‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 12 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

INSTITUTIONS CIVILES

Les ustensIles du baIn. — Dans les bains publics, les baignoires étaient souvent en marbre et en porpbyre (fig. 102.) Les particuliers avaient quelquefois des baignoires d'argent. On trouvait aussi des sièges d'une forme particulière sur lesquels s'asseyait le baigneur lorsqu'on répandait l'eau chaude sur son corps où qu'on l'enveloppait de couvertures pour l'inonder de vapeur. La figure 103 montre un de ces sièges : il est formé d'une table, qui est surmontée d'un bord circulaire assez bas, et percé en avant d'une échancrure en forme de fer à cheval ; cette échancrure servait, soit à l'écoulement de l'eau , soit à l'introduction du jet de vapeur. Chaque établissement de bain était pourvu de plusieurs sièges de ce genre.

Fig. 102. — Baigaoire romaine.

Il y avait dans les établissements de bains des fauteuils roulants dont on se servait pour les personnes malades ou infirmes, que des esclaves pouvaient ainsi traîner d'une salle dans l'antre, et conduire jusqu'aux jets de vapeur. Un fauteuil de marbre, trouvé dans les bains d'Antonin à Rome, et qui fait aujourd'hui partie du musée Britannique, est pourvu de deux petites roues sculptées sur les côtés comme ornement : ce fauteuil paraît être une imitation de ceux dont on se servait pour les malades; seulement ceux-ci étaient en bois et leurs roues étaient probablement plus grandes.

On annonçait au public que l'eau était préparée pour le bain en agitant des cloches qui étaient suspendues aux fenêtres, comme on le voit sur la figure lO/i, qui est tirée d'une peinture antique. Quelquefois la cloche était remplacée par un disque métallique sur lequel on frappait (fig. 105).

LES THERMES

Une espèce de trousseau découvert à Pompéi montre des instruments de bains enfdés dans un anneau assez semblable à ceux auxquels

Fig. 103. — Siège.

nos ménagères suspendent leurs clefs. On y voit une coupe à anse, une fiole à parfums et quatre strigiles (fig. 106).

Le strigilc est une sorte de racloir â Taide duquel on faisait disparaître en grattant les corps étrangers qui avaient pu s'attaciier à la peau

INSTITUTIONS CIVILES

dans le bain ou pendant les exercices de la palestre (fig. 107). Une poignée sadaptait au strigile, dont la lame en bronze était recourbée en dedans.

Fig. 106.

Fig. 107.

Strigiles.

de manière à former une sorte de canal, dans lequel s'écoulait comme dans une véritable gouttière l'humidité ou la sueur que l'instrument

Fig. lOS. — Servante de bain.

exprimait de la peau. On mettait d'abord sur le strigile quelques gouttes d'huile, destinées à adoucir le métal et à ne pas écorcher la peau. 11 y avait aussi des strigiles au.xquels on adaptait une brosse.

LES THERMES

Martial nous apprend que ces instruments se fabriquaient dans l'Asie Mineure. « Ces brosses recourbées à manche de fer, dit-il, nous viennent de Pergame. Si tu t'en frottes bien le corps, ton linge n'aura pas si souvent besoin du dégraisseur. »

Il y avait dqns les établissements de bains des esclaves chargés de laver le baigneur, de le sécher en lui frottant la peau avec le strigile et de le parfumer ensuite. Juvénal parle de cet usage et la figure 108,

Fig. 109. — Jeune homme alluut au bain.

qui représente une servante de bain, se rapporte assez bien à ce (ju'il dit. Cette figure est tirée d'une peinture découverte dans le dernier siècle, et qui décorait une paroi d'une chambre sépulcrale sur la voie Appienne.

La figure 109 montre un jeune homme se rendant au bain, d'après une statue antique. Il tient à la main un strigile et une fiole à parfums. Pétrone nous a laissé la description suivante d'une scène de bain : « Nous nous rendîmes aux thermes, dit-il, et là, nous passâmes proniptcment du bain chaud au rafraîchissoir. On venait de parfumer Trimalcion, et les frottoirs dont on l'essuyait étaient non pas de lin, mais

142 INSTITUTIONS CIVILES

du molleton le plus doux. Bientôt on l'enveloppa d'une peluche écarlate, puis on le plaça dans une litière précédée de quatre valets de pied à livrées magnifiques. Tandis qu'on remportait, un musicien s'approcha de lui avec une petite fliite, et, penché à son oreille comme s'il lui eût confié quelque secret, il ne cessa de jouer pendant toute la route. H

LE THÉÂTRE

L'ÉDIFICE. — Les masques. — Les actedrs. Le choeur. — Les représentations. — La tragédie. — La comédie.

L'ÉDIFICE. — L'origine du théâtre remonte aux fêtes de Bacchus et de Cérès. Pendant la vendange ou la moisson on chantait des dithyrambes en Thonneur des divinités qui avaient enseigné l'usage de la vigne et du blé. Aux fêtes de Bacchus, on imagina de faire paraître des personnages déguisés en satyres ; c'est à cela qu'on a attribué l'usage des masques. Dans l'origine, on se contentait de se barbouiller le visage. Le poëte Thespis eut l'idée de raconter l'histoire et les aventures des divinités dans les intervalles de la danse, et c'est de là que naquit la poésie dramatique.

« Thespis, dit Horace dans l'Art. poétique, fut le premier qui inventa le genre inconnu de la muse tragique, et qui promena sur des chariots le drame naissant, que jouaient et chantaient des acteurs barbouillés de lie. Après lui Eschyle imagina le masque et la robe traînante; il dressa la scène sur des tréteaux, et enseigna l'art de parler avec majesté et de marcher avec le cothurne. »

Les premiers poètes dramatiques faisaient en effet représenter leurs pièces sur des chariots ou des tréteaux fixés en terre. Le poëte Pralinas ayant fait jouer une de ses pièces sur un de ces théâtres en bois, les sièges s'écroulèrent et il y eut un grand nombre de personnes tuées. Ce fut alors qu'on construisit, du temps deThémistocle, le premier théâtre en pierres; il fut dédié à Bacchus. On le creusa dans le liane de l'Acro-

LES TlIKATRES.

pôle; dans les théâtres grecs en général, on rechercliait radossemenl à une montagne, qui permettait aux spectateurs d'avoir la vue sur la campagne environnante.

Le théâtre antique avait la forme d'un fer à cheval et était divisé en deux parties : la partie semi-circulaire était disposée par gradins en fuite les uns sur les autres et était destinée aux spectateurs. La partie réservée aux jeux du théâtre et aux représentations de la pièce comprenait l'orchestre et la scène. Un portique placé au delà du gradin le plus élevé entourait l'édifice et servait de refuge en temps de pluie.

Fig. 110. — Plaa de théâtre de Pompéi.

L'orchestre était entre la scène et le gradin le plus bas. C'est là que se trouvait le chœur des danses et des chants ; il y avait au centre un petit autel consacré à Bacchus. Dans les théâtres romains, où il n'y avait pas de chœurs, l'orchestre était généralement plus petit que dans les théâtres grecs ; quelquefois on y disposait des sièges pour les personnages de distinction. Les figures 110 et 111 nous montrent le plan et la coupe d'un théâtre.

La scène, qui faisait le fond du théâtre, comprenait la construction rectangulaire placée en face des gradins. Elle se composait du proscenium oij jouaient les acteurs et du postscénium où ils se retiraient pour s'habiller et où étaient disposées les machines.

Les théâtres étaient sans toit, de sorte qu'on ne pouvait pas comme chez nous faire descendre les divinités par des cordes attachées en haut. Néanmoins l'art du machiniste était assez avancé : une trappe ser-

Ui

INSTITUTIONS CIVILES

vait à faire apparaître les divinités marines. Les ombres infernales sortaient par un trou pratiqué dans l'escalier allant de l'orchestre à la scène. 11 y avait des machines qui servaient à imiter la foudre que Jupiter lance du haut de l'Olympe, et d'autres remplies de cailloux qu'on faisait rouler sur des bassins de bronze pour annoncer l'apparition des dieux. Les apparitions qui devaient venir d'eu haut se faisaient au moyen d'une machine qui déplaçait subitement un décor et laissait voir la divinité qu'on voulait faire intervenir.

La scène, construite d'une manière monumentale, offrait une ordonnance régulière composée de colonnes et ornée de statues. La décoration était de trois espèces selon la pièce que l'on jouait. Pour la tragédie, la scène montrait des bâtiments rehaussés de portiques ; pour 1 a comédie,

Fi:;. lu. — Théllro d'Herculanum.

des rues et des places publiques, et pour les pièces satiriques, des rochers ou des bosquets.

11 y avait des décors triangulaires, où chaque face montrait une peinture différente et qu'on tournait sur pivot pour montrer la face qu'exigeaient les circonstances, mais il y avait aussi de grands tableaux que Ion faisait glisser sur la scène, et qui lorsqu'on les retirait en laissaient voir d'autres laissés derrière.

On a beaucoup discuté sur les connaissances des anciens en fait de perspective. Vitruve nous renseigne à cet égard: « Agatharchus, dit-il, ayant été instruit par Eschyle, à Athènes, de la manière de faire les décorations de théâtres pour les tragédies, il fit le premier un livre sur l'art de les peindre; il apprit ensuite ce qu'il en savait à Démocrite et à Anaxagore, qui ont écrit aussi sur ce sujet et principalement sur l'artifice au moyen duquel on pouvait, en plaçant un point sur un certain lieu, imiter si bien la disposition naturelle des

LES THEATRlvS. 145

Usines qui sortent des yeux en s'élargissant, que, bien que cette disposition des lignes soit une chose qui nous est inconnue, on parvenait à faire illusion et à représenter fort bien les édifices dans les perspectives que l'on peignait sur la scène, où ce qui est peint seulement sur unesurface plate paraît être rapproché en de certains endroits et être plus éloigné dans d'autres. »

Chez les Grecs l'orchestre était plus grand que chez les Romains à cause des chœurs, mais la scène était généralement plus petit,?. L'usage du rideau ou de la toile, qui ne paraît pas avoir été usité chez les Grecs. se trouve au contraire chez les Romains. Mais au lieu de la lever comme on fait aujourd'hui, on la baissait et on la faisait glisser par une trappe sous le proscenium. Elle était décorée de sujets empruntés à l'histoire ou à la mythologie. Les acteurs grecs et romains étaient masqués ; pourtant nous voyons par Cicéron que le célèbre acteur Roscius jouait quelquefois sans masque.

Les théâtres grecs les plus célèbres étaient celui de Bacchus à Athènes, celui de l'île d'Égine, celui de Mégalopolis, le plus grand de la Grèce suivant Pausanias, celui d'Épidaure, bâti par Polyclète dans le bois sacré d'Esculape. En Asie, le théâtre d'Éphèse était extrêmement fameux. La Sicile était aussi richement dotée; on y peut voir encore les restes du théâtre de Syracuse. En Italie, comme en Grèce, les plus anciens jeux scéniques n'étaient que des danses, ou des dialogues en vers grossiers' que les villageois improvisaient. Ce ne fut que fort tard que les Romains eurent des théâtres en pierres comme ceux des Grecs, et cet usage, venant d'une influence étrangère, rencontra même une assez vive opposition. Il existe en Italie, en Espagne et dans le midi de la France de beaux restes de théâtres romains.

En Grèce, où les représentations théâtrales avaient un caractère religieux, tout le peuple y était admis. Mais en Italie, les personnes qui voulaient assister à pj„ j,..,

une représentation théâtrale devaientêtre muniesd'un BiUet do spectacle. billetd'entrée,qu'onnommaittosera,etsurlequel était marquée la place que le spectateur devait occuper et même le nom do la pièce qu'on devait jouer. Un de ces jetons a été découvert à Pompéi (fig. 112) et nous apprend par son inscription que celui qui l'avait en main devait assister à une représentation de la Casina de Plante.

Les -MASQUES. — Les acteurs grecs et romains portaient sur le visage IV. 10

INSTITUTIONS CIVILES

des masques dont le caractère déterminé d'avance était en rapport avec le rôle qu'ils devaient jouer sur la scène; ils y ajoutaient des perruques qui s'ajustaient avec le masque, de sorte que non-seulement la figure, mais toute la tête de l'acteur était couverte et déguisée. Chaque âge et chaque condition, les enfants et les vieillards, les rois et les esclaves, avaient un masque traditionnel que le public connaissait et qui faisait reconnaître immédiatement le personnage qui entrait en scène.

Les masques scéniques dont les acteurs se couvraient la face étalent de véritables tètes creuses, dont la disposition concave contribuait à

Masques antiques.

changer la voix et à la rendre plus sonore. Le catalogue pul)lié par le ministère de l'instruction publique, à propos de l'Exposition universelle de 1878, contient les renseignements suivants sur la question si controversée des masques antiques : « Les recherches auxquelles l'exposition théâtrale a donné lieu ont amené un résultat intéressant pour l'étude des anciens masques de théâtre. Sur la foi d'un vers de Virgile, qui s'applique uniquement aux représentations rustiques et populaires de l'Italie, on pensait que ces masques étaient faits d'écorce ou tout au moins de bois. En prenant pour point de départ de nos expériences les masques et les enveloppes des momies égyptiennes, nous avons acquis la conviction que les masques tragiques et comiques étaient fabriqués ayecde la toile mise en forme par un procédé d'estampage et couverte d'un enduit crayeux, auquel on donnait plus de cohésion en y mêlant

LES THÉÂTRES

de la colle. Ainsi s'explique un passage assez obscur de Lucrèce relatif à des masques de craie, qui pouvaient, avant d'être complètement sèches, se retourner à l'envers sous l'action d'un simple choc. Deux

Fis. 113.

Masques antiques.

Fig. IIG.

autres témoignages antiques, jusqu'ici trop négligés, attestent que Thespis inventa les masques simplement de toile, et qu'Eschyle, après

Masques antiques.

lui, trouva les masques recouverts d'un enduit: c'est comme l'histoire du procédé que nous venons de décrire. » Ce procédé était en effet intéressant à connaître, parce qu'on n'a retrouvé aucun masque antique véritable, bien qu'on en ait un grand nombre de représentations. Quant aux types généraux affectés aux différents genres de masques.

INSTITUTIONS CIVILES

il y avait d'abord deux grandes divisions : les tragiques et les comiques. 11 y avait au moins vingt-cinq espèces de masques tragiques, six pour les vieillards, sept pour les jeunes gens, neuf pour les femmes et trois pour les esclaves. L'arrangement des cheveux et de la barbe était diffé-

Flg. 119.

Fis. 12U-

Masques antiques.

rent pour chacun de ces masques, auxquels étaient affectées en outre une teinte et une physionomie particulières. On connaît également plus de

Fig. 1-21. — Masque tragique.

quarante types de masques comiques : neuf pour les vieillards, dix pour les jeunes gens, trois pour les vieilles femmes, quatorze pour les jeunes filles et sept pour les esclaves. En dehors de cela, les dieux, les héros et les grands personnages historiques avaient des masques consacré par l'usage et qui les faisaient de suite reconnaître (ûg. 113 à 121).

LES THÉÂTRES

La figure 122 montre un acteur en train d'examiner ses masques, d'après une peinture de Pompéi. On remarquera que parmi les masques

F\s- 1--. — Auteur examinant ses masques.

il y en a un qui paraît être une tête de Gorgone, reconnaissable à ses cheveux en serpents.

Les acteurs. — Dans l'antiquité grecque, les femmes ne montaient pas sur le théâtre et leurs rôles étaient joués par des hommes. Il n'y avait même pas à l'origine d'acteurs de profession; les représentations théâtrales faisant partie des fêtes de Bacchus, tous les citoyens indistinctement participaient aux farces, aux quolibets, aux bons mots et aux répliques piquantes que ces fêtes entraînaient toujours avec elles. Mais comme les facéties populaires avaient souvent pour objectifs des personnages opulents et haut placés, les chefs de la république à Athènes songèrent à régulariser ces fêtes en leur donnant un caractère officiel, ce qui leur permettait d'exercer leur influence sur la multitude. Les acteurs appelés à jouer dans ces cérémonies furent alors considérés comme des fonctionnaires publics. Le poêle, qu'on appelait le maître, parce qu'il était chargé d'instruire les acteurs du rôle qu'ils avaient à jouer, reçut un chœur qu'il avait mission de préparer pour les Dionysies, c'est-à-dire les fêtes de Bacchus. Outre les choreutes, qui étaient chargés de la partie lyrique, il y avait trois acteurs auxquels on réservait les rôles principaux dans la partie dramatique. Celui qui devait jouer le premier rôle s'appelait le protagoniste, celui qui jouait le second était le deutéragoniste et le troisième le tritagoniste. Mais comme

INSTITUTIONS CIVILES

les personnages qu'on devait représenter pouvaient dépasser le nombre de trois, il arrivait souvent que le même acteur pouvait être appelé à jouer plusieurs rôles différents dans la même pièce. Tel était du moins la situation des acteurs dans la scène primitive, car elle s'est sensiblement modifiée depuis. Il est bon de dire aussi que les auteurs étaient en même temps acteurs, et que le plus souvent ils se chargeaient euxmêmes du premier rôle. Eschyle, Sophocle, Aristophane oat joué dans leurs propres pièces. Parmi les plus célèbres acteurs de Tantiquité

Fi^. 123. — Exercice puur drame satynque.

grecque, on cite Polus et Théodore. Le salaire de ces acteurs était souvent considérable, car Polus recevait pour deux jours un talent (5,560 fr.). 11 est vrai que les représentations théâtrales n'avaient lieu qu'à certaines solennités et qu'on devait s'y préparer longtemps à l'avance. Les acteurs à cette époque étaient fort honorés et plusieurs furent appelés à remplir de hautes fonctions dans l'Etat, notamment celles d'ambassadeur.

La figure 123 nous montre une mosaïque tirée de la Maison du po'éte tragique à Pompéi. C'est assurément un des documents les plus curieux que nous possédions sur le théâtre antique : on y voit l'intérieur

LES THÉÂTRES

d'une salle que nous pourrions appeler le foyer des acteurs; au centre un vieillard assis, le directeur du théâtre probablement, ou peut-être l'auteur de la pièce, donne ses instructions aux acteurs placés autour de lui. Trois masques, dont deux tragiques et un comique, sont placés à ses pieds sur une escabelle. En face de lui deux jeunes acteurs écoutent attentivement sa parole ; ils n'ont d'autre Tétement qu'une peau de bête autour des reins, ce qui semble indiquer qu'ils se préparent à donner une représentation du genre champêtre. L'un deux porte un

Musiciennes de theàttc

masque au-dessus de sa tête en manière de coiffure. Un peu plus loin, une joueuse de flûte s'apprête à accompagner la répétition. Enfin au fond, on voit un autre acteur qui, aidé d'un de ses camarades, est en train de passer une tunique à longues manches. Cette coiffure formée d'un masque était d'un aspect assez original, et il paraît qu'elle n'était pas rare chez les gens de théâtre, car on la retrouve encore dans une autre peinture de Pompéi qui représente deux musiciennes (fig. 124.) Avant de jouer une pièce il y avait toujours des répétitions. C'est ce que montre la figure 125, dans laquelle une femme lit son rôle avec accompagnement delà lyre etde la double flûte. C'est encore une lecture que représente sans doute aussi la pointure assez énigmatique ri']u'oduite sur la figure 126, mais elle n'est pas accompagnée de musique.

INSTITUTIONS CIVILES

Après la guerre du Péloponèse, la condition des acteurs se modiiia singulièrement. Les acteurs, devenant chaque jour plus nombreux, formèrent des confréries pour l'exploitation des théâtres. Ces confréries, auxquelles les subventions des villes ou les libéralités des particuliers venaient souvent en aide, allaient donner des représentations dans les cités où il y avait un théâtre, et y passaient un temps plus ou moins long selon le marché qu'ils avaient conclu. Le salaire de ces acteurs

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Fjg. 1-2Ô. — Concert.

ambulants, faisant abstraction des talents exceptionnels qui jouaient les premiers rôles et étaient payés à part, paraît avoir été de sept drachmes (environ 6 fr.) par représentation.

A Rome la profession d'acteur n'était nullement honorée comme en Grèce, et elle fut même longtemps interdite aux citoyens romains. Les acteurs étaient presque toujours des étrangers, principalement des Grecs, ou bien des affranchis. La scène romaine admettait les femmes, tandis qu'elles n'ont jamais paru sur la scène grecque; mais ces femmes étaient par cela seul déshonorées. Un sénateur n'avait pas le droit de rendre visite à des acteurs, et il eût été compromettant même pour un

LES THÉÂTRES

simple chevalier de leur parler dans la rue. Tous les préjugés que la société moderne a longtemps gardés sur les gens qui vivent du tiiéàtre ont leur origine dans le dédain que les Romains ont toujours affecté pour les histrions. Ce dédain, quoique très-général, n'était pourtant pas universel, puisque Cicéron était l'ami de l'acteur Roscius. Il faut croirOj au reste, que si les acteurs étaient peu honorés, ils étaient assez largement rétribués lorsqu'ils arrivaient à la réputation, puisque l'acteur

Fig. 126. — Lecture.

Ssopus laissa à son (ils une fortune de vingt millions de sesterces (5,560,000 fr.).

Dans le prologue de V Amphitnjon de Plautc, Mercure s'exprime ainsi en s'adressant au public : « Ce que Jupiter m'a chargé de vous demander, c'est que des inspecteurs s'établissent sur tous les gradins de l'amphithéàire, et s'ils voient des spectateurs apostés pour applaudir un acteur, qu'ils prennent leur loge pour gage dans cette enceinte même. Si quelqu'un a sollicité la palme en faveur des comédiens ou de tout autre artiste, soit par lettres, soit personnellement, soit par intermédiaires, ou si les édiles décernent injustement le prix, Jupiter IV. 20

154 I-NSTITUÏIONS CIVILES.

veut qu'ils soient assimilés à ceux qui briguent mallionnêtement une charge pour eux-mêmes ou pour autrui, et placés sous le coup de la même loi. Il dit que vos victoires sont dues à la valeur, non à l'intrigue ou à la perfidie, et pourquoi le comédien ne serait-il pas soumis à la même loi que le grand citoyen? Il faut solliciter par son mérite, jamais par une cabale; quiconque fait bien a toujours assez de partisans, pourvu qu'il ait affaire à des juges impartiaux. Il veut de plus que l'on donne des surveillants aux acteurs, et s'il s'en trouve qui aient aposté des gens pour les applaudir ou pour nuire au succès de leurs camarades, qu'on leur arrache leur costume et qu'on les fouette à tour de bras. Ne soyez pas surpris que Jupiter s'occupe tant des comédiens; il n'y a pas de quoi vous étonner, il va jouer lui-même dans cette pièce. Eh! vous voilà tout ébahis, comme si c'était d'aujourd'hui que Jupiter joue la comédie. Ne paraît-il pas dans les tragédies? Oui, je vous le répète, Jupiter en personne aura son rôle et moi aussi. Attention à présent, je vais vous dire le sujet de la pièce. »

Le Dictionnaire de V Académie des Beaux-Arts résume ainsi les documents que Lucien, Athénée et Pollux nous fournissent sur le costume des acteurs dans l'antiquité : « Une couronne d'or, un manteau rouge brodé d'or, jeté sur une très-longue robe, descendant jusqu'aux talons, le cothurne, une large ceinture, souvent un sceptre d'or ou d'argent, voilà de quoi se composait le costume d'un roi de théâtre. Les reines étaient vêtues de pourpre, les bras couverts d'une étoffe blanche. Le noir, le brun, les couleurs sombres, indiquaient le deuil ou l'exil. Télèphe et Philoctète arrivaient sur la scène avec des vêtements en lambeaux. L'agrenon, ainsi se nommait le costume des devins, se composait uniquement d'un réseau de laine, ou, si l'on veut, d'une espèce de maillot qui enveloppait tout le corps. Tirésias, dans VŒdipe-Roi, paraissait vêtu de l'agrenon. Les prêtresses étaient vêtues de blanc, les chasseurs et les soldats portaient une écharpe rouge. Une peau de bête apprêtée, une besace, un bâton, tel était l'accoutrement des gens de campagne et des bergers.

(i Ces différents costumes étaient complétés par les accessoires nécessaires, tels que lances, casques, massues, carquois. Mentionnons aussi les coiffures variées, mitres, tiares, qui on aient la ttte du tragédien, et indiquons les cos urnes de la comédie.

« C'était avec un manteau rou£;e ou noir, un bâton recourbé, que se montraient les vieillards ou Gérontes de la cou édie. Un petit manteau, semblable à celui des crispins du Théâtre-Français, était attaché

LES THEATRES

sur les épaules des esclaves. Les jeunes gens étaient habillés de rouge, les parasites vêtus de noir. Les jeunes femmes portaient une tunique de pourpre bordée de franges, des bijoux et notamment des bracelets. » Sur la figure 127, nous voyons un acteur assis et tenant un sceptre, sans doute parce qu'il va jouer le rôle d'un roi. Il regarde une jeune femme c|ui trace des caractères sur une tablette surmontée d'un masque tragique. On a pensé que ce personnage écrivait probablement le nom

Fig. 127. — Rûlo de roi.

de la pièce qui devait être jouée. Un troisième personnage debout regarde la femme qui écrit.

Philoslrate, dans la Vie cUApollonius de Tyane, raconte la singulière impression que produisit la vue d'un acteur tragique sur les habitants de la petite ville d'Hispola dans la Bétique, où la population n'avait jamais rien vu de semblable. « Son talent, dit-il, lui avait attiré quelque réputation dans les villages qui n'étaient pas trop barbares, d'abord parce que les peuples chez lesquels il venait n'avaient jamais entendu de tragédies, ensuite parce qu'il affirmait reproduire exactement les intonations de Néron. Quand il fut arrivé chez les habitants

INSTITUTIONS CIVILES

d'Hispola, ceLix-ci furent épouvantés avant même qu'il eût dit un mot. Dès qu'ils le virent mardier à grands pas, se dresser sur ses cotliurnes, ouvrir une large bouche et se draper dans une robe démesurément large, ils ne purent se défendre de quelque effroi; mais lorsqu'il se fit entendre et se mit à déclamer, la plupart crurent que c'était un démon qui hurlait à leurs oreilles et s'enfuirent. On voit combien les mœurs de ces populations sont simples et primitives, d

Fig. 128. — Scène de comédie. (D'après une peinture antique,)

« 11 y avait en Grèce, dit Aulu-Gelle, un acteur qui surpassait tous ses rivaux par la pureté de la voix et la grâce des gestes; il se nommait Polus. Il jouait les chefs-d'œuvre tragiques avec un art et une habileté profonde. Ce Polus perdit un fils qu'il aimait tendrement. Lorsqu'il crut avoir assez longtemps porté le deuil, il reprit sa profession. Dans VÉlectre de Sophocle, qu'il jouait alors devant les Athéniens, il devait porter l'urne qui est supposée renfermer les cendres d'Oreste. Dans cette pièce, Electre, croyant avoir dans les mains les restes de son frère assassiné, gémit sur son trépas ets'abandonne à tous les trans-

LES THÉÂTRES

ports de sa douleur. Polus parut donc couvert des vêtements lugubres d'Electre, et tenant, au lieu des prétendues cendres d'Oreste, Fume qui renfermait les ossemen'.s de son propre fils et qu'il avait tirée du tombeau. En les pressant sur son cœur, il remplit tout le théâtre non de cris simulés, mais d"un deuil réel et de lamentations déchirantes. Ainsi quand on croyait que l'acteur jouait son rôle, c'est sa propre douleur qu'il représentait. »

Le personnage de la figure 128 qui, la lance à la main, se hanche

Fig. 1"29. — Scène de comédie. (D'après une peinlure antique.)

si résolument, pourrait reproduire un de ces types vantards, chers à la comédie latine et tel qu'on en trouve dans/e Soklat fanfaron de Plante, ou dans l'Eunuque de Térence. Et si celui-là est l'ancêtre des matamores de la comédie moderne, ne pourrait-on pas voir aussi dans son interlocuteur l'ancêtre d'un Crispin ou d'un Mascarille gesticulant sous son petit manteau? On pourrait peut-être trouver dans les pièces comiques des anciens une scène se rapportant à celle-ci.

Le type des courtisanes est bien visible dans notre figure 129. Un esclave ou valet fait un geste ironique en montrant deux femmes debout devant lui. Son vêtement, qui indique une condition servile, se compose d'un habit jaune avec des raies blanches en travers et du petit corset blanc que portaient les histrions. L'une des deux femmes

IxXSTITUTIONS CIVILES.

se cache en partie le \isage avec sa main et paraît un peu lionteuse des propos qu'elle entend; elle porte une tunique bleue et un manteau blanc. L'autre femme, placée derrière la plus jeune, porte un vêtement rouge, couleur habituelle aux courtisanes; elle semble présenter sa compagne au valet placé devant elles.

La figure 130 nous montre un vieillard vêtu de blanc et portant la barbe en touffe pointue; il s'appuie sur son bâton, en regardant deux personnages assis, dont l'un joue de la double flûte, tandis que l'autre.

Fig. 130. — Scène de comédie.

pourvu d'un masque comique, semble l'accompagner en chantant. Le joueur de flûte a un manteau rouge, où l'on remarque une longue pièce rapportée, couleur de pourpre et brochée d'or. Le chanteur masqué est vêtu de blanc.

La sculpture nous offre aussi quelques représentations d'acteurs. Celle que reproduit la figure 132, et dont on voit à côté le masque sur une plus grande échelle, a été découverte à Tralles, dans l'ancienne Lydie, et figure actuellement au musée de Constantinople.Le Dictionnaire de l'Acadimic des Beaux-Arts en a donné la description suivante : « Le personnage que représente cette statuette a la tête couverte d'un

LES XIIÉATIIES.

bonnet cachant les oreilles ; ce bonnet est noué sous le menton de manière à maintenir le masque, qui est ainsi totalement encadré par

Fig. 131. — Masque en marbre. Fig. 13-2. — SUluelie Uo comuiiien.

Statuettes d'acteurs découvertes à Tralles,

la partie antérieure de la coiffure. Le masque est largement ouvert devant les yeux et devant la bouche, et il laisse voir en grande partie le bas du visage de l'acteur. Ces diverses ouvertures sont établies dans de profondes orbites qui donnent à la figure une accentuation nécessaire dans les grands espaces ou se développaient les scènes théâtrales chez les anciens. Les cheveux, passant sous le bonnet, flottent sur les épaules. Le vêtement, grande robe à manches serrées qui s'arrêtent sur le poignet, descend de manière à couvrir entièrement les jambes et à ne laisser voir que les pieds. Les mains du personnage croisées sur la ceinture semblent placées de manière à la soutenir. Les jambes sont

INSTITUTIONS CIVILES

croisées aussi; elles amènent quelques mouvements dans la partie inférieure de la robe. »

La figure 133 représente également un acteur comique pourvu de son masque. Le type qu'elle reproduit est assez fréquent dans les monuments peints ou sculptés.

Le CHOEun. — « Suivant que le sujet l'exige, dit Barthélémy dans le Voyage du jeune Anacharsis, le chœur est composé d'hommes ou de femmes, de vieillards ou de jeunes gens, de citoyens ou d'esclaves, de prêtres, de soldats, etc., toujours au nombre de quinze dans la tragédie, de vingt-quatre dans la comédie, toujours d'un état inférieur à celui des principaux personnages de la pièce. Comme, pour l'ordinaire, il représente le peuple, ou cpie du moins il en fait partie, il est défendu aux étrangers, même établis dans Athènes, d'y prendre un rôle, par la même raison qu'il leur est défendu d'assister à l'assemblée générale de la nation.

« Les choristes arrivent sur le théâtre, précédés d'un joueur de flûte qui règle leurs pas; quelquefois l'un après l'autre, plus souvent sur trois de front. Dans le courant de la pièce, tantôt le chœur exerce

LES THEATRES. ICI

la fonction d'acteur, tantôt il forme l'intermède. Sous le premier aspect, il se mêle dans l'action; il chante ou déclame avec les personnages, son coryphée lui sert d'interprète. En certaines occasions, il se partage en deux groupes, dirigés par deux chefs qui racontent quelques circonstances de l'action, ou se communiquent leurs craintes ou leurs espérances; ces sortes de scènes, qui sont presque toujours chantées, se terminent quelquefois pnr la réunion des deux parties du chœur. Sous le second aspect, il se contente de gémir surlcs malheurs de l'humanité, ou d'implorer l'assistancedesdieuxen faveur du personnage qui l'intéresse. « Pendant les scènes, le chœur sort rarement de sa place; dans les intermèdes et surtout dans le premier, il exécute différentes évolutions au son de la flûte. Les vers qu'il chante sont, comme ceux des odes, divisés en strophes, antistrophes, épodes, etc ; chaque antistrophe répond à une strophe, soit pour la mesure et le nombre des vers, soit pour la nature du chant. Les choristes, à la première strophe, vont de droite à gauche; à la première antistroplie, de gauche à droite, dans un temps égal et répétant le même air, sur d'autres paroles. Ils s'arrêtent ensuite, et, tournés vers les spectateurs, ils font entendre une nouvelle mélodie. Souvent ils recommencent les mêmes évolutions, avec des différences sensibles pour les paroles et pour la musique, mais toujours avec la même correspondance entre la marche et la contre-marche. Je ne cite ici que la pratique générale; car c'est principalement dans cette partie du drame que le poète étale volontiers les variétés du rhythme et de la mélodie. »

Les représentatioms. — Les représentations théâtrales n'avaient pas lieu partout de la même manière. Voici ce que dit Barthélémy, dans le Voyage du jeune Anacharsis, des pièces qui se jouaient à Athènes : « On ne donne des tragédies et des comédies que dans les trois fêtes consacrées à Bacchus; la première se célèbre au fii-ée, et c'est là qu'on a représenté pour la première fois quelques-unes des pièces d'Euripide. La seconde, nommée les choès ou les lènéènes, tombe au douzième du mois anthestérion ((in janvier) et ne dure qu'un jour. Comme la permission d'y assister n'est accordée qu'aux habitants de l'Attique, les auteurs réservent leurs nouvelles pièces pour les grandes Dionysiaques, qui reviennent un mois après, et qui attirent do toutes parts une infinité de spectateurs. Elles commencent le 12 du mois élaphébolion et durent plusieurs jours, pendant lesquels on représente les pièces destinées au concours.

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