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CHAPITRE XIII

Les Domestiques.

Comme les artisans, les domestiques louent leurs services pour un juste salaire ; mais ils font plus, s'ils louent leur personnalité, ils se l'ont de la « maison » ; aussi peut-on désirerqu'au savoir professionnel ils ajoutent non seulement la subordination et l'honnêteté qui sont un devoir, mais un certain attachement à la famille qui paye leurs services et les admet dans une intimité de tous les instants. Sans doute ce sont là bien des qualités, et elles ne se rencontrent pas toujours ; elles exigent aussi delà part des maîtres un commandement plein a la fois de fermeté, d'équité et de bienveillance, qualités (jui ne sont pas toujours réunies et ont bien leur mérite. Ou admettait autrefois que le maître de maison avait charge d'âmes a l'égard des siens et de ses serviteurs, qu'il devait protéger ceux-ci et veiller a leur moralité : la loi civile, connue la loi chrétienne, lui en faisait une obligation.

Au xvnic siècle, el plus encore au siècle précédent, on rencontre a Laval des contrats de louage de services domestiques passés par devant notaire : (Mi 1606, un garçon laboureur se loue pour 12 livres par an et le don à Pâques de deux chemises, un haut de chausses, deux paires de chausses et une veste, le tout de toile. Jean Jupin, lils (I un lissier, s'engage pour deux ans comme domestique chez Mathurin Prodhomme, meunier aux

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moulins (le Laval; il devra « obéir à son commandement et faire tout ce qu'un bon et fidèle serviteur doit faire pour le bien et utilité de son maître, a son possible recevra en tout 60 livres, payables 27 livres à la fin de la première année, et 33 livres a la lin de la seconde

En 1680, Charlotte Delaporte, épouse de René du Tertre, seigneur de Mée, loue pour cinq ans Thomas Iiobinel : il sera « nourri, chausse, blanchi et entretenu » ; il m portera les couleurs de ladite dame pendant les deux premières années, et les trois autres servira eu qualité d'homme de chambre, durant lequel allouemenl il travaillera à sa force et pouvoir pour ladite dame o qui ha donnera loi) livres par an : dix ans plus lard, elle traite avec .lu lien Gouault, compagnon tissier, qui alloue son neveu lieue Gouault, âgé <lc dix-sept ans, " pour servir comme laquais et à toute oeuvre qu'on voudra l'employer pendant six ans ; il sera nourri a la laide dt's autres serviteurs, entretenu de tous habits et linge ;i son usage, recevra i0 livres de gagçs » : son oncle le cautionne « de toute fidélité et lovante, et de le ramener dans la maison de ladite daine en cas qu'il s'absente pendant ledit allouement, pour iceluy parachever. > lin 1727, Jérôme Roc, laboureur, alloue su fille Julienne, de quatorze ans. pour cinq années, a Malliurin Gaultier de Mérolles, lieutenant général <\\\ comte, et a Marie Leclerc, sa femme, qui promettentde « la nourrir, lui donner ses entretiens d'habits et de linges, pour ses œuvres et travail quelle pourra faire pour eux comme ils le lui commanderont et leur estant fidèle comme un bon domestique doit estre envers son maistre » : il n est pas question de gages pour Julienne, sans doute parce qu'elle est encore bien jeune et inexpérimentée. On peut remarquer que l'usage est fréquent de payer une part des gages en vêtements, que les engagements sont souvent a long terme et que l'obligation de bien et fidèle-

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ment servir est stipulée comme un devoir de conscience.

Mais le plus souvent l'engagement est verbal : la bonne foi est la règle des parties. En cas de contestation, la jurisprudence lavalloise admet que le maître doil être cru sur serment ' ; il peut renvoyer son domestique sur le cours de l'année, parce qu'on admet qu'il ne le l'ait pas sans motifs graves : il ne lui doit alors (pie des gages proportionnés au temps passe a son service. Le domestique est obligé d'achever son année, sous peine de dédommagement qui peut aller jusqu'à l'abandon de ses gages ; mais cette règle admet de justes tempéraments ; ainsi en 1740 le juge de Laval estime qu'un domestique, menacé de mauvais traitements par son maître, peut le quitter sans payer aucun dédommagement; les domestiques peuvent aussi rompre leur allouement pour cause de mariage, (rengagement au service du roi, « pour servir et traiter leurs père et mère malades 2 »; encore faut-il que la maladie soit réelle et que les parents aient besoin de l'aide de leurs enfants. Les gages «1rs serviteurs sont prescrits au bout de trois ans.

A Laval, où Ion n'avait pas alors le goût du faste, où la noblesse était assez rare et celle de la cour inconnue, où les partages égalitaires maintenaient de traditionnelles habitudes d'ordre et d'économie, le nombre des serviteurs dans chaque famille parait avoir été assez restreint; leurs gages ne diffèrenl guère de ceux qu'on alloue ;i la même époque dans les pays voisins. Louis de Brun, sieur de Tubeuf, négociant, a pour serviteurs en 1734, année de sa mort. François Ghamaret, payé60 livres par an; Marie Delaporte. première servante. 50 livres ; Catherine Leyesque, deuxième servante, -7 livres. Jeanne

I L.i principale raison, dit Pichot de la Graverie, esl que lors- '|u il ?- agil <!<• serment, nu prend ordinairement celui de la personne la plus qualifiée el qui a la meilleure renommée . '.nie opinion s appuie Mil- la Coutume du .Maine, sur le Règlement «le la Manufacture des toiles, etc.

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