‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 23 sur 42 · LA G JE 11 RE · texte numérisé non relu

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étaient quelquefois bâties en pierre de taille; ellos étaient pourvues d'un toit pointu et entourées d'une palissade de pieux disposée circulaireuient autour de la construction. C'est ce que montre la figure 385, qui est tirée de la colonne Trajane. Il faut observer toutefois que cette tour, sculptée dans la partie la plus mince du bas-relief, et tout en bas de la spirale, a peut-être été raccourcie pour une nécessité de la sculpture; car les tours qu'on voit sur d'autres monuments sont généralement plus élevées.

La figure 386 représente un bâtiment d'avant-poste et sur la figure 387 on voit un retranchement des Daces posé sur une colline : c'est une muraille crénelée, sur laquelle on aperçoit des tètes de prisonniers romains lixées sur des lances, ainsi qu'un vexillum (drapeau de la cavalerie romaine). On voit aussi des constructions en bois élevées sur des pieux et le dragon qui semble dominer le tout. Ce dragon était l'enseigne des Daces : sa gueule est fixée sur une longue perche et son corps, formé d'étoffes bariolées et enflé par le vent, imite les mouvements du serpent.

« Lorsque le camp est établi, dit Polybo, les tribuns assemblés reçoivent le serment de tout ce qu'il y a d'hommes dans chaque légion l'ant libres qu'esclaves. Tous jurent l'un après l'autre et le serment qu'ils font consiste à promettre qu'ils ne voleront rien dans le camp, et que ce qu'ils trouveront ils le porteront aux tribuns. Ensuite, on commande deux cohortes tant des princes que des hastaires de chaque légion, pour garder le quartier des tribuns ; comme pendant le jour, les Romains passent la plupart du temps dans cette place, on a soin d'y faire jeter de l'eau et de la tenir propre. Des cohortes qui restent (car nous avons vu que dans chaque légion il y avait six tribuns et vingt cohortes de princes et de hastaires), chaque tribun en tire trois au sort pour son usage particulier. Ces trois cohortes sont obligées, chacune à son tour, de dresser sa tente, d'aplanir le terrain d'alentour et de clore, s'il en est besoin, ses équipages de haies pour la plus grande sûreté. Elles font aussi la garde autour de lui. Cette garde est de quatre soldats, deux devant la tente et deux derrière près des chevaux. Comme chaque tribun a trois cohortes, et que chacune d'elles est de plus de cent hommes, sans compter les triaires et les vélites qui ne servent point, ce service n'est pas pénible, puisqu'il ne revient à chaque compagnie que de quatre en quatre jours. Cette garde est non-seulement chargée de faire toutes les fonctions auxquelles il plaîtaux tribuns de l'employer; elle est destinée aussi à relever sa dignité et son autorité.

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« Pour les triaires, exempts du service des tribuns, ils font la garde auprès des chevaux, quatre par cohorte chaque jour pour la compagnie qui est immédiatement derrière eux. Lear fonction est de veiller sur bien des choses, mais particulièrement sur les chevaux, de peur qu'ils ne s'embarrassent dans leurs liens, ou que, détachés ou mêlés parmi d'autres chevaux, ils ne causent du trouble et du mouvement dans le camp. De touies les cohortes d'infanterie, il y en a toujours une qui à son tour garde la tente du consul, tant pour la sijreté de sa personne que pour l'ornement de sa dignité.

(c Pour le fossé et le retranchement, c'est aux alliés à les faire aux deux côtés oii ils sont logés; les deux autres côtés sont pour les Romains, un pour chaque légion. Chaque côté se distribue par parties, selon le nombre des cohortes et à chacune il y a un centurion qui préside à l'ouvrage; et quand tout le côté est fini, ce sont deux tribuns qui l'examinent et l'approuvent. Les tribuns sont encore chargés du soin de tout le reste du camp, oli ils commandent deux tour à tour pendant deux des six mois que dure la campagne. Ceux à qui ce commandement échoit par le sort président à tout ce qui se fait dans le camp. Cette charge parmi les alliés est exercée par les préfets.

« Dès le point du jour, les cavaliers et les centurions se rendent aux tentes des tribuns, et ceux-ci à celle du consul, de qui ils apprennent ce qui ('oit se faire, et ils en font part aux cavaliers et aux centurions, qui le communiquent aux soldats quand l'occasion s'en présente.

« Le mot d'ordre de la nuit se donne de cette manière. Parmi les cohortes de la cavalerie et de l'infanterie qui ont leurs logements au dernier rang, on choisit un soldat que l'on exempte de toutes les gardes. Tous les jours au coucher du soleil, ce soldat se rend à la tente du tribun, y prend le mot d'ordre qui est une petite planche où l'on a écrit quelques mots, et s'en retourne à sa cohorte. Ensuite, prenant des témoins, il met la planche et le mot d'ordre entre les mains du chef de la cohorte suivante. Celui-ci le donne à celui qui le suit, et ainsi des autres, jusqu'à ce que le mot d'ordre passe aux cohortes qui sont les plus voisines des tribuns, auxquels il faut que ce signal soit reporté avant la fin du jour; et c'est par ce moyen qu'ils savent que ce mot d'ordre a été donné à toutes les cohortes, et que c'est par elles qu'il leur est venu. S'il en manque quelqu'un, sur-le-champ il examine le fait, et voit par l'inscription quelle cohorte n'a point apporté le signal, et celui qui en est cause est aussitôt puni selon qu'il le mérite.

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« Pour les gardes de la nuit, il y a une cohorte entière pour le général et le prétoire. Les tribuns et les chevaux sont gardés par les soldats que Ton tire pour cela de chaque cohorte, selon ce que nous avons dit plus haut. La garde de chaque cohorte se prend dans la cohorte même. Les autres gardes se distribuent au gré du général. Pour l'ordinaire, on en donne trois au questeur et trois à chacun des deux lieutenants. Les côtés extérieurs sont confiés au soin des vélites qui, pendant le jour, montent la garde tout le long du retranchement; car tel est leur service; et, de plus, il y en a dix pour chaque porte du camp.

« Des quatre qui sont tirés de chaque cohorte pour la garde, celui qui la doit monter le premier est conduit sur le soir par un officier subalterne au tribun, qui leur donne à tous une petite pièce de bois marquée de quelque caractère ; après quoi ils s'en vont chacun à son poste.

« C'est la cavalerie qui fait les rondes. Dans chaque légion, le capitaine de la première compagnie avertit le matin un de ses officiers subalternes de donner ordre à quatre cavaliers de sa compagnie de faire la ronde avant le dîner. Sur le soir, il doit encore avertir le capitaine de la seconde compagnie de faire la ronde le jour suivant. Celui-ci averti donne le même avis pour le troisième jour et les autres de suite font la même chose. Là-dessus l'officier subalterne de la première compagnie en prend quatre cavaliers qui tirent au sort la garde. Ensuite ils se rendent à la tente du tribun, de qui ils apprennent par écrit quel corps et combien de gardes ils doivent visiter. Après quoi ces quatre cavaliers montent la garde à la première compagnie des triaires, dont le capitaine est chargé de sonner de la trompette à chaque heure que la garde doit être montée. Le signal donné, le cavalier à qui la première garde est échue en fait la ronde, accompagné de quelques amis, dont il se sert pour témoins; et il visite non-seulement les gardes postées au retranchement et aux portes, mais encore toutes celles qui sont à chaque cohorte et à chaque compagnie. S'il trouve la garde de la première veille sur pied et alerte, il reçoit d'elle la petite pièce de bois; s'il la rencontre endormie ou si quelqu'un y manque, il prend a témoin ceux qui sont près de lui et se retire. Toutes les autres rondes se font de la même manière. A chaque veille on sonne de la trompette, afin que ceux qui font la garde soient avertis en même temps; et c'est pendant le jour une des fonctions des capitaines de la première cohorte des triaires de chaque légion.

« Pour lever le camp, voici la manière dont les Romains s'y

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prennent : le premier signal donné, on détend les tentes et on plie bagage, en commençant néanmoins par celles des consuls et des tribuns; car il n'est pas permis de dresser et de détendre des tentes avant que celles-ci aient été dressées ou étendues. Au second signal, on met les bagages sur les bêtes de charge et au troisième signal les premières marchent et tout le camp s'ébranle. »

Les machines de guerre. — Les machines de jet étaient de trois espèces : les catapultes et les scorpions qui lançaient spécialement des traits, et les ballistcs avec lesquelles on lançait des pierres. La catapulte, qui envoie de grosses flèches à des distances souvent considérables, est une machine composée d"un châssis de charpente à deux montants verticaux assemblés par deux traverses parallèles. Un écheveau de cordes de nerfs, faisant roffice do la corde d'un arc, est tendu à l'aide d'un moulinetmûp;rdeuxou quatre hommes et lance le trait qu'un servant pointe tandis qu'un autre fait partir la détente. Le trait vole avec une vitesse double de celle des flèches ordinaires et porte beaucoup plus loin. Tout l'appareil, qui forme une sorte de batterie, repose sur une forte colonne de charpente que Ton peut faire pivoter pour tirer à droite ou à gauche. Le scorpion est une machine du même genre, mais beaucoup plus petite et par conséquent plus portative, et qui, au lieu d'envoyer un gros trait, lance une infinité de petits traits. Le rapport du scorpion avec la catapulte est donc à peu près le même que celui qui existe aujourd'hui entre la mitrailleuse et le canon de gros calibre.

La balliste, qui lance des pierres, est également mise en mouvement par un gros écheveau de nerfs. Un levier, maintenu verticalement par un crochet, s'abat horizontalement quand le crochet est défait par un coup de maillet et envoie le projectile dont la course décrit environ le quart d'un cercle. Des chariots attelés de mulets traînaient les catapultes toutes montées à la suite des cohortes, ainsi que les scorpions, mais pour les ballistcs on employait des chariots plats trahies par des bœufs. Les engins envoyés par les machines de guerre pouvaient atteindre à six ou huit cents mètres de distance.

Les projectiles enflammés dont se servaient les anciens étaient de plusieurs sortes. César parle de boulets d'argile rougis au feu qu'on lançait avec la fronde et de d^rds enflammés qui incendiaient les huttes couvertes en paille. 11 parle également de tonneaux de suif, de poix et do menu bois, que les défenseurs d'une ville assiégée faisaient rouler

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sur les travaux des assaillants, afin de les incendier. Un fragment de Polybe décrit une machine à lancer du feu qui était employée sur les vaisseaux rhodiens. « Des deux côtés de la proue, dit-il, à l'intérieur du bâtiment, sur la partie supérieure, deux ancres étaient placées l'une prés de l'autre et fixées par des coins, de manière que leurs extrémités s'avançaient assez loin dans la mer; de la tête d'un de ces coins pendait, à

l'aide d'une chaîne de fer, un vase portant une grande quantité de feu ; de telle sorte qu'à chaque fois qu'approchait, soit vis-à-vis, soit sur les côtés, un vaisseau ennemi, on secouait sur lui ce feu qui ne pouvait endommager le bâtiment sur lequel il était placé, attendu que par l'inclinaison de la machine, il s'en trouvait fort éloigné. »

Le feu grégeois, qui a eu tant d'importance au moyen âge, ne

Fig. 388. — Bélier.

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Fig. 389.

paraît pas avoir été employé avant le vir siècle de notre ère; il n'y a donc pas lieu de s'en occuper ici.

Le bélier était une puissante machine dont les anciens se servaient dans les sièges, à peu près dans les mêmes cas où nous employons aujourd'hui l'artillerie. Elle se composait d'une grosse poutre de bois, munie à l'extrémité d'une masse de fer en forme de tête de bélier (hg. 388) : quand on voulait pratiquer une brèche contre les murailles

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d'une place fortifiée, on poussait la poutre avec violence de manière que la tête du bélier allât heurter contre les pierres et les désagréger. Primitivement le bélier était porté par un grand nombre d'hommes qui n'avaient d'autres ressources que leurs bras pour le faire manœuvrer. C'est ainsi que les Daces l'emploient sur un bas-relief de la colonne Trajane. Plusieurs perfeciioimcments furent apportés dans l'emploi du bélier : le plus important consista à le suspendre à une poutre placée sur des montants : on le manœuvrait ainsi dans tous les sens avec beaucoup moins de fatigue corporelle et en même temps

Fig. 390. — Soldats serrant leurs boucliers.

avec beaucoup plus de force. Ensuite on imagina de le fi.Ker sur un cliàssis monté sur des roues et on le couvrit de planches pour protéger les combattants contre les traits de l'ennemi.

La figure 389 nous montre un bélier en mouvement.

Gomme toutes les villes assiégées étaient munies de fortes murailles crénelées et garnies de tours, l'assiégeant creusait devant la place une contrevallation renforcée aux angles de tours en charpentes, et s'il craignait l'arrivée d'une armée de secours, il traçait une circonvallation qui le protégeait lui-même, de manière à pouvoir jouer à la fois le rôle d'assiégé et d'assiégeant, comme le fit César au siège d'Alise. Les Romains élevaient en outre de grandes tours roulantes, construites en charpentes, et dont la hauteur dépassait quelquefois celle des tours qui défen-

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daient la place. Ces tours, nommées ambulatoires, parce qu'on les changeait de place en les poussant le plus près possible des murailles ennemies, avaient généralement huit étages. Elles étnient garnies de soldats et revêtues à l'extérieur de peaux mouillées, qui les préservaient de l'incendie qu'auraient pu causer les projectiles enflammés lancés de la place. Les tours ambulatoires contenaient presque toujours un bélier, qui sapait le bas de la muraille, tandis que les archers et les frondeurs placés en haut s'efforçaient de dégarnir le rempart de ses défenseurs. En général, ce n'est qu'après plusieurs attaques réitérées qu'on pouvait donner l'assaut.

Un groupe de la colonne Antonine montre comment les soldats romains réunissaient leurs boucliers de manière à se préserver des projectiles que les assiégés pouvaient lancer sur eux. Il représente en effet des soldats se préparant à faire l'assaut d'une forteresse des Germains: on les voit s'avancer jusqu'au pied de la muraille, en élevant les boucliers au-dessus de leurs têtes et de leurs épaules (fig. 390). Ils sont tièsrapprochés, de sorte que les boucliei's non-seulement se touchent, mais se recouvrent mutuellement par leur bord ; leur réunion forme une masse compacte comme l'écaillé d'une tortue ou la pente d'un toit et les projectiles glissaient dessus sans avoir blessé personne. Dans cette manœuvre une partie des soldats mettaient un genou en terre tandis que les autres se tenaient debout, de façon que l'inclinaison des boucliers rejetât promptenient hors des rangs les projectiles qui tombaient.

L'historien Polybe, faisant le récit de l'attaque de Syracuse, que défendait Archimède, décrit ainsi les machines de guerre employées dans ce combat célèbre : « Lorsque Marcus Marcellus attaqua l'Achradine de Syracuse, sa flotte était composée de soixante galères à cinq rangs de rames, qui étaient remplies d'hommes armés d'arcs, de frondes et de javelots pour balayer les murailles. Il avait encore huit galères à cinq rangs de ramîs, d'un côté desquelles on avait ôté les bancs, aux unes à droite, aux autres à gauche, et que l'on avait jointes ensemble deux à deux par les côtés où il n'y avait plus de bancs. C'étaient ces galères qui, poussées par les rameurs du côté opposé à la ville, approchaient des murailles les machines appelées sambuques, et dont il faut expliquer la construction. C'est une échelle de la largeur de quatre pieds qui, étant dressée, est aussi haute que les murailles. Les deux côtés de cette échelle sont garnis de balustrades et de courroies de cuir qui régnent jusqu'à son sommet. On la couche en long sur les côtés des deux galères jointes ensemble, de sorte qu'elle

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passe (le beaucoup les éperons; et au haut des mâts de ces galères, on attache des poulies et des cordes. Quand on doit se servir de cette machine, on attache les cordes à l'e.Klrémité de la sambuque, et des hommes l'élèvent de dessus la poupe par le moyen des poulies : d'autres sur la proue aident aussi à l'élever avec des leviers. Ensuite, lorsque les galères ont été poussées à terre par les rameurs des deux côtés extérieurs, on applique ces machines à la muraille. Au haut de l'échelle est un petit plancher bordé de claies de trois cotés, sur lequel quatre hommes repoussent en combattant ceux qui des murailles empêchent qu'on applique la sainbuque. Quand elle est appliquée et qu'ils sont arrivés sur la muraille, ils jettent bas les claies et, à droite et à gauche, ils se répandent dans les créneaux des murs et dans les tours. Le reste des truupes les suit sans crainte que la machine leur manque, parce qu'elle est fortement attachée avec des cordes aux deux galères. Or ce n'est pas sans raison que cette machine a été appelée sambuque; on lui a donné ce nom, parce que Téchelle étant dressée, elle forme avec le vaisseau un ensemble qui a l'air d'une sambuque.

(( Tout étant préparé, les Romains se disposaient à attaquer les tours; mais ArchimèJe avait aussi, de son côté, construit des machines propres à lancer des traits à quelque distance que ce fût. Les ennemis étaient encore loin de la ville qu'avec des ballistes et des catapultes plus grandes et plus fortement bandées, il les perçait de tant de traits qu'ils ne savaient comment les éviter. Quand les traits passaient au delà, il en avait de plus petites proportionnées à la distance, ce qui jetait une si grande confusion parmi les Romains, qu'ils ne pouvaient rien entreprendre, de sorte que Marcellus, ne sachant quel parti prendre, fut obligé de faire avancer sans bruit ses galères pendant la nuit. Mais quand elles furent vers la terre à portée du trait, Archimède inventa un autre stratagème contre ceux qui combattaient de dessus leurs vaisseaux. Il fit percer à hauteur d'homme et dans la muraille des trous nombreux et de la largeur de la main. Derrière ces meurtrières, il avait posté des archers et des arbalétriers qui, tirant sans cesse sur la flotte, rendaient inutiles tous les efforts des soldats romains. De cette manière, soit que les ennemis fussent près, soit qu'ils fussent loin, non-seulement il empêchait tous leurs projets de réussir, mais encore il en tuait un grand nombre. Et quand on commençait à dresser des sambuques, des macliincs disposées au dedans des murailles et que l'on n'apercevait pas la plupart du temps s'élevaient sur les forts et étendaient leurs becs bien loin en dehors de remparts. Les unes por- IV. 46

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talent des pierres qui ne pesaient pas moins de six cents livres, les autres des masses de plomb dune égale pesanteur. Quand les sambuques s'approchaient, on tournait avec un câble les becs de ces machines où il était nécessaire, et par le moyen d'une poulie que Ion lâchait, on faisait tomber sur la sarabuque une pierre, qui ne brisait pas seulement cette machine, mais encore le vaisseau, et jetait ceux qui s'y trouvaient dans un extrême péril.

(I 11 y avait encore d'autres machines qui lançaient sur les ennemis qui s'avançaient, couverts par des claies, des pierres dune grosseur suffisante pour faire quitter la proue des navires à ceux qui y combattaient. Outre cela, on faisait tomber une main de fer attachée à une chaîne, avec laquelle celui qui dirigeait le bec de la machine comme le gouvernail d'un navire, ayant saisi la proue d'un vaisseau, abaissait l'autre bout du coté de la ville. Quand, soulevant la pi'oue dans les airs, il avait dressé le vaisseau sur la poupe, alors liant le bras du levier pour le rendre immobile, il lâchait la chaîne par le moyen dun moulinet ou d'une poulie. Il arrivait nécessairement alors que ces vaisseaux ou bien tombaient sur le côté, ou bien étaient entièrement culbutés; et, la plupart du temps, la proue retombant de très-haut dans la mer, ils étaient submergés au grand effroi de ceux qu'ils portaient, Marcellus était dans un très-grand embarras ; tous ses projets étaient renversés par les inventions d'Archimède; il faisait des pertes considérables, les assiégés se riaient de tous ses efforts. Cependant il ne laissait pas que de plaisanter sur les inventions du géomètre.

« Cet homme, disait-il, se sert de nos vaisseaux comme de cruches pour puiser de l'eau, et il chasse ignominieusement nos sambuques à coups de bâton, comme indignes de sa compagnie, n

Les signaux. — Les pays voisins des frontières où Ion pouvait redouter des incursions et les côtes de la Méditerranée étaient garnis de petites tours d'observation, qui s'échelonnaient de distance en distance, et qui autant que possible étaient placées sur de petites éminences. Les gardes qui veillaient dans ces tours étaient chargés de surveiller les environs et de transmettre les signaux. Une peinture de Pompéi montre une côte sur laquelle sont représentées plusieurs de ces tours d'observation (fig. 391).

La figure 392 montre une autre construction entourée d'une palissade carrée. Une balustrade en bois fait le tour du premier étage, et

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on voit à la fenêtre une longue torche allumée qui servait à faire des signaux aux troupes éloignées.

Un fragment de Polybe nous fournit de curieux renseignements sur les méthodes employées dans l'antiquité pour les signaux. « De toutes les inventions, dit Polybe, aucune n'est plus utile que les signaux par le feu. Que les choses viennent de se passer ou qu'elles se passent actuellement, on peut par ce moyen en instruire à trois ou quatre journées de là, et quelquefois même à une plus grande distance, de sorte qu'on est surpris de recevoir le secours dont on avait besoin. Autrefois, cette manière d'avertir était trop simple, et perdait par là beaucoup de son utilité. Car pour en faire usage, il fallait être convenu de différents signaux, et comme il y a une infinité de différentes affaires, la plupart

Fig. 391. — Tour d'ob^icrv.ition, CD'.ijirùs une peinture de Pompéi.]

ne pouvaient se connaître par des fanaux. Il était aisé, par exemple, d'avertir ceux avec qui l'on en était convenu; mais des événements qui arrivent sans qu'on s'y attende, et qui demandent qu'on tienne conseil sur-le-champ, et qu'on y apporte du remède, comme une révolte, une trahison, un meurtre ou autre chose semblable, ces sortes d'événements ne pouvaient s'annoncer par le moyen des fanaux. Car il n'est pas possible de convenir d'un signal pour des événements qu'il n'est pas possible de prévoir.

Énée, cet auteur dont nous avons un ouvrage de tactique, s'est efforcé de remédier à cet inconvénient, mais il s'en faut de beaucoup qu'il l'ait fait avec tout le succès qu'on aurait souhaité. Un en va juger. Ceux, « dit-il, qui veulent s'informer mutuellement par des fanaux de ce qui se passe n'ont qu'à prendre des vases de terre également larges, profonds et percés en quelques endroits : ce sera assez qu'ils aient trois coudées de hauteur et une de largeur; qu'ils prennent

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ensuite des morceaux de liège un peu plus petits que rouverlurc dos vaisseaux, qu'ils fichent au milieu de ce liège un bâton distingué par quelque enveloppe fort apparente, et qu'ils écrivent sur chacune de ces enveloppes les choses qui arrivent le plus ordinairement pendant une guerre. Sur lune, par exemple, « il est entré df la cavalerie ; » sur l'autre, « il est arrivé de l'infanterie; » sur une troisième, de l'infanterie légère; sur la suivante de l'infanterie et de la cavalerie. Sur une autre encore, des vaisseaux ; ensuite des vivres, et de même sur

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Fig. 392. — Corps de jjarde sur la Drave.

toutes les autres enveloppes, tous les autres événements qu'ils pourront prévoir à juste titre devoir arriver, eu égard à la guerre qu'on aura à soutenir : que de part et d'autre on attache à ces vaisseaux de petits tuyaux d'une exacte égalité, en sorte qu'il ne s'écoule ni plus ni moins d'eau des uns que des autres, qu'on remplisse les vases d'eau, qu'on pose des>us les morceaux de liège avec leurs bâtons, et qu'ensuite on ouvre les tuyaux. Cela fait, il est clair que les vases étant égaux, le liège descendra et les bâtons s'enfonceront dans les vases à proportion que ceux-ci se videront; qu'après avoir fait cet essai avec une égale promptitude et de concert, on porte les vaisseaux aux endroits où l'on doit donner et observer les signaux et qu'on y mette le liège, et à mesure qu'il arrivera quelqu'une de ces choses qui auront été

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écrites sur les bâtons, qu'on lève un fanal et qu'on le tienne élevé jusqu'à ce que, de l'autre côté, on en lève un autre; qu'alors on baisse le fanal et qu'on ouvre les tuyaux; quand l'enveloppe ou la chose dont on veut avertir est écrite et sera descendue au niveau des vases, qu'on lève le flambeau, et que de l'autre côté, sur-le-champ, on bouche les tuyaux et qu'on regarde ce qui est écrit sur la partie du bâton qui touche à l'ouverture du vaisseau; alors, si tout a été exécuté de part et d'autre avec la même promptitude, de part et d'autre ou lira la même chose.

« Mais cette méthode, quoique un peu différente de celle qui employait, avec les fanaux, des signes dont on était convenu, ne parait pas encore suflisante. Car on ne peut pas prévoir toutes les choses qui peuvent arriver, et quand on pourrait les prévoir, il ne serait pas possible de les marquer toutes sur un bâton.

'.( La dernière méthode a pour auteur Cléoxène et Démoclite, mais nous l'avons perfectionnée. Elle est certaine et soumise à des règles lises; par son moyen on peut avertir de tout ce qui se passe. Elle demande seulemcut beaucoup de vigilance et d'attention, la voici: Que l'on prenne toutes les lettres de l'alphabet et qu'on en fasse cinq classes en mettant cinq lettres dans chacune. Il y en aura une qui n'aura que quatre lettres, mais cela est sans aucune conséquence pour le but que l'on se propose. Que ceux qui seront désignés pour donner et recevoir les signaux écrivent sur cinq tablettes ces cinq classes de lettres, et conviennent ensuite entre eux que celui qui devra donner le signal lèvera d'abord deux fanaux à la fois, et qu'il les tiendra levés jusqu'à ce que de l'autre coté on en ait aussi levé deux, afin que de part et d'autre on soit averti que l'on est prêt. Que les fanaux baissés, celui qui donnera le signal élèvera des fanaux par sa gauche pour faire connaître quelle tablette il doit regarder; en sorte que si c'est la première il n'en élève qu'un, si c'est la seconde il en élève deux et ainsi du reste, et qu'il fera de même par sa droite, pour marquer à celui qui reçoit le signal quelle lettre d'une tablette il faudra qu'il observe et qu'il écrive. Après ces conventions chacun s'étant mis à son poste, il faudra que les deux hommes chargés de donner les signaux aient chacun une lunette garnie de deux tuyaux, afin que celui qui les donne voie par l'un la droite, et par l'autre la gauche de celui qui doit lui répondre. Près de cette lunette, ces tablettes dont nous venons de parler doivent être fichées droites en terre, et qu'à droite et à gauche, on élève une palissade de dix pieds de largeur et environ de la hauteur d'un homme, afin que les fanaux élevés au-dessus donnent par leur lumière un signal

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indubitable, et qu'en les baissant elles se trouvent tout à fait cachées : tout cet apprêt disposé avec soin de part et d'autre, supposé , par exemple, qu'on veuille annoncer que quelques auxiliaires, au nombre d'environ cent hommes, sont passés dans les rangs de l'ennemi, on choisira d'abord les mots qui expriment cela avec le moins de lettres qu'il sera possible, comme cent Krétois (Cretois) ont déserté, ce qui exprime la même chose avec moitié moins de lettres. On écrira donc cela sur une petite tablette, et ensuite on l'annoncera de cette manière. La première lettre est un K, qui est dans la seconde série des lettres de l'alphabet et sur la seconde tablette : on élèvera donc à gauche deux fanaux pour marquer à celui qui reçoit le signal que c'est la seconde tablette qu'il doit examiner, et à droite cinq qui lui feront connaître que c'est un K, la cinquième lettre de la seconde série qu'il doit écrire sur une petite tablette ; ensuite quatre à gauche pour désigner la lettre R, qui est dans la quatrième série, puis deux à droite pour l'avertir que cette lettre est la seconde de la quatrième série. Celui qui observe les signaux devra donc écrire une R sur sa tablette. Par cette méthode, il n'arrive rien qu'on ne puisse annoncer d'une manière fixe et déterminée. Si l'on y emploie plusieurs fanaux, c'est parce que chaque lettre demande d'être indiquée deux fois; mais d'un autre côté, si l'on y apporte les précautions nécessaires, on en sera satisfait. L'une et l'autre méthode ont cela de commun qu'il faut s'y être exercé avant de s'en servir, afin que l'occasion se présentant, on soit en état, sans faire faute, de s'instruire réciproquement ^de ce] qu'il importe de savoir. »

La flotte. — Pendant longtemps les Romains s'occupèrent fort peu de leur marine. Dans les premiers temps, ils n'avaient que des bateaux fort grossiers, semblables à ceux que portait le Tibre, et c'est seulement à partir des guerres puniques qu'ils sentirent la nécessité d'un armement naval. Les vaisseaux de guerre qu'ils construisirent alors ne se distinguaient des autres que par leur dimension qui était généralement plus grande. Les monuments, et notamment la colonne Trajane, en offrent plusieurs représentations. La proue, c'est à-dire lavant, est représentée sur la figure 393, et la poupe, c'est-à-dire l'arrière, sur la figure 394.

Dans la première, on voit sur le rivage un autel avec la flamme sacrée et un bœuf qui va être immolé. C'était, en effet, l'usage d'offrir un sacrifice au moment où une expédition navale se mettait en route.

LES ARMÉES ROMAINES

La disposition générale d'un navire est très visible sur la figure 395, qui représente l'empereur Trajan quittant le port d'Ancône. On remarquera la cabine du commandant placée à la poupe du navire. C'est près de là qu'on mettait les drapeaux et enseignes militaires, ainsi que la lanterne destinée à éclairer le bâtiment. Mais ce qui distingue surtout les bâtiments destinés à la guerre, c'est le roslrum ou saillie en forme

Proue d'ua naviro romain.

de pointe qui forme l'avant d'un navire, et qui ici est décoré d'un œil. On donne le nom de roslrum à une sorte d'éperon, qui faisait saillie sur la proue des bâtiments de guerre et se terminait par une pointe en bronze ou en fer. Dans la marine primitive c'était une simple poutre, dont l'extrémité était en métal et représentait habituellement la tète d'un animal : c'est dans ce genre qu'est le roslrum antique trouvé au fond du port de Gênes. Mais plus tard, le roslrum fut formé de plusieurs poutres en saillie, dont une dominant toutes les autres, et au lieu d'apparaître en saillie au-dessus de la ligne de flottaison, il fut placé plus bas, de manière à ouvrir une terrible voie d'eau au navire endommagé.

LA GUERRE

Les Romains se servaient aussi dans les armées navales d'une machine de guerre appelée corbeau, qui servait à l'abordage du vaisseau ennemi et dont Polybe donne la descripiion suivante :

« Comme les vaisseaux romains étaient mal construits et d'une extrême pesanteur, quelqu'un suggéra l'idée de se servir de ce qui fut depuis ce temps appelé des corbeaux. Voici ce que c'était : Une pièce de bois ronde, longue de quatre aunes, grosse de trois palmes de diamètre, et autour, une échelle clouée à des planches de quatre pieds de largeur sur six aunes de longueur, dont on avait fait un plancher, percé au milieu d'un trou oblong, qui embrassait la pointe à deux aunes de

Fig. 3î)-4. — Poupe d'un navire romain.

l'échelle. Des deux côtés de l'échelle, sur la longueur, on avait attaché un garde-fou qui couvrait jusqu'aux genoux. 11 y avait au bout du mat une espèce de pilon de fer pointu, au haut duquel était tui anneau, de sorte que toute celte machine paraissait semblable à celles dont on se sert pour faire la farine. Dans cet anneau passait une corde avec laquelle, par le moyen de la poulie qui était au haut de la poutre, on élevait les cordages lorsque les vaisseaux s'approchaient et on les jetait sur les vaisseaux ennemis, tantôt du côté de la proue, tantôt sur les côtés, selon différentes rencontres. Quand les corbeaux accrochaient un navire, si les deux étaient joints par leuis côtés, les Romains sautaient dans le vaisseau ennemi d'un bout à l'autre; s'ils n'étaient joints que par la proue, ils avançaient deux à deux au travers du corbeau. Les premiers se défendaient avec leurs boucliers des coups qu'on leur portait par devant; et les suivants, pour parer les coups portés de côté, appuyaient leurs boucliers sur le garde-fou. »

LES ARMÉES ROMAINES

Outre les rameurs et les matelots chargés de la manœuvre, il y avait toujours, sur les navires romains, des soldats exercés à combattre

Fig. 396. — Trirème. (Templa de la Fortune.)

sur mer et qui répondaient à ce que sont aujourd'hui nos soldats de

marine.

Les vaisseaux de guerre, lorsqu'ils étaient en route, ne marchaient

qu'à la voile, et on n'employait la rame que pour la tactique. Dès que

l'ennemi était signalé les matelots carguaient les voiles, et amenaient les antennes, en même temps que les soldats élevaient à la proue et à la poupe des tours de combat, dont on voit une représentation sur la figure 396. Ces tours s'emportaient démontées, parce que pendant le trajet, elles auraient gêné la manœuvre. Les soldats combattaient avec leurs armes ordinaires, mais les rameurs étaient généralement nus jusqu'à la ceinture, pour avoir plus de liberté dans

leurs mouvements. En général, les flottes romaines ne s'écartaient

guère des côtes qu'elles étaient chargées de défendre ou d'attaquer,

Fig. 397. — Vaisseau illyricn.

LES ARMÉES ROllAINES.

et c'est toujours à proximité du rivage que les engagements maritimes avaient lieu.

Après la bataille d'Actium on adopta dans la marine militaire une forme de navire analogue à celle des bâtiments que montaient les pirates illyriens (fig. 397). C'était un navire mince et allongé présentant une pointe à l'arrière comme à l'avant, et pouvant contenir quelquefois plusieurs bancs de rameurs. Le mât était placé au milieu du navire et on se servait de la voile levantine ou triangulaire, au lieu de la voile latine ou carrée qu'on employait pour les autres navires. Ces vaisseaux apparaissent quelquefois sur les médailles de Claude ou de Domitien.

Le triomphe. — Le triomphe, cérémonie purement romaine et dont on ne trouve pas l'analogue chez les autres peuples de l'antiquité,

Fig. 398. — Char do triomphe.

avait pour but avoué doffrir un sacrifice d'actions de grâce à Jupiter Capitolin, mais le véritable but était de montrer au peuple toute la gloire qu'on avait acquise et tout le butin qu'on avait fait. Pour avoir droit aux honneurs du triomphe, il fallait avoir commandé en chef les armées romaines, remporté une grande victoire et tué au moins cinq mille ennemis dans une bataille rangée, avoir agrandi le territoire de la république et terminé la guerre sans avoir éprouvé de défaites. Celui qui avait obtenu le triomphe ne pouvait pas rentrer dans Rome avant la cérémonie, et le sénat qui décernait le triomphe devait se réunir dans un temple situé hors de renc:'inte de la ville, pour entendre le candidat et examiner ses droits. Le costume du triomphateur était une

LA GUERRE

tunique bordée de palmes et une toge de pourpre à rosaces d'or, que l'on conservait dans le temple de Jupiter Capitolin. Il tenait à la main un sceptre d'ivoire surmonté d'un aigle et conservait à perpétuité le droit de porter en public une couroiUie de laurier.

Le triomphe était toujours accompagné d'un immense appareil militaire. Des poteaux placés le long du chemin triomphal portaient des écriteaux où étaient relatés les principaux faits d"armes de la campagne. Le butin était exposé sur des chariots et accompagné des prisonniers de guerre garrotlés. Des couronnes dor offertes par les villes alliées du peuple romain précédaient le char triomphal. Ce char, splendidement décoré, était tiré par quatre chevaux blancs, marchant de front et quelquefois par des éléphants. Les figures 398 et 399 montrent ces

Fig. 399. — Char de triomphe.

chars dans leur forme la plus habituelle. Mais cette forme n'était pas toujours la même. Aussi une médaille de Vespasien montre un char triomphal qui, au lieu de s'ouvrir par derfière comme les chars ordinaires, était complètement circulaire et fermé de tous les côtés : les panneaux extérieurs étaient décorés de sculptures en ivoire. Enfin, la ligure /lOO montre un char de triomphe de l'empire d'Orient.

Les clients et les amis du triomphateur, le sénat, les consuls et tous les grands magistrats suivaient à pied le char triomphal et les soldats venaient ensuite chantant leurs propres louanges qu'ils accompagnaient quelquefois de satires contre leur général. La pompe triomphale traversait le Champ de Mars, passait dans le Vélabre, dans le cirque Maxime, longeait le mont Palatin, prenait la voie Sacrée, traversait le Forum et montait au temple de Jupiter Capitolin. Là, le triomphateur

LES ARMEES ROMAINES

présentait au dieu une brandie de laurier et lui adressait une prière d'uciiins de grâces pour la république.

Les grands et sérieux trionipbes ont été ceux de la république ; mais les plus pompeux ont été ceux de l'époque impériale. Sous l'empire, l'honneur du triomphe fut réservé à l'empereur seul, parce que les autres généraux commandaient seulement à titre de lieutenants et les empereurs se sont souvent fait décerner des triomphes peu mérités.

Un des plus célèbres triomphes de la période républicaine a été celui de Paul-Émile, après sa victoire sur Persée, roi de Macédoine. Plutarque en a laissé la description suivante : « On avait dressé dans les

i-'iij. 4U0. — Char de Iriomphe. (.Empire d'Orient.)

théâtres où se font les courses do chevaux et qu'on appelle cirques, dans les places publiques et dans tous les lieux de la ville d'où l'on pouvait voir la pompe, des échafauds, sur lesquels se placèrent les spectateurs, vêtus de robes blanches. On ouvrit les temples, on les couronna de festons, et on y brûla continuellement des parfums. Un grand nombre de licteurs et d'autres othcicrs publics, écartant ceux qui couraient sans ordre de côté et d'autre, ou qui se jetaient trop en avant, tenaient les rues libres et dégagées. La marche triomphale dura trois jours entiers; le premier sulht à peine à voir passer les statues, les tableaux et les figures colossales, qui, portés sur deux cent cinquante chariots, offraient un spectacle imposant Le second jour, on vit passer également sur un grand nombre de chariots les armes les plus belles et les plus riches des Macédoniens, tant d'airain que

374 LA GUERRE

d'acier et qui, nouvellement fourbies, jetaient le plus vif éclat. Quoique rassemblées avec beaucoup de soin et d'art, elles semblaient avoir été jetées au hasard par monceaux; c'étaient des casques sur des boucliers, des cuirasses sur des bottines, des pavois de Crète, des larges de Thrace, des carquois entassés pêle-mêle avec des mors et des brides; des épées nues et de longues piques sortaient de tous les côtés et présentaient leurs pointes menaçantes. Toutes ces armes étaient retenues par des liens un peu lâches, et le mouvement des chariots les faisant se froisser les unes contre les autres, elles rendaient un son aigu et effrayant; la vue seule des armes d'un peuple vaincu inspirait une sorte d'horreur. A la suite de ces chariots marchaient trois mille liommes, qui portaient l'argent monnayé dans sept cent cinquante vases, dont chacun contenait le poids de trois talents, et était soutenu par quatre hommes. D'autres étaient chargés de cratères d'argent, de coupes en forme de cornes, de gobelets et de flacons, disposés de manière à être bien vus, et aussi remarquables par leur grandeur que par la beauté de leur ciselure. Le troisième jour, dès le matin, les trompettes se mirent en marche ; elles firent entendre, non les airs qu'on a coutume de jouer dans les processions et les pompes religieuses, mais ceux que les Romains sonnent pour exciter les troupes au combat. A leur suite étaient cent vingt taureaux qu'on avait engraissés, leurs cornes étaient dorées et leurs corps ornés de bandelettes et de guirlandes. Leurs conducteurs, qui devaient les immoler, étaient de jeunes garçons ceints de tabliers richement brodés, et suivis d'autres jeunes gens qui portaient les vases d'or et d'argent pour les sacrifices. On avait placé der-, rière eux ceux qui étaient chargés de l'or monnayé; il était distribué, comme la monnaie d'argent, dans des vases qui contenaient chacun trois talents (seize mille six cent quatre-vingts francs). Il y en avait soixante-dix-sept. Ils étaient suivis de ceux qui portaient la coupe sacrée d'or ma=sif, du poids de dix talents (environ deux cent soixante-un kilogrammes), que Paul-Émile avait fait faire, et enrichie qui était de pierres précieuses. On portait à la suite les vases qu'on appelait antigonides, sèleucides, thériclées, et toute la vaisselle d'or de Persée; envoyait ensuite le char de Persée et ses armes surmontées de son diadème.

M A peu de distance, marchaient ses enfants captifs, avec leurs gouverneurs, leurs précepteurs et leurs ofTiciers, qui tous fondaient en larmes,tendaient les mains aux spectateurs, et montraient à ces enfants à intercéder auprès du peuple et à lui demander grâce. 11 y avait deux garçons et une fille; leur âge tendre les empêchait de sentir toute la

LES ARMÉES ROMAINES. 375

grandftur de leurs mnux, et un si grand changement de fortune les rendait d'autant plus dignes de pitié, qu'ils y étaient moins sensibles. Peu s'en fallut même que Persée ne passât sans être remarqué, tant la compassion fixait les yi'ux des Romains sur ces tendres enfants et leur arrachait des larmes! Ce spectacle excitait un scnliment mêlé de plaisir et de douleur, qui ne cessa que lorsque cette troupe fut passée. Persée venait après ses enfants et leur suite; il était vêtu d'une robe noire et portait des pantoufles à la macédonienne; on voyait à son air que la grandeur de ses maux lui en faisait craindre de plus grands encore et lui avait troublé l'esprit. 11 était suivi de la foule de ses amis et de ses courtisans, qui, marchant accablés de douleur, baignés de larmes, et les regards toujours fixés sur Persée, faisaient juger à tous les spectateurs que, peu sensibles à leur propre malheur, ils ne déploraient que l'infortune de leur prince. Après cette dernière troupe, on vit passer quatre cents couronnes d'or, que les villes avaient envoyées à Paul-Emile par des ambassadeurs, pour prix de sa victoire. Enfin paraissait le triomphateur, monté sur un char magnifiquement paré ; mais il n'avait pas besoin de cette pompe majestueuse pour attirer tous les regards ; vêtu d'une robe de pourpre brodée en or, il tenait dans sa main droite une branche d'olivier. Toute son armée en portait aussi et suivait son char, rangée par compagnies, chantant ou des chansons usitées dans ces sortes de pompes et mêlées de traits satiriques, ou des chants de victoire pour célébrer les exploits de Paul-Émile, qui, admiré et applaudi de tout le monde, ne voyait pas un seul homme de bien porter envie à sa gloire. »

L'arc de triomphe est un édifice dont le caractère revient en propre aux Romains, et rien de pareil n'a existé en Grèce. On croit trouver l'origine de cette classe de monuments dans l'habitude qu'avaient les Romains de faire, dans les rues où devait passer le triomphateur, des décorations provisoires oii l'on suspendait les dépouilles des vaincus. En général les arcs de triomphe des Romains n'étaient pas, comme ceux des peuples modernes, des monuments élevés à la gloire militaire d'une nation et représentant par conséquent une idée générale. C'était en quelque sorte de l'architecture historique, et un arc triomphal devait consacrer par des représentations non équivoques le souvenir du triomphe particulier qui avait motivé son érection. De là un style spécial dans la décoration de ces monumenis, qui devaient rappeler d'une manière symbolique ou réelle les nations vaincues,

LA GUERRE

les villes prises, les rois captifs, que chacun devait être en mesure de

reconnaître.

Pendant longtemps l'arc de triomphe n'a été quun arc plein cintre

au-dessus duquel on plaçait la statue du triomphateur et les trophées de la victoire. C'est ainsi qu'on les voit représentés sur plusieurs médailles : ces constructions n'étaient le plus souvent que provisoires, et à part une colonne qui était placée de chaque côté de ' l'arcade, ils étaient à peu prés nus. Plus tard, l'édifice forma un carré percé de trois arcades surmontées d'un attique assez élevé. Le triomphateur passait par l'arcade du milieu et, au moment de son passage, de petites figures ailées que faisait mouvoir un ressort posaient une couronne

sur sa tête. C'est là, selon Quatremère de Quincy, l'origine de ces

victoires ailées qui figurent sur les arcs de triomphe.

Couronne civique.

Fig. 402. — Guerrier romain décoré de phalèrcs.

Ce sont ces monumenis, qui n'étaient d'ahord construits que provisoirement, qui ont servi de types aux arcs de triomphe qu'on a élevés ensuite. Il y en a encore d'une autre espèce qui présentent des arcs doubles. Mais ceux-ci n'avaient pas toujours de signification particulière et s'employaient surtout pour les portes des villes. Les deux arcades

LES ARMÉES ROMAINES

s'employaient pour l'entrée et la sortie. Les arcs de Titus, de Septime Sévère, de Constantin, à Rome, l'arc de Trajan, à Ancône et à Bénévent, et en France, l'arc d'Orange sont les plus célèbres monuments de co genre qui nous aient été conservés.

Plusieurs espèces de couronnes honorifiques étaient également décernées comme récompenses au mérite militaire. La couronne claustrale ou vallaire était décernée au soldat qui, le premier, avait pénétré dans le camp ennemi, en franchissant la palissade; elle était garnie de pointes simulant la palissade. La couronne civique (fig. /jOl) était la récompense du légionnaire qui en avait sauvé un autre ; la couronne graminale était donnée par les soldats au chef de légion qui les

Fig. 403. — Prisonnier Dace.

avait tirés d'un péril imminent; la couronne murafc était donnée à celui qui, le premier, avait escaladé une muraille; la couronne obsidionale, considérée comme la plus importante, était la récompense d'un général ou d'un ofBcier supérieur qui avait pu dégager une armée romaine bloquée par l'ennemi.

Outre les couronnes, les Romains honoraient le courage guerrier par des récompenses qui répondaient à peu près à la médaille militaire de l'armée française, ou la décoration de la Légion d'honneur. Il y en avait de plusieurs sortes : les soldats et officiers qui avaient fait quelque action d'éclat recevaient une phalère, ornement en pierre dure ou en métal précieux travaillé avec art et affectant généralement la forme d'un gros médaillon. On portait les phalères par-dessus l'armure : elles étaient suspendues sur la poitrine au moyen de bufileteries qui pas- IV. 48

LA GUERRE

saient devant la cuirasse. Plusieurs monuments représentent des soldats romains pourvus de cette espèce de décoration militaire (fig. 402). Dans une des vitrines du musée des antiquités au Louvre, on peut voir plusieurs de ces phalères très bien conservées.

Tout soldat romain qui avait fait prisonnier un soldat ennemi avait droit à une récompense spéciale. La figure /j03 représente un prisonnier dace qu'un soldat romain amène devant l'empereur, et la figure 404 deux cavaliers barbares qui sont également conduits par

Fig. 404. — Prisonniers daces.

un soldat romain; celui-ci porte le vexUlum qui est le drapeau de la cavalerie.

Outre les récompenses spéciales affectées à certains actes de courage, le butin pris sur l'ennemi entrait pour une forte part dans les avantages qu'un soldat pouvait tirer de sa profession.

L'histoire offre plus d'un exemple d'une armée victorieuse qui, pendant qu'elle se livre au pillage, est exposée à un retour offensif de l'ennemi, ou qui, après la bataille, se mutine à cause de l'inégalité des parts faites à chacun. Les généraux romains avaient prévu cela et Polybe nous apprend comment se fit le partage du butin après la prise de Carthagène. « Le lendemain, tout le butin qu'on avait fait, tant sur la garnison que sur les citoyens et les artisans, ayant été rassemblé sur

!a place publique, les tribuns le distribuèrent à leurs légions, selon l'usage établi chez les Romains. Or telle est la manière d'agir de ce peuple, lorsqu'ils prennent une ville d'assaut. Chaque jour, on tire des légions un certain nombre de soldats, selon que la ville est grande ou petite, mais jamais plus de la moitié. Les autres demeurent à leur poste, soit hors de la ville, soit au dedans, selon qu'il est besoin. Ces troupes se dispersent pour butiner et on porte ensuite ce que l'on a pris, chacun à sa légion. Le butin vendu à l'encan, les tribus en partagent le prix en parties égales, qui se donnent non seulement à ceux qui sont aux différents postes, mais encore à ceux qui ont été laissés à la garde du camp, aux malades et aux autres qui ont été détachés pour quelque mission que ce soit. »

Les e.\xemis des Romains. — Les petites peuplades nul habitaient

Fig. 405. — Guerrier étrusque.

Fib'. -106. — Guerrier étrusque.

le Latium, et qui étaient dans le voisinage immédiat de Rome, ont été naturellement les premiers ennemis que Rome ait eu à combattre. Mais tout ce qui concerne l'époque des rois est tellement légendaire qu'il est mpossible de rien préciser sur cette période. On peut du moins pré-

LA GUEBRE.

sumer que ces luîtes devaient ressembler passablement à celles des héros grecs de la même époque. 11 semble que la guerre ait consisté en luttes individuelles dont le fameux combat des Horaces et des Curiaces présente certainement le récit le plus curieux.

Mais c'est un duel plutôt qu'une bataille, et pour tout ce qui concerne rorganisation militaire des populations primitives de l'Italie, les textes fournissent en somme bien peu do renseignements. Néanmoins les Étrusques nous ont laissé, h défaut de documents écrits, quelques monuments qui, s'ils ne nous éclairent pas beaucoup sur les grandes

Fig. 407. — Cavaliers étrusques.

divisions d'une armée, et sur les manœuvres qu'on pouvait lui faire exécuter, nous montrent du moins l'équipement du guerrier et les armes qu'il avait à sa disposition.

Le soldat de style archaïque que montre la figure liOô porte un casque peu différent de celui des Grecs de l'âge héroïque; il tient en main deux javelots et n'a pas de bouclier. La poitrine est entièrement préservée des coups de l'ennemi par une forte cuirasse, mais les jambes semblent tout à fait à découvert. Mais il n'en est pas de même de la très curieuse statuette représentée sur la figure /|06, qui est pourvue de jambards, mais dont les pieds sont entièrement nus, particularité que l'on remarque assez fréquemment sur les monuments étrusques. Quant

LES ARMÉES ROMAINES

aux cavaliers étrusques représentés sur un bas-relief (figure 407), qui rappelle sous une forme plus barbare ceux de la grande cavalcade du Panhénon, ils sont remarquables par la coiffure et par la tunique serrée à la ceinture, mais ils fournissent en somme peu de renseignements sur rarmemcnt des Étrusques.

Fig. 408. — Guerrier étrusque.

Le personnage représenté sur la figure 408 est probablement un chef plutôt qu'un simple soldat : c'est du moins ce qui paraît résulter de son équipement qui montre un certain luxe. La tête de ce guerrier est coiffée d'un casque surmonté d'un grand panache qui retombe jusqu'au milieu du dos, comme le montre la figure 409, qui représente le même guerrisr vu de dos. Ce casque est garni d'ailerons pour protéger les oreilles. La poitrine est garantie parun corselet, serré par une cein-

LA GUERRE

ture et surmonté de deux épaulettes qui redescendent en pointe par devant. Sous ce corselet est une tunique courte, dont le bas est apparent sur le haut des cuisses. Des jambières, qui couvrent entièrement le genou et descendent jusqu'aux chevilles, enveloppent les membres

Fig. 409.

Guerrier étrusque.

inférieurs en laissant à découvert une partie du mollet. Ce guerrier porte un bouclier rond, analogue à ceux qu'on trouve chez tous les peuples de l'Italie primitive et qui est également la forme du bouclier romain des premiers âges.

Un vase peint du Louvre nous donne la représentation d"un guerrier samnite (fig. 410). 11 a le corps protégé par une espèce de cuirasse, garnie d'une ceinture; un manteau court fixé sur le devant de la poirine flotte surses épaules. Son casque est garni de plumes; il tient un

LES ARMÉES ROMAINES

javelot dans sa main droite et porte au bras gauche un bouclier. Les figures itll à m, d'après des peintures découvertes dans un tombeau de l'œstum, montrent également des guerriers de l'Italie méridionale. « Les Samnites, dit Tite-Live, avaient imaginé de frapper les regards par l'éclat d'une nouvelle armure. Il y avait deux corps d'armée; l'un avait ses boucliers ciselés en or, l'autre en argent. Le bouclier avait une forme particulière : plus évasé vers l'endroit qui couvre les épaules et la poitrine, il oflrait dans toute sa partie supérieure une largeur

Fig. 410. — Guerrier samnite.

égale, tandis que vers le bas il s'amincissait en coin pour être plus maniable; la poitrine était garantie par une cotte de mailles tissue en éponge et la jambe gauche par une boltine de fer; les casques étaient rehaussés par un panache, qui donnait à la taille un air gigantesque. L'uniforme du corps aux boucliers dorés était bigarré de différentes couleurs; celui du corps aux boucliers d'argent était blanc. Ceux ci formaient l'aile droite, les autres l'aile gauche. »

Un cavalier samnite est représenté sur la figure /il5, d'après une peintura de vase. Son costume ne diffère pas beaucoup de celui des fantassins : le cheval n'a pas de selle ni le coussinet ou le tapis qui la remplace habituellement dans la cavalerie antique.

LA GUERRE

Si la lutte contre les Samnites a établi la prédominance des Romains en Italie, ce sont les guerres puniques qui marquent l'avènement de leur grande puissance.

Cartilage entretenait, surtout à l'époque des guerres puniques, des armées considérables. Elles se composaient en grande partie de soldats mercenaires levés en différents pays. Cependant il y avait toujours dans une armée un corps spécial formé de Carthaginois, mais il était peu nombreux, et il semble avoir été destiné plutôt à former des officiers

oooooooo

rig. 411. — Guerrier samnile.

Fig. 412. — Guerrier samiiite.

capables de commander qu'à constituer un véritable corps d'armée. Ainsi dans un ensemble de soixante-six mille hommes, il n'y en avait pas, suivant Diodore de Sicile, plus de deux mille cinq cents qui fussent de Sicile. Les peuples tributaires d'Afrique formaient la plus grande partie du contingent. Il y avait aussi un assez grand nombre de Gaulois et d'Espagnols : ceux-ci formaient habituellement la grosse infanterie, car les Africains étaient plutôt cavaliers. Les frondeurs des Baléares formaient un corps très-redouté.

Les Grecs, les Campaniens et les Liguriens figuraient aussi en assez grand nombre dans les armées carthaginoises. Quelques statuettes

LES ARMEES ROMAINES

d'un travail très-grossier, découvertes dans la Campanic et la Grande- Grèce, passent pour représenter des soldats au service de Cartilage, Telles sont les deux figurines en bronze trouvées près de Gapoue, que reproduisent les figures /il6 et /|17. Ces deux cavaliers campaniens portent une coiffure en forme de capuchon, une tunique fermée par une largo ceinture et un pantalon collant à carreaux avec des genouillères. Une autre statuette en bronze trouvée près de Grumentum, en

Fig. 413. — Porte-drapeau étrusque ou samnite.

Fig. 414. — Guerrier samnite.

(D'après une peinture de Pœslum.)

Lucanie, représente un cavalier qui en porto un autre en croupe. On attribue également à ce groupe une origine carlhaginoise, sans toutefois qu'il y ait beaucoup de preuves à Tappui; le travail en est extrêmement grossier et rappelle les images phéniciennes de l'île de Sardaigne

Les cavaliers numides, qui sont probablement les ancêtres de nos Kabyles d'Afrique, étaient trcs-redoutés des Romains. « Quand nos cohortes se détachaient, dit J. César (Guerre civile), les Numides évitaient leur choc par la fuite, puis, revenant les envelopper dans leur mouvement de retraite, les empêchaient de rejoindre l'armée. Ainsi elles ne pouvaient, sans péril, ni garder leur poste et leur rang, ni se porter en avant et tenter les hasards. L'armée ennemie, à laquelle le IV. 49

LA GUERRE

roi ne cessait d'envoyer des renforts, grossissait à tout moment; les nôtres tombaient de lassitude; les blessés ne pouvaient ni se retirer du combat, ni être transportés en lieu sûr, à cause de la cavalerie numide qui nous enveloppait de toutes parts. » Ces Numides si redoutés des Romains formaient en grande partie la cavalerie légère de l'armée carthaginoise.

Les éléphants guidés par les Éthiopiens formaient aussi un appoint

Fig. 415. — Cavalier samnite.

important de l'armée carthaginoise; mais dans les guerres lointaines ils sont souvent cause de sérieux embarras pour la difficulté du transport.

Polybe raconte la manière qu'employa Annibal pour faire passer le Rhône à ses éléphants : « Après avoir fait plusieurs radeaux, d'abord on en joignit deux l'un à l'autre, qui faisaient ensemble cinquante pieds de largeur et on les mit au bord de l'eau où ils étaient retenus avec force et arrêtés à terre. Au bout, qui était hors de l'eau, on en attacha deux autres, et Ton poussa cette espèce de pont sur la rivière. Il était

à craindre que la rapidité du fleuve n'emportât tout l'ouvrage. Pour prévenir ce malheur, on retint le côté exposé au courant par des cordes

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Fig. 416. — Cavalier campanien.

attachées aux arbres qui bordaient le rivage. Quand on eut porté ces

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Fig. 417. — Cavalier campanien.

i-adeaux à la longueur d'environ deux cents pieds, on en construisit d'iux autres beaucoup plus grands que Ton joignit aux derniers. Ces

LA GUERRE

deux furent liés fortement l'un à l'autre; mais ils ne le furent pas tellement aux plus petits qu'il ne fût aisé de les détacher. On avait encore attaché beaucoup de cordes aux petits radeaux, par le moyen desquelles les nacelles destinées à les remorquer pussent les affermir contre l'impétuosité de l'eau et les amener jusqu'au bord avec les éléphants. Les deux grands radeaux furent ensuite couverts de tertre et de gazon, afin que ce pont fût semblable en tout au chemin qu'avaient à faire

Fig. 418. — Cavaliers carthaginois.

les éléphants pour en approcher. Sur terre ces animaux s'étaient toujours laissé manier par leurs conducteurs; mais ils n'avaient pas encore osé mettre les pieds dans l'eau. Pour les y faire entrer, on mit à leur tête deux éléphants femelles, qu'ils suivaient sans hésiter. Ils arrivent sur les derniers radeaux, on coupe les cordes qui tenaient ceux-ci attachés aux deux plus grands; les nacelles remorquent et emportent l)ieutôt les éléphants loin des radeaux qui étaient couverts de terre. D'abord ces 'animaux, effrayés, inquiets, allèrent et vinrent de côté et d'autre. Mais l'eau dont ils se voyaient environnés leur lit peur et les retint en place. C'est ainsi qu'Annibal, en joignant des radeaux

LES ARMÉES ROMAINES

deux à deux, trouva le secret de faire passer le Rhône à la plupart de ses éléphants. Je dis à la plupart, car ils ne passèrent pas tous de la même manière. 11 y en eut qui, au milieu du trajet, tombèrent de frayeur dans la rivière. Mais leur chute ne fut funeste qu'aux conducteurs. Pour eux la force et la longueur de leurs trompes les tira du danger. En élevant ces trompes au-dessus de l'eau, ils respiraient et éloignaient tout ce qui pouvait leur nuire, et par ce moyen ils vinrent droit au bord malgré la rapidité du fleuve. »

Les vaisseaux des Carthaginois étaient mieux bâtis que ceux des Romains, et leurs marins beaucoup plus expérimentés. C'est ce que

Fig. -119. — Sanglier, enseigne des Gaulois.

démontre clairement le récit d'un combat naval dans Polybe. « Les Carthaginois eurent pendant tout le combat bien des avantages sur les Romains : leurs vaisseaux étaient construits de manière à se mouvoir en tous sens avec beaucoup de légèreté ; leurs rameurs étaient experts, et entin ils avaient eu la sage précaution de se ranger en bataille en pleine mer. Si quelques-uns des leurs étaient pressés par l'ennemi, ils se retiraient sans courir aucun risque, et avec des vaisseaux aussi légers, il leur était aisé de prendre le large. L'ennemi s'avançait-il pour les poursuivre, ils se tournaient, voltigeaient autour ou lui tombaient sur le flanc et le choquaient sans cesse, pendant que le vaisseau romain pouvait à peine revirer à cause de sa pesanteur et du peu d'expérience des rameurs; ce qui fut cause qu'il y en eut un grand nombre de coulés à fond, tandis que, si un des vaisseaux carthaginois

LA GUERRE

était en péril, on pouvait en sûreté aller à son secours, en se glissant derrière la poupe des vaisseaux. »

Quelques monuments peu nombreux, il est vrai, et des textes trèsprécis, dus aux deux grands écrivains militaires de l'antiquité, Polybe et Jules César, nous font connaître la manière de combattre des Gaulois et nous initient à leurs habitudes militaires.

L'enseigne militaire des Gaulois était un sanglier. Un bas-relief de l'arc de triomphe d'Orange nous montre comment cette enseigne était disposée sur son manche. Nous la reproduisons figure 419.

Lue sculpture d'un sarcophage de la vigne Ammendola représente

Fig. 420. — Soldat gaulois.

un Gaulois qui tombe en arrachant l'arme qui vient de lui transpercer la poitrine. 11 a les bras et les jambes nues; le corps est recouvert par une tunique sans manches (fig. /|20).

Un fragment de bas-relief encastré dans le piédestal de la Melpomène, au musée du Louvre, représente un Gaulois défendant sa maison contre les soldats romains. Le bras du Gaulois est recouvert d'une manche qui descend jusqu'au poignet. La maison, ou plutôt la hutte qu'on voit au fond, paraît construite avec des joncs et des roseaux (fig. 421.)

La bravoure des Gaulois était proverbiale et leur élan était irrésistible : leurs armes étaient mauvaises. Telle est à peu près l'impression que nous donne Polybe.

« Les Romains, dit Polybe, voyant les Gaulois serrés entre deux armées et enveloppés de toutes parts, ne pouvaient que bien espérer

du combat; mais, d'un autre côté, la disposition de ces troupes et le bruit qui s'y faisait les jetaient dans l'épouvante. La multitude des cors et des trompettes y étaient innombrable, et toute l'armée ajoutant à ces instruments ses cris de guerre, le vacarme était tel que les lieux voisins qui le renvoyaient semblaient d'eux-mêmes joindre des cris au bruit que faisaient les trompettes et les soldats. Ils étaient effrayés aussi de l'aspect et des mouvements des soldats des premiers rangs, qui, en effet, frappaient autant par la beauté et la vigueur de leurs corps que par leur nudité; outre qu'il n'y en avait point dans les pre-

Fig. 421. — Soldat gaulois.

mières compagnies qui n'eussent le cou et les bras ornés de colliers et de bracelets d'or. A l'aspect de cette armée, les Romains ne purent à la vérité se défendre de quelque frayeur, mais l'espérance d'un riche butin enflamma leur courage... Les archers s'avancèrent sur le front de la première ligne, selon la coutume des Romains, et commencèrent l'action par une grêle épouvantable de traits. Les Gaulois des derniers rangs n'en souffrirent pas extrêmement, leurs braies et leurs saies les en défendirent; mais ceux des premiers, qui ne s'attendaient pas à ce prélude et n'avaient rien sur leur corps qui les mît à couvert, en furent

392 LA GUERRE

très-incommodés. lis ne savaient que faire pour parer les coups. Leur bouclier n'était pas assez large pour les couvrir; ils étaient nus, et plus leurs corps étaient grands, plus il tombait de traits sur eux. Se venger sur les archers mêmes des blessures qu'ils recevaient, cela était impossible, ils en étaient trop éloignés; et d'ailleurs comment avancer au travers d'un si grand nombre de traits? Dans cet embarras, les uns, transportés de colère et de désespoir, se jettent inconsidérément parmi les ennemis, et se livrent involontairement à la mort; les autres pâles, défaits, tremblants, reculent et rompent les rangs qui étaient derrière eux... Si les armes des Gaulois eussent été les mêmes que celles des Romains, ils remportaient la victoire. Ils avaient à la vérité comme eux des boucliers pour parer, mais leurs épées ne leur rendaient pas les mêmes services. Celles des Romains taillaient et perçaient, au lieu que les leurs ne frappaient que de taille.

(i Cette bataille est célèbre par l'intelligence avec laquelle les Romains s'y conduisirent. Tout l'honneur en est dû aux tribuns qui instruisirent l'armée en général, et chaque soldat en particulier, de la manière dont on devait combattre. Ceux-ci, dans les combats précédents, avaient observé que le feu et l'impétuosité des Gaulois, tant qu'ils n'étaient pas entamés, les rendaient à la vérité formidables dans le premier choc; mais que leurs épées n'avaient pas de pointes, qu'elles ne frappaient que de taille et d'un seul coup; que le fil s-'en émoussait, et qu'elles se pliaient d'un bout à l'autre; que si les soldats, après le premier coup, n'avaient pas le temps de les appuyer contre terre et de les redresser avec le pied, le second n'était d'aucun effet. Sur ces remarques, les tribuns donnent à la première ligne les piques des triaires qui sont à la seconde et commandent à cc^^. derniers de se servir de leurs épées. On attaque de front les Gaulois, qui n'eurent pas plutôt porté les premiers coups, que leurs sabres leur devinrent inutiles. Alors les Romains fondent sur eux l'épée à la main, sans que ceux-ci puissent faire aucun usage des leurs, au lieu que les Romains, ayant des épées pointues et bien affilées, frappent d'estoc et non pas de taille. Portant alors des coups et sur la poitrine et au visage des Gaulois, et faisant plaie sur plaie, ils en jetèrent la plus grande partie sur le carreau. »

Jules César a jugé les Gaulois sous un tout autre point de vue : ((.\ la valeur singulière de nos soldats, dit-il, les Gaulois opposaient des inventions de toute espèce, car cette nation est très-industrieuse et très-adroite à imiter et à exécuter tout ce qu'elle voit faire. Ils détour-

LES ARMÉES ROMAINES

naient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient saisies, ils les attiraient à eux avec des machines. Ils ruinaient notre terrasse, en la minant avec d'autant plus d'habileté qu'ayant des mines de fer consi-

Flg. 4J2. —Soldat dace.

dérables, ils connaissent et pratiquent toutes sortes de galeries souterraines. Ils avaient de tous côtés garni leurs murailles de tours recou-

Fig. 423. — Archers daces.

vertes de cuir. Faisant de jour et de nuit de fréquentes sorties, tantôt ils mettaient le feu aux ouvrages, tantôt ils tombaient sur les travailleurs. L'élévation que gagnaient nos tours par l'accroissement journalier de la terrasse, ils la donnaient aux leurs en y ajoutant de longues poutres liées ensemble ; ils arrêtaient nos mines avec des pieux aigus, IV. 50

LA GUERRE

brûlés par le bout, de la poix bouillante, denormes quartiers de roches, et nous empêchaient ainsi de les approcher des remparts.

« Voici quelle est à peu près la forme des murailles dans toute la Gaule : à la distance régulière de deux pieds, on pose sur leur longueur des poutres d'une seule pièce, on les assujettit intérieurement entre elles et on les revêt de terre foulée. Sur le devant, on garnit de grosses pierres les intervalles dont nous avons parlé. Ce rang ainsi disposé et bien lié, on en met un second en conservant le même espace de manière

Fig. 424. — Cavaliers sarmates.

que les poutres ne se touchent pas, mais que dans la construction elles se tiennent à une distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. Tout l'ouvrage se continue ainsi, jusqu'à ce que le mur ait atteint une hauteur convenable. Non-seulement une telle construction, formée de rangs alternatifs de poutres et de pierres, n'est point, à cause de cette variété même, désagréable à l'œil, mais elle est encore d'une grande utilité pour la défense et la sûreté des villes; car la pierre protège le mur contre l'incendie, et le bois conire le bélier; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l'intérieur. »

On voit que le général romain semble apprécier vivement les Gau-

LES ARMEES ROMAINES

lois pour tout ce qui concerne l'attaque et la défense des places. Dans un autre endroit, Jules César parle des chariots que les Gaulois employaient à la guerre. « Voici, dit Jules César, leur manière de combattre avec ces chariots : d'abord ils les font courir sur tous les points en lançant des traits; et par la seule crainte qu'inspirent les chevaux et le bruit des roues, ils parviennent souvent à rompre les rangs. Quand ils ont pénétré dans les escadrons, ils sautent à bas de leurs chariots et combattent à pied. Les conducteurs se retirent peu à peu de la mêlée et placent les chars de telle façon que si les combat-

Fig. -l'iô. — Cavaliers sarmates.

tants sont pressés par le nombre, ils puissent aisément se replier sur eux. C'est ainsi qu'ils réunissent dans les combats l'agilité du cavalier à la fermeté du fantassin; et tel est l'effet de l'habitude et de leurs exercices journaliers, que, dans les pentes les plus rapides, ils savent arrêter leurs chevaux au galop, les modérer et les détourner aussitôt, courir sur le timon, se tenir ferme sur le joug et de là s'élancer précipitamment dans leurs chars. »

Nous avons déjà parlé des Germains, des Daces et des Sarmates (t. II, p. 218). Nous n'avons donc pas à revenir sur ces peuples. La figure 422 représente un soldat dace combattant les Romains. Voici maintenant, figure 423, les arciiers daces avec leurs casques coniques. Remarquons en passant combien ces archers daces ressemblent

LA GUERRE

par leur lournure et leur costume à tout ce que les écrivains nous ont rapporté sur les Parthes.

Les royaumes grecs fondés en Asie subirent la loi commune et

Pig. 4-2G. — Cavaliers sassanidos.

tombèrent tour à tour sous la domination romaine. Mais les Parthes,

i'"'.";.jl!P:r-Kc^.(.;^.>-.;iu:fV~J;i;!';i'"!i';i!';^') ) Fig. -UT. — Gardes de Sapor.

les Sarmates et en général tous les peuples originaires de Scythie, avaient conservé les mœurs belliqueuses des anciens barbares, et arré-

LES ARMÉES ROMAINES

tèrent les Romains dans leur marche conquérante. Rome ne put jamais s'étendre bien loin du côté de l'Orient, et les frontières de l'empire romain furent au contraire exposées à de continuelles dévastations. Les Partîtes étaient renommés comme cavaliers et comme archers; ils vivaient presque toujours à cheval et c'était en fuyant qu'ils étaient les

Fit^. -Î28. — Cavalier perse de l'époque sassaujdc. (Sur un bas-relief de Taky Bostam.)

plus redoutables, attirant l'ennemi sur leurs traces et lui décochant des flèches en courant.

Les cavaliers parthes ou sarmates représentés sur la co'onne Trajane sont revêtus, ainsi que leurs chevaux, d'une coite de mailles qui les protège entièrement (fig. i|24 et k^J). On distingue ici l'agencement de leur casque qui est un bonnet de cuir de ferme co.iique, entouré de cercles de métal et garni de mentonnières.

iNous avons parlé plus haut des Perses sassanides (t. I"', p. 314). La ligure /j26 montre des cavaliers de Sapor et la figure /i27, des fantassins de la même armée. L'allure de ces V'Crsonnages a encore

398 LA GUERRE

un peu du caractère antique ; mais la figure Zi28, qui représente un cavalier sculpté sur le roclier de Bisoutoun, quoique de la période sassanide, présente déjà une allure complètement moyen âge.

Ce cavalier porte une cotte de mailles qui retombe sur les genoux et remonte sur le casque de manière à masquer complètement le visage. 11 tenait une lance de la main droite qui est brisée; le bras gauche porte un petit bouclier rond. De riches vêtements décorés avec la profusion ordinaire aux Sassanides sortent de cette cotte de mailles. Le cheval, qui est fort endommagé, est couvert d'un chanfrein et de tout un harnachement de guerre : les glands très-nombreux qui décorent son poitrail paraissent avoir été un ornement depuis longtemps goûté dans le pays, puisqu'on en retrouve déjà dans le harnachement des chevaux assyriens.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES

Les dieux. — Les emblèmes religieux. — Les animaux sacrés.

Les destinées de l'ame. — Les temples. — Les puéthes.

Les cérémonies du culte.

Les dieux. — Le rapport que les Égyptiens avaient trouvé entre la vie humaine et la marche du soleil forme le fond de leur religion. Le soleil, personnifié dans Ra, passe alternativement de la lumière aux ténèbres, c'est-à-dire à la mort, et des ténèbres à la lumière, c'est-àdire à la vie. 11 engendre la vie, car c'est à sa chaleur que tous les êtres doivent leur existence; mais lui-même n'a jamais été engendré, donc il s'engendre lui-même, en sorte que le père et le fils, c'est-à-dire le soleil dans sa force et le soleil levant, sont aussi anciens l'un que l'autre.

A côté de ces deux personnages figure une divinité féminine, portant habituellement des cornes de vache, et qui paraît être une personnilication de la terre; elle remplit le rôle d'épouse et de mère. Mais, quoique mère, elle demeure toujours vierge. « Je suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été, dit la déesse dans une inscription rapportée par Plutarque; personne n'a relevé ma tunique et le i'ruit que j'ai enfanté est le soleil, w

Le soleil se conçoit lui-même dans le sein de la déesse. Pour comprendre ce symbolisme en apparence assez obscur, il faut se rappeler les impressions qu'ont dû éprouver les hommes primitifs en face du spectacle de la nature. Le soleil levant qui apparaît à l'horizon leur semblait sortir de la terre; il est donc enfanté par elle, mais il n'est pas engendré, puisque le soleil de jour, sjn père, ne touche jamais à la terre.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES

Ces trois divinités constituent ce qu'on appelle une triade : tous les temples de l'É^pte sont dédiés à une triade qui porte un nom différent selon le pays où elle est adorée, mais qui représente toujours la même pensée. La religion égyptienne est en effet un mélange de cultes locaux, divers dans leurs apparences, mais se rattachant au même symbolisme.

Ainsi à Thèbes, la triade se compose du dieu Amnion-Ra (Ra est le soleil personnifié), de la déesse Maut et du jeune dieu Chons; à Memphis, le dieu qui représente le soleil levant est fils de Phtali, l'éner-

Fig. 429. — Tualamepnore pjrtant la triade. (Musée du Louvre.)

gie créatrice, et de Pacht, la déesse à tète de lionne qui punit les crimes des hommes. Mais de toutes les triades égyptiennes la plus importante est celle d'Osiris, Isis et Horus, dont le culte était répandu dans toute lÉgypte.

La triade égyptienne apparaît sur un assez grand nombre de monuments; on la voit figurer, entre autres, sur un petit autel que porte un personnage agenouillé; c'est une statue en basalte noir, découverte au dernier siècle sur la voie Flaminienne, à environ dix lieues de Rome. L'inscription de cette statue la reporte au règne de Psammitique 11, c'est-à-dire vers le m' siècle avant Jésus-Christ (fig. /t29).

Le dieu suprême, bien qu'unique dans son principe, se dédouble en

une foule do qualités qui se personnifient sous différents noms. Ainsi la puissance féconde du dieu sera Ammon, sa bonté seraOsiris, son intelligence sera Thoth ; mais la forme que le dieu prend alors pour se faire reconnaître est presque toujours empruntée à l'animalité et c'est assurément là un des points les plus curieux de la doctrine égyptienne.

« La division de l'Egypte en nomes ou provinces, dit Mariette, a pour base sa division antérieure en districts religieux. Chaque nome reconnaissait en effet un dieu qui n'était pas le protecteur des nomes voisins, tandis que chaque ville accueillait à son tour une divinité à laquelle elle rendait plus particulièrement ses hommages. C'est ainsi qu'Osiris est, dès la plus haute antiquité, le dieu local d'Abydos. Osiris dut pourtant à son caractère propre de ne pas rester cantonné dans le district qui, à une époque inconnue, lui avait été assigné. « Tous les <( Égyptiens, dit Hérodote, n'adorent pas les mêmes dieux; ils ne (1 rendent tous le même culte qu'à Osiris et à Isis. » Ce passage est à remarquer pour sa netteté. Thèbes, Meniphis, Éléphantine, reconnaî- . Iront séparément Ammon, Phtah, Chnouphis pour les représentants de l'être invisible, et de nomes en nomes, les dieux égyptiens se succéderont dans une perpétuelle révolution. Mais Osiris, protecteur des âmes, sera, de la Méditerranée aux cataractes, le dieu de tous les Égyptiens. »

Osiris, dieu solaire, Isis, sa sœur et son épouse, et Ilorus, son fils, ont une légende mythologique, dont les auteurs grecs nous ont transmis le récit, et qui symbolise la lutte de la lumière contre les ténèbres. Osiris, personnification du soleil, est tué par Set, le Typhon des Grecs, personnification des ténèbres. Isis, qu'on a pour cette raison assimilée à la lune, recueille ce qu'elle peut de sa lumière, et Horus, le soleil levant, venge son père en dispersant les ténèbres. Mais si le soleil est la manifestation visible d'Osiris, le]|bien est sa manifestation morale. Quand le soleil meurt, il reparaît à l'horizon sous la forme d'Horus, fils d'Osiris; de même le bien, quand il a succombé sous les coups du mal, reparaît sous la forme d'iiorus, fils et vengeur d'Osiris. C'est parce qu'Osiris représente le soleil nocturne ou disparu, qu'il préside dans les régions inférieures au châtiment des coupables et à la récompense des justes. C'est parce qu'il est h divinité bienfaisante, qu'il a enseigné aux hommes l'agriculture, et qu'il s'incarne dans le bœuf Apis, symbole de l'animal qui féconde la terre par son travail.

Toute cette conception doit être égyptienne par le côté théologique, mais la forme qu'elle prend dans la mythologie nous a été rapportée IV. 51

402 INSTITLTIONS RELIGIEUSES.

par les Grecs, qui appliquaient volontiers les légendes forgées par leurs poëtes aux divinités des pays étrangers.

L'histoire d'Orisis présente de grands rapports avec la légende mystique de Bacchus. Osiris tué par Set ou Typhon est placé dans un coffre : Isis ayant découvert le coffre, Typhon craint une résurrection et coupe le corps en petits morceaux qu'il dissémine en des endroits différents pour qu'on ne puisse plus les rejoindre. Cependant les soins d'isis l'ont rendu à la vie et la victoire d'Horus lui a rendu sa puissance. Bacchus a été de même coupé par morceaux, seulement c'est Cérès qui remplit ici le rôle d'isis. En effet, pendant la guerre desTitans, Bacchus avait été tué, et pendant trois jours il avait subi la loi de mortalité. Sa tète palpitante et ses membres disséminés furent apportés à Cérès, qui lui rendit la vie et fut ainsi pour lui comme une seconde mère.

Osiris porte quelquefois la tête de taureau pour indiquer son identification avec Apis. Plus habituellement il apparaît sous la forme humaine, avec la couronne Atew, coiffure sacrée, composée de la mitre blanche, de deux plumes d'autruche, de cornes de bélier, d'urœus et parfois compliquée de quelques autres ornements. Son corps est souvent emmaillotté comme celui d'une momie; son attribut ordinaire est le crochet ou le fouet, symbole de domination et la croix ansée que portent toutes les divinités égyptiennes.

(I Osiris, dit M. Paul Pierret dans son Dictionnaire d'archéologie égyptienne, avait été tué par Set, qui avait dispersé son cadavre. Isis. femme et sœur d'Osiris, avait réuni ses membres, et, par ses incantations, l'avait ramené à la vie. Osiris ressuscité s'appelle Horiis, et Isis est, par suite, considérée comme la mère d'Horus ; dans ce rôle, elle se confond avec Hathor et est représentée allaitant son jeune dieu. De la légende que je viens de résumer en deux mots découlent les fonctions funéraires d'isis, représentée tantôt pleurant Osiris, tantôt le couvrant de ses ailes ou veillant au pied du sarcophage. Nephtys l'avait aidée dans rœu\Te de résurrection d'Osiris; les deux déesses sont appelées, dans les textes, les deux pleureuses et les deux couveuses. La coiffure ordinaire d'isis est le disque uni aux cornes de vache. Quelques auteurs ont cru qu'Isis était une déification de la lune, parce qu'ils ont pris ce disque pour un disque lunaire, tandis que t'est le disque du soleil sortant des cornes de la vache, allusion au rôle dTsis, mère d'Horus, le soleil levant. »

Si le bœuf Apis, symbole de Tagnculture, est une incarnation (TOsiris, la vache, symbole de fécondité, est consacrée à la déesse mère, Hathor ou isis, allaitant l'enfant divin Horus. Aussi cette déesse est fréquemment représentée avec des cornes de vache, qui forment sur sa tête comme un croissant lunaire. Quelquefois aussi elle est caractérisée simplement par une figure humaine pourvue d'oreilles de vache (fig. 430). C'est ainsi qu'elle parait sur le dé qui couronne les chapiteaux du temple de Philé. L'image de la déesse est surmontée d'un petit temple ou autel que nous trouvons également sur les enseignes sacrées.

L'image d"lsis ne pouvait manquer de se transformer sous Tinfluence des idées grécoromaines. Elle est alors caractérisée par le sistre, l'hydrie et le nœud que son manteau à franges forme sur sa poitrine. Notre figure 431 représente une Isis du musée de Naples. C'est une bonne sculpture de l'époque romaine, montrant exactement la physionomie que prit alors la déesse.

La figure 432 appartient à la même époque malgré l'allure archaïque que le sculpteur lui a donnée.

Le sistre, dont nous avons expliqué plus haut l'usage (t. II, p. 550), a toujours été l'instrument de musique spécialement consacré à Isis; mais, à partir des Ptolémèes, cette déesse, dont le culte s'est promptcment répandu

en Grèce et ensuite dans l'empire romain, s'est absolument transformée. Les théologiens ont modifié du tout au tout son principe, en mémo temps que les artistes ont altéré sa forme. A Corinlhe, elle était surtout considérée comme déesse de la navigation. C'est sous cet aspect qu'Apulée la montre dans la description fort curieuse qu'il en a donnée dans sa Métamorphose.

Lucius voit en apparition la déesse Isis dont il décrit ainsi le costume : « D'abord elle avait une épaisse et longue chevelure dont les anneaux, légèrement bouclés et dispersés çà et là sur son cou divin, flottaient avec un mol abandon. Une couronne formée de diverses fleurs posait délicatement sur le sommet de sa tête. Elle avait au-dessus du front une plaque circulaire en forme de miroir, laquelle jetait une

Fig. 431.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES

lumière blanche et indiquait que c'était la lune. A droite et à gauche, cet ornement était retenu par de souples vipères dont la tête se dressait, et aussi par des épis de blé qui venaient se balancer au-dessus de son front. Sa robe, faite d'un lin de la dernière finesse, était de couleur changeante et se nuançait tour à tour de la blancheur du lis, do l'or

du safran, de l'incarnat de la rose. Mais ce qui frappe le plus vivement mes regards, c'était un manteau si parfaitement noir qu'il en était éblouissant. Ce manteau, jeté sur elle en travers, lui descendait de l'épaule droite au-dessous du côté gauche, comme eût fait un bouclier. Un des bouts pendait avec mille plis artistement disposés, et il se terminait par des nœuds en franges, qui flottaient de la manière la plus gracieuse.

Tout le bord ainsi que le fond étincclait d'innombrables étoiles, au centre desquelles une lune dans son plein brillait de sa radieuse et vivante lumière : ce qui n'empêchait pas que dans la longueur de ce manteau sans pareil ne régnât sans interruption une guirlande de broderies représentant toutes sortes de fruits et de fleurs. La déesse portait en outre plusieurs attributs bien différents les uns des autres; dans sa main droite, elle avait un sistre d'airain , dont la lame mince et courbée en forme de baudrier était traversée de trois petites verges qui, agitées toutes ensemble, rendaient par le mouvement de son bras un tintement aigu. De sa main gauche pendait un vase d'or en forme de gondole, lequel, à la partie la plus saillante de son anse, était surmonté d'un aspic à la tête droite et au cou démesurément gonflé. Les pieds divins étaient recouverts de sandales tissues avec les feuilles de palmier, cet arbre de la victoire. »

Horus, comme personnification du soleil levant, a pour emblème l'épervier, parce que les anciens croyaient que cet oiseau était doué de la faculté de regarder le soleil en face. Horus apparaît dans l'art, soit

Fig. 4a2. — Isis grecque.

comme le dieu à tête d'épervier, soit sous la forme d'un enfant portant le doigt à sa bouclie. Ce geste, qui exprime simplement son état d'enfance, l'a fait prendre longtemps pour le dieu du silence : les Grecs lui donnaient le nom d'Hurpocratc, emblème du renouvellement incessant de la divinité. Horus était représenté sur le temple d'Hermouthis, au moment de sa naissance. Il sort d'une fleur de lotus avec les cheveux en tresse et le fouet sur l'épaule. Sa mère Isis lui tend la main, et une autre divinité s'apprête à lui remettre la croix ansée, emblème par excellence des dieux de l'Egypte. Isis, dans plusieurs monuments, est représentée allaitant son fils Horus qui, dans cette situation, prend toujours la forme humaine, même lorsqu'il est encore adolescent.

Mais dès qu'Horus arrive à l'âge d'homme, c'est-à-dire quand le soleil a déjà pris sa force, il reprend sa tête d'épervier. Au reste comme le panthéon égyptien a plusieurs divinités solaires, la tête d'épervier, quoique appartenant plus spécialement à Horus, peut quelquefois personnifier d'autres dieux, ou plutôt la même divinité sous des noms différents, et elle est assez fréquemment coiffée du disque solaire. L'épervier figure sur la bannière des Pharaons, parce qu'ils sont au moment de leur avènement assimilés à Horus.

C'est à Horus qu'il faut rattacher Vœil mystique, si fréquent sur les monuments. « L'œil mystique, dit Mariette, est un emblème qui est répandu à profusion dans toutes les tombes, particulièrement depuis la XXVI° dynastie. On l'appelle tantôt l'œil d'Horus, tantôt l'œil du Soleil et de la Lune. Dans le grand combat d'Horus et de Typhon, celui-ci arrache l'œil de son ennemi, l'avale, puis le rend au Soleil. C'est l'éclipsé passagère de l'âme succombant sous le péché; mais l'âme ne sort que plus brillante des ténèbres qui. l'ont un instant enveloppée; ses épreuves sont maintenant accomplies; elle va jouir de la plénitude des biens célestes. L'œil mystique semble ainsi signifier le terme resplendissant de la période de justification que l'on doit traverser avant d'être admis dans le sein du dieu supérieur. »

Set, le Typhon des Grecs, a été autrefois une divinité solaire, qui figurait parmi les grands dieux d'Abydos. Il a même combattu le serpent Apophis, génie du mal et des ténèbres. Mais plus tard son culte a été aboli et ses images détruites par suite de revirements politiques. Quand le culte d'Osiris vint à prévaloir, il reparut de nouveau, mais pour personnifier le mal et tuer Osiris, le principe du bien, qui fut vengé par son fils Horus. Ncphtys est la femme de Set et la sœur d'Isis,

406 INSTITUTIONS RELIGIEUSES

L'animal s^inbolique de Set est un quadrupède carnassier, pourvu d'un museau long et de deux oreilles droites et larges du bout.

H Entre les animaux privés, dit Plutarque, on a départi à Typhon, celui qui est le plus stupide, l'âne, et entre les sauvages, ceux qui sont les plus féroces, le crocodile et l'hippopotame. Nous avons exposé déjà ce qui est relatif à l'âne. Pour ce qui est de l'hippopotame, on montre à Hermopolis une image de Typhon, sous la forme de cet animal. 11 a sur le dos un épervier qui se bat contre un serpent... Dans les sacrifices qu'on lui fait le septième jour du mois de Tybi, jour appelé «retour d'isis de la Phénicien, on figure sur les gâteaux sacrés un hippopotame chargé de chaînes. Dans Apollonis une loi oblige chaque citoyen, sans exception, à manger du crocodile. A un jour fixé, ils en prennent à la chasse autant qu'ils peuvent, et après les avoir tués, ils les jettent devant le temple de Dieu. Ils donnent pour motif, que Typhon échappa à Horus en prenant la forme' d'un crocodile. Ainsi tout ce qu'il y a de mauvais dans les animaux, dans les plantes, dans les passions, ils le regardent comme l'œuvre de Typhon, comme faisant partie de son être et comme étant le produit de ses mouvements. » Eusèbe nous parle également de la forme d'hippopotame que prend Typhon dans sa lutte contre Horus. u Horus, dit-il, a pour symbole un homme à tête d'épervier, armé d'une pique et poursuivant Typhon représenté sous forme d'un hippopotame. »

« Dans les idées égyptiennes, dit Mariette, le sable était impur, à cause de sa couleur fauve qui est celle de Typhon. Pour le purifier, on le parsemait de petites images de divinités, toutes les fois qu'il devait servir de sol à un édifice sacré. Le Sérapeum de Memphis, bâti en plein désert, devait moins que tout autre échapper à cette loi. Les statuettes de divinités, en bois, en pierre, en bronze, en porcelaine, y ont été en effet répandues par milliers. Le plus souvent elles portent, inscrit sur leur base, le nom de celui qui, pour se rendre Apis favorable, déposait ainsi dans le sable ce témoignage de sa piété. »

L'ibis est consacré à Thoth, la raison suprême, le dieu que les textes appellent seigneur des divines paroles,' seigneur des écritures sacrées. Thoth personnifie l'intelligence divine qui a présidé à la création : c'est par son inspiration que le soleil, vainqueur des ténèbres et du chaos, a organisé le monde et maintient son œuvre chaque jour. 11 avait gratifié Osiris du don de persuader toujours en disant la vérité. Or les morts étant assimilés à Osiris jouissent du même privilège; c'est pour cela qu'en parlant d'un défunt, les textes accolent à son nom l'épithète

L'KGYPTE.

de véridique. Thoth, l'inventeur des sciences et des lettres, est caractérisé dans le panthéon égyptien par la tête d'un ibis. L'étendue du pas de l'ibis formait l'étalon des mesures usitées en Egypte.

Le cynocéphale, animal également consacré à Thoth, et qui a la forme d'un singe, était pour les anciens Égyptiens le symbole de l'équilibre. Ils avaient probablement été frappés de la manière dont les singes savent garder leur équilibre sur les branches des arbres et cette raison est suffisante pour expliquer ce singulier emblème. Sur les balances du jugement de l'âme, on voit habituellement le cynocéphale accroupi, pour exprimer la justesse des plateaux. Le cynocéphale prend pour cette raison un caractère funéraire. Cet animal était réputé connaître la valeur des lettres et on le représente quelquefois tenant dans ses pattes une tablette d'écrivain. La haute opinion qu'on avait de ses

Fig. 433 — L'Ibis sacré

Fig. ^13-1. — Cynocéphale.

connaissances explique suffisamment pourquoi le cynocéphale est consacré àTlioih.

Le cynocéphale apparaît le plus souvent dans son rôle funéraire : les enseignes nous le montrent supportant un mort déjà enseveli, dont les pieds reposent sur une tête d'Isis.(Gg. /i34).

Mais la divinité qui veille spécialement sur les morts est Anubis. Le chacal, qui affectionne les réduits souterrains, est l'animal consacré à Anubis, dieu de l'ensevelissement. C'est pour cela que le chacal est représenté accroupi sur un coffret funéraire, tenant en main le fouet et le sceptre. Il est quelquefois surnommé le guide des chemins, et ja barque sur laquelle le soleil parcourt les espaces célestes est remorquée par des génies à tète de chacal. Le chacal apparaît trèssouvent dans les emblèmes égyptiens, tantôt assis, tantôt debout, et quelquefois il est accompagné du serpent. Anubis lui-même porte la tête de chacal (fig. ^35), mais sous la dominatioQ gréco-romaine, cet emblème fait souvent place à une tête de chien.

INSTITUTIONS RELIGIEUSES

Une statue du musée capitolin (fig. 1(30) nous montre la façon singulière dont les divinités égyptiennes se transformèrent sous le ciseau des artistes grecs, à 1 "époque des Antonins, c'est-à-dire quand la dévotion aux dieux de TÉgypte eut sa grande vogue dans tout l'empire romain. Anubis, le dieu à tête de chacal, qui préside à l'embaumement et à la conservation des momies, a été d'assez bonne heure assimilé par les Grecs à leur Hermès et ils ont en effet quelque rapport puisqu'une des fonctions principales d'Hermès consiste à conduire aux enfers les âmes

t'ig. 435. — Anubis, gardien do la momie.

des défunts. Aussi l'artiste peu versé sans doute dans la théologie égyptienne a confondu les attributs; le sceptre à tête de lévrier que portent les dieux égyptiens a été remplacé par le caducée d'Hermès et en place du thau ou croix ansée, il a mis un sistre dans les mains de son Anubis.

Or le sistre est particulier au culte d'Isis, tandis que le thau est un attribut commun à toutes les divinités du panthéon égyptien. La tête de chacal a été remplacée par une tête de chien. Cette statue représente donc le dieu que les Grecs ont appelé Hermanubis (Hermès-Anubis) et peut nous donner une idée de la confusion absolue qui régnait dans les emblèmes religieux des pa'iens, à l'époque de l'apparition du christianisme.

L'ÉGVPTE.

Ammon est le dieu suprême dans le culte thébain. Son nom veut dire caché, mais il devient visible sous le mom de Ra, le soleil; de là vient qu'on l'api^me souvent Ammon-Ra. Quand il est le soleil, Ammon garde en général la forme humaine. Dans ce cas, il est caractérisé par le disque solaire et par deux grandes plumes qu'il porte sur sa tête.

Mais Ammon est aussi la personnification du Nil, qui féconde la terre; il prend alors le nom d' Ammon Knoufis et a pour emblème le bélier, symbole de l'ardeur génératrice. C'est sous cet aspect que le dieu apparaît le plus souvent sur les monuments, et il est habituellement peint d'une couleur bleue ou verte pour exprimer la teinte de l'eau. A Thèbes, une grande avenue de béliers monolithes reliait les temples de Louqsor à ceux de Karnak, placés tous les deux sous l'invocation d'Ammon,

Au reste, les divers emblèmes du dieu sont fréquemment mêlés, et dans ce cas, le bélier a la tête surmontée du disque solaire (fig. ii37).

Le Dictionnaire mythologique de Jacobi définit le rôle d'Ammon ou Amoun dans le panthéon égyptien : (c Le nom d'Amoun signifie VOcculte, ou bien, suivant Jamblique, la manifestation de ce qui est caché dans les ténèbres. Amoun est le plus grand des dieux; il embrasse toutes choses; il est l'esprit vivant, l'àme suprême qui pénètre et vivifie tout (Manéthon). Les attributs généraux qui caractérisent son essence sont le. disque, image du soleil, les cornes et le fléau. Sur les monuments égyptiens, il est représenté, tantôt soiîs la form.e d'un homme criocéphale ou à tête de bélier, tantôt sous une forme toute humaine. Dans ce dernier cas, sa tète est surmontée d'un disque et de deux grandes plumes; les carnations sont peintes en bleu ou en vert, couleurs consacrées à Ammon : une bandelette partant de la coiffure tombe en arrière; d'une main il tient le sceptre, de l'autre la croix ansée. Le bélier, conducteur du troupeau, et suivant Champollion le jeune, symbole de l'esprit de vie, lui était consacré. Non-seulement on représentait le dieu avec une tête de bélier ; mais, de plus, on nourrissait à Thèbes un véritable bélier qui étaitvénéré comme le représentant symbolique d'Ammon et son image IV. 52

. -136. — Hcrmanubis.

(D'après une st.itue dû l'époque romaine.)

ilO

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vivcinte. Le principal siège de son culte était Thèbes : des monuments dont les ruines colossales se voient encore, le temple et le palais de Karnak, auquel condui^ait une immense avenue de béliers, lui étaient consacrés dans cette ville. »

Le bélier est l'animal qui féconde et conduit le troupeau; il représente par conséquent la puissance créatrice et dirigeante du dieu. Mais la germination des plantes et leur développement présentent une autre lace de la divinité, que les Égyptiens exprimaient par un personnage

Lj'i

. i^^rv

Fig. 437.

Fig. 438.

Emblèmes dWmmon.

Fig. 439.

humain dont la tète est surmontée d'un bouquet d'iris ou de glaïeul, symbole du fleuve à l'époque de l'inondation. On peut voir par ce qui précède combien, chez les Égyptiens, une même idée pouvait revêtir de formes différentes , exprimant les qualités diverses du dieu qu'ils adoraient ; mais comme sous ses divers aspects le dieu prend un nom particulier, on comprend aisément la confusion qui a dû se produire à la longue dans le panthéon égyptien.

Nous avons dit que la triade Ihébaine se composait d'Ammon, le dieu suprême, de Chons, son fils, et de Maut, le personnage féminin qui lui est associé. Chons paraît avoir eu pour mission principale de s'occuper de l'homme ; c'est lui qui chassait les mauvais esprits et guérissait les maladies. Chons, le soleil guérisseur, prend chez les Égyp-

tiens un rôle analogue à celui cUEsculape chez les Grecs : Esciilape est fils d'Apollon, personniQcation du soleil dans la mythologie classique. Le dieu Chons apparaît sur les monuments, tantôt avec la tête humaine coiffée du' disque solaire avec les cornes, tantôt avec la tête d'épervier.

Avant d'entreprendre une guerre on invoquait les dieux. Le bélier surmonté du disque solaire, symbole d'Ammon-Ra, était placée sur un mât et précédait le char du roi. Il est bon d'observer que ce bélier servait d'enseigne (fig. Zi37 à 439). Outre ses cornes naturelles, on lui voit quelquefois au-dessus de la tête deux autres cornes qui semblent appartenir au bouc plutôt qu'au bélier, et c'est sur ces cornes qu'est placé le disque solaire.

Ammon rendait des oracles et hs Grecs l'ont identifié avec leur dieu suprême. Alexandre, pour assurer sa domination sur l'Egypte, se fit reconnaître pour son fils, imitant en cela l'exemple des anciens Pharaons. Les Grecs ne pouvaient manquer de fabriquer une légende pour expliquer la forme de bélier sous lequel le .dieu était adoré. Hercule, d'autres disent Bacchus, près de mourir de soif dans les déserts de la Libye, implora le secours de Zeus (Jupiter), qui lui apparut sous la forme d'un bélier et lui indiqua une source. Par reconnaissance le héros lui éleva un temple en ce lieu ; c'est par suite de cette fable que les attributs de dieu grec se trouvèrent mêlés à ceux du dieu égyptien.

L'image de Jupiter-Ammon apparaît sur plusieurs belles pierres gravées : le dieu porte une tête ou au moins les cornes de bélier et est armé du foudre. Les successeurs d'Alexandre, les rois de Syrie, ceux de la Cyrénaïque, sont représentés sur les médailles avec les cornes d'Aramon, symbole de la domination sur la Libye.

Noum,dont le nom signifie le principe humide, est le mêmequ'Ammon, considéré comme fabricateur des dieux et des hommes. Son caractère esscnliel est la tête de bélier, coiffée du diadème Atew, qui se compose de la mitre blanche avec deux plumes d'autruche et les cornes de bouc.

Les emblèmes religieux. — Quand la haute et la basse Egypte, après avoir formé des royaumes séparés, se trouvèrent réunies sous le môme sceptre, un antagonisme religieux aurait pu se produire d'autant plus facilement que le pharaon régnant n'était que le représentant de la divinité sur la terre. Le chef-d'œuvre politique du sacerdoce égyptien

412 INSTITUTIONS RELIGIEUSES

est peut-être larrangemeat qui fut pris, très probablement dans un

Kg. 440. — Le disque solaire sur la lùte d'une divmilé. (D'après une peinture d'un temple, en Nubie.)

but de conciliation. Mais les dynasties memphitiques étant remplacées

Flg. 441.

Le disque solaire sur la tête d'un oiseau sacré.

Fig. 44-2.

La crois ansée.

par les dynasties thébaines, le dieu de la basse icgypte, Osiris, est

devenu le soleil couché, et par conséquent le dieu des morts et de la justice distributive, tandis qu'Ammon, le dieu de Thèbes, a continué à représenter le soleil dans sa puissance féconde et créatrice. C'est ainsi que le pharaon est tout à la fois proclamé fils d"Ammon, qui exprime l'idée de puissance et assimilé àOrus,fils d'Osiris en qui résident toute bonté et toute justice.

Ces préliminaires étant posés, nous devons maintenant examiner les emblèmes religieux particuliers à chaque forme de la divinité ; mais il

Fig. 4 13. Fig. 444.

Sceptre des dieui. .'cîjitrc des déesses.

faut d'abord signaler ceux qui expriment simplement l'idée du divin, en dehors de toute qualité spéciale.

Comme l'essence de la divinité est toujours le soleil, le di-que est naturellement remblème le plus important. Snr la porte des temples, on voit le disque solaire accompagné de deux grandes ailes qui expriment la marche continuelle de l'astre lumineux à travers l'espace. On peut voir un exemple du disque ailé <ur le frontispice de notre premier volume.

Le disque solaire apparaît également dans la coiffure des divinités, mais alors il n'est pas ailé et repose assez souvent sur deux cornes de vache (fig. 440). On le voit aussi sur la tête des animaux sacrés qui ne sont eux-mêmes que des emblèmes divins (fig. 441).

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Le symbole de la vie éternelle est la croix ansée qu'on voit aux mains de toutes les divinités égyptiennes et quelquefois des Pharaons (Dg. 442). Cet emblème représente, suivant Creuzer, la clef du Nil; toutes les divinités doivent naturellement participer aux inondations périodiques du fleuve, d'oîi dépendent la prospérité et on pourrait presque dire l'existence de l'Egypte.

Le fouet et la crosse sont des symboles de domination. La crosse rappelle le bâton recourbé dont se servaient les pasteurs quand ils conduisaient leurs troupeaux. Le fouet, qui pour les Égyptiens est un insigne de puiss:ince, est généralement pourvu de deux ou trois lanières.

Les dieux, étant rois d'Egypte, portent naturellement le sceptre, qui

Fig. 4J5.

Emblèmes religieux.

est l'emblème royal. Le sceptre des dieux se termine par une tête de lévrier, celui des déesses par une fleur de lotus (Gg. 443 et 444)-

La figure 445 représente un aspic sacré ou urœus. Nous avons xpliqué plus haut (t. !'=■■, p. 38)-que les É^'yptiens voyaient dans cette représentation un emblème de l'éternelle jeunesse du soleil et que les pharaons, qu'on assimilait au soleil, avaient adopté l'urœus comme insigne de leur puissance. On le voit souvent représenté sur les enseignes sacrées où il porte quelquefois la couronne de la haute et de la basse Egypte. Presque toujours il redresse la tête et la gorge, de manière à ne laisser poser sur le sol que les enroulements de sa queue. Sur une enseigne, on voit un personnage humain dont le corps a la forme d'un oiseau, et qui, outre Turoeus qui paraît dans sa coiffure audessus de son front, en tient un dans chacune de ses mains (fig. 44G). Enfin on voit assez souvent l'aspic sacré enroulé autour d'une baguette.

La plume d'autruche, symbole de la justice et de la vérité, est pour cette raison placée sur la léte, non-seulement de la déesse Tureï qui

personnifie la justice, mais encore des quarante-deux personnages, dits maîtres de la vérité, qu'on voit dans les jugements de l'âme. /

La plume d'autruche placée au bout d'un long manche est un insigne qu'on voit porter en signe d'honneur autour des Pharaons (fig. /|/|7).

Fig. 447.

Fig. 448.

Emblèmes religieux.

Fig. 449.

Souvent aussi, un oiseau sacré plane au-dessus de la tête du roi en étendant ses ailes et serrant dans ses pattes l'étendard de justice et de vérité, c'est-à-dire la plume d'autriche (fig. /jSO). Les mêmes insignes apparaissent fréquemment dans la décoration des monuments.

4ie

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Le vautour, emblème des reines d'Egypte, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut (t. 1", p. /jO), apparaît tantôt comme simple bijou(fig. /i51), tantôt mêlé à lorneraentation. La figure 452 nous montre une reine d'Ethiopie qui porte sur sa robe des scarabées aux ailes dé-

ployées. Le scarabée est, comme on sait, un -symbole d'immortalité.

Le scarabée, qui dans l'écriture hiéroglyphique signifie, à proprement parler^ devenir,- se transformer, est un emblème extrêmement important parce qu'il est le symbole de l'immortalité de l'âme et de la naissance nouvelle du défunt dans l'autre monde. Dans cet insecte.

Fig. 451 . — Le vautour.

né de la putréfaction, les Égyptiens voyaient la négation de la mort. Aussi nous voyons fréquemment des scarabées pourvus de tous les attributs de la divinité et munis de grandes ailes qui se développent comme celles du disque solaire (fig. Zi53).

C'est comme symbole funéraire que le scarabée a de l'importance. On mettait souvent sur la poitrine des morts un scarabée, comme gage de résurrection; quelquefois il était encastré dans un bijou en forme de petite chapelle.

A Memphis, depuis la XIX' jusqu'à la XXl- dynastie, on mettait un scarabée dans le corps même de la mon:iie. Les scarabées funéraires, au

temps des PtolémOes, se mettaient à la place du cœur, et le défunt ne pouvait reprendre cet organe qu'après le jugement d'Osiris, s'il lui était favorable. Les scarabées funéraires contiennent souvent des invocations que le défunt adresse à son propre cœur.

(1 Les scarabées, cfit M. Mariette, se trouvent le plus souvent aux doigts des momies, liés comme une bague, par un fil de lin, de cuivre, d'argent ou d'or qui les traverse. Les idées que les Égyptiens

Fig. 452. — Le scarabée sur les vêtements.

cachaient sous le symbole du scarabée sont connues. Selon eux, cet insecte n'a pas de femelle. 11 choisit un peu de limon, lui confie sa semence, roule ce limon jusqu'à ce qu'il l'ait façonné en boule et attend le reste du soleil. Pour les Égyptiens, le scarabée est ainsi l'animal qui s'engendre lui-même. 11 devient par là le symbole de cette éternelle renaissance du soleil, qui, chaque matin, vainqueur des ténèbres et du mal, apparaît toujours radieux à l'horizon oriental. Placé au doigt des morts, il est le signe mystérieux de la vie nouvelle qui attend l'homme juste et de l'immortalité promise à son âme. »

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