpement par le Val-de-Mayenne, la Chiffolière et les Ruisseaux, voies qui le menaient à la sortie de la porte Renaise2. En bordure de cette artère, à l'avant de la cité, un faubourg de pins en plus peuplé s'étendait de la ville aux hauteurs de Beauvais et de Beauregard.
Car a Laval, comme ailleurs, s'est produit ce mouvement spontané que l'on a pu constater en maint pays : le développement de la population s'est fait vers l'ouest, comme si une force mystérieuse entraînait les peuples de l'orient vers l'occident. De Saint-Melaine on est venu aux bords (h; la Mayenne, en couvrant d'habitations le ter-
1. Les villes de Laval, Mayenne. Ctiàteau-Gontier sont bâties en de- situations analogues sur la rive droite de la Mayenne.
'2. I.e cours de la Mayenne a été déplacé lors de la construction «lu Pont-Neuf; elle occupait jadis l'emplacement de la promenade de Changé, baignait le pied des escarpements que domine le château de Bel-Air, rejoignait le lit actuel par la dépression de terrain ou - élèvent le cercle militaire et les immeubles voisins. Au milieu du xixe siècle, on voyait encore l'amorce de 1 aucien lit au bas du coteau de Bel-Air.