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d'une papetière était aussi difficile que celui d'une fille de roi. Une aièce de Mme Lemonnier de la Jourdonnière épouse un (ils du notaire Rozière, garçon fort sa écrit-elle, et d'une profession honnête, il esl ciriei elle blâme son autre nièce, Fanchon Chatizel, qui l'a dédaigné parce qu'elle « n'aime pas les gens de boutique • Lettre du Ler juillet 1768). Il n'est pas téméraire d'attribuer aussi une certaine importance à la dot : cel;i est de tous les temps.
Les mariages *se font constamment aux xvn" et xvin* siècles entre gens de négoce el gens de robe lavallois : les uns et les autres sont de la même société, issus de souches communes ; au xviii0 siècle, la richesse acquise par les négociants rend fréquents les mariages entre nobles et roturiers. Pichot de la Graverie, dont la sœur a épouse Marest, seigneur de Saint-Brice, consigne cette remarque en l'année L735 : « 11 s'est fait, écrit-il, plusieurs mariages considérables en cette cité. Cette année la demoiselle Maucour de Bourjollv a épousé le sieur Turpin d'Angrie, d'une ancienne noblesse : la Dlle du Plessis-Lasnier ', le sieur Dupont, conseiller au Parlement de Bretagne et gentilhomme : la Dlle Berset drs Alerâis, le sieur d'Aubert de Launay, êcuyer : la Dlle Leclerc du Flécheray, le sieur Valleaux des Saudrais, écuyer. Ce qui t'ait assez connaistre qu'on revient de l'erreur où on était autrefois dans cette ville de négliger les alliances et les mariages avec les gentilshommes et nobles, parce qu'on ;i reconnu par expérience et par les malheurs des temps qu'il est avantageux d'acquérir l'exemption des tailles '-t autres impositions publiques qui se multiplient ;i l'infini, que les maisons nobles se
1 . Lasnier 'lu Plessis. I. nsi^p esl fréquenl alors de placer li <!<• terre (qui n'était pas héréditaire . ajouté avec raison pour distinguer entre elles les diverses branches d'une famille, surtout branches cadettes, avant le nom patronymique, nom héréditaire de la famille.
soutiennent beaucoup mieux et se poussent plus facilement que les roturiers par les avantages qu'ont leurs aisnés nobles sur leurs puisnés. D'un autre costé les gentilshommes sont revenus du mépris qu'ils faisaient des roturiers, à l'exemple des plus illustres maisons qui pour se soutenir ont contracté des alliances avec les filles des plus fameux négotians ou partisans.
« Ce qui fait aujourd'hui que les nobles ont plus de considération pour les femmes roturières qui les enrichissent, et qu'elles sont aussi heureuses, et souvent plus que si elles avaient épousé des hommes de robe et des officiers, surtout lorsqu'elles sont en état de demeurer dans les villes, ou du moins d'y passer les hvvers, ainsi qu'il se pratique à Chàteau-Gontier où tous les gentilshommes ont des maisons pendant l'hiver, ce qui se peut aisément faire lorsque le mari et la femme se trouvent à la tète de quatre ou cinq mille livres de rente '. »
Le désir d accroître ou de réparer une fortune noble à l'aide de la richesse acquise dans le commerce favorisait ces alliances, et les cadets de la noblesse y trouvaient
1. Sentences, t. II, fol. 322. Les chiffres donnés par Pichot concordent avec ceux d'Yves Besnard que nous avons cité plus haut, p. 129.
En 1 768. Pichot revient encore sur ce sujet, tant il est frappé de la richesse apportée parla réussite du commerce et de son influence sur la situation des lamilles de son entourage; il en constate les effets, et comme conséquence il note « les principaux et plus considérables mariages » qui se sont faits depuis quelques années : « M. de la Porte du Manoir avec Mlle du Mans ; MM. Bidault de Glatigné et Guays avec les Dlles Richard ; Hoisnard. avocat, avec Dlle Duchemin de la Maison-Xeuve : Dlles Duchemin de la Jarossaye avec MM. de Pignerolles et de Monfrand : M. de Tournely avec Dlle du Plessis-Mongenard : Coustard île Souvré avec Dlle Patry «le Laubinière : Richard de la Fouruière avec Dlle EnjubauLt, sa cousine germaine : Le Clerc de la Rongère avec Dlle Périer du Rignoii. veuve de M. de la Roussière ; Gaultier de Vaucenay avec Dlle Gueudoux des Pommiers : Dubois des Forges avec Dlle Martin de la Blanchardière : Le Breton de Villeneuve avec Dlle Colliu ; Matagrrn avec Dlle Foui-eau : Duchemin de luaueoudray avec Dlle Duchemin de Saiut-Céneré. »
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une compensation légitime à la situation inférieure que leur créaienl les privilèges de l'aîné ; de plus ces alliances donnaient satisfaction à l'amour propre de la bourgeoisie et à son ascension sociale : l'accession à la noblesse, facilitée par la fortune, opérée parl'achal d'une charge qui en comportait les privilèges, amenai! cette exemption de la taille tant recherchée par les roturiers, préconiser par Hardy de Lévaré et Pichot de la Graverie ; et cependant, tout en recommandant ce moyen d'échapper aux mesures inquisitoriales qu'ils déploraient, ni l'un ni l'autre n'y eurent recours: ils ne se firent pas anoblir et restèrent roturiers, bourgeois lavallois.
En fait, ces unions constituaient à Laval une élite d' « honnêtes gens », comme on disait au xyii0 siècle, « intimement mêlés, non seulement par leurs intérêts et leurs goûts, mais par des alliances qui établissaient une vaste parenté entre la plupart des familles de même société de cette petite ville de province '. »
1. J.-.M. Richard, La Société du jardin Berset à Laval {1163- 1792), p. 16.