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Arch. de la Mayenne, E. 364 (Année LG

'1. Yves Besnard note que, de son temps, la plupart des ouvriers ne po'rtaienl pas de bas, el que leurs femmes u'en niellaient guère (|iie le dimanche.

En 1841, raconte le docteur l'ouiniès delà Sibautie, un ancien

un chapeau, quatre chemises, une paire de souliers, une paire de pantoufles, une vieille perruque, objel rare chez les artisans ; sa femme a "une lingerie abondante comprenant des gentilles, des bonnets à dentelle, un mouchoir d'indienne, deux denuits de toile, etc.

Etienne Urbonde est potier d'étain en la paroisse de la Trinité : sa demeure se compose d'une salle et dune boutique : là se trouve tout l'outillage, fourneau, tour, enclumes, balances, moules de diverses sortes, provisions d'étain et de plomb, et en marchandises 122 livres de vaisselle d'étain neuve valant L3 sols la livre ; la salle est bien meublée : lit avec rideaux, pentes, ruelle, dossier de sarge drapée rouge, ornée d'une Crânge de laine, des chaises de jonc, un bahut couver! de cuir, des armoires et dressoirs, un crucifix, des landiers, chaudrons, poêles, etc. : dans les armoires : des draps, (\<'s serviettes, trois habillements, composés d'un justaucorps et d'une culotte, deux de drap, l'autre d'étamine, un vieux justaucorps de droguet, un manteau de bouraean. un autre de drap gris, un chapeau neuf et un vieux, deux paires de souliers, un manchon de peau de chien, des chemises, caleçons, paires de bas, menu linge, e( une perruque 1704 .

Le compagnon lavandier Nicolas riesteau possède un justaucorps « de bique » ', un tablier de cuir, un înan-

métayer «le ma famille, devenu le plus riche paysan de son village, vint me faire \isitc Nous étions au mois d'août, et, Gdèle à ses anciennes habitudes, il était pieds nu- : •< Voyez-vous, me disait-il, en me montrant sur la place tous les paysans bien chaussés, n'est-ce pas une honte qu'un luxe semblable ? .le ne sais en vérité ce que nous deviendrons. » (Souvenirs d'un Médecin de Paris).

1 . Tousles lavandiers possèdent une « casaque de peau de bique ». Chez Etienne Chartier, compagnon lavandier, mort en 1665, on trouve dans le mobilier un crucifix . un tableau sur toile de sainte Madeleine, lils et couchettes, chaise et linge [joui- enfant il était marié depuis dix ans . un vestiaire convenable ; des provisions, une bussede cidre, un saloir avec lard salé, cinq boisseaux de seigle, dix de blé noir, du bois, et une véritable porcherie comprenant

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chou « avec deux moutonnes » (1724). Le manchon est alors porté communément par les hommes ; on en trouve chez René Millet, tissier, dont la femme laisse une bonne garde-robe et possède quelques bijoux, une bague d'or, un dé, un reliquaire, une croix et une chambrière d'argent, un livre d'heures avec fermoir d'argent (1738).

Pierre Briand, journalier, habitant au Vieux-Marchis, près de la. Croix-de-Pierre, est menuisier ou journalier ; il possède des haches, cognées, scies, herminettes, divers outils du métier ; il a deux marmites, une tuile à galette, une poêle à frire, un poêlon, des armoires, une huche, un peu d'étain, trois fourchettes de fer ; le rouet et le « travouil » de sa femme et du fil à filer, un lit avec couettes de plume d'oie, traversins, draps, etc. ; son vestiaire comprend un habit complet un peu vieux, deux vestes, une culotte, une paire de bas de fil, une paire de souliers, un chapeau, trois chemises, des tours de col, etc. ; celui de sa femme, trois jupons, un apollon noir, des mitaines de fil, sept chemises, trois paires de bas, des coiffes, mouchoirs, etc. ; on trouve encore chez lui un berceau, une petite chapelle avec des images, huit livres de lard et une busse de cidre (1748).

Le mobilier de feu Pierre Loger, jardinier, rue de Saint-Julien, révèle une véritable aisance ; sa femme possède une bague d'or, des heures garnies d'agrafes d'argent, une paire de boutons d'argent, et l'on trouve dans rémunération de son mobilier une broche à rôtir, des couteaux de table, un réchaud de cuivre, un miroir, etc. (1748).

Le potier Jean Labbé, demeurant à Saint- Pierre, mort en l(>70, laisse an lit garni de serge jaune, 35 livres de vaisselle d'étain, ('te. ; son vestiaire comprend un manteau de drap gris, un autre noir usé, deux hauts de

une truie et ses quatre petits, et deux porcs courants II demeure à la Croix-Laizis, en Saint- Vénérand.

chausses et pourpoints de drap noir, un autre costume d'étamine grise, un justaucorps de droguet brun, un autre de sarge brune, un vieux pourpoint de toile blanche, un vieux haut de chausses brun, deux vieux chapeaux, deux vieilles paires de souliers et une neuve, quatorze chemises neuves et six vieilles, deux vieux caleçons; c'est un marchand potier travaillant lui-même et ayant sans doute un compagnon.

Chez le tissier Thomas Cribier, mort en 1697, <>n note un miroir avec cadre de cuir rouge, un crucifix, deux tableaux, un oratoire avec les figures de la Vierge et de saint Louis, une broche a rôtir, quelques verres, des « livres français et une paire de matines ».

Si l'on pénètre dans l'intérieur de ces petits patrons qui tiennent une position intermédiaire entre les 'ouvriers et les membres de la communauté des marchands, on trouve fréquemment l'indice dune véritable aisance et, dans les vêtements des femmes surtout, la recherche d'un luxe qui leur donne l'illusion de la richesse ; beaucoup ont une croix d'or, des bagues d'or ou d'argent, un livre d'heures avec agrafes, des robes d'étoffes plus légères et de couleurs plus voyantes. Jeanne ( i allais, morte en 17'i7. femme de Julien Morin, maître fourbisseurd'épée, possède un apollon d'étamine de soie, un autre de siamoise, une robe de satin, des jupes de satin, de siamoise, d'étamine. une autre piquée de taffetas, une coiffe de soie, six coill'ures et quatre mouchoirs de col de toile de linon, une paire de bas de laine, une autre de fil, une paire de souliers, une paire de pantoufles, neuf chemises, six mouchoirs de poche, etc. Elle a en outre une petite croix, une foi et une bague d'or, une paire de bracelets d'argent ; le ménage possède six gobelets, deux tasses et une tabatière d'argent. Le perruquier Pierre Leron, marié en 1762 a Louise Marteau, veuf en 1773, possède huit couverts et une cuiller potagère, huit gobelets et une tabatière d'argent ; sa jeune femme avait une croix

et une bague d'argent, deux bagues d'or et une paire de boucles à pierres.

La femme de François Neveu, tondeur d'étoffes, restée veuve en 1757 avec deux jeunes enfants, ne porte que des vêtements noirs avec des mouchoirs el tours de col de toile et de mousseline ; elle a des gants de iil et un manchon de plumes. François Tranchant, maître couvreur de maisons, mort en 1750, laisse un vestiaire un peu défraîchi ; mais avec son bénitier et sa vaisselle d'étain, il a huit gobelets de cristal, un miroir de poche, une bague d'argent '. Chez lui, comme chez beaucoup d'autres au xvme siècle, à côté des chaudrons et marmites, des poêles à frire et la tuile à galettes, on trouve la broche à rôtir, indice certain de l'aisance. Beaucoup ont une petite argenterie, quelques couverts et gobelets 2 ; nous en avons cité. Chez quelques artisans, au xvne siècle surtout, on voit accrochées au mur des armes, démodées souvent, arquebuses, mousquetons, piques, épées, épaves des guerres de religion, ou armement de la milice lavalloise transmis de père en fils.

Quand l'épargne a été suffisante, on demande au notaire de dresser un contrat de mariage, et ainsi en

1. Michel Sirouet, maître carreleur de souliers, vient de mourir « au service de S. M. en ses armées » ; il laisse une veuve. Jeanne lluterel, et une fille Marie, âgée de 12 ans, demeurant au~"Puits- Rocher. On dresse inventaire en 169'i : le mobilier indique l'aisance avec nu lit de noyer garni de rideaux rouges à franges, 50 livres d étain, un oratoire avec un crucifix el une image de la Vierge, des Heures en français et eu latin, un tableau de la Vierge, un miroir. Les vêtements de la femme comprennent une jupe brune el une noire, un justaucorps d étamine noire, un autre de futaine blanche, un autre de bazin rayé, un blauchet de même étoffe, un blanchet de froc, un autre d'élamine noire, deux écliarpes et une coiffe de laffetas noir, quatre paires de chausses, deux devanteaux de toile blanche, vingt-trois chemises, une paire de souliers, une paire de sabots, un manchon de peau, et pour 18 livres de mouchoirs, coiffes, bandeaux el menus linges.

2. Le tissier Pierre Le Roy a une tasse d'argent marquée de son uom, eslimée 15 livres tournois (1748),

entrant en ménage les futurs apportent et tiennent à faire constater le fruit de leur travail et de leur économie. Tel, en IGI5, est Michel Ricoul, tissier, orphelin, fiancé à Françoise Jouet, servante chez un maître apothicaire ; ils déclarent mettre en commun « tout ce qu'ils ont de succession el par gain de leur travail » ; la servante t'ait la déclaration de son avoir estime, avec ses hardes, à 70 livres1, (ne antre servante épouse, en Ili.YJ, Guillaume Godin, charpentier, vent; elle apporte; cent livres tournois, cent autres qu'elle a prêtées à son futur et son mobilier comprenant une couette, un travers lit, un oreiller de plnine d'oie, quatre fruitiers et deux assiettes d'étain, et cinquante aunes de grosse Iode. Tugal l'ave, lissier, déclare apporter en mariage deux cents livres, t;uit en argent que meubles, « qu'il a gaigné par son travail » 1691 . Quelques années [tins tard, Jean Caubet, lissier, et Charlotte < rouet, lille de tissier. veuve, apportent chacun cent-cinquante livres ; même chiffre an contrai de Marin Ravary et Madeleine Bonhoinmet. tissiers aussi : Jean Tiodet, compagnon lavandier, apporte 400 livres « gagnées par son travail » ; sa future, Jeanne Perrier, 40 livres que sa mère lui promet, sans compter ses hardes et habits.

Les testaments d'artisans ne sont pas rares : nous tni axons cité. Un compagnon tissier, quin'a pas (reniants, lègue au fils d'un de ses amis son « ôuvrouer a faire toiles garni de tons ses ustensiles, pour avoir souvenance de prier Dieu pour le remède de son âme : il vent être enterre avec sa femme le plus près possible de l'autel du

1. Ach. de la Mayenne, E. 351. — Ses hardes comprennent deux coffres, cinq cotillons, trois corps piqués, un chaperon, huit chemises, trois bonnets, douze couvrechefs, deux douzaines de collerettes, deux paires de souliers, deux bas de chausses, douze serviettes, six draps de lit, une cape de camelot, deux pentes de lit de futaine blanche ; deux paires de manches, deux brassières, un devantail de camelot ; deux garde-robes de toile teinte noir, deux livres de poupée de lin. deux fruitiers d'étain.

Dieu de pitié qui est au cimetière de Saint- Vénérand, et il demande la célébration d'un trentain de messes (1622); un compagnon lavandier et sa femme lèguent deux écus pour les ornements de l'église Saint- Vénérand, leur paroisse, et diverses sommes à l'hôpital Saint-Julien 1690 : un compagnon maçon demande cinquante messes basses (id.) ; Pierre Millet, ouvrier tissier, veut la grosse cloche à son enterrement, trois grand'messes et un trentain 1736 ; c'est aussi la grosse cloche de sa paroisse ({lie demande Marie Legrand, couturière, aussitôt après son trépas, « pour inviter les fidèles à prier Dieu pour le repos de son âme », et elle laisse de l'argent pour faire célébrer des messes I 757 .

Ces exemples, qu'il serait facile de multiplier, montrent qu'à Laval — et la chose a été constatée en d'autres villes — l'artisan pouvait atteindre au degré de bienêtre que comportaient son milieu, les besoins et les mœurs de son temps. Si ce n'était pas l'opulence, c'était au moins l'aisance, et, si tel était le désir du compagnon, la facilité d'acquérir une maîtrise. D'ouvrier il devenait patron, ayant atelier ou boutique sur rue. membre de la communauté du métier ; dans la vie sociale, une étape était franchie '.

Tous sans doute n'arrivent pas à ce degré d'aisance : l'activité au travail, l'économie, la sobriété ne sont point les vertus de tous -, et bien des fois la misère s'attache au foyer de l'ouvrier : la maladie, le chômage, l'inconduite, l'insouciance en sont les causes les plus communes.

]. Il était alors plus facile et moins onéreux que de nos jours de devenir patron : l'outillage était moins coûteux, le personnel moins nombreux, et grâce à l'organisation des métiers la concurrence moins redoutable.

. Dans sa comédie : La brouette du vinaigrier, Mercier met en scène un ouvrier qui a amassé .'Î.700 louis d'or et donne ce secret de sa richesse : il a toujours vécu simplement, s est levé de grand matin, a toujours été frugal et laborieux. (Cité par A. Babeau, Les Artisans).

Mais cette misère n'est pas sans remède sinon dans ses sources, au moins dans ses effets. On est généralement secourable à Laval ; nous avons vu comment s'exerçait la charité lavalloiso. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, l'ouvrier habite encore près de la demeure du riche : plus que de nos jours on est alors familier entre voisins. on possède encore et Ton pratique tout naturellement le respect de l'autorité sociale et l'habitude de la fraternité chrétienne : la causerie est de tous les jours avec ses épanchements, entre femmes surtout; la bourgeoise reçoit les confidences et les doléances de la femme ouvrière ; si elle a le cœur compatissant, elle la peu! encourager de ses bonnes paroles ei aumôner de son bien. Chaque paroisse a son bureau de charité dont l'organisation est faite d'expérience cl de dévouement, avec ses secours aux nécessiteux en pain, en bouillon, en lavettes pour les enfants, en étoiles et vêtements, avec les soins gratuits d'un médecin, et ces secours sont souvent portés a domicile par les dames de charité, les visiteuses des pauvres, qui peuvent ainsi recueillir leurs demandes, constater leurs besoins et l'efficacité de ces aumônes ; car alors ou emploie ce mol sans y attacher une idée d'humiliation.

Avant d'entrer en apprentissage, l'enfant fréquente les petites écoles paroissiales ; elles sont gratuites, le pouvoir royal et l'autorité ecclésiastique s'efforcent de les rendre obligatoires ; l'enseignement y est approprie à la condition de l'enfant: on ne.cherche pas a lui donner des notions superficielles d'une foule de choses qui dans la pratique de la vie lui seront inutiles, mais on s'occupe de sa formation morale, on lui apprend « sa religion », comme on disait jadis, la lecture, le calcul, on le met à l'écriture si cette connaissance lui peut être utile et s'il est jugé capable de l'acquérir : on lui apprend surtout ses devoirs envers Dieu et envers ses parents, on le forme à la connaissance et a la pratique des lois divines,

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an sentiment desa responsabilité, à la dignité de sa vie '. Que lui faut-il déplus pour devenir, s'il en a la volonté, un bon et honnête artisan, quand l'apprentissage aura complété sa formation sous le rapport professionnel ? Là encore l'apprenti pauvre peut être aidé par des secours venant de fondations dont les testaments nous ont révélé l'existence et par des dons faits avec la discrétion de la charité. Chaque année aussi, dans ces mêmes conditions, des jeunes lilles reçoivent des dots fondées par de généreux et intelligents bienfaiteurs.

Le salaire est l'élément normal de la vie matérielle de l'artisan ; il doit être suffisant, variable tout naturellement avec la nature et la difficulté de la tâche, avec l'effort et l'habileté du travailleur ; il importe aussi qu'il soit continu, que ni la maladie, ni le chômage n'en interrompe la régulière perception. C'est le pain quotidien, et l'artisan vit trop souvent au jour le jour. Il est vrai, à Laval comme en d'autres pays de France, le langage de l'insouciant savetier : « Il suffit qu'à la fin j'attrape le bout de l'année ; chaque jour amène son pain. »

A Laval, ce pain se pourrait appeler la soupe quotidienne ; c'est l'aliment préféré et indispensable de « nos tissiers si joyeux le matin et le soir avec une écuellée de soupe à la main », comme les dépeint l'auteur du Journal d'un tisserand 2, et alors on entend dans tous les faubourgs le gai refrain de leurs chansons accompagnant la cadence des métiers à tisser.

Aussi le chômage est-il le fléau le plus redoutable qui puisse assaillir l'ouvrier : il lui ravit l'assurance du pain quotidien, et le contraint à un désœuvrement forcé, et l'oisiveté est mauvaise conseillère. Quand l'ouvrage fait défaut, quand le métier cesse de battre, quand la huche

1. Voir !<>s divers règlements et instructions des écoles paroissiales.

1. Mémoires de Bourjolly, t. II, p. 69. — La Fontaine : Un savetier chantait du matin jusqu'au soir.

est vide, ou que le grain atteint des prix exagérés, ce peuple d'ordinaire pacifique, plus frondeur que méchant, se met a murmurer, à s'agiter : on arrête les voitures chargées de blé, on envahit les greniers particuliers et les boulangeries, on pille, on gaspille. Mais l'administration communale est vigilante ; elle s'applique à prévenir ces misères on, si ses efforts ne les peuvent détourner, elle s'emploie a y remédier ; elle achète au dehors des blés étrangers qu'elle fait vendre a plus bas prix sur le marché de Laval afin de peser sur les cours, (die fait distribue]" aux nécessiteux des secours fournis par les souscriptions '. A la tin du xvne siècle, la guerre d'Espagne ferme les débouchés où les négociants écoulent les toiles lavalloises, et 1rs tisserands sont réduits au chômage2: l'intendant de Tours se préoccupe de leur pénible situation et provoque des subsides en leur faveur :;. Beaucoup s'engagent dans les armées dit roi, où Ton forme en 1702 le. « régiment de Laval », bientôt réputé pour « sa bravoure et sa bonne tenue » 4. Quant aux ouvriers restes dans leurs foyers et aux familles des absents, Laide charitable ne leur manque pas dans ces crises malheureuses, et en I7^>!<le trésorier Duchemin du Tertre, clôturant son registre, peut écrire que, « en cette crise de disette, les pauvres ont été abondamment secourus ».

Dans la hiérarchie sociale l'ouvrier ne tient pas un rang élevé, mais il n'y est nullement méprisé ; il y jouit

-1. Voir le chapitre Piété et Charité, ri-dessus.

2. De 1680 à 1720 ce lui une crise générale en Europe, spécialement eu France, en Espagne, eu Italie.

•'! A. île Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux, 1693-9 i.

4. « Nos tissiers... aptes à taire de bons soldats ; le régiment de Laval conserve toujours sa réputation de bravoure et de bonne tenue » [Journal d'un tisserand, ap. Bourjolly, t. II, p. 69). — Les archives départementales contiennent de nombreux engagements daus ce régiment dont les capitaines appartenaient aux familles notables du Bas-Maiue.

justement de l'estime que lui méritent son honorabilité, sa conduite, son travail ; s'il n'a pas voix dans l'assemblée de la communauté de son métier, son maître y soutient ses intérêts qui sont aussi les siens, et les statuts lui assurent, outre la propriété du métier, une protection contre l'arbitraire du maître qui l'a embauché, le repos des dimanches et jours de fête, souvent l'après-midi du samedi et toujours une limitation aux heures du travail de chaque jour, déterminée à la fois, par les nécessités de la vie familiale et par la bonne pratique du métier. Il a sa confrérie avec les privilèges d'ordre matériel et moral, il a ses fêtes, sa place à l'église, et, comme il n'est pas encore contaminé par les doctrines qui, au xvine siècle, atteignent une grande partie des classes élevées, il a le respect de l'autorité légitime, religieuse et civile, il sait prier, il attend de la justice divine la récompense de son labeur et de ses privations.

Il n'aspire pas à jouer uu rôle politique et se préoccupe peu de choses qui le touchent moins que l'assurance du pain quotidien et le salut de son àme ; il n'en est d'ailleurs ni peiné ni humilié ; il ne rêve pas encore d'une chimérique égalité, qui ne peut exister dans la société civilisée pas plus qu'elle n'a jamais existé entre les diverses natures humaines. Il a mieux que des nuées stériles ou nuisibles ; il a les avantages pratiques attachés à sa situation même ; il est exempt delà plupart des charges publiques ; il ne paie aucun impôt direct, ni taille, ni capitation, ni patente, ni autre ; il est seulement atteint par les impôts indirects, comme la gabelle, les droits d'octroi, le tabac ; mais quand on établit à Laval le tarif, on prend soin d'exempter ou de taxer faiblement les denrées les plus utilisées pour l'alimentation des ouvriers. Il n'a pas encore a paver le lourd impôt du sang, établi par la Révolution ; car alors l'armée se recrute de volontaires, et la milice tirée au sort en chaque paroisse ne

comprend qu'un petit nombre de miliciens ; encore peuvent-ils se racheter en fournissant un remplaçant.

Aux époques de calamité, et en tout temps au cas de maladie, de gêne, les bureaux et dames de charité, qui

n'ont rien de la bureaucratie administrative des temps modernes, reçoivent la confidence de ses misères et s'efforcent d'y remédier.

Au demeurant, l'ouvrier lavallois peut, par son travail, sa bonne conduite, son économie, améliorer son sort, jouissant a ses jours de loisir des fêles de l'Eglise et de la cite, et du bon soleil qui but pour tous ; il peut, si telle est sa légitime ambition, ouvrir boutique ou prendre rang parmi les mailles. En tout cas il possède, s'il la mérite, l'estime île tous ; il tient une place honorable et utile dans l'ordre social : il a le lier sentiment de son honneur, de sa valeur professionnelle, «les services qu'il peut rendre, comme il a dans son obscurité l'intime satisfaction de sa vie bien employée et du devoir chrétiennement accompli.

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