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Plutarque nous apprend que les Égyptiens adoraient le soleil levant sous la forme d'un enfant sortant du calice d'une fleur de lotus. Le lotus, en effet, contient en germe Horus ou Harpocrate, le vengeur d'Osiris, le régénérateur divin, qui personnifie à la fois le lever du soleil et la renaissance de l'âme.
Le lotus, la plante sacrée des Égyptiens, a une importance extrême dans la symbolique religieuse du pays. Elle renferme dans son calice les mystères d'Isis et d'Osiris, et représente à la fois leur lieu de naissance et leur lit d'hymen. Plante aquatique, le lotus représente le principe de l'humidité du Nil, par opposition à la sécheresse du désert : il est dans la même dépendance du soleil que le fleuve sur les rives duquel il croît, et son apparition est le pronostic certain de l'inondation qui va féconder le pays. Au?si il figure partout, tantôt dans son
Fig. 453. — Le scarabée sacré.
ensemble, tantôt dans ses détails : sa tige, ses feuilles, son calice, se montrent dans les bas-reliefs et les peintures sous mille combinaisons différentes. Dans l'ornomentation , le lotus apparaît fréquemment comme une tige autour de laquelle s'enroule un animal sacré, coiffé de la couronne d'Egypte.
Le lotus, en même temps qu'il" exprime une loi de la nature, est pour l'homme un gage d'immortalité : « Pareil au lotus, dit une inscription, nous refleurirons, et des eaux rafraîchissantes viendront aussi récréer nos âmes dans le royaume des morts. » C'est en raison de cette croyance que les stèles représentent souvent le défunt respirant la fleur de lotus et que cette fleur est portée en tète des processions funèbres.
Les animaux sacrés. — Le caractère d'animalité est commun à presque toutes les divinités égyptiennes.
« Les sanctuaires, dit saint Clément d'Alexandrie, sont ombragés par des voiles tissus d'or; mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un employé du temple s'avance d'un air grave en chantant un hymne en langue égyptienne, et soulève un peu le voile,
comme pour vous montrer le dieu ; que voyez-vous alors? Un chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelque autre animal dangereux. Le dieu des Égyptiens paraît!... C'est une bête sauvage, se vautrant sur un tapis de pourpre !» Il y avait, en effet, dans les sanctuaires un animal vivant qui était non le dieu, comme l'ont cru les pères chrétiens, mais le symbole vivant du dieu auquel il était consacré.
Si bizarre que semble cette conception, si nous supposons un moment qu'un prêtre égyptien, vivant il y a trois mille ans, ait pu se transporter par la pensée dans notre société chrétienne, mais sans connaître un seul mot de notre langue et de nos croyances, voyons quelle aurait été son idée en visitant nos églises. Ce qui l'aurait frappé tout d'abord, c'est l'agneau divin toujours représenté sur la face de nos autels, et en voyant le prêtre s'incliner devant cette image, il n'eût pas manqué de s'incliner aussi, croyant retrouver là le bélier d'Ammon, c'est-à-dire la forme visible de son dieu. Si ensuite son regard s'était porté vers la colombe, emblème du Saint-Esprit pour les chrétiens, il se serait rappelé que l'ibis ne vivait pas dans nos contrées, et il aurait pensé que nous l'avions par cette raison remplacé par un oiseau qui s'en rapproche : dans cette colombe, il aurait salué Thoth, le dieu à tête d'ibis, qui dans le culte égyptien représente Vintelligence divine. Pour pe;i que dans le jardin du presbytère il ait aperçu un agneau ou des pigeons vivants, il n'aurait pas douté que ce ne fussent les animaux sacrés élevés dans les collèges de prêtres pour figurer dans nos processions.
L'idée qu'un prêtre égyptien se ferait de notre culte s'il ne connaissait pas le sens des symboles n'est pas beaucoup plus étrange que celle qui est admise depuis quinze cents ans sur le culte égyptien. Faute d'avoir compris les hiéroglyphes qui accompagnent les images religieuses, nous n'avons vu qu'une idolâtrie grossière dans des emblèmes dont la signification nous était inconnue.
Ce qui nous étonne encore plus que la diversité des animaux qui servent d'emblùme à la divinité, c'est l'inégalité qu'ils présentent dans le culte qui leur est rendu. Tandis que le crocodile et l'hippopotame sont demeurés des emblèmes divins dans quelques localités isolées, ces deux animaux sont exécrés dans tout le reste de l'Egypte et même identifiés avec le principe du mal. Bien au contraire, le bœuf Apis ou le bélier d'Ammon semblent avoir été vénérés dans l'Egypte entière et avoir eu la prépondérance sur tous les autres.
Ce fait singulier trouve son explication dans la manière dont l'Egypte
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s'est constituée politiquement. A l'origine, les populations "répandues sur les rives du INil formaient des tribus à peu près indépendantes, adorant la divinité sous la forme d'un animal particulier qui était représenté sur l'étendard de la tribu. Or, dès qu'une tribu est devenue la plus puissante, son animal emblématique a dû nécessairement devenir prépondérant en Egypte. Ainsi, quand Thèbes devient la capitale de la haute Egypte, l'emblème du bélier devient le plus important de tous, et il en est de même à Memphis pour le bœuf adoré sous le nom d'Apis dans la basse Egypte.
Les animaux sacrés étaient élevés dans le temple du dieu dont ils étaient l'emblème. A Thèbes, on avait des béliers, image du dieu Ammon. Mais de tous les animaux sacrés, le plus vénéré était le bœuf Apis, incarnation vivante d'Osiris. On le reconnaissait à certains signes, et les prêtres publiaient que la vache qui l'avait enfanté n'avait pas connu le taureau et avait été fécondée par un rayon de la lune.
Le bœuf Apis ne devait vivre qu'un nombre déterminé d'années; ce temps expiré, les prêtres le jetaient dans un puits, ou bien, suivant l'opinion généralement répandue, il s'y jetait lui-même. Mais s'il mourait de mort naturelle avant le temps prescrit, toute l'Egypte prenait le deuil et demeurait plongée dans la tristesse, jusqu'à ce que les prêtres eussent retrouvé un nouvel Apis, portant les signes divins qui pouvaient le faire reconnaître. Dès que celui-ci était découvert, le deuil faisait place à une allégresse générale et on lui construisait, dans l'endroit où on l'avait trouvé, une étable tournée vers l'Orient, dans laquelle on le nourrissait de lait. Au bout de quatre mois, un grand cortège de prêtres le menai^t solennellement au bord du Nil, où un vaisseau le prenait pour l'amener à Memphis. Là, il était placé dans le sanctuaire, où il avait à sa disposition de vastes prairies ; mais il ne pouvait pas boire l'eau du Nil, et il avait pour l'abreuver un puits, dont l'eau servait également aux prêtres attachés à son service.
Plutarque, dans son traité d'isis et d'Orisis, nous donne la raison de ce singulier usage :
« On dit que les prêtres ont un puits à part et qu'ils en abreuvent leur bœuf Apis; car ils se gardent de boire de l'eau du Nil, non qu'ils réputent l'eau du Nil immonde à cause des crocodiles qui sont dedans, comme quelques-uns l'estiment ; au contraire, il n'y a rien que les Égyptiens honorent tant que le fleuve du Nil, mais il semble que son eau engraisse trop et engendre trop de chair; or ils ne veulent pas que leur Apis soit par trop gras, ni eux aussi ; ainsi veulent que leurs
âmes soyent estayées de corps légers, habiles et dispos, et non pas que la partie divine qui est en eux soit opprimée et accablée par le poids et la force de celle qui est mortelle. »
« Dieu souverainement bon, dit Mariette en parlant d'Osiris, descend au milieu des hommes et s'expose aux douleurs de cette vie terrestre sous la forme du plus vulgaire des quadrupèdes. La mère d'Apis passait pour vierge, même après l'enfantement. Apis, en effet, n'était pas conçu dans le sein de sa mère par le contact du mâle. Phtah, la sagesse personnifiée, prenait la forme du feu céleste et fécondait la vache. Apis était ainsi uie incarnation d'Orisis par la vertu de Phtah. On reconnaissait qu'Osiris s'était manifesté quand, après une vacance de retable de Memphis, il naissait un jeune veau pourvu de certaines marques sacrées qui devaient être au nombre de vingt-huit. A peine la nouvelle de la manifestation s'était-elle répandue, que de toutes parts on se livrait à la joie, comme si Orisis lui-même était descendu sur la terre. Apis était dès lors regardé comme une preuve vivante de la protection divine. Quand Apis mourait de sa mort naturelle, il était enseveli dans les souterrains du temple (le Sérapéum), dont nous avons retrouvé les ruines à Saqqarah. Mais quand la vieillesse le conduisait jusqu'à l'âge de vingt-huit ans (nombre d'années qu'avait vécu Orisis), il devait mourir d'une mort violente. » La fête du bœuf Apis devait être noire avec un triangle blanc sur le front; il fallait aussi qu'il eût sur le corps des taches noires d'une forme déterminée et régulière.
Les funérailles du bœuf Apis étaient célébrées avec un luxe extraordinaire et on l'inhumait dans des sarcophages magnifiques. Le tombeau des Apis était appelé par les Grecs Sérapéum ou temple de Sérapis ; mais pour les Égyptiens Sérapis n'était pas autre chose que l'Apis mort, car chaque mort étant assimilé à Orisis. Apis mort prenait le nom d'Osiris-Apis, d'où les Grecs ont fait Sérapis, par abréviation.
Le culte d'Apis a duré aussi longtemps que l'ancienne Egypte ; mais il a subi de graves atteintes sous l'invasion persane. « Au moment où Cambyse rentra dans Memphis, dit Hérodote, Apis, que les Grecs nomment Epaphus, apparut aux Égyptiens. A cette occasion, ils prirent leurs plus beaux vêtements et se mirent en fête. Le roi les vit et s'imagina qu'ils se réjouissaient de ses désastres; il appela donc les magistrats de la ville. « Pourquoi, leur dit-il dès qu'ils furent en sa présence, « lorsque précédemment j'étais à Memphis, les Égyptiens ne faisaient- « ils rien de semblable, et choisissent-ils le moment où j'y reviens
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« après avoir perdu une partie de mon année? » Or ils lui exposèrent qu'un dieu, accoutumé à se manifester à de longs intervalles de temps, venait de se montrer, et que quand il paraissait, tous les Égyptiens, réjouis, célébraient une fête. Cambyse les écouta ; puis il les accusa d'avoir menti, et, comme menteurs, il les condamna à mort. Les magistrats exécutés, Cambyse fitvenir devant lui les prêtres; ceux-ci lui ayant donné la même explication : « Je veux m'assurer, dit-il, si c'est un dieu a véritable qui est venu chez les Égyptiens; je vous ordonne de m'a- (( mener cet Apis. )> Ils sortirent alors pour l'aller chercher. Apis ou Epaphus est le rejeton d'une vache qui, après l'avoir porté, est incapable de concevoir; sur elle, disent les Égyptiens, un rayon descend du ciel, et de ce rayon elle enfante Apis. Or ce veau, cet Apis, comme on l'appelle, se reconnaît aux marques suivantes : il est noir, mais il a sur le front un carré blanc, sur le dos l'image d'un aigle, à la queue des poils doubles, sous la langue un escarbot. Lorsque les prêtres eurent amené Apis, Cambyse, coaime s'il eût été pris d'un accès de folie, tira son glaive et voulut le frapper au ventre; mais il ne le blessa qu'à la cuisse. Alors, éclatant de rire, il dit aux prêtres : « 0 pauvres n tètes, existe-t-il de tels dieux, ayant sang et chair, sensibles aux coups « d'une arme? Celui-ci est bien digne des Égyptiens. Toutefois vous « n'aurez pas lieu de vous réjouir d'avoir fait de moi un objet de rail- « lerie. » A ces mots, il prescrivit à ceux dont c'était l'office de fustiger les prêtres et de tuer tous ceux des Égyptiens qu'ils prendraient à célébrer la fête. La fête finit de la sorte ; les prêtres furent fouettés, et Apis, blessé, mourut étendu dans le temple ; quand il eut succombé, les prêtres, àl'insu de Cambyse, firent ses funérailles. Cambyse, si l'on en croit les Égyptiens, à cause de cet attentat, devint aussitôt fou; luais il n'était déjà pas très sensé. »
La vénération qu'inspirait le bœuf Apis et l'attribution des cornes de vache à la déesse Isis expliquent les singuliers usages dont parle Hérodote. « Si un bœuf ou une génisse viennent à mourir, on leur fait des funérailles de cette manière : on jette les génisses dans le fleuve; quant aux ba^ufs, on les enterre dans les faubourgs, avec l'une des cornes ou les deux cornes hors de terre, pour servir d'indice. Lorsque le bœuf est pourri, et dans un temps déterminé, on voit arriver à chaque ville un bateau de l'île Prosopitis. Cette île, située sur le Delta, a neuf scheires de tour; elle contient un grand nombre de villes; mais celle d'où parlent les bateaux destinés à enlever les os de bœufs se nomme Atarbechis. »
A ces renseignements fournis par l'historien grec, on peut ajouter ceux que nous puisons dans la science moderne.
« Quand un des animaux de l'espèce bovine mourait à Memphis, dit Mariette, on l'enterrait près du Sérapéum, soit dans le sable pur, soit dans une immense catacombe aujourd'hui comblée. L'embaumement ne paraît pas avoir été pratiqué pour ces animaux dont on ne conservait que le squelette. Tantôt le squelette était maintenu par de fortes branches d'arbre nouées le long de l'épine dorsale ; tantôt les os étaient réunis en paquets et enfermés dans des linges nombreux auxquels on essayait de donner extérieurement la posture d'un bœuf accroupi. Quelquefois enfin, ce même paquet était enfermé dans un coffre de bois fendu par le nsilieu , auquel on donnait la même forme. »
Le bœuf sacré figure dans les processions qui se faisaient en l'honneur de l'agriculture. Elles étaient conduites par le Pharaon, pourvu de ses insignes militaires. L'une d'elles est représentée en détail sur les murs de Medinet-About. Le rapport de la commission des savants qui accompagnaient en Egypte le général Bonaparte en donne la description suivante : « Quatre personnages, qu'à leur tête rasée on reconnaît pour des prêtres, portent dans une caisse des arbres dont on a seulement figuré la masse, et qui ne se trouvent probablement ici représentés que parce qu'ils sont les plus beaux résultats de la végétation; c'est assurément un des attributs qui indiquent l'influence puissante de la divinité sur tout ce qui végète. Au-dessus, deux prêtres portent une grande tablette où devaient être inscrites les victoires du héros et son triomphe; peut-être était-elle destinée à perpétuer le souvenir du sacrifice qu'il \ient d'offrir. La statue du dieu est portée sur un brancard par vingt-quatre prêtres; elle a été tirée du lieu sacré où elle est renfermée; elle est entourée de toute la pompe des cérémonies, de faisceaux, de liges et de fleurs de lotus, d'étendards et de panaches. Une riche draperie, couverte de fleurons, enveloppe tous les prêtres qui portent le brancard, de manière qu'elle ne laisse voir que leur tête et leurs pieds. Deux petites figures sont aux pieds de la divinité. L'une d'elles, accroupie sur ses talons, lui fait l'olïrande de deux vases oii sont probablement contenues les prémices de l'inondation. En avant, le triomphateur marche vêtu d'autres habits et coiffé d'un autre bonnet; il tient dans ses mains les attributs du pouvoir suprême. Au-dessus de sa tête plane un vautour portant sa devise. Le bœuf sacré s'avance lui-même au milieu du cortège ; c'est peut-être celui
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qu'on nourrissait à Hermonthis, lieu tout voisin de ïhèbes; son cou est orné des bandelettes sacrées ; il porte sur sa tête un disque surmonté de deux plumes; un prêtre brûle des parfums devant lui. On voit ensuite un personnage couvert d'un vêtement assez semblable aux chasubles de nos prêtres; il a les mains jointes et paraît être dans un recueillement profond. Au-dessus de ces figures est une prêtresse avec la coiffure d'Isis ;onvoit devant elle un prêtre qui, sans doute, proclame les victoires du héros et annonce les sacrifices que l'on va faire aux dieux. En avant sont dix-sept prêtres ayant, les uns, les attributs de la divinité, tels que le crochet, le fléau, le bâton augurai ; d'autres des étendards formés de la figure d'Isis et des têtes des animaux sacrés, tels que l'épervier, le bœuf, le chacal ; quelques-uns portent des vases et d'autres objets dont on ne reconnaît pas aussi bien la forme. D'autres prêtres tiennent élevé sur leurs épaules un brancard sur lequel on remarque d'abord une sorte de coffre où sont posés des vases d'une forme assez semblable à ceux dont on se sert encore aujourd'hui en Egypte et ensuite trois petites figures debout. Les vases renfermaient sans doute la liqueur qui devait servir aux libations. Un second brancard à peu près semblable, porté par le même nombre de prêtres, se voit au-dessus de celui-là. A gauche est un personnage environné d'hiéroglyphes. En avant de ces deux groupes se trouvent trois prêtres qui arrivent devant deux autels sur lesquels flottent des étendards sacrés. Le héros,' accompagné de son génie tutélairé, est tourné en face du cortège, et c'est à lui que paraît maintenant s'adresser l'espèce de sacrifice que l'on voit ici représenté ; il consiste en deux tiges de lotus flétries avant d'être épanouies. Deux jeune^^ initiés, qui paraissent les offrir, se retournent du côté des prêtres, qu'ils semblent prévenir de l'action qu'ils vont faire; des oiseaux qui s'envolent sont peut-être des emblèmes indiquant que le sacrifice s'élève jusqu'à la divinité. La marche continue et un personnage qui est tout entouré d'inscriptions hiéroglyphiques déroule un volume et semble proclamer les actions du héros. Mais la scène change bientôt, et le héros redevient à son tour sacrificateur : armé d'une faux, il coupe un faisceau de tiges et de boutons de lotus que lui présente un prêtre. Un autre prêtre suit et tient élevé dans ses mains un rouleau de papyrus, sur lequel il paraît lire ; ce sont peut-être les prières que l'on devait réciter dans cette circonstance. Le bœuf sacré se voit dans cette scène, qui semble tout entière avoir trait à l'agriculture. Ce sacrifice n'est en quelque sorte que le prélude de celui que va faire bientôt le triompha-
teur, en approchant plus près du sanctuaire où est déposée la statue de la grande divinité de Thèbes. Le héros fait, avec un vase qu'il tient de la main droite, des libations sur un autel couvert de fruits entourés de verdure, du milieu de laquelle sortent des fleurs de lotus. C'est ici que se termine cette grande procession religieuse et militaire, que l'on doit considérer comme la représentation fidèle de toutes les cérémonies qui s'observaient au triomphe d'un roi guerrier. Des sacrifices offerts aux dieux commençaient et terminaient la fêle. »
D'autres animaux sacrés étaient, comme le bœuf Apis, l'objet d'un culte réel, mais qui n'avait pas la même importance. «Si dans quelque maison, dit Hérodote, il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l'habite se rase les sourcils seulement; mais quand il meurt un chien, on se rase la tête et le corps entier. On porte dans les maisons sacrées les animaux qui viennent de mourir et on les enterre à Bubastis. A l'égard des chiens, chacun leur donne la sépulture dans sa ville et les arrange dans des caisses sacrées. On rend les mêmes honneurs aux ichneumons. On transporte à Buto les musaraignes et les éperviers et les ibis à Hermopolis; mais les ours, qui sont rares en Egypte, et les loups (chacals), qui n'y sont guère plus grands que les renards, on les enterre dans les lieux mêmes oi^i ils sont morts. »
L'historien grec nous donne encore quelques renseignements sur ceux qui étaient chargés d'élever les animanx. « La loi ordonne aux Égyptiens de nourrir les animaux sacrés; il y a un certain nombre de personnes, tant hommes que femmes, destinées à prendre soin de chaque espèce en particulier. C'est un emploi honorable : le fils y succède à son père. Ceux qui demeurent dans les villes s'acquittent des vœux qu'ils leur ont faits. Voici de quelle manière: lorsqu'ils adressent leurs prières au dieu auquel chaque animal est consacré, et qu'ils rasent la tête de leurs enfants, ou tout entière ou à moitié, ou seulement au tiers, ils mettent ces cheveux dans un des bassins d'une balance et de l'argent dans l'autre. Quand l'argent a fait pencher la balance, ils le donnent à la femme qui prend soin de ces animaux : elle eu achète des poissons, qu'elle coupe par morceaux, et dont elle les nourrit. Si l'on tue quelqu'un de ces animaux de dessein prémédité, on est puni de mort ; si on l'a fait involontairement, on paye l'amende qu'il plaît aux prêtres d'imposer; mais si l'on tue, même sans le vouloir, un ibis ou un épervier, on ne peut éviter le dernier su])plice. >i
Les destinées de l'ame. — Tout ce qui concerne la vie futtu'e IV. 54
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est inscrit sur une série de papyrus, auxquels on donne le nom de rituel funéraire. Le riluel funéraire ou livre des morts est une réunion de prières divisées en 165 cliapitres. Le rituel constituait un véritable catéchisme que tout Égyptien devait savoir imperturbablement, afin de pouvoir répondre aux questions qui devaient lui être adressées après sa mort. Pour venir en aide à sa mémoire on enfermait dans le cercueil un exemplaire abrégé ou tout au moins des fragments du rituel funéraire. Quoique la pensée générale soit toujours la même dans les exemplaires que nous possédons, la forme et l'ordre des idées ne sont pas toujours présentés de la même manière. Néanmoins, on peut y suivre à peu près pas à pas les croyances des anciens Égyptiens sur les migrations que l'âme devait accomplir et les épreuves qu'elle devait subir après la mort. Nous avons, au musée égyptien du Louvre, dans la salle funéraire, à côté de la cheminée, un grand riluel du style de la XVIII' dynastie. «Ce beau manuscrit, dit M. de Rougé, est une véritable édition de luxe ; il avait été préparé d'avance dans quelque librairie, et on avait laissé en blanc le nom du défunt à chaque endroit où il devait être écrit. Ces blancs étaient remplis quand le manuscrit avait été acheté; mais il arrive quelquefois, comme ici, qu'on s'est dispensé de cette formalité et que le nom du défunt est resté en blanc. Dans d'autres manuscrits volés sans doute à quelque tombeau, on a effacé par endroits le premier nom et on a attribué le rituel à un nouvel acheteur, en écrivant son nom en surcharge. »
« Les légendes sacrées, dit ailleurs M. de Rougé, racontaient qu'Osiris étant mort sous les coups de son frère Set ou Typhon, avait été ressuscité par les soins d'Isis. Orisis était devenu le type, de tout Égyptien qui avait payé son tribut à la mort, et cette assimilation était la garantie de son immortalité finale. L'embaumement le plus complet durait soixante-dix jours, pour se conformer aux rites suivis par Horus dans l'embaumement de son père Osiris. Le corps ainsi conservé, l'âme du défunt, que l'on nommait régulièrement VOsiris un tel, subissait des épreuves et parcourait les sphères célestes de la région des âmes, à la suite de l'âme d'Osiris, laquelle était censée résider dans une constellation qui répond aux étoiles d'Orion. Les parties du rituel qui énumèrent les principaux actes de ce pèlerinage de l'âme ne sont pas écrites dans un ordre constant, surtout dans les rituels anciens. Mais il semble qu'il y ait eu, vers le temps des rois saïtes, une sorte de révision ou rédaction plus oflicielle du rituel ; car aux dernières époques, on a tracé les manuscrits funéraires dans un ordre à peu près constant.
qui doit être pris en considération, parce qu'il indique certainement l'ordre dans lequel les prêtres comprenaient les diverses idées auxquelles se rapportent les chapitres successifs de ce livre. »
Le mort monte d'abord sur la barque du soleil, oii il est conduit par Anubis, et revêt successivement différentes formes pour éviter les embûches des démons. Mais quand il arrive au bord du lac qu'il faut traverser pour arriver aux enfers, il est interrogé par la barque elle-même et par chacune de ses parties. Ainsi la barque demande : « Quel est mon nom? » et le défunt répond : « Le Seigneur de la terre dans une boîte. » Le timon demande à son tour : « Quel est mon nom? » et le défunt répond : « Celui qui foule le Nil. » Puis ce sont les avirons, les poulies, les voiles, qui l'interrogent tour à tour, et quand il est admis dans la salle de vérité, il ne lui faut rien omettre du rituel, car il ne saurait plus reconnaître sa route et s'égarerait infailliblement s'il avait oublié quelque chose.
Le mort doit aussi, pendant une certaine période de temps, cultiver les champs célestes et recommencer en quelque sorte les travaux qu'il a faits sur la terre. C'est à cette croyance que nous devons les nombreuses scènes agricoles qui figurent dan? les peintures des hypogées.
« Dans le ker-neter, nom mystique de l'autre monde, dit Mariette, existent de vastes champs entrecoupés de fleuves et de canaux, que le défunt doit cultiver. C'est une nouvelle épreuve imposée à l'âme avant son entrée définitive dans le séjour éternel. Le chapitre ex du rituel lui est consacré. Le chapitre vi porte pour liire : Chapitre pour faire les schabti pour les travaux dans le ker-neter. Ces schabti sont, comme on sait, les statuettes funéraires elles-mêmes : quoique représentant le défunt dont elles portent invariablement le nom, elles semblent des aides qu'on lui aurait donnés pour le seconder dans le travail difRcile de la culture des champs célestes. Aussi sont-elles toujours extrêmement nombreuses , soit qu'on en ait parsemé le sol de la chambre mortuaire, soit qu'on les ait disposées dans des boîtes spécialement affectées à cet usage. »
Quatre génies spéciaux, sous la forme de cynocéphales, étaient chargés de purifier complètement l'âme du juste en effaçant dans un bassin de feu les souillures dont elle se serait rendue coupable : c'est ce qu'on appelle le bassin expiatoire. Mais c'est surtout en arrivant dans la salle de vérité que le défunt aborde le moment le plus solennel, la confession qui doit être suivie du jugement définitif.
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Dans notre figure k^k. on voit au-dessus de la scène du pèsement de l'âme deux rangées de petites figures, assises dans une pose identique ot pourvues d'une plume d"autruche sur la tête. Ce sont les quarantedeux juges devant lesquels lame est obligée de faire sa confession. Elle fait à chacun d'eux une invocation pour se justifier d'un péché contre la morale ou le culte établi. Les lois morales sont à peu près les mêmes chez tous les peuples et on n'est pas surpris de voir dans le rituel la condamnation du meurtre, du vol, de l'adultère, fobligation de l'aumône, de la charité, etc.
Au chapitre cxxv du rituel (cité par Mariette), le mort, admis en présence du juge suprême, s'écrie : « Je me suis attaché Dieu par mon amour-, j'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau à celui qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu; j'ai donné un lieu d'asile à l'abandonné... » Les monuments égyptiens, ajoute Mariette, font un si fréquent emploi de ces paroles, que nous sommes presque autorisés à y voir une sorte de prière d'un usage pour ainsi dire quotidien.
Mais il y a aussi des prescriptions qui se ressentent de la nature du sol, par exemple, le respect des droits acquis sur les cours d'eau, et d'autres qui nous semblent assez bizarres, comme la défense de dire des paroles trop nombreuses; il parait qu'en Egypte le bavardage était un gros péché! Mais ce qui est surtout bien remarquable, ce sont les prescriptions relatives aux privilèges du sacerdoce et au maintien de l'ordre de choses établi. On peut en juger par l'extrait suivant qui fait partie de la justification du défunt dans !e rituel de Turin :
« Je n'ai pas affamé les autres, dit le défunt.
« Je n'ai pas changé les institutions du pays.
« Je n'ai pas volé les vêtements des morts.
M Je n'ai pas pris le lait de la bouche des enfants.
« Je n'ai pas pris au filet les oiseaux sacrés.
<c Je n'ai pas péché les poissons sacrés.
« Je n'ai pas barré le fleuve à l'époque de l'inondation pour détourner une portion des eaux à mon profit.
(( Je n'ai pas éteint les lampes (sacrées) quand elles devaient brûler.
i( Je n'ai pas chassé les bestiaux des dieux, etc. »
Toutes les justifications du défunt à l'égard des institutions du pays, des oiseaux sacrés, des poissons sacrés, se rattachent évidemment aux privilèges sacerdotaux que la loi religieuse voulait maintenir intactes.
LEGYPTE.
La scène du jugement de l'âme est reproduite sur un très grand nombre de monuments. Elle apparaît sur les peintures des hypogées, sur les sculptures des sarcophages, et forme lu plus importante des vignettes qui sont figurées sur le rituel. Quoique présentant quelques différences dans les détails, les scènes du jugement de l'âme se ressemblent toutes par les points essentiels, et en étudiant l'une d'elles on a la clef de toutes les autres. Cette étude est d'autant plus essentielle qu'elle démontre, au point de vue moral, toute la doctrine religieuse des anciens Égyptiens.
La figure kôh nous introduit dans le palais de l'Amenti, décoré de colonnes imitant un faisceau de lotus lié à son extrémité supérieure. Au fond de la salle, sur un trône couvert d'écaillés, est assis Osiris, le souverain juge des actions humaines et le dieu qui règne aux enfers. Dans ce rôle Osiris garde la figure humaine, avec la barbe tressée et rattachée aux oreilles ; il est de couleur verte et porte pour attributs le fouet et le pedum. Aux pieds de son trône est une table chargée d'offrandes : des fleurs, des oignons, divers fruits, deux oies, des pains sacrés, un vase sacré à encens. Deux longs vases à libation, posés sur des trépieds de bois, sont placés sous la table.
Devant la table, et l'œil fixé sur Osiris, dont elle attend l'arrêt, se tient la dévorante de l'enfer, sorte de cerbère égyptien, monstre composé avec des parties du crocodile, de l'hippopotame et du lion : inerte, si le défunt doit prendre place parmi les élus, elle 'est prête à le dévorer si sa condamnation est prononcée.
A l'autre extrémité de la salle, le défunt est introduit par la déesse Tmeï, la Thémis des Grecs, personnification de la justice. Coiffé du cône funéraire, le sein nu, les jambes recouvertes d'une tunique rattachée à l'épaule par une bandoulière , le mort lève les bras pour implorer la miséricorde du grand justicier, qui le fixe d'un œil scrutateur et impassible. La déesse qui l'accompagne n'a pas de tête, mais elle porte en place une plume d'autruche, symbole de la justice chez les anciens Égyptiens.
Eutre le mort et le juge suprême est placée la balance infernale, dont les plateaux pondent au bout de deux cordes : sur l'un d'eux est le cœur du défunt, renfermé dans une urne, sur l'autre, on retrouve la déesse Tmeï, la justice personnifiée. Au sommet de la balance est le cynocéphale assis, symbole d'équilibre et d'équité des jugements. Le mort voudrait bien faire pencher le plateau en sa faveur; mais Horus, le dieu à tête d'épervier, et Anubis, le dieu à tête de chacal, se tien-
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nent debout sous la balance et vérifient , l'un , le poids régulateur, l'autre la corde qui soutient le plateau du cœur.
Quand ils ont pesé le cœur du mort, les deux divinités communiquent le résultat à Thot, le dieu à tête d'Ibis, scribe d'Osiris et secrétaire de la justice divine. Celui-ci inscrit le résultat sur une tablette qu'il va présenter au juge suprême pour prononcer en dernier ressort. L'équité du jugement ne peut être révoquée en doute par le mort, qui avant le pèsement de son cœur a dû s'expliquer devant les quarantedeux juges que nous voyons figurer en haut de la composition.
Les méchants étaient condamnés à l'anéantissement ; mais ils n'y arrivaient qu'après avoir subi divers châtiments, par exemple celui de voir leur âme passer dans le corps d'un animal immonde comme le porc (fig. /|55). Le juste, au contraire, arrivait aux régions célestes,
Fig. 455. — Un méchant condamné à prendre la forme d'un animal impur.
toujours représentées sur les monuments sous une forme emblématique. Ainsi l'espace céleste est quelquefois figuré par une femme couverte d'étoiles, qui se courbe au-dessus de la terre en prenant une forme démesurément longue, comme on peut le voir dans notre figure /i56. Sur les barques qui naviguent au delà de cette figure céleste, on voit naviguer les âmes des justes qui, étant assimilées à Osiris, en portent les emblèmes.
Le catalogue du musée de Boulaq décrit ainsi un sarcophage : « Sur la partie supérieure du cercueil est l'image du ciel sous la forme d'une femme, les bras étendus sur la tête, nageant dans les espaces célestes. La partie inférieure est au contraire occupée par ce que nous appelons l'enfer, représenté par une femme, les bras pendants, le signe hiéroglyphique de Vamenti sur la tête. Quand la dépouille mortelle était encore enfermée dans son cercueil, le défunt était ainsi comme suspendu entre le ciel supérieur qui représente la course
4Î2 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
radieuse; du soleil, et le ciel inférieur que l'astre parcourt pendant la nuit. Toutes les croyances égyptiennes sont là. La vie est semblable au soleil qui accomplit au-dessus de nos tètes sa resplendissante carrière ; le soleil nocturne qui lutte silencieusement sous nos pieds contre les ténèbres est lïmage de la mort. Ces épreuves accomplies, l'âme d'^clarée pure reparaît brillante à l'horizon oriental et commence pour l'éternité une seconde vie qui n'aura pas de mort. »
Le catalogue du musée de Boulaq décrit ainsi le cercueil de Meneï. prophète d'Osiris : o Sur la poitrine, on voit la représentation du défunt couché sur le lit funèbre, entre les deux enseignes, emblèmes d'Osiris. L'âme se rapproche du corps sur lequel elle plane les ailes éployées. Au-dessus de la scène, le soleil, soutenu par Isis et Nephtys, se lève à l'horizon. C'est le grand acte final des pérégrinations auxquelles le défunt vient d'être soumis. Meneï a sacrifié à toutes les divinités funèbres; il a subi toutes les épreuves; il a comparu devant le juge suprême et a été proclamé juste ; par sa vertu, il a mérité de commencer cette seconde vie qui n'aura pas de mort. L'âme va maintenant se réunir au corps, et au centre du disque solaire apparaît le scarabée comme emblème de cette résurrection. Les figures qui accompagnent cette scène sont celles des divinités inférieures, g irdiennes des espaces célestes. »
L'âme du juste gagnait avec l'immortalité la certitude d'un bonheur sans mélange : les hommes dont la vie avait été approuvée d'Osiris vivaient dans le ker-neter qui équivaut à notre paradis. Les aspirations vers le ker-neter sont nettement exprimées dans une hymne au soleil, inscrite sur une stèle funéraire du musée de Boulaq. « Salut, salut à toi, quand tu te lèves dans la montagne solaire sous la forme de7?a, et que lu te couches sous la forme de Ma! Tu circules autour du ciel, et tous les hommes te regardent et se tournent vers toi en se cachant la face ! Tes rayons surleurvi sage, on ne peut les décrire! L'or n'est rien, comparé à tes rayons! Les terres divines, on les voit dans les peintures; les contrées de l'Arabie, on les a énumérées; mais toi seul tu es caché!... Tes transformations sont égales à celles de l'océan céleste. 11 marche comme tu marches... Accorde que j'arrive au pays de l'éternité et à 1;; région de ceux qui sont approuvés. Accorde que je me réunisse aux beaux et sages esprits du ker-neter, et que j'apparaisse avec eux pour contempler tes beautés le matin de chaque jour!... »
Bien que la croyance à la résurrection des corps fût très-générale en Egypte, il paraît qu'elle n'était pas envisagée par tout le monde
sons un jour bien consolant. C'est du moins ce qui résulic d'une trèscurieuse inscription traduite par M. Maspero : « 0 mon frère, ô mon ami, ô mon mari, dit une femme défunte, ne cesse pas de boire, de manger, de vider la coupe de la joie, d'aimer et de célébrer les fêtes; suis toujours ton désir et ne laisse jamais entrer le chagrin en ton cœur, si longtemps que tu es sur la terre! Car l'amenti est le pays du lourd sommeil et des ténèbres, une demeure de deuil pour ceux qui y restent. Ils dorment dans leurs formes incorporelles, ils ne s'éveillent
pas pour voir leurs frères, ils ne reconnaissent plus père et mère, leur cœur ne s'émeut plus vers leur femme ni vers leurs enfants. Chacun se rassasie de l'eau vivifiante, moi seule ai soif. L'eau vient à qui demeure sur la terre : où je suis, l'eau même me donne soif. Je ne sais plus où je suis, depuis que je rentrai dans ce pays ; je pleure après l'eau qui a jailli de là-haut. Je pleure après la brise, au bord du courant (du Nil), afin qu'elle rafraîchisse mon cœur en son chagrin, car ici demeure le dieu dont le nom est Toute mort. Il appelle tout le monde à lui, et tout le monde vient se soumettre, tremblant devant sa colère. Peu lui importent et les dieux et les hommes; grands et petits sont égaux pour lui. Chacun tremble de le prier, car il n'écoute pas. Personne ne IV. 55
INSTITUTIONS EELIGIEUSES.
vient le louer, car il n'est pas bienveillant pour qui Fadore : il no regarde aucune offrande qu'on lui tend. «
Il faut croire pourtant que l'idée de la mort et de la résurrection se présentait d'une manière moins sinistre pour la plupart des Égyptiens, autrement on comprendrait bien difficilement l'importance donnée au lotus et au scarabée, symbole de résurrection, ainsi que l'usage des ablutions et des repas funèbres qui se rattachent à la même pensée (fig. h51). Le soin énorme qu'on apportait à la conservation du corps après la mort tenait à la certitude oii l'on était généralement que le corps reprendrait un jour sa forme première.
Fig. 457. — Repas funèbre.
« Mettre les morts à l'abri de l'inondation, dit Mariette, a été le principe qui a toujours guidé les Égyptiens dans le choix de l'emplacement réservé aux nécropoles. Dans le Delta, les morts ont été ensevelis, soit dans Fépaisseur des murs des villes et des temples, quand ces murs étaient en briques crues, soit dans des tumuU élevés au milieu des plaines. La moyenne et la haute Egypte ont profité des avantages que leur offraient les chaînes libyque et arabique qui, des deux côtés, confinent aux plaines cultivées, et les habitants ont pratiqué, dans le rocher qui forme ces deux montagnes, les grottes destinées à recevoir leurs morts. Rarement les morts ont été confiés à la terre nue... Les tombes égyptiennes ne forment jamais un tout bien coordonné et on ne peut pas dire qu'elles aient été invariablement construites sur un type uniforme. Cependant, à quelque époque qu'il appartienne, un monument funéraire complet est divisé en trois parties : la chapelle cxtcriewe, le puits et les caveaux souterrains. »
L'fiGYPTE. 435
La chapelle extérieure se compose d'une ou de plusieurs chambres, accessibles en tout temps, au moyen de portes : les parents ou les prêtres venaient y accomplir des cérémonies funèbres en l'honneur des morts. La décoration consiste en scènes empruntées à la vie réelle et dans lesquelles le défunt est toujours présent. « On le voit entouré de sa famille, assistant à des scènes diverses; il chasse dans les roseaux-, il préside aux travaux des champs; des serviteurs lui apportent les produits de ses fermes; d'autres immolent à ses pieds les bœufs de sacrifices. »
La statue du défunt était presque toujours placée dans la chapelle extérieure, mais non pas de manière à être visible, car on pratiquait dans l'épaisseur de la muraille une niche destinée à la contenir et on la refermait ensuite. Seulement on y ménageait quelquefois une petite ouverture rectangulaire; c'est par cet étroit conduit que les prières pouvaient être entendues de la statue et l'odeur des parfums arriver jusqu'à elle. Il faut encore observer que dans les chapelles funéraires de l'ancien empire, les images des dieux sont extrêmement rares, tandis qu'elles sont prodiguées dans celles du nouvel empire. A partir de cette époque, le caractère des décorations change, et au lieu de scènes de la vie privée, on trouve surtout des sujets religieux traités symboliquement. Le nouvel empire commence à la XVIIl" dynastie. Sous les Ptolémées l'usage des chapelles extérieures cesse peu à peu et tout le luxe des sépultures se réfugie dans les chambres souterraines.
Au-dessous de la chapelle extérieure se trouve le puits qui descend dans les caveaux mortuaires où étaient déposées les momies. Une fois le puits bouché et rempli de décombres, on regardait la tombe comme à l'abri de toute violation. C'est là qu'on déposait, près du sarcophage contenant la momie, des meubles, comme chaises, tables, tabourets, coffrets, vases, paniers contenant des provisions, etc. C'est dans ces caveaux qu'on retrouve ces armes, ces bijoux, ces scarabées, ces canopès, ces vases et ces innombrables statuettes qui enrichissent nos musées d'antiquités.
Les scènes représentées sur les sarcophages se rapportent généralement à la course nocturne du soleil dans les régions souterraines : sur les plus récents on voit quelquefois des légendes mythologiques relatives aux génies funéraires ou à l'histoire d'Isis ou d'Osiris : on voit souvent planer sur la poitrine l'épervier à tête humaine, symbole de l'àme. Les sarcophages, en forme de momie, appartiennent générale-
430 IXSTITL'TIOXS RELIGIEUSES.
ment au nouvel empire, car les plus anciens sont de simples cuves en pierre. « Les Égyptiens, dit M. de Rougé, si magnifiques dans tout ce qui regardait les sépultures, ont décoré ces monuments avec un soin tout spécial. Les sarcophages d'une trôs-anciennne époque sont fort simples et néanmoins d'un beau travail. Le sarcophage de la grande pyramide n'a aucun ornement. Celui du roi Menkéra(lV' dynastie) présentait l'aspect d'un petit édifice. Il n'était décoré d'aucune figure; de simples lignes architecturales, disposées avec un goût infini, composaient seules son ornementation. Les musées de Leyde et de Boulaq possèdent chacun une cuve de granit du même style. Le sarcophage de Florence, qui appartient à la XII" dynastie, est en granit rose; la pierre est taillée avec' une grande précision, mais il n'est encore orné que d'une légende hiéroglyphique assez simple. Il est vrai qu'on ne connaît pas de sarcophage royal de cette époque.
u Dans le second empire, les sarcophages sont décorés avec une grande richesse. Ceux du roi d'A'i (XYllI' dynastie) et de Séti ]"■ présentent un résumé de toutes les scènes funéraires des tombeaux. La sculpture couvre toutes leurs faces; il en est ainsi du sarcophage de Ramsès 111. Cette richesse de détails augmenta encore sous les Saïtes. Le sarcophage de Taho, au Louvre, est un chef-d'œuvre que les graveurs ne se lassent pas d'admirer. »
Nos musées égjptiens renferment beaucoup de stèles; elles sont généralement cintrées par le haut et leur sommet est occupé par divers symboles, notamment le disque ailé, les chacals ou le vase. « Les inscriptions en Egypte, dit M. de Rougé (notice des monuments du Louvre), s'appliquaient à toutes sortes de sujets. Les stèles sont plus habituellement destinées à rappeler la mémoire d'un parent défunt. En dehors des grandes inscriptions historiques, les stèles font pénétrer dans l'intérieur des familles; elles nomment le père et l'aïeul avec toutes ses fonctions, et n'oublient ni la mère ni les enfants. La formule qui accompagne les figures est ordinairement une prière adressée à Osiris, le dieu des morts. Ces prières se développent quelquefois de manière à présenter un intérêt littéraire. Si le personnage principal a pris part aux charges de l'État, la stèle fournit souvent alors des dates ou des renseignements historiques. »
Ce qui augmente beaucoup le nombre des stèles, c'est l'habitude où étaient les Égyptiens de consacrer par un monument plus ou moins étendu le souvenir de leur passage en certains lieux réputés saints. C'est ainsi que sur les rochers qui bordent le Nil, on trouve
quelquefois des inscriptions ou même des hymnes adressés au fleuve.
« Le sommet des stèles, dit M. de Rougé, est presque toujours occupé par le disque ailé. Ce symbole représente le soleil, considéré comme la divinité suprême. Dans sa course céleste, dirigée d'Orient en Occident, l'astre est soutenu par deux ailes dont l'une désigne le ciel du nord et l'autre le ciel du midi. Cette orientation est souvent reproduite par deux chacals, qui portent les noms de guides des chemins célestes du nord et du midi. Les autres symboles qui complètent ordinairement cette scène sont l'anneau, symbole de l'orbite solaire et des périodes du temps, l'eau ou l'éther céleste, sur lequel étaient censés voguer tous les astres, et le vase, symbole de l'étendue.
L'âme, sur les monuments, est toujours représentée sous la forme d'un épervier à tête humaine. On la voit dans plusieurs représentations voltiger au-dessus du corps qu'elle a quitté et qu'elle doit reprendre (Voir t. II, fig. 78). Quelquefois aussi on voit l'âme boire l'eau céleste qui doit donner à l'homme une nouvelle jeunesse. Pendant que l'âme fait ces pérégrinations, la momie reste sous la garde d'Anubis, le dieu à tète de chacal. Isis et Nephtys, les deux sœurs d'Osiris, récitent les prières et les chants de résurrection, comme elles l'ont fait pour leur frère Osiris. lorsqu'après avoir nkmi ses membres épars, elles lui ont rendu la vie par leurs incantations.
Les Temples. « Le temple n'est pas, comme nos églises, dit Mariette {Itinéraire des invités du khédive), un lieu où les fidèles se rassemblent pour dire la prière. On n'y trouve ni chambres d'habitation pour les prêtres, ni lieux d'initiation, ni traces de divination ou d'oracles, et rien ne peut laisser supposer qu'en dehors du roi et des prêtres une partie quelconque du public y ait jamais été admise. Mais le temple est un lieu de dépôt, de préparation, de consécration. On y célèbie quelques fêtes à l'intérieur, on s'y assemble pour les processions, on y emmagasine les objets du culte, et si tout y est sombre, si dans ces lieux, où rien n'indique qu'on ait jamais fait usage de Oambeaux ou d'aucun mode d'illumination, des ténèbres à peu près complètes régnent, ce n'est pas pour augmenter par l'obscurité le mystère des cérémonies, c'est pour mettre en usage le seul moyen possible alors de préserver les objets précieux, les vêtements divins, des insectes, des mouches, de la poussière du dehors, du soleil et de la chaleur elle-même. Quant aux fêtes principales dont le temple était le centre et le noyau, elles consistaient sur tout en processions qui se répandaient au dehois, à la pleine clarté
428 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
du soleil, jusqu'aux limites de la grande enceinte en briques crues. En somme, le temple n'était donc pas tout entier dans ses murailles de pierre, et ses vraies limites étaient plutôt celles de l'enceinte. Dans le temple proprement dit, on logeait les dieux, on les habillait, on les préparait pour les fêtes; le temple était une sorte de sacristie où personne autre que les rois et les prêtres n'entrait. Dans l'enceinte, au contraire, se développaient les longues processions, et, si le public n'y était pas encore admis, au moins pensons-nous que quelques invités pouvaient y prendre place. »
Les temples étaient précédés d'avenues de sphinx qui ne suivent pas toujours des lignes absolument régulières. Cela tient à ce que les édiûces devant lesquels elles étaient placées ont été élevés à des époques dilTérentes. Quand on a voulu ensuite relier ensemble tous ces monuments', on n'a pu le faire qu'en suivant des directions obliques.
Les grands édifices de l'Egypte sont construits sur un plan à peu près uniforme, en sorte qu'il est souvent difficile de distinguer s'il s'agit d'un temple ou d'un palais. De grandes salles supportées par de nombreuses colonnes, des cours entourées de portiques, de vastes portes et des murs extérieurs toujours inclinés qui donnent à l'ensemble l'aspectd'une pyramide tronquée, voilà les caractères essentiels qu'on rencontre partout.
Strabon nous a laissé des temples égyptiens une description que l'étude des monuments a pleinement justifiée : « On entre, dit-il, dans une avenue pavée, appelée drôme (ou le cours), selon l'expression de Callimaque ; ce drôme est consacré à Anubis. Dans toute la longueur de cette avenue sont disposés sur les côtés des sphinx en pierre, distants les uns des autres de vingt coudées ou un peu plus. Après les sphinx est un grand propylée, et, si vous avancez encore, vous en trouvez un second et même un troisième. Après les propylées vient le temple, la cella qui a un portique grand et digne d'être cité, et un sanctuaire de proportion relativement moindre; celui-ci ne renferme aucune sculpture, ou s'il en existe, ce ne font pas des représentations d'hommes, mais bien celles de certains animaux. De chaque côté du pronaos, s'élèvent les ailes: ce sont deux murs de même hauteur que le temple, distants l'un de l'autre, à l'origine, d'un peu plus que la largeur des fondements du temple ; mais ensuite leurs faces se rapprochent l'une de l'autre, en suivant des lignes convergentes, jusqu'à la hauteur de cinquante ou soixante coudées. Sur les murs sont sculptées de grandes
figures, ouvrages semblables à ceux des Étrusques et à ceux qui out été faits très-anciennement par les Grecs. »
Les propylées dont parle Strabon se composent de pylônes devant lesquels se dressent deux obélisques d'inégale grandeur et des statues colossales. L'intérieur du temple offre cette particularité que les pièces diminuent d'étendue à mesure qu'elles approchent du fond de l'édifice. Les nombreux supports ronds, quadrangulaires ou octogones, les vestibules peuplés de statues, les dessins hiéroglyphiques creusés sur les murailles, l'immense proportion de l'édifice, tout contribue à produire une impression grandiose et mystérieuse, que rend encore plus étrange l'emploi des couleurs les plus vives; car dans l'architecture égyptienne, tout est peint, les statues comme les bas-reliefs, les colonnes comme les murailles, l'intérieur comme l'extérieur; l'art s'est efforcé surtout d'agir sur l'imagination et de frapper l'esprit d'une profonde impression religieuse.
Les murs des temples sont presque toujours bâtis en talus à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur ils s'élèvent sur une ligne perpendiculaire, de sorte qu'ils sont beaucoup plus épais à leur base qu'à leur sommet. Mais on ne voit jamais, comme dans les temples grecs, des séries de colonnes formant des péristyles autour des monuments. Les colonnes égyptiennes ne se montrent que dans l'intérieur des cours où elles forment des portiques, ou dans des salles dont elles supportent le plafond. Ce n'est qu'à partir des Piolémées qu'on voit des colonnes extérieures, et alors elles se rattachent les unes aux autres par un mur à hauteur d'appui. L'architrave, supportée par les colonnes, ne repose pas directement sur le chapiteau, mais sur une pierre cubique destinée à exhausser la colonne.
« Les innombrables sculptures dont les temples étaient ornés, dit M. Paul Pierrot {Dictionnaire d^ archéologie ègy ptienne), étaient àistnhuées méthodiquement. Sur les murailles extérieures étaient gravés le récit des conquêtes royales, les fastes de l'histoire égyptienne. Les murs intérieurs, les colonnes portaient des représentations religieuses ; sur les arcliitraves, on mentionnait la dédicace de la construction. On choisissait pour les plafonds les scènes ayant un rapport direct avec les phénomènes célestes, tandis qu'on réservait pour les soubassements les sujets terrestres, c'est-à-dire les inscriptions géographiques, les défilés des nomes. »
Les divinités sculptées dans les temples sont constamment placées de telle façon que si on les supposait s'avançant horizontalement sur la
440 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
surface du mur, elles arriveraient à la porte principale du temple. Dans les scènes d'adoration, le prêtre est toujours représenté debout et la divinité assise ; mais celle-ci est placée sur un socle dont la hauteur est calculée pour que les têtes se trouvent au même niveau. Quand on voit plusieurs divinités assises à la file, ce n'est pas pour indiquer un ordre hiérarchique, mais simplement par absence de perspective et il faut toujours les concevoir comme si elles étaient de front.
On appelle naos une espèce de chapelle ou châsse, fermée par une porte à double battant et dans laquelle se trouvaient des statues de dieux, des emblèmes religieux, ou même des images de simples particuliers, dont la famille voulait honorer la mémoire. A certains jours on récitait des prières devant le naos : les temples en possédaient toujours un certain nombre, de toutes dimensions et de toutes matières. « Mais au fond du sanctuaire, dit M. Mariette, s'élevait le naos par excellence. Celui-ci était de granit ou de basalte, et de proportions colossales. Si Ion étudie le plan du temple qui le contient, on voit que ce temple a été bâti pour lui et qu'il en est comme une sorte de résumé. » On sait, par l'exemple du monolithe d'Edfou trouvé en place, que les nao? étaient disposés au fond du sanctuaire.
Nous avons au Louvre (salle du rez-de-chaussée) deux naos en granit rose. Il y en a un dont une seule face a été décorée : trois disques ailés surmontent la porte et on lit sur les côtés la légende de Ptolémée Évergète II et de Cléopâtre sa femme. L'autre naos est beaucoup plus ancien puisqu'il appartient au roi Amasis (580 avant Jésus- Christ). 11 est décoré de divers emblèmes, mais abîmé dans certaines parties, car les cartouches de ce roi, qui était un usurpateur, ont été martelés avec rage par ses successeurs.
La chapelle ou châsse contenant les emblèmes sacrés est fréquemment figurée sur une sorte de barque symbolique dédiée à une divinité. La figure Z(58 montre une barque d'Âmmon caractérisée par la tète de bélier qui décore l'avant et l'arrière du bâtiment. Une autre barque symbolique est représentée sur la châsse qui occupe le milieu de celle-ci et on en voit encore d'autres parmi les offrandes et les emblèmes disposés de chaque côté de la chapelle. Un Pharaon, sur lequel plane le vautour divin, brûle l'encens devant la châsse, qui est décorée de ce côté par des mâts ornés de banderoles, comme on en mettait sur la faqade des véritables temples. Ammon et Isis sont les deux divinités auxquelles les barques de ce genre étaient généralement consacrées : celle que représente la figure Z|59 est une barque
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
d'Isis, et la tête de la déesse apparaît à l'avant et à l'arrière du bâtiment.
Avant d'être emportée dans les processions solennelles qui circu-
laient autour du temple, la barque sacrée était disposée sur un autel (Cg. 460). C'est ainsi que nous la voyons figurer sur un grand bas-
Fig. 4uu.
relief du temple d"Eléphantine. La barque sacrée, ornée de têtes de béliers, est posée sur un autel moins haut que large, ayant une base et une corniche, mais nu et sans hiéroglyphes. Au centre de la barque est l'image d'un petit temple, en partie voilé, et qui p rait fixé par
LEGYPTE.
trois anneaux sur un châssis à quatre pieds, servant a poser l'arche ; celle-ci se portait sur les épaules, au moyeu de leviers aussi longs qu'elle : on voit sur l'autel un de ces leviers.
Fig. 461.
Fig. -Ki.
Vases de la forme la plus ancienne.
Fig. 403.
Les vases sacrés formaient une partie importante du mobilier des temples. Ils sont d'une forme qui varie selon l'usage auquel ils étaient
Fig. 4C4
Fig. 465.
Va<:cs d'ancien style.
destinés et aussi suivant l'époque oii ils ont été employés. Les vases de l'ancien empire sont en général d'une forme trcs-simplc (fig. /|61à/j6Zi).
Fig. 466.
Fig. 467.
Seaux en bronze pour les libations,
Fig. 408.
Ces vases apparaissent quelquefois sur la main des personnages qui
font une invocation aux dieux : ils contenaient gtinéralementdc l'encens.
Plusieurs de ces vases portent le nom d'une panégyrie célébrée par
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
un roi, et portent pour cette raison le nom de vases panégyriques : ceux-ci sont habituellement en albâtre. La légende qui les accompagne
Kig. «a.
Fig. 4';o.
Seaux pour ïes libations.
roule presque toujours sur l'assimilation des rois avec une divinité. On sait que les rois d'Egypte étaient considérés comme fils du soleil.
Flg. 472.
et leur bannière porte pour cette raison l'image d'Horus, pei-sonnificalion du soleil levant. Nous avons au musée égyptien du Louvre (salle historique, armoire C) plusieurs vases panégyriques, accompagnés de la légende royale d'un Pharaon.
Tous les vases de cette forme n'étaient pas destinés à renfermer de l'encens. Il y en a quelques-uns dont l'oriQce est pourvu d'un bec
Fis- -17-1.
pointu par où le liquide s'écoulait. Mais, en général, on n'y voit ni anses ni couvercle (fig. Zi65).
Flg. 475.
Fig. 4-76.
Les seaux à libation sont des vases de bronze pourvus d'une anse mobile, placée au-dessus de l'orifice (fig. 466 à h"0).
Ces seaux étaient destinés à porter l'eau du Nil dans les sacrifices
446 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
et quelques-uns sont d'assez grande dimension. Quelques-uns sont enrichis de légendes ou de représentations mythologiques tracées à la pointe. Le musée du Louvre possède un vase remarquable dont la décoration figure un prêtre d'Ammon recevant les honneurs funèbres que lui rend son fils : la prière qu'il récite est gravée à côté de cotte scène. D'autres fois on voit la déesse du ciel versant sur le mort le breuvage régénérateur dont l'eau du Nil est le symbole.
Une autre catégorie de vases se voit assez fréquemment dans les mains des prêtres : ceux-ci sont arrondis par le haut, qui est muni d'une ouverture assez petite et accompagnée d'un bouchon. Le liquide
Fig. 4-;7.
qu'ils contenaient s'échappait par un bec extrêmement mince, et d'une forme légèrement serpentine (fig. 471 et suiv.).
Les prêtres employaient pour les cérémonies du culte un grand nombre d'instruments qui sont fréquemment figurés dans les peintures
des tombeaux et dont nos musées renferment de nombreux échantillons. On brûlait les parfums sur des espèces d'encensoirs en bronze dont la forme est assez variée : le manche est quelquefois en bois sculpté et se termine habituellement par une poignée présentant la tête d'un épervier ou d'un autre animal sacré. Le corps de l'encerisoir formait une coupe posée sur une main sortant d'une tête de lotus. Les parfums destinés à être brûlés dans les cérémonies pieuses se renfermaient dans des coffrets de bronze incrustés d'ivoire, et on les prenait avec des cuillers faites de bois de couleur variée, d'ivoire ou de terre émaillée. Ces cuillers étaient décorées de feuillages, de fleurs de lotus, d'animaux ou de figures diverses formant d'ingénieux arrangements (fig. h~n et 478).
Les figures /i79 et /|80 représentent un Pharaon offrant le sacrifice avec les instruments décrits plus haut.
On faisait des offrandes aux dieux ou aux ancêtres. Les monuments qui représentent des scènes d'offrandes se trouvent donc dans les tombeaux aussi bien que dans les temples. « Dans les tombeaux, dit Mariette, les dons funéraires sont présentés selon un certain ordre
Fis. «'J.
qui a peu varié. Les listes les plus anciennes comprennent l'eau, l'encens, les sept huiles, les deux collyres, le linge. Plus tard, une nouvelle série, bien plus longue que la première, a été ajoutée. Elle débute par le vase pour l'eau, le vase pour l'encens, l'autel, deux sortes de tables, la chaise, et elle termine par l'énumération de tous les dons proprement dits, où l'on trouve les parties d'animaux, les oiseaux, les cinq espèces de vin, les deux espèces de bière, les fruits, les légumes, etc. » Les scènes d'offrandes représentées sur les sculptures sont presque toujours des monuments commémoratifs destinés à rappeler quelque fondation pieuse.
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Le musée de Boulaq renferme une curieuse scène d'offrandes représentée sur une stèle. « Ce monument, dit le catalogue, a été gravé pour perpétuer la mémoire d'Eutef, personnage qui vivait au commencement de la Xll' dynastie. Les lois religieuses de l'Egypte obligeaient les familles à venir à certains jours de l'année présenter des offrandes aux parents morts. Notre stèle n'est que la représentation d'une de ces
Fig. 480.
stèles funèbres. Eutef siège à côté de sa femme ; ses fils, ses filles se présentent devant lui. Les uns prononcent les prières consacrées; les autres apportent des victuailles, des parfums. Au dernier registre, la scène est curieuse à étudier par la variété des tableaux. Outre des parties d'animaux déjà sacrifiés, des serviteurs amènent des animaut vivants. »
« Les tables d'offrandes, dit M. Mariette, sont las monuments commémoratifs d'une fondation pieuse faite par les personnages dont elles portent le nom. On eu trouve d'assez nombreux exemplaires dans les
temples. Elles portent le plus souvent, sculptés sur leur face supérieure, les dons que le dédicateur s'engageait à fournir en nature. Quelquefois, elles n'ont que la forme du caractère hiéroglyphique qui sert à écrire leur nom. Karnak possède encore quelques-unes de ces dernières, qui sont d'énormes blocs d'albâtre ou de granit pesant près de hait mille kilogrammes. »
Il y a des tables d'offrandes de toutes les grandeurs, et quelques-
F.ij. iss
T.iblos d'offrandes.
unes sont fort petites. La plupart sont d'une forme très simple, comme on peut le voir aux figures 481 à h^k, mais il y en a aussi qui extrêmement riches.
Nous avons au Louvre plusieurs de ces tables à libation , décorées de plusieurs objets d'offrande sculptés et portant sur le pourtour des prières au nom du dédicateur. 11 y en a une qui, outre les offrandes de pain et de viande, renferme quatre bassins destinés à contenir des liqueurs. On voit de même au musée de Boulaq une table en grès (ii° 95 du catalogue) sur laquelle sont disposés vingt godeis symétii- IV. 57
450 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
quement rangés. La disposition du monument montre qu'il était destiné à recevoir en nature des dons présentés aux dieux, et la légende rappelle, en effet, une fondation d'offrandes à faire au nom d'un roi dans le temple de Karnak.
Le même musée possède un autre monument du même ordre (n''93 du catalogue), mais bien autrement précieux par sa haute antiquité. 11 est en albâtre : deux lions sont debout, côte à côte, et regardent en face. Leurs queues sont pendantes et ramenées de manière à enserrer un vase placé à la partie postérieure des deux quadrupèdes. Sur leur dos est posée une table inclinée. Une rigole y est tracée et devait conduire
Fig. 483. Flg. -JSl.
T.ibles d'offrandes.
jusqu'au vase le liquide qu'on y versait. Ce magnifique morceau, dit le catalogue, a été trouvé au fond d'un souterrain situé dans l'enceinte de la grande pyramide de Saqqarah. 11 est malheureusement dépourvu d'inscriptions. iSiul doute cependant qu'il n'appartienne à l'ancien empire.
Les prêtres. — L'Egypte, si admirée des philosophes et des écrivains de l'antiquité, si étrange dans ses gigantesques et mystérieux monuments, apparaît dans l'histoire comme une énigme qui, après avoir défié tous les siècles passés, commence à peine à être comprise aujourd'hui. Une élite d'hommes chargés de la direction des affaires importantes, vénérés comme les interprètes des dieux, des prêtres à côté ou même au-dessus des rois, propriétaires d'un des pays les plus richement dotés, cultivant toutes les sciences et tous les arts : naturalistes, médecins, astronomes, architectes, au milieu d'un peuple tout entier
consacré aux travaux manuels, telle nous apparaît l'Egypte sous la période sacerdotale.
Nous avons dit que les rois étaient chefs suprêmes du sacerdoce. Néanmoins, il paraît positif que dans plusieurs circonstances, le pouvoir politique s'est trouvé en lutte avec le pouvoir sacerdotal, qui voulait bien un chef, mais non un maître. Les immenses privilèges dont jouissait le sacerdoce ont dû plusieurs fois inquiéter le monarque, qui a pu alors entrer en lutte avec une classe dont la puissance lui portait ombrage. Il y a eu, en effet, des Pharaons qui, bien loin de se dire fils d'Ammon, se sont hautement déclarés les ennemis du dieu et ont tenté d'abolir son culte. Un grand nombre de monuments oli le nom d'Ammon a été mutilé avec rage se rattachent à cette époque.
D'un autre côté, les prêtres d'Ammon se sont trouvés assez puissants pour renverser une dynastie et faiie monter sur le trône des rois de leur choix. Le pouvoir royal semble même avoir été quelque temps électif, sinon dans l'Egypte elle-même, au moins dans TÉthiopic, et c'est encore par les prêtres d'Ammon qu'il devait être nommé. 11 résulte même des renseignements donnés par Diodore de Sicile, que, malgré la toute-puissance dont il était en apparence revêtu, le roi d'Ethiopie faisait en réalité l'office d'une espèce de pouvoir e.iiécutif, agissant sous l'influence immédiate du sacerdoce.
Si nous nous en rapportons aux historiens grecs, la classe sacerdotale aurait constitué, dans l'ancienne Egypte, une sorte d'aristocratie dont les privilèges étaient transmissibles par voie d'hérédité : il faut en rabattre un peu sur cette opinion, qui présente la chose sous un aspect certainement exagéré. Le sacerdoce représente avant tout la classe des lettrés, et les connaissances assez étendues qui étaient exigées des grands fonctionnaires montrent assez que l'hérédité n'a jamais pu avoir le caractère absolu qu'on lui prête. Évidemment, un membre de la classe sacerdotale devait faire tous ses efforts pour voir son lils lui succéder dans ses fonctions, mais si l'enfant ne possédait pas les connaissances requises, il fallait nécessairetuent le remplacer par un autre, et un scribe, plus intelligent ou plus laborieux que les autres, pouvait par conséquent s'élever beaucoup plus haut que son père dans la hiérarchie administrative. Or le titre de scribe n'implique aucunement un privilège de naissance, mais représente simplement une sorte de diplôme. En sorte que la classe sacerdotale de l'ancienne Egypte peut, en quelque sorte, être assimilée à la classe des lettrés de Chine, mais m; doit l'être en aucune façon à la caste des brahiuanes de l'Inde.
452 INSTITUTIONS RELIGIEUSES
Les connaissances requises pour exercer les fondions sacerdotales ont été nettement définies par saint Clément d'Alexandrie. « Les Ég\ptiens, dit-il, suivent une philosophie particulière à leur pays; c'est dans leurs cérémonies religieuses surtout qu'on s'en aperçoit. On y voit d'ahord, marchant le premier, le chanteur, portant un symbole musical; il est obligé de savoir deux des livres d'Hermès, l'un contenant les hymnes en l'honneur des dit'ux, l'autre les règles de vie pour les rois. Après le chanteur vient l'horoscope; il porte dans ses mains une horloge et une palme. 11 faut qu'il ait toujours dans l'esprit les quatre livres qui trailent des astres : l'un des astres errants, l'autre de la conjonction du soleil et de la lune, les derniers de leur lever. Vient ensuite le prêtre hiérogramraate, reconnaissable aux plumes qui ornent sa tête ; il a dans ses mains un livre et une palette garnie de l'encre et des joncs nécessaires pour écrire. L'hiérogrammate doit posséder les connaissances qu'on appelle hiéroglyphiques (ou interprétatives des anciens livres) et qui comprennent la cosmographie, la géographie, les phases du soleil et de la lune, celles des cinq planètes, la chorégraphie de l'Egypte, le cours du Nil et ses phénomènes, l'état des possessions des temples et des lieux qui en dépendent, les mesures et tout ce est utile à l'usage des temples. Le stoliste vient ensuite, portant la coudée, emblème de la justice, et le vase de puriflcation. Celui-ci sait tout ce qui concerne l'art d'enseigner et l'art de marquer du sceau sacré les jeunes victimes. Dix livres sont relatifs au culte des dieux et aux préceptes de la religion; ils traitent des sacrifices, des prémices, des hymnes, des prières, des pompes religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres marche le prophète, portant le sceau sacré, sui\i de ceux qui portent des pains ; comme le supérieur des autres prêtres, le prophète apprend les dix livres qu'on appelle sacerdotaux, où est contenu ce qui concerne les lois et l'administration de l'État et de la cité, les dieux et la règle de l'ordre sacerdotal. 11 y a en tout quarante-deux livres d'Hermès, dont trente-six, dans lesquels se trouve exposée toute la philosophie des Égyptiens, sont appris par les prêtres des classes qui \iennent d'être désignées; les six autres livres sont étudiés par lespastophores, comme appartenant à l'art de guérir, et ces livres parlent, en effet, de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments, des yeux, enfin des maladies des femmes. » On voit que les connaissances qu'on demandait à la classe sacerdotale comprenaient à peu près tout ce qui constituait la science dans ces époques reculées. Naturellement, il y avait des écoles sacerdotales plus
OU moins fameuses, et l'instruction qui se donnait dans les temples n'était pas partout poussée au mêaie degré.
Les temples étaient munis d'une bibliothèque : « Une chambre du temple de Denderah, dit M. Paul Pierret, est nommée Bibliothèque ; sur la porte est gravée la palette des scribes. Cette salle contient un catalogue des manuscrits qu'elle renfermait, lesquels étaient écrits sur peau et serrés dans des coffres. Voici quelques-uns des titres de ces ouvrages à l'usage de la classe sacerdotale :
« Liste de ce qu'il y a dans le temple.
« Livre de conduite du temple.
« Livre des attachés du temple.
« Protection du roi dans sa demeure.
« Chapitre pour détourner le mauvais œil.
« Instructions pour les processions d'Horus autour de son temple.
« Protection d'une contrée, d'une ville, d'une maison, d'un tombeau.
« Formules pour la chasse des bêtes féroces, des reptiles, pour les offrandes, etc. »
C'est la déesse Sarvekh qui présidait aux bibliothèques. »
Le sacerdoce embrassait tous les rouages administratifs. Les titres que portent les fonctionnaires de l'État sont extrêmement variés. Aussi nous trouvons dans les inscriptions un chef des pays méridionavx, un gardien des canaux d'Ammon, un intendant des troupeaux, un prêtre du taureau blanc, etc. Le service religieux proprement dit comprenait les prophètes, les purificateurs, les simples prêtres, les desservants, etc.
La peau de panthère est le signe des plus hautes dignités sacerdotales et en particulier des prophètes (fig. 48[)). Toutefois, ce n'est que dans les grandes cérémonies que cette peau de panthère figure dans le costume des prêtres. Sous le premier empire, le vêtement des hauts fonctionnaires était de la plus extrême simplicité, comme nous le voyons dans la statue de Sépa au Louvre. Ce personnage, qui était prophète et prêtre du taureau blanc, est simplement vêtu d'une courte jupe de lia: seulement, il porte à la main le bâton qui, en Egypte, est le signe caractéristique du commandement.
Les prophètes égyptiens n'étaient pas, comme les prophètes juifs, des orateurs inspirés, mais des prêtres élevés en dignité et en savoir, qui étaient chargés de diriger les cérémonies et de régler les rites sacrés. Le titre de premier prophète répondait à la plus haute dignité sacerdotale. Celte dignité se transmettait quelquefois de père en fils. C'est
ce qui est arrivé à Abydos, sous la XW' dynastie, où plusieurs générations, appartenant à la famille d'Unuffre, ont porté le litre de premier prophète d'Osiris. Nous avons au Louvre la statue d'Onuffre, représenté debout et dans le costume de sa dignité (n° 66, salle du rez-de-chaussée). « Onuffre, dit le catalogue, a la peau de panthère, comme tous les prêtres de son rang, et un long bâton ou sceptre simple, signe du commandement, sur lequel sont gravés les cartouches de Ramsès II; on les retrouve également sur les broderies de l'espèce d'écharpe qui retombe sur la robe, au milieu de la ceinture. Une longue inscription, gravée derrière la statue, est relative aux fonctions sacerdotales exercées à Abydos par
Fig. 485. — Prèlrcs vutus de la peau de panllière.
ce personnage. Cette statue imite la forme d'un pilier carré et semble avoir été destinée à servir de cariatide (XIX"^ dynastie). »
Nous avons aussi au Louvre {n° 67) une statue en granit rose qui représente le flls d'Onuffre. Il exerçait comme son père la profession de premier prophète d'Osiris à Abydos. Celui-ci est agenouillé et tient devant lui un naos, ou châsse, dans lequel est une statue d'Osiris.
Il y avait un prophète pour chaque divinité. Les prophètes d'Ammon, qui occupaient le premier rang dans l'ordre judiciaire, finirent, vers la fin de la XX' dynastie, par s'emparer du pouvoir royal. 11 y avait également des prophétesses qui, dans le sacerdoce féminin, avaient la même importance que les prophètes parmi les prêtres.
Une autre catégorie de prêtres occupait certainement un rang élevé dans la hiérarchie sacerdotale ; ce sont ceux qu'on désigne sous le nom de pastophores. Préposés à la garde des temples, ils avaient, en outre, pour mission de porter dans les grandes cérémonies le naos, petit édicule portatif contenant limage de la divinité. Les sculptures des tem-
LÉGYPTE.
pies nous offrent plusieurs exemples de pastophores, dont le costume, au reste, paraît avoir éié assez varié.
Habituellement, l'image du dieu est mystérieusement cacliôe dans sa châsse (fig. 486), mais cet usage, qu'on trouve à une époque fort ancienne, a dû être en partie abandonné avant l'époque des Ptolémées,'car on trouve même dans les dynasties nationales des petits édicules tenus par des pastophores et montrant à tous les regards l'image de la divivinité. La statue que nous reproduisons (fig. f|87) porte une inscription
Fig. 486. — Prêtre portant le naos.
(Sculpture du temple de Denderah.)
qui la fait remonter au règne de Psammêtiquo II, sous la XXVI" dynastie, c'est-à-dire de OIG à 770 avant Jésus-Christ. Elle a au cou un collier auquel pend un petit sachet et tient devant elle une figure d'Osiris. Cette statue fait partie du musée du Louvre, et rcmblème dont elle est chargée l'a fait classer par Clarac dans les pastophores, appelés aussi thalamophores. Elle a été trouvée dans les fondations de l'église Saint- Eustache, à Paris.
Une statue en basalte noir, découverte à la villa Adriana et faisant partie du musée du Capitole.nous montre un prêtre portant une tablette
INSTTDTIONS RELIGIEUSES.
sur ses deux mains étendues (fig. Zi88). Cette tablette représente le livre contenant la connaissance des choses saintes. Bien que la statue appartienne à l'époque romaine, elle nous fournit un document parfaitement authentique, puisqu'elle n'est qu'une reproduction littérale des monuments d'une date beaucoup plus ancienne.
Les costumes des prêtres présentent d'ailleurs une assez grande variété, comme on peut le voir sur les peintures des hypogées de Thèbes. Notre figure /i89 montre trois personnages appartenant à la classe sacer-
Flg. 487.
ïhalamophore
Fis. 488.
Prêtre égyptien.
(Musée da Lou\Te.)
dotale, mais dont le vêtement indique une fonction différente. Celui qui marche en tête paraît être hiérarchiquement supérieur aux deux autres : vêtu d'une longue robe, il tient d'une maiu la cassolette à encens, tandis qu'avec l'autre il verse la libation sacrée.
Les prêtresses apparaissent également dans les monuments figurés, mais le rôle qu'elles remplissaient dans le culte n'a pas encore été bien nettement défini. Elles semblent n'avoir occupé, en général, qu'une position assez subordonnée : les prêtresses d'isis sont caractérisées par le sistre qu'elles tiennent à la main dans les cérémonies en l'honneur de la déesse (fig. 490 et 491).
On remarquera également la fleur du lotus qu'elles portent habituellement sur la tête. Au reste, quoique le sistre soit plus spécialement consacré à Isis, on le trouve également quelquefois dans les mains des prêtres dont le service est consacré à d'autres divinités.
Une statue du Louvre nous montre une prêtresse d'Ammon, assise
Fig. 489.
et tenant en main un sistre. Elle semble avoir été complètement peinte en blanc, sauf la coiffure, qui était peinte en noir. Cette prêtresse se nommait Atech, et on voit par sa légende qu'elle avait deux fils dont Tun était chef du temple d'Ammon et dont l'autre avait été porte-encensoir du roi.
Hérodote et Plutarque nous ont laissé des renseignements assez complets sur les habitudes des prêtres égyptiens. « Ils se rasent le corps entier tous les trois jours, dit Hérodote, afin que ni pou ni autre vermine ne les souillent pendant qu'ils servent les dieux. Ils ne portent que des vêtements de lin et que des chaussures d'écorce de papyrus; il ne leur est point permis d'en porter d'autres. Ils se lavent à l'eau fraîche, deux fois par jour et deux fois par nuit. Ils accomplissent encored'autres rites, presque innombrables. «
l'iutarciue, dans son traité d'Isis et d'Orisis, nous donne les raisons pour lesquelles les prêtres se rasent et ne portent pas de laine. « Tous ces usages, dit-il, s'expliquent par une même raison. Comme dit Platon, le contact de ce qui est pur est interdit à tout ce qui ne l'est pas. Le résidu des aliments, et en général tout ce qui est sécrétion, est immonde et impur, et c'est une sécrétion qui donne la naissance et le IV. 58
Fig. 490.
Prêtresse tenant le sistre.
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
développement aux laines, aux poils, aux cheveux, aux ongles. 11 serait donc ridicule que les prêtres d'Isis, se rasant les cheveux pour l'exercice du culte, et tenant leur corps parfaitement lisse, portassent, pour se vêtir, la dépouille des animaux. Le lin, au contraire, est un produit de la terre qui est immortelle ; il fournit un vêtement simple et propre, qui couvre sans alourdir, qui est commode en toute saison, et ^i, dit-on, n'engendre jamais la vermine. Les prêtres d'Isis ont tant de répugnance pour toute nature de sécrétions, que non-seulement ils s'abstiennent
piesque généralement de légumes, ainsi que de la chair des brebis et de celle des porcs, lesquelles donnent lieu à beaucoup de résidus, mais qu'encore au temps de leurs dévotions ils s'interdisent le sel dans les aliments. «
Les prêtres s'abstenaient également de poissons de mer et étaient d'une extrême sobriété pour le vin et les boissons. Un membre du sacerdoce était censé n'avoir aucun des vices du vulgaire, et il devait, en outre, être exempt de toute difformité corporelle.
Le costume, fréquemment renouvelé, était de la plus complète blancheur et d'une propreté rigoureuse.
Les prêtres avaient quelquefois des images de divinités suspendues à leur cou, et dans leurs mains ils portaient des enseignes sacrées ou d'autres emblèmes religieux. Ainsi, le prêtre qui fait les fonctions de scribe tient habituellement un roseau taillé en plume, une palette ou un papyrus roulé ou déroulé. Leur vêtement habituel était une courte tunique (le schenti) sur laquelle était une robe plus ample (le calasiris). C'est une peau de panthère jetée sur la tunique qui, avons-nous dit, caractérise les prêtres d'un rang élevé. D'autres portent sur la poitrine le scarabée sacré, la barque symbolique {bari)oii des emblèmes de vie. Les riches colliers à plusieurs rangs, les bagues qui ornent les doigts, les chaussures de papyrus, attachées sur le cou-de-pieJ, et se terminant par de longues pointes recourbées, font également partie du costume sacerdotal.
Fi;;. -l'Jl. — Prêtresse d'Isis.
(D'après une peinture de Thèbes.)
L'fir.YPTE.
Dans la décoralion du temple d'Isis à Pompéi, on voit la représentation do prêtres égyptiens, tenant en main des ustensiles sacrés (fig. Z|92). Le costume de ces prêtres diffère sensiblement de ceux que nous voyons dans les véritables monuments égyptiens, mais il figure très exactement celui des desservants du temple d'Isis dans une ville romaine. Après l'établissement de la domination romaine, le culte des divinités égyptiennes prit une très grande extension, et il est peu de villes dans l'empire cjui n'aient eu leur temple d'Isis et d'Osiris. Ces temples étaient généralement dans un style pseudo-égyplien et desservis par
Fig. 492. ^ Prèlres égyptiens.
(D'ap/ès les peinturjs du temple d'Isis, à Pùinpoi.)
des prêtres qui, n'étant pas élevés dans les écoles égyptiennes, appointaient nécessairement des modifications dans les rites et dans le costume. Mais les artistes qui les ont représentés affectaient de leurdonneitoujours une certaine raideur pour les mettre d'accord avec les peintures égyptiennes.
Les cérémonies. — Hérodote nous donne quelques détails sur les rites qui devaient accompagner le sacrifice. « Lorsqu'on a amené la bête marquée, dit-il, devant l'autel où l'on veut sacrifier, on allume le
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
feu ; ensuite on fait auprès d'elle des libations de vin, et l'on invoque le dieu, puis on égorge la victime, et quand elle est égorgée on lui tranche la tête. On écorche le corps et après avoir chargé la tête d'une longue imprécation, on la porte au marché s'il y en a un, et s'il s'y trouve quelque marchand grec trafiquant dans le pays, on la lui vend; s'il n'y a pas là de marchand grec, on la jette dans le fleuve. L'imprécation qu'ils prononcent sur cette tète est ainsi conçue : « S'il doit (1 advenir quelque malheur à ceux qui offrent ce sacrifice, ou à l'Egypte « entièie, que le mal soit détourné et tombe sur cette bète. » Tous les
l'ig. 4ya. — Bœul prépare pour le sacriuce.
Égyptiens observent les mêmes coutumes concernant les têtes des victimes et les libations de vin; dans tous les sacrifices on suit le même rite, et on conséquence de ces usages, jamais Égyptien ne goûte la tête ■ d'aucun animal. »
L'extraction des entrailles et la manière de brûler les victimes variaient selon les sacrifices. Voici, suivant Hérodote, les cérémonies qu'on accomplissait dans les sacrifices à Isis : « Lorsqu'ils ont écorché un bœuf, ils prient et retirent ses intestins creux, mais ils laissent dans le corps les viscères et la graisse. Us coupent les jambes, l'extrémité de la queue, les épaules et le cou; cela fait, ils remplissent ce qui reste du corps de pains bien nets, de miel, de raisins secs, de figues, d'encens, de myrrhe et d'autres parfums. Quand il est ainsi rempli, ils le brûlent sur l'autel, l'arrosant d'huile à grands flots. Or ils sacrifient après avoir jeûné, et tandis que la victime se consume, ils se portent
L'ÉliVPrE.
de grands coups; enfin, après s'être bien frappes, ils font un feslin de ce qu'ils ont séparé de la bête immolée. »
Les bœufs, couchés et liés par les quatre jambes, rappellent, suivant Mariette, les sacrifices par lesquels, à certains anniversaires, on devait honorer les mânes des défunts. Ces sacrifices s'accomplissaient dans la partie extérieure des temples (fig. /i93 et 49/i).
Dans les grandes solennités religieuses, le Pharaon occupait la place d'honneur on avant de la barque sacrée que les prêtres portaient sur leurs épaules, escortés de la procession et du peuple immense qui l'ac-
Fig. 49} — Animal préparé puur lui sactificu à
à Isis
compagnait. Pour ces occasions, le Pharaon était coiffé du casque et tenait à la main le sceptre et la cuiller aux parfums, comme nous le voyons sur la figure /t95. Parmi les prêtres qui soutiennent la barque, les plus élevés en dignité sont ceux dont la robe est couverte d'une peau de panthère. Le petit autel posé sur le milieu de la nacelle est recouvert d'un voile qui en masque la décoration. Mais cette décoration est apparente sur d'autres monuments.
Dans un des temples de l'île de Philé, on voit un bas-relief représentant une barque symbolique dont l'avant et l'arrière sont décorés d'une tète d'isis. La barque est portée par quatre prêtres vêtus de longues robes et précédés d'un personnage tenant une cassolette dans laquelle brûlent des parfums. On voit la flamme sortir du vase qui est à l'extrémité et le jeune homme y jette des grains d'encens. Malgré l'exiguïté de sa taille, ce jeune homme doit être un Pharaon, car il porte la couronne de la haute Egypte, avec l'uréus au front. A l'arrière
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
de la barque, une rame est manœuvrée par un personnage à tète d'épervier, qui en meut l'extrémité au moyen de la queue d'un serpent dont
il tient le corps dans sa main. Sur l'avant, un personnage portant une tête analogue, mais surmontée de la couronne de la haute Egypte, est agenouillé devant un petit autel en forme de coffre qui occupe le centre
L'tGYPTE.
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de la barque. L'autel est décoré de deux figures qui étendent leurs ailes en signe de protection et un disque solaire flanqué de deux grandes ailes plane sur le tout (fig. /(9G).
Les objets sacrés qu'on portait dans les processions religieuses on
Fig. 497. — Canope à lêto d'Ammon. (Sculptures du temple de Philé.)
toujours un caractère symbolique, dans leur forme générale aussi bien que dans l'ornementation qui les décore (Qg. /i97).
La lutte du soleil contre les ténèbres était figurée dans une cérémonie qui se célébrait à Paprémis, au moment où le soleil se couche. Hérodote, qui assimile Set à Mars, raconte ainsi les combats qui avaient lieu dans cette fête singulière : « A Paprémis, dit-il, on observe les mêmes cérémonies et on fait les mêmes sacrifices que dans les autres villes ; mais, lorsque le soleil commence à baisser, quelques prêtres, en petit nombre, se donnent beaucoup de mouvement autour de la statue de Mars, tandis que d'autres, en plus grand nom.bre, armés de bâtons, se tiennent debout à l'entrée du temple. On voit vis-à-vis de ceux-ci plus de mille hommes confusément rassemblés, tenant chacun un bâton à la main, qui viennent pour accomplir leurs vœux. La statue est dans une petite chapelle de bois doré. La veille de la fête, on la transporte
dans une autre chapelle. Les prêtres qui sont restés en petit nombre autour de la statue placent cette chapelle, avec le simulacre du dieu, sur un char à quatre roues et se mettent à le tirer. Ceux qui sont dans le vestibule les empêchent d'entrer dans le temple ; mais ceux qui sont vis-à-vis, occupés à accomplir les vœux, venant au secours du dieu, frappent les gardiens de la porte et se défendent contre eux. Alors commence un rude combat à coups de bâtons ; bien des têtes sont fracassées, et je ne doute pas que plusieurs personnes ne meurent de leurs blessures, quoique les Égyptiens n'en conviennent pas (Hérodote). »
Le culte des divinités égyptiennes s'est promptement répandu dans toutes les provinces soumises à la domination romaine. Des modifications se sont nécessairement introduites dans les cérémonies religieuses en l'honneur d'Isis et d'Osiris, lorsqu'elles avaient lieu en dehors de l'Égypto, où la tradition se maintenait beaucoup plus intacte. Mais ces modifications n'ayant eu lieu que successivement, nous devons croire que le cérémonial accompli pendant le premier siècle de noire ère était encore à peu près conforme aux rites usités en Egypte.
Nous ne pouvons donc voir sans le plus vif intérêt les peintures conservées dans le temple d'Isis à Pompéi, et nous croyons qu'on peut y trouver des renseignements exacts, au moins dans une très-large mesure.
Nous voyons d'abord un autel dressé en plein air, en face une chapelle à laquelle on monte par un escalier décoré de sphinx. Les assistants sont rangés en files sur les deux côtés de l'autel, près duquel sont les ibis sacrés-, un desservant avive la flamme du sacrifice. En haut de l'escalier, le prêtre, vêtu d'une tunique talaire et d'un manteau à franges, présente le vase sacré aux fidèles assemblés, tandis que deux personnages, placés à ses côtés, agitent le sistre en l'honneur de la déesse. Le prêtre a la tête rasée, conformément au rite égyptien. (fig/t98).
La cérémonie en l'honneur d'Osiris présente un caractère différent, bien que la disposition générale soit la même. La flamme sacrée s'élève sur l'autel, près duquel on retrouve les ibis com^nc dans le tableau précédent. Les assistants jouent du sistre et de la flûte autour de l'autel. En haut de l'escalier formant l'entrée du temple, un personnage barbu et portant un vêtement violet danse au son de la flûte et du tambourin : il paraît représenter Osiris. Une couronne de feuillage IV. 59
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et de grandes palmes sont accrochées sur le devant de la chapelle dont elles forment la décoration, conformément à un usage rustique dont on retrouve toujours la trace dans les cérémonies religieuses de Tantiquité (fig. /i99).
Nous trouvons dans l'ouvrage d'Apulée la description d'une pro-
Fig. 498. — Cérémonie on Thonneur d'Isis. (D'après une pointure de Pompéi.)
cession en l'honneur d'Isis, qui présente un caractère tout particulier. A cette époque, en effet, le culte égyptien avait perdu l'austérité des cérémonies primitives et s'était imprégné d'une foule d'usages grecs empruntés pour la plupart au culte de Bacchus. Il n'en est pas moins curieux de voir comment, au m' siècle de notre ère, on honorait la déesse Isis. « Insensiblement les premières parties du cortège commencèrent à se mettre en marche. Le choix des costumes adoptés par
chacun, en raison de différents vœux, y jetait uue variété pleine d'agrément. Celui-ci, ceint d'un baudrier, représentait un soldat ; celui-là, avec sa courte chlamyde, son petit sabre au côté et ses épieux, figurait un chasseur. Un autre avait des brodequins dorés, une robe de soie et des atours précieux une chevelure postiche chargeait sa tête, sa
Fig. 499. — Cérémoaie en l'honneur d'Osiris. (D'après uue peinture de Porapéi.)
démarche était traînante : on aurait dit une femme. Un autre, chaussé de bottines, armé liùrement d'un bouclier, d'un casque et d'une épée, semblait sortir d'une arène de gladiateurs. Il y en avait un qui, précédé de faisceaux et vêtu de pourpre, jouait le magistrat ; un qui, par déguisement, portait le manteau, le bâton, les sandales et la barbe de bouc d'un philosophe. Quelques-uns étaient en oiseleurs et en pêcheurs,
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avec différents roseaux enduits de glu ou garnis d'hameçons. Je vis aussi une ourse apprivoisée qu'on voiturait dans une cliaise, habillée en dame de haut parage. Un singe coiffé d'un bonnet brodé, vêtu d'une cotte phrygienne de couleur de safran, représentait le jeune berger Ganymède et tenait une coupe d'or ; enfin, il y avait un âne, sur le dos duquel on avait collé des plumes, et que suivait un vieillard tout cassé ; ils parodiaient Pégase et Bellérophon, et tous deux, du reste, formaient le couple le plus risible.
« Au milieu de ces mascarades plaisantes qui çà et là remplissaient les rues, la pompe spéciale de la déesse protectrice s'était mise en mouvement. Des femmes vêtues de robes blanches, couronnées de guirlandes printanières et tenant toutes d'un air joyeux différents attributs, jonchaient de petites fleurs le chemin par où s'avançait le cortège sacré. D'autres portaient, retournés sur leur dos, de brillants miroirs, afin qu'en avançant la déesse pût considérer devant elle l'empressement de la foule qui suivait. Quelques-unes portaient des peignes en ivoire, et, par les mouvements de leurs bras, les inflexions de leurs doigts, elles faisaient le geste de peigner, d'ajuster les cheveux de leur reine. D'autres enfin, versant goutte à goutte un baume précieux et divers parfums, en arrosaient abondamment les places.
« En outre, une foule nombreuse, de l'un et de l'autre sexe, portait des lanternes, des torches, des bougies et autres espèces de clartés, dans le but de se rendre favorable par ces emblèmes lumineux la déesse des astres qui brillent au firmament. C'étaient ensuite des symphonies délicieuses, des chalumeaux et des flûtes qui faisaient entendre les plus doux accords. Puis venait un chœur de jeunes gens d'élite, vêtus de costumes blancs d'un très-grand prix, et qui répétaient alternativement une cantate composée par un poëte habile, sous l'inspiration favorable des Muses. Dans cette cantate se reproduisaient par intervalle les préludes de vœux plus solennels. Parmi eiLX étaient des musiciens consacrés au grand Sérapis, qui, sur leur flûte travcrsicre avançant du côté de l'oreille droite, jouaient difl'érents airs appropriés au culte de ce dieu dans son temple. Enfin on voyait plusieurs officiers qui avertissaient de laisser le chemin libre et facile aux saintes images. A la suite, en effet, survenaient à flots et en troupes nombreuses les personnes initiées aux divins mystères : des hommes, des femmes de tout rang, de tout âge, couverts de robes de lin d'une blancheur éblouissante. Les femmes portaient un voile transparent sur leurs cheveux parfumés d'essences, les hommes avaient la tète entièrement
rasée, et le haut de leur chef était tout luisant : c'étaient ceux qui représentaient les astres terrestres de la grande religion ; et de leurs sistres d'airain, d'argent ou même d'or, ils tiraient un tintement mélodieux.
« Quant aux pontifes sacrés, ces grands personnages étaient vêtus d'une longue robe blanche de lin, qui leur couvrait la poitrine, leur serrait la taille, et tombait jusque sur leurs talons. Ils portaient les symboles augustes de puissantes divinités. Le premier d'entre eux tenait une lampe de la clarté la plus vive, qui ne ressemblait en rien à celles qui éclairent nos repas du soir : c'était une gondole en or, jetant de sa partie la plus large une grande flamme. Le deuxième était vêtu d'un costume semblable; mais il tenait dans ses mains deux autels, appelés « les secours », en raison de la providence secourable de la grande déesse. Un troisième s'avançait en élevant un rameau d'or aux feuilles du travail le plus délicat, et aussi le caducée de Mercure. Le quatrième tenait en l'air le symbole de la justice, figurée par un bras gauche avec sa main ouverte : si on avait choisi la gauche, c'est qu'elle semble mieux que la droite représenter la justice, parce qu'elle est moins agissante, moins souple, et qu'elle est dénuée d'adresse. Le même avait aussi un petit vase d'or arrondi en forme de mamelle, et avec ce vase il faisait des libations de lait. Un cinquième portait un vase d'or, où étaient entassés des petits rameaux du même métal ; enfin, un dernier était chargé d'une amphore.
« Aussitôt après s'avancèrent les dieux, daignant marcher à l'aide de pieds humains.
« Le premier, image monstrueuse, était l'intermédiaire divin qui circule du ciel aux enfers, et dont la figure est tantôt sombre, tantôt resplendissante. Il élevait sa grande tête de chien, et de la main gauche il portait un caducée ; de la droite il agitait une palme verdoyante. Immédiatement après lui venait une vache, dressée sur ses pieds de derrière, emblème de fertilité représentant la féconde déesse. Cette vache était soutenue sur les épaules d'un des saints prêtres, qui s'avançait d'un air plein de majesté. Un autre tenait la corbeille oij étaient renfermés les mystères, et qui dérobait à tous les regards les secrets de la sublime religion. Un autre portait dans son sein bienheureux l'elTigie vénérable de la toute-puissante divinité, effigie qui n'avait la forme ni d'un quadrupède domestique, ni d'un oiseau, ni d'une bête sauvage, ni même d'un homme. Mais on avait su, découverte ingénieuse, la rendre vénérable au moyen de sa nouveauté même ; et le
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symbole qui la représentait était, du reste, un indice ineffable du mystère qui doit présider à cette auguste religion. Figurez-vous une petite urne d'un or éblouissant, très-artistement creusée, toute ronde à sa base, et au dehors enrichie des merveilleux hiéroglyphes des Égyptiens. Son orifice, peu élevé, s'étendait d'un côté de manière à présenter un long bec, tandis que de l'autre il y avait une anse à courbure trés-dévcloppée, sur le soiTimet de laquelle se dressait en replis noueux un aspic à la tête écailleuse, au cou gonflé et au dos strié de mille raies. »
Les uébrelx. — Les puémci ens. — Les assyriens. — Les perses.
Les phrygiens.
Les Hébreux. — « Les croyances des Israélites, dit M. Maspero, formaient avec les religions cananéennes le contraste le plus frappant. On trouve bien çà et là quelques traces confuses d'un paganisme primitif, des dieux (Élohim), des pierres sacrées, des idoles qui sont les dieux de la famille et elont les images font partie du patrimoine de la
tribu : mais en fait ils sont monothéistes Us n'ont qu'un seul dieu
et ne confondent pas ce dieu avec l'univers, n'admettent pour lui ni la
subdivision ni le sexe Le tonnerre est sa voix; l'éclair, sa lumière:
la grêle et l'orage, son aune. Tonnerre, éclair, grêle ne deviennent jamais des êtres indépendants, ce sont des actes du dieu. Ce dieu unique, ce Javeh, est avant tout le dieu national d"Israël »
Pendant le séjour assez long que les Hébreux firent dans le désert, Moïse les constitua politiquement, leur donna des lois et organisa leur culte. Les rites qu'il institua sont en grande partie empruntés à l'Egypte, mais le fond même du dogme diffère essentiellement. Le monothéisme se retrouve au fond de toutes les religions de l'Orient, mais le dieu .suprême se dédouble dans ses qualités, qui, en se personnifiant,
deviennent des divinités distinctes quoique suloordonnées. Cette hiérarchie des puissances divines ne se retrouve pas cliez les Hébreux, dont le dieu national Javcli exerce sa toute-puissance par ses actes directs et non par des agents célestes. De là vient l'impossibilité pour chacune des tribus qui composent la nation d'invoquer un protecteur spécial, et la nécessité absolue d'obéir toutes au chef qui les commande au nom de la divinité unique. Aussi les Hébreux ne bâtissent pas plusieurs temples : ils n'en ont qu'un et toutes les cérémonies du culte Israélite convergent autour de ce temple.
Le culte des patriarches était de la plus grande simplicité : ils paraissent n'avoir eu ni époques déterminées ni local spécialement choisi pour les actes de dévotion qu'ils adressaient à la divinité. Ce fut Moïse qui fixa les cérémonies du culte et détermina les ustensiles sacrés. Voici ce que dit l'Exode :
" — • Et l'Éternel parla à Moïse, disant :
« Parle aux enfans d'Israël, et qu'on prenne une offrande pour moi ; vous recevrez mon offrande de tout homme dont le cœur me l'offrira volontairement.
« Et c'est ici l'offrande que vous recevrez d'eux ; de l'or, de l'argent, de l'airain.
« De l'hyacinthe, de l'écarlate, du cramoisi, du fin lin, des poils de chèvres.
« Des peaux de mouton teintes en rouge, et des peaux de couleur d'hyacinthe, et du bois de Sittim.
« De l'huile pour le luminaire, des odeurs aromatiques pour l'Iiuile de l'onction, et des drogues pour le parfum.
(( Des pierres d'onyx et des pierres de remplages, pour l'éphod et pour le pectoral.
Il Et ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux;
« Selon tout ce que je te vais montrer, selon le modèle du pavillon, .et selon le modèle de tous les ustensiles, vous le ferez ainsi.
« Ils feront donc une arche de bois de Sittim ; sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie.
(I Tu la couvriras d'or très-pur ; tu la couvriras par dehors et par dedans, et tu feras sur elle un couronnement d'or tout autour.
(i Et tu fondras quatre 'anneaux d'or que tu mettras à ses quatre coins ; savoir, deux anneaux à l'un de ses côtés, et deux autres à l'autre côté.
« Tu feras aussi des barres de bois de Sittim, et tu les couvriras d'or.
« Ensuite tu feras entrer les barres dans les anneaux aux côtés de l'arche, pour porter Tarclie avec elles.
« Les barres seront dans les anneaux de l'arche, et on ne les en tirera point
« Et tu mettras dans l'arche le témoignage que je te donnerai.
« Tu feras aussi le propitiatoire d'or pur, dont la longueur sera de deux coudées et demie, et la largeur d'une coudée et demie.
(c Et tu feras deux chérubins d'or; tu les feras d'ouvrage fait au marteau, aux deux bouts du propitiatoire.
« Fais donc un chérubin de chaque côté; vous ferez les chérubins tirés du propitiatoire, sur ses deux bouts.
« Et les chérubins étendront les ailes en haut, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et leurs faces seront vis-à-vis l'une de l'autre, et le regard des chérubins sera vers le propitiatoire.
« Et tu poseras le propitiatoire en haut, sur l'arche, et tu mettras dans l'arche le témoignage que je te donnerai.
(( Et je me trouverai là avec toi, et je te dirai de dessus le propitiatoire, d'entre les deux chérubins qui seront sur l'arche du témoignage, toutes les choses que je te commanderai pour les enfants d'Israël.
(i Tu feras aussi une table de bois de Sittim ; sa longueur sera de deux coudées, sa largeur d'une coudée, et sa hauteur d'une coudée et demie.
(1 Tu la couvriras d'or pur, et tu lui feras un couronnement d'or à l'entour.
« Tu lui feras aussi à l'entour une clôture de quatre doigts, et à l'entour de sa clôture tu feras un couronnement d'or.
(i Tu lui feras aussi quatre anneaux d'or, que tu mettras aux quatre coins qui seront à ses quatre pieds.
« Les anneaux seront à l'endroit de la clôture, pour y mettre les barres, afin de porter la table avec elles.
« Tu feras les barres de bois de Sittim, et tu les couvriras d'or, afin qu'on porte la table avec elles.
« Tu feras aussi ses plats, ses tasses, ses gobelets, et ses bassins avec lesquels on fera les aspersions ; tu les feras d'or pur.
« Et tu mettras sur cette table le pain qui sera exposé continuellenent devant moi.
« Tu feras aussi un chandelier d'or pur; le chandelier sera façonné
au marteau; sa tige et ses branches, ses plats, ses pommeaux en sortiront.
« Il sortira six branches de ses côtés ; trois branches d'un côté du chandelier, et trois autres de l'autre côté du chandelier.
« 11 y aura à une des branches trois plats en forme d'amande, un pommeau et une fleur; à l'autre branche il y aura trois plats en forme d'amande, un pommeau et une fleur. 11 en sera ainsi aux six branches naissantes du chandelier.
« 11 y aura aussi un chandelier, quatre plats en forme d'amande, ses pommeaux et ses fleurs.
« Un pommeau sous chacune des six branches naissantes du chandelier.
« Leurs pommeaux et leurs branches en sortiront, et tout le chandelier sera une seule pièce faite au marteau, et d'or pur.
« Fais aussi ses sept lampes, et on les allumera au-dessus, afin qu'elles éclairent vis-à-vis du chandelier.
« Et ses mouchettes, et ses petits plats, destinés à recevoir ce qui tombe des lampes, seront d'or pur.
« On le fera avec toutes ses parties d'un talent d'or pur.
« Regarde donc ; et fais selon le modèle qui l'a été montré sur la montagne. »
Le rapport qui existe entre l'arche d'alliance des Hébreux et les chapelles portatives des Égyptiens a été constaté par les savants qui ont accompagné l'expédition française en Egypte. En effet, nous lisons dans le grand ouvrage publié sous les auspices du gouvernement : « 11 serait possible de trouver quelque analogie entre cette barque et l'arche d'alliance des Israéhtes ; et cela n'a rien qui doive surprendre, si l'on admet que le législateur des Hébreux ait été élevé au milieu des Egyptiens, et que ses idées se soient formées sur celles qu'il avait acquises dans leur pays. On ne doit pas s'attendre à trouver dans les objets que nous comparons une similitude complète ; mais on remarquera entre eux cette sorte de ressemblance qui tient aux réminiscences et à une imitation en quelque sorte involontaire. En comparant donc l'arche d'alliance avec la barque sacrée des Egyptiens, on pourra trouver que les prêtres vêtus de longue robe, qui portent celle-ci, sont les lévites vêtus de robes de lin qui portaient celle-là; que le petit temple est l'arche proprement dite et que les figures ailées qui sont tournées l'une vers l'autre, les ailes étendues sur le petit temple, sont les deux chérubins. De plus, le bateau égyptien est porté sur des IV. ou
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barres, comme l'arche Tétait sur des barres de bois de Sittim. Quant à la partie cintrée qui a la forme d'une barque, il n'en est point parlé dans rExoJe; et, en effet, une barque n'aurait eu aucun rapport avec la religion des Israélites, tandis qu'elle en avait de très-naturels avec celle des Égyptiens, dans laquelle le plus grand nombre des symboles doit être rapporté au Nil et à ses inondations. »
Suivant la Genèse, l'usage des sacrifices remonte aux premiers âges de l'humanité, puisque Caïn et; Abel offrent à Dieu, l'un les fruits de la terre, l'autre la graisse de ses meilleures brebis. 11 y a toujours eu chez les Hébreux deux sortes de sacrifices : les sacrifices sanglants, qu'on faisait avec quatre espèces d'animaux, le mouton, le bœuf, la chc\Te et la colombe, et les sacrifices non sanglants, qui consistaient en gâteaux de froment, huile, encens, ou libations de vins. Toutes ces cérémonies se faisaient suivant certains rites auxquels les prêtres attachaient une très-grande importance, mais qui paraissent en avoir eu beaucoup moins aux yeux des prophètes, personnages inspirés de Dieu, mais n'appartenant pas au sacerdoce.
La ville de Siloh a été, après la sortie du désert, le lieu central oij les tribus devaient se réunir, aux époques fixées par la loi, pour les grandes cérémonies du culte. C'est là où Josué avait fixé le tabernacle, mais rous l'^s } i^es il semble que cet endroit ait été un peu délaissé. David et Salomon fixèrent b sanctuaire religieux à Jérusalem, où s'éleva Je fameux i emple qui, après avoir subi bien des transformations, finitpar être détruit par l^s Romains après le sac de la ville. Les lévites furent établis comme serviteurs et gardiens du sanctuaire, dont l'intérieur n'était accessible qu'aux prêtres. Les prêtres étaient chargés dans le par\-is d'entretenir le feu perpétuel sur l'autel des holocaustes, et d'enlever Ji cendre chaque mntin. Ils versaient l'huile dans les lampes, posaient 1 ^ pains de proposition sur la table sacrée et faisaient toutes les cérémonies prescrites pour les sacrifices. En dehors du temple, ils avaient l'administration de la police sanitaire, notamment la visite aux léprcii<-, ils faisaient l'estimation des objets consacrés par des vœux, et, dans quelques cas difficiles, ils étaient appelés à prononcer dans des questions juridiques. Le grand prêtre, dont la fonction paraît avoir été héréditaire, avait, dans la hiérarchie sacerdotale des Hébreux, une situation qui n'était pas sans analogie avec celle de pape dans l'église catholique.
L'historien Josèphe décrit ainsi le costume des prêtres Israélites : « Avant que de faire les fondions du saint ministère, ils devaient
être purifiés; car la loi leur recommande une grande pureté. Ils prenaient un vêtement que nous appelons jnichncfim. Ce terme signifie qui resserre. C'est une espèce de caleçon de lin, mais d'un double tissu de byssus ; on le met autour des reins, en faisant entrer les pieds dedans comme dans une culotte. 11 est fendu par en haut et va jusqu'aux reins, où il est attaché. Ils prenaient ensuite une robe de lin d'un double tissu de byssus, que nous appelons chetonelh, ce qui signifie du lin, car nous donnons ce nom à cette plante. Cette robe est juste au corps, et les deux manches sont serrées sur les bras. Elle se ceint sur la poitrine, un peu au-dessus du sein. La ceinture dont le prêtre se ceint est large de quatre doigts : comme son tissu n'est pas serré, elle a quelque ressemblance avec la peau d'un serpent qui s'est dépouillé. Le tissu de cette ceinture est de byssus, mais relevé par des fleurs de couleur d'écarlate, de pourpre, de bleu céleste et de byssus ; elle faisait deux tours en forme d'hélice, en commençant vers la poitrine, où on la nouait, de manière que pour la bonne grâce elle pendait jusqu'à la cheville du pied, quand le prêtre n'officiait pas : car quand il officiait, comme il était obligé de se donner alors du mouvement, il la rejetait sur son épaule gauche, afin qu'elle ne l'embarrassât pas en flottant. Moïse l'appelle abnet. « C'est des Babyloniens que nous a ons appris à l'appeler cmian, car c'est le nom qu'ils donnent à une ceinture. La robe des prêtres ne faisait aucun pli : on la resserrait par le collet sur les deux clavicules où elle est plus ample; on l'y resserrait, dis-je, avec des cordons qu'on laissait pendre sur la poitrine. Nous appelons cette robe mafjabafane.
«Le prêtre porte sur la tête un bonnet rond, mais qui n'en couvre que la moitié. Nous l'appelons mitfncphel, et il est coupé de façon qu'il paraît une couronne. Il est fait d'une bande de lin très serrée, qu'on roule plusieurs fois et qu'on arrête par quelques points d'aiguille. Le prêtre met par-dessus un morceau de toile qui descend du haut de la tête, sur lequel on l'applique, jusque sur le front, et couvre ce que pourrait avoir de moins gracieux les différents plis du bonnet de dessous. Ce morceau de toile est juste à la tête, afin qu'il ne tombe pas quand le prêtre ofTicie. Voilà ce que nous pouvons dire pour donner quelque idée de l'habit des simples prêtres. »
Les Phéniciens. — Le culte des Phéniciens est peu connu et il règne une grande obscurité et de graves contradictions sur tout ce qui concerne les coutumes religieuses de ce peuple. « En Syrie, dit M. Maspero, les
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mythes étaient demeurés à l'état flottant, et les dieux se partageaient le pays comme autant de princes féodaux. L'adoration de Baal, le maître et le seigneur suprême, et de sa compagneAstarté, impliquait la croyance primitive au dieu unique, de même que l'adoration de Tammouz et de Baalit, de Marna et de Derketo, d'Hadar et d'Atagarth. La multiplicité des Baalem secondaires ne prouve pas plus contre cette unité primor-
Fig. 500.
Fig. 501.
Prêtresses. (Statuettes trouvées dans la Cyrénaïque.)
diale que la subdivision du dieu égyptien en ces puissances divinisées; seulement, en Pliénicie et en Syrie, cette répartition de la puissance divine est plus géographique et politique que philosophique. Ce sont moins les attributs divins que les sanctuaires locaux qui ont donné naissance aux dieux secondaires , Baais éponymes des principales villes. Baal, adoré à TyT, à Sidon, à Tarse, devient Baal-Tsour, Baal-Sidon, Baal- Tars. Comme tel, il peut recevoir un nom particulier qui achève de détruire dans l'esprit du vulgaire son caractère primitif, mais qui ne laisse pas moins subsister la notion confuse de l'unité primordiale;
c'est ce qu'une inscription nous démontre en deux mois. Melquarth, le grand dieu de Tyr, dont le culte avait été porté au loin par les colonies tyriennes, n'était autre que le Baal de la métropole : u Au dieu Melquarth, Baal de Tyr. » L'hommage aux dieux se rendait sur les hauts lieux et dans les bocages sacrés. Il admettait des pratiques licencieuses et barbares dont la seule idée faisait horreur aux prophètes d'Israël.
Fig. 50-2.
Fig. 503.
Prêlressos.
(Statuettes trouvées dans la Cyrénaique.)
Moloch exigeait des sacrifices humains et voulait qu'on brûlât des enfants devant lui. Astarté, à la fois guerrière et voluptueuse, avait pour prêtresses des courtisanes sacrées. »
A défaut d'écrivains phéniciens, nous sommes bien obligés de nous en référer aux historiens grecs et latins, qui s'élèvent contre les atrocités du culte phénicien, tel qu'il avait été importé à Carthage. Il y avait dans cette ville une statue colossale de Baal-IIamon, placée devant le temple de ce dieu. « Elle était de bronze, dit Diodore de Sicile, avec les bras étendus en avant et abaissés; ses mains, dont la paume était en
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dessus, étaient inclinées vers la terre, afin que les enfants qu'on y plaçait tombassent immédiatement dans un gouffre plein de feu. »
Les monuments nous font complètement défaut pour les cultes phéniciens. On a retrouvé dans la Cyrénaïque quelques statuettes en terre cuite qui représentent des prêtresses (fig. 500 à 503). Ces figurines porteut un costume dont la plus grande partie est grecque, mais où l'élément oriental est assez accentué ; et il est probable que le culte auquel il se rattachait était un mélange de rites asiatiques et de traditions grecques. Ou sait, en effet, que cette contrée, habitée par des populations d'origines très-diverses, avait adopté le culte des Grecs, mais en gardant toujours une forte empreinte des religions primitives de l'Asie. Toute la côte de l'Afrique septentrionale avait reçu, à différentes époques, des colonies phéniciennes.
Les Assyriens. — Une sorte de panthéisme ou adoration de la nature personnifiée paraît être le fond du culte assyrien. On y trouve,
Fig. 504. — Guerriers portant des idoles. (D'après un bas-relief assyrien du Musée britannique.)
exprimé d'une manière vague, le principe de l'unité divine, mais le dieu suprême se dédouble dans ses qualités, qui, en se personnifiant, prennent l'apparence de divinités spéciales. La grande divinité des Assyriens paraît avoir été celle que les inscriptions nomment Assour, et qui semble personnifier la nation elle-même.
Comme les dieux de ces contrées ont toujours un caractère protecteur du roi ou de la nation avec laquelle ils sont en quelque sorte iden-
tifiés, ils sont exposés en temps de guerre à toutes les péripéties de la fortune. Si le roi qu'ils protègent est victorieux, il amène comme captifs les dieux du peuple ennemi et les humilie devant eux. S'il est vaincu, ils partagent le sort de ceux qu'ils n'ont pas su défendre. Leurs images sont brisées ou emmenées en captivité. Écoutez un roi d'Assyrie entrant
Fij'. Ô05. — Un sacrilicc.
(D'après un bas-telief assyrien.)
victorieux dans la ville de Suse : « Par la volonté d'Assour et d'Istar, je suis entré dans ses palais et je m'y suis reposé avec orgueil... J'ai enlevé Sousinak, le dieu qui habite dans les forêts, et dont personne n'a
Fig. 50(3. — La ilbaliun.
(D'après un bas-relief assyrien.)
encore VU la divine image, et les dieux Soumoudou,Lagamar, etc., dont les rois du pays d'Élam adoraient la divinité. J'ai enlevé tous ces dieux et toutes ces déesses avec leurs richesses, leurs trésors, leurs pompeux appareils, leurs prêtres et leurs adorateurs, j'ai tout transporté au pays d'Assour. »
La Bible semble nous donner elle-même l'explication d'un basrelief assyrien du Musée britanniq.ue, dont le sujet se rattache à une cérémonie qui avait lieu à Ninive aussi bien qu'à Babylune. « Vous
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verrez à Babylone, dit Baruch, les dieux d'or et d'argent, que l'on porte sur les épaules et qui se font craindre par les nations (fig. 50Z().
« On emploie lor pour ces dieux, continue le prophète, comme on le fait pour une jeune fille qui aime la parure. On met sur leur tète des couronnes d'or, mais il arrive quelquefois que les prêtres de ces dieux leur dérobent l'or et l'argent et s'en servent pour eux-mêmes. Ils le donnent à des femmes impudiques, et après que ces mêmes femmes le leur ont rendu, ils en parent encore leurs dieux; ils couvrent d'habits ces dieux d'argent, d'or, de bois, comme on en revêt des hommes.
« L'un de ces dieux porte un sceptre, comme un homme qui a le
Fig. 507. — Ennuque portant le chasse mouche roy.-il. (D'après un bas-relief assyrien.)
gouvernement d'une province. L'autre a une épée ou une hache à la main, mais il ne peut s'en servir que pour se défendre contre les voleurs.
« Ils allument devant eux des lampes, et en plus grand nombre que pour eux-mêmes; mais ces dieux n'en peuvent avoir aucune, et ils sont comme des poutres dans une maison. »
Les grandes figures ailées, qui dans l'Orient décoraient les temples et les palais, étaient les emblèmes des dieux protecteurs, et ils avaient dans chaque contrée un rôle en quelque sorte national. Aussi, bien que ces emblèmes fussent les mêmes pour des peuples différents, ils étaient voués en temps de guerre à une destruction certaine. « J'ai brisé les
iSl
lions ailés et les taureaux qui veillaient à la porte des temples, dit un roi d'Assyrie, entrant dans la Susiane. J'ai renversé les taureaux ailés flxés aux portes des palais du pays d'Élam et qui, jusqu'alors, n'avaient pas été touchés, je les ai jetés bas. »
De nombreux bas-reliefs assyriens nous montrent des sacrifices religieux dans lesquels le roi semble toujours accomplir le rôle de grand pontife. Tantôt, le roi placé en avant de la victime qu'on amène semble
Fig. 508. — Roi et sa cour
Invoquer la divinité (fig. 505) , tantôt il verse lui-même la libation sacrée près des lions qu'il a tués à la chasse (ûg. 506). Malheureusement les écrivains anciens ne nous fournissent aucun renseignement sur les pratiques religieuses des Assyriens, en sorte que les monuments se présentent toujours à nos yeux dans un caractère un peu énigmatique. Ils se rapportent tous au roi et à son entourage immédiat, jamais à la population.
Un fait assez curieux, c'est que les eunuques apparaissent dans les représentations qui se rapportent au culte, aussi bien que dans celles qui ont trait à la guerre. Voici, par exemple, sur la ligure 507, un eunuque portant le chasse-mouche royal dans la main droite et tenant avec la gauche une coupe destinée aux libations sacrées. La figure 508 montre le monarque entouré de sa cour. Un eunuque tient le parasol au-dessus de sa tête. En face de lui est un autre eunuque agitant le chasse-mouche, et un grand officier de la couronne portant, comme le roi lui-même, une longue barbe et les cheveux bouclés. 11 est probable IV. 61
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que le roi est en train d'accomplir un sacrifice, car il tient en main la coupe des libations et on voit près de lui un bœuf couché.
Un bas-relief assyrien du Louvre nous montre un prêtre faisant une invocation. Il porte la barbe et les cheveux frisés à plusieurs rangs. La tunique, ornée de galons et de glands, est en partie cachée sous une robe qui passe sur l'épaule gauche en laissant la droite découverte et s'ouvre par devant. Il lève la main droite en signe d'invocation et laisse pendre de la main gauche une tige de pavot à trois capsules. En face de lui est une plante dont la tige porte des rameaux en fleur et dont la base est garnie de larges feuilles.
Les Perses. — Le culte des anciens Perses paraît fondé sur le dualisme. Orrauzd, qui est dans l'ordre physique la lumière et dans l'ordre moral le principe du bien, est en antagonisme perpétuel avec Ahriman, qui représente à la fois les ténèbres et le principe du mal. « Les Perses, dit Plutarque dans son traité d'isis et d'Osiris, débitent beaucoup de fables sur les dieux. En voici une entre autres. Ormuzd, né de la plus plus pure lumière, et Ahriman, né des ténèbres, sont en guerre l'un contre l'autre. Ornuizd a produit six dieux, dont le premier est celui de la bienveillance, le deuxième celui de la vérité, le troisième delà légalité, le quatrième de la sagesse, le cinquième de la richesse, cnlin le sixième est le dieu qui a le privilège de créer les jouissances attachées aux bonnes actions. Ahriman en a produit un nombre égal, comme destinés à être leurs antagonistes. Ensuite, Ormuzd, s'étant donné à luimême un accroissement triple, est allé se mettre à une distance aussi grande du soleil que celle qui sépare cet astre de la terre, et il a orné le ciel de constellations ; mais il a donné à l'une d'elles la prééminence sur toutes les autres, la constituant comme leur gardienne et leur inspectrice : c'est Sirius. 11 a fait encore vingt-quatre autres dieux, et il les a placés dans un œuf. Mais ceux qu' Ahriman créa à son tour, et qui étaient pareillement au nombre de vingt-quatre, percèrent l'œuf : par suite de quoi s'opéra le mélange des maux avec les biens. Un jour viendra, et il est déterminé, où Ahriman, introduisant la peste et la famine, périra entièrement de toute nécessité et disparaîtra par suite du ravage que ces fléaux exerceront. La terre ne sera plus qu'une vaste surface plane; il n'y aura plus qu'une seule vie, qu'une seule forme de gouvernement ; tous les hommes jouiront d'un bonheur parfait cl parleront la même langue. »
On ne connaît aucun monument représentant d'une manière cer-.
taine la configuration d'Ormuzd et d'Ahrimau, ce qui n'est pas bien étonnant, si, comme le dit Hérodote, les Perses n'élevaient pas de statues à leurs divinités. Mais comme toutes les créatures mauvaises, œuvres d'Aliriman, sont les antagonistes et les ennemis irréconciliables des créatures bonnes qui sont l'œuvre d'Ormuzd, on explique par cette lutte les combats d'animaux qui sont représentés sur quelques basreliefs de l'ancienne Perse (fig. 509).
« Les Perses, dit Hérodote, observent les usages suivants. Ils n'érigent ni statues, ni temples, ni autels; ils traitent d'insensés ceux qui
^'n"ii|)'il,ll|l
Fig. 500. — Animaux symboliques.
(D'aprùs un bas-relief de Persépolis.)
€n élèvent, parce que, selon moi, ils ne croient point, comme les Grecs, que les dieux participent de la nature bumainc. Us ont coutume de faire des sacrifices à Jupiter] sur la cime des monts, et ils appellent Jupiter le cercle entier du ciel. Ils sacriQent encore au soleil, à la lune,
à la terre, au feu, à l'eau et aux vents Voici comment ils sacrifient
à ces divinités : ils n'ont point d'autels, ils n'allument point de feux, ils ne font point usage ni de libations, ni de flûtes, ni de bandelettes, ni d'orge sacrée. Celui qui veut offrir un sacrifice conduit la victime en un lieu pur, où il invoque la divinité, presque toujours couronnée d'une tiare de myrtes. Mais il ne lui est point permis de demander des faveurs pour lui seul. 11 prie pour la prospérité des Perses et du
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roi; car il fait lui-même partie do l'universalité des Perses, Lorsqu'il a fait bouillir, coupées par morceaux, les chairs de la victime, il les dépose sur une couche d'herbes très fines, particulièrement de trèfles. Alors, un mage (sans mage pas de sacrifice) approche et chante la théogonie, réputée chez eux le charme le plus efficace; celui qui a sacrifié demeure là quelque temps, puis il emporte les chairs et en use à son gré. n
Le sacerdoce avait une très grande importance en Perse. «LesTouraniens de la Médie, dit M.Maspero, avaient une caste dont les membres tenaient leur office par droit d'hérédité; ces prêtres, qu'on appelait mages, s'imposèrent aux vainqueurs et devinrent une des six
Fig. 510. — Revers d'une monnaie de Sapor.
Fig. 511. — Mithra frappant le taureau. (D'après un bas-relief du Louvre.)
tribus constituantes de la nation. Ils infectèrent les Aryens de leurs pratiques superstitieuses, développèrent le culte du feu et des corps célestes et se posèrent en intermédiaires nécessaires entre l'homme et
Dieu. On ne pouvait offrir le sacrifice ou faire acte de religion en leur absence. Vêtus de longues robes blanches, coiffés de hautes tiares, les mains chargées du faisceau sacré de tamarisc, sans lequel on ne pouvait rien faire, ils se rendaient en procession aux autels, préparaient la victime, versaient les libations et chantaient sur l'offrande les formules mystérieuses qui lui donnaient toute sa vertu. »
Le culte du feu paraît avoir existé de tout temps chez les peuples qui habitent la Perse. Une médaille de Sapor (fig. 510) montre un autel chargé de la flamme sacrée, qui est la forme visible d'Ormuzd.
Le premier ministre d'Ormuzd et son agent le plus actif était Mithra, qui, à l'époque oh les cultes orientaux firent irruption dans l'empire romain, fut considéré comme une divinité solaire. Son culte, bien qu'il soit originaire de la Perse, s'est sensiblement modifié en Occident, et nos collections renferment de nombreux monuments qui s'y rattachent. Ils expriment tous le même symbolisme obscur et no remontent en général pas plus loin que le m" ou le iv siècle de notre ère.
La figure 511 représente un de ces monuments qui fait partie des collections du Louvre et qui est un des plus complets que l'on connaisse. Le ministre d'Ormuzd frappe de son poignard le taureau Aboudad, dont le sang doit produire les animaux et les plantes utiles; ce qu'on explique en disant que, pour rendre la terre féconde, le soleil la perce de ses rayons. Un chien, qui exprime les chaleurs de la canicule, s'élance pour lécher le sang qui s'écoule de la blessure. Mais un serpent, image d'Ahriman, est couché traîtreusement sous le taureau ; il symbolise la fin de l'été qui va mourir pour faire piace à l'hiver. Les deux crépuscules sont représentés par deux jeunes Phrygiens tenant chacun un flambeau. Au-dessus de la grotte où a heu l'immolation, on voit le soleil et la lune sur leurs chars.
Le culte de Mithra, comme tous les cultes orientaux qui ont envahi rOccideiU pendant l'empire romain, était mêlé d'une foule de pratiques et de superstitions bizarres, dont l'explication n'est pas encore bien déterminée.
Les Phrygiens. — La grande divinité des Phrygiens était Cybèle, personnification de la terre féconde, qui fut plus tard identifiée avec Rhéa, et honorée sous le titre de mère des dieux. Le centre de son culte était à Pessinonte, mais il était très-populaire dans l'Asie Mineure,
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et c'est de là qu'il est parti pour se répandre en Grèce et ensuite à Rome.
La légende de Cybèle a un caractère oriental très-prononcé. Au fond des forêts vivait Atys, jeune berger phrygien remarquable par sa beauté. Il s'attacha à la déesse et promit de se vouer entièrement à elle. Mais il oublia ses serments eu voyant la fille du fleuve Sangarus.
Fig. ôli.
Atys.
Dans sa passion jalouse, Cybèle le frappa de vertige, et Atys se mutila lui-même pour n'être plus exposé à mentir à la foi jurée. Les prêtres de Cybèle se mutilaient également en l'honneur de la déesse, et en souvenir d'Atys qui leur en avaii donné l'exemple. Ils étaient couronnés de pins, parce que Cybèle, touchée des souffrances d'Atys, l'avait métamorphosé en cet arbre ; ils agitaient des branches en poussant des hurlements et parcouraient les campagnes en demandant l'aumône et en montrant l'image de la mère des dieux.
Nos figures 512 ci 513 représentent Atys, que le culte phrygien associa toujours à Cybùle. La première est un petit bronze du Louvre. « Son costume extraordinaire, ni grec, ni romain, dit Clarac, le désigne assez pour un personnage dont le culte mythologique fut apporté de l'Asie en Grèce et en Ilalic. On y retrouve ces anaxyrides, ou grands pantalons des peuples de TOricnt, que l'on voit à des statues de princes ou de soldats barbares et aux amazones. Mais ici l'ajustement en est tout particulier, par les boutons qui, de chaque côté, en réunissent, comme par des crevés, les deux parties sur le devant de la cuisse et
Fig. OU. — Archigallc.
de la jambe. On voit aussi que les parties supérieure et inférieure de riiabillement n'en font qu'une et que les longues manches y tiennent. Ce vêtement s'ouvre d'une manière bizarre sur le milieu du corps, qu'il laisse à découvert. La chaussure fixée est haute comme dans la plupart des figures orientales. Par la manière dont s'enfle le vêtement de cet Atys, et par ses mains élevées vers le ciel, il semble qu'il tourne sur lui-même et que la rapidité de son mouvement agite le vêtement, ce qui faisait partie des actes frénétiques d'adoration des prêtres de Cybèle. » C'est en effet dans le cuUe phrygien de la mère des dieux qu'il faut chercher l'origine d'une pratique dont l'usage s'est perpétué parmi les derviches tourneurs de l'Orient.
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Le costume d'Âtys présente dans la figure 513 quelques différences avec la précédente. La principale est celle des anaxyrides sans ouvertures et sans boulons; le haut du vêtement, arrêté sur la poitrine par une grande agrafe carrée, découvre moins le corps.
Les prêtres de Cybèle portaient le nom de galles et leur chef était l'archigalle. Un bas-relief du musée Capitolin (fig. 514) montre un archigalle, dont la tête est ceinte d'une couronne d'oliviers, à laquelle sont attachées trois médailles, une de Jupiter Idéen et deux d'Atys. Une image d'Atys coiffé de la mitre est accrochée sur sa poitrine. La tête de l'archigalle est couverte d'un voile formé avec son manteau, et ses oreilles sont parées de perles. Un serpent à deux tètes, dont chacune tient une pierre précieuse, forme son collier. Dans sa main droite, il tient trois rameaux d'olivier, et dans la gauche un vase cannelé contenant des fruits, des pommes, des poires, un cône de pin, l'arbre consacré à Atys, et des amandes qui furent produites par son sang. Il en sort un fouet, composé de trois rangées d'osselets enfilés. C'est avec ce fouet que les prêtres de Cybèle se flagellaient. Sur la muraille on voit d'un côté des cymbales, de l'autre un tambour, une flûte droite, une flûte recourbée et un ciste mystique.
Les titans. — L'olympe. — Les dielx dd ciel.
Les dieux de la terre. — Les dieux des eaux. — Les dieux du feu.
Les dieux des exfers. — Les héros. — Les dieux domestiques.
Les Titans. — « On a supposé, dit M. Louis Ménard dans le Polythéisme hellénique, qu'à une époque indéterminée, mais antérieure aux temps historiques, une transformation s'était produite dans la religion des Grecs ; le culte hellénique des Olympiens aurait remplacé le
culte pélasgique des Titans, Héphaistos aurait succédé à Prométhée, Apollon à Hypérion, Zeus à Kronos. Il y a autant de raisons pour rejeter cette conjecture que pour l'admettre. Rien n'établit l'antériorité historique des Titans sur les dieux olympiens; les uns comme les autres ont leurs analogues dans la religion védique. »
Ce qui rend cette question extrêmement complexe, c'est que, d'une part, Homère, le chantre des dieux olympiens, est antérieur, chronologiquement, à Hésiode, le chantre des Titans, et que, d'autre part, la mythologie d'Hésiode a un caractère beaucoup plus barbare et plus primitif que celle d'Homère. 11 y a là des traditions différentes, mais le culte des Titans s'est effacé peu à peu devant celui des dieux olympiens, sans toutefois disparaître complètement. Toutefois la différence de ces cultes nous apparaît sous une forme géographique plutôt qu'historique. Homère, habitant des villes maritimes où la civilisation est assez avancée, nous montre un Olympe bien ordonné, quoique composé d'éléments très-divers : c'est ce qu'on pourrait appeler la mythologie des côtes et des îles. Hésiode, au contraire, qui est un berger habitant l'intérieur des terres, nous rapporte les traditions conservées dans des contrées montagneuses, peu fréquentées par les voyageurs et moins avancées en civilisation. Deux raisons nous autorisent à parler d'abord des Titans : non-seulement ils sont dans la légende les ancêtres des dieux olympiens, mais leur culte ayant disparu plus vite a laissé moins de traces dans la fusion opérée par les Romains.
Il ne faut pas chercher dans les dieux de cette époque une généalogie bien nettement déterminée, car les autres mythologues ne sont pas toujours d'accord avec Hésiode. Après le Chaos, qui est antérieur à toutes choses, le Ciel (Ouranos) devint l'époux de la Terre et de leur union naquirent les Titans, dont les principaux sont le Temps (Kronos, plus tard confondu avec Saturne), Océan, le père des fleuves; Allas, personnification des montagnes; Japet, l'ancêtre du genre humain. Les Éclairs (Cyclopes) ei les Tempêtes (Hécatonchires), également nés du Ciel, apparaissent un moment, puis disparaissent sans qu'on sache où ils sont passés. C'est que le Ciel, quand il lui naît des enfants de cette espèce, les replonge aussitôt dans le sein de la Terre, leur mère. Gelle-ci pourtant, irritée de ce procédé, engagea les Titans à se révolter contre leur père : le Temps (Kronos) se mit à leur têteet , armé d'une sorte de faucille, appelée harpe, que lui avait remise sa mère, il blessa grièvement son père et le réduisit à l'impuissance. Le sang qui, de la plaie céleste, tomba sur la terre, en fit sortir les Érinnyes IV. oi