‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

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« La victoire cofitait plus d'efforts autrefois qu'aujourd'hui. Un auteur opposait à son adversaire trois tragéilies et une de ces petites pièces qu'on nomme satyres. C'est avec de si grandes forces que se livraient ces combats fameux où Pratinas l'emporta sur Eschyle et sur Chœrilus, Sophocle sur Eschyle, Euphorion sur Sophocle et sur Euripide, ce dernier sur lophon et sur Ion, Xénoclcs sur Euripide. On prétend que, suivant le nombre des concurrents, les auteurs de tragédies, traités alors comme le sont encore aujourd'hui les orateurs, devaient régler la durée de leurs pièces sur la chute successive des gouttes d'eau qui s'échappaient d'un instrument nommé clepsydre. Quoi qu'il en soit, Sophocle se lassa de multiplier les moyens de vaincre; il essaya de ne présenter qu'une seule pièce, et cet usage, reçu de tous les temps pour la comédie, s'établit insensiblement à l'égard de la tragédie.

(1 Dans les fêtes qui se terminent en un jour, on représente maintenant cinq ou six drames, soit tragédies, soit comédies. Mais dans les grandes Dyonisiaques qui durent plus longtemps, on en donne douze ou quinze et quelquefois davantage; leur représentation commence de très-bonne heure le matin et dure quelquefoie toute la journée. »

Les auteurs éprouvaient souvent de grandes difficultés pour faire jouer leurs pièces qui devaient être approuvées par l'archonte. La réception d'une pièce pouvait donc quelquefois être due à la faveur, et même parmi les' pièces admises, il y avait des rivalités à cause du concours entre les ouvrages représentés. Ce concours devait avoir pour juge une sorte de tribunal, mais la foule imposait souvent ses décisions, car chaque auteur avait ses partisans. Le vainqueur était comblé d'applaudissements et souvent accompagné par les spectateurs jusqu'à sa maison.

La tragédie. — La tragédie a son origine dans les dithyrambes qui se chantaient chaque année aux fêtes de Bacchus. C'était primitivement de petits poèmes lyriques, destinés à célébrer le dieu dont la mère a été foudroyée par Jupiter et qui lui-même a été mis en pièces par les Titans. Une verve désordonnée était le caractère de ces poèmes, souvent improvisés pendant les vendanges par des buveurs en délire et ne reculant devant aucune audace de langage. Plus tard le dithyrambe s'est modifié, mais à l'époque où la tragédie a pris naissance, c'était un élan conçu dans l'ivresse et dans lequel le poète ne pouvait avoir nul

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souci des règles établies postérieurement. Le poëme se chantait en chœur, et ïhespis passe pour être le premier qui ait donné un rôle à un personnage dont le récit alternait avec les chants. La partie dramatique de l'action a pris ensuite une importance toujours croissante, au détriment de la partie musicale qui a Uni par ne plus être qu'un accessoire ou un accompagnement.

Eschyle a été regardé par les Grecs comme le père de la tragédie, et on n'a jamais dépassé ce qu'il y a d'étrange et de gigantesque tout à

Fig. 134. — Scène de Irajédie.

la fois dans ses inspirations. Moins sauvage dans ses allures et plus mesuré dans ses termes, Sophocle étonne moins et plaît davantage. Euripide, le dernier venu des trois grands poètes tragiques, est aussi le plus parfait dans la forme et le plus vrai dans la peinture des caractères; mais en étant plus humain, il s'élève moins dans les hauteurs lyriques, et la tragédie perd avec lui les élans grandioses qu'elle avait eus au début. Ces trois hommes résument tout le génie tragique de l'antiquité, et après eux il n'y a plus de tragédie qui ne soit plus ou moins imitée de leurs chefs-d'œuvre.

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Si les scènes comiques sont assez communes dans les peintures qui nous sont restées de l'antiquité, il n'en est pas de même des scènes tragiques; celles-ci sont au contraire de la plus grande rareté. Nous avons pourtant à Pompéi quelques scènes tragiques, qui ne se rapportent d'ailleurs à aucune tragédie connue, mais qui ont du moins le mérite de nous faire connaître assez exactement le costume employé dans ces sortes de représentations.

Une peinture antique nous montre deux personnages : une femme portant dans ses bras un enfant nouveau-né qu'elle semble vouloir

Fig. 135. — Scène tragique. (Daprès une peinture antique.)

confier à une vieille esclave debout devant elle (fig. I3k). On a cru reconnaître là, mais sans preuves suffisantes, deux personnages d'une tragédie perdue d'Euripide.

Nous voyons ici le cothurne, ou brodequin élevé sur une énorme semelle, qui était caractéristique de la tragédie. Une longue tunique traînante forme le vêtement du personnage principal, dont le masque, très-élevé au-dessus du visage, présente l'aspect d'un diadème, conformément à l'usage adopté dans les représentations tragiques. La main droite élevée en l'air paraît exprimer une scène de douleur et de lamentation. Le vase que la vieille esclave porte à la main et son costume traditionnel indiquent assez sa condition. 11 s'agit sans doute

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d'une de ces héroïnes tragiques dont les malheurs ont pour cause la naissance furtive d'un enfant qu'elles n'osent pas avouer.

La figure 135 se rapporte à une pièce perdue, ou du moins on ne peut la rattacher à aucune scène connue du théâtre antique. Les trois personnages ici représentés paraissent figurer une action tragique; la forme du masque de la première figure ne laisse aucun doute à cet égard. C'est peut-être un chœur de tragédie faisant entendre une mélodie plaintive, cependant la première figure a l'air déjouer un rôle personnel plutôt que d'appartenir à un chœur.

La comédie. — De joyeuses troupes de rustres avinés, travestis en pans et en satyres, formaient chaque année, à l'époque des'vendanges, une sorte de carnaval religieux, qu'on célébrait en l'honneur de Bacchùs. Le langage n'avait aucune retenue, toute inveciive était permise dans les apostrophes qu'un buveur adressait à un autre, ou même dans celles qu'il adressait à la foule. Pour rendre la satire plus piquante on imagina de contrefaire les hommes les plus marquants, de leur prêter des discours ou des actes en rapport avec les pensées que le sentiment populaire leur attribuait. Ce fut là l'origine de la comédie, qui à ses débuts acquit dans la société antique un rôle analogue à celui de la presse dans les nations modernes, mais en gardant toujours un ton caustique et railleur, plutôt que sérieux et indigné. La comédie à son apparition fut donc essentiellement politique et une joyeuse mascarade devint ainsi une arme puissante. Les onze pièces d'Aristophane qui sont parvenues jusqu'à nous montrent que toutes les questions de paix ou de guerre, de finances ou de législation pouvaient être présentées sous la forme de dialogues licencieux, capables de faire rire les gens frivoles et réfiéchir les gens sérieux. Comme les personnages les plus influents n'étaient pas épargnés, ce genre de comédie ne pouvait pas survivre aux temps orageux qui l'avaient fait naître et il disparut avec les luttes de l'Agora.

La comédie politique avait eu son centre à Athènes, mais un autre genre de pièces, qui s'était développé d'abord dans le Péloponnèse et en Sicile, vint tourner peu à peu les esprits dans une autre direction. On les désigne quelquefois sous le nom de moyenne comédie, pour la distinguer de l'ancienne qui est celle d'Aristophane, et de la nouvelle, qui est la comédie intime illustrée par Ménandre. Dans ce genre de pièces, dont il ne nous reste que des fragments, les dieux sont continuellement pris à partie et les légendes mythologiques sont toujours

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présentées sous un jour burlesque. A défaut de monuments littéraires nous pourrions citer plusieurs peintures de vases dont le sujet se rapporte à des comédies de cette série. La figure 136 par exemple se rattache à la fable de Jupiter et Alcuiène et fait penser à VAmphiiryon de Plante, auquel pourtant la scène ne se rapporte pas directement. Le roi des dieux, coiffé du niodius, porte une échelle qu'il se dispose à poser devant la fenêtre d'Alcmène. Mercure, tenant en main son caducée, se dispose à l'assister dans cette délicate opération. Les deux divinités, malgré leurs costumes de bouffons, tels que le pantalon collant et le ventre rebondi, sont très-reconnaissables à leurs attributs,

Fig. 136. — Jupiter et AIcmène.

qui font le plus singulier effet avec le travestissement qu'ils portent. Sur un autre vase (fig. 137) on voit la lutte de Vulcain et Mars, à propos de Junon qui est assise entre eux. On sait que Vulcain, voulant se venger des procédés peu amicaux dont sa mère usait parfois à son égard, imagina de fabriquer un siège, superbe en apparence, mais sur lequel on demeurait absolument collé si on voulait s'y asseoir. Junon s'y était laissé prendre, et la tentative de Mars pour obliger Vulcain à délivrer la reine des dieux du piège où elle était tombée forme le sujet de la scène que le peintre a voulu représenter d'après une pièce de théâtre dont il avait sans doute été témoin. On remarquera l'escalier qui monte au tréteau sur lequel se joue la comédie.

La figure 138 représente une scène du théâtre grec : on voit en bas l'escalier qui servait à monter de l'orchestre sur le proscenium, et l'autel domestique plus ordinairement placé en avant de la porte

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centrale. Le décor a pour tout ornement de minces colonnes qui étaient probablement en bois. Cette scène se rapporte à une comédie perdue, mais dont le sujet semble se rattacher aux aventures d'Hercule avec Augée, que le héros rendit mère de Tèlèphe. Hercule est reconnaissable à sa peau de lion et sa qualité divine ne l'empêche pas de porter un masque horrible et un travestissement rembourré de

Fiy- 137. — Dispute de Vulcaia et Mars-

manière à lui donner des formes et une tournure ridicules. Le bizarre costume des acteurs aussi bien que leur attitude, où le grotesque s'affirme avec une exagération voulue, montre qu'il s'agit ici d'une farce populaire et non d'une comédie.

La nouvelle comédie, dont le développement ne remonte pas au delà de la période macédonienne, délaisse complètement la place publique et s'attache uniquement à traduire les mœurs de la vie intime. Malheureusement nous n'avons conservé intacte aucune des comédies de Ménandre, qui fut le maître du genre, et nous n'aurions qu'une bien vague idée du théâtre comique des Grecs, sans les imitations que nous

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en ont laissées Plante et Térence. En effet la comédie romaine semble toujours avoir pour objectif la société grecque, bien que quelques traits laissent parfois deviner le public auquel s'adressent les écrivains latins.

Les comédies de cette catégorie commencent souvent par une sorte de prologue dans lequel l'acteur expliquait au public le sujet de la pièce

Fig. 133. — Scène do comédie grecque.

et l'initiait en quelque sorte aux scènes qui allaient suivre. Il n'est pas rare non plus qu'à la fin de la pièce l'acteur chargé du principal rôle vienne réclamer l'indulgence ou plutôt les applaudissements du public. C'est ainsi qu'à la fin des Captifs de Piaule, le chef delà troupe s'avance vers le public et dit : « Spectateurs, dans cetfe pièce on a pris pour modèle les bonnes mœurs. On n'y voit ni amourettes, ni supposition d'enfants, ni courtisane affranchie par un jeune galant en cachette de son père. Les poètes ne trouvent pas souvent de ces comédies où les bons peuvent devenir meilleurs encore. Si la pièce vous plaît, si nous avons trouvé grâce à vos yeux et ne vous avons point causé d'ennui,

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prouvez-le. Vous qui voulez que la vertu soit récompensée, applaudissez. » Dans les pièces deTérence, le dernier acteur qui paraît en scène fait généralement ses adieux au public en disant : n Vous, portez-vous bien et applaudissez. »

La figure 139 offre cela de particulièrement remarquable qu'elle représente un sujet lire d'une des pièces classiques dont nous possédons le texte : c'est la scène deuxième du cinquième acte de l'Andrieiinc ■de Térence. Le vieux Simon, que son ami Chrêmes s'efforce en vain do

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Fig. 139. — Scèaa de l' Andrienne dôTéicnce.

retenir, exhale sa fureur contre l'esclave Dave, qu'il accuse d'avoir •corrompu son fils Pamphile en favorisant son union avec une courtisane de condition servile. Dans la scène suivante, tout va s'expliquer, et Simon reconnaîtra que la jeune fille aimée de son fils est au contraire parfaitement bien élevée, de condition libre et qu'elle est la fille de son meilleur ami, mais le peintre a choisi le moment de la grande colère du père.

Dans cette scène de Térence, jouée par des acteurs romains, il faut remarquer la petite musicienne qui, placée entre les personnages, joue de la double flûte. D'après un usage constant dans le théâtre untique, la musique devait accompagner la déclamation des acteurs.

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