I.NSTITUTIONS RELIGIEUSES
des choses. Elle en est aussitôt punie et commence une vie d'épreuves et de travaux jusqu'au jour où, purifiée par la douleur, elle retrouve dans le ciel la place qu'elle y a conquise. En étudiant les sarcophages, on y voit l'histoire de Psyché reproduite sous toutes les formes, mais toujours avec la même pensée.
Toute la fable de Psyché n'est qu'une allégorie des joies et des douleurs que l'âme éprouve dans ses rapports avec l'amour. De trèsnombreux monuments montrent cette allégorie sous les formes les plus multiples. Dans notre figure 56/i, l'Amour et Psyché apparaissent sous la forme de deux enfants : Psyché, qui a des ailes de papillon, porte des bracelets aux bras et aux jambes ; l'Amour la tient embrassée.
Fig. ÏJGQ. — L'àme brûlée par rAmoar, (D'après un vaso peint.)
Des roses cueillies sont à terre : un miroir, un rosier, un arc avec un carquois fermé, complètent la composition. La devise latine qu'on lit autour signifie : Chère âme, jouissons sans amertume. On remarquera que le dernier mot est grec, bien qu'écrit en caractères latins. Cette composition nous offre l'image de l'union parfaite et sans nuages. Mais sur la figure 565, l'Amour tient au contraire Psyché par les cheveux et s'apprête à la brûler avec son flambeau : c'est l'emblème des tortures de l'âme dominée par la passion.
La même pensée se trouve reproduite sous une autre forme sur la figure 566. Mais l'Amour pleure et semble déplorer l'acte qu'il est obligé d'accomplir. 11 tourne la tète pour ne pas voir un malheureux papillon, symbole de Psyché, ou l'âme, qu'il tient suspendu au-dessus de la flamme de son flambeau. La figure qui est devant l'Amour est
l'Espérance qui nourrit nos désirs, et celle qui est derrière est Némésis, qui les modère. Creuzer voit dans cette curieuse composition « un emblème de l'àme qui, dans la lutte des passions contraires, s'altère et se consume, jusqu'au jour où, purifiée et retrempée par leurs flammes mêmes, elle passe dans le trantiuille Elysée, pour jouir de ses délices et aplanir aux hommes les voies salutaires de l'initiation ».
Les Grâces sont trois sœurs qui se tiennent enlacées. Le terme de
Fig. 567. — Les trois Gricea.
grâce signifie à la fois bienfait et élégance, et les anciens l'ont toujours entendu dans les deux sens. Les modernes ont négligé le premier pour ne s'attacher qu'au second ; mais il faut bien revenir à l'idée de grâce accordée, si l'on veut comprendre la signification de certains monuments antiques. Ainsi, dans un bas-relief du Vatican, nous voyons un malade remercier Esculape dos grâces que le dieu lui a accordées, et le sculpteur a placé les trois sœurs dans leur pose traditionnelle, à calé du dieu de la médecine. Les Spartiates, avant le combat, avaient 1 habitude de sacrifier aux Grâces, ce qui, à leurs yeux, signifiait assurément demander aux dieux la victoire.
Si le culte des Grâces était si répandu en Grèce, cela tient surtoui
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à ce qu'on l'entendait presque toujours dans le sens de grâce accordée. Par la même raison, on ne voit pas que des temples spéciaux aient été élevés bien souvent en l'homieur de ces divinités ; mais elles avaient des chapelles dans la plupart des temples des autres dieux.
Les Grâces se tiennent enlacées pour indiquer les services réciproques et l'aide fraternelle que les hommes se doivent (Gg. 507) ; elles sont jeunes parce que la mémoire d'un bienfait ne doit pas vieillir. Le symbole de ces trois sœurs inséparables exprimait l'idée de service rendu, etleurrôle était de présidera la reconnaissance. 11 est plus difïïcile d'expliquer la nudité des Grâces, et cette nudité n'existe pas sur les plus anciens monuments. « Quelques recherches que j'aie faites, dit Pausanias, je n'ai pas pu découvrir quel est le premier statuaire ou le premier peintre qui a imaginé de représenter les Grâces toutes nues. Dans tous les monuments de l'antiquité, les Grâces sont vêtues; je ne sais donc pas pourquoi les peintres et les sculpteurs qui sont venus depuis ont changé cette manière; car aujourd'hui, et depuis loi^gtemps, les uns et les autres représentent les Grâces toutes nues. » Nous savons que les Grâces sculptées par Socrate étaient vêtues, ainsi que celles qu'Apelle avait peintes. Il est donc probable que ce n'est que postérieurement à la domination macédonienne que l'usage s'est introduit de les dépouiller de leurs vêtements. Hermès, divinité grecque, identifiée plus tard avec le Mercure des Latins, paraît avoir été à l'origine une personnification de la puissance productricede la nature. «Hermès, dit M. Alfred Maury, était figuré primitivement par un morceau de bois surmonté d'une tête. A ce tronc d'arbre, qui simulait son corps, était fixé le symbole de la génération et de la production à laquelle il présidait. Telle fut l'origine des hermès, ou statues en gaîne et ithyphalliques, que la tradition hiératique renouvela à une époque où l'art était cependant bien loin de ces informes simulacres. Population pastorale, les Arcadiens devaient prêter à leur divinité favorite les traits et les Ijabitudes qui leur étaient propres; car, à toutes les époques et chez toutes les
Fig. 568.
Hermès Criophore.
nations, les dieux ont toujours été faits à l'image de rhomme. C'est à cette circonstance qu'Hermès dut son caractère de divinité pastorale et son surnom de Criophore. »
Ce caractère pastoral disparut d'ailleurs assez proraptement, mais il se trouve caractérisé sur quelques monuments de style archaïque, où le dieu porte sur ses épaules le bélier, emblème de la fécondité du troupeau (fig. 568).
Habituellement Hermès ou Mercure personnifie l'échange, la transition, le passage d'un état à un autre, et de ce rôle multiple sont sortis ses fonctions dans la mythologie aussi bien que ses attributs divers dans l'art. Messager céleste, il porte aux dieux les prières des hommes et aux hommes les bienfaits des dieux; conducteur des ombres, il est la transition entre la vie et la mort; dieu de l'éloquence et des traités, il fait passer dans l'esprit des autres la pensée d'un orateur ou d'un ambassadeur. Il est le dieu des gymnases, parce que dans la lutte il y a échange de forces; il est le dieu du commerce et des voleurs, parce qu'un objet vendu ou volé passe d'une main dans une autre.
Sur les monuments de style archaïque, Hermès apparaît comme un homme dans la force de l'âge, avec une barbe épaisse et pointue; il tient en main le caducée, emblème des ambassadeurs (fig. 5G9). A la grande époque de l'art, il prend la forme
d'un éphèbe, souple et svelle, presque toujours imberbe, portant les cheveux courts, et présentant le type accompli des jeunes gens qui fréquentent les gymnases (fig. 570).
Comme messager céleste. Mercure a des ailes aux pieds et à la tète, mais jamais au dos ; il porte le pétase des voyageurs, pour indiquer ses incessantes pérégrinations. La tortue qu'on voit souvent près de lui rappelle qu'il est l'inventeur de la lyre et le coq qui l'accompagne quelquefois indique le dieu des gymnases. Enfin la bourse qu'il tient à la main caractérise le dieu de l'échange; toutefois cet attribut se voit surtout dans les monuments de l'époque romaine.