IV
LA GUEliliK
en boucles sur les épaules, tandis que les soldats romains portent toujours les cheveux courts.
On remarquera que ce costume est celui sous lequel on a représenté saint Michel, le chef de la milice céleste, pendant une grande partie du moyen âge. La raison en est que la plupart des monuments des premiers siècles de l'ère chrétienne sont dus à des artistes byzantins, qui naturellement attribuaient aux sainis et aux
personnages célestes les costumes qu'ils avaient habituellement sous les yeux.
Le camp. — « Quand le temps de camper approche, dit Polybe, U!i tribun et quelques centurions prennent les devants. Apres avoir examiné l'endroit où le camp doit être assis, ils commencent d'abord par choisir un terrain, pour la tente du conseil, et l'aspect ou le côté de ce terrain où l'on devra loger les légions. Cela fait, on mesure l'étendue de terrain que doit occuper le prétoire; ensuite, on tire la ligne sur laquelle se dresseront les tentes des tribuns, au côté opposé, une autre ligne pour le logement des légions, et enfin on prend les
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dimensions de l'autre cùtù du prùtoire. Comme toutes les distances sont marquées et connues par un long usage, ces mesures sont prises en fort peu de temps; après quoi on plante le premier drapeau à l'endroit ou sera logé le consul, le second au côté que Ton a choisi, le troisième au milieu de la ligne sur laquelle seront les tribuns, le quatrième au logement des légions. Ces drapeaux sont de couleur pourpre, celui du consul est blanc. Aux autres endroits, on fiche de simples piques ou des drapeaux d'autre couleur. Les rues se forment ensuite, et l'on plante des piques dans chacune; en sorte que quand les légions en marche approchent et commencent à découvrir le camp, elles en
Fig. 382. — Établissement d'un camp romain.
connaissent d"abord toutes les parties, le drapeau du consul leur servant à distinguer tout le reste; et comme d'ailleurs chacun occupe toujours la même place dans le camp, chacun sait aussi dans quelle rue et en quel endroit de cette rue il doit loger, à peu près comme si un corps de troupes entrait dans une ville où il aurait pris naissance. » La figure 382 se rattache à l'établissement d'un camp romain ; on y
voit des soldats romains qui vont déposer leurs bagages; ils sont accompagnés de leurs chevaux.
Sur la figure 383, on voit charger des bagages sur le dos des mulets; cVst encore un sujet se rattachant à la foimaiion des camps.
C'est à Polybe qu'il faut nécessairement recourir quand on veut connaître la disposition d'un camp romain ; quoique sa description soit un peu étendue nous n'avons pas cru devoir en rien retrancher. « Voici, dit-il, de quelle manière campaient les Romains : le lieu clioisi pour y asseoir le camp, on dresse la tente du général dans l'endroit d'où il pourra le plus facilement voir tout ce qui se passe et envoyer ses ordres. On plante un drapeau où la tente doit être mise, et autour l'on mesure un espace carré, en sorte que les quatre côtés soient éloi-
Fig. 383. — Chargement des bagages.
gnés du drapeau de cent pieds et que le terrain que le consul occupe soit de quatre arpents. On loge les légions romaines à l'un des côtés le plus commode pour aller chercher de l'eau et des fourrages. Pour chaque légion, il y a six tribuns, et il y a deux légions pour chaque consul; ils ont donc l'un et l'autre chacun douze tribuns, qui sont tous logés sur une ligne droite, parallèle au côté qu'on a choisi et distante de ce côté de cinquante pieds. C'est dans cet espace que sont les chevaux, les bêtes de charge et tout l'équipage des tribuns. Leurs tentes sont tournées de façon qu'elles ont derrière elles le prétoire (fig. 38/iE), et devant, tout le reste du camp. C'est pourquoi nous appellerons désormais le front, cette ligne qui regarde le camp ; les tentes des tribuns, également distinctes les unes des autres, remplissent en travers autant de terrain que les légions. On mesure ensuite un autre espace de cent pieds, le
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long des tentes des tribuns, et ayant tiré une ligne qui, parallèle à ces tentes, ferme la largeur du terrain, on commence à loger les légions.
« Pour cela on coupe perpendiculairement la ligne par le milieu; du point où elle est coupée on tire une ligne droite, et à vingt-cinq pieds de chaque côté de cette ligne on loge la cavalerie des deux légions vis-à-vis l'une de l'autre et séparées par un espace de cinquante pieds. Les tentes, soit de l'infanterie, soit de la cavalerie, sont disposées de la même manière, car les comprjgnies et les coliortes occupent un espace carré et sont tournées vers les rues : la longueur de cet espace est de cent pieds le long de la rue, et pour la largeur on fait en sorte ordinairement qu'elle soit égale à la longueur, excepté au logement des alliés. Quand les légions sont plus nombreuses, on augmente à proportion la longueur et la largeur du terrain. La cavalerie ainsi logée vers le milieu des tentes des tribuns, on pratique une sorte de rue qui commence à la ligne dont nous avons parlé, et à la place qui est devant les tentes des tribuns. Tout le camp est ainsi coupé en rues, parce que des deux côtés les cohortes sont rangées en longueur.
« Derrière la cavalerie sont logés les îriaires, unie compagnie derrière une cohorte, l'une et l'autre dans la même forme. Ils se touchent par le terrain, mais les triaires tournent le dos à la cavalerie, et chaque compagnie n'a de largeur que la moitié de sa longueur, parce que pour l'ordinaire ils sont moitié moins nombreux que les autres corps. Malgré cette inégalité de nombre, comme on diminue de la largeur, ils ne laissent pas d'occuper en longueur un espace égal aux autres.
(1 A cinquante pieds des liiaires, vis-à-vis, on place les princes sur le bord de l'intL-rvalle, ce qui fait une seconde rue, qui commence, aussi bien que celle de la cavalerie, à la ligne droite ou à l'espace de cent pieds qui sépare les tribuns et finit au côté que nous avons appelé le front du camp.
« Au dos des princes on met les hastaires qui, tournés à l'opposite, se touchent par le terrain, et comme chaque partie d'une légion est composée de dix compagnies, il arrive de là que toutes les rues sont également longues et qu'elles aboutissent toutes au côté qui est le front du camp, vers lequel sont aussi tournées les dernières compagnies.
« Les hastaires logés, à cinquante pieds d'eux et vis-à-vis campe la cavalerie des alliés, commençant à la même ligne et s'étcndant jusqu'au même côté que les hastaires. Or, les alliés, après qu'on en a retranché les extraordinaires, sont en infanterie égaux en nombre aux légions romaines; mais, en cavalerie, ils sont le double plus nombreux, et on
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en Ole un tiers pour faire la cavalerie extraordinaire. On leur donne donc en largeur du terrain à proportion de leur nombre, mais en longueur, ils n'occupent pas plus d'espace que les légions romaines. Les quatre rues faites, derrière cette cavalerie se place l'infanterie des alliés, en donnant à leur terrain une largeur proportionnée, et se tournant du côté du retranchement de sorte qu'elle a vue sur les deux côtés du camp.
« .K la tête de chaque compagnie sont, sur les deux côtés, les tentes des centurions. Dans la disposition tant de la cavalerie que de l'infanterie, on fait en sorte qu'entre la cinquième et sixième cohorte, il y ait une séparation de cinquante pieds, laquelle fait une nouvelle rue qui, traversant le camp, est parallèle aux tentes des tribuns. Cette rue s'appelle la Quintaine, parce qu'elle se trouve au-dessous de cinq cohortes. L'espace qui reste derrière les tentes des tiibuns et aux deux côtés de la tente du consul, on en prend une partie pour le marché et l'autre pour le questeur et les munitions.
(i A droite et à gauche, derrière la dernière tente des tribuns, près des côtés du camp et en ligne droite, est le logement de la cavalerie extraordinaire et des autres cavaliers volontaires. Toute cette cavalerie a vue, une partie sur la place du questeur et l'autre sur le marché. Elle ne campe pas seulement auprès des consuls, souvent elle les accompagne dans les marchés, en un mot elle est habituellement à portée du consul et du questeur pour exécuter ce qu'ils jugent à propos. Derrière ces cavaliers se loge l'infanterie extraordinaire et la volontaire. Ils ont vue sur le retranchement et font pour le consul et le questeur le même service que la cavalerie dont nous venons de parler
« Devant ces dernières troupes, on laisse un espace de cent pieds, parallèle aux tentes des tribuns, et qui, s'étendant sur les places du marché et du trésor, traverse toute l'étendue du camp. Au-dessous de cet espace est logée la cavalerie extraordinaire des alliés, ayant vue sur le marché, le prétoire et le trésor. Un chemin ou une rue large de cinquante pieds partage en deux le terrain de la cavalerie extraordinaire, descendant à angle droit depuis le côté qui ferme le derrière du camp jusqu'à l'espace dont nous parlions tout à l'heure et au terrain qu'occupe le prétoire. Enfin, derrière la cavalerie extraordinaire des alliés campe leur infanterie extraordinaire, tournée du côté du retranchement et des derrières du camp. Ce qui reste d'espace vide des deux côtés est destiné aux étrangers et aux alliés qui viennent au camp
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pour quelque occasion que ce soit. Toutes clioses ainsi rangées, on voit que le camp forme une figure carrée et que, tant par le partage des terres que pour la disposition du reste, il ressemble beaucoup à une ville.
« Du retranchement aux tentes, il y a deux cents pieds de distance, et ce vide leur est d'un très-grand usage soit pour l'entrée, soit pour la sortie des légions, car chaque corps s'avance dans cet espace par la rue qu'il a devant lui, et les troupes ne marchant point par le même chemin ne courent pas risque de se renverser et de se fouler aux pieds. De plus on met là les bestiaux et tout ce qui se prend sur l'ennemi, et on y monte la garde pendant la nuit. Un autre avantage considérable, c'est que dans les attaques de nuit, il n'y a ni feu ni trait qui puisse être jeté jusqu'à eux, ou si cela arrive, ce n'est que très-rarement; et encore qu'en peuvent-ils souffrir, étant à une si grande distance et à couvert sous leurs tentes?
«1 Après le détail que nous avons donné du nombre des fantassins et des chevaux dans chaque légion, soit qu'elles soient de quatre ou cinq mille hommes; de la hauteur, longueur et largeur des cohortes, de l'intervalle qu'on laisse pour les rues et pour les places, il est aisé de concevoir l'étendue du terrain qu'occupe une armée romaine, et par conséquent toute la circonférence du camp.
« Si, dès l'entrée de la campagne, il s'assemble un plus grand nombre d'alliés qu'à l'ordinaire, ou que pour quelque raison, il en vienne de nouveaux pendant son cours, outre le terrain que nous avons marqué, on fait un logement à ceux-ci dans le voisinage du prétoire, dût-on pour cela, s'il était nécessaire, ne se servir que d'une place pour le marché ou pour le trésor. A l'égard de ceux qui ont joint d'abord l'armée romaine, des deux côtés du camp on leur fait une rue pour les loger à la suite des légions.
« S'il arrive que quatre légions et deux consuls se rencontrent en dedans du même retranchement, pour comprendre la manière dont ils sont campés, il ne faut que s'imaginer deux armées tournées l'une vers l'autre, et jointes par les côtés où les extraordinaires de l'une et l'autre armée sont placés, c'est-à-dire par la queue du camp; et alors le cimp fait un carré long, qui occupe un terrain double du premier et qui a une fois et demie de plus de tour. Telle est la manière de se camper des consuls lorsqu'ils se joignent ensemble ; toute la différence qu'il y a, c'est que le marché, le trésor et les tentes des consuls se mettent entre les deux camps. »
La figure 38^1 reproduit le plan consulaire d"un camp romain, d'après Polybe. L'encadrement noir indique le fossé avec le retranchement qui entoure le camp, dont la forme est rigoureusement carrée.
Fi,u'. yy 1. — Camp roniaîn.
(D'après la descriptioa de Polybe.)
Le haut de ce fossé était défendu par une forte enceinte de palissades. Chacun des quatre côtés du camp avait une entrée particulière marquée
Fig. 385. — Poste fortifié (d'après la colonoe Trajane).
par A. B. C. D. sur le plan. Une grande rue latérale allant de B à C, et appelée voie principale sépare le camp en deux parties de grandeur inégale. Dans la plus petite, qui forme la partie supérieure du plan, on trouve le prétoire ou tente du général, E, en dessous de laquelle
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sont indiquées les tentes des tribuns romains et des généraux alliés, rangées en files le long de la voie principale. L'espace concédé au questeur et au commissariat placé sous ses ordres est indiqué en M, et la lettre N montre l'emplacement de la place du marché. Les autres
fjg. abtî, — JiàuuieQt a'avaut-puste.
lettres de la partie supérieure indiquent le lieu de campement de quelques troupes d'élite, romaines ou alliées, formant la garde consu-
"m"lW:ll""l
F/g. 3S7. — KetranchemcQt des Daces.
laire et autre. La partie inférieure du plan comprend les soldats des deux légions qui constituent le camp. Elles sont séparées par une rue centrale allant du prétoire à la porte D, et sont disposées de telle fa(;on que les Romains occupent le centre et les alliés la partie extérieure.
Les tours que les Romains élevaient soit pour observer les mouvements de l'ennemi, soit comme fortifications dans les postes avancés, IV. 45