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Lettre citée par l'abbé Angot, Dict.. i. IV, v» Lilavois

rière, mort à Cadix en L681, fonde une messe en la chapelle de Lorette des Cordeliers, c< avec une lampe d'argent ardante à perpétuité ei un tableau devant l'autel de ladite chapelle ». Jacques Périer duCoudrav. qui fait son testament en 1743 nu Port-Sainte-Marie et y meurt âgé de 39 nus, lègue une part des bénéfices de son commerce a la Charité île Saint- Vénérand, aux hôpitaux de Saint-Julien et de Saint-Louis l.

Quelques Iavallois paraissent avoir occupé a l'étranger une situation officielle; un Delaporte est major de Québec et gouverneur des Trois-Rivières au Canada : il dis- [tarait dans un naufrage en 1725; un autre est consul de France a Damiette avant de revenir à Laval s'établir comme maître blanchisseur au Dôme. Mais ce qu'ils recherchent surtout, c'est le bénéfice de leur commerce, et beaucoup s'y enrichissent. Les uns contient leurs marchandises aux navires de Saint-Malo, les autres vont eux-mêmes les débiter dans leurs comptoirs qu'ils ont installés: un grand nombre forment de petites sociétés à courte durée dont les associés se partagent les pertes et les prolits. En 1651, Jean Chevalier, sieur du Verger, et Jacques Esnault, sieur de la Gosnillière, tous les deux marchands, forment une de ces associations : ils ont acheté à divers tissiers 18 balles de toile valant 9.097 livres, qu'ils paieront par moitié en y joignant les frais de transport a Saint-Malo; ils partiront pour l'Espagne « a la première commodité qu'ils trouveront plus advantageux ». paieront par moitié les liais de séjour a

I. Malgré les dangers de ce commerce lointain, les gens sensi le préféraient autiésœuvrement, fléau des enrichis En I »"» 7 s un prêtre, Henri Guyard, écril à son frère, demeurant en la rue du Hameau : Je suis bien .iisr que nu m frère René soil allé en Sicile : c'est an très beau voyage mais comme il court grand risque, il nous faut ions prier pour qu'il en puisse revenir. . Je m afflige bien <!•• vous voir, dans l'âge '>u vous estes sans emploi, s; m- condition, et je >if sçay comment vous pouvez gouverner. (Minutes de Sébastieu < Ihevalier, notaire .

l'étranger et de retour à Laval, partageront par moitié le profit ou la perte de ce commerce.

En 1661, le notaire Jardrin rédige Tarte passe entre Jean Duchemin de la Jarossais, Antoine Duchemin de la Gimbretière, sou frère, et Michel Guérin du Domaine, bous les trois marchands ; les frères Duchemin apportent ensemble 6.600 livres, Guérin 3.000 livres. « lesquelles sommes sont déjà employées en marchandises de toiles de Laval que l'on envoyera en la ville de Saint-Malo, et que ledit Guérin doibt conduire au royaume d'Espagne ou il en fera le débit, louera boutique en laquelle les Aeux enfans desdits sieurs Duchemin qui sont à présenl audit royaume d'Espagne demeurant avec ledit Guérin, et feront leur dépense en commun tant de bouche que de tout entretenement sur les tonds de ladite société qui durera le temps de cinq années. » Guérin vendra les marchandises e1 celles que les Duchemin achèteroni avec le produit de cette vente et lui expédieront par Saint-Malo ou Nantes ; il pourra lui-même en faire acheteren Flandre et en Hollande pour 1.500 livres par an. « pour assortir sa boutique» et envoyer chaque année pour L. 000 livres de marchandises aux Indes, s'il en trouve le débil ; au bout de cinq ans les profits et pertes seront partages par tiers '.

Aussi sont-ils nombreux les lavallois établis temporairement dans les pays de langue espagnole : plusieurs Duchemin, Jean et Pierre Pichot, parents de l'avocat, qui y restent plus de vingt ans. Louis Ghoquet, Florent Martin, Boulain du Griffon, Lasnier des Plantes, Lierre

l. Des femmes forment aussi ces sociétés 'le commerce de toiles. lai 1661 , Perrine el Marguerite de Couespel, filles majeures de feu Tavenol «le Couespel, écuyer, h de Perrine Girard, qui depuis le de leur mère onl continué te négoce et trafic de- toiles dont elles font profession et La communauté de leurs biens, déclarent vouloir maintenir cette société, •< tant eu ce qui regarde la dépense de leur maison eu vivres et entretien d'habits qu'en leurdil négoce et traflBc de toiles . et en assurer la propriété à la survivante (Areli. de la Mayenue. B i7. toi. 143

Hoisnard, « négociant d'outre-mer», mort en 1755, Agé de 85 ans, qui avait passé sa jeunesse en Espagne et v avait « amassé des biens considérables » ; des familles y envoient leurs enfants « pour v apprendre à faire le commerce. « Lorière, écrit le 9 juillet 1760 Mme Lemonnier de la Jourdonnière, sa tante, est arrivé à Bordeaux, où on lui a conseillé de pousser jusqu'il Bayonne parce qu'il y a plus de commerce et moins de libertinage ; il y est dans une pension de 600 livres pour apprendre les comptes étrangers. » Le 6 avril 1768, elle annonce son retour d'Espagne où, à sa grande satisfaction, il a pu lire les Nouvelles ecclésiastiques. Ses neveux Chatizel ont aussi voyagé : « Jérôme est revenu de son voyage en Guinée, grêlé comme la Hollande; son frère le jeune m'a écrit du Port-au-Prince une lettre qui m'a coûté H) sous pour ne me rien dire ; celles de Jérôme étoient mieux : du moins il me disait des nouvelles du pays, le prix des denrées, sucre et calé » (5 oct. 1766 .

Bien que l'esprit lavallois soit dénature plus prudente qu'aventureuse, les négociants risquent des toiles, des pacotilles !, des fonds d'argent sur les navires qui de Saint-Malo s'en vont commercer aux îles américaines ; plusieurs sont intéressés dans la llotille conduite en 1711 par Duguay- Trouin à Rio-Janeiro, «si bien qu'à leur profit celui-ci envoya dans les places de la mer du sud deux vaisseaux chargés des plus précieuses marchandises prises dans les magasins de la ville, pour les négocier avise ces peuples méridionaux », dit Bourjolly, qui nous a narré cette opération.

D'aucuns, parmi les plus riches. Les Berset, les Périer, les Duchemin, et quelques autres, sont actionnaires de

I. Le notaire Lemoyne nous a conservé dans ses minutes le long détail 'li- la cargaison du prix de 610 livres confiée par Charlotte Hoisnard, veuve «le Duchemin du Boismorin, à Pierre Poirier, négbcianl a Saint-Domingue : colliers de perles, boucles d'oreilles, Maçons, tabatières, lunettes, couteaux, étuis, boucles de souliers,, rubans, bonnets, paires de bas, etc., etc. (1723).

la Compagnie des Indes ; on en trouve aussi dans cette Compagnie du Mississipi dont la vogue prodigieuse et éphémère rappelle celle des billets de Law : des négociants. Ducheminde la Favardière, Moreaudu Boisrousseau, achètent à prix ('levé des actions en 17 1!*, et Tannée suivante l'avocat l'idiot note la débâcle de cette spéculation et le trouble qui en résulte : les juges de Laval s'efforcent d'y remédier en rejetant les offres de remboursement faites avec ces titres sans valeur, sons prétexte d'un manque de Tonne, en réalité par esprit d'équité et pour sauver de la mine « les meilleures familles » '.

L'accroissement rapide des fortunes industrielles provoque souvent cette imprudente ardeur de spéculation ; Laval ne pouvait échapper a ce danger ; de la quelques chiites retentissantes : faillite Remissent, faillite du banquier (iravelle. originaire de Mayenne, parti secrètement

1. Le Journal tl un tisserand à l'année 1720 s'exprime ainsi I e régenl «lu Roi de France envoya à Laval un banquier muni d'une quantité de ces billets •. tout aussitôt son arrivée, le bruit se répand il que le numéraire perdail de sa valeur, el chacun de s'empresser (1 aller échanger son argent contre ces chiffons de papier. On eûl dit que tout le monde étoit mû par une sotie de folie, car c'étoil a qui donneroit le plus d'argenl et recevroil le plus île billets. Pour me- somme de lui) livres ou reçoit un billet de 17(> livres et ainsi de suite proportionnellement, suivant les sommes qu ou échangeoit. La rouerie lut complète. M. le ré/gentel ses créatures firent d'abord baisser la valeur du numéraire, puis ['élevèrent, l'abaissèrent encore, l.i relevèrent au point que les louis d argent d'un écu vinrent à valoir jusqu'à 15 livres. Ce commerce de hausse et de baisse du numéraire a duré plus de dix mois, et, quand tous les billets furent placés, le banquier s esquiva avec l'argent de tout le monde, laissant pour unique ressource aux victimes de celte infernale rouerie les maudits billets qui ne tardèrent pas à n'avoir plus aucune valeur- » (Bourjollv. Mémoire chronologique, t. II. p. 258).

Les actes des notaires de ce temps, notamment ceux de René Trois, contiennent beaucoup d'offres d'amortissement de rentes en « billets de banque ■■. presque toujours accompagnées du refus des créanciers. Pichot mentionne qu en septembre 1720, un certain jour, u en une seule audience, il fut présente plus de 200 affaires pour offres refusées par les créanciers ».

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pour l'Angleterre en laissant un déficit de 300.000 livres; condamnation d'un Périer-Ducoudray pour fraude dans

une lettre de change (1720) ; faillite de François Salmon L732 dont on atténue les conséquences en facilitant un accommodement avec les créanciers, afin d'épargner le déshonneur à sa famille. Trois ans plus tard, un Ducliemin de la Brochardière fait à Nantes une banqueroute frauduleuse estimée à iOO. 000 livres, dont plus de 1 50.000 au détriment de^ lavallois ; il a donne des lettres fausëes à -es créanciers, maison veut quand même sauver l'honneur d'une famille si honorable : tous les Duchemin se solidarisent, « des cousins au quatrième degré <jui portoient le mesme nom ont donne jusqu'à 500 livres ... écrit Pichot : les créanciers sont payés ; la famille alors obtient l'abandon du procès, et en même temps une lettre de cachet enfermant pour sa vie le faussaire au château de Saumur. La famille échappe ainsi au deshonneur.

Cette solidarité est inspirée par le sentiment légitime (h- l'honneur familial : d'autres fois elle est imposée par le besoin professionnel, lorsqu'il s'agit de l'intérêt de la corporation; en 1644, Jean Delaporte, conseiller du roi et négociant, soutient au nom des marchands de Laval un coûteux procès au sujet du h droit de subvention » dont on prétend les charger. En L662, les maîtres lavandiers se réunissent au nombre île quinze sur la demande de l'un d'eux, Lohert Bancourt, à qui un archer des gabelles a dérobé pendant la nuit nue pièce de toile r-tendue sur son pré : » en conséquence du traité fait entre eux touchant les poursuites nécessaires à faire pour raison des vole ries de toile qui se commettent journellemenl sur les près et lavanderies », ils décident que Bancourl poursuivra le voleur aux frais de la communauté i. En 17.")."). le tremblement de terre qui détruit la

I. Les maîtres lavandiers formaient une confrérie sous le patro-

le sainte Barbe dont l'image Ggurail sur leur drapeau. En 1673, les « compagnons «m aprentifs », cli>tinris des maîtres,

ville de Lisbonne atteint le commerce de Laval; « nos négociants v perdent plus de 300.000 livres ». écrit notre chroniqueur ; et le chômage vient à diverses reprises immobiliser les métiers et le commerce lavallois. Mais ce sont là fléaux passagers el réparables, tantquel'honnêteté n'est pas entachée, et les fortunes lavalloises se relèvent vite de ces misères : on travaille et on économise ; les inventaires après décès en l'ont foi. S'ils nous donnent l'indication des propriétés foncières, ils nous révèlent aussi les dettes actives et passives, la situation de l'avoir mobilier de la famille, soit qu'il constitue un emploi définitif de l'épargne, soit qu'il forme un placement provisoire en attendant l'acquisition d'un bien foncier qui consolidera les bénéfices amasses dans le commerce.

Jean Delaporte, le plus riche peut-être des bourgeois de Laval au milieu du XVIIe siècle, possède en 1644 78 obligations venant de prêts ou errances a diverses personnes, entre autres 5.000 livres a la société commerciale des sieurs de la Poterie, Etienne ( raudin, Pierre I )elaporte, le tout valant 219.417 livres: en avances faites a la ville, au service des étapes, 35.291 livres : il a pour plus de 6.000 livres de bonnes créances sur des marchands <le Paris et de Troyes a qui il a livre des toiles. pour 18.000 livres de créances douteuses, entre autres 6.000 livres avancées pour le procès des négociants au

sujet du " droit de subvention - : lui-même doit 83.600 livres employer- surtout en achats de toiles non soldés : il en possède pour il. 184 livres chez divers blanchisseurs et pour 5.000 livres en magasin ; il a, « en un coffre

peint en vert » 1 où il a accoutume de mettre son argent.

si- réunissent, nomment 1 un d'eux, Julien Monsimer, bâtonnier de leur confrérie spéciale el fondent, on l'église de Saint- Vénérand, une grand'messe, avec vigiles, vêpres, procession le jour de Sainte- Barbe lArch. de la Mayenne. E. minutes Jean Gaultier).

1. Lors de l'inventaire après décès de Guillaume Coruuau, mar-

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une somme de 2.406 livres en pièces d'or et d'argent ; il est propriétaire de plusieurs métairies, il a fait bâtir les maisons ouvrières de la Coconnière, près de sa blanchisserie. Les autres négociants ne s'élèvent pas à ce degré de fortune.

Louis de Brun, sieur de Tubeuf, est associé avec son beau-frère, Pierre Hamard, blanchisseur; à sa mort, en L734, il a chez lui une certaine quantité de toiles ; il lui est dû près de 6.000 livres par des marchands du Mans, de Nantes, d'Orléans, de Ghâteauroux, il a des terres en Nuillé, Parné, la Chapelle- Anthenaise, Avénières et des maisons à Laval.

( îuittet de la Houllerie. dont le mémorial nous est précieux, fait dresser inventaire en 1760, après la mort de sa femme Charlotte Grosnier1 ; il a pour 5.388 livres de toile écrue à blanchir chez M. Letourneurs, et pour 181 livres chez M. Georget ; il lui est dû 2.200 livres par des marchands de Pampelune et de Bordeaux, et luimême doit près de '2.000 livres pour toiles achetées a divers maîtres tissiers ; il a en caisse 314 livres.

Au point de vue de la fortune comme au point de vue social il v a parité entre négociants et blanchisseurs : mêmes intérêts, mêmes relations, mêmes alliances de famille. Les maîtres tissiers semblent occuper une situation un peu inférieure, mais il s'en faut qu'elle soit méprisable. Jean Paumard, qui meurt en 1710. laisse chez divers ouvriers tissiers une grande quantité de fil qu'il leur a confie ; il en a en réserve pour 1.330 iivres ; il a

chand tanneur, sa servante déclare avoir trouvé « nu petil pol de terre dans un irou de l'une des marches de l'entrée de la chambre diiilit deflunl », contenant 6 louis et 40 écus d'or (164'n.

1. Mariée en 17:>n. morte le 12 avril 1 7G0 ; par rouirai de mariage du i février 1730, le futur apporte s 000 livres fournies par ses parents; la future a i.500 livres dont 500 en meubles, linge, etc; chacun met 500 livres eu la communauté; le 29 mai 17 i2, ils se font donation réciproque de tout ce que la coutume leur permet de se donner.

« quatre pièces prestes à mettre en œuvre, » valant 360 livres ; vingt-une toiles sur le métier, estimées £.128 livres ; trente-huit en magasin pour 8.250 livres; dans sa caisse 2.400 livres en argent monnayé ; il est, avec sa femme, propriétaire de la Grande-Perrière, à Entrammes, et de la Giraumeriê, en Saint-Berthevin.

Parvenus à la fortune, plusieurs marchands lavallois achètent des charges de petite noblesse, soit dans la magistrature, soit surtout celles de secrétaires du roi. Outre une légitime satisfaction d'amour propre qui établissait l'ascension sociale de leur famille, ces hommes à l'esprit pratique v trouvaient l'exemption de plusieurs impôts, notamment de la taille dont se plaignait le tiers état, Pichot de la Graverie et Hardy de Lévaré insistent sur cet avantage et sur celui de a se pousser plus facilement » : ils n'en usèrent pas et restèrent roturiers comme leurs pères, mais Pichot donne les noms d'un certain nombre de lavallois qui ont acheté drs offices de secrétaires du roi : « Quoique cette noblesse soit 1res inférieure a la véritable et soit très peu assurée et sujette a des recherches coûteuses, les roturiers s!y jettent avec fureur '. »

L'établissement du tarif, en remplaçant par l'impôt indirect les impôts vexaloires de la taille et de la capitation, attire a Laval beaucoup d'étrangers et diminue la recherche et la valeur des charges de secrétaires du roi : « On y cherchait des exemptions et l'on n'en a plus be-

1. * Ce moyen a réussi à plusieurs, par exemple aux sieurs Coutard, de Sourdille, de Courchant, Daumesnil, Foucault de Marpalu, Pichot de Poitevinière. Et actuellement le sieur Bersel de la Coupellière, les sieurs Périer du Coudray el delà Girardière, négociants, li- sieur de la Molle-Moraine sont revêtus d'offices de secrétaires du roy et jouissent des privilèges et exemption de la noblesse. Et je ne doute point qu à leur exemple ceux <pii deviendront riches dans la suite n'achètent de semblables offices ; ce qui pourra avec le temps, par la multiplication de ces noblesses, faire tort au commerce et en tirer de bons sujets qui auraient augmenté leurs for'unes » 1 1 735) .

soin ' », écrit notre fidèle observateur, et en même temps l'opinion publique devient hostile àl'hérédité des charges de magistrature que les mœurs avaient toujours admise.

Si les charges sont moins recherchées, il n'en est pas de même des propriétés rurales: là est le placement çêvé de tout commerçant enrichi. A la date de 1750, Pichot cite maintes terres possédées, dit-il, par d'illustres maisons, passées actuellement aux mains des nouveaux anoblis, des roturiers enrichis par le travail et l'économie, et il note les exemples qui l'ont particulièrement frappé. Quelques années plus tard, à propos de la terre de la .Mouette, adjugée pour 26.000 livres à un maître lavandier, il dit « qu'on n'a jamais vu tant de fureur dans les enchères, ni les biens vendus à si haut prix. »

En 1759 meurt, Agé de 94 ans, Berset de la Coupellière, négociant et banquier, ancien secrétaire du roi, acquéreur de la terre noble d'Hauterive, dont il prend le titre ; il laisse une fortune évaluée à 600. 000 livres au moins, alors que ses biens propres et ceux de sa femme valaient seulement 40.000 livres, « preuve certaine, conclut Pichot, que le commerce des toiles enrichit cette ville et procure des fortunes considérables ». Ce qu'il faut entendre par ces mots, il nous le révèle en inscrivant Tannée suivante, à la date du 8 juillet 1700, le mariage de sa petite-fille, Marie-Félicité Dumans, qui, a 1 âge de 10 ans, épouse M. Delaporte, sieur de Sougé, du .Manoir et de Montguvon, âgé de 18 ans. a (Refait,

I. Son observation a d'autant pins de valeur qu'il avait été lnii ii • - ii ■ «- opposé à l'établissement du tarif. « On a remarqué, écrit-il .h 1755 à propos de la procession de la Fête-Dieu, que depuis quinze à vingt ans la population s'est tellement accrue a Laval qu il se trouve plusieurs corps de métier augmentés de plus de moitié. . . Nombre de familles viennent habiter Laval, \ étant attirées par le profil du commerce des toiles qui rend l'argent commun et la vie plus commode, et surtout depuis 1 établissement du tarif qui donne 1 exemption <!-• la taille et de la capitation, et qui a excité plusieurs étrangers a venir s y établir et s y marier ».

dit-il, le plus riche parti de notre ville, jouissant actuellement de plus de 8.000 livres de rente, et ayant en effets mobiliers plus de 30.000 livres ; il était de condition roturière, mais allié avec les plus belles familles. » C'est le chiffre de fortune qui permet aux châtelains du pays de Ghâteau-Gontier d'avoir en cette ville maison d'hiver'.

Devenu propriétaire rural, le négociant apporte à la gestion de ses terres le soin qu'il donnait et qu'il continue de donner à son commerce 2. Ses terres sont affermées à prix d'argent avec nombreuses redevances en nature «pie lui apporte le fermier à des époques déterminées, ou exploitées a colonie partiaire ; le métayage est le régime le plus répandu aux environs de Laval ; il convenait surtout à des temps où le numéraire était moins abondant <pie de nos jours, où l'on vivait davantage des produits recueillis sur sa terre ; il exigeait — il exige encore — des relations continuelles et cordiales entre propriétaire et métayer, surtout une réelle continuée de la part du premier, et chez le second une honnêteté qui est en définitive le seul contrôle ellicace que puisse exercer celui qu'on appelle « le maître ». Il faut le reconnaître a l'éloge de ces populations, cette qualité existait chez elles et elle s'est transmise jusqu'à nos jours en de nombreuses familles 3.

Fréquentes sont dès lors les relations du maître et du colon ; celui-ci vient aux foires de Laval vendre, d'accord

1 On se retirait volontiers des affaires lorsqu'on était parvenu à jouir de 3 ou 4.000 livres de renie, écrit Yves Bernard, ce qui passait dans tout le Tiers-Etat pour une très honnête fortune ; et c'était alors une opinion reçue que qui ne pouvait vivre avec 3.000 1. de revenu, ne vivrait pas avec 100. ODO » [Mémoires, t. I, p. 130).

2. Ces terres deviennent « propriétés de famille ». et dans la bourgeoisie on se fait un point d honneur de ne pas les vendre ; beaucoup de terres n'ont pas été aliénées depuis trois cents ans et plus, toujours transmises par héritage.

3. Gaston Le Marié, Le métayage dans l'arrondissement de Laval.

avec son propriétaire, ses bœufs, ses veaux, ses moutons; il en fait le compte à son domicile, où il trouve toujours une accueillante hospitalité, et la maîtresse qui paraît s'appliquer aA'ec un soin tout particulier à cette administration rurale ne manque pas de marquer le piïv de vente, la hausse ou la baisse des foires ; les lettres de M mes Hardy de Lévaré, Rayer des Bignons, Lemonnier de la Jourdonnière abondent en détails sur ce sujet qui leur est familier. C'est à ces bonnes ménagères que les métayers remettent les produits en nature que l'on monte au grenier et dont on a grand soin, soit qu'on les destine à la vente, soit qu'on les utilise pour l'alimentation de la maison '.

L'inventaire dressé en février 1723. à la mort de Hardy de Lévaré, constate la présence en son grenier de 309 boisseaux de blé seigle à 32 sous le boisseau, 70 de froment rouge à 40 sous, 159 de méleard (mélange de blé, orge et seigle) à 32 sous, 1 18 de méteil à 32 sous, 475 de blé noir à 22 sous, 189 d'avoine à 20 sous, le tout valant 1.893 livres 7 sols. Hardy de Lévaré est, il est vrai, un riche propriétaire foncier ; il n'a pas moins d'une douzaine de terres grandes ou petites ; il a en ville cinq maisons ou jardins ; sa fortune mobilière comprend à ce moment 150 livres de rente foncière, sa charge de juge, présde 1.000 livres placées en billets et 1.000 livres prêtées à son fils Julien « pour employer en achat de toiles pour son commerce ».

A cas provisions de ménage, il convient d'ajouter le cochon que l'on prend dans une de ses métairies pour l'engraisser en ville, et nécessairement il faut approvisionner sa nourriture et celle des volailles que l'on tient en mue ou dans sa cour. Les moins riches doivent se contenter du blé nécessaire à la fabrication de leur pain que l'on boulange, en partie du moins, à la maison et de

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