‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 14 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

INSTlTUXIOi-\S CIVILES.

Nous avons beaucoup de peine à comprendre comment le jeu pouvait être naturel dans une scène comique, étant ainsi réglé par le rhythme- On ne connaît aucune comédie à laquelle on puisse rattacher cette scène, où un vieillard, accompagné de son esclave, apostrophe avec véhémence une femme debout devant la porte d'une maison (fig. l/iO) . On peut croire, d'après les habitudes de la comédie latine, que c'est

Fig. 140. — Scène de comédie.

un père irrité qui reproche à cette femme d"avoir aidé les intrigues de son fils, ou d'avoir compromis sa fortune par ses prodigalités.

Une mosaïque célèbre, signée par Dioscoride de Samos (fig. Hl), représente quatre personnages qui 'jouent de divers instruments et dont le visage est couvert de masques comiques : il y a deux homnn^s. une femme et un enfant. L'un des deux hommes frappe des cymbales l'une contre l'autre, pendant que le second agite son tympanon et tous les deux dansent en même temps qu'ils font de la musique : la femme joue de la double llùte et l'enfant porte à sa bouche une corne

LES THEATRES. 171

légèrement recourl)ée. Cette composition, dessinée avec beaucoup de

Fig. 141. — Mosaïque do Dioscoridc.

finesse et d'esprit, paraît avoir eu dans l'antiquité une certaine répu-

Fig. 142. l'i-. 143.

Atellanes. (D'après les statuettes antiques.)

talion, car on a retrouvé dans les ruines de Stables une fresque, assez

172 INSTITUTIONS CIVILES

médiocre d'ailleurs, reproduisant !a mosaïque originale qui avait été découverte précédemment à Herculanum.

Il faut aussi dire un mot des atellanes. On donnait ce nom à des espèces de comédies bouffonnes, dans lesquelles l'auteur improvisait une grande partie de son rôle et qui étaient des farces plutôt que des œuvres littéraires. Ce genre de pièces paraît originaire d'Atella, ville des Osques, d'où il tire son nom. Nos musées renferment un asst^z grand nombre de statuettes représentant des auteursjouant ces bouffonneries. Ces acteurs de bas étage étaient dans l'antiquité ce que furent en Italie les Franca-Trippa et Fritellino, si bien représentés par Callot, ou bien encore les Arlequins ou les Colombines, dont Watteau nous a transmis l'image. Le mime que montre la figure 142, et qui a une tète de cochon, représente probablement un des compagnons d'Ulysse chez la magicienne Circé, et celui que montre la figure l/j3 est un type dont on voit de fréquentes représentations et qui est probablement l'ancêtre de notre Polichinelle. La difformité de ce personnage amusait beaucoup la populace romaine.

LES FÊTES PUBLIQUES

Les jEix SACRÉS DES Gkecs. — L'hippodrome. — L'amphithéâtre.

Les GLADIATEIRS DE ROME. — Le CinQl'E ROMAIN.

Les courses. — Les cochers. — Les combats d'ammaux. Les nalmachies. — Les grands jeux romains.

Les jeux sacrés des Grecs. — Les jeux publics des Grecs, appelés aussi jeux sacrés, étaient des solennités religieuses, auxquelles on attribuait généralement une origine mythologique. En Grèce, ces jeux paraissent avoir eu une double utilité ; sous le rapport militaire ils préparaient les athlètes aux rudes exercices de la guerre, et l'importance qu'on y attachait, les solennités qui les accompagnaient, le concours immense d'étrangers qu'ilsattiraient, développaient danslajeunesse un

LES FÊTES PUBLIQUES

désir immense d'y prendre part et de se fortifier par des exercices préparatoires. Au point de vue politique, les jeux publics étaient la manifestation la plus éclatante de Fesprit grec, parce que le peuple hellène, si divisé par les intérêts particuliers des cités, retrouvait un moment son unité dans des cérémonies auxquelles tous les citoyens participaient, quelle que fût la cité à laquelle ils appartinssent. Les jeux consistaient en courses de chars, courses à pied ou à cheval, luttes d'athlètes, exercices du javelot et du disque. La musique et la poésie y avaient aussi leur part, et comme il fallait faire la statue du vainqueur en même temps que son panégyrique, la solennité, toute militaire dans son principe, devenait artistique et littéraire dans ses résultats.

Les athlètes qui prétendaient à l'honneur d'être admis aux grands

Fig. 141. — Juges dos jeu£.

jeux étaient examinés par des fonctionnaires spéciaux qui prenaient le nom d'agonothètes. Ces juges étaient très-considérés et devaient voir si le concurrent était de condition libre et de bonnes mœurs. En Grèce les juges des jeux portaient un manteau de pourpte et brodé d'or.

L'n bas- relief trouvé à Chiusi représente les juges des jeux étrusques. Trois personnages sont assis sur une estrade : le premier examine des tablettes placées sur ses genoux et les deux autres tiennent des bâtons (fig. ihk). Les combattants (un seul est ici représenté) se présentent devant le juge qui regarde les tablettes. Des amphores destinées aux vainqueurs sont déposées au pied de l'estrade, près de laquelle est un personnage debout qui doit être un surveillant. Sur un vase de la collection du duc de Luynes, on voit pareillement un juge décernant le prix à un athlète nu qui tient une couronne et des palmes et dont il paraît orner la tête de bandelettes.

On a trouvé à Athènes un siège en marbre qu'on croit avoir appar-

INSTITUTIONS CIVILES

tenu à un agoiiothèie des Panathénées. Une table portant une amphore et des couronnes, et un des oliviers sacrés dont l'huile remplissait les amphores destinées aux vainqueurs, sont sculptés sur les côtés du siège dont les supports sont décorés de deux chouettes, l'oiseau de Minerve (fis- U5).

11 y avait quatre solennités très-renommées qui avaient lieu dans différentes parties de la Grèce : les jeux olympiques, les jeux pythiens, les jeux némèens et les jeux isthmiques.

Les jeux olympiques étaient consacrés à Jupiter, et avaient lieu à Olympie, en Élide. Nous avons montré, tome I, figure 380, une vue restaurée du fameux temple de Jupiter, qui s'élevait près du bois

Fig. 145, — Siège de Tagonothète.

sacré de l'Altys, à l'endroit même où on célébrait les jeux que Jupiter avait institués, disait-on, à la suite de sa victoire sur les géants. D'autres en attribuaient l'origine à Hercule ou àPélops; mais leur grande importance n'est pas antérieure au temps de Lycurgue. Les Éléens furent les premiers qui inscrivirsnt sur leur registre public le nom de leur concitoyen Chorèbe, vainqueur dans la course du stade. A partir de ce moment le nom du vainqueur servit à désigner chacune des olympiades et prit par là une grande importance dans la chronologie. Les jeux se célébraient tous les cinquante mois, c'est-à-dire deux mois après l'espace de quatre années révolues. La première olympiade correspond à l'an 776 avant Jésus-Christ et le comput des olympiades fut aboli en 395 de notre ère, la seizième année du règne de Théoduse le Grand. La durée des jeux était de cinq jours, mais les prétendants devaient se réunir dix mois avant la célébration des jeux, dans le gymnase public d'Élis, pour s'y livrer à des exercices préparatoires. C'est le sort

LES FÊTES PUBLIQUES. 175

qui décidait quel adversaire serait opposé à chacun des concurrents et le tour de chacun d'eux pour commencer la lutte. Pour cela, on mettait dans une urne d'argent des petites boules marquées chacune d'un des caractères de l'alphabet. Comme la même lettre était répétée sur deux boules, chacun des lutteurs trouvait un adversaire dans celui dont la boule portait la même lettre que la sienne, mais ne pouvait pas savoir d'avance quel serait son adversaire. Les hommes qui avaient subi une condamnation n'étaient pus admis à lutter et des peines très-sévères étaient prononcées contre toute tentative de corruption. Une couronne d'olivier était décernée aux vainqueurs, qui étaient en outre honorés d'une statue. « Autrefois, dit Pline, on n'érigeait des statues qu'aux

Fig. 1-Î6. — Vainqueur couronné.

hommes qui méritaient l'immortalité par quelque action éclatante; d'abord par une victoire dans les jeux sacrés, surtout à Olympie, où l'on dédiait celle de chaque athlète couronné. Ceux qui avaient été trois fois vainqueurs étaient représentés au naturel et dans toutes leurs proportions. Ces statues se nommaient iconiques. »

C'est aux environs de Delphes que se célébraient les jeux pythiens, qui, suivant la tradition, avaient été institués par .\pollon lui-même après sa victoire sur le serpent Python. La tradition rapportait que les dieux eux-mêmes avaient disputé les différents prix, mais qu'Apollon était sorti vainqueur dans tous les exercices. La poésie, la musique et la danse ont eu dès l'origine une très-grande importance dans ces concours, qui toutefois comprenaient aussi des luttes athlétiques comme tous les jeux de la Grèce. Une couronne de laurier était le prix décerné aux vainqueurs, les jeux se célébraient tous les quatre ans.

170 INSTITUTIONS CIVILES

Les jeux néméens, institués par Hercule après sa victoire sur le lion de Némée, avaient lieu tous les trois ans et donnaient droit h une couronne d'ache, plante consacrés aux funérailles et que l'on disait née du sang d'Archémore.

Les jeux isthuiiques, institués en l'honneur de Neptune, se célébraient tous les trois ans dans l'isthme de Curinthe. Une couronne de feuillage de pin était la récompense décernée au vainqueur.

Une peinture de vase, placée au fond d'une coupe, représente un juge des jeux en train de couronner un athlète vainqueur (fig. 14G). Ces couronnes étaient la seule récompense décernée pendant les jeux; mais à leur retour dans leur patrie, les plus grands honneurs étaient réservés aux vainqueurs, particulièrement à ceux qui avaient remporté une couronne aux jeux olympiques. La population se portait au-devant d'eux, on les faisait monter sur un char de triomphe et au lieu de les faire arriver par la porte de la ville, on faisait une brèche aux remparts pour rendre leur entrée plus imposante. On leur faisait des présents considérables, ils étaient entretenus aux frais de l'État et ils avaient droit aux premières places dans les assemblées publiques et dans les spectacles. Les plus grands statuaires étaient chargés de retracer leur image et les plus grands poètes se trouvaient honorés lorsqu'ils recevaient la mission de chanter leur gloire. C'est à cet usage que nous devons les poésies de f'indare. Le fragment suivant, en l'honneur d'un vainqueur des jeux néméens, nous montrera la manière dont Pindare comprenait le panégyrique d'un atiilôte. « Mille objets divers excitent nos désirs ; mais l'athlète vainqueur dans les jeux solennels ne soupire qu'après nos hymnes, qui accompagnent son triomphe et célèbrent sa gloire. Enflamme donc mon génie, ô fille du Dieu puissant qui règne sur l'Olympe ! fais dans mon chant de victoire couler abondamment de ma bouche de sublimes accords. J'y mêlerai ceux de ma lyre et ma voix, s'unissànt à celle des citoyens d'Égine, chantera dignement les louanges d'Aristoclète, l'ornement de cette île, jadis habitée par les Mirmydons. Pouvait-il plus noblement soutenir leur antique renommée qu'en déployant dans la lutte du pancrace la vigueur de son bras? A combien de coups furieux n'a-t-il pas été en butte dans les valions de Xémée? Mais la victoire, comme un baume salutaire, a guéri ses blessures et lui a déjà fait oublier les maux qu'il a soufferts. »

L'hippodrome. — L'hippodrome était une arène pour les courses de chevaux et de char comme le stade était une arène pour les courses

LES FÊTES PUBLIQUES. 177

à pied. L'hippodrome des Grecs présentait de grands rapports dans sa disposition générale avec le cirque des Romains. Les spectacles qu'on donnait dans le grand hippodrome de Constantinople étaient du même genre que ceux qui avaient lieu dans le Circus maximus des Romains. Mais dans la période républicaine Thippodrome était, comme le stade, une annexe du gymnase et servait aux exercices équestres de la jeunesse.

La figure 1 47 représente une leçon d'équitation; le maître, debout et drapé dans son pallium, tient en main le grand bâton qui en Grèce est toujours le signe de l'autorité. Le jeune garçon, entièrement nu et

Fig. 147. — Education yqnealra

monté sur un cheval sans aucune selle, le tient par la bride et lui fait exécuter des exercices.

La course à cheval se pratiquait de plusieurs manières. Quelquefois on courait avec un seul cheval : cette course simple est représentée sur un beau vase du Louvre, qu'on désigne sous le nom de vase de Pergame (fig. H8). D'autres fois on courait avec deux juments en sautant alternativement de l'une sur l'autre.

Voici comment Pausanias décrit l'hippodrome d'Olympie : « Le stade est précédé d'une place où se rendent les athlètes et que l'on nomme la barrière. On y voit un tombeau que les Éléens disent être celui d'Endymion. Au delà de cette partie du stade où se mettent les directeurs des jeux, il y a un lieu destiné à la course des chevaux. Ce lieu est précédé d'une place que l'on nomme aussi la barrière et qui, par sa forme, ressemble à une proue de navire dont l'éperon serait tourné 'V. -23

INSTITUTIONS CIVILES

vers la lice. A l'endroit où cette barrière joint le portique d'Agaptiis» elle s'élargit des deux côtés. L éperon et le bec de la proue sont surmontés d'un dauphin de bronze. Les deux côtés de la barrière ont

Fig. US. — Vase de Peryame reslilué. (Musée du Louvre.)

plus de quatre cents pieds de long, et sur cette longueur on a pratiqué des loges à droite et à gauche, tant pour les chevaux de selle que pour les chevaux d'attelage. Ces loges se tirent au sortent^-e les combattants. Devant les chevaux et les chars règne d'un bout à l'autre un câble qui

LES FÊTES PUBLIQUES

sert de l)arrc et qui les conlient dans leurs loges. Vers le milieu de la proue est un autel de briq-ues crues, que l'on a soin de blanchir à ciiaque olympiade. Sur cet autel est un aigle en bronze qui a les ailes déployées et qui par le moyen d'un ressort s'élève et se fait voir à tous les spectateurs en même temps que le dauphin qui est à l'éperon s'abaisse et descend jusque sous terre. A ce signal on lâche le câble du côté du portique, et aussitôt les chevaux s'avancent vers l'autre côté où l'on en fait autant. La même chose se pratique de tous les côtés de la barrière jusqu'à ce que les combattants se soient assemblés auprès de l'éperon, et l'on a soin de les appareiller. Incontinent ils entrent dans la lice : alors c'est l'adresse des écuyers et la vitesse des chevaux qui

Fig. 149. — La course à cheval.

décident de la victoire (fig. l/(9). Clœotas est celui qui a inventé cette barrière : on dit qu'Aristide l'a perfectionnée après lui. »

L'amphithéâtre. — Les amphithéâtres, vastes édifices destinés aux combats de gladiateurs, sont d'origine étrusque. Mais ces combats de prisonniers, qui pour les Étrusques étaient des cérémonies funèbres auxquelles donnait lieu la mort d'un héros, ne furent pour les Romains que des fêtes sanglantes. Les amphithéâtres ne furent à l'origine qu'un vaste fossé creusé en terre et les spectateurs étaient placés en cercle sur des pentes gazonnées. Lorsqu'on voulut en faire des édifices, leur plan présenta la forme de deux théâtres, rapprochés par la base des demi-cercles; de là le nom d'amphithéâtre donné à ces constructions et qui signifie double théâtre. Cette disposition est parfaitement visible sur la figure 150 qui représente la coupe d'un amphithéâtre et sur la figure 151 qui est une vue d'ensemble de celui de Pompéi. 11 est bon de remarquer que la forme d'un amphithéâtre est toujours elliptique et non pas complètement circulaire.

INSTITUTIONS CIVILES

L'amphithéâtre est donc un genre d'édifice absolument romain et celui qui caractérise le mieux l'époque impériale. Sous la république les amphithéâtres n'avaient été qu" des constructions provisoires peu

Fig. 150. — Coupe d'un amphithéâtre.

différentes de celles des Etrusques. Au temps de César même, l'amphithéâtre était en bois et ne pouvait durer que le temps prescrit pour

Fig. 151. — Amphithéâtre de Pompéi.

les jeux. Ce fut sous Auguste que fut bâti le premier amphithéâtre en pierre : ce n'est donc pas à la période républicaine qu'il faut rapporter ces jeux féroces, qui ont déshonoré l'antiquité. En Grèce, ils n'avaient jamais eu lieu, la république romaine les supporta et l'empire les établit.

Ll'S FÊTES PUBLIQUES. 181

« Dans toute l'Asie Mineure, dit M. Tcxicr, on ne trouve que deux ruines d'ampliithéàtre, l'une à Cyzlque et l'autre à Pergame. 11 n'en existe pas une seule dans le Péloponnèse, et Athènes se refusa toujours à élever un semblable édifice. Si l'on met en parallèle les ruines de théâtres qui se retrouvent dans chaque ville ancienne, on sera convaincu que les Romains ont trouvé partout une répugnance extrême pour ces sortes de divertissements. »

La façade extérieure des amphithéâtres était partagée en élages ornés d'arcades, de colonnes, de pilastres et de statues. Autour de l'arène étaient pratiquées les loges où voûtes qui renfermaient les animaux destinés au combat. Elles étaient prises dans un mur qui entourait l'arène 'et sur lequel était pratiquée une avance en forme de quai, qui servait de promenoir et qu'on appelait podium. Entre le podium et l'arène, il y avait des fossés destinés à séparer les bêtes des spectateurs. C'est sur le podium qu'on réservait la place de l'empereur et des consuls.

Au-dessus du podium s'élevaient les gradins, en retrait les uns sur les autres. De grands mâts retenus par des anneaux aux murs d'enceinte étaient destinés à fixer le vélarium, immense voile tendu au-dessus des spectateurs pour les défendre contre le soleil ou la pluie. Cet usage fut introduit à Rome par Q. Catuhiset devintbientôt général. Le voile, qui dans l'origine était fort simple, devint très-riche par la suite et fut teint de diverses couleurs.

Auguste assigna des places différentes aux hommes mariés, aux célibataires, aux jeunes gens et à leurs pédagogues. L'espace du milieu ou arène était couvert de sable pour affermir les pieds des gladiateurs et pour ôter plus promptement la trace de leur sang. Des canaux pratiqués dans l'intérieur de l'édifice distribuaient de tous côtés les émanations des liqueurs odorantes dont on les remplissait.

Le plus grand et le plus célèbre de tous les amphithéâtres bâtis par les Romains est le Colisée, ou amphithéâtre Flavien, qui fut commencé sous Vespasien et continué sous Titus. En France nous avons plusieurs amphithéâtres très-célèbres, entre autres ceux d'Arles et de Nîmes (tome I, fig. 680 et 683). Ce dernier, qui pouvait contenir vingt-cinq mille spectateurs, est décoré au rez-de-chaussée de pilastres, et au premier étage de colonnes engagées se rapprochant de l'ordre dorique. C'est l'amphitlièâtre le mieux conservé avec celui de Vérone.

Les gladiateurs de Ro.me. — C'est dans les coutumes religieuses

182 INSTITUTIONS CIVILES

des Étrusques qu'il faut chercher Torigine dos combats de gladiateurs, dont l'usage prit une grande extension sous l'empire romain, bien qu'il n'ait jamais pu s'introduire en Grèce. Chez les peuples primitifs on immolait des prisonniers sur la tombe des héros morts en combattant et le sang des hommes qu'on avait égorgés était comme un holocauste qu'on offrait aux mânes de celui dont on voulait honorer la mémoire. On imagina bientôt de faire combatrc entre eux ces prisonniers au lieu de les immoler simiilement, et ces combats, qui se livraient près de la tombe du défunt, au milieu de tous ses amis, étaient considérés comme le plus bel hommage qu'on pût rendre au souvenir d'un guerrier illustre. Ces duels sont fréquemment représentés sur les monuments funéraires des Étrusques (t. I, fig. 511 et 512). Quelques savants ont voulu voir dans ces bas-reliefs la représentation d'un fait historique comme la lutte d'Étéocle et Polynice, mais on ne voit pas bien pourquoi un fait particulier se représenterait si souvent et toujours de la même manière, dans les tombeaux d'une certaine époque, et il est bien plus probable que c'est simplement l'image des honneurs rendus au mort, sans aucune signification })articulière et déterminée.

Cependant, comme on n'avait pas toujours des prisonniers sous la main pour iionorer les morts, on imagina de les remplacer par des hommes faisant profession de combattre et ce fut là l'origine des gladiateurs. Ces gladiateurs au début étaient presque toujours des étrangers, et ce ne fut qu'assez tard qu'on vit des citoyens descendre euxmêmes dans l'arène. Mais le caractère funèbre des combats primitifs se perpétua très-longtemps. On donnait des représentations de combats aux funérailles illustres, et les personnages opulents ordonnaient parfois sur leur testament les fêtes sanglantes qui devaient iionorer leurs funérailles.

La lettre suivante, écrite à Maxime par Pline le Jeune, montre bien le caractère funéraire qu'on attachait encore dans ce temps-là à ce genre de combats :

« Pline à Maxime.

« Vous avez bien fait de promettre un combat de gladiateurs à nos chers habitants de Vérone qui depuis longtemps vous aiment, vous admirent, vous honorent. Votre épouse, d'ailleurs, était de Vérone. Ne deviez-vous pas à la mémoire d'une femme que vous aimiez et que vous estimiez tant quelque uioaument public, quelque spectacle, et

LES FliTES PUBLIQUES.

celui-ci surtout qui convient si bien à des funérailles? J'aurais voulu que les panthères d'Afrique que vous aviez achetées en si grand nombre fussent arrivées à temps. Mais quoiqu'elles aient manqué à la fête, retenues par les orages, vous méritez pourtant qu'on vous en ait toute Tobligation, puisqu'il n'a pas tenu à vous de les y faire paraître. Adieu. »

Le caractère funèbre des anciens combats de gladiateurs se perdit tout à. fait à la fin de l'empire et dès le premier siècle de notre ère

Fig. 152. — Cumbat de gladiatuurs.

ces luttes sanglantes devinrent de simples amusements pour le peuple romain, qui se prit d'une véritable passion pour ce genre de spectacle.

Fiij. 153.

Gladiateurs en fuite.

Les particuliers appelaient des gladiateurs pour récréer leurs convives dans les festins et dans toutes les solennités publiques; on servit au peuple le spectacle d'une véritable guerre, puisque mille paires de gladiateurs combattaient quelquefois ensemble dans l'amphithéâtre. Dès lors le nombre des gladiateurs s'accrut démesurément et leurs

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luttes devinrent une véritable science, se rattachant à des règles fort compliquées et pour lesquelles une éducation spéciale était absolument nécessaire.

D'anciens gladiateurs auxquels on donnait le nom delanistes étaient

F ig. 154. — Hoplomaque et velue.

spécialement chargés d'enseigner aux débutants la théorie et les règles de leur métier. Le laniste portait une tunique et n'était pas armé, mais il avait en main une baguette, comme signe d'autorité.

Fig. 155. — Ghidialeurs secutors et rétiaires.

La plupart des lanistes étaient chargés d'exercer les compagnies appartenant à TÉtat; les gladiateurs de ces compagnies portaient le nom de gladiateurs fiscaux, parce qu'ils étaient nourris et payés par le fisc. D'autres lanistes étaient de véritables entrepreneurs, qui recrutaient pour leur troupe des jeunes hommes robustes, les nourrissaient, les prenaient à leur ser\'ice et les louaient ensuite pour les représentations. Il y avait deux catégories de gladiateurs : les esclaves, qui

LliS FETES PUBLIQUES.

appartenaient complètement au laiiiste, et les gladiateurs de condition libre qui lui juraient une obéissance passive pour la durée de leur engagement. Le gladiateur libre qui prenait un engagement jurait par serment de souffrir le fer, le feu, la chaîne, les coups, etc. Enfin, en

Fig. 15G. — Un mirrtillon et un samnite.

dehors des entrepreneurs, il y avait des particuliers opulents qui avaient des gladiateurs à eux. Ceux qu'on appelait césaricns, parce qu'ils appartenaient à César, c'est-à-dire à l'empereur, passaient pour

Fig. 157,

Gladiateurs.

les plus beaux et tes plus habiles de tous. Quelques-Tins d'entre eux avaient une grande réputation et le peuple les réclamait chaque fois qu'il y avait un spectacle important.

Le jour du spectacle les gladiateurs étaient conduits en cérémonie à l'anipliithéàtre dans lequel ils devaient combattre : alors on les appareillait en choisissant pour chacun d'eux un adversaii-e d'une force à peu près égale. Avant d'entrer en lice, ils s'exerçaient en se frappant

ISG

LNSTITUTIONS CIVILES.

avec des épées de bois, mais dès que la trompette se faisait entendre ils prenaient leurs armes et selancjaient l'un contre l'autre. Quelquefois

Pig. 158. — Gladiateur.

l'un des deux adversaires était frappé à mort dès le premier coup;

Fig. 159.

Gladi^iteurs

Fig. IGO.

c'est probablement ce qui arrive à celui qu'on voit tomber en arrière sur son bouclier après avoir reçu un coup en pleine poitrine (fig. 152).

LES FÊTES PUBLIQUES

Quand un gladiateur était blessé, il pouvait mettre bas les armes et se déclarer vaincu. Quelquefois le vaincu fuyait pour échapper aux

Fi?. 161. — Casque de gladiateur.

poursuites de son adversaire, comme on le voit dans la figure 153,

Fi^. Ifi2 — Casque de gladiateur.

tirée d'un tombeau de Pompéi; le gladiateur vaincu a laissé tomber

son bouclier et lève le bras pour demander sa grâce aux spectateurs.

Le geste du gladiateur demandant sa grâce est encore plus caracté-

INSTITUTIONS CIVILES

risé dans la figure 154 : celui-ci met un genou en terre, en mémo temps que par son geste il Implore le public, tandis que le vainqueur, posant le pied sur la lance de son adversaire, attend pour le laisser vivre ou pour le frapper la décision que vont prendre les spectateurs.

Lorsque les spectateurs levaient la main en abaissant le pouce, ils voulaient qu'on fît grâce au vaincu, mais quand ils levaient le pouce en le tournant vers les combattants, le malheureux était impitoyablc-

Fig. 163. — Casque de gladiateur.

ment égorgé. C'est ce que nous montre la figure 155 : un gladiateur, blessé en plusieurs places et perdant son sang en abondance, implore vainement la pitié d'un autre gladiateur qui lui transperce la gorge avec sa courte épée.

La figure 156 nous montre un gladiateur vaincu, qui a laissé tomber son bouclier et qui demande grâce en tendant le bras gauche selon le geste consacré. Le peuple a sans doute accédé à sa demande, car un laniste arrête son adversaire qui allait s'élancer sur lui et reinpêche de continuer la lutte.

Les gladiateurs qui assistaient au combat de l'arène, en attendant que leur tour arrivât d'entrer dans la lutte, ne pouvaient en aucune

LES FÎitES PUBLIQUES.

façon prendre parti dans le combat qui avait lieu et le regardaient sans s'y mêler comme on le voit sur la figure 137. Quand un gladiateur était mort, les valets du cirque venaient immédiatement enlever son corps, en le traînant sur le sable de farène, à l'aide de crochets qu'ils tiraient au moyen d'une corde.

Le costume des gladiateurs présente une assez grande variété. La figure 158 nous montre le portrait d'un gladiateur fameux qui vivait sous Caligula; il est tiré d'un monument sépulcral. Il nous fait voir

FiR. 164. — Casque de gladiateur.

en quelque sorte un gladiateur typique n'appartenant à aucune catégorie spéciale. Il porte une épée courte et un grand bouclier. Sa tête est découverte, mais son casque, d'une forme assez bizarre et disposé de façon à protéger entièrement la tète et le cou, est placé sur une espèce de pieu dressé à côté de lui.

Le gladiateur que représente la figure 159, tirée d'une lampe antique, est armé à peu près de la môme manière, mais son casque est d'une forme différente et les jambières de métal sont remplacées par des bottines molles. Une statuette antique, que montre la figure 160, représente un gladiateur portant un casque d'une forme tout à fait extraordinaire. Mais il faut signaler aussi une particularité dans les jambes

ion

INSTITUTIONS CIMLES.

dont l'une paraît entièrement nue, tandis que l'autre, celle qui se )3orte en avant, est très-fortement protégée sur sa face antérieure.

On a retrouvé des armes de gladiateurs qui sont de la plus grande richesse décorative. Les casques représentés sur la figure 161, 162, 163, 16/j sont ornés de bas-reliefs d'une grande valeur artistique. La même forme ou à peu près se retrouve sur le casque de la figure 165, mais ici le cimier, au lieu de former un angle par devant comme dans

Fig. 165. — Casque de gladiatciir.

les types précédents, se contourne pour aboutir à une sorte de tête d'animal fantastique qui se projette en avant.

Ces casques de grand luxe appartenaient sans doute à quelques gladiateurs célèbres et riches comme il y en avait sous l'empire romain. Ces armes sont toutes de fantaisie et n'ont jamais été employées dans les armées. On y voit surtout lu préoccupation de préserver le visage des coups qui auraient pu le défigurer. Ce masque métallique en forme de grillage avait en outre l'avantage de laisser passer facilement l'air. La respiration devait être plus pénible avec les casques représentés sur les figures 166 et 167. Ils sont entièrement fermés sauf l'ouverture indispensable pour voir son adversaire. Encore les deux ouvertures ne

LES FÊTES PUBLIQUES

sont pas pareilles des deux côtés et les raisons de cette différence sont assez difiiciles à expliquer.

Quelquefois le casque du gladiateur était surmonté d'une aigrette: s'il tombait ou s'il demandait grâce, le vainqueur enlevait cette aigrette et la montrait au peuple en signe de victoire.

Les deux jambières que montrent les figures 168 et 169 ainsi que le brassard de la figure 170 ont appartenu à des gladiateurs. Jamais les soldats romains n'ont porté des armures du genre de celles-ci. Ils étaient généralement vêtus d'après un uniforme réglementaire, tandis que les gladiateurs, étant moins astreints à la régularité, pouvaient apporter plus de luxe et de variété dans leurs armes. Les armes

Fig. llG.

Casques de gladiateurs.

que Ion vient de voir ont d'ailleurs un caractère exceptionnel, et les figures 171 et 172 se rapprochent davantage des types les plus répandus.

On a donné le nom d'École des gladiateurs à un édifice situé à Ponipéi près des théâtres et dans lequel d'autres archéologues ont vu simplement une caserne. Des armes, des casques, des cnémides ou bottines de bronze, qui ont appartenu à des gladiateurs et non à des soldats, ont été découverts en ce lieu, et c'est ce qui a fait voir là un établissement destiné à des gladiateurs. Mais, suivant M. Breton, une ville aussi peu considérable que Pompéi n'aurait pu entretenir une troupe de gladiateurs assez nombreuse pour exiger de si vastes logements, tandis que des gladiateurs de passage ont parfaitement pu loger à la caserne, ce qui expliquerait la présence des armes qu'on a retrouvées.

La plupart des gladiateurs appartenaient à des catégories combattant dans des modes différents; mais en général deux gladiateurs de la

INSTITUTIONS CIVILKS.

même espèce ne combattaient pas l'un contre l'autre, mais on donnait pour adversaire au gladiateur d'une espèce un autre gladiateur appartenant à une autre série et portant des armes toutes différentes. Chaque série avait un nom particulier qui provenait soit du pa\s dont il était natif, soit de la nature spéciale de son équipement.

Parmi les nombreuses espèces de gladiateurs on distinguait :

Fi„-. les.

Fig, n;y.

Jambières de bronze.

1" Les Thraces, dont farme habituelle était une sorte de coutelas recourbé. Ils avaient comme arme défensive un petitbouclier à contours carrés et à surface conve.xe, derrière lequel ils s'agenouillaient pour soutenir l'attaque de l'adversaire qu'ils combattaient ainsi en frappant de bas en haut. Les figures 173 et 17/t, tirées d'une lampe en terre cuite, montrent deux gladiateurs thraces.

2° Les samnitcs étaient des gladiateurs armés comme les anciens soldats samnites : ils portaient un casque fermé avec des ailes, et un

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brassard au bras droit qui netait pas protégé par le bouclier. Le gladiateur vaincLi que nous avons vu à la figure 156 paraît être un samnite. Son adversaire, dont un laniste arrête le bras, est unmirmillon. 3° Le mirmillon est un gladiateur gaulois caractérisé par un casque dont le panache est remplacé par l'image d'un poisson. Il a souvent

Fig. no. — Brassard de gladiateur.

pour arme une faux et son adversaire habituel est le rètiaire, qui cherche à l'envelopper dans son fllet et l'attaque ensuite avec son tri-

Fig. ni.

Fig. n2.

Jambières de gladiateurs.

dent , comme nous le verrons tout à l'heure. Quand ils luttent ensemble, leur combat doit être l'image d'une pêche, et le rètiaire en l'abordant lui crie : « Ce n'est pas à toi que j'en v'eus, Gaulois, mais à ton poisson », plaisanterie qui faisait beaucoup rire les Romains. Le secutor, bien que portant un costume différent du mirmillon, est aussi un adversaira habituel du rètiaire. Les gladiateurs que nous avons vus dans la figure

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sont des secutors et des rétiaires : ces derniers sont reconnaissables au trident qui leur sert d'arme. La figure 175 momrc uii seculor qui vient d'être pris dans les filets du rétiaire.

Fi g. n3.

Fig. ni.

Gladiateurs thraces.

h° Le rétiaire est caractérisé par l'absence totale d'armes défensives; son casque est dépourMi de visière, il n'a pas de bouclier et son corps

Fig. 1"5. — Secutor pris daus le filet du rétiaire.

est presque entièrement nu. Il n'a d'autres armes que son harpon ou fourche et le filet dans lequel il cherche à envelopper son adversaire; mais quand il a manqué son coup en jetant le filet, il est exposé aux coups de l'ennemi qui est armé de pied eu cap, et presque toujours il

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est obligé de prendre la fuite. Ce genre de gladiateurs était assez méprisé : Juvénal, dans sa VIII'' satire, montre un sénateur dans le cirque où il joue maladroitement le rôle du retiarius. « Un noble peut se faire histrion, dit-il, quand un emperem* se fit joueur de harpe. Il y aurait encore quelque chose de plus honteux, ce serait qu'un noble se fît gladiateur. Eh bien ! Rome a subi cette infamie. Gracchus se montre sur l'arène, non pas, comme le mirmillon, armé d'une faux et le visage couvert d'un casque; il déteste et méprise ces déguisements. Il balance le trident, il lance le filet. A-t-il manqué son coup, il prend la fuite et s'offre la tête haute aux regards des spectateurs! )>

Fjg. 176. — Un réliaire. (D'après un bionzo antique de la Bibliothèque nationale.)

Une curieuse statuette en bronze (fig. 176), donnée par le duc de Luynes à la Bibliothèque nationale, nous montre le costume d'un rétiaire. Il porte une large ceinture de métal qui cache en partie son caleçon. 11 n'a pas 'de bouclier; son bras gauche est seulement protégé par un brassard qui couvre l'épaule et se prolonge au delà de la main qu'il garantit. Le bras droit est orné de trois bracelets au-dessous de l'épaule et de trois autres au poignet; des anneaux semblables entourent les jambes, qui sont nues ainsi que les pieds. Les cheveux et les favoris sont disposés avec une grande symétrie, les yeux de la statuette sont incrustés d'argent.

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5° L'hoplomaque est un gladiateur pesamment armé, c'est-à-dire portant, outre son casque, des brassards et des jambards. Le gladiateur victorieux qui est représenté sur notre figure 154 est un hoplomaque; l'adversaire qu'il vient de vaincre est un vclùc ou soldat armé à la légère : il porte, comme l'hoplomaque, un petit tablier autour des reins, mais il a les cuisses nues, et d'un côté seulement il est protégé par une bottine de bronze.

6° Le dimachère combattait avec deux épécs et n'avait pas de bouclier: je ne connais aucun monument qui représente cette catégorie de gladiateurs.

7° Les essédaires combattaient montés sur des chars gaulois conduits

Fig. m. — Gladiateurs équestres.

par un cocher : ils commençaient par se lancer des traits, puis ils sautaient à terre et combattaient à lépée.

8" Les gladiateurs équestres partent au même signal des deux extrémités de l'arène et chargent l'un sur l'autre au galop. Ils sont armés de la lance et du bouclier rond; leur tête est couverte d'un casque d'airain à visière et une petite chlamyde flotte sur leurs épaules. La figure 177 montre deux gladiateurs équestres au moment du combat : elle est tirée d'un bas-relief qui décorait le tombeau de Scaurus à Pompéi, aux funérailles duquel ces deux personnages ont en effet combattu. Une inscription donne leur nom avec le nombre des victoires que chacun d'eux a déjà remportées : l'un est appelé Bébrix, nom qui vient probablement de son pays natal ; il a été quinze fois vainqueur. L'autre, appelé Nobilior, ne compte que onze victoires.

9" Les meridiani constituiient un genre de gladiateurs qui com-

LES FÊTES PUBLIQUES. 197

battaient en manière d'intermède, les jours où il y avait des spectacles

Fig. 178. — Gladiateurs

d'un autre genre. On a peu de renseignements sur leur armement;

ggJïj^.'J-.'fa]

Fig. 179. — Les bestiaires daos le cirque.

cependant la figure 178, tirée d'une mosaïque antique, passe pour être la représentation de cette catégorie de gladiateurs.

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10° Les bestiaires formaient une classe de gladiateurs tout à fait distincte des autres; leur métier consistait à combattre les bêtes féroces dans le cirque. La figure 179 nous montre ce genre de combat, qui présentait de sérieux dangers; néanmoins les bestiaires étaient assez méprisés et les gladiateurs qui combattaient entre eux se considéraient comme ayant une profession beaucoup plus relevée. Une petite statue du musée de Venise montre un gladiateur posant un genou en terre et s'appuyant sur la main gauche, tandis qu'avec la droite il se prépare à recevoir sou ennemi à la pointe de son épée. La pose du personnage aussi bien que la tunique courte serrée par une ceinture dont il est revêtu ont fait penser que nous avions ici un bestiaire s'apprêiant à combattre un animal qui se dresse devant lui.

Le cirque romain. — Le cirque primitif des Romains était un

Fig. ISO. — Lo cirque Maxime reslaurô.

espace découvert, dans lequel on faisait des courses de chars, et autour duquel les spectateurs se tenaient sur des échafauds de bois. Mais comme les Romains étaient passionnés pour ce genre de spectacle, on construisit de très-bonne heure un édifice permanent pour cet usage. Le cirque Maxime, le plus important des cirques romains, est antérieur à l'expulsion des rois. « Ce fut Ancus Martius, dit Tite-Live, qui traça Tenceinte de ce qu'on nomme aujourd'hui le grand cirque; il y marqua une place pour des loges que chacun des sénateurs et des chevaliers

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devait faire construire à ses frais. Ces loscs, assez élevées, étaient soutenues sur des poteaux à douze pieds de terre. Le spectacle consistait en courses de chevaux, et en combats du ceste, dont la plupart des acteurs avaient été tirés de l'Étrurie. Par la suite, ces jeux devinrent

rrn Fig. 181. — Plan du cirque de Caracalla.

annuels; on les appelle indifféremment les grands jeux ou les jeux romains. »

Le grand cirque ou cirque Maxime reçut d'importantes modifications sous César, Auguste, Claude, Domiticn et Trajan.

Fig. 182. — Les écuries du cirque. (D'après un bas-relief antique.)

A l'extérieur, les cirques étaient composés d'un ou plusieurs étages d'arcades formant des galeries oii circulaient les personnages. A l'intérieur l'espace de terrain que devaient parcourir les concurrents était séparé en deux parties égales par une sorte de piédestal étroit et long appelé l'épine, parce qu'elle est en effet comme l'épine dorsale de l'arène (fig. 180). L'épine occupait à peu près les deux tiers de la longueur de l'arène, dont le plan d'ailleurs n'était pas toujours absolument

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régulier. Celte disposition est très-visible sur le plan représenté figure 181 où la ligne ponctuée a pour base les carcères, c'est-à-dire le point de départ des concurrents.

Les carcères, marquées comme de petites cellules, sur le plan à gauche, étaient des écuries, ayant leur entrée dans l'intérieur du cirque et dans lesquelles les chars étaient remisés avant la représentation. Un bas-relief antique représente le moment où on ouvre les carcères du cirque pour faire partir les chars (lig. [182). Ces écuries servaient aussi à loger les bêtes féroces qui devaient combattre dans le cirque.

Les chars en sortant des carcères se rendaient d'abord à l'endroit

Fig. 183. — Courses du cirque. {Mosaïque de Lyon.)

OÙ commence l'épine, où ils devaient se trouver tous de front. Les hgnes ponctuées du plan (fig. 181) indiquent le point où devait commencer la course et qui se trouvait à égale distance de toutes les écuries. Là, une corde tendue au point où commence l'épine les arrêtait un moment; à un signal donné, la corde tombait et les chars se mettaient en mouveincnt. Le cirque avait plusieurs entrées : le cortège arrivait par le côté où sont les écuries, et la porte ouverte au milieu de la partie courbe du monument était appelée porte triomphale, parce que c'est de ce côté que le char victorieux sortait au milieu des acclamations de la foule. La tribune impériale, formant saillie çur la façade externe, est marquée aussi au bas du plan.

L'épine qui partageait l'arène dans sa longueur était une élévatioa en maçonnerie au centre de laquelle s'élevait un obélisque. Aux extrémités étaient des bornes, autour desquelles les concurrents dans les

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courses devaient passer un certain nombre de fois. Dans rintervalle il y avait des statues, des vases ou d'autres objets qui contribuaient à la décoration de l'ensemble. Les spectateurs étaient placés sur des gra ■ dins élevés autour de l'arène. Le cirque servait primitivement pour les courses de chars et de chevaux, comme l'hippodrome des Grecs, mais on y donna aussi des combats de bêtes féroces et même de gladiateurs. A partir de César, l'arène fut circonscrite par un canal destiné à préserver les spectateurs pendant les combats d'animaux.

Une mosaïque antique découverte k Lyon en 1806 et maintenant au musée de cette ville (fig. 183), fournit un document très-complet sur les courses. On distingue par leur couleur les factions qui se disputent la victoire, la loge où siégeaient les juges du concours, l'épine avec la rangée de dauphins et la rangée d'œufs, les bornes, etc. 11 existe un assez grand nombre de représentations de ce genre qui sont plus ou moins complètes et qui varient un peu par le décor, mais les courses de chars qui s'exécutent autour de l'épine ou la spina offrent toutes un caractère analogue. La figure 184 montre unecourse de chars d'après une monnaie byzantine. L'obélisque central est beaucoup plus élevé

que celui que nous avons vu dans les représentations précédentes. Cette figure est destinée à rappeler le souvenir du fameux hippodrome de Consiantinople, qui a eu sous le bas empire autant d'importance que le grand cirque des Romains et dans lequel on donnait des fêtes du même genre. Nous avons montré déjà (tome I, fig. /(75) la tribune impériale qui s'ouvrait sur l'arène de cet hippodrome. Quand l'empereur apparaissait ainsi, il était salué par les acclamations de la multitude. Sur le piédestal de l'obélisque de Théodose à Consiantinople, on voit l'empereur assis et entouré de sa suite, au moment oii les jeux vont commencer. Suivant les habitudes antiques, continuées par les Byzantins, l'empereur est représenté beaucoup plus grand que les personnages qui l'entourent, et ceux-ci, qui forment sa cour, sont même plus grands que les gens de condition inférieure.

L'hippodrome de Constantinople, qui était une dépendance du palais impérial, est certainement le plus somptueux édifice qu'on ait jamais élevé pour des courses de chevaux. La Grèce, l'Asie, l'Egypte,

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