IV. 4i
322 LA GUERRE
nièrent quatre-vingts centuries, la moitié de jeunes gens, l'autre d'hommes plus âgés. Ces quatre-vingts centuries composèrent la première classe. Les vieillards étaient destinés pour la garde de la ville, les jeunes gens pour faire la guerre au dehors. On leur prescrivit, pour armes défensives, le casque, le bouclier, la bottine, la cuirasse de cuivre, et pour armes offensives la lance et l'épée. On y joignit deux centuries d'ouvriers, qui n'étaient point armés et qui se chargeaient du transport des machines de guerre. La seconde classe était composée de ceux qui avaient depuis soixante-quinze mille as de revenu jusqu'à cent exclusivement. Elle comprenait vingt centuries, tant d'hommes faits que de jeunes gens; ils portaient l'écu au lieu du bouclier, et, à l'exception de la cuirasse qu'ils n'avaient pas, les autres armes étaient les mêmes. Le revenu fixé pour la troisième classe était de cinquante mille as; il y avait le même nombre de centuries, la même séparation pour les âges, enfin les mêmes armes : seulement on leur supprima les bottines. La quatrième classe, dont le revenu se bornait à vingtcinq mille as, conserva le même nombre de centuries, mais les armes furent changées ; on ne leur donna que la lance et l'épée. Le nombre des centuries fut augmenté dans la cinquième classe : il y en avait trente. Ils n'avaient d'autres armes que la fronde et les pierres. On porta dans cette classe les accensi, les cors, les trompettes, distribués en trois centuries. Le revenu était fixé à onze mille as. Tous ceux qui en avaient un moindre furent réunis dans une seule ceniurie exempte du service militaire. »
On voit que les hommes absolument pauvres n'étaient pas astreints au service militaire, au moins pendant les premiers temps de la République. Il en était de même des affranchis et à plus forte raison des esclaves. Les riches ne cherchaient nullement à se soustraire au service militaire qu'ils considéraient au contraire comme un honneur et un privilège. Mais lorsqu'au lieu d'avoir à défendre ses foyers ou à combattre des ennemis qui étaient en même temps des voisins, on commença à faire des campagnes plus longues, parce qu'elles étaient plus lointaines, il fut nécessaire d'établir une solde pour l'armée. Cette solde, d'abord très minime, fut peu à peu augmentée, à cause de l'impossibilité où étaient des soldats laissés en garnison dans des villes lointaines de revenir cultiver leur c'iamp ou exercer un métier quelconque pour subvenir à leur existence. A partir de Marins et des grandes guerres civiles, la composition de l'armée se modifia sensiblement. Les soldats se recrutèrent peu à peu parmi les habitants des provinces conquises.
LES ARMEES ROMAINES
A la fin de i'enipire, les véritables Romains avaient complètement disparu des armées qui se composaient à peu près exclusivement d'auxiliaires barbares. L'organisation des légions était restée la même, mais l'ancien patriotisme avait disparu et les soldats n'étaient plus que des mercenaires vendant leurs services au chef qui leur offrait le plus d'avantages. 11 est donc nécessaire, lorsqu'on veut étudier les institutions militaires des Romains, de ne tenir compte ni de la première période historique, pendant laquelle
l'armée n'est pas encore constituée, ■ ,. . - -
ni de la dernière pendant laquelle son organisation se ressent nécessairement de la décomposition générale de l'empire.
En prenant possession de leurs charges, les consuls indiquaient le jour où tous les citoyens que leur âge appelait à faire partie de l'armée étaient tenus à se rendre au Capitole.
On y faisait le dénombrement et chacun devait répondre à son nom, sous peine d'un châtiment sévère. Les consuls ont été quelquefois remplacés dans cette fonction par les tribuns militaires. Mais il ne faut pas confondre ces magistrats faisant fonction de consuls avec les tribuns de légions, ofliciers dont le rang répondait à peu pics à celui de nos colonels. Polybe nous l'aconte ainsi la manière dont se faisait la répartition des soldats dans les légions. « Les tribuns, assis séparément, tirent les tribus au sort l'une après l'autre, et appellent à eux celle qui leur est échue; ensuite ils y choisissent quatre hommes égaux, autant qu'il est possible , en taille, en âge, et en force. Quand ceux-ci sont approchés, les tribuns de la première légion font leur choix les premiers; ceux de la seconde ensuite et ainsi des autres. Après ces quatre citoyens, il s'en approche quatre autres, et alors les tribuns de la seconde légion font leur choix les premiers; ceux de la troisième après; et ainsi de suite de sorte que les tribuns de la première légion choisissent les derniers. Quatre autres
Fjg. 352.
Général romain en tenue de parade
LA GUERRE
citoyens s'approchent encore, et alors le choix appartient d'abord aux tribuns de la troisième légion, et ainsi de suite, de sorte qu'il arrive en dernier aux tribuns de la seconde. Ce même ordre s'observe jusqu'à la fin ; d'où il résulte que chaque légion est composée d'hommes du même âge et de même force. La levée ainsi faite, les tribuns assemblent chacune des légions, et, choisissant un des plus braves, ils ■
lui font jurer qu'il obéira aux ordres des chefs et qu'il fera son possible pour les exécuter. Tous les autres passant à leur tour devant le tribun font le même serment. » Quand l'enrôlement était terminé et la légion constituée, chaque soldat prononçait le serment militaire qui était obligatoire pour tout le monde.
Sous l'empire, le souverain est de droit général en chef de toutes les armées, et si d'autres généraux répondent pour lui, c'est seulement en vertu d'une délégation temporaire et toujours révocable. L'empereur ne porte d'ailleurs aucun insigne de son pouvoir suprême et il ne se distingue en rien du général en chef, dont le costume est très nettement établi sur la figure 352. Encore est-ce là un costume de parade, car celui que le général en chef portait en campagne était, en général, beaucoup plus simple. La figure 353 représente l'empereur Trajan avec le vêtement qu'il portait dans sa campagne contre les Daces. L'empereur, qui reçoit une députalion des Sarmatesvenant faire leur soumission, est simplement vêtu d'une tunique longue avec un petit manteau.
La cohorte prétorienne, fondée par Scipion l'Africain, était une sorte de garde d'honneur qui ne devait jamais quitter le général en chef. Primitivement elle ne comprenait que cinq ou six cents hommes qui avaient tous fait leurs preuves sur les champs de bataille; les prétoriens étaient exemptés des corvées et travaux du camp, et recevaient une paye plus forte que les autres soldats. Leur nombre fut augmenté pendant les guerres civiles et Auguste les logea à Rome où
Flg. 35a.
Général romain en petite tenue.
ils furent réunis dans un camp spécial. Leurs privilèges s'accrurent encore par la suite, et comme ils étaient attachés à la personne (Je l'empereur ils finirent par devenir une véritable puissance. Ce furent les prétoriens qui, après le meurtre de Caligula, portèrent Claude au pouvoir, et ce furent eux qui plus tard mirent l'empire à l'encan. Constantin, après sa victoire sur Maxence, abolit cette milice
Fig. 354. — La garde prétorienne. (D'après un bas-relief du Louvre.)
turbulente et détruisit son camp. La figuie 354 montre des soldats de la garde prétorienne, d'après un bas-relief du Louvre.
Avant la bataille, il était d'usage que le général en chef, entouré de ses ofliciers, fit aux troupes une allocution pour enflammer leur courage. Pour être plus facilement aperçu, il montait sur un tertre, quand le terrain s'y prétait, et quand le sol était plat on dressait une estrade sur laquelle il "se plaçait pour faire sa harangue. Les auteurs anciens font tous mention de cet usage et les monuments montrent plusieurs représentations qui s'y rattachent. C'est ainsi que sur la colonne Antonine on voit 1 empereur en train de faire une allocution. Il tient en
LA GUEKRE.
LES ARMÉES ROMAINES
main la lance et, recouvert de son manteau de campagne, il parle à ses soldats placés au bas de son estrade (fig. 355).
Obganisation de l'armée. — L'armée romaine a été dès l'origine divisée en légions, mais le nombre des soldats qui composaient une légion a varié suivant les temps. Le nombre des légions a naturellement suivi la même progression que la puissance militaire de Rome. Malheureusement tout ce qui concerne Romulus et les premiers rois de Rome ressemble tellement à la légende, qu'il est impossible de rien affirmer sur ces époques reculées ; on ne peut consulter à cet égard que la tradition. D'après les récits les plus accrédités il n'y aurait eu d'abord à Rome qu'une seule légion composée de trois mille hommes. Après la réunion des Sabins, Rome aurait eu trois légions, comprenant chacune trois mille hommes d'infanterie.
On raconte que Romulus, lorsqu'il conduisit sa troupe de pasteurs et d'aventuriers, leur donna pour signe de ralliement une botte de foin portée au haut d'une pique. Cet insigne servait pour une compagnie de cent
hommes, commandés par un centurion, qui avait sous ses ordres dix décurions, faisant les fonctions de sous-officiers : la compagnie ainsi formée prenait le nom de manipule, à cause de sa botte de foin (fœni manipulus). En réunissant dix manipules, on avait un corps de mille hommes, commandés par un tribun : il y avait ainsi trois tribuns dans la légion de trois mille hommes.
Pour la cavalerie, on prenait un homme sur dix fantassins. Chaque légion avait ainsi trois compagnies équestres. Au reste, les écrivains anciens n'ont rapporté que des traditions assez vagues sur cette période.
La légion comprit quatre mille hommes environ, à partir de Servius TuUius-, ce nombre fut élevé à cinq mille après la bataille de Cannes, et Marius le porta à six mille hommes, nombre qui a toujours été maintenu sous l'empire. Ainsi constituée, la légion comprenait dix cohortes de six cents hommes; chaque cohorte se divisait en trois mani-
Fig. 350. — Aigle de la légion.
LA GUERRE
pulcs do deux cents hommes, chaque manipule en deux centuries, chaque centurie en dix dccurics.
Le nombre des légions s'est augmenté avec la puissance romaine. Sous l'empire elles étaient ainsi distribuées : trois en Bretagne, seize sur les frontières du Rhin et du Danube, huit sur l'Euphrate, trois en Egypte, en Afrique et en Espagne. Mais ce nombre a varié et les légions ont souvent été employées à l'intérieur dans les discordes civiles.
L'étendard de la légion était primitivement un loup, en souvenir de Romulus. Sous Marins, on adopta un aigle d'argent, tenant le foudre
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Fig. 357. — Enseignes militaires des Romains. (D'après un bas-relief de la colonne Trajane.)
dans ses serres. L'aigle de la légion est repre'senté sur la figure 356. Au reste, il n'a pas toujours eu la même forme. Ainsi la figure 357, tirée de la colonne Trajane, nous montre un aigle posé sur un support en forme de chapiteau : c'est la troisième enseigne en partant du côté droit. Le porte-enseigne qui tenait l'aigle de la légion s'appelait aquilifcr. Les trois étendards que l'on voit à gauche, très-rapprochés l'un de l'autre, sont ceux des cohortes. Ils sort pourvus d'une couronne murale qui n'existe pas dans la figure 358, mais dans celle-ci l'étendard est dans les mains de l'officier qui le porte. On y distingue deux médaillons représentant les empereurs Nerva et Trajan. Entre les médaillons est une petite plaque indiquant le numéro de la cohorte. Au-dessus des médaillons, l'aigle, entouré d'une couronne et fi.xé sur
LKS ARMÉES ROMAINES.
une barre ornée de rubans, est surmonté d'une plaque carrée sur laquelle est le dieu protecteur de la cohorte. Ce porte-enseigne a la tète coiffée d'une peau de bête : son vêtement consiste en une tunique et un pourpoint à bordures'denteléts. Il porte son épée suspendue à la hanche droite.
La figure 359 montre un porte-enseigne de cohorte vu de dos. On y voit très-bien comment la peau de bête qui lui couvre la tête se lie autour du cou par les pattes et retombe ensuite jusqu'aux reins.
Le dragon est devenu, à partir de Trajan, l'enseigne des cohortes. C'était une sorte de drapeau militaire qui affectait la forme d'un serpent ou plutôt d'un dragon dont la gueule d'argent était entr'ouverte, tandis que le reste du corps était formé de peaux vides ou d'étoffes peintes. Le vent entrait dans la gueule du dragon et s'engouffrait dans les étoffes ou les peaux qu'il agitait en tous sens. Des emblèmes du même genre sont employés de nos jours par les Chinois et les Japonais. Ceux dont se servaient les Romains étaient empruntés aux barbares, et le dragon était en quelque sorte le drapeau caractéristique de ceux que Trajan a combattus. Sur la colonne Trajane on voit un chariot couvert de ces enseignes conquises sur l'ennemi (fig. 360).
L'étendard des manipules est tout différent. Le mot manipule vient de la petite botte de foin que les premiers Romains portaient au haut d'une perche et qui leur servait d'enseigne. Plus tard, le manipule, qui formait, comme nous l'avons dit, la troisième partie d'une cohorte, eut pour étendard une succession de patères superposées et surmontées d'une couronne encadrant une main. Les figures 361 à 363 montrent les trois étendards les plus employés dans les armées romaines.
La ligure 36/), tirée de la colonne Antonine, est un porte-enseigne : l'étendard qu'il porte est celui de la cavalerie. Son casque est pourvu d'une aigrette, ce qui semble indiquer un prétorien. La figure 365, tirée également de la colonne Antonine, représente un porte-enseigne à cheval : ce n'est pas un Romain, mais un auxiliaire germam, comme son costume l'indique.
Fig. 35S.
Porte-enseigne.
LA GUERRE
L'étendard de la cavalerie {vexillum) était une pièce d'étoffe carrée attachée par le haut à une traverse horizontale. C'était l'enseigne spéciale de la cavalerie romaine, mais elle fut plus tard employée pour les troupes auxiliaires. La figure 3G6 montre le manche et la traverse de cet étendard, dont l'étoffe était frangée par le bas.
Les soldats romains se ralliaient au son du buccin, grande trompette recourbée que l'on voit sur un assez grand nombre de monuuients et dont le son strident devait ressembler un peu à celui de notre cor de chasse. Le joueur de buccin, caractérisé par sa coiffure en tête d'ours, marchait derrière l'ofTicier, comme le montre la figure 367, d'après un bas-relief de la colonne Trajane. Le buccin s'employait également dans la cavalerie. La figure 368, d'après un basrelief de l'arc de Constantin, montre une charge de cavalerie au son du buccin.
La légion romaine constituait un corps complet renfermant toutes les armes : les troupes légères ou vélites combattaient en avant du front. Ensuite venaient successivement les hastaires, qui formaient la première ligne, les princes qui formaient la seconde, et les Irîaires qui formaient la troisième. Les triaires étaient composés de vieux soldats d'élite formant
iig. 3ôy.
Porte-enseigne.
Fig. 360. — Armes et enseignes conquises sur l'ennemi.
un corps de réserve; quand les deux premières lignes étaient renversées, ils ramenaient souvent la victoire par leur inébranlable discipline.
LES ARMÉES ROMAINES
Les hastaireset les princes se disposaient en pelotons ayant entre eux une distance égaie à l'étendue de leur front : mais il y avait une dislance double entre les pelotons des triaires, afin quî quand les pelotons des premières lignes étaient renversés ou bousculés, les hommes qui les composaient pussent reformer aussitôt leurs rangs entre ces soldats aguerris et incapables de faiblesse. La cavalerie se
Fig. 301.
Étendard de cavalerie.
Fig. 362.
Étendard de cohorte.
Fig. 363.
Étendard de manipuiô.
plaçait habituellement sur les ailes; généralement elle se disposait en petits carrés de huit hommes de fi'ont sur aulant en profondeur.
D'après ce qui précède on peut se faire une idée du choc d'une légion romaine. Les troupes légères commeni^aient en faisant voler une nuée de traits et aussitôt après elles s'écoulaient rapidement entre les pelotons de l'infanterie. Les trois lignes s'avançaient aussitôt au son des instruments et en accélérant le mouvement. Arrivés à vingt pas de l'ennemi, les hastaires lançaient le pilum, et se précipitaient en avant l'épée à la muin. S'ils ne réussissaient pas à rompre au pre-
LA GUERRE
inier choc les rangs ennemis, ils se repliaient derrière les princes qui recommençaient la même manœuvre. Les triaires arrivaient ensuite et quand ils combattaient, les corps qui avaient donné le premier choc se trouvaient reformés en arrière. De cette façon l'ennemi était déjà fort ébranlé, lorsqu'il recevait Je choc des triaires.
« Les hastaires, dit Polybe, plus avancés en âge que les vélitos, ont ordre de porter l'armure complète, c'est-à-dire un bouclier convexe, large de deux pieds et demi et long de quatre pieds. Il est fait de deux planches collées Tune sur l'autre avec de la gélatine de taureau et couvertes en dehors, premièrement d'un linge, et par dessus d'un cuir de veau. Les bords de ce bouclier en haut et en bas sont garnis de fer pour recevoir les coups de taille, et pour empêcher qu'il ne se pourrisse contre terre. La partie convexe est encore couverte d'une plaque de fer, pour parer les coups violents, comme ceux des pierres, des sarisses et de tout autre trait envoyé avec une grande force. L'épée est une autre arme des hastaires, qui la portent sur la cuisse droite et l'appellent l'ibérique. Elle frappe d'estoc et de taille, parce que la lame en est forte. Us portent outre cela deux javelots, un casque d'airain et des bottines. De ces javelots, les uns sont gros, les autres minces : les plus forts sont ronds ou carrés; les ronds ont quatre doigts de diamètre, et les carrés ont le diamètre d'un de leurs côtés; les minces ressemblent assez aux traits que les hastaires sont encore obligés de porter. La hampe de tous ces javelots, tant gros que minces, est à peu près de trois coudées; le fer, en forme de hameçon, qui y est attaché est de la même longueur que la hampe. 11 avance jusqu'au milieu du bois et y est si bien cloué, qu'il ne peut s'en détacher sans se rompre, quoiqu'en bas et à l'endroit où il est joint avec le bois, il ait un doigt et demi d'épaisseur. Sur leur casque, ils portent encore un panache rouge ou noir formé de trois plumes droites, et hautes d'une coudée, ce qui, joint à leurs autres armes, les fait paraître une fois plus haut et leur donne un air grand et formidable. Les moindres soldats portent outre cela sur la poitrine une lame d'airain, qui a douze doigts de tous les côtés et qu'ils appellent le pectoral : c'est ainsi qu'ils
Fig. 364.
Soldat porte-enseigne.
LES ARMÉES ROMAINES
complètent leur armure. Mais ceux qui sont riches de plus de dix mille drachmes, au lieu de ce plastron, portent une cotte de mailles. Les princes et les triaires sont armés de la même manière, excepté qu'au lieu de javelots ils ont des demi-javelots.
« Les vélites sont armés d'une épée, d'un javelot et d'une parme, espèce de bouclier fort et assez grand pour mettre un homme à couvert, car il est de figure ronde et il a trois pieds de diamètre. Ils ont
Fig. 365. — Porle-enseigne à cheval.
aussi sur la tête un casque sans crinière, qui cependant est quelquefois couvert de la peau d'un loup ou de quelque autre animal, tant pour les protéger que pour les distinguer, et faire reconnaître à leurs chefs ceux qui se sont signalés dans les combats. Leur jnvelot est un espèce de dard, dont le bois a ordinairement deux coudées de long et un doigt de grosseur. La pointe est longue d'une grande palme, et si effilée qu'au premier coup elle se fausse, de sorte que les ennemis ne peuvent la renvoyer. C'est ce qui la dislingue des autres traits. »
A ces troupes légères se joignaient quelquefois les accensh soldats
LA G C ERRE
auxiliaires qui étaient généralement assez mal armés, et que pour cette raison on reléguait plus souvent au dernier rang. La figure 369, tirée de la colonne Trajane, montre un de ces soldats auxiliaires qui tient dans les plis de sa tunique des balles de terre cuite, en même temps qu'il se sert de la fronde avec la main droite.
Tite-Live nous montre l'emploi de ces différentes troupes dans le récit suivant : « Cette bataille, dit Tite-Live, eut toutes les apparences
d'une guerre civile, tant la ressemblance était parfaite entre l'armée romaine et l'armée latine. Les Romains s'étaient servis auparavant du bouclier; depuis qu'on eut établi une solde ils y substituèrent l'écu; et au lieu que leur ordre de bataille était le même d'abord que celui de la phalange macédonienne, ils admirent depuis la division par manipules; le manipule ensuite était subdivisé en pkisieurs compagnies, dont chacune était composée de soixantedeux soldats, d'un centurion et d'un portedrapeau. Sur le champ de bataille , la première ligne était formée par les hastaires, composant dix manipules, laissant entre eux un petit intervalle. Dans chacun de ces manipules d'hastaires il y avait vingt hommes de troupes légères; le reste était la grosse infanterie armée de l'écu. Les troupes légères avaient pour toutes armes une haste et quelques dards gaulois. C'était dans ce corps de hastaires, qui formaient toujours le front de la bataille, que l'on plaçait cette première fleur de la jeunesse romaine , tous ceux qui entraient dans la puberté militaire. Derrière les hastaires venaient en seconde ligne ceux qu'on appelait les princes, d'un âge plus robuste, partagés également en dix* manipules, ayant tous l'écu et se faisant remarquer par la beauté de leurs armes : ces deux lignes d'hastaires et de princes s'appelaient les antepilani, parce qu'en effet ils étaient en avant d'un troisième corps, celui des triaires, composé de dix manipules aussi, mais chaque manipule de trois compagnies dont la première se nommait pilaui. Chacun de ces manipules comprenait, sous trois drapeaux, cent quatre-vingt-six hommes. Sous le premier drapeau marchaient
Fig. 366.
Manche du vexillum
LES ARMÉES ROMAINES
les triaires, vieux soldats d'une valeur éprouvée; sous le second, les roraires, d'un âge moins avancé, ayant le moins de belles actions; et sous le troisième, enfin, les accensi, auxquels on avaitle moins de confiance et qui, pour cette raison, étaient rejetés sur les derrières de l'armée, à l'extrémité de la ligne. Toutes les parties des légions qui composaient Farinée étaient rangées dans cet ordre ; c'étaient toujours les liastaires qui, les premiers, engageaient l'action. S'ils ne pouvaient suUire à enfoncer l'ennemi, ils se retiraient à petits pas dans la ligne
Fig. 307. — Juucur de bucciu.
des princes, qui, après avoir ouvert leurs rangs pour les y recevoir, I r maient immédiatement leur place; et alors les princes formaient la ijtedc la bat;iille; les liastaires n'étaient plus qu'en seconde ligne. Pendant ce temps, les triaires restaient sous leurs drapeaux, un genou en terre, la jambe gaucbe étendue en avant, leurs écus sur l'épaule, leur javeline enfoncée en terre, dont ils tenaient la pointe presque droite; et, dans cet état, ils présentaient l'aspect d'une armée retra nchée derrière une haie de palissades. Si les princes ne réussissaient point encore dans leur attaque, ils reculaient insensiblement de la première ligne sur les triaires; et de là ce proverbe si usité, qu'on en vient aux triaires^
lorsqu'on éprouve une criso alarmante. Les triaires se remettant sur pied, après avoir ouvert leurs rangs pour laisser passer les princes et les hastaires, les resserraient aussitôt comme pour fermer tous les passages; et, formant une ligne pressée et continue, ils tombaient sur l'ennemi. Ce corps battu, il n'y avait plus d'espoir; mais il manquait rarement d'imprimer une grande terreur à l'ennemi, qui, au moment où il croyait n'avoir que des vaincus à poursuivre, voyait se lever tout à coup une ligne de bataille, composée de troupes fraîches, plus forte
Fig. 368. — Combat. (Bas-relict tiré de Tare de Constantin.)
que toutes les autres. On levait ordinairement quatre légions, d'environ cinq mille fantassins chacune, avec un corps de trois cents cavaliers qui y était attaché. On y joignait un nombre égal de troupes que fournissaient les Latins, qui étaient alors nos ennemis, et qui avaient exactement la même ordonnance de bataille; en sorte que non seulement les corps entiers de triaires, de princes, d'hastaires, trouvaient chacun dans l'armée latine un corps correspondant, mais il n'y avait pas même un centurion qui, à moins que les rangs ne se confondissent dans la mêlée, ne sût précisément à quel centurion il aurait affaire dans l'autre armée. »
Toute cette organisation paraît avoir disparu vers la fin de la république, quand la division en cohortes remplaça les anciennes divisions
LES ARMÉES ROMAINES
de la légion. On cessa alors de distinguer les légionnaires en hastaires, princes, triaires et vélites.
Les figures 370 à 372, tirées de la colonne Trajane, représentent des soldats romains, auxquels est confiée la garde des postes d'observation placés sur les bords du fleuve. Ils sont vêtus d'un pourpoint à bordure dentelée, par-dessus lequel est jeté un manteau (sagum). Ils portent un pantalon collant, et ont pour armes une épée et un bouclier : ils devraient également avoir la lance (hasta), mais
'Êmm
rig. 369. — Frondeur.
comme clic n'est pas dans leur main, on peut supposer qu'ils l'ont déposée dans la tour, et qu'ils la reprendront au premier signal, d'autant plus que quelques-uns sont sans casques.
Plusieurs monuments nous montrent aussi les costumes de la cavalerie. La figure 373, d'après une statue équestre, est intéressante parce qu'elle montre l'équipement d'un officier supérieur.
Cette figure, découverte à Herculanum, représente Marcus Balbus.
L'armure de ce personnage est formée de deux pièces principales, celle
de devant et celle de derrière; elles offrent une particularité dans la
manière dont on les reliait l'une à l'autre. Le côté droit montre une
LA GUERRE
série de charnières traversées par une tige mobile, de façon que les deux plaques pouvaient être écartées ou rapprochées assez promptement, lorsqu'on voulait mettre ou ôter l'armure : les boucles et les agrafes ne paraissent que du côté gauche. Ce genre de cuirasse est celle que portaient généralement les officiers supérieurs, et quand on la posait par terre, les deux pièces qui la composaient demeuraient unies et la cuirasse vide se tenait debout. Dans cette armure, l'abdomen, les cuisses et les épaules étaient protégés par des bandes de
Fig. 370. — Soldat romain.
cuir adaptées dans de petits trous pratiqués autour de la cuirasse.
Un cavalier romain est représenté sur la figure 37/(. Dans la colonne Trajane, d'où il est tiré, ce soldat fait partie d'un groupe de cavaliers qui repousse les Parthes envoyés au secours de l'ennemi.
Pour empêcher les manœuvres de la cavalerie ennemie on employait des chausses-trapes, boules de métal garnies de pointes, que l'on dissimulait dans l'herbe des prairies et qui blessaient à l'improviste les pieds des chevaux : la forme de cet engin explique d'ailleurs son usage (fig. 375).
« Les armes de la cavalerie, dit Polybe, sont à peu près les mêmes
LES ARMÉES ROMAINES
que celles des Grecs; mais anciennement les cavaliers n'avaient point de cuirasses, ils combattaient avec leurs simples vêtements : cela leur donnait beaucoup de facilité pour descendre promptement de cheval et pour y remonter de même. Comme ils étaient dénués d'armes défensives, ils couraient de grands risques dans la mêlée. D'ailleurs, leurs lances leur étaient fort inutiles pour deux raisons : la première, parce que, étant minces et branlantes, elles ne pouvaient être lancées juste, et qu'avant de frapper l'ennemi, la
tig. a71.
Fis. 372.
Soldats romains.
plupart se brisaient par la seule agitation dos chevaux. La seconde raison, c'est que ces lances n'étant point ferrées par le bout d'en bas, quand elles s'étaient rompues par le premier coup, le reste ne pouvait plus leur servir en rien. Leur bouclier était fait de cuir de bœuf et assez semblable à ces gâteaux ovales dont on se sert dans les sacrifices. Cette sorte de bouclier n'était d'aucune défense dans aucun cas, il n'était pas assez ferme pour résister, et il l'était encore beaucoup moins, lorsque les pluies l'avaient amolli et gâté. C'est pourquoi leur armure ayant bientôt déplu, ils la changèrent contre celle des Grecs. En effet, les lances de ccu.\-ci se tenant raides et fermes portent le
LA GUERRE
premier coup juste et violent, et servent également par l'extrémité inférieure qui est ferrée. De même leurs boucliers sont toujours durs et fermes, soit pour se défendre, soit pour attaquer. Aussi les Romains préférèrent bientôt ces armes aux leurs, car c'est de tous les peuples
Fig. 313. — Officier à cheval.
(D'après une statue du musée de Naples.)
celui qui abandonne le plus facilement ses coutumes pour en prendre de meilleures.
« Après avoir pourvu à l'équipement et à la composition de l'infanterie, Servius forma douze centuries de chevaliers, tous pris parmi les citoyens les plus distingués. 1! en ajouta six autres, qu'il attacha aux trois centuries de Homulus, sous les mêmes noms que celles-ci avaient reçus à leur inauguration. L'État fournit un fonds de dix mille as pour
LES ARMLES ROllAINES.
l'achat des chevaux; et pour leur nourriture on imposa sur les veuves une taxe annuelle de deux mille as. Toutes ces opérations soulagèrent le pauvre en faisant retomber toutes les charges sur les riches.
Fig. 3~4. — Cavalier romain. (D'après un bas-relÎLf de la colonne Trajane )
« A l'égard de la cavalerie, les mouvements que Scipion croyait les plus utiles en tout temps et auxquels il fallait qu'elle s'exerçât étaient de faire tourner le cheval à gauche, puis à droite, ensuite de le faire reculer. Pour les manœuvres d'escadrons, il les instruisait à faire face en arrière par escadrons en une seule conversion et à revenir ensuite à leur première position, ou à faire des mouvements circulaires par deux conversions, et enfin aux mouvements circulaires par trois conversions, à se porter en avant au trot des ailes ou du centre, un ou deux pelotons ensemble, à revenir à leur poste sans se désunir et sans perdre leurs rangs, à se ranger à l'une ou l'autre aile. Il exerçait
Fig. 3"5. — Chausse-trape.
LA GUERRE
aussi ses troupes à se ranger en bataille, soit en intervertissant l'ordre des rangs, soit en les faisant placer les uns derrière les autres. 11 les exerçait encore à avancer sur l'ennemi et à faire retraite de manière que même en courant on ne quittât pas ses rangs, et que le même intervalle se trouvât toujours entre les escadrons; car rien n'est plus inutile et plus dangereux que de faire charger une cavalerie qui a rompu ses rangs. » Des armées aussi considérables que celles des Romains devaient nécessairement emporter avec elles un matériel de guerre considérable. Les chariots consacrés à ces transports sont représentés sur plusieurs monuments. Sur la colonne Trajane, on voit un petit chariot a
Fig. 376. — Chariot à bagages.
(D'après un bas-relief de la colonne Trajane.)
deux roues traîné par deux bœufs et transportant deux petits tonneaux qui renferment probablement du vin ou des subsistances (fig. 376). Ces chariots, qui accompagnaient l'armée dans toutes ses marches, étaient toujours escortés par des soldats. Une autre espèce de chariot, qui, cette fois, est traîné par des chevaux, est représenté sur la colonne Antonine (fig. 377). Celui-ci ne porte pas des vivres, mais des boucliers et des armures. 11 est également escorté par un soldat qui tient la bride des chevaux.
LES ARMÉES ROMAINES
Indépendamment des équipages qui accompagnent toujours une armée en marche, chaque soldat portait avec lui les bagages qui lui étaient personnellement nécessaires. Ces bagages étaient reliés ensemble et fixés au bout d'un bâton comme le montre la figure 378. On remarquera la même disposition sur les soldats qui traversent un pont sur la figure suivante.
Fig. 377. — Chariot romain.
(D'après un bas-relief de la colonne Antonino.)
Pour faire traverser à un corps d'armée une rivière considérable, on y jetait un pont de bateaux, comme on le voit sur la figure 379, qui est tirée de la colonne Antonine. On le construisait en attachant sur. les deux rives du fleuve, l'un à côté de l'atitre, autant de bateaux qu'il en fallait pour soutenir un chemin de planches allant d'un bord à l'autre.
Jules César fournit sur ce sujet quelques renseignements. « Voici sur quel plan il fit construire le pont; on joignait ensemble, à deux pieds d'intervalle, deux poutres d'un pied et demi d'equarrissnge, un peu aiguisées par le bas, d'une hauteur proportionnée à celle du fleuve. Introduites dans l'eau à l'aide de machines, elles y étaient fichées et enfoncées à coups de masse, non dans une direction verticale, mais en suivant une ligne oblique et inclinée selon le fil de l'eau. En face et en descendant, à la distance de quarante pieds, on en plaçait deux
Bagages d'un soldat
en marche.
LA GUERRE
autres, assemblées de la même manière et tournées contre la violence et l'effort du courant. Sur ces quatre poutres on en posait une de deux pieds d'équarrissage qui s'enclavait dans leur intervalle et était fixée à chaque bout par deux chevilles. Ces quatre pilotis, réunis par une traverse, offraient un ouvrage si solide, que plus la rapidité du courant était grande, plus elle consolidait cette construction. On jeta ensuite des solives d'une traverse à l'autre, et on couvrit le tout de fascines et de claies. De plus, des pieux obliquement fichés vers la partie inférieure du fleuve s'appuyaient contre les pilotis en forme de contre-forts et servaient à briser le courant. Enfin, d'autres
Fig. 379. — Passage d'un pont de bateaux. (D'après un bas-relief de la colonne Antonine.)
pieux étaient placés en avant du pont, à peu de distance, afin que, si les barbares lançaient des troncs d'arbres ou des bateaux pour abattre ces constructions, elles fussent ainsi protégées contre ces tentatives et que le pont n'en eût point à souffrir. »
Les habitudes des Romains se modifièrent sensiblement vers la fin de l'empire, quand les armées furent presque complètement composées de barbares. Le costume des soldats se transforma également. Un soldat dalmate, sculpté sur un monument du musée de Bonn, porte un costume assez curieux qui s'arrondit en draperie devant les cuisses.
LES ARMÉES ROMAINES
Son glaive du côté droit et son poignard du côté gauclie sont suspendus à des ceintures ou baudriers qui lui entourent le corps : la main droite porte une lance, et la léie est dépourvue de casque (fig. 380).
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Fig- 380. — Un guerrier sous la décadence. (D'après une sculpture du musée de Bonn.)
La figure 381 montre un soldat de l'empire d'Orient et peut ainsi nous faire connaître la physionomie que pouvaient présenter les armées de Théodose ou d"Héraclius. Le bouclier est rond et d'une convexité très-prononcée. Ce guerrier, qui est probablement un officier, porte une longue chevelure, qui se bifurque au-dessus du front cl retombe