‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 15 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

Fig. 184.

Courses de chars.

KNGTITUÏIONS CIVILES.

la Sicile, l'Italie et Rome elle-même s'étaient vues dépouillées de leurs richesses artistiques, pour embellir ce monument, et si l'on veut restituer par la pensée le stentures éclatantes, le luxe des chars et des attelages, les bannières des factions et les costumes brillants et bigarrés de la foule qui se pressait pour jouir de la vue des courses, on comprendra la passion des Byzantins pour ces splendides spectacles.

Les courses. — Les chevaux n'avaient habituellement d'autre harnais qu'une sangle légère qui leur ceignait la partie antérieure du

Fig. 185. — Cocher conduisant un char.

corps et à laquelle on attachait le timon. Le mors, lié à la mâchoire inférieure, était directement attaché aux brides que tenait le cocher (fig. 185). La position de celui-ci mérite d'être signalée : la genou gauche s'appuyait sur le parapet, tandis que le pied droit portait sur l'extrémité du char, de telle façon que, par sa position courbée et inclinée sur le devant, le cocher se tenait presque en équilibre sur l'essieu. Les cochers dirigeaient leurs chevaux de la main gauche et tenaient avec la droite le fouet toujours prêt à frapper. Ils portaient du côté gauche un petit couteau recourbe. Leur habilleinent se distinguait par la couleur de la faction à laquelle ils appartenaient. Ce vêtement était une tunique légère descendant jusqu'au milieu de la cuisse. Ils avaient toujours les pieds nus pour les tenir plus facilement en équilibre sur le char. Les brides des chevaux étaient solidement attachées au corps du cocher.

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De nombreux bas-reliefs représentent les courses de cbars; mais les cochers sont souvent remplacés par de petits génies, qu'on désigne généralement sous le nom de génies des courses. Ces monuments font très-bien comprendre les manœuvres habituelles aux cochers.

Dans un bas-relief du Louvre, on voit quatre génies des courses de

F,g. 186. — Génies des courses de char.

char répondant aux quatre factions principales des cochers, la blanche, la rouge, la verte et la bleue. Ils conduisent des biges ou chars à deux chevaux qui parcourent l'arène. On trouve ici les petites tricheries en usage : ainsi le cocher d'un des chars se retourne pour arrêter celui

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F]g. 187. — Génies do la course aux chars.

qui le suit et le faire tomber s'il le peut. Les chutes étaient assez fréquentes et parfois très-dangereuses.

Pour embarrasser les cochers, on jetait sous les pieds des chevaux des paniers ou des vases, on en voit sur tous les bas-reliefs qui représentent des courses. Ainsi dans la figure 187, on voit les chevaux du premier char se cabrer et le cocher devra faire des jn'odigcs pour éviter que les roues de son char ne viennent rencontrer le vase (ju'on a jeté devant lui. Ceux qui créaient ces embarras aux cochers étaient des

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hommes attachés à la faction opposée. Quelquefois ceux qui voulaient ainsi arrêter un char tombaient eux-mêmes sous les pieds des chevaux. Il y avait aussi des jongleurs, dont les tours d'adresse amusaient le public et qui passaient sous les pieds des chevaux pendant la course ou bien s'asseyaient ou se couchaient au milieu de l'arène, pour se relever subitement quand le char arrivait au galop.

Ces bas-reliefs, qui montrent les génies de la course, reproduisent exactement ce qui se passait dans les véritables cirques. On y voit (fig. 18G) la spina, les dauphins, les œufs qui servaient à marquer le nombre de tours que les chars faisaient autour des bornes.

Les cochers. — Le costume des auriges est Ircs-bien caractérisé sur une statue du musée Pie Clémentin, qui provient de la villa Albani ((ig. 188). Toutefois il s'agit uniquement du torse, car les bras et les jambes sont une restauration moderne et la tète, bien qu'antique, a été rapportée et n'appartenait pas à la statue. Le personnage porte une tunique courte et s'arrètant au milieu des cuisses. Des courroies entourent le buste depuis les seins jusqu'aux hanches, et, n'étant pas toujours juxtaposées, laissent voir cinq fois la tunique. Un couteau à lame recourbée et fixé sur les courroies servait, selon Visconti, à couper les traits qui étaient attachés à l'aurige même. Il est problable que lorsqu'ils étaient renversés, les cochers coupaient les courroies pour n'être pas entraînés par les chevaux. Ces larges bandes de cuir, bien entrelacées, qui descendaient jusqu'à la ceinture serraient le corps et le rendaient, croyait-on, plus propre à la rapidité de la course. On retrouve un costume analogue (voir fig. 190) sur quelques médailles et sur plusieurs monuments.

Le fragment représenté figure 189 passe également pour appartenir à une statue d'aurige. Cependant cette attribution a été contestée par Visconti, à cause de la ressemblance que présente le costume avec celui des soldats romains : en effet les courroies horizontales de sa cuirasse sont juxtaposées et se fixent sur sa poitrine au moyen de clous; d'autres bandes relient la cuirasse aux épaules, comme cela avait lieu pour les soldats. La plupart des antiquaires ont pourtant maintenu l'ancienne attribution, se fondant sur le casque, qui n'est pas celui des soldats, et sur l'écharpe qui sort de dessous la cuirasse avec de petites courroies, costume que portaient souvent les auriges : en outre, sa tête imberbe et efféminée s'appliquerait dilTicilement à un militaire. Il faut bien remarquer d'ailleurs que le costume des auriges n'était pas

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un uniforme bien rigoureusement observé, car les bas-reliefs montrent à cet égard une assez grande variété.

On voit également d'assez nombreuses représentations de cochers sur des médailles qui pour la plupart se rapportent à l'époque byzan-

Fig. 188. — Cocher vainqueur.

tine. C'est en effet dans cette période que des cochers ont pris dans les préoccupations publiques la très-grande importance et le rôle en quelque sorte politique que nous leur voyons jouer dans l'empire d'Orient.

Les médailles où l'on voit des représentations de cochers vicforieu.x (fig. 190, 191), étaient le plus ordinairement des jetons d'entrée. Quelquefois les jetons représentent sur une de leurs faces l'image

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d'Alexandre le Grand (fig. 192). Les cochers qui avaient le don de plaire à la multitude étaient très-bien rétribués. Les ûgures 193 et 194 représentent des tirelires de cocher; Timage d'un cocher victorieux

Fig. 189. — Fragment aurige.

figure en dessous de l'ouverture par laquelle on déposait la monnaie. « On remarque une différence essentielle dans les jeux de l'anti-

Fig. 190.

Cochers vainqueurs.

quité, dit Gibbon dans son 77/i-/o/re de PEmpire romain. Parmi les Grecs, les personnages les plus éminents y jouaient un rôle; mais les Romains n'y paraissaient que comme spectateurs. Le stade olympique était ouvert à la fortune, au mérite et à l'aïubilion; et si les candidats

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comptaient assez sur leur habileté et sur leur savoir, ils pouvaient marcher sur les traces de Diomède et de Ménélas et conduire eux-mêmes leurs chevaux dans la carrière. Dix, vingt, quarante chars s'élançaient au même instant; le vainqueur obtenait une couronne de laurier, et

Fig. 19-2. — Alexandre. (Sur un Jelon da rijirpodrome,)

et des vers lyriques, plus durables que les monuments de marbre et d'airain, célébraient sa gloire et celle de sa famille et de son pays. Mais

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Fig. 193.

Tirelires de cocher. -

à Rome, le sénateur ou même le citoyen qui se respectait aurait rougi de montrer dans le cirque sa personne ou ses chevaux. Les jeux se donnaient aux frais de la république, des magistrats ou des empereurs; on abandonnait les rênes des coursiers à des mains serviles; et, si les profits d'un conducteur de char chéri du peuple excédaient quelquefois ceux d'un avocat, on doit les regarder comme une suite de l'extravagance publique, et des riches salaires qu'on payait à une profession frappée de déshonneur. On n'employa d'abord que deux chars ; le conducteur du premier était vêtu de blanc et le second de rouge. On

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y ajouta ensuite deux autres chars avec la couleur verte et bleue ; et les courses se répétant vingt-cinq fois, cent chars contribuaient le même jour à la pompe du cirque. Les quatre factions ne tardèrent pas à obtenir la sanction de la loi, et on leur supposa une origine mystérieuse. On dit que les quatre couleurs, adoptées sans dessein, venaient des divers aspects qu'offre la nature dans les quatre saisons ; qu'elles représentaient les feux de la canicule, les neiges de l'hiver, les teintes foncées de l'automne et Tagréable verdure du printemps. D'autres les faisaient venir des éléments et non pas des saisons ; ils voulaient que la lutte du vert et du bleu figurât la lutte de la Terre et de l'Océan; que leurs victoires respectives annonçassent une récolte abondante ou une navigation heureuse : et aussi les hostilités des cultivateurs et des marins étaient, à quelques égards, moins absurdes que l'aveugle fureur du peuple de Rome, qui dévouait sa vie et sa fortune à la couleur qu'il adoptait. Les princes les plus sages dédaignèrent et favorisèrent cette folie ; mais les noms de Caligula, de Néron, de Vitellius, de Vérus, de Commode, de Caracalla, et d'Héliogabale, furent inscrits sur la liste des verts. Ils fréquentaient les écuries de cette faction, ils applaudirent à ses favoris; ils châtièrent ses antagonistes; et en imitant ou en affectant les mœurs de ce parti, ils méritèrent l'estime de la populace. Des querelles sanguinaires et tumultueuses troublèrent les jeux du cirque jusqu'à la dernière période des spectacles de Rome ; et Théodose, entraîné par la justice ou par l'affection, interposa son autorité en faveur des verts contre la violence d'un consul et d'un patricien dévoués passionnément aux bleus. Constanliiiople adopta les folies de l'ancienne Rome, sans adopter ses vertus; et les factions qui avaient agité lo cirque troublèrent l'hippodrome avec une nouvelle fureur. Sous le règne d'Anastase, le fanatisme de religion accrut cette frénésie populaire, et les verts, qui avaient lâchement caché des pierres et des poignards dans des paniers de fruits, massacrèrent trois mille bleus au milieu d'une fête solennelle. La contagion se répandit de la capitale dans les provinces et les villes de l'Orient, et deux couleurs, adoptées pour l'amusement du public, donnèrent lieu à des factions puissantes et irréconciliables qui ébranlèrent les fondements d'une administration faible. »

L'engouement pour les courses de chars devint général dès le commencement de l'empire romain. Cependant il y eut quelquefois des protestations isolées contre cette passion singulière. La lettre suivante de Pline le Jeune en offre un exemple.

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Plinn à Calvisitis.

II J'ai passé tous ces jours derniers dans la plus douce tranquillité entre mes tablettes et mes livres. Gomment, dites-vous, cela se peut-il au milieu de Rome? C'était le temps des spectacles du cirque qui n'ont pas pour moi le moindre attrait. Je n'y trouve rien de nouveau, rien de varié, rien qu'il ne suffise d'avoir vu une fois. C'est ce qui me fait trouver d'autant plus étrange ce désir puéril quêtant de milliers d'hommes éprouvent de revoir de temps en temps des chevaux qui courent et des hommes qui conduisent des chars. Encore, s'ils étaient attirés par la vitesse des chevaux ou par l'adresse des hommes, leur curiosité aurait quelque motif. Mais non, ils ne s'attachent qu'à la couleur des combattants : c'est là tout ce qu'ils aiment. Que dans le milieu de la course ou du combat on fasse passer d'un côté la couleur qui est de l'autre, on verra leurs goûts et leurs vœux changer tout à coup avec elle, et abandonner les hommes et les chevaux qu'ils connaissent de loin, qu'ils appellent par leurs noms : tant une vile casaque fait impression, je ne dis pas sur la populace, plus vile encore que ces casaques, mais sur des hommes graves ! Quand je songe qu'ils ne se lassent point de revoir avec tant d'ardeur des choses si vaines, si froides et si communes, je trouve une satisfaction secrète à n'être point sensible à ces bagatelles, et c'est avec un grand plaisir que je consacre aux belles lettres un loisir que les autres perdent dans de si frivoles amusements. »

Les combats d'animaux. — Les combats d'animaux ont été dans toute l'antiquité un des grands divertissements populaires. 11 serait difficile d'en fixer l'origine, mais elle doit être fort ancienne, puisque des combats de taureaux sont figurés sur les monuments égyptiens (fig. 195). Strabon nous apprend en effet qu'on élevait à cette intention des taureaux. Ces combats avaient lieu sur les grandes avenues qui conduisaient aux temples.

Il est impossible de dire si c'est par l'Egypte que le goût des combats des taureaux est venu chez les Grecs et les Romains, car il est assez probable que cet usage a existé aussi chez plusieurs peuples de l'Orient. C'est en Thessalie qu'on les voit paraître pour la première fois en Europe, et les Grecs croyaient que les combats de taureaux étaient originaires de Thessalie. Une ancienne épigramme de l'anthologie dépeint un Thessalien jetant un nœud dans les cornes du taureau, qu'il fait pliei et renverse en un clin d'œil. César a donné le premier IV. 27

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aux Romains le spectacle de cette lutte, qui toutefois n'a jamais eu dans l'antiquité l'importance qu'elle a acquise en Espagne dans la société moderne. Sous le règne de Claude, on vit, dit Suétone, des cavaliers thessaliens poursuivre dans le cirque des taureaux sauvages, leur

Fig. 19Ô. — Combat da taureaux. {D'après une peinture égypiieiiuu.;

sauter sur le dos après les avoir fatigués, et les terrasser en les saisissant par les cornes. Pline décrit aussi ce genre de combat qui est figuré sur une lampe découverte à Herculanum. Ici seulement l'hoinme

Fig. 19C. — Bestiaires. (D'après une peinture de Pompei.)

paraît être tombé, et d'après la posture que l'artisîe lui a donnée, il ne peut guère se rendre maître de son ennemi. Cette lampe est d'ailleurs d'un travail assez grossier. Des peintures de Pompéi montrent également des bestiaires combattant divers animaux et entre autres des tuareaux ffig. 196 et 197). Mais ils sont à pied et l'exercice auquel ils se livrent est tout différent de celui des cavaliers thessaliens dont nous parlions plus haut.

Les Grecs étaient passionnés pour les combats de coqs. Ils avaient des jeux publics où les jeunes gens étaient tenus d'assister, alin d"ap-

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prendre par les coqs qu'on peut lutter jusqu'à la dernière extrémité. Le coq tenant une palme qu'on voit sur plusieurs monnaies grecques se rattache à ces institutions.

Pline l'Ancien fait l'éloge du coq en termes pompeux. « Chaque basse-cour dit-il, a son roi et chez eux l'empire est le prix de la victoire. Souvent les deux rivaux meurent en combattant. Si l'un d'eux est vainqueur, aussitôt il chante son triomphe et lui-même se proclame souverain. L'autre disparaît honteux de sa défaite. Seuls de tous les oiseaux, ils regardent habituellement le ciel, dressant en même temps leur queue recourbée en faucille. Quelques-uns d'entre eux semblent naître uniquement pour la guerre et les combats. Ceux-là ont illustré

Fig. I9~. — Bestiaires. {D'après une peinture do Pompéi.)

les pays qui les produisent tels que Rhodes et Tanagre. On assigne lo second rang à ceux de Mélos et de Chalcis. »

Les coqs avaient des maîtres pour les dresser à la lutte. Les spectateurs s'intéressaient tellement à la victoire d'un des deux champions, qu'ils faisaient souvent des gageures considérables. Pendant les guerres civiles d'Auguste et d'Antoine, on faisait combattre des coqs représentant l'un des deux partis et on prétend que le coq d'Auguste était toujours vainqueur. Toutefois cette remarque n'a été faite qu'après la défaite d'Antoine, et on aurait sans doute dit le contraire si la fortune lui avait été favorable. Pour exciter les coqs et rendre leur ardeur plus grande on leur faisait manger de l'ail et des oignons. Souvent aussi on armait leur ergot d'un éperon de bronze.

Les coqs sont représentés sur un assez grand nombre de monuments. Un vase peint du musée grégorien (fig. 198) nous montre deux ôphèbes tenant chacun un coq qu'ils excitent l'un contre l'autre, et le même sujet apparaît sur divers bas-reliefs. Sur les monuments funé-

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