‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 25 sur 42 · INSTITUTIONS RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

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(ou Furies) ; celui qui tomba sur la mer fit naître Apiirodite (ou Vénus), personnification de l'attrait.

Quand le Temps eut chassé son père, celui-ci lui prédit qu'il serait à son tour détrôné et chassé par ses fils.

Le Temps nous apparaît bientôt comme 1 "époux de la Terre (Rhéa, plus tard identifiée avec Cybèle), et comme il détruit tout ce quMl produit, les Grecs disaient qu'il dévorait ses enfants dès leur naissance. Rhéa gémissait d'avoir mis au monde tant d'enfants sans être jamais mère. Elle réussit pourtant à soustraire Zeus (Jupiter) à la voracité de son père, en lui substituant une pierre ; elle le cacha dans une grotte du mont Ida, où il fut élevé par les nymphes. Pour que Kronos n'entendît pas les cris de l'enfant, les Curetés frappaient leurs épées sur leurs boucliers, en dansant autour du nouveau-né.

Cependant, trompé par les perfides conseils de Rhéa, Kronos prit un breuvage qui l'obligea à rendre ceux de ses enfants qu'il avait déjà avalés, et qui, parvenus à l'âge d'homme, prêtèrent leur appui à Zeus, dans sa révolte contre son père. Les dieux partisans de Zeus se postèrent sur le mont Olympe; les Titans occupèrent le mont Othrys, placé vis-à-vis. De ces positions, ils commencèrent une guerre furieuse qui dura dix années entières, lutte sanglante où l'avantage flottait égal entre les deux partis. Les Olympiens liraient leur force principale du concours que leur apportèrent les Cyclopes (éclairs) et les- Hécatonchires (tempêtes), que Jupiter avait retirés du gouffre où ils avaient été plongés. En souvenir de ce bienfait, les Cyclopes, ouvriers divins d'une taille gigantesque et qui n'ont qu'un œil au milieu du front, remirent à Zeus (Jupiter) le tonnerre, qui était enfoui dans les flancs de la terre. Us donnèrent aussi à Poséidon (Neptune) le trident qui devint son attribut, et à Hadès (Pluton) un casque qui le rendait invisible. Les Titans, vaincus, furent plongés dans le Tartare, lieu obscur et afl'reux, que les dieux ont en horreur.

La Terre, voulant venger les Titans, ses premiers enfants, s'unit au Tartare et mit au monde l'effroyable Typhaon, le tremblement de terre personnifié. A côté des phénomènes prévus et périodiques, répondant à l'idée de loi, il y a des phénomènes irréguliers qui semblent contredire les premiers et entrer en lutte avec eux. Les orages, les volcans, les cataclysmes violents qu'on ne peut ni prévoir ni éviter, sont, aux yeux des anciens Grecs, des- ennemis de la règle, des agents de destruction déchaînés contre les lois divines, toujours vaincus, mais toujours rebelles. Ces forces irrégulières et tumultueuses sont les Géants,

lils de la terre et implacables ennemis des dieux. Ils recommencent une guerre terrible qui, dans la légende, se confond avec celle des Titans, dont les Géants paraissent n'être qu'un dédoublement.

Les fables qui concernent ces luttes semblent un vague récit des cataclysmes géologiques et la forme de serpents que prennent dans l'art les Géants fils de la Terre fait songer aux grands reptiles disparus (fig. 515). La légende reparaît sous mille aspects différents en changeant les noms des Géants et le détail de leurs combats contre les dieux, mais elle traduit sans cesse les mêmes impressions. L'ensemble de cette période mythologique comprend donc d'abord une phase de formation, et ensuite la lutte des forces désordonnées et irrégulières, qui sont les Titans et les Géants, contre l'établissement de la loi régulière de la nature établie par Zeus et les dieux olympiens.

La mer (Pontos) enfante aussi des monstres : les Grées et les Gorgones sont les filles de Phorcys,'Yieillardqui commande aux flots. Aussi elles représentent l'épouvante, et l'une des Gorgones, Méduse, transforme en pierrts tous ceux qui la regardent. C'est pour cela que son image apparaît souvent sur les meubles et surtout au fond des plats, où elle a pour mission d'écarter le mauvais sort et d'effrayer les esprits malfaisants qui hantent les maisons (fig. 516). La tête de la Gorgone est un emblème religieux qui se place sur l'égide de Jupiter et surtout sur l'égide de Minerve, où elle apparaît comme un trophée. C'est en effet Persée, fils de Jupiter, qui a tué la Gorgone, et c'est encore là un des traits qui attestent la victoire des Olympiens sur de vieilles divinités transformées en monstres hideux.

Plusieurs divinités, d'un caractère très ancien se sont absolument modifiées sous l'influence des idées d'un autre âge. Ainsi Hermès, qui à l'origine était un dieu pastoral, devient dans l'Olympe le messager des dieux. D'autres s'effacent en quelque sorte pour s'enrôler à la suite d'une divinité d'origine plus récente, comme Pan, qui, après avoir été en Arcadie le symbole de la vie universelle, se retrouve à une autre époque dans le cortège de Dionysos (Bacchus). Enfin il y en a, comme Hécate ou les Euménides, qui n'ont jamais cessé d'être honorées, mais qui ont un culte à part, tout à fait distinctde celui des autres immortels.

Fif. .-jli.

Patlas tuant un géant.

(D'après une médaille de Gordien.)

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Les croyances des Grecs ne constituent pas un tout homogène, en sorte qu'il est à peu près impossible de leur assigner un classement bien méthodique. En disposant par groupes spéciaux les dieux du ciel, de la terre, des eaux, du feu et des enfers, nous avons cherché à être

Fig. 516. — La tête de Gorgone.

aussi rationnel que possible; mais plusieurs divinités pourraient facilement se rattacher à différents groupes.

L'Olympe. — Le choix que les Grecs ont fait du mont Olympe comme séjour des dieux prouve qu'ils regardaient cette montagne comme la plus haute du monde. Dans l'impossibilité où on était de se figurer les immortels éternellement suspendus dans le ciel, on leur donnait pour demeure une montagne réputée inaccessible; il n'est

donc pas étonnant que les cimes neigeuses de l'Olympe, toujours environnées de nuages, soient devenues le séjour des dieux. Le mont Olympe a perdu tout son prestige, quand le mathématicien Xénagoras eut donné la mesure exacte de sa hauteur, et à la chute du paganisme, il n'était plus guère question de lui ; mais dans la période mythologique c'est là que se tenaient les assemblées des dieux.

Les dieux passent leur vie dans les festins et ne sont pas sujets aux maladies. Du haut de leur Olympe, ils règlent les lois de l'univers et leur providence intervient souvent dans les actes des mortels. Les dieux étant les forces de la nature personnifiée, chacun d'eux remplit dans l'ordre de l'univers une fonction déterminée, et si, dans les traditions mythologiques, on les voit souvent en lutte les uns contre les autres, jamais une divinité ne cherche à empiéter sur les fonctions d'une autre en s'opposant à sa décision.

Au sommet des divinités helléniques et les embrassant toutes dans son immensité est Zeus (Jupiter), le roi des dieux et des hommes. Quelle que soit la puissance que chacun des dieux peut exercer dans le rôle qui lui est assigné, Zeus conserve toujours le rang suprême, et au besoin il leur rappelle qu'il est le plus fort. Homère met le discours suivant dans la bouche du roi des dieux : « Dieux et déesses, dit Zeus, voulez-vous l'éprouver vous-même ? Eh bien ! du haut du ciel, suspendez une Chaîne d'or à laquelle vous vous attacherez tous, et malgré vos efforts vous ne pourrez faire descendre sur la terre Zeus, votre maître suprême! Mais à mon tour, si je le voulais, moi, je vous enlèverais aisément avec la terre et la mer; et si je fixais à l'extrémité de l'Olympe la chaîne qui vous tiendrait tous, l'univers serait suspendu devant moi, tant je suis supérieur en force et en puissance aux hommes et aux dieux, n

Suivant la fable, Zeus, après sa victoire sur les Titans, aurait partagé l'empire du monde avec ses frères, se réservant le ciel, et laissant à Poséidon (Neptune) les mers et à Hadès (Pluton) le monde souterrain ou les enfers. Mais ces trois divinités, que la poésie a séparées, n'en font qu'une en réalité, puisque l'art, tout en leur donnant des emblèmes différents, leur a conservé le même type dans la physionomie. En réalité, Poséidon n'est qu'un Zeus marin, comme Hadès n'est qu'un Zeus infernal.

Les dieux et les déesses, manifestations spécialisées de la puissance de Zeus, sont ses enfants ou ses épouses. En effet, outre Héra (Junon), la sœur et l'épouse du roi des dieux, qui paraît spécialement comme

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reine du ciel, nous voyons Zeus contracter une multitude d'unions tantôt avec des déesses, tantôt avec des femmes mortelles. Ces hymens du dieu suprême ont toujours une signification, mais elle est différente quand l'épouse qu'il prend est une déesse, ou quand c'est une mortelle. Si c'est une déesse, elle représente simplement une manifestation différente de la force divine. Ainsi Zeus est l'époux de Métis (la Réflexion) ; dès qu'il l'a épousée, il l'avale, se conformant aux habitudes de sa famille, et met au monde une fille sortie de son cerveau, Athènè, (la Sagesse divine). Si brutale que paraisse cette antique légende, elle se comprend facilement : le dieu se nourrit de la Réflexion pour engendrer la Sagesse. Mnémosyne (la Mémoire) est une autre épouse de Zeus; de l'union de la Mémoire avec le souffle divin naissent les Muses (l'Inspiration).

Avec Thémis (la Justice), Zeus devient père des Parques inexorables et des Heures (ou Saisons), dont rien ne peut arrêter la marche, parce qu'elles n'empiètent jamais l'une sur l'autre. Dèméter (Cérès), personnification de la Terre féconde, et mère de Pcrséphone (Proserpine), qui est le grain de blé; Latone, mère d'Apollon et d'Arlémis (le Soleil et la Lune); Eurynome, mère des Grâces ou bienfaits, apparaissent tour à tour comme épouses de Zeus, parce qu'elles personnifient des qualités inhérentes à sa nature.

Les unions que Zeus contracte avec les femmes mortelles répondent dans la fable à une pensée différente : c'est de là que naissent les héros, comme Persée ou Hercule. Les héros sont les protecteurs des villes qui toutes ont la prétention de se rattacher à Zeus par une tradition quelconque. Ainsi Lacéda^mon, époux de Sparta, est fils de Zeus et deTaygète; les Arcadiens ont pour premier roi Arcas, fils de Zeus et Callisto; les Cretois reçoivent des lois de Minos, fils de Zeus et d'Europe, etc. Ce n'est donc pas sans raison que Zeus est appelé le père des dieux et des hommes.

Le culte des dieux olympiens diffère de celui des Titans par un point essentiel. On honore les dieux olympiens en leur élevant des statues, tandis que les Titans n'en ont pas. Les trcs-rares| images que nous possédons des Titans appartiennent à la décadence, et encore ces images ne se montrent que dans des bas-reliefs et dans un rôle accessoire. Les dieux qui répondent au génie artistique des Grecs sont donc les dieux de l'Olympe.

Les emblèmes de ces dieux ont été adoptés également pour les dieux latins auxquels ils ont été assimilés dans la période romaine, ce qui

jette une grande confusion dans les représentations qui les concernent. Cette confusion s'augmente encore par l'habitude qu'ont eue jusqu'à ce jour les écrivains français de désigner les divinités de la Grèce sous le nom que leur ont donné les Romains. Mais pour montrer les différences qui peuvent exister dans le culte des deux nations, il était nécessaire de conserver à chaque divinité le nom qu'elle portait chez la nation qui lui rendait hommage.

Les Dieux du ciel. — Le père des dieux et des hommes, Zeus (Jupiter), représente dans l'ordre physique l'air vital qui pénètre toutes choses, et dans l'ordre moral, il est le lien des sociétés humaines, le gardien des traités, le protecteur des pauvres, des suppliants et de tous ceux qui n'ont que le ciel pour abri : « Vois-tu, dit un fragment d'Euripide, cette immensité sublime qui entoure la terre de toutes parts? C'est là Zeus, c'est le Dieu suprême. » Varron dit aussi : « Voilà pourquoi les toits de ses temples sont ouverts pour laisser voir le divin, c'est-à-dire le ciel; on dit même qu'il ne faut le prendre à témoin qu'à ciel découvert. » Les temples de Zeus, en effet, étaient toujours découverts : ce sont les dieux de la terre qui ont des temples fermés.

Pour montrer le caractère d'universalité que l'antiquité attribuait au roi des

dieux, Creuzer s'appuie sur une hymne orphique conservée par Stobée : « Zeus fut le premier et le dernier, Zeus, la tête et le milieu; de lui sont provenues toutes choses. Zeus fut homme et vierge immortelle. Zeus est le fondement de la terre et des cieux; Zeus, le souffle qui anime tous les êtres; Zeus, l'essor du feu, la racine de la mer; Zeus, le soleil et la Urne. Zeus est roi ; il a créé toutes choses. 11 est une force, un dieu, grand principe de tout; un seul corps excellent, qui embrasse tous les êtres, le feu, l'eau, la terre et l'éthcr, la nuit et le jour, et Métis, la créatrice première, et l'Amour, pleiu de charmes. Tous ces êtres sont contenus dans le corps immense de Zeus. »

La figure 517, d'après un bas-relief du putéal du Capitole, montre

Fig. 517. — Zeus (Jupiter).

(Eas-relicf du putéal du Capitolo.}

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le dieu sous sa forme archaïque; il est vêtu d'un grand manteau qui retombe en plis nombreux et droits et tient en main le sceptre et le foudre ; le sceptre est Tinsigne du roi des dieux, et le foudre indique le pouvoir qu'il possède seul de lancer le tonnerre où bon lui semble. Parmi les attributs qui ne figurent pas ici, il faut signaler l'aigle : l'oiseau qui vole le plus haut dans les airs était pour les anciens un emblème de la majesté divine. La couronne de chêne caractérise le Jupiter prophétique, spécialement honoré à Dodone. Considéré comme dieu actif, Zeus est debout ; quand il combat les Titans, il est sur un char; quand il se repose dans le calme et la victoire, il est assis; c'est l'attitude qu'on lui voit le plus souvent dans les monuments.

Une monnaie de Cyrène (fig. 518 et 519) nous montre d'un côté le

Fig. 31S.

Monnaie de Cyrène.

Fig. 519.

dieu assis et portant son sceptre, et, de l'autre, le quadrige ou char de victoire, traîné par quatre chevaux.

La forme de Zeus pendant la grande époque de l'art est celle d'un homme barbu, dans la force de l'âge. Il est généralement nu depuis la tête jusqu'à la ceinture : sa chevelure retombe comme une crinière des deux côtés du front, qui est clair et radieux dans la partie supérieure, mais bombé dans la partie inférieure. 11 a les yeux enfoncés, une barbe épaisse et touffue : sa poitrine est ample, mais il n'a pas les formes d'un athlète (lig. 520). Son attitude est toujours majestueuse et les statuaires ne le montrent jamais dans un mouvement violent.

L'aigle de Zeus joue un rôle assez important dans la mythologie; c'est lui qui enlève le jeune Ganymède pour en faire l'échanson du roi des dieux. C'est pour cette raison que l'aigle du dieu apparaît souvent dans les statues antiques à côté du jeune Phrygien (fig. 521).

Zeus a été honoré dans toute la Grèce, mais il avait quelques sanctuaires particulièrement célèbres. C'est à Dodone, en Épire, qu'il prend surtout un caractère prophétique. L'oracle de Dodone était considéré

comme le plus ancien de la Grèce : il était consacré à Zeus qui, dans les médailles de TÉpire, est couronné de chêne. (Voir t. I", fig. 398.) Les prêtresses de Dodone ont fait à Hérodote le récit suivant sur l'origine de cet oracle : « Deux colombes noires s'étaient envolées de Thèbes d'Egypte, l'une en Libye, l'autre chez les Dodonéens; cette dernière se percha sur un chêne, et, prenant une voix humaine, elle leur dit qu'il fallait en ce lieu établir un oracle de Zeus; le peuple comprit que ce message était divin ; il fit donc aussitôt ce qu'il prescrivait. Les prêtresses ajoutent que l'autre colombe ordonna aux Libyens de fonder l'oracle d'Ammon ; celui-ci est aussi un oracle de Zeus. Les prêtresses do Dodone m'ont rapporté ces choses. » La forêt sacrée de Dodone renfermait les chênes prophétiques, et les oracles se rendaient par le bruissement des feuilles. La tribu sacerdotale des Selles desservait le culte de Zeus pélasgique établi à Dodone.

Le temple de Jupiter Ammon, établi dans l'oasis de Libye, n'était guère moins célèbre que celui de Dodone. Mais comme cette divinité est le résultat de la confusion qui s'est établie entre Zeus, le dieu suprême des Grecs, et Ammon, le dieu suprême des Égyptiens de Thèbes, son culte était lié à des cérémonies qui pour la plupart se rattachent à l'Egypte. Zeus Ammon faisait connaître sa volonté en imprimant divers mouvements à la barque sacrée que les prêtres promenaient processionnellement.

De très anciennes traditions faisaient naître Zeus sur le mont Lycée en Arcadie. Il avait là un temple d'une haute antiquité et qui inspirait la plus grande vénération. Zeus arcadien est caractérisé par la couronne d'oliviers sauvages, ce qui le distingue de Zeus dodonéen, qui est couronné de chêne.

Toutefois, la tradition la plus répandue faisait de l'île de Crète le IV. 63

Fig. 520. — Zeus (Jupiter).

(Jupiter du Vatican.)

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berceau du roi des dieux. C'est dans les grottes du mont Dicté qu'il avait été caché par Rhéa, protégé par les Curetés et élevé par les nymphes. C'est là qu'il avait tetè le lait de la chèvre Amalthée et mangé le miel que lui apportaient les abeilles.

De nombreux temples ont été élevés à Zeus sur tous les points de

Fig. 521. — Ganymède caressant l'aigle de Zeus.

la Grèce; mais le temple d'Olympie, qui renfermait la fameuse statue de Phidias, était le plus célèbre. C'est près de ce temple que les Grecs célébraient les jeux olympiens, institués en l'honneur du roi des dieux.

Héra (Junon), la sœur et l'épouse de Zeus, est le lien de la famille, de même que Zeus est le lien de la cité. Déesse tutùlaire du mariage

et protectrice des unions chastes, Héra est pourtant altière et jalouse. Pour comprendre le rôle que la mythologie lui assigne à côté de Zeus, il faut se rappeler que le mariage grec, c'est-à-dire la monogamie, était opposé à toutes les habitudes des âges primitifs, où la polygamie était universelle. Zeus, dont les mœurs dissolues rappellent la vie des monarques orientaux, est obligé de se métamorphoser de cent manières différentes pour échapper à l'active surveillance de la reine du ciel, déesse purement occidentale, qui prend dans l'esprit public le caractère d'une protestation. De là, l'humeur acariâtre que les poètes ont attribuée à Héra et que l'art a remplacée par une majesté grave, comme il convenait à la déesse qui représente l'épouse.

<c Depuis un temps immémorial, dit Ottfried Muller, le voile que prend la jeune fiancée, en signe de sa séparation d'avec le reste du monde animé, fut le principal attribut d'IIéra (Junon) ; et dans les vieux simulacres de la déesse, il enveloppe souvent le corps tout entier (fig. 522) ; Phidias lui-même la caractérisée dans la frise du Parthénon par le voile rejeté en arrière de la fiancée. Dans les vieilles idoles, la déesse porte ou le disque qui se rapproche davantage de la forme ronde et que l'on nomme polos, ou le disque profondément échancré aux deux extrémités appelé stpèhanè. » La figure 523 tient en main un disque rond.

On voit souvent aux côtés d'Héra un coucou ou un paon: le coucou est un souvenir de la fable qu'on racontait sur son union avec Zeus, et le paon un souvenir d'Argus, dont elle avait semé les cent yeux sur le plumage de son oiseau chéri.

Apollon, le dieu de la lumière et de l'harmonie universelle, était autrefois distinct du soleil (Hélios). Le Soleil voit tout et révèle ce qu'il voit: c'est lui qui dénonce à Héphaistos (Vulcain) l'infidélité de sa femme, à Dèmèter (Gérés) le rapt de sa fille ; le crime d'Atrée le fait reculer d'horreur. Toutes ces fables ne se rapportent pas à Apollon, à côté duquel on voit le Soleil formant un personnage distinct, dans un bas-relief qui représente Ares et Aphrodite (Mars et Vénus) surpris par Héphaistos. Le colosse de Rhodes représentait Hélios (le soleil), divinité spécialement adorée dans cette île; mais il ne représentait pas Apollon.

Fig. 522. — Héra (Junon).

{Bas-relief du musée du Capitule.)

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Néanmoins, c'est toujours comme divinité solaire qu'Apollon se présente dans l'art comme dans le culte. Apollon lance au loin ses flèches (fig. 524) parce que le soleil darde au loin ses rayons; il est le dieu de la médecine et le père d'Esculapc, parce que le soleil guérit les maladies par sa chaleur bienfaisante ; il est le conducteur des Muses

et le dieu de l'inspiration, parce que le soleil préside aux harmonies (le la nature; il est le dieu prophète, parce que le soleil éclaire devant lui et voit par conséquent ce qui va arriver.

C'est encore à son caractère solaire qu'Apollon doit la couronne de laurier qui est un de ses emblèmes (fig. 525). Le laurier, l'arbre qui lui est consacré, est l'arbre dont la nymphe Daphné prit la forme pour échapper aux poursuites du dieu.

Les mythologues modernes voient dans le mythe de Daphné une personnification de l'aurore. Ainsi quand nous disons : l'aurore disparaît dès que le soleil se montre, les Grecs disaient dans leur langage mythologique : Daphné s'enfuit dès qu'Apollon veut l'approcher.

Les flèches d'Apollon expriment

les rayons du soleil, bienfaisants

quand le dieu dissipe les miasmes

des marais, comme dans la légende

du serpent Python, nuisibles quand ils frappent de mort subite, comme

dans la fable des enfants de Niobé.

Apollon est toujours représenté jeune et imberbe, parce que le soleil ne vieillit pas. Dans l'Apollon sauroctone (fig. 526), le jeune dieu est accompagné d'un lézard, qu'il vient sans doute d'agacer avec sa flèche pour le réveiller de sa torpeur et l'exciter à marcher. Apollon, dans ce caractère, est considéré comme le soleil levant ou le soleil du printemps, parce que la présence du lézard coïncide avec ses premiers ravons.

Fig. 523. — Héra (Junon).

LE CULTC EN GRÈCE

Quand il n"a pas ses flèches, Apollon porte une lyre; les anciens considéraient les astres, la succession des jours et des saisons, tout ce qui se meut dans l'univers, comme une immense orchestration réglée par la lyre du dieu. C'est pour cette raison qu'Apollon est le conducteur des Muses, et dans ce rôle, au lieu d'être nu, comme quand il tient son arc et ses flèches, il paraît vêtu de la longue robe de citharède (fig. 527).

Apollon est né dans File sainte de Délos, qui était flottante autrefois, car elle a surgi des eaux pour offrir un refuge à Latone, la mère du jeune dieu, qu'elle mit au monde sous un palmier (fig. 528). li y revient souvent, et le cygne, oiseau qui lui est consacré, lui sert de monture lorstiu'il veut se le idrc chez les Hyperboréens, pays situé aux confins de la terre et où se trouve le griffon, animal fantastique, également consacré à Apollon (fig. 529).

L'animal prophétique d'Apollon est le corbeau, dont le plumage était très-blanc autrefois, mais est devenu noir, quand le dieu a voulu punir cet oiseau d'avoir révélé les infidélités de Coronis. Les oiseaux, qui vivent entre le ciel, où sont les dieux, et la terre où habitent les hommes, sont nécessairement des oiseaux prophétiques.

Aussi, c'est en observant leur vol que les anciens devins savaient prédire l'avenir. C'était ce qu'on appelait connaître le langage des oiseaux.

Mais, à mesure que le culte d'Apollon s'est développé, la divination a pris un autre caractère qui est surtout remarquable à Delphes, lieu où Apollon a tué le serpent Python et où il est particulièrement honoré.

« Le temple de Delphes, dit Strabon, se trouve être le centre, ou peu s'en faut, de la Grèce (j'entends de la Grèce prise dans sa plus grande extension, au delà comme en deçà de l'isthme) ; on l'a même longtemps considéré comme étant le centre de la terre habitée : de là cette dénomination de nombril de la terre, qu'on lui a appliquée, de là aussi cette fable qu'on lit dans Pindarc, de deux aigles (d'autres disent deux corbeau,\) que Jupiter fait partir en même temps, l'un de l'Occident,

Fig. 524. — ApoUon.

{D'après un bas-relief sculpté sur 1 autel du Capitole.)

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l'autre de l'Orient, et qui se seraient rencontrés juste en ce lieu. On peut voir aujourd'liui encore, dans le temple de Delphes, l'image grossière d'un nombril entouré de bandelettes et surmonté de ce double emblème dont parle la fable. »

Cette dénomination de nombril de la terre explique la forme particulière que prend quelquefois le trône d'Apollon, ou tout au moins l'espèce de coussin enveloppé de bandelettes sur lequel reposent les

pieds du dieu ((ig. 530). La même forme de cône arrondi se retrouve sur h figure 531, au-dessus du trépied sacré placé entre deux lauriers.

Mais c'est le corbeau, l'oiseau fatidique du dieu, qui repose ici sur le nombril de la Terre.

D'après les traditions mythologiques, ce fut après sa victoire sur le serpent Python qu'Apollon prit possession du lieu oîi devait s'élever le temple de Delphes. Le serpent Python avait été autrefois en possession des secrets que révèle l'avenir, car il gardait l'oracle de la Terre à la source de Caslalie. En mémoire de sa victoire, Apollon entoura le trépied de son temple avec la peau du monstre, et c'est pour cela que le serpent est souvent figuré sur les monuments qui représentent le trépied d'Apollon (fig. 532).

La prêtresse chargée de rendre les oracles d'Apollon à Delphes s'appelait Pythie ou Pythonisse. On choisissait pour cette fonction une très-jeune fille, pauvre, appartenant à une famille obscure, ayant été élevée loin des villes et dans une ignorance absolue de toutes choses : « Elle ne connaissait, dit Plutarque, ni essence, ni tout ce qu'un luxe raffiné a fait imaginer aux femmes. Le laurier et les libations de farine d'orge étaient tout son fard. » Un jour pourtant, une pythie extrêmement belle fut enlevée par un jeune Thessalien, et cet événement, inouï dans les annales religieuses de la Grèce, causa un si épouvantable scandale qu'on fit

Fig. 525. — Le laurier d'Apollon.

une loi pour qu'à l'avenir une femme ne pût exercer les fonctions de pytlionisse qu'après cinquante ans révolus. On choisit alors pour cela des femmes dont la vie avait toujours été très-pure, qui n'avaient pas fréquenté les villes, et dont l'esprit était peu cultivé. Ce point était très-important, parce qu'il ne fallait pas que la pythie, au

Fig. 526. — Apollon sauroctone.

moment de l'ivresse prophétique, pût mêler ses propres connaissances aux inspirations qu'elle recevait directement du dieu. Les suppliants qui se présentaient dans le temple pour invoquer l'oracle devaient se purilier dans l'eau sainte, avoir la tête couronnée de laurier et tenir à la main un rameau entouré de laine blanche. La pythie devait avoir

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ieùné trois jours et s'ùirc baignée dans la fontaine Castalie avant de monter sur le trépied sacré; après cela, on lui faisait boire quelques

Fig. 527. — Apollon citharède.

gorgées de l'eau de la fontaine et mâcher des feuilles de laurier. Dès qu'elle commentait à respirer la vapeur divine, on la voyait s'agiter, pâlir et rougir tour à tour, et donner tous les signes des spasmes les

plus violents. Bientôt ses yeux devenaient fixes; sa bouche écumait, tout son corps tremblait convulsivement, et elle se mettait à pousser des cris et des hurlements accompagnés de mots incohérents. Ces mots étaient recueillis par les prêtres, qui leur donnaient, avec une forme métrique, une liaison qu'ils n'avaient pas dans la bouche de la pythie. Quand l'oracle était prononcé, on retirait la malheureuse prêtresse et on la reconduisait dans sa cellule, où il fallait lui donner des soins pendant plusieurs jours, car elle était toujours malade en sortant de là. Dans l'origine, la réponse du dieu, telle que les prêtres la donnaient, était toujours formulée en vers-, mais un philosophe s'étant avisé de demander pourquoi le dieu de la poésie s'exprimait en mau-

Fig. 5-28. — Apollon â Bélos.

Fig. 529. — ApollùQ byperborecn.

vais vers, cette saillie se répéta et le dieu ne parla plus qu'en prose, ce qui porta atteinte à son crédit.

Comme la pythie n'était que l'instrument dont Apollon se servait pour communiquer avec les hommes, on la voit rarement représentée sur les monuments figurés. Mais le dieu apparaît lui-même sur quelques monuments et notamment sur des vases peints, comme celui que montre la figure 533, où on le voit assis sur le trépied. Les poissons et autres productions maritimes paraissent être une allusion aux colonies, qui ne s'établissaient jamais sans que l'oracle eût fixé le point où les émigrants devaient se diriger.

Le trépied était le meuble religieux spécialement consacré à Apollon. Beaucoup de trépieds étaient en or, mais ceux qui nous sont parvenus sont tous en bronze (fig. 534) .

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