‹ La vie privée dans une province de l'OuestChapitre 54 sur 95 · Exceptii illemenl quelques femmes demandent que le drap · texte numérisé non relu

Exceptii illemenl quelques femmes demandent que le drap

luaire de l'église soil remplacé par un drap blanchel qui sera

ensuite employé à faire des vêtements .tu\ pauvres gens : ainsi fait Catherine Fortin (1615) qui, en même temps, désire que !«■ clergé revêle les beaux ornements à son enterrement.

Les prêtres sont enterrés revêtus d'un ornemenl sacerdotal el le visage découvert. Jean Brouessin, prêtre chapelain à Saînt- Vénérand, veul être enterré devant l'autel de la Madeleine eorps mis ou un cercueil de bois et la face découverte et en son habit sacerdotal, ainsi que l'on a accoustumé fair Même

recommandation dans le testament de Mathieu Huchedé curé d'Avenières 11613).

7 livres et deux petits cierges pour mettre sur l'autel pendant que Ton fera les prières accoutumées » ; mais ils prescrivent, lui. quatre-vingts messes, dont la moitié à dire par son confesseur; elle, vingt messes, chacune étant payée au prix de 10 sols (1698).

Plusieurs testateurs ordonnent de faire porter leur corps par des pauvres qui recevront pour cette mission une aumône ou des vêtements : d'autres pauvres tiennent autour du corps les cierges et les pots d'encens dont l'usage se perd au xvne siècle. Dans son testament de 1599, Pierre Lemeignan, sieur de la Primaudière, bourgeois de Laval, qui veut être inhumé auprès de sa femme, Renée Ernoul, devant l'autel de la Vierge en Saint- Vénérand, demande que son corps soit porté par quatre pauvres et que d'autres pauvres portent « treize belles torches de cire j aulne neufves et cinq cierges et pots d'encens » ; tous recevront « un drap bureau ou blanchet » delà longueur d'une aune. Catherine Audouin, veuve de Florent Leliepvre, exige aussi treize torches et cinq cierges, et donne à chaque porteur de torche un drap bureau, à chaque porteur de cierge un blanchet (1593). Anne Cornuau, veuve de Jacques Soiïn, sieur de la Lande, veut treize pauvres portant des cierges, et donne à chacun un bureau d'une aune et demie (1694 .

Le nombre de ces cierges est ordinairement de douze, en l'honneur des douze apôtres '. ou de cinq en l'honneur des cinq plaies de N.-S. Jésus-Christ ; c'est à cette dévotion que se rapportent les cinq pots d'encens, comme les cinq grains d'encens attachés au cierge pascal au jour du samedi saint. « Je veux, écrit en 1694 François Gaultier, vicaire de Saint- Vénérand, qu'en l'honneur des douze apôtres, saint Julien et saint Fran-

1. Au-dessus do douze, ce sont des cierges en l'honneur du patron du défunt et des saints auxquels il a une dévotion particulière.

PARTAGES I. I l ES I tMENTS 181

çois, il y ail à ma sépulture quatorze cierges portés par quatorze garçons

Ces porteurs de cierges sonl des pauvres, que l'on désire aumôner et dont on sollicite les prières, Adenette Bouvet, veuve de Nicolas Audouin, veut treize torches, chacune d'une livre el demie de cire, <|ni seronl ensuite réparties entre les églises de la Trinité, d'Avénières, de g Notre-Dame de Periz, o des Cordeliers et des Dominicains. " et veult que a ceulx qui porteront les dites torches, qui seront treize des plus pauvres et indigens que pourront choisir et eslire ses exécuteurs, soit donne et baillé a chacun d'iceulx deux sols six deniers tournois pour leur peine et afin qu'ils prient Dieu pour elle et -es amis trespassés o L540 : Jean Garnier, sieur de la Girardière, désire (pie son corps soit porte par six pauvres et qu'il soit accompagné de treize torches ardentes, de cinq cierges bénits et cinq pots « garnis de feu et encens » L626 : Marie Roblet, servante de François Chapelle, demande un cercueil de bois porte par quatre pauvres et cinq cierges de cire blanche portés aussi par de pauvres gens (167 1 .

< 'n se fait enterrer au tombeau de famille, le mari et la femme dans la même fosse, les entants auprès de leurs parents. Plusieurs désirent reposer dans les églises ; les uns désignent un emplacement près d'un autel ou les attirait leur dévotion, d'autres près du liane où ils ont prie, où leurs successeurs viendront s'agenouiller a leur tour et sans doute donneront un pieux souvenir aux ancêtres, aux parents, dont les corps reposent sous les dalles voisines. C'est ainsi qu'entend être inhumée Charlotte Gaudin, veuve de Sébastien Frin du Guiboutier, o proche sou banc » en l'église d'Avénières : Marguerite Lemercier, veuve de Jean Véron, près de sa bancelle o en l'église des Dominicains L662 ; dans leur testament commun, Pierre Ouvrard, marchand, et Louise Rousseau, •< près le banc de la dite Rousseau ••

en l'église de la Trinité ; Marie Chemineau, veuve d'Olivier Moraine de la Motte, avocat, sous -le crucifix, « à costé de la grande tombe de cuivre, lieu de la sépulture

de ses père et mère. »

Le voisinage de certains autels est particulièrement recherché dans les églises paroissiales et celles des communautés, surtout les autels de la Vierge, de Sainte- Anne ' ; aux Cordeliers, la chapelle de Lorette reçoit particulièrement les corps des tertiaires de Saint-François ; chez les Dominicains, on recherche l'autel du Rosaire, celui de Notre-Dame de Ronne-Encontre.

Cet usage n'allait pas cependant sans engendrer quelques abus ; dans les temps plus anciens, c'était un privilège réservé au clergé et aux bienfaiteurs insignes ; mais on se faisait facilement bienfaiteur, puis la sépulture devenait héréditaire, et la faveur ne se refusait plus guère ~. L'abus devint tel, l'encombrement devint si grand dans ce sol si souvent remué que le pouvoir royal dut intervenir ; par ledit du 10 juin 1776, il défendit d'inhumer dans les églises, à l'exception des évêques et curés, et à condition de leur faire des fosses larges et profondes.

Le cimetière est d'ailleurs voisin de l'église ; bien souvent il l'entoure, et nul ne s'en plaint ; il parait tout naturel que les restes de ceux qui ont vécu dans la famille paroissiale ne soient pas rejetés au loin ; leur présence près de l'église ou tout au moins peu éloignée, ne peut-elle pas évoquer leur souvenir et provoquer une prière ?

1. A la Trinité, on trouve les Beaumont devant l'autel de la Vierge ; Christophe Marteau, conseiller du roi (1670), <•! Anne Riloche, sa femme, devant l'autel de Sainte-Anne, etc. Dans les chapelles du bas-côté de léglise des Cordeliers, les Cazet, les Marest, Michel Taschereau, secrétaire du roi, Louis du BoisWranger, etc.

2. lui 15M9. une servante de Pierre Lemeignan est enterrée dans la chapelle Coulonneau des Dominicains : l'inhumation dans les églises n était pas un privilège réservé aux riches.

PARTAGES ET l ES I \ M ENTS 183

Là encore bien des lavallois désignenl l'emplacenienl où reposera leur corps, près de la chapelle <lu cimetière ' ou de la grande croix qui domine le champ des morts, el surtout au tombeau de famille, désireux de rapprocher les restes de ceux qu'on! unis dans la vie terrestre les liens du sang mi il»- l'affection : » on la sépulture de mon père, » demande Àdenette Estigneusl : ■ auprès de mes parents, » écril Suzanne Guays : Mathurin Pacory, domestique de M. il»' la Gaiorière, veul être inhumé auprès de son ami Pierre Fouché, « vieux serviteur o du même maître.

René Piau, sieur de Vaucellant, marchand tissier, et Madeleine Marchais, membres de la confrérie du Saint- Sacrement, veulent être enterrés ensemble au pied de la croix du cimetière : sur leur tombe on élèvera une croix Je marbre avec leurs noms, « afin de (aire souvenir leurs enfans, païens el amis de prier Dieu pour le repos de leurs âmes » 1662 . Telle est la raison d'être des croix de bois ou de marbre qui marquent les sépultures. remémorant les noms îles défunts et rappelant par leur présence même le sacrifice et la rédemption : perpétuelle souvenir des morts et solliciter les prières A^s vivants 2.

1. Celle du cimetière de Saint- Vénérand est dédiée au Dieu «le pitié : le cimetière de la Trinité, remontanl au commencemenl du xve siècle, s'étendail entre le côté nord >!<> la rue des l rsules et l'impasse des Fossés : en 1781, Guillaume Bertrand «le la Bertinière, ancien curé de Chailland, demande qu'on l'enterre en la chapelle de ce- cimetière el qu on y place près de la porti effigie en terre qu'il a chez lui.

Je désire écrit Etienne Letourneurs, magistrat, qui corps soit inhumé dans le cimetière de cette paroisse [Saint- Vénérand . afin que les bo'ns el fidèles chrétiens passant par iceluy prient Dieu pour le repos de mon .'une - Les prescriptions relatives aux monuments funéraires sont rares Jean Benoist, prêtre, veut être inhumé au chœur de 1 église de 1 hôpital el sur sa Fosse une tombe de marbre, gravée de l'effigie d'un prestre en habil de chœur et autour ces mois : icy repose le corps de defiuncl vénérable et discret messin Jean Benoist, en son vivanl sieur de la

I8'i LA VIE PRIVÉE n.\>"S UNE PROVINCE DE L'OUEST

C'est au cimetière que la famille en deuil reçoit les condoléances de ceux qui Tout accompagnée dans la cérémonie funèbre ; elle les avait convoqués au son de la clochette du cfieur ' ou par des placards dont on se servait déjà. L'usage ancien «Hait pour les parents du défunt de recevoir chacun chez soi les visites de condoléances, « ce qui causait une grande perte de temps » ; on avait remédié à cet inconvénient en réunissant tous les parents dans la maison mortuaire pour y recevoir les visites le jour même de la sépulture, « ce qui causait un concours très incommode, » dit Pichot ; le 1er mars 1750, rassemblée de paroisse de la Trinité décide de permettre aux parents de recevoir leurs visites de deuil immédiatement après les sépultures dans la salle de l'école de charité où Ton ouvrira une porte donnant sur le cimetière 2.

Parfois le testateur adresse quelques conseils, quelques exhortations à ses héritiers, surtout à ses enfants, s'il est père de famille : « Je les exhorte de vivre en parfaite union, écrit Gaultier de Brùlon à ses enfants (1688) ; la plus grande perte qu'ils puissent faire, c'est de perdre la charité : qu'ils fuient bien les- querelles et procès ; je désire qu'ils suivent les avis que je leur donne dans l'épître liminaire de l'histoire généalogique

Desmerie, prestre, bienfaiteur de céans. Bequiescat inpace, amen » l 1655). — Le marbrier Rochereau prépare lui-même une croix qu il destine à sa tombe. — Mathurinë Auffray, femme de Daniel Guérineau, sieur de la Grange, lègue 300 livres pour la construction d'un aulel dédié à Madame Saiule Aune, en l'église des Jacobins, où elle veut être enterrée, à charge d'accorder à son mari et à ses héritiers un banc et la sépulture en cette chapelle et de mettre sur sa fosse une belle tombe de inarbre noir de 6 pieds de longueur et 2 et demy de largeur, à l'entour de laquelle sera son nom gravé et le jour de sou décès. » (1637).

1. Cet usage s est conservé à Vitré jusqu'à la lin du xiv siècle, pour les familles lidèles aux vieilles coutumes.

2. Pour cela on établit un droit de 30 sous quand on sonnera la grosse cloche, et de 20 sous quand on sonnera la seconde.

PARTAGES il M— i WI1, NT S 185

de la famille que je les convie de lire avec z-èle. s Annette Lasnier, seconde femme de Jacques !-•■ Blanc de la Vignolle, prie « François, son fils aisné, chanoine de Saint- Tugal, Jacques à présent au royaulme <l Espagne, Catherine, Marie el Urbain, ses fils et filles, de vivre ensemble en parfaite union el amitié, et de se tenir en l'obéissance de leur père qui ne leur manquera pas, et <le vivre aussi en la crainte de Dieu, l'honneur du monde et dans les devoirs chacun de sa condition, afin que Dieu les bénisse o 1670).

Dans son testament olographe du I" octobre 1718, Renée Henry, veuve de Mathieu Marceul, tailleur d'habits, demande qu'on donne a chacune de ses trois tilles leur rouet quelles ont bien*"gagné à filer; elle ajoute : « Je prie mes quatre entants de partager tout sans dispute et d'avoir la crainte de Dieu en toutes leurs actions. Et cela étant, je leur donne à tous ma bénédiction avec le dernier baiser de cœur et d'amour, et prie le Seigneur et la Sainte Vierge de leur donner sa sainte bénédiction. » Elle veut être enterrée près de son mari, veut '1\ cierges a son enterrement et l'assistance des Cordeliers, une grand'messe et iO messes basses : elle donne l<> livres tournois a la confrérie du Saint-Sacrement. Marie-Renée Simon, femme de François Delaporte, sieur de la Teslinière, termine son testament par cette objurgation : « .le recommande à tous nies enfants d'avoir la paix, l'union et l'amitié entre eux ; si par malheur il se trouve en taisant leurs partages quelques contestations, je leur demande pour dernière ixvàcv qn ils les terminent à l'amiable, qu'ils ne mettent jamais d'étrangers dans leurs affaires, et que jamais mon nom ne soit prononcé à l'audience pour des difficultés, s il s en trouvait entre eux ' o (2 janvier 1742 .

D'autres fois, c'est un pardon que l'on accorde, comme

Page 1