‹ La vie privée dans une province de l'OuestChapitre 61 sur 95 · IMÉTK ET CHAH II I · texte numérisé non relu

IMÉTK ET CHAH II I

C'était bien le double but assigné par M. Vincent à ses ûlles : le soulagement «les malades et des pauvres, l'instruction chrétienne des enfants du peuple. Quelques semaines plus tard, le 8 mars L684, Madeleine de Gréqui, duchesse de la Trémoille, donnait, elle aussi, son agrément à la Compagnie de Charité et acceptait le titre de supérieure perpétuelle '.

A Paris, à côté de ces femmes vivant dans le monde, et souvent de condition élevée, on avait jugé utile de placer de bonnes et saintes tilles du peuple plus spécialement chargées de donner aux malades pauvres les soins pénibles exigés par leur état ; c'est une nécessité qu'avait reconnue le grand apôtre de la charité, et c'est pour cela qu'il avait institué ces humbles servantes des pauvres confiées à la direction de Louise de Marillac. Cet exemple fut imité à Laval : le règlement se divise en deux parties, l'une s'adressant aux dames, l'autre aux sœurs.

Les statuts des Charités parisiennes avaient été envoyés ;t Laval par un ancien chanoine de Saint-Tugal, Gervais Chambrun, sieur de Beaumesnil, qui était allé à Paris se fixer sur la paroisse Saint-Jacques du Haut- Pas2; il était qualifié de chapelain de Saint-Germainl'Auxerrois et d'aumônier des Carmélites, et se trouvait mêlé à ce mouvement religieux et charitable qui est bien l'une des choses les plus intéressantes parmi tant d'au-

1. Règlement de la Compagnie de Charité établie dans la ville de Laval, contenant deux parties, L'une qui regarde les Dames, et l'autre les Sieurs. A\er l'ordonnance de Monseigneur l'Évèque du Mans et l'agrément de S. A. .Madame la Duchesse de la Trémoille. — A Paris, chez Clément Casse, sans date. — Rapprocher le Règlement des dames de la Charité de Vitré, réunies dès 1655 à l'ocra-sion de la fondation de la .Marmite des pauvres ( Paris- Jallobert. Journal historique).

2. C'est aussi sur cette paroisse que se trouvaient les premiers oratoriens, M. de Bérulle, l'ami et conseiller de M. Vincent, le 1'. de Condren. l'un des membres les plus actifs de la Compagnie du Saint-Sacrement

très de notre xvii6 siècle. A Laval, les dames de charité n'étaient que les auxiliaires du bureau général établi en 1658 ; Gervais Chambrun leur fit adopter le règlement de M. Vincent, et fonda ces filles de charité imitées des « sœurs grises », chargées, sous la direction des dames, du soin des malades et de l'enseignement des petites filles pauvres.

Par acte notarié du 25 septembre 1683 passé avec les marguilliers de la Trinité, il aATait donné une somme de 4.800 livres dont le revenu était destiné à « la nourriture et entretenement de trois filles ou veuves n'ayant pas d'enfans, qui prendront soin d'assister et servir les pauvres malades de la paroisse de la Sainte-Trinité et de Saint-Tugal, en leur portant les alimens, médicamens et autres choses nécessaires et leur rendant tous les autres services dont elles seront capables ; par la conduite et direction des dames de la Charité de la dite paroisse ', qui marqueront les fonctions des dites filles ou veuves, et leur donneront tels règlemens qu'elles jugeront à propos ; à condition néanmoins qu'une d'entre elles trois s'emploiera à tenir la petite escole pour l'instruction des pauvres filles, sans y admettre les garçons. » Il leur cite l'exemple et les règlements des « sœurs grises de MM. de Saint-Lazare » ; comme celles-ci, elles n'auront pas de servantes, et porteront aux chambres des pauvres la marmite et les choses nécessaires, « quoiqu'il y en ait parmi elles qui sont de bonne famille ". » Le règlement

1. M. ()ueruau-Lamerie (Xotes sur les bureaux de Charité de Laval, 1683-1803, in Bulletin hist. de la Mare/ine . i. XXi donne une analyse précise et détaillée de la fondation Chambrun et du règlement des dames des Compagnies de Charité.

'2. Au cas de suppression de ces bonnes filles, les rentes seraient employées à •< mettre au meslier » trois pauvres garçons et trois pauvres filles, que l'on placera chez des maîtres capables et « les plus gens de bien qu'on pourra trouver, afin que leurs exemples portent toujours les enfans au bien et à la crainte de Dieu » ; on les mettra à des métiers » où il ne soit pas besoin de tant de peine et où l'on juge qu'ils seront plus assurés de gaiguer leur vie, comme

de la Compagnie de Charité s'inspire de ce contrat pour modifier et améliorer l'état de choses antérieur et prescrire aux sœurs une règle de conduite : elles sont nommées par les dames de la Charité, vivent ensemble, vont soigner les malades « qui leur seront signalés par les dames de la Charité », ceux-là seulement; elles s'elforceront « d'allier ensemble une gravité gaie et humble avec une gaieté grave et modeste ' » ; elles vivront de Ici le sorte qu'elles puissent communier souvent, « même tous les dimanches et les bonnes testes qui se rencontreront » ; elles doivent être les servantes des pauvres. bonnes chrétiennes à la mise modeste, à la vie édifiante, au dévouement absolu, sans avoir le costume et les vœux de la vie religieuse. L'une d'elles fera gratuitement l'école aux petites illles pauvres, ayant « plus de soin de les rendre sages, vertueuses et de bonnes filles que de les rendre habiles et savantes », car, « ayant esté bien élevées, elles ont soin dans la suite de bien élever les enfans qui dépendent délies, en sorte que c'est comme une semence de bien qui se perpétue et dont on ressent les effets très longtemps dans les familles » ; même, tous les jeudis l'après-diner. la maîtresse « fera le catéchisme ou l'instruction à laquelle se pourront trouver, outre les écolières ordinaires, beaucoup d'autres filles et femmes petites et grandes, ainsi qu'il se pratique à Paris et ailleurs ».

les garçons pour estre tissiers, sargers, cordonniers, boulangers, menuisiers, (ailleurs d'habits, serruriers et autres semblables, suivant leur inclination et leurs talens ; et les fil les à travailler en linge, en couture, cl à faire des habits <!<• femmes, ou bien à travailler chez des marchands de toile pour apprendre le trafic et le négoce, ou à quelques autres semblables suivant leur intention et inclination, et le désir des païens . en considérant néanmoins par dessus tout leur génie et leur capacité, afin de ne les appliquer qn à ce qu'on croira qui leur sera plus advantageux »... (Charles Heaulmé, notaire. 25 septembre 1683).

1. « Faites gaiement ce que vous avez à faire écrivait en 162'J M Vincent à Mlle Le Gras.

Les dames doivent se préoccuper du choix d'un médecin et d'un chirurgien chargés de visiter les pauvres malades ; « s'il ne s'en trouve pas qui veuillent rendre gratuitement ces offices de charité aux pauvres malades, on fera marché de ce qu'on devra donner nu médecin par année ou par chaque quartier » ; mais les Sœurs n'en doivent pas moins se rendre capables de remplir leur mission, « se faire instruire pour pouvoir elles-mêmes faire les saignées, composer les sirops, décoctions, tisanes, infusions, etc. ' ».

Semblable institution se forme sur la paroisse de Saint- Vénérand, sans doute par le bénéfice de la fondation de Louis Delà porte, sieur de Sougé, qui écrit ces lignes dans son testament olographe de 1692 : « Je veux et désire contribuer à l'assistance des pauvres malades de la paroisse de Saint- Vénérand, et pour ce je donne et lègue la somme de 10.000 livres pour servir de fonds permanent et inaliénable, ce qui sera mis dans un bon fonds d'héritage, dont M. le curé de la paroisse et principaux habitans donneront la direction à personnes capables : le revenu servira à fournir de bouillon 2 et de remèdes aux malades de la dite paroisse, du quel soin

1. En 17o». M. Hardy, curé fi Avénières, voyant ses paroissiens périr faute des soins d'un médecin, qu ils ne peuvent payer, propose ilaus une assemblée de paroisse d'en rechercher un qui veuille bien résider à Avénières : François Douard, médecin, s engage, moyennant I exemption de la taille, à donner gratuitement ses consultations aux paroissiens pauvres d Avénières.

-. Pour taire cesser la mendicité, l'édil de 1637 interdisait toute distribution publique d'aliments, comme c'était l'usage, à la porte d< - couvents : M. Vincent se soumit à regret à cette mesure, mais dès que la rigueur de 1 hiver lui en fournit le prétexte, il établit « ce qu'il appelait, dit son plus récent biographe, l'œuvre des Bouillons, ce qui n était autre chose (pie les Fourneaux de charité que la bienfaisance moderne croit peut-être avoir inventés, niais que la charité des moines et l'ingénieuse charité de Vincent «le Paul avaient découverts bien longtemps avant la philanthropie du xix' siècle. » (Emm. de Broglie, Saint Vincent de Paul). — Voir lait. XVII du Règlement des dames de charité de bavai.

sera chargée une ou plusieurs filles dévotes, au choix de M. le curé et de MM. les principaux habitons ».

Des lors, la même organisation charitable fonctionne sur les deux paroisses ; chaque compagnie tient régulièrement ses réunions sons la présidence de son curé ; à la Trinité. (et sans doute aussi à Saint- Vénérand le premier jeudi de chaque mois, les dames assistent ensemble ;i une messe dite à neuf heures, « à l'issue de laquelle la trésorière fait la queste à toutes les dames qui ne manquent guère de s'y trouver ou d'y envoyer leur aumône ». Elles visitent le plus souvent possible les malades du quartier qui leur est attribué ; elles s'informent de leur état, « de la disposition d'esprit dans laquelle ils se trouvent à l'égard de Dieu et du prochain, s'ils n'ont point trop d'impatience, si Ton a soin de leur donner ce qui leur est nécessaire ». etc. : elles ne doivent pas négliger d'avertir le clergé paroissial au sujet sacrements. En chaque église elles ont place un donc «. pour les pauvres malades » ; aux dimanches et fêtes, elles invitent a quêter « quelques filles ou femmes vertueuses qui s'en acquittent avec beaucoup de modestie, sans faste ni aucune marque de vanité ' ».

Outre le produit des quêtes, les dames de charité reçoivent en grand nombre des dons et des legs, faits tantôt de façon générale, tantôt avec une attribution spéciale.

.Ainsi. Marie Le Blanc trouvant insuffisant le nombre des sœurs de ht Trinité, donne 60 livres de rente pour en avoir une quatrième 1707' : Louise Le Long fonde 15 livres de rente hypothécaire pour les « sœurs servantes «les pauvres malades » de la Trinité : cette fondation

1. Les dames de charité doivent aussi se distinguer ■ par la modestie dans leurs liahils, par le retranchement des vanités du monde, par l'exactitude et le soin qu'elles prendront d'élever chrétiennement leurs enfans et de bien conduire toute leur famille. >» (Art. XX).

est acceptée par le curé Pierre Bureau, par Mme de Pontfarcy, supérieure, Mlle Françoise Jugault, secrétaire de la Charité (1709) ; le chirurgien René Devernav et sa femme, Marie Beaumont, établissent en 171 L une rente de 45 livres en faveur de la charité de Saint- Vénérand ; les années suivantes (1717-1719), Périer du Coudrav, marchand, André Ouvrard, sieur des Aistres, marchand tissier, et d'autres, augmentent successivement les revenus des Charités.

En 1724, Louise Débonnaire lègue 200 livres aux pauvres de la Trinité à distribuer par les dames de la Charité, moitié en toiles, moitié en grains : 100 livres « pour faire apprendre des mestiers à de pauvres petits enfants, à la disposition des dames de la Charité » ; 30 livres de rente aux dites dames pour procurer du lait aux enfants pauvres ; 20 livres de rente « pour d'autant assister les vieilles personnes de l'un et l'autre sexe qui se trouveront en nécessité et qui ne pourront se faire recevoir dans les hôpitaux » ; 50 livres aux sœurs établies en la maison de la Providence, au faubourg Saint- Martin, « pour acheter des drogues pour faire des remèdes pour les pauvres malades » ; elle ajoute le don de quelques vêtements pour les humbles servantes des pauvres (1724). L'année suivante, le curé François Fréard fonde une rente de 50 livres, acceptée par le bureau des dames de la Charité ; en 1735, François Martin, prêtre à la Trinité, lègue 150 livres tournois « pour contribuer au soulagement des pauvres de ladite paroisse et à l'entretien du bouillon qui se distribue par les sœurs de la Providence qui prennent soin des pauvres et de les instruire ». En 1734, une rente de 200 livres amortissable à 4.000 livres, pour le « bouillon des pauvres et le lait des enfants », est léguée par Mme de Pontfarcy qui, pendant de nombreuses années, avait dirigé la Compagnie de Charité de la Trinité.

Mêmes dons à Saint- Vénérand : « Jean Le Clerc des

Gaudesches. conseiller à la Cour des Monnaies de Paris, et Renée Gautier, sa femme, fondent une rente de 65 livres en faveur de la Charité représentée par le curé Jean Rigault, directeur, dame Charlotte Hoisnard, veuve de Christophe Duchemin du Boismorin, supérieure, demoiselle Renée Hubert, trésorière » (1738 .

Le gouvernement royal favorisait le développement de ces institutions charitables. « Par arrêt du Conseil d'État du 25 février 1710, écrit Pichot de la Graverie ', Sa Majesté a ordonné que les fondations ou legs qui sont ou pourront être faits, tant pour fournir le bouillon et autres nécessités aux pauvres malades des paroisses que pour les écoles de charité, seront et demeureront exempts du paiement des droits d'amortissement. » ,

A la mort de sa sœur, Gervais Chambrun avait donné pour logement aux sœurs de la Compagnie de Charité la maison de sa mère, au faubourg Saint-Martin, en face des Cordeliers ~. Là se préparaient le bouillon et les autres aliments des pauvres, là étaient la pharmacie et le garde-meuble comprenant des lits, des matelas, du linge à l'usage des pauvres : une des dames en tenait l'inventaire ; là aussi se tenait l'école des petites tilles. De bonne heure cette maison s'appela la Providence, comme la maison de la Charité de Saint- Vénérand : ce nom était bien justifié.

Cette institution vécut tout le xvnie siècle, sans modification essentielle ; on trouve dans les archives nota-

1. « Aucunes communautés el sociétés, soit religieuses, soii séculières, ne peuvent s'établir ni faire corps sans lettres patentes du

Hoi ; mais il en faut excepter celles qui sont établies pour la charité des pauvres, soit d'hommes, soit de femmes, soit de filles, qui ont été établiesdans toutes 1rs villes du royaume par lettres patentes du mois de novembre 1657. — En sorte, par exemple, que les dames de la Charité de la Trinité peuvent faire uncorps de société, acquérir des biens, diriger les actions en justice pour l'intérêt des pauvres, y étant autorisées par les dites lettres patentes el n'ayant pas besoin de lettres patentes particulières. »

2, Par acte du 16 mai 1689.

riales des traités passés avec de boDnes filles du tiers ordre qui acceptent ce service des pauvres ; quelques documents nous révèlent en partie les noms des dames de Charité, à certains moments le nombre des pauvres assistés, le chiffre des aumônes. L'œuvre disparut pendant la Révolution pour renaître quand la pacification religieuse rendit possible l'exercice public de la charité et la restitution des fondations non aliénées ; les dames de Charité qui ont survécu à la tourmente se rassemblent, se recrutent et continuent, réparties par quartier, la mission de leurs devancières du xvn" siècle '. puis elles s'éteignent ou sont supprimées au milieu du xix* siècle. Les Providences ont survécu, confiées aux soi us des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame d'Evron sous l'administration du bureau officiel de bienfaisance.

De temps à autre des calamités imprévues nécessitent des secours extraordinaires : la charité s'efforce de porter remède aux misères qu'elles engendrent, secondée par la magistrature lavalloise dont le zèle actif et intelligent n'est jamais en défaut. C'est le chômage qui dans les dernières années du xvne siècle atteint les ouvriers tissiers, de longues guerres fermant les débouchés au commerce des toiles ; la fabrication s'arrête, on n'entend plus dans les faubourgs le battement des métiers, et les tissiers sans travail s'enrôlent en niasse dans les armées du Roi, L'autorité municipale ouvre des chantiers : on fait le chemin de Laval à Avénières par Hvdouze ': : on organise Av> <|iiètes en faveur des familles tombées dans la misère :i.

1. Fragments de registres de Mlles Arthémise Boullier et Marguerite Richard, dernières dames île Charité de la Trinité.

'2. En 1 7 7*j : en 1770. par atelier «le charité, on avait redressé ia roule du Gué-d Orger : en 177i élargi la route de Laval à Ernée, par Saint-Onën.

3. Délibération de? procureurs-marguilliers el habitants d Avénières i26 décembre 1701) ; avis donné en chaire par le curé annon-

PIÉTÉ ET CIIMlll I

C'est l'épidémie, la contagion qui s'abat sur la ville ; sans doute on prend toutes précautions pour l'en préserver; on monte la garde aux portes et l'on refuse l'entrée aux gens de provenance suspecte '. Mais bien souvent le mal franchit ces barrières de police et pénètre dans la cité malgré ses gardiens. Sans doute aussi on implore la miséricorde divine, on fait des processions solennelles ; on se prosterne au pied des autels et tout particulièrement dans la chapelle élevée vers 1614 en l'honneur de saint Roch pour obtenir la cessation d'un fléau dont les crises décroissantes au xvne siècle, mais cruelles encore, venaient jeter le deuil dans les populations. Alors on applique rigoureusement les mesures sanitaires prescrites par l'expérience et la science ; on fait évacuer et on désinfecte les maisons contaminées, on isole les malades dans des baraquements établis à la Phlipottière, aux Lices ou dans le cimetière de Priz, on y installe des hôpitaux spéciaux, pourvus des médicaments alors en usage, on y enferme des médecins de bonne volonté. souvent étrangers, payes par la ville et récompensés par une charge de maître, et avec eux. infirmiers et aumô-

çaut que les sieurs Bertron et de la Rousselière se rendront dans les maisons de la rive droite de la Mayenne, les sieurs Griveau el Sauvage sur la rive gauche, pour « recevoir les offres que chacun voudra donner par mois > — Dans une lettre du 15 janvier 1702, adressée au contrôleur général, Turgot, intendant de la généralité de Tours, écrit que 500 métiers chôment, partant autant de maisons de lissiers : que par délibération générale on a l'ait un rôle de tous les babitants capables de payer, qu'on l'a porté dans les familles

afin que chacun pûl se régler soi-même ces aumônes seront utilement employées au soulagement des ouvriers, « en les faisant même travailler ». Dans une lettre du 24 décembre précédent, son subdélégué à Laval se plaint de ce que « les tisserands les plus riches ont moins de charité de ces pauvres ouvriers que ceux qui ont un moindre trafic, quoiqu ils aient contribue par leur travail à leur aider à gagner le bien qu ils ont. [Corresp. des contrôleurs généraux, t . II).

1. « .Nous faisons tous les jours la garde en cette ville à cause qu ou dit qu il y a de la peste à Rouen et autres endroits de .Normandie , écrit l'avocat Gaultier eu 1 088.

niers volontaires, quelques-uns de ces capucins dont le dévouement est inséparable de l'histoire de la peste aux xvie et xvne siècles '.

C'est la disette, résultant de l'insuffisance des récoltes causée par les intempéries des saisons, comme ce terrible biver de 1709 resté mémorable parmi les fléaux dont la France eut à souffrir. En ces temps où la circulation des grains est forcément limitée, l'excès de sécheresse ou d'humidité amène leur rareté, et leur prix atteint rapidement au marché de Laval un chiffre exagéré. C'est déjà l'inquiétude, et ce sera bientôt la misère. Alors la maison de ville s'assemble, on étudie et on décide les mesures à prendre pour assurer l'approvisionnement de la cité et pourvoir à l'alimentation des pauvres gens. Ces mesures sont de deux sortes : distribution de secours en argent ou en nature aux indigents ; baisse des prix provoquée par l'abondance des arrivages sur le marché, ces grains étrangers étant achetés par la municipalité et vendus sans bénéfice et parfois à perte. Ces mesures nécessitent, l'une et l'autre, des sommes élevées que doit fournir l'aumône ou l'emprunt, et souvent on a recours à ces deux moyens.

Dans les cas de grandes calamités, l'aumône pouvait être imposée à tous comme la taxe des pauvres en Angleterre, mais seulement en vertu d'un arrêt spécial du l 'arlement. En 1740, par crainte de la famine 2, les municipalités de Laval, d'Angers, d'autres villes, crurent

1. J.-M. Richard, La contagion de 163$ <i Laval (Bulletin de la Commission historique de la Mayenne, t. XXIX. p. 17). — Voir : !.. I. allemand, Ilist. de la Charité, 1. IV, p. 75-78.

'2. Le froid fut très rigoureux jusqu'au mois de mars : pendant le carême on manquait de légumes et de poissons, les étangs é.lant encore couverts de glace. Pichol ajoute à ces détails : « MM. du clergé se sont assemblés à Paris el mil permis l'usage de la viande les dimanche, lundi, mardi, jeudi, jusqu'à la dernière quinzaine de carême, ce qui a arrêté bien des misères. » — «< Le froid a été en Tan 1740 presqu'aussi vif qu'en 1700 » (Guittet de la Houlleriei.

devoir solliciter cette autorisation, mais dès le mois de février 1 7 \ 1 , le prix du grain vint à diminuer : la ville de Laval, qui possédait encore une réserve de 20.000 boisseaux, en jeta une certaine quantité sur le marché et put ainsi maintenir les cours a un prix modéré. Ou n'eut pas à appliquer le système de L'aumône forcée ; comme toute mesure de contrainte, il ne devait pas être employé sans absolue nécessité.

Deux ans plus tôt la disette avait apparu, menaçant de renouveler les souffrances de l'hiver 1709 ; mais l'hôtel de ville ne s'était pas laissé surprendre : dès octobre L738 on s'était assemblé dans le but d'étudier et réaliser les mesures nécessaires pour abaisser le cours des grains et nourrir la population pauvre. On avait formé un comité spécial, présidé par le doyen de Saint-Tugal, chargé de centraliser les recettes, de répartir les subventions entre les receveurs des paroisses et de désigner des commissaires de quartier. Ceux-ci devaient solliciter les aumônes des riches et dresser la liste des pauvres ; Périer du Coudray, négociant, fut nommé receveur général, Pierre Duchemin du Tertre, négociant, était receveur de la paroisse de Saint- Vénérand : ses comptes nous sont restés ' ; ils nous montrent les commissaires de quartier, pris dans le clergé et parmi les notables, procédant, avec les dames de charité, à la collecte des aumônes souscrites, généralement payables par mois, et à la répartition des secours ; les aumônes varient naturellement selon les fortunes et les secours selon les besoins. Un riche négociant, Périer de la Girardière, dont la charité était, disait-on, miraculeuse 2, se chargea seul des cent six pauvres de son quartier « soubz l'échelle Marteau ».

( Somme les particuliers, les maisons religieuses avaient

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