Jugement de 1757, cité par 1 avocat Iloisnanl
Daviette, servante chez Georges Perier du Tertre, inspecteur des contrôles et domaines du roi, gagne 30 livres par an en 1755; la même année, dans l'inventaire dressé après le décès de François Marest, seigneur de Saint- Brice, beau-frère de Pichot de la Graverie, les dettes comprennent les gages de trois serviteurs, Marin Micau.lt, domestique, pour 60 livres', Guillaume Fouillet, jardinier, et Renée Gùiard, cuisinière, pour 50 livres chacun. Une servante d'un chanoine de Samt-Michel a Y2 livres en 1757. Il v a trois serviteurs chez Duchemin de Vaubernier, négociant, en I7<>2 : Jean Ronceray, a qui il est dû IS livres a la Toussaint, sans doute une demi-année; Marie Bigot, cuisinière, gagée a .'!ii livres, et Jeanne Mongazon, lille de chambre, a 30 livres1. A la lin du xviil* siècle, Mlle Dneheinin a trois domestiques. En 1727, il n'y a qu'une senle servante chez Hardy de Lévaré ; c'est, il est vrai, à ce moment un jeune ménage, et il n'y a pas de cheval a l'écurie2.
1. En 1780. un domestique «le ferme à la Pilardière, en Montigné, a 18 livres de gages annuels, plu- 24 smis de denier à Dieu et la garde de deux moutons on répan ses vêtements, on nourri) les couturières appelées pour (•«• travail, el on leur Fournit du lil el 'lu ligneul. — Yves Besnard (t. 1. p. si. 128] écril que dans -a jeu-
un garçon d'écurie travaillant au jardin gagnai) 60à66trancs les servantes, la première, de 36 a i2 francs, les autres 24 à 32 fr.,
plus deux paires de salmis el deux aunes de toile le- cuisinières
chez les bourgeois avaient environ ion francs — Au château de l'Isle-du-Gast, chez M. d'Héliand, en I7f>7. la cuisinière gagne 100 francs, le jardinier la même somme, le garde 150 francs, d autres domestiques de 36 à 100 livres (Grosse-Duperon, Ville et pars de Mayenne.
1. Dans la noblesse el chez le bourgeois très riche, le nombre des domestiques est considérable, proportionné à la fortune, à la situation, à l'apparence que l'on veut se donner : « 11 a quatre la quais, et je n'en ai qu'un, écrit Pascal : c'est à moi à céder, et je suis un sot si je conteste (Pensées). A Laval, où la bourgeoisie menait une vie simple ei économe, il en était autrement, et bien des familles n'avaient qu'une servante, don) la mise simple e) modeste la distinguait à la fois de sa maîtresse el des soubrettes du grand monde : en 1760, Perrine Bertier est seule servante chez le négociant Guittet de la Houllerie.
Outre leurs gages les serviteurs ont quelques profits qui en certaines maisons ont une réelle importance : leur denier à Dieu, les deuils, les cadeaux, les étrennes, les « pratiques » données par les hôtes et les invites. le sol pour livre des fournisseurs, que les servantes parisiennes perçoivent dés le xvi1' siècle et que celles de province n'ont certainement pas la simplicité de dédaigner ; il est presque inutile d'ajouter que « l'anse du panier » est une expression de vieux langage et sans doute d'un usage plus vieil encore. Puis les serviteurs iidèles et dévoués sont souvent inscrits au testament de leurs maîtres et reçoivent ainsi le légitime salaire de leurs bons et longs services.
Généralement, quand ils se marient, les domestiques ([uittent le service ; les servantes qui ont amassé quelques écus et veulent fonder un foyer trouvent facilement à épouser des artisans auxquels elles apportent le fruit de leurs économies, mais la plupart restent célibataires : les unes mènent cette existence instable qui leur fait trouver toute « baraque » insupportable, les autres demeurent attachées à une même famille jusqu'au jour où elles quitteront le -service, parfois au décès de leur maître, pour vivre de leur épargne en une chambre sise pics de l'église, partageant leur temps entre les pratiques de dévotion et le plaisir des longues causeries avec les voisines du quartier. Quelques-unes estiment leur avoir insuffisant et l'abandonnent à une maison religieuse, principalement à l'Hôtel- Dieu, qui les reçoit connue pensionnaires et pourvoit à leur existence en vertu d'un engagement verbal ou d'un acte notarié'. Ainsi fait Anne Chevalier, retirée du service a l'âge de 55 ans, qui, o n'ayant du bien suffisamment pour se nourrir et entretenir ». abandonne son avoir. 350 livres, à l'hôpital en 1694.
Ces anciennes servantes ont un petit mobilier où l'on trouve toujours quelques images et livres de piété, un
vestiaire assez abondant dont l'entretien est pour elles une occupation de chaque jour. .Marie Gillouard, servante retirée à l'hôpital général, a deux robes d'étamine brune, une cape de camelot noir, deux justaucorps de drap, des blanehets de toile et de serge, un manchon, une paire de souliers, plusieurs paires de pantoufles et un grand nombre de coiffes, béguins, frontières, bandeaux, mouchoirs de col. douze chemises, dois paires de bas noir et une de bas gris, etc. 1708 . Leurs vêlements attestent leur modeste aisance.
Si elles n'ont pas d'héritiers proches, elles l'ont un usage charitable de leur avoir. Jeanne Gonet, domestique retirée a l'hôpital Saint-Julien, donne 5 livres tournois aux « pauvres de la petite salle des femmes » el 24 sols à la servante de celle salle « pour la récompenser des bons soins qu'elle a eus d'elle », el 60 livres pour des messes à l'église de Saint-Germain-le-Fouilloux où elle a été baptisée 1759). Françoise Troye, domestique chez le sieur et la demoiselle de Montrond, prie ses maîtres de choisir eux-mêmes le lieu de sa sépulture et d'indemniser les membres du clergé de Saint- Vénérand qui assisteront a ses obsèques : elle distribue ses vêtements à des amies : a Jeanne lluet, fille de chambre des Montrond, « ses brassières blanches, le meilleur de ses chaperons, deux de ses meilleures collerettes et une aune de toile blanche de lin qu'elle a en son coffre » ; a Françoise Roche, '< son cotillon verl el sa cappe »,etc. [1622 .
Dans leurs testaments, les maîtres n'oublient pas de récompenser la fidélité et le dévouement «le leurs serviteurs. Nous en avons déjà cite plusieurs exemples.. Michel Taschereau, sieur de la Haye, secrétaire du roi. veuf de Madeleine Marest, donne 100 livrés à Catherine, sa fille de chambre. 50 a Roberte, sa servante. 30 à Pierre, son valet (1650 : Nord Ha-mon l'ait donation d'une petite maison;) Renée Gaultier, sa servante, « comme ainsi soit que ladite Gaultier ait cv devant rendu de bons et
agréables services audit sieur Hamon eu qualité de servante domestique et qu'à l'advenir elle désire continuer et d'autant plus <[ue ledit Hamon a présentement besoing d'une plus grande assistance à cause de son grand âge et Infirmité (l(>7f> ; l'orfèvre Jean Brieeau, qui, dans un testament commun avec sa femme, donnait 40 livres à sa servante ; devenu veuf, il ajoute en 1730 un codicille en sa faveur, parce qu'elle a pris soin de lui dans ses infirmités; Jean Richard de la Motte, mort sans enfants, laisse un lit garni, une armoire, quelques meubles, et une somme de 150 livres à sa servante Françoise Le Long, femme de Michel Foucher, tisserand L784 .L'avocat Paul Vrigné, dans son testament de 17'j8. reconnaît avoir depuis vingt ans à son service Rose Tournier. qui n'a (pie 27 livres tournois de gages annuels ; il lui lègue un lit. des draps, une rente de 11 livres « en considération des modiques gages qu'elle gagne pour le travail (pi 'elle fait. »
( m peut se demander ce que valait alors la domesticité lavalloise. Les textes consultés constatent qu'elle était généralement laborieuse, honnête et animée d'un bon esprit '. Certes, la comme partout ailleurs, il v a des misères : plus d'une servante est débauchée ou d'humeur acariâtre : plusieurs valets sont fripons ou paresseux. Mme de Sévigné n'est pas seule a entendre un domestique qu'elle veut envoyer faner lui répondre << qu'il n'est pas entre a son service pour cela et que ce n'est pas SOI1
métier ,. Mme Hardy de Lévaré écrit un jour à son mari qu'elle a enfin mis la paix chez elle en congédiant sa
servante ; en quoi son mari l'approuve et lui dit qu'il ne faut pas regardera plus ou moins de gages pour obtenir
I Ces qualités se rencontraient souvent alors dans les petites villes 'li' province Dans la petile bourgeoisie <!<■ p'rovino
imiiif régulière el sévère 'lans ses mœurs comme dans ses principes la domesticité conservait souvent un caractère d'honnêteté et de dévouement plue difficile à rencontrer dans les grandes villes n iBabeau. Domestujiirs. p. 284
un résultat appréciable. Catherine Rayer des Bignons
écrit à son mari, en mars 1749 : « Je ne sais si je vous ai marqué que nous avions une domestique qui nous a été a la maison quatre jours et s'en est allée disant qu'elle no pouvait s'habituer : on no sait où en prendre ». Mais elle en gage une autre quelques jours plus tard.
I.o labeur <lo ces Biles est d'ailleurs assez rude, si nu le compare à celui de nos servantes contemporaines. Elles se lovent de lionne heure et s'occupent tout le jour aux tàehes les plus diverses, sans qu'elles aient l'idée de voir en cette existence mouvementée une cause d'altération de leur robuste santé que soutient leur belle humeur : elles sont d'ordinaire vives, laborieuses, peu académiques en leur langage, bavardes, franches et gaies ; elles savent des chansons et des contes. Elles sont surveillées assidûment et ne s'en étonnent pas ; la maîtresse de maison ne les quitte guère, car elle aussi est laborieuse et veille avec soin a l'économie dw ménage : c'est l'exemple et souvent aussi la collaboration.
On les entend répondre a ces noms familiers de Nanon, Jeanneton, Renotte, Perrine, que l'usage avait consacrés, pendant que les valets portent des surnoms comme les troupiers des vieux régiments '. (lest la familiarité du temps : elle règne alors telle que les générations (I aujourd'hui ne la peuvent connaître. Factice de nos joins, si elle existe, elle est alors naturelle et sincère, parce que le sentiment du respect, inné et indiscuté en ces temps, la domine et la règle, loin d'en souffrir aucune atteinte. Ce sentiment est inhérent au principe fondamental de la vieille société française édifiée sur la hiérarchie des classes : mais il s'accompagne de l'esprit de charité chrétienne qui unissait alors ceux que la constitution sociale semblait le plus séparer et qu'elle ne faisait en réalité qu'ordonner. Le domestique se
1. Duchemin de Mottejeau appelle ses deux serviteurs Lafleur et Belledause.
savait l'inférieur de son maître et il acceptait sans être humilié cette subordination : il pouvait être son ami et il était de la maison, il avait son rang dans la famille. Aujourd'hui il se sait politiquement l'égal de son maître, et a l'occasion le lui fait bien voir : en fait, il est un salarié, retenu seulement par sou gain, prêt à tout changement et a toute heure, n'ayant le plus souvent aucune attache de cœur à la famille dans laquelle il consent a vivre autant qu'il lui plaira. La distance a singulièrement augmenté entre ces deux égaux politiques, le maître et le salarie : société démocratique aujourd'hui, société chrétienne jadis.
Aussi voyait-on jadis les maîtresses de maison travailler avec leurs servantes, l'aiguille semblait courir plus vite pendant que les conversations s'échangeaient : parfois la maîtresse ou une de ses filles lisait a haute voix une histoire curieuse ou édifiante qui charmait les heures de travail !. Jusqu'au xvn* siècle il n'y a qu'un lover, celui de la salle, et encore au siècle suivant, en beaucoup de maisons bourgeoises, par économie ou par habitude traditionnelle, c'est là que la famille se réunit pour la veillée : les servantes y prennent part, tricotant ou ravaudant leurs chausses, se mêlant respectueusement à la causerie, ou intéressant les enfants par leurs contes merveilleux, et toute la famille par les souvenirs du temps passé, jusqu'à l'heure où tous s'agenouillaient pour la prière commune qui terminait la journée.
( )n se préoccupait d'ailleurs «le la moralité des domestiques et de l'accomplissement de leurs devoirs religieux. Marie | mchemin fonde en L750, a Saint- Vénérand, une messe matinale avec prône pour les domestiques, et quelques années plus tard, l'abbé Chatizel les réunit
1. Ainsi Faisait encore, dans les dernières années du \iv siècle,
Mlle A qui lisait aux servantes de sa mère (l'une d'elles était
tertiaire! la vie de sainte Elisabeth et autres histoires édiliautes.
LES DOMESTIQUES .'loi
chaque jour de fête autour de sa chaire, en l'église de la Trinité '. Arthémise Ducheminj parlant de son serviteur, écrit : « Je lui montre à lire et lui fais repasser le catéchisme tous les jours après dîner » ; cela se passait en 1795. Bien «les servantes sont affiliées aux tiersordres, elles n'y sont pas les moins dévouées. L'abbé Boullier '-', qui avait vécu de la vie de cette vieilli» société lavalloise, écrivait des domestiqués que celte classe était « excellente a Laval ; elle avait conservé, dit-il, dans les familles honnêtes, les anciennes mœurs si respectables de notre ville et celle bonhomie, ce respect pour la religion, celle considération pour les classes supérieures, qui établissaient des relations si bienveillantes; <>n peut même dire si amicales, entre des personnes des rangs les plus différents. • La domesticité lavalloise n'avait pas été contaminée par les idées révolutionnaires et irréligieuses
1. Mme île la Jourdonnière trouvait ce zèle importun, parce qu'il
dérangeait son service.