‹ La vie privée dans une province de l'OuestChapitre 58 sur 95 · Queruau-Lamerie, La vie à Laval au XVIIIe siècle, p · texte numérisé non relu

Queruau-Lamerie, La vie à Laval au XVIIIe siècle, p

2. Par testament, Jeau Delacour et Perriue Lambaré, considérant le peu de moyens de la paroissede Saint-Vénérand de « récompenser les prédicateurs qui annoncent la parole de Dieu aux avents et aux carêmes », donnent 42 livres de rente. (Frain, Mém. généal., p. 49).

3. Boullier, Recherches sur la Trinité, p. 179: Gommier, Histoire de Laval, passirn. Elle était la charge de rentes données à l'hôpital le 17 novembre 1685; devait avoir lieu tous les dix ans, durer de sept à dix semaines et être prêchée par vingt prêtres réguliers ou séculiers désignés par l'évêque du .Mans.

i. Aujourd'hui place Hardy.

à. Au compte du receveur général du comté de Laval |1706| figure un article intitulé « restitution pour bois » : il y inscrit l'encaissement de petites sommes versées presque toutes par des prêtres comme restitutions anonymes pour bois volé dans la forêt de Laval.

1*1 l-l i l. I CHARITE 209

« Il i\ été fait des aumônes considérables aux portes des églises, et les quêtes étaient faites par les principales

daines dé la ville qui chaque jour ont trouve à la Trinité plus de 50 livres et à Saint- Vénéra nd plus de 25 livres. — Dieu veuille bénir ces bonnes actions et nous procurer la paix dont la France humiliée par la perte de ses vaisseaux, de ses colonies et surtout du ( ianada, a un extrême besoin ' ! »

Les fêtes religieuses sont d'ailleurs particulièrement en honneur : Te Deum, pour la naissance des enfants de la famille royale, pour les victoires des armées ou la conclusion de la paix, pour les événements heureux comme l'abjuration du prince de Tarente, en 1670; processions pour obtenir un temps favorable aux moissons. avec la vieille châsse d'ivoire contenant les reliques de saint Tugal ou avec le reliquaire d'orfèvrerie contenant le chef de saint Vénérand ; procession du 2f> septembre, en commémoration de la reprise de Laval sur les Anglais, procession du Sacre, si chère aux Lavallois, processions à l'occasion des missions, de cérémonies extraordinaires, telles que les l'êtes de canonisation du capucin Félix de Cantalice et d'autres religieux du même ordre, celles surtout de saint Pie V, célébrée avec une pompe inouïe -'. dans la belle église des Dominicains.

Nulle de ces fêtes n'a lieu sans le concours de la mai-

1. Pichot delà Graverie, Sentences, 6 nov. 1759. — Il témoigne d'une grande amitié pour le 1'. Gallois, capucin, L'un des prédicateurs de la mission. — En IT.'iS. il s étend longuement -m- les pincessions qui chaque jour se rendaient aux Cordeliers, <>u la croix était portée par des jeunes filles des plus notables familles, Mlle Beaumont le premier jour, Mlle Pichot (sa GUe) !<• deuxième etc. Mêmes cérémonies eu 1 7 * *- * pour les canonisations de -.nui- capucins; l<- 19 mai, la fête fut annoncée mu son des coulevrines municipales et de toutes les cloches, et chaque jour il y avait procession panégyrique, messe solennelle.

2. Vi.ii- la Relation enthousiaste écrite par Mlle Denisol (1713), longuement anal} sée dans ['Histoire </<• /"> "/. du chanoine Couanier de Launav. et réimprimée dans If Bibliophile </» Maine, n° 13 et sq.

son de ville, des officiers du comté, des notables, des corporations. Les magistrats, les syndics, les officiers du roi et du seigneur assistent en corps aux processions, aux messes, aux panégyriques : c'est un devoir qu'ils accomplissent. Ne savent-ils pas que tout pouvoir légitime vient de Dieu ? Donc ils doivent être les premiers à lui rendre hommage et à donner l'exemple aux populations dont le gouvernement leur est confié. Mais ils ont en même temps une haute opinion de leur dignité ; sur la question des préséances, ils sont jaloux et facilement intraitables ; de là de fréquents conflits entre les diverses communautés au sujet du rang auquel elles prétendent dans les cérémonies publiques, conflits entre les officiers des juridictions, entre les corps des métiers, entre les chanoines de Saint-Tugal et le clergé de la Trinité, conflits qui parfois nécessitent l'intervention de l'évèque du Mans, et témoignent d'une singulière àpreté dans la revendication d'un droit ou l'affirmation d'un usage imprescriptible. Les juges de police s'appliquent à prévenir ces conflits, à déterminer les préséances ; plusieurs ordonnances sont rendues sur la matière ', souvent accompagnées déconsidérations d'un ordre fort élevé. Celle du 7 juin L686 nous révèle les sentiments qu'inspirait aux magistrats lavallois la récente révocation de l'Edit de Nantes 2 : « Aujourd'huv que nous devons pour la première fois rendre grâces à Dieu de ce que sa Justice et sa Miséricorde, pour former la cou-

1. Eu 1686, 1687, 1689. 1777. Voir La Beauluère, Corporations, et Procès-verbaux de la Contin. Iiist. de la Mayenne, lre série, t. IV. Ces ordonnances règlent minutieusement les rangs des corps et communautés aux processions : elles énoncent diverses prescriptions pour le bon ordre de la procession, la décoration des rues et des maisons, que l'on doit orner de « tapisseries, tabbleaux et autres choses honnestes. avec défense de mettre aucuns portraits, tapisseries, ni ligures indécentes: comme aussi aux joueurs de violon de jouer aucuns airs profanes » |168'J).

2. 22 oct. 1685. — Bourjolly (t. II, p. 216) exprime ces mêmes sentiments.

l'Ihï'K ET CHARIT1 '1\ I

ronne de gloire de nostre Roy, ont t'ait réussir le grand dessein, qu'il a si sagemenl entrepris el exécuté, de la réunion de tous ses sujets à une mesme créance de la présence réelle de l'Humanité ei delà Divinité de Nostre Sauveur dans ce Sacrement, pour l'exaltation duquel la dite procession a été instituée, il semble qu'il <jst à propos de renouveler et mesme de redoubler la ferveur de nos ancestres, qui avoient souhaite de voir cet heureux jour, et pour cet effet, en prévenant ou du moins en conciliant par provision tous les différends <[ui pourroient naistre sur les ditz rangs, convier et obliger tous les particuliers à concourir par l'union des esprits aussi bien que par l'assemblée des corps à célébrer le triomphe de. ce mystère d'unité... » Les lavallois étaient tiers de leur procession, qu'ils comparaient avec complaisance à celle d'Angers, et qui défilait pendant de longues heures dans les rues tendues à ciel ' et jonchées de feuillages, entre les maisons décorées de branchages, de tapisseries, de nappes ornées de fleurs ou de découpures peintes et dorées.

Il le faut reconnaître : dans son ensemble, en dépit des fautes et des misères morales qui sont l'inévitable cortège de l'humanité, cette société lavalloise est intimement et pratiquement religieuse; elle sait que le salut est le but de la vie, et les convictions raisonnées en un temps où Ton s'instruisait vraiment des choses religieuses, les traditions familiales rigoureusement transmises, entretenaient alors dans ces générations une foi vivace et

1. Cet usage a duré jusqu en 18812 ; les pues >l<- Paradis el des Orfèvres oui été les dernières li s bannières el guidons des corporations soûl en même temps devenus 'le plus en plus rar< avait aussi conservé l'usage de porter l'ostensoir -m- un brancard mu- les épaules de deux prêtres revêtus de dalmatiques, usage que l'on voit reproduit dans une miniature d'un graduel de 1 i98- 1515, el signalé par D. Guéranger, Année liturgique, (Temps après la Pentecôte, t. I. La Pèle du I. S. Sacrement). A chaque reposoir une table étroite convoite dune nappe était disposée pour recevoir ce brancard.

l'observation des pratiques prescrites par l'Eglise.

Moins accessible que de nos jours aux nouveautés en matière de déArotion. leur culte est. si l'on peut dire, à la fois familial et paroissial. Au foyer domestique le crucifix domine la salle où s'écoule la vie de famille : c'est devant lui qu'on s'agenouille le soir pour la prière commune : c'est sous son égide qu'on récite le Benedicite et les (, races, et lorsque la cloche sonne l' Angélus, on interrompt la causerie commencée pour répondre aux Ave de la mère de famille. On observe avec un soin scrupuleux les abstinences prescrites ; on assiste le dimanche aux vêpres, aux compiles, aux saints, et sur la semaine fréquemment à la messe ; tous demandent des prières pour leurs défunts, d'aucuns pour attirer sur eux durant leur vie la bénédiction divine, comme Michel Quehery, sieur de la Motte, marchand, et sa femme Etiennette Marve. qui chaque mardi font dire pour eux-mêmes une messe à l'autel Sainte-Anne d'Avénières et par leur testament commun de 1639 prescrivent de la continuer après leur décès. Leurs livres sont les livres d'heures, car leur prière est l'office liturgique, et quelques livres de piété tels que la Journée du chrétien, Y Année chrétienne, et les formulaires publiés par les Ursulines, éducatrices des filles de cette bourgeoisie. De bonne heure on a accoutumé les enfants à accompagner leurs parents à l'église, aux processions des Sacres, des Rogations, des Rameaux : ils devront continuer cette tradition : de bonne heure aussi on leur a appris combien est méritoire la plus petite mortification, la privation volontaire ou patiemment endurée d'un plaisir, d'une friandise : cela s'enseignait dans les familles chrétiennes, et c'était un caractère de la dévotion d'autrefois.

Au xvil' siècle, de nouvelles fondations religieuses s'ajoutent a celles du passé : les Capucins ' hit 4 , les

1. L'établissement des Capucius rencontra une vive résistance de

PIE II. Il < Il WUTK 213

LTrsulines L616), les Bénédictines1 1621 : les ramilles lavalloises les peuplent de leurs enfants, comme elles en donnent au clergé paroissial. On les voit signer devant notaire l'acte assurant à leurs lils le titre sacerdotal de 50 livres exigé dans le diocèse du Mans : surtout elles laissent leurs lille.s entrer dans les maisons

religieuses. Là aucune fixité pour la dol : Marie de Montecler qui, en 1027, prend le voile chez les Bénédictines apporte une rente viagère de 200 livres tournois, trousseau, une chambre garnie et une somme de 300 livres tournois ; Tugale, fille de Guy Rebuffé, sieur de Lhuisserie, et de Tugale Gosson, entre cheï les < liai de Patience avec une somme de 3.000 livres « pour dot, habits, don d'église, robe de noces, trousseau, alimens et droit de successions mobilières et immobilières, directes et collatérales, échues ou a échoir > 1630 : c esl aussi chez les Clarisses «pie se -eut appelée Elisabeth, tille du chroniqueur Jacques Le Blanc de la Vignolle, en L650 : elle apporte une rente perpétuelle île 100 livres, amortissable à 2.000 livres, et nue somme de 110 livres pour « habits, meubles, luminaire, frais de réception et profession » ; en 1652, une rente viagère de 100 livres l'achetable a 1 .000 livres esl constituée aux I rsulii faveur de Marguerite, tille de l'avocat Daniel Duchemin, sieur du Courge. Mais le pins souvent les dots sont moindres et consistent en une rente viagère et un don pour (Vais de réception.

Si l'on parcourt les listes, incomplètes cependant, des

la pari il<s Cordeliers, dos Dominicains el de quelques personnes de la \ill<> (Couanier de Launay, Hist. de Laval) : h Vitré, l«'s habitants leur refusèrent (1629) l'autorisation de fonder un couvent, étant donné l<- uombre des religieux établis eu ville. Les l rsulines, les Bénédictines, les Hospitalii res de la Flèche, furent -* i > i ■ * léee .1 Laval par les habitants Plus lard, les villes - <•{.]■.• généralement à la fondation de nouvelles maisons religi

I Couvent de Sainte Scolastique, fondé par Robert Chevallier, marchand, et Lezine Beloce, sa femme, en raison de la pi inclination » de leur fille C.ilcii*' pour la vie religieuse.

214 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE l'oI'EST

religieuses de ces diverses maisons ', on pourra constater combien nombreux v sont les enfants des familles de Laval : quatre filles de Guy Chapelet sont religieuses; Le Clerc du Flécheray, mort en 1666, a trois sœurs religieuses ; Renée Ducheniin, née en 1625, mariée à Gabriel Bidault, marchand, compte trois prêtres et deux Ursulines parmi ses dix enfants ; trois fils d'Ambroise Hardy de Lévaré meurent prêtres et son frère est curé de Saint- Médard de Paris ; une lavalloise, Lézine Berault des Essarts, des premières hospitalières de Saint Joseph, fonde les maisons de Nîmes et de Beaufort ; bien d'autres pourraient être citées. Jusqu'au milieu du xvmc siècle, la vocation religieuse est en honneur à Laval.

Aussi, rien de ce qui concerne la religion n'est indifférent à cette population. Dans chaque paroisse elle a ses assemblées où elle traite de la répartition de la taille et des intérêts communs, et aussi où elle disserte des choses du culte, où elle décide de la décoration des autels, du traitement des officiers de l'église, de leur nomination, des mesures charitables à prendre, de l'heure et de l'opportunité des cérémonies, de toutes mesures qui touchent la paroisse 2. Tout cela ne se passe pas sans dis-

1. La Beauluère : Etudes suc les communautés et chapitres de Laval. — On peut consulter aussi les ouvrages de -M. Grosse- Duperon sur Mayenne.

'2. Pichot de la Graverie. gallican comme la plupart des légistes, écrit, à propos d'une assemblée <le la paroisse de la Trinité, qu il a présidée et où l'on a nommé chantre M. Gallot. vicaire à Saint- Berthevin : « Autrefois. M. Bureau, curé, prétendoit avoir le droit de nommer les chantres et sous-chantres. Présentement il m va plus de difficultés; la nomination des chantres, sous-chantres, diacres et sous-diacres est en la-possession des habitants. Ils ne les nomment que ponr le temps qu'il leur plaira, c'est-à-dire qu ils son! amovibles Délibérations de \"/.)l et 1735). Quoiqu'il y eût plusieurs prêtres présents, je me suis dispensé de prendre leurs voix ei suffrages crainte que cette politesse ne pût tirer à conséquence parce que les prêtres d'une paroisse n'ont pas droit de se trouver aux assemblées des habitants ni de donner leurs suffrages. Cependant lorsqu'il s'agit de l'intérêt et de la décoration de l'église, ou 'le taire quelque changement, de donner quelques places ou commis-

l'Il l i I. I ( HARITÉ 215

eussions, sans quelques écarts de polémique : ces libertés très réelles amènent bien parfois quelque conflil avec l'autorité ecclésiastique, m.ùs elles sont pratiquées par des chrétiens sincères, il ne faut pas l'oublier : elles les gardent du fléau de l'indifférence el les attachent à leur église paroissiale : celle-ci leur est chère et, ;i l'appel de la cloche, ils la remplissent .

( )r. il arriva que le jansénisme trouva des adeptes dons l«' clergé, «du1/, les chanoines de Saint Tugal et de Saint- Michel, puis chez les quelques pie très des paroisses, zélés et influents connue Duelieinin du Tertre, du clergé de Saint- Vénérand ; il en trouva ensuite chez ces laïques très attentifs aux choses religieuses, pénètres d'un profond respect pour l'Eucharistie, de la crainte de Dieu et de la crainte des châtiments éternels, fidèles observateurs des prescriptions de l'Eglise', et d'une manière générale il imprima à leur dévotion quelque chose de ce caractère d'étroite rigidité et de craintive déférence que l'on remarquait (die/, les meilleurs de Port-Royal; en même temps il introduisit dans les intelligences un esprit de défiance et d'opposition a l'égard de l'autorité ecclésiastique, qui les rendit vulnérables aux attaques des philosophes et des incrédules, el par une pente foute naturelle les mena a cet état où l'on critique toutes choses, où Ton se révolte contre toute autorite légitime et contre foute supériorité sociale, connu*1 il advint chez beaucoup a la fin du xvm' siècle.

Les inventaires nous révèlent la présence en maintes bibliothèques des livres de l'évêque d'Ypres, d Arnauld, de Saint-Cyran ; leurs portails ornent les salles de plusieurs chanoines. ( Certains passages des lettres de I lardv de Lévaré el toute la correspondance de M me Lemonnier

sions à MM. les prêtres, il seroil juste e( raisonnable d'y appeler M \1. les prêtres el de prendre leurs \..i\ ce qui ne serait pas sujet aux inconvénients remarqués, n ayant qu une voix et ne pouvant emporter les suffrages (1759 ,

de la Jourdonnière attestent cette influence. C'est surtout à propos des alfaires des appelants que ces doctrines provoquent les plus violentes polémiques. Chrétienne austère, n'entendant pas, malgré son âge, profiter des adoucissements apportés au carême par l'évêque du Mans, déplorant la décadence des mœurs et l'envahissement des idées révolutionnaires, l'excellente dame s'emporte contre les Jésuites, elle se réjouit d'apprendre leur expulsion d'Espagne, et souhaite que le Roi les chasse de France ; elle s'élève contre son neveu, le vicaire Chatizel. qu'elle accuse de « piehonisme », contre les évêques, contre le pape ; elle change ses confesseurs parce qu'elle ne les trouve pas assez orthodoxes à son sens ; elle passe au crible de sa critique les prédicateurs et leurs sermons ; elle tient bureau de théologie avec l'abbé Ambroise '. quelques ecclésiastiques, Mme Briet, celle-ci antijanséniste, d'autres dames. A ces réunions, on lit et on commente les Nouvelles ecclésiastiques'1, la théologie de Collet qu'elle méprise, le dictionnaire de Ladvocat, un autre d'esprit janséniste qu'elle loue hautement3. Il y a en tout cela plus d'erreur que de vérité.

1. L'abbé Ambroise tut guillotiné le 21 janvier 1794 : « N'es-tu pas janséniste ? lui demanda le juge. — Je conviens, répondit-il, que j'ai eu le malheur d'adopter des opinions qui n'étaient pas conformes à la saine doctrine : mais Dieu ma tait la grâce de reconnaître mes erreurs, je les ai abjurées devant mes confrères qui mont réconcilié avec l'Église. Un témoin déclare même qu'il ajouta : u Je suis content dé laver ma faute dans mon sang. » iCouanier de Launay, Hist. de Laval).

2. On prétend (je n'ai pas trouvé la preuve) que ce recueil janséniste s'imprimait à Laval.

3. Ln novembre 1766, elle en est à sou quatrième confesseur: elle a quitté le Père gardien des Capucins parce quelle n'a « jamais vu un plus grand molinisle. n Dans une lettre <lu 11 novembre 1767. elle écrit : M. de Grimaldï [évêque du Mans) n'est rien moins que dévot, ni ses grands vicaires, quoique tous sulpiciens :... il veut que la théologie de Collet soil enseignée dans ses séminaires : cela fera de bons théologiens ! » A propos d une retraite prêchée en juin 1766 à la Trinité Il v a eu une retraite, tous les jours une conférence de Chatizel (son neveu) sur le choix des livres, des cou-

PIETE ET GHARIT1 2 I /

plus de chaleur que de charité, il \ a surtout une singulière présomption et peu d'humilité; mais ces faits attestcnt combien les questions religieuses passionnaienl les esprits, comment les hommes et les femmes mêmes s'adonnaient à des lectures sérieuses el à des études de l'ordre le plus élevé, si éloignées de la futilité des conversations habituelles.

Mais les esprits d'alors ne s'arrêtaient pas a de platoniques études : cette critique excessive, privée d'une direction compétente et autorisée, amenait le doute, puis introduisait dans les intelligences l'esprit de révolte. Du dénigrement de l'autorité religieuse, de l'empiétement de la magistrature sur le domaine ecclésiastique, de l'encouragement donné par la haute société française aux sophismes et aux persiflages des philosophes el des encyclopédistes, le mal était né, avait grandi, avait envahi secrètement, puis ouvertement, les intelligences et, par un effet naturel de l'irréligion, corrompu les mœurs : « L'esprit d'indépendance gagne partout, écrit Mme de la Jourdonnière : il n'y a point de subordination, chacun veut être le maître... La religion s'en va grand train: les libertins triomphent de voir la corruption gagner dans le clergé. » Lettres des 22 avril et 9 octobre I7<>7 : Klle constate avec effroi les progrès trop réels de cet

fesseurs, etc., (•••Ile sur la fréquente communion ci ail le pur pichonisme. » (On peu! voir au sujet du I'. Pichon, jésuite, el de mhi livre sur la communion, {'Histoire de l'Eglise du Mans, i. VI, p. i99). 1. « Le Roi ôlanl la connoissance dos actes du schisme i ses parlements, l'on De va voir que refus de sacremens. Quel ravage les évéques vont-ils point faire! Ils disent que quand le Roi leur aura accorde toutes leurs demandes, ils ne diront plus rien. Il Paul «pie Dieu soit bien en colère contre son peuple pour mettre de tels hommes sur nos têtes. Il est vrai que nous le méritons bien il n'v a bientôt plus <le religion, (Mme de la Jourdonnière, i janvier 1767 — Inutile de taire remarquer que le Parlement de Paris • n grande partie janséniste, commettait un véritable ,il>us en contraignant, même par la force, le clergé paroissial à porter le Saint- Sacrement aux appelants. (Voir, dans les /••lins favalloises mt W'III' siècle, celles de Hardy de Lévaré, cure de Saint-Médard

esprit de révolte et d'incrédulité, oubliant que l'exemple est venu d'en haut, qu'elle-même et d'autres se sont insurgés contre l'évêque et contre le pape et ont prêté une oreille bienveillante aux attaques des lettrés contre la Religion.

Dans les clubs lavallois, dans ces sociétés littéraires que la seconde moitié du xvme siècle voit éclore et se multiplier avec un singulier engouement, on est volontiers frondeur; on y reçoit l'Encyclopédie, les gazettes de Hollande, les livres des philosophes '. Une loge maçonnique s'ouvre en 1786, fondée par des hommes des plus honorables familles de la noblesse et de la bourgeoisie lavalloise 2. La franc-maçonnerie se donnait alors les apparences d'une association vouée à la science et à la philanthropie, selon la mode et l'engouement de cette époque; ainsi dissimulée, elle se pouvait facilement recruter dans une société travaillée par le scepticisme des philosophes et des encyclopédistes, éprise de chimériques utopies ou de dangereuses négations ; sous ces apparences trompeuses, elle pénétrait de sa néfaste inlluence des adeptes inconscients ou déjà mûrs pour la subir.

A Laval, comme partout en France, l'opinion est depuis longtemps acquise à l'idée et au désir de réformes nécessaires et équitables ; elle en veut dans le domaine politique, telles que l'égalité devant l'impôt et la suppression de la taille, impôt facilement vexatoire, parce qu'il est arbitraire ; elle en veut dans le domaine religieux, extinction des eonmiendes, suppression d'un certain nombre de couvents dont la décrépitude morale fait conclure à l'inutilité, relèvement des revenus du bas cierge, dont l'indigence contraste avec l'opulence des prébendes et des gros décimateurs : elle demandera, dans ses cahiers, la mise des biens du clergé régulier à

Page 1