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18li LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE LOl'EST

Mathurin Le- Clerc qui, mourant au cabaret de Julien Legrand des suites d'une rixe ou d Un duel, déclare « qu'il pardonne à celui qui l'a blessé de la plaie dont il est retenu malade, et n'entend qu'il lui soit fait aucune poursuite » 1668) ; ou encore, un pardon que l'on implore : « Je supplie et prie Dieu, écrit le notaire Eveillard en 1627, qu'il lui plaise me faire pardon et miséricorde de tous les péchés que j'ai faits et commis durant ma vie, desquels je n'ai fait confession, pénitence ni satisfaction, et que s'il est sceu et trouvé que j'aie de l'aultrui, qu'il soit rendu, et si à aucun ay méfait, je l'en prie humblement me pardonner, et si aucun m'a méfait, je lui pardonne bénignement, priant Dieu ainsi me faire homme tenu de sa sainte grâce jusqu'au dernier soupir de ma vie. » Madeleine Abot, veuve de Jean Hérault des Essarts, déclare avoir amassé « par sa bonne conduite et son ménagement en la maison de son mari » 4.000 livres placées en bons contrats et obligations ; elle veut «pie cette somme soit également partagée entre Antoine et Jean, ses enfants, et Marie et Catherine, enfants d'un premier mariage de son mari, « pour la décharge de sa conscience » ; elle leur recommande à tous de « traiter avec douceur ceux qui se trouvent lui estre redevables de quelque somme » (1670). Marie Gillouard, servante à l'hôpital général, laisse tous ses biens aux pauvres du dit hôpital « tant pour avoir part à leurs prières que pour aucunement les dédommager de n'avoir pas employé le temps à leur service autant quelle y était obligée » 1708). Enfin, le premier magistrat du comté, le juge Gilles Le Long, « faisant attention qu'il lui est arrive plusieurs fois de marquer au greffe peut-être plus de droits et vacations qu'il n'auroit convenu en différens actes, particulièrement en des curatelles et des renonciations a des successions ou communautés, et s'en repentant, pour réparer la faute qu'il a peu faire, il donne et lègue par forme de restitution aux pauvres de la Charité

de l.i paroisse de la Trinité la somme de 500 livres outre et par dessus celle de 1.000 livres qui leur a esté léguée par le dit testament, ei prie ses confrères messieurs les gens du lise de ne pas suivre an si mauvais exemple, et les exhorte à faire un règlemenl qui fixe tous ces droits pour l'avenir '. »

Des soldats se rencontrent souvent parmi les testateurs. Avant de partir pour l'armée, plusieurs font leur testament, demandant des messes, confiant à un ami L'exécution de leurs dernières volontés. Pierre Tourmentin. soldat au régiment de Champagne, lègue ;> sa mère o tout ce qu'il peut lui donner par la coutume du Maine et par les privilèges accordes aux soldats; o c est « pour en quelque façon reconnoistre les bienfaits de son éducation » : il prie M. Margotin, prêtre de Saint- Venérand, de l'aire dire cent messes liasses pour le repos de son âme et de ses amis trépassés 1673 . Joseph Barbier, compagnon lavandier, partant pour le régiment de Savoie, prie sa femme d'avoir soin du « peu de bien que Dieu lui a donné et d'*ni disposer en bonne mère de famille pour sa subsistance et celle de ses enfans, et de faire dire dix messes basses des qu'elle sera certaine de son décès a L674). D'autres l'ont un legs à une personne qu'ils aiment : René Rojou, boulanger, engagé au régiment de Laval en la compagnie de M. Delaporte, donne 150 livres hypothéquées sur ses biens à Françoise Rousseau « pour la bonne amitié qu'elle lui a toujours portée honnestement et qu'il espère qu'elle lui continuera à l'avenir, quoique absent » : il la charge de faire dire vingt messes lors de sa mort 1703 .

Les legs aux amis sont des souvenirs sous forme de vêtements, de bijoux, d'armes : Lancelot Chemineau laisse a son ami Raoul Delaporte « le plus beau de -

fusils OU la plus belle paire de ses pistolets, au choix du I. Minute de P. Nourv. notaire. 1739.

dit sieur Delaporte » (1G55) ; René Àveneau, sieur de la Bouchardière, marchand, lègue à Jean Frin de la Mai-

sonneuve 30 livres tournois et son chapeau neuf, au lils Frin 6 livres tournois, « ses deux casaques brune et grrise, son hault de chausse brun, ses bas de chausse et souliers tant neufs que viels » (1679' ' ; Julien Le Gensier laisse son cheval tout équipé à l'orfèvre Louis Ariioul, « en reconnaissance des bonnes amitiés qu'ils ont toujours eues ensemble » (1691 .

Les serviteurs ne sont pas oubliés ; beaucoup sont récompensés de leur dévouement ou de la longue durée de leurs services : Michel Taschereau, sieur de la Haye 2, secrétaire du roi, lègue 100 livres à Catherine, sa fdle de chambre, 50 livres à Roberde, sa servante, 30 livres à Lierre, son valet (1650). Catherine Lebreton. veuve d'Alain Jouet, marchand, laisse une partie de ses vêtements à ses deux servantes pour « les obliger de prier Dieu pour le repos de son âme » 1680 ; Adenette Guilot, veuve de René de Chantepie, un lit et 60 livres à chacune de Renée Rlondeau. sa lille de chambre, et Françoise Gandon. sa servante, et de plus son rouet à la première (1682 : Julien Le Censier, mari de Charlotte Frin, 10 livres et un « habit de deuil honneste » à chacun de ses serviteurs- 1001 : PaulVrigné, avocat, lègue

1. Renée Marteau, veuve d'Antoine Pradel. lègue à Marie Leliepvre, veuve de Charles Gandin, sa cousine, une *< belle cape de taflt las pour avoir souvenance délie et pour la bonne amitié qu elles se sont toujours portée lune à l'autre » ; à Adenette Marteau, sa su m. sa cote d'écarlate, sa cape de taffetas et trois de ses meilleurs rabats i> ; à Jacquine, sa sœur, religieuse à Patience, sa cape de camelot : à sa sœur Marie sou manteau d élainine. sou corps piqué, ses deux chaperons de velours, el un écu à chacun de ses quatre enfants : ses autres vêtement- sont donnés à ses servantes et aux pauvres 1691).

2. Il est veuf de Madeleine Marest et donne a Jeanne Marest, fille de M. de Lucé. -on ■ cabinet en forme d ébène. tout ce qui < -t dedans, ses bagues et joyaux qui peuvent estre en sa maison. »

3 11 fait donation à sa femme, lègue 800 livres à l'hôpital, etc.: il veut être inhumé près de son père aux .Jacobins |1691).

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à Anne Peilloche, qui le sert depuis quarante ans reconnaissance des lions services qu'elle lui a rendus, ;■ lii feue (hune sou «;|»ouse el à leurs enfans », des draps el une rente viagère de 25 livrer ; el à Rose Tournier, sa servante pendant vingt .mus, un lil garni, des draps, une rente de I I livres, « en considération dv* modiques ges qu'elle gaigne (27 livres par an . pour le travail qu'elle a l'ail » 17'iS ; la demoiselle Marie Mary des Flanelles donne à Marie Champagnette loi) livres tournois, l'année entière de ses gages el un deuil 177.'! .

On songe aussi aux membres des confréries avec lesquels on a prié ; plusieurs sont pauvres, et c'esl un devoir pour les confrères plus riches de les assister. Anne Salmon, tille majeure, ordonne de mettre c ;i la boueste destinée à recevoir les aumosnes des pauvres sœurs du tiers ordre de Saint-DomiriiqUe, dont (die a l'honneur d'estre une des sœurs, pour estre distribuée parla supérieure à celles d'entre elles qui en auront le plus besoin, la somme de 10 livres » 1694 .

D'autres font des legs destines à favoriser les retraites de ces confréries, œuvre chère aux membres de la compagnie du Saint-Sacrement : Ambroise Le Bascle, fille majeure, laisse son lit garni « aux pauvres sœurs du tiers ordre de Saint-François pour leur servir lors de leurs retraites « (1716) : Catherine Adam. Pileuse, demande « que, le plus tost que faire se pourra api mort, il soit fait une retraite dans la chapelle de Lorette, aux Cordeliers, à laquelle assisteront les sœurs du tiers ordre de Saint-François » (1760 : Renée Delaporte, veuve de Jacques Foucault de Vauguyon, exprime le même désir et lègue dans ce but une rente de ii livres (1744 .

Ce sont surtout les œuvres de charité qui provoquent la générosité des testateurs. Outre les legs aux pauvres. aux bureaux de charité, aux hospices, des dons sont faits aux prisonniers et aux captifs, aux écoliers et aux

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apprentis. Adenette Estigneust donne 100 livres « aux pauvres prisonniers de cette ville » 1665 : Anne Frin, femme du procureur du roi François Le Clerc du Moulin. 50 livres 1727 : Marguerite Beucher, veuve de l'avocat Julien Hoisnard, 1<>() livres 17.J2 : Anne Quehery lègue en leur faveur 2 boisseaux de seigle et pour chacun une chopine de cidre le jour de son enterrement (1773).

Les captifs sont les malheureux pris par les pirates musulmans et retenus en esclavage sur les cotes barbaresques : à ceux-là encore Adenette Estigneust lègue 100 livres « pour le rachat des captifs entre les mains des Maures » ; Olivier Fouquet, 150 livres que reçoit Guillaume Troussard. prêtre procureur de la confrérie de la Rédemption des captifs, érigée en l'église de la Trinité ' : Marie Le Maistre. veuve de Pierre Gigault, sieur du Chàtelier. songe à son lils et donne 300 livres aux Capucins « pour estre la dite somme employée à racheter père Henri de Laval, son fils, capucin, présentement en mission dans le Brésil, en cas qu'il soit pris par les ennemis », s'il rentre en France, cette somme sera partagée entre le couvent de Laval et celui où il résidera L686 . Ces dons en faveur des captifs deviennent plus rares, puis disparaissent au cours du siècle suivant.

Plusieurs legs sont faits pour la construction ou l'entretien des petites écoles : quelques-uns ont une affectation toute spéciale, comme le don de 10<) livres fait par Marguerite Le Roy. fille majeure, pensionnaire chez les Bénédictines, « a l'école des pauvres garçons de la paroisse delà Trinité pour estre employées à l'achat des livres nécessaires pour l'instruction des dits pauvres 9 17 il : comme la rente de 12 livres fondée par le prêtre Etienne Pian pour l'achat de « petits livres a distribuer par forme de récompense aux écolières qui l'auront

1. Peut-être sous l'influence de la Compagnie <lu Saint-Sacrement qui, de lout sou pouvoir, favorisait cette œuvre chère à saint Vincent de Paul.

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mieux mérité, au jugement de la supérieure, «lu cuir de la Trinité el de là maîtresse <pii fera composer à cel effet pour examiner leur sagesse, leur assiduité el leur diligence » 1757 . En L686, Louise Chapelet, veuve de Valentin Emond, sieur de la Ferrière, avait laissé 160 livres a l'abbé Duchemin o pour l'instruction des pauvres ignorans de la paroisse de Saint- Vénérand, selon sa prudence et discrétion, o el 100 livres à sa servante - à la charge que pendanl sa vie elle instruira les pauvres ignorans autant qu'elle pourra et qu'elle en sera capable ».

Ce sont aussi des dons faits pour doter <\i'> jeunes tilles, pour apprendre un métier à des enfants pauvres. Pierre Audouin 1503| donne «à treize povres tilles pour aider a les marier et pourvoir à chacune 100 sols >». Renée Bouessier, servante, donne 40 livres à de <* pauvres orphelins et orphelines pour aider à leur taire apprendre estais et mestiers pour gaigner leur vie » (1603) ; Jean Sergeul, sieur de la Brochardière, el Michelle Lemercier, dans leur testament commun, donnent 150 livres-à partager entre « cinq pauvres jeunes lilles pour aider à les marier » L616 : dans le même but, Mathurine Legras, veuve de Gervais Pommereuil, laisse 30 livres à chacune de deux jeunes lilles « bien vivantes et de bon naturel, » et 90 livres à partager entre « six pauvres garçons et lilles aussi recongnus tels pour leur taire apprendre estats et mestiers » (1616 : Marguerite Baillif, femme de Jean Petit, donne '20 livres à François Ménard, son filleul, pour lui faire apprendre un métier, et même somme à sa sœur, Marguerite Ménard, « pour aider à la pourvoir o 1652 ; Suzanne Guays lègue 60 livres « pour l'éducation el instruction » du lils aine, son filleul, de son closier de Courbusson 1689 ; Marie Mary des Planches, 300 livres a René Hoisnard, enfant qu'elle a élevé par charité, o pour lui faire apprendre un métier et frayer à son entretien jusqu'à ce qu il

puisse gagner sa vie » ; elle lui donne en outre des vêtements et des meubles et veut que « le surplus de ses jupes et habillemens soit donné aux enfans -du closier du Pont-Pottier pour les habiller » (1773). Ces dons et fondations sont d'autant plus efficaces que nulle mesure fiscale ne vient en réduire la valeur, que nulle administration civile ne vient s'immiscer dans leur application, contiée le plus souvent à des exécuteurs choisis librement par les testateurs et dignes de leur confiance.

Mais la majorité des legs charitables s'adresse aux pauvres nécessiteux, et souvent aux « pauvres honteux, » soit directement, soit par l'intermédiaire des bureaux de charité ou des hôpitaux ; sous ces formes variées, c'est toujours le même esprit de bienfaisance chrétienne, souvent ingénieuse ou délicate dans sa manifestation. Marie Débonnaire, veuve de Daniel de Launay, fait donner un petit pain blanc à tous les pauvres qui assisteront à son enterrement, et à vingt-six, portant chacun une chandelle. « une chemise ou de quoi la faire » (1651) ; Catherine Mondière, veuve de Christophe Delaporte, Jean Bodereau, domestique, Jacquine Piavenel, membres de la confrérie du Saint-Sacrement, donnent leur linge aux pauvres nécessiteux, « fors ma plus mauvaise chemise, qui sera employée à m'ensevelir, » dit Catherine Ravenel (1665) ; même don des sœurs Louise et Perrine Lemesle qui, ne s'étant jamais quittées, veulent reposer ensemble prés de leurs père et mère au cimetière de Saint- Vénérand 1687 ; Jacquine Bouttier, veuve de Louis Courte, donne ses chemises et ses draps o aux pauvres qui ont des ulcères et des maux où le linge est nécessaire » (1677) ; Geneviève Delaporte, fille majeure, lègue « aux plus pauvres » de sa paroisse du blé, de la toile pour faire des chemises, des bas de cha nsse d'estame, des sabots, et à diverses femmes pauvres de l'argent (1680 ; Françoise Aligot, femme de Pierre Duchemin de l'Epinay, marchand, « à cinq pau-

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vies |triiis enfans naissans un langeul <-t à chascun <!<■ quoy l'habiller» L693 : Anne Leduc, femme de Jean Langlois, fail distribuer pour 60 livres de o hardes el habits » à dix pauvres indigents de la Trinité, el Marie Roland, » fille du métier de tailleur d'habit, » pri< son « père en Dieu, » Jean Legay, d'habiller de ses vêtements trois pauvres femmes el de distribuer lo livres aux plus pauvres de ses soins du tiers ordre" de Saint- François 1704 ; le chirurgien Pierre Houdault, mouranl sans laisser de postérité, lègue ses meubles et sod argent aux pauvres de la Trinité (1732] ; dans leur testament commun, Gabriel Bidault de la Naillère et Françoise Chapelle destinent 100 livres « aux pauvres vieilles personnes, ménages et malades de la paroisse de Saint- Vénérand qui ne peuvent gagner leur vie » 1732 ; une servante, Jeanne Prévost, lègue pareille somme a l'hôpital Saint-Julien « pour restitution des dépenses qu'elle v a faites pendant qu'elle y a été malade 0 1751 citations pourraient être largement multipliées ; elles suffisent pour attester l'esprit charitable qui inspire les testateurs.

Les daines de la Charité des deux paroisses, véritable providence des pauvres gens, reçoivenl d'abondants legs en argent '. Marie de Pontfarcy, épouse de Jacques de Farcy, lègue une rente de 200 livres, amortissable à 4.000 livres, « pour le bouillon dv> pauvres et le lait des enfans » de la Trinité (1734 : François Martin, prêtre,

1. Gilles Le Long, juge du comté, laisse 1.000 livres à la Charité des pauvres de la Trinité 1 1739). — Suzanne Davazé, veuve de Moi des Loges, femme de Pierre Guédé du Bourgneuf, jugé en l'élection, déclare qu avant l'honneur <1 être de la confrérie des I': elle veut être enterrée comme ses confrères, sans pins grande cérémonie »: elle donne ses chemises aux pauvres, cinquanti seauxdebléà sesvoisins indigents 1695 , Marie Dubois, femme de Julien Hardy, sieur de Lévaré, lègue 100 livres aux dames de Charité de Saint- Vénérand et autant a relies de la Trinité, servir au soulagement de> pauvres malades dont elles prennent

soiu » 1 1727i.

donne 150 livres pour contribuer « au soulagement des pauvres de la Trinité et à l'entretien du bouillon qui se distribue par les sœurs de la Providence qui prennent soin des pauvres et de les instruire » (1735). Louise Boutonnais, fille majeure, « ayant le bonheur d'être de la confrérie du Saint-Sacrement, donne 200 livres aux dames de la Charité de la Trinité pour être distribuées par les sœurs de la Providence du faubourg Saint-Martin, moitié en toile, moitié en blé » ; 100 livres « pour faire aprendre des mestiers à de pauvres petits enfans qu'elles connoistront orfelins et en nécessité » ; 20 livres de rente « pour d'autant assister et subvenir les vieilles personnes de l'un et l'autre sexe qui se trouveront en nécessité et ne pourront se faire recevoir dans les hôpitaux » ; 50 livres aux sœurs de la Providence « pour acheter des drogues pour faire des remèdes pour les pauvres malades», et des vêtements à ces sœurs (1724) ; elle désigne pour exécuteurs testamentaires Joseph Pouteau, ancien curé de la Trinité, et ses neveux François Berset des Allerais et Jean Salmon. Ces sœurs de la Charité disposent aussi de leur modeste avoir : l'une d'elles, Jeanne Morin, de la Providence du faubourg Saint-Martin, lègue ses vêtements à ses compagnes Michelle Fourneau et Louise Goubault, et les charge d'employer son devanteau de serge brune « à faire des chausses à de pauvres enfans » (1707) ; et au milieu de ces manifestations innombrables de la charité lavalloise, on est heureux de constater la reconnaissance d'une assistée : Marie Philippe, fille majeure, tertiaire de Saint-François, donne son lit à une couturière, ses vêtements a deux sœurs du tiers ordre, ses autres meubles aux pauvres de la Trinité, « en reconnaissance de ce que elle a été assistée par les dames de la Charité de la dite paroisse par le moyen desquelles assistances elle a conservé ce qu'elle peut avoir » (1695).

Comme les bureaux de charité paroissiaux, les hôpi-

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taux reçoivent de nombreuses libéralités, les unes chargées de messes ou de fondations, les autres absolument gratuites, consistant parfois en immeubles, I»; plus ordinairement en sommes d'argent. Macé Gombert, ti ayant été « nourri, traité et médicamenté ■> pendant près de deux ans à l'Hôtel-Dieu, lègue iO livres 1673 : d'autres malades donnent leurs meubles, leurs vêtements et demandent des messes pour leur salut. Madeleine Abot, veuve de Jean Berault des Essarts, donne Sud livres que lui doit Charles Duchemin de la .Madeleine |i;7<> : Renée Chapelle, veuve dePierre Guays du Bourg, sœur du bienfaiteur de l'hôpital Saint-Louis, dont elle est héritière pour moitié, confirme le don au nouvel hôpital de la terre et du moulin du Déliais, et ajoute 300 livres pour l'hôpital Saint-Julien (1683 ; Louis Delaporte donne 400 livres à placer en rente pour l'hôpital général, et 300 livres pour augmenter le nombre des lits de Saint- Julien 1002 ; Françoise Le Clerc, veuve de Jean-Baptiste Le Long des Genêtais, 2.000 livres à l'Hôtel-Dieu 1730) ; Gilles Le Long. 1.000 livres en L739. Cette énumération serait facilement allongée.

Dans la seconde moitié du xvn" siècle, un certain nombre de dons sont destines à payer les travaux que Ton faisait alors à l'Hôtel-Dieu. Robert Frindela Chauvinière, marchand, donne 400 livres 1653 ; François Maurice, maçon, pareille somme « pour estre employée au nouveau bastiment i\u dit hospital » 1656 ; Suzanne Guays, fille de Renée Chapelle, donne I ooo livres à l'hôpital Saint-Louis et 500 livres pour les bâtiments | 1689) ; on construisait alors l'hôpital général.

Les archives paroissiales - - si elles n'ont pas été détruites — doivent garder la trace de nombreuses fondations : messes, prières diverses, cierges a allumer à certaines l'êtes devant le Saint-Sacrement ou à l'occasion de certaines cérémonies '. De ces fondations les

1. A la Trinité. l'Inventaire Jardrin contient L'analyse de beau-

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unes sont temporaires, les autres devaient être perpétuelles. Toutes sont inspirées par la même pensée : la prière pour les défunts de la famille ou même de la corporation, comme le veut Jean Langlois, orfèvre, fondant à perpétuité, en l'église des Gordeliers, deux messes au jour de la fête de saint Eloi et demandant qu'il soit placé eu la chapelle Sainte-Anne *une statue représentant le saint patron des orfèvres (1721) *.

A ce sentiment se joint celui d'une dévotion particulière au Saint-Sacrement : Anne Le Balleur, veuve de René lloudu, notaire, donne 500 livres à la confrérie du Saint-Sacrement « pour gager et stipendier deux prestres qui porteront le poisle sur le Saint-Sacrement lorsqu'on le porte aux malades dans leurs maisons » (1672). Plusieurs dames lèguent des bijoux, des étoffes pour orner les « chapelles » où l'on expose le Saint-Sacrement et les différents autels des églises. « Pour ce que, dit Jean Duchemin, sieur de la Barberie, marchand, le dit testateur a vu que par l'ornement qui est aporté à l'église de Saint-Yénérand au temps de l'oraison des Quarante heures qui s'y célèbre les jours de carnaval, le peuple est plus porté à la dévotion et retiré des débau-

coup de ces actes de fondation. — Par testament de 1625, Simonne Chalepin, veuve de Jean Racé, sieur de la Touche, fonde à la Trinité une messe basse par semaine avec recommandation au Lavabo, moyennant 15 livres de rente sur sa maison contiguë à l'hôtellerie de la Galère. — Dans une fondation analogue, Tugale Bezier. veuve de Luc Chevrier, hôte de 1 hôtellerie de Saint-Luc sur la Chevolière, demande une messe par quinzaine, à dire « par l'un des plus pauvres prêtres de la Trinité choisi par le propriétaire de l'hôtellerie de Saint- Luc ».

1. Par testament, Marie Emond, veuve Jacques Le Clerc de la Ferrière, lègue 2.000 livres aux Gordeliers pour la « construction d'un autel avec 1 image de la Sainte Vierge au lieu où le dit sieur de la Ferrière et elle sont ensépulturés » (1695). — Mathurine Aull'ray. femme de Daniel Guériueau, sieur de la Grange, prescrit de construire en la chapelle Sainte- Anne, des Dominicains, un autel de la valeur de o00 livres et de clore la dite chapelle de « balustres et belle menuiserie, » à charge de laisser à son mari et à leurs héritiers un banc et la sépulture dans cette chapelle (1637 i.

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ches, il ;t donné et donne à perpétuité la somme de l(> livres de renie pour estre emploiée aux frais de l'ornement de la dite église, luminaire et autres qu'il convient faire en icelle » (1646 : Jacquine ( îoupilleau, veuve de Jean Moland, lègue six boutons, un petit cœur et un Agnus Dei d'or, pour la chapelle du sacre <le Saint- Vénérand (LG16) ; Anne Le Breton lègue sa croix d'or pour « être attachée à la sainture de la chapelle du sacre, sans qu'elle puisse estre vendue ni eschangée soubs quelque prétexte que ce soit » 1650 ; Adenette Estigneust donne un parement de satin blanc a fleurs en damas passementé d'or, valant L50 livres, au grand autel de Saint- Vénérand, et à la chapelle du Saint-Sacrement « une médaille d'or qu'elle a avec un collier de 51 grosses perles de conte, un reliquaire enchâsse en de l'or ; une croix d'or avec deux bracelets de l!»2 perles » I 1665) ; Catherine Barabé, femme du chirurgien Jacques Pouget, morte en 1683, lègue « toutes ses dentelles el son jup»>n barré à l'église de la Trinité pour servira l'autel de la communion » : Anne Nupied donne sa tasse, sa cuiller et sa fourchette d'argent « pour aider à avoir un soleil quand on exposera le Saint-Sacrement dans la chapelle des incurables » I72(> . D'autres donnent leurs plus belles robes, comme Jeanne Gharil, femme de Pierre Ouvrard, qui destine sa jupe de moire d'argent à l'autel de la Vierge à Avénières, celle de velours rouge « pour servir de parement a l'autel de Notre-Dame de Périls. » sa robe de velours noir et sa jupe de labis jaune aux Capucins (1646). Ainsi, sous ces dispositions diverses, le testament lavallois était avant tout un acte de pieté, de charité, en même temps qu'un témoignage de la réciproque amitié conjugale et de l'égale affection des parents pour chacun de leurs enfants.

Les legs pouvaient être réduits lorsqu'ils dépassaient la quotité permise par la Coutume. Ils pouvaient toujours être modifiés par le testateur. En 1681, Renée

Lemesle. fille majeure, étant malade, se fait relire son testament rédigé dix ans plus tôt et, « considérant qu'elle a de pauvres parens, juge à propos de réduire les dons portés au dit testament ». L'année suivante, les habitants d'Avénières sont réunis à la requête des héritiers de Jeanne Rebulfé « pour voir rescinder à la Coustume les legs qu'elle avoit faits à la fabrice et aux pauvres de la paroisse ; » d'accord avec leur curé, les habitants déclarent s'en rapporter « à la prudence de Messieurs de la justice l ».

Ces cas sont exceptionnels. La Coutume était l'expression des idées traditionnelles : on l'observait. Elle maintenait entre les enfants cette égalité basée sur l'égale affection, qui était d'origine chrétienne et profondément attachée a l'esprit du Bas-Maine ; elle laissait une liberté suffisante pour permettre les amicales ou pieuses libéralités dont les testaments nous fournissent tant d'exemples : pleine satisfaction était ainsi donnée a ce désir légitime de prières et d'aumônes qui pénétrait l'âme lavalloise. En ce temps-là. les dernières volontés des morts étaient chose sacrée '2 : on les respectait.

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