‹ La vie privée des anciens (volume 2)Chapitre 30 sur 42 · I.K CLLTK KN GRÈCK · texte numérisé non relu

I.K CLLTK KN GRÈCK

est à demi couchée ù cùté de Bacchus, ontourù de soncoriège de satyres et de ménades. La tête d'Ariadne n'est que préparée. Dans un auire bas-relief du Louvre, ce sont deux centaures, faisant partie du cortège de Bacclius et d'Ariadne, qui tiennent en main le médaillon des défunts.

Fig. 587. — Silèno.

Fiï. 588 — Kacchus et Silène,

Silène est l'outre personnifiée; il fait naturellement les fonctions di' père nourricier de Bacchus qui est le vin. Les formes grossières et obèses de Silène contrastent avec l'élégance de son nourrisson, comme sa lenteur contraste avec la légèreté habituelle des satyres et des m(5nades. Sa perpétuelle ivresse a besoin d'un guide. D;ms les scènes bachiques, on le voit monté sur un âne, qui semble affaissé sous le poids énorme de son maître ventru, et soutenu par des satyres qui l'empêchent de tomber d'un côté ou d'un autre. L'âne est l'attrihui

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naturel de Silène dans le cortège bachique. Cet âne est d'ailleurs célèbre par le rôle qu'il a joue dans la guerre des dieux contre les géants; car, ayant aperçu l'armée ennemie rangée en bataille, il se mit à braire de telle façon que tous les géants prirent aussitôt la fuitL'.

Les statues de Silène sont fort nombreuses, comme celles de tous

Fig. 589. — Jeune satyre.

les compagnons de Bacchus, car le cortège de ce' dieu plaisait singulièrement aux artistes, qui l'ont représenté sous toutes ses formes. Tantôt il est seul (fig. 587), tantôt le père nourricier de Bacchus apparaît à côté du jeune dieu (fig. 588).

Les saiyres sont les compagnons de Bacchus; ils représentent d"uiie manière allégorique la vie joyeuse et déréglée des adorateurs du vin. Le satyre participe à la fois de la nature de l'homme et de celle de

ranimai. L'animalité est marquée chez eux par une queue de bouc et des oreilles pointues, mais ils ont souvent des formes charmantes, quoique toujours dépourvues de noblesse (fig. 589). Les jeunes satyres avec leur petit nez camard, leurs rudiments de cornes, et les loupes qu'ils ont souvent sous le menton comme des chevreaux, ont toujours une expression de gaieté très caractérisée. Les satyres se mêlent souvent avec les pans et les aegipans, qui participent di' leur nature et

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Fig. 590. — Bacclms et un satyre.

( D'après une terre cuite antique.}

sont en outre pourvus de pieds de chèvre. L'art les confond également avec les faunes, qui sont des divinités latines de la même famille.

Toute cette troupe bondissante qui accompagne partout Bacchus, est adonnée à l'ivrognerie et passionnée pour la musique. Les satyres dansent en jouant des cymbales, courent après les nymphes, se reposent en faisant entendre avec leur flûte des accords joyeux. La création de ces types appartient surtout à la sculpture; ce sont de purs caprices; rien de philosophique n'a donné naissance à leur légende, et ils n'ont IV. 70

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d'autre mission que d'égayer le jeune dieu, toujours à demi endormi dans les vapeurs du vin. Les attributs des satyres sont la flûte, le thyrse, le syrinx, la houlette, les coupes, etc. Ils sont vêtus de peaux de bêtes et souvent couronnés de branches de vigne ou de lierre, les deux plantes consacrées à Bacchus. Ils sont la personnification des plus anciens vignerons et on les voit souvent portant les amphores qui contiennent la divine liqueur (fig. 590).

« Sans cesse, dit Nonnos, la troupe connue des satyres s"enivre de coupes pleines jusqu'au bord; toujours menaçants dans le tumulte, toujours fuyants à la guerre ; lions loin de la mêlée, lièvres dans le combat, habiles danseurs, plus habiles encore à épuiser à longs traits' le vin des plus larges amphores. Peu de capitaines parmi eux apprirent, sous les ordres du valeureux Mars, l'art si varié de la guerre et surent faire manœuvrer les bataillons. Dans l'armée de Bacchus, les uns se revêtaient de peaux de bœuf toutes brutes, les autres se fortifiaient sous les peaux hérissées des lions; ceux-ci s'entourent de la formidable enveloppe des panthères, ceux-là s'arment des plus longues massues ; tantôt ils passent autour de leurs reins des peaux de cerfs aux bois rameux, et s'en font une ceinture diaprée à l'égal du ciel étoile ; tantôt, sur leurs tempes, autour de leurs fronts, s'allongent les pointes aiguës de leurs cornes ; de rares cheveux croissent sur leur tête raboteuse et viennent finir à leurs sourcils tortueux. Quand ils marchent, les vents ailés soufflent contre leurs oreilles raidies et le long de leurs joues velues; une queue de cheval s'étend sur leur dos, s'arrondit autour de leurs reins et se dresse. »

En Grèce, les hommes fabriquaient le vin et le piétinaient dans les cuves, mais c'étaient les femmes qui faisaient le plus souvent la cueillette du raisin, et les scènes de vendanges étaient accompagnées de farces la plupart du temps fort libres. Ce sont ces jeux que reproduisent sous une forme allégorique les innombrables bas-reliefs qui représentent des satyres poursuivant les nymphes. Ces nymphes prennent quelquefois la forme de satyresses, mais le plus souvent ce sont des bacchantes ou ménades, suivantes du dieu, qui sont caractérisées par leurs mouvements désordonnés, leur chevelure en désordre, et les serpents qui vivent familièrement avec elles. Le poète Nonnos nous a

fait connaître les habitudes des bacchantes qui ont accompagné le dieu dans la conquête des Indes.

(i Parmi les bacchantes, dit le poète Nonnos, celle-ci a entouré sa

tête d'un bandeau de vipères; celle-là retient ses cheveux sous le

LE CULTE EX GRÈGE

lierre parfumé ; l'une fait vibrer dans sa main frénétique un thyrse armé de fer ; l'autre, plus furieuse encore, laisse tomber de sa [tête dégagée de voiles et de bandeaux sa longue chevelure; et les vents se jouent dans les boucles déployées des deux côtés de ses épaules. Tantôt

-iCii'.' :i:

Fig. 591. — Ménade dans le délire bachique. (D'après un bas-rolief du Louvre.)

elles agitent le double airain des cymbales en secouant sur leurs têtes les anneaux de leurs cheveux; tantôt, en proie à des accès de rage, elles multiplient sous la paume de leurs mains les roulements des tambourins tendus; et le bruit des combats gronde répercuté. Les thyrses deviennent des piques; et l'acier que cache le feuillage est la pointe de cette lance ornée de pampres. »

Les vapeurs du vin produisaient chez les ménades une sorte de

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délire qui se manifestait par des contorsions que les monuments de l'art reproduisent fréquemment (ûg. 591). Il est très difficile de distinguer, dans les récits des auteurs anciens concernant les bacchantes, ce qui appartient à la mythologie et ce qui appartient à Thistoire, car le terme de bacchante signifie simplement une prétresse de Bacchus. Les poètes les montrent parcourant les rues pendant la nuit, demi-nues et simplement couvertes de peau\ de bêtes fixées yu\ reins par des ceintures de lierre. Portant des thyrses ou des flambeaux, elles se précipitaient dans la campagne, échevelées, et se livraient à des courses sans fin et à des danses désordonnées, au son de la flûte et du tambourin. Les monuments nous montrent quelques cérémonie'; bnchiqnos. Sur

Fig. 592. — Adoration d'idole.

(D'après une peinture de vase.)

une peinture de vase, nous voyous deux bacchantes échevelées dansant autour d'une idole très grossière en agitant des thyrses et des flambeaux. Une bacchante joue du tambourin et une autre semble mettre des aromates dans un vase placé devant l'image du dieu. Cette image est extrêmement curieuse, parce qu'elle nous fait connaître la forme primitive des représentations de Bacchus. Le dieu, dont la tète est barbue et couronnée, est une sorte de mannequin dépourvu de membres et reposant sur un poteau, devant lequel est une table qui supporte les vases sacrés (fig. 592).

Les autels consacrés à Bacchus étaient très nombreux dans toutes les campagnes. Une peinture de Ponipéi en montre un auprès d'un arbre sacré (fig. 593). Le ihyrse et le timpanon ne laissent aucun doute sur la signification bachique de ce petit monument.

Les fêtes de Bacchus étaiont, comme celles de Cérès, destinées à remercier les dieux des bienfaits de la terre. Les rites observés pendant la procession se rapportaient à la légende du dieu. Une nombreuse troupe d'enfants, couronnés de lierre et tenant en main des pampres,

Fig. 593. — Arbre sacré.

(D'après une peinture de Pompéi.)

couraient et dansaient devant l'image du dieu, placée sous un berceau de pampres et entourée de masques tragiques ou comiques. Tout autour, on portait des vases, des thyrses, des guirlandes, des tambours, des bandelettes; et derrière le char venaient les auteurs, les poètes, les chanteurs, les musiciens de tout genre, les danseurs, tous ceux qui, dans l'exercice de leur art, ont besoin de l'inspiration, dont le vin

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était considéré comme la source féconde. Quand la procession était finie, on commençait les représentations théâtrales et les combats littéraires en rhonneur de Bacchus, dont la fête avait toujours lieu en automne.

Ces fêtes ont eu d'ailleurs un caractère très différent, suivant les localités où elles ont été célébrées. En Grèce, elles paraissent avoir eu à l'origine une allure exclusivement champêtre. « Autrefois, dit Plutarque, on célébrait les fêtes de Bacchus avec des formes simples, qui n'excluaient pas la gaieté : on portait en tête une cruche pleine de vin et couronnée de pampres ; puis venait un bouc souienant un panier de ligues et enfin le phallus, symbole de la fertilité; mais aujourd'hui tout cela est tombé en désuétude et oublié. »

Un luxe effréné accompagna plus tard les fêtes de Bacchus, qui dans plusieurs villes et notamment à Alexandrie, se célébraient avec la plus grande magnificence. Athénée nous a laissé une curieuse description de la grande procession bachique qui eut lieu dans cette dernière ville, sous le règne de Ptolémée Philométor. « Le cortège de Bacchus, dit-il, était précédé de silènes, les uns couverts d'une robe pourpre foncé, les autres de robes pourpre clair. Ils étaient suivis de satyres portant des torches ornées de feuilles de lierre en or. Après eux s'avançaient des victoires ayant des ailes d'or. Elles portaient des foyers à brûler des parfums, hauts de six coudées, ornés de branches de lierre en or. Ces victoires avaient des tuniques dont le tissu représentait diverses figures d'animaux et elles étaient ornées de la plus riche parure en or.

« A leur suite venait un autel double, de six coudées, garni d'un feuillage de lierre en or, et autour duquel courait une guirlande de pampre d'or, attachée avec des bandelettes d'une big;irrure blanche. Derrière "étaient cent vingt enfants, couverts de tunique de pourpre, portant de l'encens, de la myrrhe et du safran dans des bassins d'or. Après eux s'avançaient quarante satyres ceints de couronnes de lierre en or. Ils avaient à la main une autre couronne également en or. Leurs corps étaient peints en pourpre, en vermillon, et en diverses autres couleurs : deux silènes en chlamydes de couleur pourpre, avec des souliers blancs. L'un d'eux avait un chaperon et un petit caducée d'or, l'autre tenait une trompette. Entre eux deux marchait un homme haut de quatre coudées, en habit d'acteur tragique et avec un masque, portant une corne d'abondance toute d'or.

CI Derrière lui venait une femme de très-belle taille, parée riche-

ment en or et en argent : d'une main elle tenait une couronne de persxa, de l'autre une palme. Après elle, s'avançaient les quatre saisons, bien parées, portant chacune les fruits qui leur sont propres : à leur suite, on portait un autel en or. Alors passèrent d'autres satyres couronnés de lierre d'or et vêtus de pourpre. Ils portaient un vase d'or à verser le vin. Le poëte Philiscus, prêtre de Bacchus, et tous les gens attachés par leur profession au culte de ce dieu, les suivaient. On portait après eux des trépieds analogues à celui de Delphes, prix destinés aux athlètes. Celui qui était destiné aux adolescents avait neuf coudées de haut, et celui qu'on destinait aux hommes faits en avait douze.

(1 Ensuite passa un char à quatre roues, traîné par cent quatre-vingts hommes ; il portait une statue de Bacchus, faisant une libation avec une tasse d'or. Ce Bacchus avait une tunique traînante, et, par-dessus, une robe d'un tissu transparent, et un autre vêtement de pourpre broché en or.

« Sur ce char, et devant Bacchus, étaient un cratère de Laconie, un trépied et des tasses en or. On avait formé autour du dieu un berceau avec des pampres, du lierre et autres verdures, d'où pendaient des couronnes, des guirlandes, des thyrses, des tambours, des bandelettes, des masques tragiques, comiques et satyriques. Sur ce char étaient aussi les prêtres, les prêtresses, et les femmes portant les vans. On vit passer ensuite des Macédoniennes, dites nimalones, bassares et lydiennes, ayant les cheveux épars, et couronnées les unes avec des serpents, les autres avec de l'if, de la vigne et du lierre. Celles-ci avaient des poignards à la main, celles-là des serpents.

« Après elles s'avançait un autre char à quatre roues, large de huit coudées, traîné par soixante hommes et portant assise la figure de Nysa, revêtue d'une tunique jaune brochée en or et d'un surtout de Laconie. Cette figure se levait artificiellement sans que personne y touchât : elle versait alors du lait d'une coupe et se rasseyait. Elle tenait de la main gauche un thyrse, autour duquel on avait roulé des bandelettes. Sa tête était couronnée de lierre et de raisins en or, enrichis de pierreries. Un feuillage l'ombrageait aussi. Aux quatre coins du char, on avait placé des torches d'or.

<i Ensuite venait un autre char long de vingt coudées et traîné par trois cents hommes. On y avait construit un pressoir plein de raisins. Soixante satyres foulaient, chantant au son de la llûte la chanson du pressoir. Silène y présidait et le vin doux coulait tout le long du chemin.

(c Ce char était suivi d'un autre, traîné par soixante hommes etpor-

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tant une outre faite de peaux de léopards cousues ensemble. Il était accompagné de cent vingt satyres et silènes, tous couronnés et tenant en main des vases et des coupes d'or; à côté on voyait un immense cratère d'argent, orné d'animaux sculptés en relief et entouré d'un cordon d'or enrichi de pierreries. Puis venaient dix grandes bassines et seize cratères en argent, une grande table d'argent de douze coudées et trente autres de six coudées, quatre trépieds, dont un en argent massif, et les autres enrichis de pierreries, vingt-six urnes, seize amp'.iores semblables à celles des Panathénées et cent soixante vases à rafraîchir le vin. Toute cette vaisselle était en argent, celle d'or venait ensuite : d'abord quatre cratères avec de belles figures en relief, de grands trépieds et un buffet enrichi de pierreries, des calices, des urnes et un autel.

« Seize cents enfants marchaient à la suite ; ils étaient vêtus de tuniques blanches et couronnés de lierre ou de pin. Ils portaient des coupes d'or et d'argent : les vins avaient été préparés de manière que ceux qui étaient présents dans le stade pussent en goûter la douceur. Ensuite venait un char contenant le lit de Sémélé, suivi d'un autre char, figurant une grotte profonde couverte de lierre et entourée de nymphes couronnées d'or. Deux sources en jaillissaient, l'une de lait, l'autre de vin, et il en sortait par en haut des pigeons, des ramiers, des tourterelles, ayant des rubans attachés à leurs pattes, de manière qu'en tachant de s'envoler, elles pussent être prises par les spectateurs.

<( On vit ensuite figurer tout l'appareil de Bacchus à son retour des Indes. Le dieu, assis sur un éléphant, était vêtu d'une robe de pourpre, couronné de lierre et tenait en main un tliyrse en or. Devant lui et sur le col de l'éléphant était un petit satxre couronné de branches de pin. Cinq cents jeunes filles vêtues de tuniques de pourpre et la tête couronnée de pins marchaient à sa suite et étaient elles-mêmes suivies de cent vingt satyres armés de toutes pièces, les uns en argent, les autres en bronze. Cinq bandes d'ânes montés par des silènes et des satyres couronnés étaient suivis de vingt-quatre chars attelés d'éléphants; il y avait ensuite soixante chars attelés de deux boucs, huit attelages de deux autruches, sept de cerfs, et tous ces chars étaient montés par des enfants portant un thyrse et couverts d'habits de drap d'or.

« Les chars attelés de chameaux qui vinrent ensuite marchaient trois de file et étaient suivis de chariots attelés de mulets et portant

les tentes des nations étrangère?. Des femmes indiennes, mises comme des captives, les accompagnaient et étaient suivies d'Éthiopiens portant les présents, six cents dents d'éléphant, deux mille troncs debènc, et soixante cratères d'or et d'argent. Puis deux chasseurs, portant des lances d'or, ouvraient une marche de deux mille quatre cents chiens de l'Inde ou de l'Hyrcanie, conduits par cent cinquante hommes portant des arbres auxquels pendaient toutes sortes de bêtes sauvages et

Fig. 594, — Pan. (D'après une statut du Louvre.)

d'oiseaux : on vit porter dans des cages des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et nombre d'autres oiseaux d'Ethiopie.

(; Les troupeaux d'animaux venaient après : on y voyait entre autres cent trente moutons d'Ethiopie, trois cents d'Arabie, vingt-six bœufs blancs des Indes, huit d'Ethiopie, un grand ours blanc, quatorze léopards, sei '.e panthères, quatre lynx, trois oursons, une girafe, un rhinocéros d'Ethiopie.

« Enfin, sur un char à quatre roues, venait Bacchus, représenté ua moment où il se sauva à l'autel de Rhéa, lorsqu'il était poursuivi par Junon. Priape était à ses côtés. Ce char était suivi de femmes richevt. 71

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ment vêtues et magnifiquement parées : elles personnifiaient les villes grecques des côtes d'Asie et portaient toutes des couronnes d'or. »

Pan, très-ancienne divinité pélasgique spéciale à l'Arcadie, est le gardien des troupeaux qu'il a pour mission de multiplier. Dieu des bois et des pâturages, il est venu au monde avec des cornes et des jambes de bouc, ce qui fait souvent naître une confusion avec les satyres qui portent les mêmes attributs. Nous avons au musée du Louvre une statue de Pan, très remarquable par le caractère d'animalité fortement prononce dans des traits qui sont pourtant .liumains. 11 y a dans cette

Fig. 59.J. — Le pasteur Aristéc-

création fantastique, nioiiié homme moitié chèvre, une telle harmonie, qu'on a l'idée d'un type mixte, bien plutôt que d'un monstre (fig. 59/j).

Les miages primitives de Pan étaient pourvues d'un symbole dont la crudité significative n'avait alors rien de licencieux. Son culte, qui depuis s'est effacé devant celui des grandes divinités de l'Olympe, était extrêmement ancien en Arcadie et très-certainement antérieur à toute civilisation. « Quand l'éducation des bestiaux ne prospérait pas, dit Creuzer, les pasteurs arcadiens chargeaient de coups les idoles de leur dieu Pan, coutume qui atteste leur profonde barbarie en fait de religion. »

Comme symbole de l'obscurité. Pan cause aux hommes les terreurs pam'çwes, c'est-à-dire non motivées. A la bataille de Mrathon, il

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inspira aux Perses une de ces peurs subites; ce qui contribua beaucoup à assurer la victoire aux Grecs. C'est en raison de ce secours que les Athéniens lui consacrèrent une grotte dans l'Acropole.

Pan a été considéré par quelques philosophes comme un symbole du dieu universel qui régit tout dans la nature. La llùte aux sept tuyaux, qui est son attribut, représente suivant eux les sept notes de l'harmonie universelle, et la fusion des formes humaines répond au caractère multiple de la vie dans l'univers.

Sous le règne de Tibère, un navire étant en rade, on entendit une voix qui criait : « Le grand dieu Pan est mort! » Il est certain que son culte, qui était un des plus anciens de la Grèce, est un des premiers qui se soit elfacé devant l'influence naissante du christianisme.

Le pasteur Aristée, fils d'Apollon et de la nymphe Cyrène, est aussi un grand éducateur de troupeaux, dont le culte était assez répandu dans les colonies t^recques de la Cyrénaïque. Suivant les poètes, Aristée était surtout un éleveur d'abeilles, mais, dans les monuments de l'art, il apparaît toujours comme berger, et son attribut spécial est la brebis qu'il porte sur ses épaules (fig. 595). Les artistes chrétiens ont adopté ce type, qui est devenu le bon pasteur; et la représentation du berger Aristée devient pour eux une personnification de Jésus-Christ.

Divinités des eaux. — Neptune (Poséidon), frère de Jupiter, est un dieu des populations primitives de la Grèce, et la divinité nationale des Ioniens. Il a reçu en partage la mer, et pour les liabitants des côtes il est le grand dieu qu'on invoque avant tous les autres. Il inspirait une terreur profonde, parce qu'on lui attribuait les commotions du sol, et quand il survenait un tremblement de terre, on cherchait à apaiser le courroux du dieu : un coup de son trident suffisait pour agiter toute la terre et la faire s'entr'ouvrir. Le trident, qui n'était dans l'origine qu'un engin destiné à la pêche du thon, est devenu l'attribut ordinaire de Neptune (fig. 59G et 597).

Ce dieu, dont les représentations ne sont pas Irès-communes, n'a pas dans l'art de type bien particulier, et son visage ne se distingue de celui de Jupiter que par une expression moins calme, des cheveux plus en désordre, et un caractère plus sauvage en rapport avec la violence de la mer. Le cheval, qui depuis des temps immémoriaux se trouvait uni aux sources par un rapport symbolique difficile à expliquer, est l'animal consacré à Neptune, qui passe même pour l'avoir créé.

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C'est pour cette raison qu'il figure sur quelques monnaies au revers de la tête du dieu (fig. 598 et 599). 11 sert habituellement de monture à Amphitrite, l'épouse de Neptune.

Amphitrite est la ûUe de Nérée, antique divinité marine qui personnifie plus spécialement la mer Egée. De son union avec Neptune sont nés les Tritons et les Tritonides, êtres mixtes qui participent de l'homme et du poisson et glissent sur les eaux à l'aide de leur queue fourchue. Ces monstres aux formes fantastiques sont souvent repré-

Fig. 596. — Neptune.

(D'après un bas-relief antique.)

Fig. 397. — Neptune.

(D'après une statuette antique.)

sentes soufflant dans des conques marines. Les chevaux des tritons sont bleus et armés de serres d'écrevisses.

C'est dans les profondeurs de la mer que Neptune a sa résidence habituelle ; là, il tient sous le joug ses coursiers impétueux. Veut-il quitter son humide séjour, « alors, dit Homère, se couvrant de son armure d'or, il prend un fouet industrieusement formé et, montant sur son char, il rase la plaine liquide. Les monstres sortis du fond des abîmes, sautent autom- de lui et reconnaissent leur roi. »

Protée est le berger des troupeaux de Neptune, qui consistent en phoques et autres bêtes marines. Personnification du mouvement incessant des flots et de la couleur changeante des poissons, il est sur-

LE CULTE KN GRÈCE

tout fameux par ses nombreuses et rapides transformations. I! sait l'avenir, mais il ne le divulgue pas volontiers; il faut l'y forcer.

Le culte de Neptune était répandu dans toutes les villes maritimes de l'antiquité, notamment à Corintho, où il y avait en son honneur des jeux célèbres.

Les navigateurs et les commerçants invoquaient Neptune non-seulement pour leur donner une bonne traversée, mais encore pour favoriser leur trafic. C'est ce que nous voyons dans un hymne orphique : (c Ecoute-moi, Neptune à la chevelure mouillée par les ondes salées de la mer, Neptune traîné par de rapides coursiers et tenant dans la main ton trident acéré, toi qui habites toujours les immenses profondeurs de la mer, roi des ondes, toi qui presses la terre de tes eaux tumul-

Fig. 598. — Neptune.

Kig. 599. — Amphitrilc.

tueuses, toi qui lances au loin l'écume et qui conduis à travers les flots ton rapide quadrige; dieu azuré, à qui le sort assura l'empire des mers, toi qui aimes le troupeau armé d'écaillés et les eaux salées de l'Océan, arrête-toi sur les bords de la terre, donne un bon souffle aux navires et ajoutes-y pour nous la paix, le salut et les dons dorés des richesses.')

Dans la mythologie primitive, la terre est une vaste plaine ondulée, qui présente la forme d'un disque et qu'entoure de toutes parts le fleuve Océan, éooux de la titanide Téthys, qui personnifie les profondeurs de la mer. Le fleuve Océan, qui n'a ni source ni embouchure, forme un orbe immense qui s'alimente lui-même et donne naissance à toutes les mers, à tous les fleuves et à toutes les rivières. Il a trois mille fils, qui sont les fleuves et autant de filles, qui sont les nymphes océanides. Dans l'art il ne diffère pas des autres fleuves, et apparaît sous la forme d'un vieillard à la chevelure humide, qui s'appuie sur son urne. On voit quelquefois des dauphins dans sa barbe.

Téthys, qu'il ne faut pas confondre avec la Thétis qui fut mère

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d'Achille, est une très-anliquc divinité qui, de même que son époux, a été un peu délaissée durant la période historique de la Grèce. Aussi, on ne sait rien de bien particulier sur le culte qui leur a été rendu.

Fig. 600. — Nymphée à'Albano.

Les fleuves, nés d'Océan et de Téthys, ont généralement la forme de vieillards barbus et couronnés de roseaux. La rame qu'ils tiennent à la main ou qui est placée près d'eux, indique qu'ils sont navigables, et ils sont en outre caractérisés par un emblème particulier, comme le sphinx ou le crocodile pour le Nil, la louve pour le Tibre, etc.

En Grèce, les sources d'eau vive avaient un caractère sacré. Les

LE CULTE EX GRÈCE. 567

anciens avaient pour elles une sorte de vénération religieuse, et considéraient le moindre filet d'eau comme le sanctuaire d'une divinité. Les nymphes en étaient la personnification, et leur vie se manifestait dans la nature par le murmure des ruisseaux et le mouvement perpétuel de leurs eaux. Aussi le culte des nymphes remonte à la plus haute antiquité et on les honorait par de fréquentes ablutions : c'est peut-être là qu'il faut chercher l'origine de l'importance énorme qu'ont eue les bains dans la société antique.

Chaque source était habitée par une nymphe, et la nymphèe, c'està-dire la grotte par où l'eau s'échappait, était un lieu vénéré que l'art avait pour mission d'embellir. On décorait les grottes d'où s'échappait un fdet d'eau et on les décorait habituellement de portiques et de statues. Cet usage se retrouve également dans l'Italie ancienne et particulièrement chez les peuples d'origine étrusque : la grotte de la nymphe Égérie est particulièrement célèbre dans l'histoire des origines de Rome. Lesnymphèes étaient très-fréquentées par les pèlerins et elles servaient également de rendez-vous de plaisir : on disposait à l'entour des bancs et des sièges de pierre pour ceux qui venaient y chercher la fraîcheur. Des colonnes, des niches sculptées, des bas-reliefs, des inscriptions pieuses ornaient presque toutes les sources.

Sur les bords du lac d'Albano, on trouve les restes d'une nymphte, sorte de constructions consacrées aux sources et généralement creusées dans le flanc d'inie montagne (lij. 600). La pièce principale était couverte d'une voûte en berceau et décorée de niche. Ces sortes de bâtiments étaient très fréquentés en été à cause de leur fraîcheur : sous l'empire ils devinrent surtout un lieu de rendez-vous pour les amoureux.

Les nymphes ont été dans l'antiquité l'objet d'un très grand nombre de représentations plastiques. Habituellement elles sont vêtues jusqu'à mi-corps et ont seulement le torse et les bras nus comme on le voit sur la figure 601.

Quelquefois pourtant elles sont entièrement nues, surtout lorsqu'on les employait pour la décoration des fontaines. Ainsi dans la figure 602 on voit trois nymphes se levant sur la pointe des pieds et soutenant avec leurs bras la vasque d'où s'élevait probablement un jet d'eau.

Toutes les nymphes n'avaient pas les mêmes emplois. Les d)yacles et les hamadryades sont la sève vivante et l'humidité des arbres dont elles partagent le destin. Les naïades, qui expriment plus particulièrement le murmure de l'eau, reviennent fréquemment dans les légendes, et leur rôle comme principe du mouvement des eaux est très bien rendu dans cette petite pièce de VAntlwloyie grecque, faite à propos de

l"invention des moulins à eau : « 0 vous qui fatiguez vosbrasà moudre le blé, ô femmes! reposez-vous maintenant : laissez les coqs vigilants chanter au lever de l'aurore et dormez à voire aise : ce que vous faisiez de vos mains laborieuses, les naïades le feront, Cérès le leur a ordonné. Déjà elles obéissent; elles s'élancent au bout d'une roue et font tourner un essieu ; l'essieu, par les rayons qui l'entourent, fait tourner avec violence la masse pesante des meules qu'il entraîne. Nous voilà donc revenus à la vie heureuse, paisible et facile de nos

Fig. 601. — Nymphe.

(D'après une statue du Louvre. }

Fig. 602. — Nymphes.

(D'après un groupe du Louvre.)

ancêtres : nous n'avons plus à nous inquiéter de nos repas, nous allons jouir enfin sans peine des doux présents de Cérès. »

Les sources qui étaient réputées avoir des vertus médicinales étaient en Grèce l'objet d'une vénération toute spéciale, et les chapelles qu'on leur consacrait étaient toujours remplies d'ex-\oto et de petites images pieuses, que venaient y déposer ceux qui avaient été guéris ou qui espéraient l'être. La figure 003 nous montre une de ces chapelles: on y voit des figurines sur le sol et des petites peintures contre la muraille, où sont les masques dont la bouche sert de fontaine.

LesDanaïdes, personnifications des sources de l'Argolide, .sont

quelquefois représentées sur des vases trouvés dans les tombeaux, et Creuzer cherche à établir un rapport entre cette fable et l'initiation aux mystères. « L'urne brisée, dit-il, le vase fendu ou le crible, avec lequel

Fig. G03 . — Chapelle pour une source d'eau médicinale, (D'iiprès un vase peint.)

les Danaïdes s'efforcent en vain de puiser de l'eau, sont les emblèmes de la vie misérable que mènent les non initiés. Leur existence est sans

Fi^. 604. — Les Danaïdes.

(D'après un bas-relief antique.)

consolation, sans espoir et sans but. Même après la vie actuelle, ils demeurent dans la sphère de la matière. Cette idée, mise en rapport avec les moeurs grecques, donna naissance à l'image de ces femmes infortunées qui se consument dans un travail, dans des efforts sans fruit, qui s'obstinent à remplir des vases sans fond (fig. 604). Tout concourt à prouver que le mythe des Danaïdes enfermait sous son enve- IV. 7-2

INSTITUTIONS RELIGIEUSES

loppe symbolique le dogme de la foi antique des mystères. Les vases qu'elles portent sont nommis d'une manière signiûcative, des « hydries imparfaites » ou sans résultat, sans fin, du mot même qui exprime la fin où tetidenl les mystères, la peifection ou la consécration qu'ils donnent, rinitiation. Les Danaïdes elles-mêmes étaient appelées « les infirmes » ou celles qui chancellent, qui manquent de base. Enfin, nous savons par Pausanias que Poiygnote avait peint dans le Lesché de Delphes, parmi les supplices divers représentés dans son tableau de l'enfer, des femmes portant de l'eau dans des vases brisés et au-dessus desquels se lisait cette inscription : « Elles n'ont point été initiées aux mystères. »

Dieux du teu. — Héphaistos (Vulcain) est un dieu d'origine phénicienne : il était originairement associé à Astarté, comme on le voit sur une monnaie carthaginoise (fig. 605). Astarté a été plus tard ideniifiée avec Vénus, divinité qui, dans d'autres traditions, était considérée

Fig. 605. — Héphaistos { Vulcain ) uni à Astarté.

comme l'épouse de Mars. Il en est résulté une confusion d'où est sortie la fable de Mars et Vénus, surpris par Vulcain et enlacés dans ses filets. Chez les Grecs, Vulcain est le feu personnifié. S'il est petit et chétif à sa naissance, c'est que le feu commence par une étincelle. S'il est précipité du ciel sur la terre, c'est par allusion au tonnerre. Enfin il est boiteux et il a les jambes tortueuses, parce que la flamme ne présente jamais de lignes droites. Comme l'industrie est née de la découverte du feu, Vulrain est le dieu de l'industrie et présente sous ce rapport de grandes affinités avec Prométhée. Seulement Vulcain est plus spécialement le patron des forgerons etdes ouvriers qui travaillent les métaux, tandis que Prométhée est invoqué de préférence par les potiers et par ceux qui travaillent l'argile. Le marteau a été de tout temps l'attribut de Vulcain.

La poésie présente Vulcain comme un artisan iiabile et ingénieux, mais aussi comme un être monstrueux, d'une coiformation vicieuse, et d'un aspect burlesque. « La plastique, dit OttfrieJ MuUer, semble l'avoir représenté dans les premiers temps de l'art sous la fo: me d'un nain; obéissant ainsi au penchant fortement enraciné dans le cœur humain qui le porte à concevoir précisément la force primordiale à l'état rudimentaire. Lorsque l'art fut perfectionné, il se contenta de

Fig. 60(3, — Uéphaistos ou Vulcain imberbe. (D'après un b:i5-relief du putéal du Capitole.)

Fig. 607. — Héphaistos, ou Vulcain (en costume de forgeron).

représenter Vulcain sous la figure d"un homme vigoureux et laborieux, qui, comme d'autres dieux, fut figuré le plus souvent sous les traits dun jeune homme, dans les premiers temps de l'art, et plus tard, ordinairement comme un homme bai-bu et dans toute la force de l'âge. »

Le bas-relief sculpté sur le putéal du Capi'tole (fig. 606) montre Vulcain sous sa foi'me primitive et archaïaue. Le dieu est imberbe et entièrement nu : au lieu du bonnet traditionnel, il a les cheveux relevés derrière la tête, sauf les deux tres.ses qui tombent. Une statuette en bronze du musée de Berlin (fig. 607) montre le dieu barbu, coiffé

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du bonnet conique et vêtu de l'exomis des artisans, qui laisse l'épaule et le bras droit à découvert. Il tient de la main droite un marteau et de la gauche des tenailles ; Tune des deux jambes est plus courte que lautre pour indiquer le dieu boiteux.

Une épigramme votive d'un forgeron à Vulcain nous a été conservée dans Y Anthologie grecque : « Retirez de la fournaise ce marteau, ces cisailles, cette pince que Polycrate dédie 5 Vulcain. C'est en frappant à coups redoublés avec son marteau sur l'enclume qu'il a trouvé pour ses enfants une fortune qui chassera loin d'euK la triste misère. »

Vesta (Hestia) est la personnification du foyer : dans chaque mai-

Fig. COS. — Heslia ou Vcsia.

son il y avait un autel oii on entretenait perpétuellement du feu en l'honneur de cette divinité.

« 11 ne faut voir dans Vesta, dit Ovide, rien autre chose que la flamme active et pure; et vous ne voyez aucun corps naître de la flamme. Elle est donc vierge à bon droit et aime à avoir des compagnes de sa virginité. Le toit recourbé du temple de Vesta ne recelait aucune image. Ni Vesta, ni le feu n'ont d'images. La terre se soutient par sa propre force; Vesta tire donc son nom de ce qu'elle se soutient par sa propre force, mais le foyer est ainsi appelé et des flammes et de ce quïl échauffe et fomente toutes choses. Il était autrefois dans les premières pièces de l'appartement : c'est de là aussi, je crois, que l'on a dit un vestibule, et que dans les prières, nous disons encore à Vesta :

Toi qui occupes les premiers lieux. C'était la coutume autrefois de s'asseoir sur de longs bancs, devant le foyer, et de croire cjue les dieux assistaient au festin. »

Les statues de cette divinité sont en effet de la plus extrême rareté, et il est quelquefois difficile de savoir si elles représentent une vestale ou la déesse elle-même. Sur l'autel triangulaire du Louvre, Vesta est représentée sous la ûgure d'une matrone recouverte d'un long voile et tenant en main un sceptre. Vesta, divinité vierge, qui ne consentit jamais à prendre d'époux dans l'Olympe, était profondément respectée des autres dieux. Une fois pourtant, le jovial Priape l'ayant vue profondément endormie voulut s'approcher d'elle pour l'embrasser, mais l'âne de Silène, qui se trouvait là, se mit à braire d'une telle force que Vesta et tout l'Olympe furent aussitôt réveillés. C'est en souvenir de ce service que l'àne a été consacré à Vesta.

La figure 608, d'après un bas-relief de style archaïque, représente Hestia, ou Vesta, coiffée de la siéphanée, vêtue de la tunique longue et du péplum, retombant l'un et l'autre en plis nombreux sur la poitrine, et portant le sceptre dans la main gauche.

L'hymne homérique à Vénus décrit ainsi les fonctions de Vesta : « Les travaux de Vénus ne sont point agréables à Vesta, vierge vénérable, la première enfantée par le rusé Saturne, et la dernière selon les volontés du puissant Jupiter. Apollon et Mercure désiraient épouser cette auguste déesse, mais elle ne voulut pas y consentir; elle s'y refusa constamment et, touchant la tête du puissant dieu de Tégide, cette déesse fit le grand serment qu'elle a toujours tenu de rester vierge dans tous les temps. Au lieu de l'hyménée, son père la gratifia d'une belle prérogative; au foyer de la maison, elle reçoit toutes les prémices des offrandes, elle est honorée dans tous les temples des dieux; elle est pour les mortels la plus auguste des déesses. »

Comme personnification du foyer, le culte de Vesta se rattache directement à celui de la famille et des a'ieux, mais en Grèce ce culte a toujours conservé un caractère essentiellement privé, et n'a pas été identifié comme à Rome avec celui de la cité. Aussi on ne trouve dans aucune cité grecque rien qui soit analogue au collège des vestales romaines.

Les dieux des enfeus. — Chaque homme a, suivant la croyance des anciens, une destinée inévitable, celle que lui ont filée les Parques ou Moires. Le pouvoir de ces divinités n'a jamais été bien nette-

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ment défini, mais elles semblent agir en dehors des dieux deTOlympe qui ne peuvent empêcher leurs arrêts irrévocables. Elles sont au nombre de trois qui ont chacune un rôle particulier dans la vie humaine. Lachésis préside à la naissance, Clolho file la destinée pendant la vie, etAtropos coupe le fil, quand le terme de la vie est passé. Toutefois ce mode de figuration, bien que généralement admis, n'appiraît pas sur les monuments de l'antiquité, où le compas et le cadran solaire sont leurs attiibuts habituels. Les poêles les font figurer à côté de Pluton,

Fig. 609. —Pluton (Hadès.)

ce qui les classe parmi les divinités infernales. Ces divinités élaient très redoutées, mais elles ne semblent pas avoir été l'objet d'un culte bien déterminé, sans doutî à cause du caractère inexorable quon leur prêtait.

Pluton (Hadèsj, le frère de Jupiter, qui a reçu les enfers en partage et règne sur les ombres, est caractérisé par le boisseau qu'il porte sur la tête. Ce dieu a été identifié avec, Sérapis et on le désigne quelquefois sous le nom de Jupiter infernal. Dans les monuments qui le représentent, on voit quelquefois à ses côtés Cerbère, le chien à trois tètes qui est préposé à la garde des enfers (fig. G09).

LK CULTE EN' GRÈCE

Divinité mvstéricuse et redoutable, Pluton était honoré d'un culte particulier. Las Grecs l'invoquaient en frappant la terre avec leurs mains et en lui immolant la nuit des brebis noires entre les cornes desquelles on faisait brûler de l'encens et auxquelles on devait avoir soin de tourner la tête vers la terre. Les cuisses de l'animal étaient spécialement consacrées au dieu des enfers. Des bois étaient consacrés à Pluton dans plusieurs lieux de la Grèce et ce dieu avait à Elis un

Fig. cil.

Les cabires de Sainolhr.ice.

Fig. 612.

temple qui ne s'ouvrait que trois fois par an. Le narcisse, le cyprès et le buis lui étaient consacrés.

Proserpinc, que les Grecs nomment Cora quand ils la considèrent connue divinité agricole et fdle de Gérés, et qu'ils désignent sous le nom de Purséphone dans son rôle de divinité infernale, est l'épouse de Pluton et la reine des ombres. Dans les funérailles, on lui offrait une boucle de cheveux du mort; les fêtes de cette déesse avaient un caractère mystérieux. On lui sacrifiait des génisses stériles ; la chauve-souris, la grenade et le narcisse lui étaient consacrés.

Un hermès à trois faces, consacré aux trois Cabires ou grands dieux do Samotbrace, représente le premier sous les traits dePluion (fig. 612), le deuxième sous les traits de Proserpine (fig. 611), et le troisième

INSTITUTIONS RtlLIGIEUSES.

SOUS les traits de Mercure (fig. 610). De petites figurines représentant Apollon, Vénus et l'Amour, décorent la b ise du piédestal sous ses trois faces. Ce monument énigmatique a donné lieu à bien des commentaires, mais il semble se rapporter an culte des dieux infernaux, Mercure étant le conducteur des ombres dans le ténébreux royaume qui leur sert de séjour.

Le départ des ombres et leur arrivée aux enfers figure sur quelques monuments. Quelquefois c'est Mercure qui amène une ombre devant le trône où siègent Plulon et Proserpine. Plus souvent, les âmes prennent la forme de petits enfants ailés, montés sur des Centaures qui

Fig. 013. — Les Centaures conducteurs des âmes.

cherchent par leur musique à distraire le voyageur des ennuis de la route (fig. G13) Souvent aussi ce sont des dauphins qui se chargent de conduire les âmes dans les îles di-s bienheureux. Toutes ces représentations, qui décorent de nombreux sarcophages, ont un caractère riant et aimable qui fait un singulier contraste avec les compositions terribles ou lugubres qu'on i encontre si souvent dans les monumenls funèbres du moyen âge.

Suivant la croyance des anciens, les enfers seiendaicnt dans une vaste contrée souterraine arrosée par deux grands fleuves, le Styx et l'Achéron, qui reçoivent comme afiluents le Cocyle et le Phlégéton. C'est par le Styx que les dieux prononçaient leurs plus redoutables serments. L'Achéron est le fleuve que traversent les ombres sur la barque du nocher Caron, qui les fait passer sur la rive infernale. Aus-

sitôt que l'Acliéron est franchi, on rencontre Cerbère, le chien à triple tête, qui empêche qu'on ne sorte quand on est une fois entré. A leur arrivée, les ombres sont conduites devant Pluton. Mais bien qu'il règne sur les ombres, Pluton n"a pas pour mission de juger les actions des hommes : ce rôle appartient à Minos, Éaque et Rhadamante. Chaque homme reçoit d'eux le sort qu'il a mérité pendant sa vie, maislanature des châtiments et des récompenses n'a jamais été l'objet d'une croyance bien uniforme, et les poètes décrivent, chacun à leur guise, le sort qui nous est réservé après la mort,

Hécate apparaît sous plusieurs aspects : comme divinité vengeresse, elle préside aux expiations, comme déesse de la magie, elle préside aux incantations, et c'est elle qui envoie sur la terre les monstres évoqués des enfers. Elle s'arrête dans les carrefours et près des tombeaux; c'est là qu'on l'invoque pour les enchantements. Quand elle sent l'odeur d'un crime, elle fait aboyer les chiens infernaux qui forment son cortège.

(( On offrait à cette déesse, dit Creuzer, des sacrifices expiatoires, espèces de lustrations domestiques opérées par la fumée, que l'on célébrait le 30 de chaque mois, et où des œufs et de jeunes chiens étaient les objets essentiels. Les restes de ces animaux et des autres ofirandes, joints à beaucoup de comestibles, devaient être exposés dans les carrefours et se nommaient le festin d'Hécate. Souvent les pauvres et les cyniques faisaient leur proie de ces débris avec une avidité qui était pour les anciens la marque de l'extrême indigence ou de la dernière bassesse. Le chien était l'animal consacré à Hécate. Des monuments montrent cette déesse avec un chien sur son sein, qu'elle semble caresser. On la représentait elle-même avec une tête de chien, et peutêtre était-ce là son ancienne forme mystique, celle sous laquelle elle était adorée dans les mystères de Samothrace, où l'on immolait des chiens en son honneur. Hécate avait aussi ses mystères, particulièremont à Égine, et dont on rapportait l'institution à Orphée. On voyait dans cotte île plusieurs statues de la déesse; une de la main de Myron, avec un seul visage, d'autres avec trois visages, attribuées au fameux Alcamène. »

Antérieures à Jupiter et aux dieux olympiens, qu'elles nomment des divinités de fraîche date, les Furies représentent, dans l'opinion publique, l'antique justice, la seule que connaissent les peuples primitifs, la loi du talion ; à tout crime il faut un châtiment. Quand un meurtre s'est accompli, et surtout quand un lils ou un parent a trempé I V. 73

678 INSTITUTIONS RELIGIEUSES

ses mains dans le sang de son père ou de ses proches, les Furies ne tardent pas à apparaître et font entendre leur chant funeste, entourent le criminel de leur ronde infernale et lui hurlent à l'oreille un hymne affreux dans lequel elles lui retracent son forfait. Nul mortel ne peut leur échapper : elles le poursuivent partout, comme le chasseur poursuit un gibier, et unissent toujours par l'atteindre. Ces inexorables déesses, qui ne connaissent pas le pardon, et que la prière ne peut toucher, sont reléguées au fond des ténèbres; elles ne quittent leur sombre demeure que quand l'odeur du sang versé et les imprécations de la victime les appellent sur la terre. Divinités malheureuses, elles ne s'asseyent jamais au banquet des immortels. Dans les enfers, elles ont pour mission de châtier les coupables et de leur ôter tout espoir de miséricorde.

Les Érinnyes, ou Furies, sont les imprécations personnifiées de ceux qui meurent assassinés. Bien qu'elles ne s'occupent jamais que des meurtriers, elles étaient universellement redoutées. Le nom d'Euménides (bienveillantes), qui leur est aussi donné, vient de la terreur qu'on éprouvait en prononçant leur véritable nom. Elles avaient un temple à Athènes, près de l'Aréopage.

Les héros. — Les anciens comprenaient sous le nom de Héros les personnages nés d'un dieu et d'une femme mortelle, comme Hercule, et ceux qui étaient nés, comme Achille, d'un mortel et d'une déesse. Les héros remplissent donc au point de vue religieux une place intermédiaire entre les hommes et la divinité. Ils étaient l'objet d'un culte qui participait à la fois de celui qu'on rendait aux aïeux dans la famille, et de celui qu'on rendait dans la cité aux grandes divinités, ou dieux de la nature.

Le culte rendu aux héros n'était pas hiérarchisé suivant le mérite ou le pouvoir qu'on leur attribuait, mais il était fort inégal, puisqu'il y a des héros dont le culte a été en quelque sorte localisé dans la cité dont ils étaient les protecteurs, et d'autres qui étaient honorés partout. La légende des héros, très variée quant aux détails, repose presque toujours sur l'extermination d'un monstre qui désolait leur pays, et quand plusieurs traditions se confondent sur un même personnage, comme cela est arrivé à Hercule, il prend naturellement une très-grande importance, à laquelle ne sauraient prétendre ceux dont les exploits ont conservé un caractère purement local.

Hercule est le type le plus complet du héros. Doué d'une force pro-

digieuse, et d'une bravoure à toute épreuve, 0 consacre sa vie entière au salut des hommes, dompte les monstres, combat les brif^ands, et se livre à de gigantesques travaux pour le bien de l'humanité : Il est le père de la race dorienne et le Péloponnèse est le lieu de ses premiers exploits. Toute la première partie de sa légende est d'un caractère purement hellénique et les traditions relatives à'son enfance ont toujours

Fig. 614. — Hercule étouffant les serpents.

été populaires dans toutes les parties du monde grec. L'histoire des deux serpents qu'il étouffe dans son berceau (fig. 6U) formait le fond des récits que les nourrices faisaient aux petits enfants et Hercule était le type que l'on proposait aux adolescents (jui fréquentaient les gymnases. La légende du lion de Nemée, celle de l'hydre de Lerne appartiennent également au Péloponnèse.

On trouve chez tous les peuples primitifs le souvenir d'un héros dompteur de monstres et redresseur de torts, mais la légende qui se forme sur sou compte prend un caractère différent selon la localité. Ainsi la tradition concernant ffercule et Omphale est d'origine asiatique.

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et n'a été ajoutée que postérieurement à celles quon racontait sur l'Hercule grec. Il en est de mêms pour l'histoiie d'Hercule et Antée, qui est une tradition libyenne, pour celle d'Hercule et Cacus qui est une tradition italienne, pour celle du triple Géryon et des colonnes d'Hercule qui paraissent avoir une origine pliénicienne. Toutes ces fables

Fig. 615. — Hercule enTant.

sont venues à des époques inconnues grossir le mythe primitif d'Hercule, qui a fini par se rattacher par un point quelconque à l'histoire héroïque de tous les peuples de l'antiquité.

La peau de lion, souvenir du lion de >Jémée,aété adoptée partout comme l'attribut ordinaire du héros (fig. 615 et 616), ainsi que la massue avec laquelle il combat ses ennemis. Toutefois, sur un assez grand nombre de vases grecs, le héros est représenté avec le casque de l'époque

archaïque, et ses armes ne diffèrent pa-; de celles que l'on portait à l'époque de la fabrication de vase.

L'histoire des douze travaux d'Hercule, et des travaux secondaires qui s'y rattachent, a été arrangiie par les mythologues d'une date [lostérieure, pour former un ensemble avec les traditions très-différentes qui se rattachent au héros. On a voulu également voir dans Hercule une divinité solaire, et le chiffre de douze appliqué à ses principaux travaux se rapporterait ainsi aux douze mois de Tannée.

Au point de vue de la chronologie mythologique, les héros peuvent se rattacher à trois périodes. Dans celle qui est antérieure à Hercule, Persée, le vainqueur de la Gorgone, peut être considéré comme le type le plus caractéristique. La légende qui le concerne est extrêmement barljare. Dans la fable des Argonautes on voit apparaître tous les héros

Fi-. 616.

Hercule coiffé do la

peau de lion.

Fig. 617

Les Dioscures.

de la seconde série, parmi lesquels est Hercule. Les plus importants sont Jason, chef de l'expédition, Méléagre, le vainqueur du sanglier de Calydon, Thésée, roi d'Athènes, dont les aventures semblent calquées sur celles d'Hercule, Castor et Pollux, ou les Dioscures, caractérisés par l'étoile qu'ils ont toujours sur la tète (flg. 617-618), etc. Enfin la troisième série comprend les héros qui prirent part à la guerre de Troie, et qui sont prescpie tous honorés comme fondateurs de cités.

A l'exception d'Hercule, qui a été absolument divinisé et des Dioscures, qui ont dans la mythologie un caractère à part, les héros n'ont eu en général qu'un culte purement local, et les honneurs qu'on leur rendait paraissent avoir été surtout des honneurs funèbres. On ne leur sacrifiait pas sur l'autel des grandes divinités, mais sur des tertres, et leurs principaux sanctuaires étaient des chapelles élevées dans les bois sacrés.

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Les dieux domestiques. — Outre ics dieux auxquels on rendait un culte public, il y avait une foule de petites divinités, qui prenaient

Fig. GI9. — Femme assise auprès d'un Hermès. (Terre cuite de Tanagra.)

dans la maison un rôle assez analogue à celui de nos saints. Ces idoles

Fig, 620. — Eufant près d'uQ Hermès.

(Terre cuite do Tanagra.)

prenaient souvent la forme d'un Hermès : la figure 019, d'après une terre cuite de Tanagra, montre une femme assise à côté d'un- de ces

Hermès et sur la figure 620, qui est aussi une terre cuite, on voit également un petit hernies à côté d'un jeune garçon.

Ces Hermès représentent soit une des grandes divinités, soit une petite divinité locale, pour laquelle une famille avait une dévotion particulière et qu'elle honorait comme sa protectrice. Souvent aussi ces représentations peuvent se rapporter au culte des aïeux qui était très répandu en Grèce et dans toute l'antiquité. Le culte qu'on avait pour ces images différait de celui que les catholiques rendent aux saints, en ce qu'il ne s'adressait pas à des reliques. Les pratiques se rattachant à ce culte avaient d'ailleurs un caractère absolument intime, et comme il n'y avait aucune église chargée de régler les cérémonies relatives aux pénates ou aux dieux protecteurs de la famille, elles ne pouvaient se déterminer que par traditions et devaient être extrêmement variables.

La heligion des Romains. — Les dieux du ciel.

Les biedx de la terre. — Les dieux de l'eau. — Les dieux du fed.

Les lares. — Les dieux de la mort. — Les génies et les vertus.

Les dieux gaulois.

La religion des Romains. — L'absence presque complète de traditions mythologiques est un des caractères les plus frappants de la religion des Romains. Les poètes latins ont admirablement raconté les aventures des dieux d'après les fables grecques, mais les légendes qui donnent tant de charmes àleursrécitssont pour la plupart étrangères au sol même de l'Italie. Cette pénurie, si remarquable quand on la compare à la richesse des fables grecques, peut s'expliquer par la différence géographique des deux pays. La Grèce, avec les découpures profondes de ses côtes et les îles dont sont hérissées les mers qui la baigne, était sans cesse en contact avec des marins apportant en maints endroits divers les traditions locales qu'ils avaient puisées dans leurs voyages, et que le génie grec transformait ensuite. L'Italie au contraire, et surtout l'Italie centrale , le Latium et l'Étrurie, où s'est développé la

584 INSTITUTIONS RELIGIEUSES

religion romaine, était par sa nature continentale beaucoup moins exposée au choc et à !a transmission des idées. Les esprits y étaient plus sérieux, plus lents adonner un coips aux rêves de l'imagination, et plus porté aux choses pratiques. Quittant rarement leur pays, et voyant plus rarement encore des étrangers venir chez eux, les aspirations religieuses se sont concentrées vers certaines observances surpeslitieuses, par lesquelles on croyait s'assurer la faveur des dieux, et l'accomplissement rigoureux des riies est devenu le fond même de la religion. Les conceptions épiques sont absentes et l'élément liturgique et sacerdotal absorbe entièrement le culte.

L'absence de mythologie chez les Romains a amené des différences notables entre les pratiques de leur culte et celles du culte grec. Les dieux grecs, dans les temps héroïques, sont continuellement mêlés aux hommes, ils partagent leurs passions et participent à leurs actes. Si dans la période historique ils ne se montrent plus, une foule de traditions respectées rappellent le temps oii ils fréquentaient la terre. Rien de pareil dans l'Italie centrale : l'âge d'or de Saturne et Janus est un récit bien vague, et les dieux qu'on honore ne se montrent point directement aux hommes ; ils se manifestent seulement par des signes, des tremblements de terre, des éclipses, des éclairs, des bruits mystérieux. La nature est pleine de dieux qui témoignent de leur puissance, mais qui ne se manifestent pas eux-mêmes. La superstition romaine interprète tous les phénomènes, et le sacerdoce possède seul la science de conjurer les mauvaises influences, de lire l'avenir dans le vol des oiseaux et les entrailles des victimes ; il a la mission spéciale de veiller au salut et à la grandeur de l'État, et son influence liturgique s'étend jusqu'aux secrets les plus intimes du foyer.

Pas plus que les dietix, les héros romains ne ressemblent à ceux des Grecs. Leur existence terrestre est toute humaine, ils ne communiquent pas avec les dieux quand ils sont sur la terre. Numa reçoit des conseils de la nymphe Égérie, mais il ne la consulte qu'en secret, tandis que les dieux protecteurs des héros grecs interviennent partout dans leurs affaires, aussi bien dans leur maison qu'au milieu des combats. Les uns comme les autres sont fils de divinités, mais les héros latins ont rarement une postérité. Ronuilus est lils d'un dieu, mais il n'a pas d'enfants et c'est seulement après sa mort qu'il est assimilé lui-même à une divinité. L'apothéose apparaît ainsi dès l'origine : Romulus est enlevé au ciel et la même chose arrivera à César bien qu'il ait été assassiné.

En Grèce, où toutes les cités ont un dieu pour fondateur, chaque citoyen peut croire qu'il a un dieu pour ancêtre. A Rome la flatterie peut créer à un personnage illustre une généalogie divine, mais ce n'est qu'une formule littéraire sans aucun poids dans l'opinion publique. Tacite ne se gêne pas pour reléguer parmi les fables l'histoire, si souvent chantée, du Troyen Énée, ancêtre de Jules César.

Les dieiîx du ciel. — Parmi les dieux du ciel, comme parmi ceux de la terre, il faut distinguer ceux qui sont d'origine purement latine, comme Janus, ceux qui sont d'origine latine mais qui ont été hellénisés, comme les trois divinités du Capitule, Jupiter confondu avec Zeus, Junon confondue avec Héra, et Minerve confondue avec Aihènè; enfin ceux qui, comme Apollon, sont d'origine purement grecque, mais dont le culte a été de très-bonne heure importé en Italie.

Janus paraît avoir été à l'origine une divinité solaire. « Le dieu du soleil, dit Preller, dans les Dieux de rancienne Rome, est le portier du ciel et de la lumière céleste ; il en ouvre le matin la porte pour la fermer le soir. Si cette image simple et pratique a échappé aux Grecs, c'est uniquement parce que chez eux Océanos était le dieu primitif et qu'Hèlios sortait de son sein et s'y replongeait tour, à tour. Cependant les Grecs connaissaient, eux aussi, un seuil du ciel, oii lejour et la nuit se saluent au passage, et l'Écriture sainte parle du soleil comme d'un fiancé qui sort le matin, l'air brillant de joie, de la chambre nuptiale. — De là vient que plus tard, dès que le besoin d'une image plastique se fit sentir, Janus fut représenté avec deux tètes {Jar.us geminus, bifrons), conception toute naturelle à propos d'un dieu qui était le portier du lever comme du coucher. Aussi le plus ancien Ja.nus geminus de Rome, celui que Numa avait établi sur les limites du Forum, tournait une de ses têtes vers le levant, l'autre vers l'occident.

(1 Seulement il ne faudrait pas se figurer cette charge de portier céleste comme une besogne purement mécanique. La force dynamique et créatrice qu'a Janus comme dieu du soleil est un de ses traits les plus saillants. Ainsi tous les matins on l'invoquait sous le nom de Matutinus Pater; au commencement de chaque mois, le jour des calendes lui était consacré ; un mois tout entier était placé sous sa garde, c'était celui de ianv'ier, januarius , sans doute parce que ce mois, commençant de suite après les plus courtes journées, formait mieux que tout autre le commencement d'une année nouvelle. »

Le premier janvier était un jour de renouvellement et de bonheur, IV. . 7i

086 IxNSTlTUTIONS HEL1GIEUSES.

c'est du culte de Jaiuis que nous vient l'usage des souhaits de bonne année et des étrennes. Mais la grande solennité de ce jour, c'était l'entrée en charge des nouveaux magistrats, dont la fonction à Rome était généralement fixée à une année.

Toutes les portes étaient consacrées à Janus, mais il y avait en outre dans les rues les plus populeuses, dans les marchés, dans les carrefours, des portes qui étaient plus spécialement placées sous son invocation. On lui élevait aussi des petits temples qui étaient pourvus de quatre entrées. Ovide, faisant parler Janus dans ses Fasiés, dit : « Les portes de vos demeures offrent deux faces, l'une tournée en dehors, et lautre vers l'intérieur, et du vestibule sous lequel il est assis, le portier voit en même temps, et ceux qui entrent, et ceux qui sortent; de même, portier du palais des dieux, j'embrasse de mes regards les régions de l'Orient et celles de l'Occident, et c'est pour apercevoir d'un seul coup d'œil deux parties opposées, sans perdre de temps à tourner la tête, que je reçus une double figure ; ainsi, pour qu'elle veille avec plus de sûreté à la garde des carrefours, qui te coupent en trois voies, vous avez donné un triple visage à la triple Hécate. »

Le temple de Janus à Rome devait rester ouvert en temps de guerre, et il ne se fermait qu'en temps de paix. Pendant une période qui a duré prés de mille ans, il n'a été fermé que huit fois.

Jupiter, Junon et Minerve étaient désignés à Rome sous le nom des trois divinités du Capitole, où chacune d'elles avait en effet son temple. Le Jupiter des Romains provient de la confusion du dieu de la foudre Tinia avec le Zeus des Grecs. Jupiter capitolin portait sur ses genoux la couronne que les triomphateurs venaient y déposer.

Les Romains consacraient à Jupiter les dépouilles opimes, c'est-àdire celles qu'un général romain avait remportées sur le général ennemi, et le dieu prenait alors le nom de Jupiter FerUrien. Romulus bâtit un temple à Jupiter Férétrien, lorsqu'il eut tué lui-même Acron, roi des Cœniniens; ce temple fut agrandi par Ancus Martius et ensuite restauré sous Auguste.

Les monuments de l'art ne font pas de différence entre le Jupiter des Romains et le Zeus des Grecs, L'un comme l'autre ont pour attribut l'aigle, le sceptre et le foudre. Ce dernier attribut, bien qu'il ne soit pas représenté sur la peinture de Pompéi que reproduit la figure 621, avait une extrême importance et Jupiter prenait à cause de lui le titre de Jupiter tonnant. Auguste lui fit élcverun temple à Rome. Le tonnerre était tombé la nuit sur sa litière et un esclave avait été tué sans que

l'empereur en fût atteint. Ce fat en mémoire de cet événement qu'on bâtit au Capitoic un temple de Jupiter tonnant, dont il reste encore des vestiges et qui est fiEfuré sur plusieurs médailles.

Fig. G"21. — Jupiter. (D'après une peinture de Pompé).}

Le foudre que Jupiter tient en main est l'image de la puissance soudaine et irrésistible du dieu qui lance le tonnerre. Tous ceux qui ont tenté de lutter contre lui, hommes ou dieux, ont été foudroyés. « Souvent, dit Virgile dans les Géorgiques, s'amassent au ciel des torrents de pluie, et, dans leurs flancs obscurs, les nuages amoncelés

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recèlent d'affreuses tempêtes. Le ciel se fond en eau et, sous un déluge de pluie, entraîne les riantes récoltes et le fruit du travail des bœufs. Les fossés se remplissent, les fleuves s'enflent à grand bruit et, dans les détroits, la mer s'agite et bouillonne. Jupiter lui-même, au sein de la nuit des nuages, lance la foudre d'une main étincelante. La terre

Fig. 6-22. — JunoD.

s'en émeut et tremble jusqu'en ses fondements et l'effroi vient abattre les faibles cœurs des mortels. Le dieu, de ses traits enflammés, renverse l'Athos, leRliodope ou les monts Acrocérauniens ; les vents redoublent, la'pluie s'accroît et le bruit de l'ouragan fait retentir les bois et les rivages, r,

De même que pour les Grecs liera est l'épouse de Zeus, Junon est pour les Romains la femme de Jupiter et ses attributs dans l'art sont exactement les mêmes (fig. 622). Mais son rôle comme divinité du ciel.

est plus effacé à Rome qu'en Grùce et au contraire son rolc comme déesse protectrice du mariage est plus accentué.

Sous le nom de Lucine, Junon, dans la religion romaine, présidait aux naissances et veillait sur la première enfance. Junon était fort honorée à Rome comme déesse du mariage, et l'entrée de son temple était interdite aux femmes de mauvaise vie.

Fis- 623. Fig. 6-24.

Minerve. (D'après une statuette en bronze du musée de Turin.)

Le culte de Junon SospUa, ou de Luimviuin, appartenait aux religions primitives de l'Italie. Dans ce culte, la déesse, dont la légende se rattache à des traditions locales, portait une peau de chèvre, et était armée d'une lance et d'un bouclier. On nourrissait un serpent dans son temple (voir t. I, fig. 634 et 635.)

Minerve, divinité étrusque, identifiée avec l'Athènè des Grecs, garde dans ses attributs les mêmes caractères, mais son culte est plus spécialement affecté à des solennités pacifiques. Ses fêtes, les quinquatries.

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étaient très populaires dans les écoles. Pour les élèves elles signifiaient les vacances et pour les maîtres elles appelaient le payement de leurs honoraires que l'on désignait sous le nom de minerval. Toutes les corporations ouvrières fêtaient Minerve comme l'inventrice des aris et les femmes honoraient en elle la déesse des travaux domestiques. Malgré ces allures pacifiques, l'art a toujours conservé à Minerve le caractère guerrier qui avait primitivement été donné à la Pallas des Grecs.

La figure 623-62!i représente uhr statuette en bronze du musée

Fig. 625. — Minerve. (Orfèvrerie romaine du trésor de Hildesheim.j

de Turin. Elle porte en avant une main qui tenait probablement une Yictoire, emblème que l'on voit fréquemment attribué à cette divinité guerrière.

Dans les monuments de l'époque romaine, Minerve garde les mêmes attributs et la même tournure que dans les monuments grecs; nous la voyons sur une belle coupe en argent du trésor de Hildesheim (fig. 625). Nous appellerons l'attention sur un vase peint de l'époque archaïque, où la déesse, dont la tête est couronnée mais dépourvue de casque, est assise à côté de Jupiter, et occupe ainsi la place qui est ordinairement affectée à Junon (fig. 626).

Le culte d'Apollon s'est acclimaté en Italie avec les colonies grec-

ques, et ii a été introduit à llomc en nièrae temps que les livres sibyllins. La conséquence de l'accueil fait à ces livres fut la création d'une confrérie de prêtres chargés de les garder et d'appliquer leurs doctrines.

Diane est au contraire une ancienne divinité lunaire du Latium, qui du reste a été assimilée de très-bonne heure à l'Artémis des Grecs. L'art a maintenu pour Diane comme pour Apollon les attributs qu'avaient toujours eus en Grèce les divinités correspondantes. Mais Diane avait un caractère mystique beaucoup plus prononcé en Italie qu'en

Fig. 62G. — Jupiter et Minerve. (D'après une peinture de vase.)

Grèce, et de nombreuses chapelles s'élevaient en son honneur dans les campagnes (fig. 627.)

Mercure, le dieu du commerce, et Terme, le dieu des limites, sout deux divinités qui présentent de grandes allinités avec celles que les Grecs honoraient sous le nom d'Hermès. Mercure notamment a été complètement assimilé au messager céleste, quoique son rôle soit beaucoup plus borné chez les Romains que ne l'était celui d'ffermés chez les Grecs. De même qu'Hermès, Mercure était pourvu d'ailes aux talons, et comme lui aussi, il était de la part des maîtres d'école l'objet d'un culte spécial. Les images qu'on plaçait sur les routes dont il était le gardien étaient extrêmement multipliées, mais on ne voit pas que des temples célèbres lui aient été consacrés.

Les anciens habitants du Latium étaient tous laboureurs en même

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temps que guerriers, et ce double caractère, si frappant dans quelques personnages historiques, comme Cincinnalus, a trouvé son symbole religieux dans Mars, divinité purement italique, qui préside à la force virile nécessaire au rude travail des champs en même temps qu'à l'inspira-

Fig. 627. — Chapelle rustique consacrée à Diane. ( D'après une peinture de Pompéi.)

lion guerrière sur les champs de bataille. Assimilé à Ares, dieu qui chez les Grecs personnifie exclusivement la fureur du combat, Mars a reçu dans l'art les mêmes attributs (fig. 628, 629, 630), et de là vient qu'on a souvent négligé le double aspect sous lequel doit être envisagé le Mars des Romains. C'est à ce dieu que l'on doit les printemps sacrés, qui ont eu une si grande importance historique et

auxquels sa raltiche la fondation de Rome. (Vuir 1. 1, p. 556.) Le chêne

Fig 028. l'ig- 639.

Génies do la Guerre. (Sur un autel do Mars.)

et le fisuier, l'arbre des forêts et l'arbre des jardins étaient consacrés

Fis. 0:JO. — Autul de Mars.

à Mars, et parmi ses animaux symboliques on remarque le loup, le bœuf de labour et le clicval de bataille, dont les caractères divers indi-

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