Bihlioth. de Laval, fonds douanier
'1. On racontait que le blé qu'il donnait aux pauvres se renouvevelait spontanément et miraculeusement dans son grenier.
238 LA VIE PRIVÉE DANS UNE PROVINCE DE l'ûUEST
apporté leur obole ; le chapitre de Saint-Tugal s'était engagé à verser 120 livres par mois : la duchesse de la Trémoïlle avait envoyé 1.000 livres, le Roi 3.000, que l'évèque du Mans fut chargé de répartir entre la ville de Laval et les paroisses rurales qui, elles aussi, souffraient de la disette. Mais ces aumônes ne suffisaient pas aux desseins de la municipalité ; on dut recourir à l'emprunt : les particuliers prêtèrent diverses sommes ; le trésor royal avança 50.000 livres.
Au mois de janvier 1739, le nombre des pauvres inscrits sur la paroisse de la Trinité, s'élevait à 2.000, sur celle de Saint- Venérand a 800, « sans compter les enfants et les pauvres honteux » ; au mois de mars, le nombre des inscrits monte à 3.400 pour les deux paroisses.
Les magistrats lavallois firent acheter à Morlaix, et surtout à Nantes, des grains dont une partie était vendue a perte, afin d'amener une baisse des cours ; une autre partie était livrée à la mouture et la farine remise aux boulangers qui, pour un prix convenu, la transformaient en pain qu'on distribuait aux pauvres. En divers envois il vint à Laval 200.000 boisseaux, qu'on logea dans les églises de l'Hotel-Dieu, des l/rsulines et des Bénédictines, avec permission de l'évèque du Mans. On fit ainsi baisser le prix du grain qui s'était élevé jusqu'à 3 livres 10 sous le boisseau ', et l'on put donner à chacun des trois mille quatre cents pauvres un quarteron de pain par jour2.
Ce ne fut pas tout. Comme on craignait que la disette n'occasionnât des maladies, on organisa des soupes publiques ; les fermiers des gabelles fournissaient gratuitement pour les saler un niinot de sel par semaine, et
1. J.e boisseau lavallois de ce temps fournissait 39 livres de pain. Le boulanger Cosson reçoit 3 sous par boisseau pour boulanger el cuire : il boulange gratuiteinenl vingt-quatre boisseaux.
il. Pour les douze cents vingt-cinq pauvres de Saint-Vénérand. il Fallait par semaine, à raison de 7 quarterons de pain chacun, 2.143 livres et 3 quarts iComptes de Pierre Duchemini.
la duchesse, qui avait déjà donné trois mille fagots pour cuire le pain, ajouta douze charretées de bois pour [es soupes. A certains moments ou distribua douze cents soupes par semaine aux pauvres de la Trinité.
On donnait aussi du lait aux petits enfants et de la farine de froment pour faire de la bouillie ' : les dames de charité furent chargées de cette distribution ?. Le Roi, sollicité par la duchesse de la Trémoïlle en faveur do ses populations malheureuses, leur lit envoyer un certain nombre de boisseaux de fèves, puis du riz.
Quand la crise fut passée, il restait à la ville quelques milliers de 'boisseaux de grains : elle les vendit, mais sans profit. Elle remboursa intégralement tous ses préteurs, sauf le trésor royal à qui elle resta redevable de 20.000 livres. Le Roi les fit porter sur le gros de la taille de l'élection de Laval, afin d'affirmer son droit ; puis par un acte de royale générosité, il en fit don aux habitants de Laval.
Pichot de laGraverie nous a laissé de ces événements un récit détaillé, rédigé dans le but d'éviter une autre fois les fautes commises, et il les signale : achat trop tardif des grains étrangers alors que les cours avaient déjà monté, vente à trop bas prix des premiers blés achetés, ce qui permit aux étrangers d'en accaparer une certaine quantité; Il constate la supériorité des blés de Dantzig sur les blés indigènes; il ajoute : « Ce qu'il y a de surprenant, fut que dans un si long espace de temps et dans une si cruelle misère, il n'y eut de la part du peuple et des pauvres ni murmures, ni troubles ; il faut
1. « lie 2e mars, j'ay receu de Mme de la Jouannière 36 sols seulement pour un mois, attendu le laict qu'elle a payé pour de pauvres enfansde sou quartier. — Le 5e mars, paye 26 livres pour s boisseaux de blé en conformité de la délibération des commissaires de notre bureau de taire délivrer aux huit dames de charité chacune un boisseau de froment pour la bouillie «Us pauvres enfans de leur quartier. »