‹ La vie privée dans une province de l'OuestChapitre 53 sur 95 · Art. 336 et · texte numérisé non relu

Art. 336 et

Après la morl de leurs parents, les enfants procèdent au partage, à la l'ente des biens, comme on «lit ordinairement ; l'aîné, quel que soil son sexe, esl chai par l.i Coutume de procéder à la confection des lots ; il les présente à ses cohéritiers : si ceux-ci les acceptent, le partage peu! se faire ; si l'un d'eux les refuse, les trouvant inégaux ou mal composés, l'aîné doit modifier son projet, soit seul, soit à l'aide d'un notaire, et si le désaccord subsiste, l'aire homologuer les lots par le juge civil. Les parts étant définitivement arrêtées, les héritiers se réunissent au jour convenu pour procéder à la « choisie » ; le plus jeune des enfants choisit le premier et ainsi des autres par rang d'âge : l'aîné a pour lui le lot restant. Ainsi se sont faits à Laval tous les partages Ao^ biens roturiers au xvii8 et xvin" siècles L

La liberté testamentaire étant ainsi limitée par la Coutume et par les mœurs, les testateurs ne peuvent faire que des avantages restreints aux héritiers ou légataires de leur choix '-' : le plus souvent ils se bornent à prescrire les dispositions funéraires, les prières pour leur âme, les legs pieux, les dons en mobilier ou en argent à des serviteurs, a des pauvres, a des amis. Mais cela est beaucoup : n'était-ce pas la survivance du testateur dans sa foi, dans ses affections, dans œuvres ? Defunctus adhur loquitur.

Les testaments sont cependant nombreux ; il semble <pie les lavallois se soient l'ait alors un point d'honneur

1. Ainsi procèdent en 17..". les sept enfants Hardj de Lévaré Jeanne, mariée à Coustard de Souvré, présente les lois étant l'aînée cl choisi I la dernière. — Le partage peut être annule si un héritier est lésé du ([naît, au moins, de sa part.

1. De tempsà autre on voit un père déshéritant, au profil d petits-enfants, un lils prodigue nu indigne. Tel est le cas 'le- époux Georges Brault et Marie Triquerie, <l<>ni le Mis esl parti pour I

m. , ., | âge de quinze ans ; à son retour, ils 1 ont marie et étal. Il ;

deveuu veuf, il- I ont recueilli et nourri, mais il a persisté dans -ou incOnduite, et au lieu de s efforcer de paj er ses dettes il est reparti

pour 1 armée il- le déshériti ni .m profit de ses enfanta ■ I 'M

de ne pas mourir intestats ' : faut-il voir là un résultat de l'influence des préceptes et des disciples de saint François d'Assise qui ordonne aux tertiaires séculiers, nombreux à Laval, de faire un testament ? Non seulement les nobles et les bourgeois, mais beaucoup de domestiques et d'artisans appellent le notaire pour lui dicter leurs dernières volontés ou prennent la plume pour les exprimer.

Ces testaments, où dominent les dispositions inspirées par la piété, la charité, la reconnaissance, contiennent tous — jusqu'aux années qui précèdent la Révolution — une recommandation de l'âme qui atteste la foi et les espérances du testateur. « Ne voulant décéder de ce monde intesté, mais des biens temporels qu'il a plu à Dieu le créateur lui avoir prestes et donnés en ce monde, en disposer à son honneur, gloire et louange, et au salut de son àme et de ses parens et amis trespassés, a aujourd'hui fait et ordonné, fait et ordonne son testament2. » Telle est, sous des formes variées, la considération que l'on trouve inscrite en la plupart des testaments lavallois.

Plusieurs commencent par quelques mots sur la certitude de la mort et l'incertitude de son moment ; mais ces considérations disparaissent de bonne heure ; il en est autrement de la recommandation de l'âme sans laquelle, au XVIIe siècle, il n'y a guère de testament ; Jean Boulain | 1 5i:>3 « recommande son àme à Dieu et

1 . < iomme le remarque Cli. de Ribe dans son étude sur les Livres de raison : u Nos pères ne connaissaient pas les terreurs que la seule idée (I avoir à faire son testament cause à nos contemporains. Saint François de Sales traduisait à cet égard la coutume d'autrefois, quand il écrivait : « Pour cela, plusieurs font leur testament i ii pleine santé, craignant que l'effort des douleurs mortelles ne leur oste le moyeu de manifester à leur mort leur dernière volonté. »

2. Testament notarié de Robert Débonnaire |15'.I2|. — Même formule chez Renée Martou. femme d'Antoine Pradel. marchand (1596).

80D corps à la terre, priant la glorieuse Vierge Marie, son bon ange, Monsieur saint Michel, Monsieur saint Jean Baptiste ' et toute la cour céleste de Paradis, vouloir estre intercesseurs envers Dieu pour empêtrer de lui grâce, pardon et miséricorde de ses péchés et offenses. " Georges Huet, marchand mercier, - rend ;i Dieu le créateur grâce «le sa nativité, vie, corps e1 membres dont il l'a orée, et des cinq sens qu'il lui a pieu lui prester, et de tous les biens temporels dont il Ta gouverné durant sa vie » (1598).

Emerance Perier, veuve de Jean Freuslon, sieur de Pousteau, écrit : « Je proteste vouloir recevoir a la lin de mes jours le T. S. Sacrement d'Eucharistie pour m'unir plus parfaitement avec mon Dieu au moyen de si divin sacrement. Je proteste vouloir passer de ceste vie en l'autre armée du dernier sacrement de l'Extrême Onction, et arrivant par quelque empescliement que je ne (misse le recevoir, je désire des maintenant et pour lois je le désire et demande, priant la divine Majesté de daigner oindre tous mes sens tant intérieurs que extérieurs. Et en vertu des présentes, je pardonne très volontiers à tous ceux qui m'ont oiïensée soit en ma renommée, en ma vie ou en mes biens, ou en quelque autre façon que se soit, priant Dieu de leur pardonner, comme je désire qu'il me pardonne » L665 .

Dans son testament olographe, Anne Nupied, fille majeure, pensionnaire à l'Hôtel-Dieu, s'exprime ainsi : « Je me recommande à Dieu tout puissant mon créateur, à mon Sauveur Jésus Christ, son fils unique,qui m'a rachetée par les mérites de son sang' précieux, au Saint Esprit qui m'a régénérée par le saint baptesme, suppliant mon Dieu plein de bonté, un seul Dieu en trois personne-, de

1. L'hagiographie chrétienne, aotammenl dans le jugement dernier an portail des églises, représente saint Michel pesant les âmes, leurs bonnes el mauvaises œuvres Saint Michel el saint Jean- Baptiste sont nominativement invoqués an Conflteor.

me faire miséricorde. Je supplie la très sainte Vierge qu'elle soit mon advocate auprès de Dieu par les mérites de mon Sauveur Jésus Christ qu'il me pardonne mes péchés. Je supplie le grand saint Joseph, sainte Anne ma patronne, mon saint auge gardien, tous les auges, saints et saintes, toute la cour céleste dont j'implore le secours et la puissante intercession auprès de Dieu, qu'il me reçoive dans ses tabernacles éternels par les mérites de mon Sauveur Jésus Christ pour le bénir et l'aimer pendant toute l'éternité » (1726).

A l'usage il se forme une clause de style qui fait le début de tout testament rédigé par notaire : c'est la recommandation de l'âme à Dieu, à Notre-Dame, à la cour céleste, à l'ange gardien, à saint Michel et au saint patron du testateur. Suivent les dispositions particulières au testaleur : tout d'abord des prières que l'on sollicite pour celui qui ne sera plus du nombre des vivants ; on les demande à l'Eglise, aux parents, aux pauvres conviés à la sépulture. Nombreuses sont les messes prescrites aux églises paroissiales, aux communautés religieuses, souvent avec mention qu'elles seront célébrées aux autels privilégiés ; plusieurs testateurs exigent le trentain de Saint-Grégoire, dévotion qui parait jouir d'une grande faveur parmi les artisans '. D'autres veulentdes prières spécialement choisies : Claude Rousseau (1592 une messe basse de l'office des Cinq-Plaies au jour de la fête de saint Claude, son patron : Jeanne Ilocquedé, qui sera inhumée en l'église des Jacobins, demande que l'on chante sur sa tombe un Vexilla régis : .Marie liouttin. en levant son corps pour le conduire au cimetière, un Salveet un Ave maris Stella l<>.">.'! : Anne Geslot, veuve de Guillaume Robideu, sieur de la Gobe-

1. Testament de Marie Bourgault, Femme du charpentier Pierre Bourdoiseau (1662] : Aime Lemoyue, femme de Jean Suzanne, tailleur d 'habits |I68G| ; Jeanne Gallouin. Femme de François Duchemiii. journalier (1743), ete

PARTAGES i. 1 l ESTAMEN PS 17/

tière, charge ses exécuteurs testamentaires de ■ incontinenl après son <\rcv> raire prier six pieuses filles de faire la sainte communion à son intention et < j m . i chacune d'icelles l'on donne 1" sols ; » elle espère aussi que les Capucins voudront bien faire une communion pour le saint de son âme 1646 .

Très fréquenl est <lu reste l'appel aux prières de ces trois couvents qui jouissaient à Laval d'une pieuse popularité : les Cordeliers. les Dominicains et les Capucins; les deux premiers reçoivent dans leur église les corps de nombreux lavallois, et bien des fondations rappellent aux prières des vivants la mémoire de leurs bienfaiteurs. On s'adresse aussi aux membres de la confrérie à Inquelle appartient le testateur. Les tiers-ordres de saint Dominique et de saint François comptent ;i Laval quantité d'associés dont Dieu seul sait le nombre ; d'autres, et souvent les mêmes, sont inscrits sur les listes de ces confréries paroissiales très vivantes alors par leur esprit actif, leur réelle fraternité, l'assiduité à leurs réunions : confrérie des Prêtres à Saint-Tugal, existant dès les premières années du xni'' siècle, confréries du Saint-Sacrement à Saint-Vénérand et à la Trinité, de la Rédemption des captifs en la chapelle des Mathurins, confrérie des Agonisants, dont la cloche tinte la prière pour le confrère mourant1. A toutes on demande les prières des confrères, soit qu'ils assistent aux funérailles, devoir prescrit par la plupart dt^ statuts, soit qu'ils fassent a le-urs réunions la recommandation du défunt.

1. Perrine Cochery, Femme de René Davy, maître charpentier, ne veut aucun.' solennité à smi entt rrement, mais elle demande qu'à

son agoni* advertisse les confrères el sœurs de la confrérie

tirs Agonisants el les pères Cordeliers de prier Dieu pour elle comme étanl inscrite en la ilii<> confrérn II l n»' ordon-

nance de police du 12 octobre 1751 défend aux enfants surtout) d'insulter le bedeau qui, revêtu d une dalmatique noire el agitant une clochette, annonce le décès des confrères ou sœurs el le jour du service l'ail par la confrérie eu I église de Saint-Tugal.

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Souvent cette demande est accompagnée d'une aumône en faveur de la confrérie.

Une préoccupation commune à beaucoup de testateurs est de régler Tordre de leurs funérailles ; plusieurs cependant déclarent se remettre de ce soin à leurs héritiers ou à leurs exécuteurs testamentaires : le médecin Ambroise Tauvry, qui désire être enterré dans la tombe de son père « le plus simplement qu'il se pourra, » s'en rapporte à sa femme du soin de ses obsèques (1678) ; Renée Chapelle, veuve de Guays du Bourg, charge son fils, le chanoine de Saint- Tugal, de « disposer de sa sépulture selon l'usage et la règle de l'Eglise » (168?) ; Marie Emond, veuve de Jacques Le Clerc, veut « luminaire honneste et tel qu'il doit estre à personne de sa condition » (1720) ; l'avocat René Guays s'en remet à sa femme, Marie Chocquet, du soin de sa sépulture (1751) {. Ce sont peut-être les plus sages.

D'aucuns désignent les ornements que doit revêtir le clergé, les cloches qui doivent sonner le glas funèbre 2. Mais le plus souvent la cloche que l'on veut faire entendre, c'est la cloche de la confrérie qui invitera les confrères à prier pour le défunt 3.

Au xvii0 siècle, à Laval, un cercueil particulier est encore un objet de luxe ; chaque église possède un cercueil banal où l'on dépose enveloppé le corps du défunt ; ce cercueil est placé sur le bayard recouvert du drap

1. Suzanne Davazé, femme de Pierre Guédé, sieur du Bourgueuf, élu en l'élection de Laval, déclare qu'ayant « l'honneur d'estre de la confrérie des prestres, elle veut estre enterrée comme les confrères d icelle sans plus grande cérémonie » (1695).

2. En 1699, un marchand houcher veut la grosse cloche de Saint- Vénérand et celle des Jacobins, une messe chantée avec les plus beaux ornements de l'église paroissiale, et aussi un trentain de messes pour le salut de son âme.

o. Anne Angot (1696), fille majeure, demande que l'on sonne la cloche de la confrérie du Très Saint- Sacrement à laquelle elle appartient.

PARTAGES M rESTAMENTS I 7' l

mortuaire cl ainsi port.' au cimetière '. Plusieurs te demandent par pauvreté ou par humilité, comme Julienne Guerchois qui, en L669, désire o que son corps soi! enseveli el porté sur [e bayard sans cercueil à l'église de la Trinité el de là au cimetière pour y estre inhumé sans aucune cérémonie » ; ce qui ne l'empêche pas de disposer <le la somme de 40 livres pour faire célébrer des « messes à basse voix pour le repos de son âme, de ses parens el amis » ; Françoise Landelle, femme d'Etienne Faucque, tissier, vent être enterrée « sans cercueil comme estant pauvre ; » elle n'en demande pas moins vingt messes à Saint-Melaine et à Avénières, el lègu< biens à son mari (168J . Julien Pastis, tissier, se contente du « cercueil de la paroisse » et demande soixante messes pour le salut de son âme ; Anne Nupied, pensionnaire à rilôtel-Dien, exprime cet humble souhait : t> Je désire que Fou m'ensevelisse dans du canevas, afin que le linceul soit pour les pauvres incurables » (1726 . Marie Guichard, veuvede l'architecte Michel Lemesle, veul être inhumée dans un cercueil de bois, auprès de son mari, et pour le cérémonial « ainsi qu'un pauvre » 1700 . Quelques autres limitent les frais de leurs funérailles: le maître maçon Pierre llamelin et sa femme, dans leur commun testament, demandent que leur enterrement se fasse « comme on fait pour gens pauvres, en sorte qu'il n'en coûte pour leur sépulture à chacun que la somme de

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