Léon Maître, Notice sur les hôpitaux de Laval
'1. Sur la fondation des hôpitaux : Léon Lallemand, Histoire de la Charité, t. IV, p. 247 ; — Emm. de Broglie. Saint Vincent de Paul. p. 200.
3. « Nous verrons enfin, écrit l'évèque, les pauvres renfermés dans les hôpitaux, où ils recevront ce pain de tous les jours que les chrétiens demandent à leur Père céleste ; ce pain qui est nécessaire pour la nourriture de lame aussi bien que pour celle du corps. Ces misérables qui errent dans toutes les parties du royaume seront resserrés et changeront de mœurs et de fortune. Nous ramènerons ces enfaus égarés qu une vie libertine et désordonnée prive de la connaissance de nos saints mystères et des secours de l'Eglise ».
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moment il abritai! déjà cent quarante pauvres, confit la surveillance et aux soins de dames de Laval, volontairement astreintes à cette tâche par leur piété et leur charité.
Les principaux fondateurs et bienfaiteurs étaient François Chapelle, sieur du Deffais; Jacques Lilavois, négociants; Le Clerc du Flécheray, Jérôme ( laultier, avocats. Il semble que l'honneur en revient surtout ;i François Chapelle qui, n'ayant |»as d'enfants, abandonne toute sa fortune à l'établissement qu'il avait fondé ; sa sœur Renée, veuve de Pierre Guays du Bourg, ratifie, en L683, le don fait à l'hôpital de In terre et du moulin du Déliais, dont elle est héritière pour moitié ' ; sa nièce, Suzanne Guays, qui meurt célibataire en 1689, donne a l'hôpital 500 livres pour achat de toile et une somme égale pour les constructions.
Les testaments de cette époque abondent en dons a l'hôpital Saint-Louis, Suzanne Davazé, femme séparée de biens de l'avocat Niot des Loges, fonde une rente par le désir qu'elle a de « contribuer des biens que Dieu lui a donnés à la subsistance et au besoin des pauvres de l'hospital général establi depuis peu en ceste ville, et aider au dessein pieux et charitable des confrères de la Charité establis pour empescher la mendicité des pauvres, faire travailler les valides et les renfermer au dit liospital général » 1678) ; le 13 juillet L679, fondation de 100 livres de rente foncière par François Mondière, prêtre habitué à la Trinité, désireux aussi de « contribuer à l'exécution charitable qu'ont les habitants de ceste ville d'nmpescher la mendicité et la fainéantise des pauvres et de les élever ensemble au travail et aux bonnes
1 Elle abandonne la moitié des 2.000 livre- qu'elle a Ion mie- avec son 61s le chanoine Pierre Guays, pour achat de blé « pour le soulagement < 1 1 1 public el des pam res dan- la cherté <lu bled : celte part sera distribuée aux pauvre- : elle leur donne aussi ses babils el le linge à sou usage, sauf une jupe de drap d'Espagne qui sera [ionisa fille Suzanne (1683|.
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mœurs en un hôpital où sont à présent renfermés plusieurs pauvres entans de l'un et de l'autre sexe et vieillards invalides ».
1 /enthousiasme est grand pour cette nouvelle fondation, qui apparaît à tous comme un remède apporté à une plaie sociale ; de toutes parts affluent les dons et les legs. On peut citer encore le legs important de M. Delaporte, juge du comté, qui veut aider à l'établissement d'une maison pour « y renfermer les garçons libertins » (1706) ' ; la fondation de J.-B. des Nos, comte de la Feuillée, en faveur d'un enfant d'une dizaine d'années à présenter par lui et ses successeurs (1746) ; de François de Gharné, curé de la Baconnière, pour « deux places de pauvres, savoir un pauvre d'esprit orphelin pour la paroisse de la Baconnière, et un autre de mesme qualité pour la paroisse de la Trinité, afin d'estre les dits pauvres instruits, gouvernés et élevés dans le dit hospital ainsi qu'on a coustume de le faire » (1750).
Les pauvres valides sont assujettis au travail et en recueillent quelque profit2; des enfants et des « pauvres d'esprit » sont placés en apprentissage par les administrateurs chez des patrons tissiers, cordonniers et autres 3 ; d'autres reçoivent à l'hôpital les leçons du métier, et l'on y établit ainsi une sorte de manufacture ; des compagnons, examinés par les corps de métiers, sont chargés de former ces apprentis, et, pour leurs peines, ils peuvent au bout de six ans être admis à la
1. On construisait alors cette maison ; en 1712 elle contenait -i\ loges séparées », effectivement occupées.
2. On doit donner aux pauvres qui travaillent « quelque petite portion dans leur ouvrage pour les amener d'autant plus au travail. el suivant que les administrateurs le jugeront à propos, pour être vendue au profit des pauvres dudit hôpital» (art. XXI de l'Ord. royale).
\i. Gobé, « pauvre desprit ». est placé chezPierre Hoinard. maître cordonnier, pendant deux ans, moyennant le prix de 50 livres Hoinard doit le coucher, nourrir, blanchir, et lui donner un traitement honnête et raisonnable (1719 1.
maîtrise sur la production d'un certificat délivré par les administrateurs «Je l'hôpital ' ; quelques-uns sont d'anciens patrons qui se retirent à L'hôpital et y donnent ;i la formation de ces apprentis les restes de Jeur vie ; tel le marchand tissier Jacques Planchard qui, en L692, entre avec sa femme à l'hôpital, « voulant se retirer de « l'embarras du monde pour penser à leur salut » ; ils y seront logés, nourris, chauffés, soignés « comme les autres maîtres des manufactures » ; ils donnent 500 livres et leur mobilier, et consacreront tout leur temps au service de la maison. 11 y avait donc là une véritable école professionnelle, comme celle des Enfants Bleus de Paris.
Dans le même temps s'était organisée à Laval l'œuvre des dames de charité. Jusque là le clergé et les marguilliers avaient rempli dans chaque paroisse les fonctions qui sont la raison d'être des bureaux de charité : ils centralisaient les aumônes et les distribuaient. Puis, en 1058, pour arrêter le fléau de la mendicité professionnelle, on avait créé un bureau général chargé de distribuer aux vrais pauvres des secours hebdomadaires et de relever leur moralité en procurant du travail aux pauvres valides originaires du pays, en les obligeant à assister à la messe et au catéchisme le dimanche ; la mendicité était strictement interdite et il était défendu, sous peine d'amende, de l'aire l'aumône aux mendiants. Ce règlement avait été approuvé par les habitants de Laval le 13 avril 1658; le bureau général comprenait
1. La communauté des sergers tenta île s'opposer à ce privilège ; elle tut déboulée (1717l. Nombreux sont ces contrats d'appreutissage. Exemple : couveution entre les administrateurs de l'hôpital et Valentin Compauard, tissier, à qui ils confient, pour un apprentissage «le cinq années, Jacques lliitin. âgé de 10 ans ; le patron reçoit 30 livres tournois et s'oblige à « lui monstrer et enseigner à son possible ledit niestier, le nourrir, coucher et lever en sa maison, l'entretenir d'habits et choses nécessaires et lui tenir termes de raison ».
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« seize directeurs de cette police » ; quatre ecclésiastiques représentant les chapitres de Saint-Tugal et de Saint-Michel, et les clergés des deux paroisses, deux délégués des officiers des sièges, deux échevins, deux avocats et six bourgeois et marchands l.
Quelques années plus tôt, M. Vincent, que ces graves problèmes préoccupaient tout particulièrement, avait établi à Paris et en quelques lieux de province des groupements où se réunissaient, dans un but commun de piété et de charité, des femmes qui, dans des milieux divers, formaient l'élite de la société française : ce furent les Charités. A quel jour commencèrent à se grouper ainsi les dames lavalloises ? L'initiative vint-elle de Mlle Le Gras ou de quelqu'une de ses auxiliaires ? Vintelle des membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, où M. Vincent rencontra toujours une aide si féconde et dont l'influence à Laval ne fut pas inactive ? Nous l'ignorons. Ce groupement s'était fait sans bruit, sur le modèle et dans l'esprit des charités parisiennes. C'est ainsi que la société lavalloise avait fondé l'hôpital général Saint-Louis, c'est ainsi que les dames charitables y vaquèrent au soin des hospitalisés.
En 1683, les dames de Charité soumettaient leur règlement à M. de Lavergne-Montenard, évèque du Mans, qui L'approuvait par ordonnance du 15 février 1684, exhortant les dames de la Compagnie à se sanctifier par l'observation de leur règle et « l'œuvre sainte qu'elles ont entreprise de se consacrer au service et à la consolation des malades, et à l'éducation de la jeunesse qu'elles doivent instruire dans la piété et la vertu ».
1. Pour ce règlement et le fonctionnement de ce bureau : Léon Maître, Xotice sur les hop il aux de Laval. — Les gouvernements et les villes se préoccupent depuis longtemps de la répression du vagabondage et de la mendicité. Voir les textes cités par Lallemand, Ilist. de la Charité, t. IV, ch. VI ; voir aussi le règlement de la Police des pauvres, à Vitré (1571), publié par Paris-Jallobert, Journal historique.