‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 20 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

LA GUERRE

sur la cavalerie athénienne; on sait seulement qu'elle se composait, en général, des citoyens les plus riches.

De même que pour l'infanlerie, il y avait dans toutes les armées grecques une cavalerie pesante et une cavalerie légère; mais à part la Thessalie qui avait la réputation de former d'excellents cavaliers, c'étaient presque partout les fantassins qui faisaient la principale force des armées grecques. Xénophon nous a fourni quelques renseignements sur la manière dont la cavalerie était armée.

« Nous croyons devoir marquer, dit Xénophon, comment il faut être armé pour faire la guerre à cheval. D'abord nous dirons que la cuirasse doit être faite à la taille : quand elle joint bien, c'est tout le corps qui la porte; mais lorsqu'elle est trop large, les épaules seules en sont chargées; trop étroite, c'est une prison, non pas une défense. Et comme les blessures du col sont dangereuses, nous dirons qu'il faut le défendre au moyen d'une pièce tenant à la cuirasse et de la même forme que le col; car, outre l'ornement qui en résultera, cette pièce, si elle est bien faite, couvrira quand on voudra le visage jusqu'au nez. Le casque de Béoiie nous paraît le meilleur; car, s'imissant au collet, il couvre tout ce qui est au-dessus de la cuirasse et n'empêche point de voir. Que la cuirasse, au reste, soit faite de manière à n'empêcher ni de se baisser ni de s'asseoir. Pour couvrir les parties délicates, on aura des pennes (lames circulaires couchées les unes sur les autres comme une queue d'écrevisse) en nombre et en grandeur suffisante ; et attendu qu'une blessure au bras gauche met le cavalier hors do combat, nous ap] rouvons fort la défense qu'on a inventée pour cette partie et qu'on appelle brassard. Ce brassard couvre l'épaule, le bras, l'avant-bras et la main de la bride, s'étend et se plie à volonté, en même temps qu'il pare au défaut de la cuirasse sous l'aisselle. Soit pour lancer, soit pour frapper de près, il faut lever le bras droit : on ôtera donc de la cuirasse ce qui s'oppose à ce mouvement, et on le remplacera par des

Flg. 330.

Soldat de Marathon,

Fig. 331.

Chanfrein de cheval.

pennes à charnières qui puissent s'ùter et se remettre, et qui, dans l'action de lever le bras, se déploieront, dans celle de le baisser, se serreront. Cette pièce, qui se met autour du bras comme une bottine, doit être séparée plutôt que fixée à la cuirasse. La partie qui demeure à nu quand on lève le bras droit doit être couverte près de la cuirasse avec du cuir de veau ou du cuivre; autrement on serait sans défense dans l'endroit le plus dangereux. Comme le cavalier court un péril extrême quand son cheval est tué sous lui, le cheval aussi doit être armé d'un chanfrein (fig. 351), d'un poitrail et de garde-flancs qui, en même temps, serviront de garde-cuisses aux cavaliers; mais surtout que le ventre du cheval soit couvert avec le plus grand soin, cyr cette partie, où les blessures sont le plus à craindre, est outre cela une des plus faibles. On peut le couvrir avec la housse même. 11 faudra que le siège soit construit de manière à donner au cavalier une assiette plus ferme, sans blesser le dos du cheval. Ainsi doivent être armées ces parties du corps de l'homme et du cheval ; mais les garde-cuisses ne couvriront ni le pied ni la jambe de l'homme, qui seront bien défendus si l'on a des bottes du même cuir dont se font les semelles. Ces bottes servent en même temps de défense à la jambe et de chaussure.

« Pour se garantir des coups, avec l'aide des dieux, voilà les armes qu'il faut ; mais pour frapper l'ennemi, nous préférons le sabre à l'épée; car dans la position élevée du cavalier, [le coup d'espadon vaudra mieux que le coup d'épée. La pique longue étant faible et embarrassante, nous approuvons davantage les deux javelots de cornouiller : on peut, sachant manier cette arme, en lancer d'abord un, et se servir de l'autre en avant, de côté et en arrière; ils sont, en un mot, plus forts et plus maniables que la pique. Darder le plus loin qu'on pourra, ce sera le mieux, à notre avis: car ainsi on a plus de temps pour se retourner et saisir le second javelot. Nous marquerons ici, en peu de mots, la meilleure manière de darder. En avançant la gauche, effaçant la droite et s'élevant des cuisses, si on lâche le fer de manière que la pointe soit un peu tournée en haut, le coup partira avec plus de violence, portera le plus loin possible et le plus juste aussi, pourvu qu'en lâchant le fer on ait soin que la pointe regarde toujours

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droit au but. Tout ceci soit dit pour l'instruction et l'exercice du cavalier. »

La grande puissance militaire des Athéniens était surtout fondée sur leur marine, dont l'entretien formait d'ailleurs la plus forte dépense de l'État. Nous avons déjà parlé des galères et nous avons montré plusieurs représentations de navires grecs (tome 111, fig. 431 à /j35), mais quand il s'agit des manœuvres d'une armée navale, on se trouve en face de grandes incertitudes, car les érudits invoquent souvent des textes qui font à leurs yeux autorité, mais que les marins repoussent comme étant contraires aux lois de la navigation. L'amiral Jurien de la Graviùre, dans son livre sur la marine des anciens, s'exprime ainsi au sujet des flottes athéniennes : « Il est à regretter que Thucydide ne nous ait pas transmis des détails plus précis sur la construction des navires que la guerre du Péloponèse allait faire entrer en lice; il aurait évité bien des veilles et bien des soucis à l'érudition moderne. Thucydide, par malheur, se borne à nous apprendre » qu'au « temps de la guerre de Troie, les flottes se composaient en majeure «partie de pentécontores ; que les tyrans de Sicile et les Corcyréens Il possédèrent les premiers de nombreuses trières; que les Athéniens <i en construisirent à leur tour, sur les conseils de Thémistocle, dans « l'attente de l'invasion des barbares ». Plus propres au combat que les pentécontores, les trières de Salamine n'étaient cependant pas encore complètement pontées. Les trières qui prirent part à la guerre du Péloponèse se présentèrent au contraire sur l'arène pontées de bout en bout. Cent cinquante matelots composaient la chiourme, quelquefois mercenaire, le plus souvent nationale, de la galère grecque. De quelle façon, sur combien d'avirons avait-on distribué ces cent cinquante rameurs? Thucydide et Xénophon n'en disent rien. J'oserais peut-être essayer d'interpréter respectueusement leur silence, si l'on voulait seulement me permettre de raisonner, en pareille matière, par analogie. Quand nous armons les chaloupes de nos vaisseaux de douze avirons de chaque bord, et que nous leur donnons un équipage de quarante-huit rameurs, nous vient-il jamais à la pensée d'ajouter qu'on devra placer quatre hommes sur chaque banc et deux hommes sur chaque rame? Les galères subtiles destinées par les Génois aux voyages de Roumanie et de Syrie avaient à peu près deux fois la longueur de nos chaloupes. Elles portaient, outre cent soixante- seize rameurs, dix arbalétiers, quatre pilotes et un sénéchal. Je gagerais fort que ces

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navires à rames du moyen âge ne différaient pas beaucoup des trières de Thucydide.

« La trière nous embarrasse : que serait-ce donc s'il nous fallait expliquer, autrement que par le chiffre des rameurs affectés à chaque aviron, les noms de pentôre, d'exère, d'heptère, d'cnnère, de décère? L'histoire ne fait-elle pas mention d'édifices plus gigantesques encore, de vaisseaux à seize rangs, à quarante rangs de rames. La foi la plus robuste ici s'épouvante. Tout Paris viendrait nous affirmer que les bains de la Samaritaine sont partis en course avec quatre mille rameurs et trois mille soldats, que nous serions vraiment tenté de croire, quoique nous ne fassions certes pas profession de scepticisme, que tout Paris se trompe , et cependant ce n'est pas à de moindres prodiges qu'on voudrait, textes en main, nous contraindre de donner créance. »

Les Grecs ne paraissent pas avoir élevé après leurs victoires de monuments comme les arcs de triomphe des Romains; la colonne Serpentine pourtant est un édifice commémoratif, qui, par sa destination, fait songer aux monuments du même genre élevés à Rome pour glorifier les victoires de Trajan. Cette colonne, dont la dîme du bulin pris sur les Perses après la bataille de Platées avait fait les fniis, était à Delphes et fut transportée plus tard à Constantinople où en voit encore des restes. Elle se composait de trois serpents entrelacés, mais elle a surtout de l'importance par les inscriptions qu'on y a trouvées. M. Isambcrt en donne la description suivante, dans son guide en Orient :

« Les noms des peuples Grecs sont encore presque tous lisibles, depuis le treizième repli du serpent d'airain jusqu'au troisième (les deux premiers n'en montrent aucune trace). Cette inscription constitue un des ornements épigraphiques les plus importants de l'antiquité, puisqu'on y trouve le nom de trente et une cités grecques qui avaient (0;nbattu les Perses. C'est exactement le chiffre indiqué par Pkitarquo.

« Le monument présente aujourd'hui un aspect singulier. L'on dirait d'abord une colonne torse. Mais un examen plus attentif y fait reconnaître le corps des trois serpents plus mince dans le bas, grossissant jusqu'au quinzième tour, et diminuant à partir du vingt-quatrième. La mâchoire supérieure a été déposée au musée de Sainte-Irène et montre une imitation exacte de la réalité : la tête allongée et aplatie, la bosse au-dessous de l'œil, les dents aiguës et rangées en forme de scie, les narines. Selon G\lli, qui décrivit ce monument en 1532, les têtes étaient écartées largement en forme do triangle. Les gueules

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ouvertes étaient destinées à soutenir le trépied d'or. Le monument paraît avoir été fondu d'un seul jet, ouvrage qui montre combien cet art était avancé en Grèce en l'an Zi78 avant J.-C. »

Les Macédoniens. — La phalange macédonienne était un bataillon carré formé de dix corps. Chaque corps de 1,600 hommes, pesamment armés, présentait cent soldats de front, sur seize de pro fondeur. Ils étaient armés d'une très-longue pique appelée la sarisse. Les rangs étaient tellement pressés que les piques du cinquième rang dépassaient de trois pieds la première ligne. Les hommes étant très-serrés les uns contre les autres et toutes les piques s'avançant à la fois, les rangs étaient très-difficiles à rompre. La fuite des premiers rangs était rendue impossible, à cause des derniers qui avaient toujours la pique en avant, sans avoir égard à ceux qui les précédaient.

Polybe dit que tant que la phalange se maintenait dans son état naturel, rien ne pouvait lui résister de front ni soutenir la violence de son choc, mais il fait en même temps de cette manœuvre une critique assez sévère. « Pour tirer parti d'une phalange, dit-il, il est nécessaire de lui trouver un terrain plat, découvert, uni, sans fossés, sans fondrières, sans gorges, sans éminences, sans rivières. Or, il est très-rare de rencontrer un terrain de vingt stades ou plus qui n'offre quelqu'un de ces obstacles. Quel usage ferez-vous de votre phalange, si votre ennemi, au lieu de venir à vous dans ce terrain favorable, se répand dans le pays , ravage les villes et fait du dégât dans les terres de vos alliés? Ce corps restant dans le poste qui lui est avantageux, non seulement ne sera d'aucun secours à vos amis, mais il ne pourra se conserver luimême. L'ennemi maître de la campagne, sans trouver personne qui lui résiste, lui enlèvera ses convois de quelque endroit qu'ils lui viennent. S'il quitte son poste pour entreprendre quelque chose, ses forces lui manquent et il devient le jouet des ennemis. »

Les Macédoniens ne paraissent pas d'ailleurs avoir porté des armes bien différentes de celles dont les Grecs s'étaient servis avant eux. Voici la description que Quinte-Curce nous a laissée de l'armure d'Alexandre :

« Alexandre se servait d'un petit bouclier reluisant; il avait sur son casque de grandes plumes blanches qui pendaient de part et d'autre, et il portait une brigandine faite de plusieurs doubles de toile piquée. Véritablement son casque, qui était un ouvrage de Théophile, n'était que de fer, mais il était si reluisant et si poli qu'on l'aurait pris pour

de l'argent; son hausse-col n'était aussi que de fer, mais il était diversifié de pierreries. Enfin, son épée était d'une trempe qui n'avait point de pareille; et ce qui en augmentait le prix, elle était légère et facile à manier. Il mettait quelquefois par-dessus ses armes une sorte d'habit militaire, qu'on appelait en ce temps-là un sayon à la sicilienne. Mais il ne se servit de quelques-unes d'elles que quelque temps après ; car on trouva la brigandinc dont nous venons de parler entre les dépouilles de la bataille qui fut donnée contre Darius auprès de la ville d'Issus; le roi des Ciliciens lui fit présent de cette excellente épée; et les Rhodiens de sa cotte d'armes, qu'Hélicon, fameux et célèbre entre les anciens ouvriers, avait faite avec un artifice incomparable. »

L'emploi des machines de guerre est un des caractères distinctifs de la période macédonienne. '

« Philippe, dit Polybe, lorsqu'il eut résolu d'attaquer Égine par les deux tours, fit placer devant chacune une tortue et un bélier. D'un bélier à l'autre vis-à-vis l'entrc-dcux des tours, on construisit une galerie parallèle à la muraille. A voir cet ouvrage on l'eut pris luimême pour une muraille; car les claies qu'on avait élevées sur les tortues formaient, par la manière dont elles étaient disposées, un édifice tout semblable à une tour; et sur la galerie qui joignait les deux tours, on avait dressé d'autres claies où l'on avait pratiqué des créneaux. Au pied des tours étaient des travailleurs qui, avec des terres, aplanissaient les inégalités du chemin : là, étaient aussi ceux qui faisaient mouvoir le bélier. Au second étage, outre les catapultes, on avait porté de grands vaisseaux contenant de l'eau et les autres munitions nécessaires pour arrêter tout incendie. Enfin, dans le troisième, qui était d'égale hauteur avec les toits de la ville, était un grand nombre de soldats pour repousser ceux des assiégés, qui auraient voulu s'opposer à l'effort du bélier. Depuis la galerie, qui était entre les deux tours, jusqu'au mur qui joignait celles de la ville, on creusa deux tranchées, où l'on dressa trois batteries de balistes, dont l'une jetait des pierres du poids d'un talent et les deux autres des pierres de trente mines. Et pour mettre à l'abri des traits des assiégés, tant ceux qui venaient de l'armée aux travaux, que ceux qui retournaient des travaux à l'armée, on conduisit des tranchées blindées depuis le camp jusqu'aux tortues, n

Une innovation fort curieuse est l'emploi dans les armées macédoniennes des éléphants, dont la conquête de l'Asie avait introduit l'usage sous Alexandre. Le rôle des éléphants dans les armées de l'antiquité est assez intéressant à étudier. Dans une bataille livrée

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entre Autiochus et Ptolémée, Polybe signale une différence sensible au point de vue de la guerre entre les éléphants de l'Inde et ceux de l'Afrique : « On se battit des tours, avec beaucoup de chaleur, les soldats combattant de près et se perçant les uns les autres de leurs piques. Mais ce qui fut le plus surprenant, ce fut de voir les éléphants même fondre de front les uns sur les autres, et se battre avec fureur. Car telle est la manière de combattre de ces animaux. Ils se prennent par les dents, et, sans changer de place, ils se poussent l'un l'iuitre de toutes leurs forces, jusqu'à ce que l'un des deux, plus fort, détourne la trompe de son antagoniste; et dès qu'il lui a fait prêter le flanc, il le perce à coups de dents, comme les taureaux se percent avec les cornes. La plupart des éléphants de Ptolémée craignirent le combat, ce qui est assez ordinaire aux éléphants d'Afrique. Ils ne peuvent soutenir ni lodeur ni le cri de ceux des Indes, ou plutôt je crois que c'est la grandeur et la force de ceux-ci qui les épouvantent et leur font prendre la fuite avant même qu'on les en approche. »

LES ARMÉES ROMAINES

La DÉCLAIiATIOX DE GUERUE. — La LEVÉE DES HOMMES.

Orgamsation de l'armée. — Les camps. — Les machines de guerre. La flotte. — Le triomphe.

La déclaration de guerre. — Les Romains ne commençaient jamais une guerre sans l'avoir solennellement déclarée par l'intermédiaire de prêtres nommés ftciaux. Ces prêtres faisaient l'office de hérauts et étaient revêtus du caractère sacré qu'ont toujours eu les ambassadeurs. Tite-Live rapporte ainsi le cérémonial qui s'accomplissait dans cette occasion :

(( Le féciil, arrivé sur le territoire du peuple contre lequel on a des sujets de plainte, se couvre la lêtc d'un voile de laine. Il dit : « Entends-moi, Jupiter; entends-moi, contrée (il nomme le peuple qui l'habite), et vous, religion sainte. Je suis l'envoyé du peuple romain.

LES ARMÉES BOMAINES. 321

Chargé d'une mission juste et pieuse, je viens la remplir; qu'on ajoute foi en mes paroles. » Alors il expose ses griefs. Puis, prenant Jupiter à témoin : « Si j'enfreins, dit-il, les lois de la justice et de la religion, en exigeant que tels hommes, que telles choses me soient livrés, moi, l'envoyé du peuple romain, ne permets pas, grand dieu, que je puisse jamais revoir ma patrie. » Voilà ce qu'il dit en mettant le pied sur le territoire. 11 le répète au premier habitant qu'il rencontre; il le répète aux portes de la ville, dans la place publique; il le répète, à quelques changements près, dans la formule et dans le serment. Si on ne lui donne point ce qu'il demande, au bout de trente-trois jours, car ce nombre est solennellement prescrit, il fait la déclaration suivante : « Entends-moi, Jupiter, et loi Junon, Quirinus, vous tous, dieux du ciel, de la terre et des enfers, entendez-moi. Je vous prends à témoin que ce peuple (il le nomme) est injuste, et qu'il se refuse à d'équitables réclamations. Au reste, le sénat de ma patrie, légalement convoqué, avisera au moyen de les faire v.doir. »

Le fécial revenait ensuite pour attendre la décision du sénat, et si la majorité votait pour la guerre, il était chargé d'en informer définitivement l'ennemi. «L'usage était alors, continue Tite-Live,que le fécial se transportât aux confins du territoire ennemi avec une javeline ferrée, ou avec un pieu durci au feu et ensanglanté. Là, en présence de trois jeunes gens au moins, il disait : Puisque ce peuple (il le nomme) s'est permis d'injustes agressions, que le peuple romain a ordonné la guerre contre ce peuple, que le sénat du peuple romain l'a proposée, décrétée, arrêtée, moi, au nom du peuple romain, je la déclare et je commence les hostilités. » En disant ces mots, il lançait sa jave- Ime sur le territoire ennemi.

La levée des hommes. — Les Romains formaient un peuple essentiellement militaire. Tout citoyen âgé de seize à quarante-six ans était inscrit sur les contrôles de l'armée et pouvait être appelé chaque fois qu'on avait besoin de lui. Nul n'était admis à remplir une fonction publique s'il n'avait préalablement servi dans les armées. Dans l'origine, comme les citoyens étaient tenus de s'équiper eux-mêmes, l'armement n'était pas le même pour tous les combattants, qui étaient répartis en plusieurs classes, déterminées par la fortune personnelle. Tite-Live décrit ainsi le classement de l'armée romaine au commencement de la République :

« Tous ceux qui avaient cent mille as de revenu et au 'delà for-

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