‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 26 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

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L'oracle de Delphes avait un caractère essentiellement politique, ce qui lui donna une importance beaucoup plus grande qu'à l'antique oracle de Dodone, qu'on consultait surtout pour connaître la direction des vents et les variations que réservait la température. Les luttes mythologiques se rattachant à la possession du trépied sacré indiquent assez l'importance qu'on y attachait et la tentative d'Hercule pour s'en

Fig. 530. — Apollon sur soa Irûne,

rendre maître est figurée sur plusieurs monuments, notamment sur le beau candélabre que montre la figure 535. Mais, dans la période historique, Delphes fut à l'abri des convoitises particulières, justement à cause du caractère sacré que tous les peuples d'origine grecque attachaient à ce lieu. Aucune cité de la Grèce ou de l'Asie Mineure n'aurait commencé une entreprise sans avoir interrogé la pythie, Gygès, Crésus, et le dernier roi de Rome firent aussi consulter l'oracle.

Les richesses du temple de Delphes étaient immenses. Toutes les

villes de la Grèce ou des colonies y avaient un monument, autour duquel se groupaient des dons et des statues, et la plupart d'entre elles possédaient dans la ville sainte un trésor considérable. Le dieu savait défendre les richesses dont il était dépositaire, et lorsque les Perses, et plus tard les Gaulois voulurent piller le temple, le dieu prouva sa puissance par des pliénomènes surnaturels. Mais Delphes perdit son prestige sous les Romains, car le sanctuaire fut impunément pillé par Sylla et dépouillé par Néron qui abolit l'oracle et partagea le champ sacré

Fig. 531. — Le corbeau sur le trépied d'Apolfou.

entre ses soldats. Constantin enleva les dernières statues qui restaient à Delphes, pour les envoyer à Con-tantiuople, et Théodose, en proscrivant les cérémonies païennes, arrêta pour toujours la source des revenus d'une ville qui, pendant plus de dix siècles, avait été le sanctuaire le plus vénéré de l'antiquité.

Apollon avait d'autres sanctuaires où on venait consulter ses oracles, notamment à Claros, à Milet et à Délos; mais ils n'eurent jamais l'importance de l'oracle de Delphes. Plusieurs divinités ont eu comme Apollon le don de rendre des oracles, et l'antre de Trophonius a même acquis pendant quelque temps une grande célébrité. Mais Apollon a

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toujours été le dieu qu'on invoquait spécialement pour connaître l'avenir, et, quoique son crédit se soit beaucoup amoindri sous la domination romaine, il a persisté plus longtemps que celui daucune autre divinité du paganisme.

Les Muscs doivent naturellement trouver leur place à côté d'Apol-

Fig. 532. — Trépied d'Apollon.

Ion. «Dans laPiérie, dit Hésiode, Mnémosyne, qui régnait sur les collines d'Élculhère, unie au fils de Kronos, mit au jour ces vierges qui procurent l'oubli des maux et la fin des douleurs. Durant neuf nuits, le prudent Jupiter, montant sur son lit sacré, dormit près de Mnémosyne, loin de tous les immortels. Après une année, les saisons et les mois ayant accompli leur cours et des jours nombreux étant révolus, Mnémosyne enfanta neuf filles animées du même esprit, sensibles au charme de la musique et portant dans leur poitrine un cœur exempt

d'inquiétude ; elle les enfanta près du sommet élevé du neigeux Olympe, où elles forment des chœurs brillants et possèdent des demeures pacifiques ; à leurs cotés se tiennent les Grâces et le Désir dans les festins où leur bouche, épanchant une aimable harmonie, chante les lois de l'univers et les fonctions respectables des dieux. Fieras de leurs belles voix et de leurs divins concerts, elles montèrent dans l'Olympe ; la terre noire retentissait de leurs accords, et sous leurs pieds s'élevait un bruit ravissant, tandis qu'elles marchaient vers l'auteur de leurs jours, ce roi du ciel, ce maître du tonnerre et de la brù-

Fig. 533. — Apollon sur le trépied.

lante foudre, qui, puissant vainqueur de son père Kronos, distribua équitablement à tous les dieux les emplois et les honneurs. Voilà ce que chantaient les Muses habitantes de l'Olympe, les neuf f:l!es du grand Zeus, Clio, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie et Calliope, la|plus puissante de toutes, car elle sert de compagne aux rois vénérables. Lorsque les filles du grand Zeus veulent honorer un de ces rois, nourrissons des cieux, dès qu'elles l'ont vu naître, elles versent sur sa |langue une molle rosée, et les paroles découlent de sa bouche douces comme le miel. Tel est le divin privilège que les Muses accordent aux mortels. »

L'art représente les Muses sous la forme de jeunes Allas vêtues de

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longues robes. Elles furent peu à peu caractérisées par des attributs spéciaux et on assigna à chacune d'elles un rôle particulier.

Clio, la muse de l'histoire (fig. 536), tient à la main un rouleau, et Calliope, qui inspire les poëmes destinés à célébrer les héros, se prépare à écrire des vers sur une tablette (fig. 537). Érato est la muse de la poésie amoureuse. On l'invoquait dans les fêtes qui se donnaient

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Fig. £3-1. — Trépied en bronze du musée de Xaples.

à roccasion des noces (fig. 538). La rêveuse Polymnie, qui préside à l'éloquence et à la pantomime, n'a pas d'attribut particulier; mais elle est toujours enveloppée dans un grand manteau et dans l'attitude de la méditation ; sa tête est souvent couronnée de roses (fig. 539).

Melpomcnc, la muse de la tragédie, est coiffée d'un masque tragique, parce que la tragédie a été inventée pour célébrer les fêtes de Bacchus (fig. 5/(0). Le masque et la couronne font aussi partie

des attributs de Tlialie, muse de la comédie ; mais son masque

Fig. 535. — Candélabre sacre d'Ai)ollun.

exprime le rire, et elle porte quelquefois le tympanon, sorte de

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tambour bachique, en usage dans les fêtes de Bacchus (fig. 541). La figure 542, qui représente la muse Euterpe, nous montre une ample et longue tunique à manches, avec une large ceinture plate. Un grand manteau, jeté sur elle comme une chlamyde, mais fixé aux deux épaules par une agrafe, complète ce costume qu'on voit également à l'Apollon citharède, et qui passe pour avoir été porté par des musiciens. Euterpe, muse qui préside à la musique, tient en main une flûte,

Fig. 536. — Clio.

(Muse de l'histoire.)

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Fig. 537. — Calliope.

(Muse de la poésie épique.

et Terpsichore, la muse de la danse, porte une lyre, parce que la poésie lyrique fait également partie de ses attributions (fig. 5/|3). Enfin Uranie, la muse de l'astronomie, tient d'une main une baguette touchant un globe, pour indiquer les signes qu'elle voit dans le ciel. Les anciens croyaient que les astres se mouvaient au son de la lyre d'.\pollon, dont les accords réglaient la musique céleste, en sorte que pour eux l'astronomie était moins une science qu'un art émané de l'inspiration divine (fig. 5Uh)- Le sculpteur, pour mieux exprimer la rêverie céleste, représente cette muse accoudée sur un petit piédestal, auquel adhère également le pan de sa draperie.

Les figures dont nous avons donné la gravure passent pour êlre des imitations antiques d'ouvrages qui avaient une grande célébrité. Peutêtre les originaux étaient-ils placés dans le vallon des Muses, situé au pied de l'Hélicon. D'après la description de Pausanias, ce vallon était rempli d'autels et de statues. Un des derniers écrivains païens, contemporain des invasions barbares, l'historien Zozime, parle de la destruction

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Fig. 538. — Érato.

(Muse de la poésie amoureuse.)

Fij. 5.39. — Polymnia.

(Muse de l'éloquence.)

des images des Muses de l'Hélicon, qui avaient été conservées jusqu'au temps de Constantin. <- Alors, dit-il, on fit la guerre aux choses saintes; mais la destruction des Muses par le feu fut un présage de l'ignorance où le peuple allait tomber. »

Les Muses étalent très-respectées, et la mythologie, si prodigue d'aventures galantes à l'égard de quelques déesses, n'en prête à aucune des neuf sœurs. Si le poëte Orphée est quelquefois appelé fils 'de Calliope, c'est parce que le titre d'enfant des Muses était donné aux hommes que leur talent semblait mettre au-dessus des simples mortels. En effet, le talent des artistes était regardé comme un don spécial des Muses. 'V. Ci

Sur leurs statues, on lisait des inscriptions dans le genre de celle-ci : « 0 déesses ! le musicien Xénoclès vous a élevé cette statue de marbre, monument de la reconnaissance. Chacun dira : Dans la gloire que lui ont acquise ses talents, Xénoclès n'a pas oublié celles qui l'inspirèrent. >) (Théocrite.)

Les Muses sont quelquefois représentées avec des plumes sur la

Fig. 540, — Mylpomène.

(Muse de la tragédie.)

Fig. 541. — Thiilie.

(Muse de la comédie.)

tête. Ce sont des trophées, qui rappellent la victoire des Muses sur les Sirènes, femmes à moitié oiseaux, qui étaient célèbres par leur cruauté autant que par la douceur de leurs chants. Les Sirènes, ayant osé se mesurer avec les Muses, celles-ci leur arrachèrent leurs plumes et s'en parèrent en signe de victoire.

Artémis (Diane) répond h la lune, comme Apollon répond au soleil. La ressemblance du croissant de la lune avec un arc d'or a fait donner à cette déesse les attributs d'une chasseresse. Une pierre sacrée, surmontée de cornes de cerf, paraît avoir été le plus antique syinbjle de la déesse des chasseurs arcadiens (ûg. 545). Dans la figure 5Zi6, Arté-

mis porte un llambeau, attribut ijui m mtre son caractère nocturne. Néanmoins, elle porte également l'arc, qui a été dans tous les temps son attribut distinctif.

Le type même de la déesse a subi dans le costume quelques modifications importantes. Dans les monuments de l'époque archaïque, Artémis porte une longue robe qui descend jusqu'aux pieds, comme on le voit sur les figures 5/i7 et 548 ; on peut présumer que c'est ici la

Fig. 5-12. — Euterpe.

(Muse (Je la musique.)

Fig. 5J3. — Terpsichore.

(Muse de la danse.)

véritable Artémis arcadicnne, que l'art a transformée plus tard sous l'influence des idées doriennes. En effet, dans les monuments d'une époque postérieure, Artémis est toujours représentée avec la tunique couitc en usage parmi les Lacédéuionicnnes.

Ordinairement Artémis a l'attitude d'une personne qui court, tenant do la main gauche un arc et portant la droite au carquois qu'elle a sur l'épaule, comme pour en liicr une flèche. Ses cheveux sont relevés et noués sur le front, ou bien forment une seule touffe placée derrière la tête ou sur le sommet. Sa robe ne descend pas tout à fait jusqu'aux genoux et laisse une partie de la cuisse à découvert. On voit que c'est

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un costume fait pour ne giMier en rien la rapidité de lacourse. Souvent la déesse est accompagnée d'un cliien ou d'un cerf; mais alors le cerf, aussi bien que le chien, semble lui-même poursuivre d'auires animaux ; il figure là comme compagnon d'Artémis, dont il symbolise l'agilité. Telle est par exemple la fameuse statue du Louvre connue sous le nom de Diane à la biche (fig. 5/i9).

Artémis a été identifiée avec Sélèné, déesse lunaire de l'Asie

Fig. 544. — Uranie.

(Muse de rastfonomie.)

Mineure, à laquelle se rattache l'aventure d'Endymion, personnification du sommeil, et avec la Diane des Latins; elle se confond avec celle-ci dans les monuments. Mais elle n'a absolument rien de commun avec la déesse asiatique désignée sous le nom de Diane d'Éphèse ; cette dernière, bien loin d'être une divinité chasseresse, est au contraire enfermée- dans une gaine. Nous en avons donné la représentation plus haut (t. I". fig. 269).

L'hymne antique de Callimaque décrit exactement les goûts et les attributions d'Artémis : « Chantons Artémis... (malheur aux poètes qui l'oublient!) Chantons la déesse qui se plaît à lancer des traits, à pour-

Fig. 545.

Attributs d'Artémis (Diane).

suivre les daims, à former des danses et des jeux sur la cime des

montagnes. Rappelons ce jour où Artémis, encore enfant, était assise

sur les genoux de Zeus, et lui adressait sa prière. « Accorde, ô mon

« père ! accorde à ta fille de rester toujours

« vierge. Donne-moi, comme à Phébus (Apol-

« Ion), un arc et des flèches... Non, mon père,

« ce n'est point à toi d'armer ta fille ; les Cy-

(1 clopes s'empresseront bientôt de me fabri-

(1 qiier des trails, de me faire un carquois.

« Mais donne-moi l'attribut distinctif de por-

« 1er des (lambeaux et de revêtir une tunique

« à franges qui me descendra jusqu'aux ge-

« noux, pour ne me point embarrasser à la

(( chasse. Attache à ma suite soixante filles de

(( l'Océan; que vingt autres nymphes destinées

« à me servir aux heures où je cesserai deper-

(i cer les lynx et les cerfs prennent soin de

« mes brodequins et de mes chiens fidèles. Cède-moi les montagnes.

"Je ne demande qu'une ville à ton choix; Artémis descendra rare- « ment dans les villes. J'habiterai les monts « et n'approcherai des cités qu'au moment où « les femmes, travaillées des douleurs de « l'enfantement, m'appelleront à leur aide. Tu « sais qu'au jour de ma naissance, les Par- « ques m'ont imposé la loi de les secourir, « parce que le sein qui m'a porté n'a point (t connu la douleur et sans travail a déposé « son fardeau. »

Lorsqu'elle prend le rôle secourable de déesse qui vient en aide aux femmes dans les douleurs de l'enfantement, Artémis est invoquée sous le nom dllilhye.

Ilitiiyo, divinité toujours vierge et qui ne voulut jamais recevoir aucun hommage, consacre tous ses moments à venir en aide aux femmes dans le travail pénible de l'accouchement. Son

nom est de bon augure, et quand on l'appelle trois fois, il est rare

qu'on n'obtienne pas son assistance. La manière dont on invoquait

la déesse nous a été conservée dans diverses pièces de l'anthologie

Fig. 546. — Artémis (Diane).

(Bas-relief de l'autel du Capitule.)

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grecque : « De nouveau, Ilithye, à la voix de Lycenis qui t'appelle, viens ici prompte et secourable, procure-lui encore une couche heureuse. Elle t'offre aujourd'hui cet hommage pour une fille; mais pour un fils, ce temple parfumé recevra un jour une bien autre offrande. » L'anthologie nous présente encore cet autre exemple de remerciement: « Après sa couche, Ambrosie, qui a échappé à d'amères douleurs.

Fig. 5«.

Fis. 548.

Artémis (Diane d'Herculanum).

dépose à tes pieds glorieux, Ilithye, les bandelettes de ses cheveux et le voile dans lequel, après dix mois de grossesse, elle est accouchée de deux jumeaux. »

Artémis était honorée sur plusieurs points de la Grèce, mais principalement dans le Péloponnèse. A Sparte, les jeunes filles exécutaient des danses en son honneur, et on fouettait les enfants devant son image pour les habituer à supporter les souffrances avec courage. Son culte

était aussi très-répandu sur les côtes du Pont-Eu\iii et notamment dans la Tauride, où avait été transportée Iphigénie. C'est peut-être par le voisinage des Scythes que le culte d'Artémis a pris dans l'origine un caractère farouche et sanguinaire, qu'il a d'ailleurs complètement perdu dans la grande époque de la Grèce.

Pailas-Athénè (Minerve), la fille de Zeus, sortie tout armée du front du roi des dieux, représente l'intelligence divine; elle est à la

Fig. 519. — Artemis (Diane à la bichei.

fois la déesse guerrière qui protège la cité, et la déesse réfléchie qui instruit les hommes et les civilise. Aucune divinité ne peint mieux l'esprit grec, héroïque et industrieux tout à la fois, estimant au-dessus de tout le courage et l'intelligence.

Comme déesse de la guerre, Athénè est plus souvent invoquée sous le nom de Pallas; comme déesse du travail elle prend le nom d'Erganè (l'ouvrière).

Un passage d'Artémidore nous montre les fonctions multiples d'Athénè : a Athénè est favorable aux artisans, à cause de son surnom

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de l'ouvrière; à ceux qui veulent prendre femme, car elle présage que cette femme sera chaste et attachée à son ménage; aux philosophes, car elle est la sagesse née du cerveau de Zeus. Elle est encore favorable aux laboureurs, parce qu'elle a une idée commune avec la terre; et à ceux qui vont à la guerre, parce qu'elle a une idée commune avec Ares. 1) Toutefois cette déesse ne fait pas double emploi avec Ares (Mars), car celui-ci représente surtout la fureur sanglante des mêlées, tandis que Pallas personnifie plutôt la tactique, ou, si l'on veut, la méthode dans l'art de la guerre.

L'olivier est consacré à Athénè, qui prend par ce fait un caractère

Fij. 530. — Cassandre poursuivie par Ajas. (D'après une peinture de vase.)

agricole. La chouette, l'oiseau qui voit clair la nuit, est aussi un attribut de la déesse qui représente l'intelligence divine. Nous en avons vu déjà la représentation sur des monnaies d'Athènes (t. III, fig. 4/i6 et /i/jS). La quenouille et le fuseau sont dans ses attributs, parce qu'elle est la protectrice des ouvrièi'es, comme on le voit dans cette invocation tirée de l'anthologie : » 0 Athénè, les filles de Xuthus et de Melitè, tjatyre, Héraclée, Euphio, toutes trois de Samos, te consacrent : l'une, sa longue quenouille avec le fuseau qui obéissait à ses doigts pour se charger des fils les plus déliés ; l'autre, sa navette harmonieuse qui fabrique les toiles au tissu serré ; la troisième, sa corbeille avec ses belles pelotes de laine, instruments de travail qui, jusqu'à la vieillesse, ont soutenu leur laborieuse vie. Voilà, auguste déesse, les offrandes de tes pieuses ouvrières. »

Néanmoins ce sont les attributs guerriers, c'est-à-dire le casque, l'égide, la lance et le bouclier, qui apparaissent le plus souvent dans les monuments qui représentent la déesse. Un vase d'ancien style nous montre Cassandre qui, pour échapper aux poursuites d'Ajax, s'est réfugiée près d'une idole de Pallas (fig. 550). Cette Pallas troyenne n'a pas de casque, mais une espèce de bonnet d'une forme particuliùre. En Grèce, le casque de la déesse a des formes très-variées : l'égide est une peau de chèvre, dont on se servait comme de bouclier dans les temps primitifs. L'égide de Pallas est presque toujours décorée d'une tête de Gorgone, qui exprime la terreur dont elle frappe ses ennemis.

« L'art, dit Ottfried Muller.quieut, dans les temps primitifs, constamment devant les yeux l'image de Palhis, préférablement à celle de toutes les autres divinités, représenta dans les antiques palladiums, figurés avec le bouclier élevé et la lance brandissante, surtout la divinité combattante. Cependant il existait à la même époque des statues de cette déesse dans une attitude pacifique et assise ; on ne se contenta pas de lui mettre des armes aux mains, elle re'^ut, comme symbole de l'activité pacifique, la quenouille et le fuseau ; la lampe paraît avoir été Fig. 551. — Païus-Athéini.

également un ancien attribut de cette (Minerve d'Égine.)

divinité. Dans les statues qui appartiennent à la période de l'art dont les progrès sont déjà sensibles, Pallas est constamment figurée dans l'attitude d'une femme qui se prépare au combat, marchant avec plus ou moins de vitesse, vêtue d'un péplos à plis raides et empesés, qui recouvre le chiton, et d'une immense égide, qui, placée quelquefois sur le bras gauche en guise de bouclier, couvrait aussi, outre la poitrine, le dos entier de la déesse; dans les monuments de l'art moins anciens, cette égide est de plus en plus repliée sur elle-même. Les contours du corps, dans la partie des hanches et de la poitrine, n'ont presque rien de la rondeur des formes féminines ; les formes des

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Fig. 552. — Athénè.

(D'après une

médaille de la couvelle Ilion.)

cuisses, du bras, du dos, semblent au contraire avoir été modelées

sur un corps du sexe mâle.

« A partir du jour où Phidias eut achevé de dessiner le caractère idéal de la déesse, un sérieux plein de câline, une force qui a conscience d'elle-même, un esprit clair et lucide devinrent à tout jamais les principaux traits du caractère de Pallas. Sa virginité la place au-dessus de toutes les faiblesses humaines, elle est trop homme pour pouvoir s'abandonner à un homme. Le front pur, le nez long et fin, la ligne un peu dure de la bouche et des joues, le menton large

et presque carré, les yeux peu ouverts et presque constamment dirigés

vers la terre, la chevelure rejetée sans

art de (îliaque côté du front et ondulante

sur la ligne du cou, traits dans lesquels

percent la rudesse et la grossièreté primitives, répondent parfaitement bien à

cette merveilleuse création idéale. »

Nous avons montré (t. III, fig. 632)

la figure connue sous le nom de Minerve

d'Eudœos, qui passe pour une des plus

anciennes représentations de Pallas. Toutefois cette figure est assise, et la Minerve

d'Herculanum (t. III, fig. 633), qui est

debout et dans l'attitude du combat,

présente une allure plus conforme au

type employé dans l'époque archaïque.

La fameuse statue qui décorait le fronton

du temple d'Égine (fig. 551) nous montre comment la déesse était représentée

dans la période qui précède immédiate-

inent les guerres médiques. Elle est de

style archaïque, porte l'égide sur les

deux épaules, et tient sa lance dans la

main droite, tandis que la gauche est

passée dans un grand bouclier rond. Elle

est préparée au combat, mais cUo ne brandit plus sa lance selon la

Fig. 553. — AthéDÔ au repos.

(D'après un vase pe.nt.)

pose traditionnelle de la période primitive. Sur une médaille de la nouvelle llion, on voit Athéiiè portant sa lance sur l'épaule, conformément à un type qui paraît avoir existé fort anciennement dans la Troade (fig. £52).

Même lorsqu'elle n'a pas son attitude guerrière, Pallas conserve toujours ses armes. Ainsi la déesse apparaît au repos sur la figure 553, qui est tirée d'un vase peint. Mais lorsqu'elle tient en main son casque, au lieu de l'avoir sur la tête, la déesse est considérée comme présidant à lapais.

On en voit un exemple sur la figure 554, mais les monuments' de ce genre sont d'une grande rareté. Dans les statues de la grande époque de l'art, Pallas tient le plus souvent en main une victoire, comme le montre la figure 555.

Dans tous les monuments antiques, Athènè est figurée avec dos attributs guerriers, conformes à son rôle dans l'Olympe grec. Mais pour les Athéniens, la déesse protectrice est la grande divinité, qui pourrait en quelque sorte suppléer à toutes les autres, et on l'invoque dans toutes les circonstances de la vie. En effet, on peut croire qu'elle a une influence sur la navigation, puisqu'on lui doit la construction du premier vaisseau à voiles, le navire irfifo. Enfin on l'invoque dans

les maladies, sous le nom de Minerve Hygie, et elle est alors accompagnée d'un grand serpent qui boit dans une coupe, attribut ordinaire d'Esculape et d'Hygie ; un bas-relief qui décore un candélabre du rau- • sée Pio Clémcntin la montre sous cet aspect.

La fameuse Minerve de Phidias, dans le Parthénon, était en ivoire et en or. La déesse était debout, couverte de l'égide, et sa tunique descendait jusqu'aux talons. Elle tenait une lance dans une main et dans l'autre une victoire. Son casque était surmonté d'un- sphinx, dans les parties latérales étaient deux griffons, et au-dessus de la visière, huit chevaux de front s'élançaient au galop, image de la rapidité avec laquelle s'élance la pensée divine. La tête de Méduse figurait sur sa poitrine. Les bras et la tête de la déesse étaient en ivoire, à l'exception des yeux formés par deux pierres précieuses ; les draperies

Fig. 554. — Alhénè pacifique.

(D'après un bas-reliet du musée du Capitule.)

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étaient en or et pouvaient s'enlever facilement, car il fallait, si la république se trouvait dans la détresse, qu'elle pût avoir recours au trésor public dont la déesse était dépositaire. Sur la face extérieure du bouclier, posé aux pieds de la déesse, était représenté le combat des

Fig. 555. — Pallas Tictorieusc.

Amazones; sur la face inférieure, celui des géants et des dieux; la naissance de Pandore était sculptée sur le piédestal. Une pièce de \' Anthologie grecque compare la Minerve de Pliidias, à Athènes, à la Vénus que Praxitèle avait faite à Gaide : « En voyant la divine image de Vénus, fille des mers, tu diras : Je souscris au jugement du Phrygien Paris. Si tu regardes ensuite la Minerve d'Athènes, tu t'écrieras : Celui qui ne lui a pas adjugé le prix était un bouvier ! »

Li; CCLTi: EN GRÈCE. 525

Toute la légende mythologique d'Athénè se rapporte à la ville à laquelle elle a donné son nom, et son culte, comme déesse protectrice d'Athènes, s'est développée avec la prospérité de cette ville et n'a disparu que quand Athènes déchue a embrassé le christianisme. L'histoire fabuleuse de la fondation d'Athènes se relie absolument à celle de la déesse.

Quand Athénè fat sur le point de venir au monde, Zeus (Jupiter) sentit un violent mal de tête et pria Héphaistos (Vulcain) de lui donner un grand coup de hache, pour faciliter la naissance de la déesse qui représenie l'intelligence divine. Pour récompenser Héphaistos de ce service, le roi des dieux lui jura par le Styx de lui accorder la première demande qu'il lui ferait. On sait qu'après le coup de hache, Athénè sortit tout armée du front de Zeus. Dès qu'elle vit le jour, elle demanda à son père la permission de ne pas se marier, parce qu'elle voulait rester toujours vierge. Zeus céda aux vœux de sa fille et jura par le Styx qu'il n'y mettrait aucun obstacle. Athénè, satisfaite de ce que lui avait dit son père, s'en alla aussitôt; mais Héphaistos arriva et, rappelant à Zeus la promesse qu'il en avait reçue, il lui demanda de la mettre à exécution en lui donnant sa fille en mariage. Le roi des dieux fut dans un cruel embarras. 11 s'en tira en disant à Héphaistos d'arranger cela avec sa fille, parce que lui ne voulait pas s'en mêler.

Héphaistos n'en demandait pas davantage ; du moment que Zeus n'y mettait pas d'opposition, il se crut assuré de la victoire et se mit à courir après Athénè, qu'il atteignit bientôt. Mais la fière déesse, offensée de la manière dont il fit sa proposition, le reçut avec une telle rudesse que le dieu forgeron se vit forcé d'abandonner la place. Athénè étant partie de son côté entendit des petits cris d'enfant, et, se retournant, elle aperçut un nouveau-né à l'endroit où Héphaistos lui avait parlé.

Émue de compassion, elle ramassa l'enfant, et le plaçant dans une corbeille, elle l'emporta dans son sanctuaire. Mais Athénè, qui ne pouvait se défendre de ses préoccupations ordinaires, s'aperçut en montant l'Acropole que sa ville n'était pas assez fortifiée du côté du couchant. Elle entra dans la maison de Cécrops, qui avait trois filles, Pandrose, Aglaure et Hersé, et leur ayant confié le panier qui était très-bien fermé, elle leur défendit de l'ouvrir pour voir ce qu'il contenait et partit aussitôt pour chercher une montagne qu'elle jugeait nécessaire pour fortifier sa ville. Quand elle fut partie, Aglaure et Hersé, piquées par la curiosité, voulurent ouvrir le panier, malgré les remontrances

528 INSTITUTIONS RELIGIEUSES

d3 Pandrose. Mais une corneille qui avait vu la chose vint la raconter à Athénè, qui tenait déjà la montagne dans ses bras, et, dans sa surprise, la laissa tomber à l'endroit où elle se trouvait; ce fut là l'origine du mont Lycabette.

Aihénè punit cruellement Agiaure et Hersé, qui, prises d'une folie furieus'?, se précipitèrent du haut de l'Acropole ; mais elle conçut une telle affection pour Pandrose, qu'elle voulut qu'après sa mort on lui rendît les honneurs divins. Érechthée, devenu roi d'Athènes, s'empressa d'obtempérer à ce vœu, et il éleva un temple en deux parties, dont lune fut dédiée à Athénè et l'autre à Pandrose. Tous les édifices ayant été brûlés pendant la guerre médique, le temple d'Athénè et de Pandrose fut reconstruit après la retraite des Perses, et c'est celui qu'on appelle Érechtheion, du nom d'Érechthée, son fondateur, qui avait là son tombeau.

Les légendes athéniennes sur la naissance d'Athénè, sortant tout armée du cerveau de Zeus, et d'Athénè se disputant avec Poséidon (Neptune) pour la possession de la ville, ont été reproduites sur plusieurs monuments (voir t. I", fig. /(Il et /jl2).

Ares. (Mars), dieu sanguinaire et détesté des immortels, n'a jamais eu une grande importance pnrmi les populations helléniques. Dans beaucoup de localités, ce dieu semble même avoir été à peu près inconnu, et si son culte a gardé en Laconie une importance plus grande qu'ailleurs, cela tient à la rudesse des habitants de cette contrée : Ares est la personnification du tumulte et de la mêlée. Pausanias, en décrivant une statue d'Ares qui était à Sparte, dit qu'elle était liée et garrottée afin qu'il n'abandonnât pas les Spartiates. Une belle statue du Louvre, qu'on désignait autrefois sous le nom d'Achille Borghèse, paraît être une représentation d'Ares, et l'anneau qui serre la jambe du dieu, tout près de sa cheville, se rapporte peut-être à l'usage dont parle Pausanias. Ce dieu, du reste, ne présente pas d'attributs particuliers qui puissent le faire distinguer d'un simple héros comme Achille, auquel un anneau au-dessus du pied conviendrait également puisqu'il n'était vulnérable qu'au talon. Dans le bas-relief qui décore le putéal du Capitule, Ares' est vêtu en guerrier; il tient son casque d'une main, tandis que de l'autre il porte à la fois sa lance et son bouclier (fig. 556).

La divinité que les Grecs ont honorée sous le nom d'Aphrodite et les Latins sous le nom de Vénus parait avoir eu son origine dans

le culte syrien d'Astarté, qui de lile de Ciiypre s'est répandu dans les îles de la Grèce et ensuite dans l'Occident. Ce fait s'est traduit mythologiquement dans la fable : la déesse, sortie de l'écume des flots sur le rivage de Chypre, navigue ensuite vers la Grèce et aborde à Cythère. Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour attribuer à l'Asie l'origine non-seulement de l'art grec, mais encore d'une partie des fables de la mythologie. Mais, pour ne parler que d'AphroJile, il ne faut pas oublier que c'est en Grèce seidement qu'elle est devenue belle ; les images phéniciennes et cypriotes en sont la démonstration la plus évidente. Une peinture antique montre la déesse au moment oij elle accomplit sur une coquille son voyage de Chypre à Cythère (ûg. 557).

Aphrodite paraît avoir été à l'origine une divinité marine, mais l'esprit grec l'a coaipléteuient transformée. En même temps que l'art en faisait le type lo plus complet de la beauté féminine, la croyance populaire voyait dans cette déesse une personnification de l'attrait irrésistible qui subjugue l'univers en lui imposant pour loi la perpétuité des races. Les fleurs naissent sous les pas de la déesse, dont l'union avec Adonis est un symbole du printemps. Adonis est une divinité syrienne; car les fables de plusieurs contrées différentes sont venues se greffersuccessivementsurlaconception primitive d'Aphrodite, et ont enrichi sa légende d'une foule de traditions, peu concordantes entre elles pour le récit, mais toujours conformes à l'idéal populaire. Son unique raison d'être étant la beauté, nous la voyons tantôt protectrice du mariage, tantôt invoquée par les courtisanes comme leur divinité spéciale. Épouse d'Héphaistos (Vulcain) dans certaines contrées, d'Ares (Mars) dans d'autres, amante d'Adonis, ou d'Anchise, elle paraît toujours avec les dehors les plus séduisants, sans montrer jamais la retenue d'une jeune fille, ou la gravité d'une matrone. Son culte trahit souvent son origine asiatique par les désordres qui l'accompagnent.

Les figures de style archaïque représentant Aphrodite sont toujours drapées. C'est ainsi que la dée.se se montre sur l'autel des douze

Fig. 556. — Ares.

(D'après lo putéal du Capitule.)

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dieux au Louvre (fig. 558). Coiffée de la Stéphane, elle a le corps enveloppé d'une ample draperie et tient dans la main gauche une colombe, oiseau qui lui est consacré.

Pline raconte que le sculpteur Praxitèle, à qui les habitants de Cos avaient commandé une Aphrodite, leur donna le choix entre deux statues, dont l'une était vêtue, tandis que l'autre était nue. Ils préférèrent la première, et Praxitèle vendit l'autre aux habitants de Cnide qui se félicitèrent de l'avoir achetée, car elle fit la réputation et la

Fig, 557. — Vénus marine. (Peinture de Pompéi.)

richesse du pays; tous les amateurs de la belle sculpture venaient à Cnide pour voir ce chef-dœuvre. En général, la nudité n'était admise que pour les déesses marines, et Aphrodite avait droit à ce titre, puisqu'elle était née de l'écume de la mer. C'est pour justifier ce titre que les sculpteurs placent souvent un dauphin à côté de la déesse, comme on le voit dans la Vénus de Médias, célèbre statue antique du musée de Florence, qui passe d'ailleurs pour être une imitation de la Vénus de Praxitèle.

Aphrodite n'est pas toujours debout, lorsqu'elle sort de l'eau ; les sculpteurs aimaient aussi à la représenter au moment où elle va se

lever, comme dans la figure 529. Mais la nudité complète de la déesse implique chez l'artiste l'intention de la représenter au moment où elle vient de naître ou bien où elle sort du bain.

Lorsque Aphrodite est considérée comme la mère féconde des êtres, elle est vêtue d'une légère draperie qui retombe jusqu'aux pieds en laissant un sein découvert, pour expliquer qu'elle est la nourrice universelle. Elle prend alors le nom de Vénus génitrice. Mais lorsqu'elle symbolise la puissance irrésistible de la beauté, elle reçoit le nom de Vénus victorieuse. Elle est alors à demi vêtue, pose un pied sur un casque pour montrer qu'elle est plus puissante que le dieu de la guerre, ou sur un rocher, pour exprimer sa domination sur le monde. Dans ce rôle, la déesse prend les allures fières d'une héroïne et semble trop sûre d'elle-même pour daigner sourire. La Vénus de Milo est, dans cette catégorie, la statue la plus célèbre parmi celles qui sont parvenues jusqu'à nous.

La figure 560 représente une statue du Louvre, qui, par son attitude, se rattache aux figures qu'on désigne sous le nom de Vénus victorieuses, et par son vêtement aux Vénus génitrices. « Cette sculpture, dit le catalogue du musée, est remarquable à plusieurs points de vue, d'abord parce qu'elle représente un sujet unique, ensuite à cause des interprétations ridicules auxquelles elle a donné lieu. On y reconnaît généralement une Vénus vulgaire, déesse du libertinage, qui foule aux pieds un fœtus pour l'empêcher de naître Mais le prétendu fœtus sur lequel la déesse pose le pied droit n'est autre chose qu'une coquille dans laquelle on peut voir l'embryon de l'amour. En effet, Vénus étant la fille de l'onde, c'est une idée on ne peut plus poétique que de faire naître l'amour dans une coquille. » Vénus préside à la naissance de tous les êtres, ce qui explique le mouvement de Vénus victorieuse, donné par la jambe droite. Quant au bras tenant une aile et à l'Amour placé sur un cippe, ce sont des additions modernes qui ne peuvent rien ajouter à la signification du groupe.

11 est certain que les courtisanes avaient pour Vénus une dévotion spéciale, mais la déesse avait plusieurs attributions, suivant la manière dont on voulait lui rendre hommage. Les écrivains anciens IV. C7

Fis- 558. — Aphrodite.

(Vénus.)

(D'après l'autQldes 12 dieux au Louvre )

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distinguent la Vénus vulgaire et la Vénus Uranie ou céleste. Pausanias, dans sa description de Thèbes, signale plusieurs statues de Vénus qui étaient de la plus haute antiquité, puisqu'elles avaient été faites avec le bois des vaisseaux de Cadmus et consacrées par Harmonie elle-même. « La première, dit-il, est Vénus Céleste, la seconde Vénus la Vulgaire, et la troisième est nommée Préservatrice.

Fin. 559. — .\phrodite. (Vénus accroupie ) (D'après une statue du Louvre.)

C'est à la Vénus préservatrice que l'on adressait des vœux pour être préservé des désirs coupables. »

La tortue, emblème de la chasteté des femmes, était consacrée à Vénus céleste, et le bouc, symbole contraire, était consacré à la Vénus vulgaire. Nous ne connaissons aucune représentation de la Vénus préservatrice; mais on peut en trouver un curieux exemple dans une décision du sénat romain, qui, d'après les livres sibyllins consultés par les décemvirs, avait ordonné qu'il serait dédié une statue à Vénus verticordia (convertissante) comme un moyen de ramener les filles débauchées à la pudeur de leur se.\e. C'eît Valôre Maxime qui raconte ce fait.

Les images de la déesse, qui se trouvaient dans toutes les maisons, étaient souvent accompagnées d'insciiptions qui en indiquaient le caractère.

« Cette Vénus n'est point la Vénus populaire, dit Théocrite, c'est h

Fig. 5G0. — Aphrodite, mère d'Éros.

{D'après une statue du Louvre.)

Vénus Uranie. La chaste Chrysogone l'a placée dans la maison d'Amphiclès, à qui elle a donné plusieurs enfants, gages touchants de sa tendresse et de sa fidélité. Tous les ans, le premier soin de ces heureux époux est de t'invoquer, puissante déesse, et en récompense de leur piété, tous les ans tu ajoutes à leur bonheur. Ils prospèrent toujours, les mortels qui honorent les dieux, n

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Éros (Cupidon), l'Amour ou à proprement parler le Désir, apparaît dans la théogonie d'Hésiode comme un des grands principes de l'univers. La légende qui en fait le fils d'Aphrodite n'a prévalu que plus tard : elle est d'ailleurs aisée à comprendre, puisque la beauté fait naître l'amour. Ce dieu, qui n'a jamais eu dans la religion des Grecs une bien grande importance, était pourtant honoré d'un culte particulier dans la ville de Thespies. Son plus ancien simulacre était une pierre brute. Dans la grande époque de l'art, l'amour a pris les traits d'un adolescent

L'Amour enfant.

Fig. 561!.

L'Amour adolescent.

et ensuite ceux d'un enfant potelé et pourvu d'ailes (fig. 5G1 et 562). L'arc, les flèches, le carquois et le flambeau sont les attributs ordinaires de l'Amour.

Vénus voyant qu'Éros (l'amoLir) ne grandissait pas et restait toujours enfant en demanda la raison- à Thémis. La réponse fut que l'enfant grandirait quand il aurait un compagnon pour l'aimer. Vénus lui donna pour camarade Antéros (l'amour partagé). Quand ils sont ensemble, l'Amour grandit; mais il redevient enfant dès qu'Antéros le quitte. C'est une allégorie dont le sens est que l'affection a besoin d'être partagée pour se développer. Éros et Antéros, que l'on voit ensemble sur la figure 563, ne diffèrent pas l'un de l'autre et font l'effet de deux frères jumeaux.

L'Amour est souvent représenté à côté de Psyché, dont le nom veut dire âme et qui en est en effet le symbole. Psyché a les traits d'une jeune fille et est caractérisée par ses ailes de papillon.

Fig. ôC.3. — Eros el Aultrui,

tij;. ût>4. — Amour et i'syché.

(D'après un vase peint.)

Les Grecs admettaient que les âmes étaient des parcelles du feu céleste. De la sphère supérieure où elles vivaient avant leur existence

Fig. 565. — L'Amour brûlant Psyché.

terrestre, elles ont été attirées vers la terre par une sorte d'ivresse, par un désir qu'elles n'ont pas su dompter, et, en prenant un corps, elles ont perdu la notion du parfait, dont elles ne gardent plus qu'un vague souvenir. Dans la légende de Psyché, on voit l'invincible curiosité qui pousse Psyché, c'est-à-dire l'àme humaine, à connaître la réalité

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