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quent le pouvoir multiple du dieu. Mars est aussi le dieu des enlèvements qui est la forme primitive du mariage et de là vient que dans la fête célébrée le 1" mars en souvenir de l'enlèvement des Sabines, le nom de Junon est associé à celui du dieu de la guerre.
Quirinus est un Mars sabin, ancêtre du fondateur de Cures, comme
Fiff. 631. — Le trûne de Mars. (D'après une peinture de Pompéi.)
le Mars albin est le père des fondateurs de Rome. Quand les Sabins s'établirent sur le mont Quirinai, il y eut un Mars pour chacune des deux races, mais en assimilant plus tard Romulus avec Quirinus, la gloire du héros romain absorba l'ancienne divinité Sabine, et il n'y eut plus qu'un seul Mars, ayant pour fils Romulus.
Picus Martius, l'oiseau de Mars, est devenu dans la légende un roi belliqueux, dont Ovide a raconté la merveilleuse histoire.
Les dieux de l.\ terre. — Les arbres, les forêts, les montagnes, les pâturages, ont été de bonne heure placés sous la protection de divinités qui présidaient à la germination des plantes et à la nuiltiplication des troupeaux. Parmi ces antiques divinités, dont plusieurs semblent faire double emploi, il faut d'abord nommer Faunus, qui a été de bonne heure identifié avec le Pan des Grecs. Il préside à l'élevage des bestiaux qu'il préserve des attaques des loups, d'où lui vient son surnom de Lupcrcus.
Dans les monuments de l'art, presque toujours dus à des Grecs,
Faunus cesse d'être une personnalité et les faunes, identifiés avec les satyres, et les pans, sont enrôlés clans le brillant cortège de Bacchus.
Bona Dca, la Bonne Déesse, qui mytliologiquemcnt passait pour la fille de Faunus, était priniitiveuient une divinité pastorale. Mais à Rome le culte de cette déesse changea de caractère et devint extrêmement licencieux. Les femmes avaient seules droit d'assister au sacrifice expiatoire offert à la Bonne Déesse, et c'est pour y prendre part que Clodius se glissa la nuit dans la maison de César, .sous le costume d'une joueuse de harpe. Le culte de Paies, déesse des bergers, donnait lieu également à des fêtes joyeuses, qui se sont confondues sous l'empire avec celles de la Bonne Déesse.
Sylvain, le dieu des défricheurs et des hommes qui vivent dans la forêt, est une des plus anciennes divinités de l'Italie. Une particularité du culte des temps primitifs en Italie, c'est qu'on ne représentait pas les dieux par des images, mais seulement par des symboles et des attributs : de là la rareté des statues de Sylvain. Le culte de Sylvain, comme celui de toutes les divinités du même genre, présentait de grandes affinités avec celui de Faunus et ces deux divinités semblent souvent faire double emploi.
Vertumne et Pomonc sont des divinités champêtres, qui ont surtout pour mission de faire mûrir les fruits dans les jardins. Priape, dieu de l'Asie Mineure importé de bonne heure en Italie, remplissait un oflice analogue, et son caractère de dieu de la fécondité a fait de lui un des personnages favoris de la scène populaire.
Flore est aussi une ancienne divinité Sabine, et son culte était également répandu dans toute l'Italie centrale. Déesse des fleurs (voir t. III, fig. 711), dont l'éclosion a lieu au printemps, Flore a vu son culte se fondre peu à peu dans celui de Vénus, autre déesse italique, qui exerçait à l'origine des fonctions analogues, mais qui a été promp-' tement confondue avec l'Aphrodite des Grecs, dont elle a pris tous les attributs. Vénus alors prit comme Mars, auquel elle est souvent associée dans l'art, un double caractère. Comme déesse du printemps elle préside aux premières pousses de la végétation et comme déesse du charme et de l'attrait elle adoucit la rudesse des^mœurs primitives.
La colombe est l'oiseau consacré à Vénus, dont Cupidon est le fils, et qui a les Amours pour escorte. La figure^ 632, d'après une peinture de Pompéi, représente le trône de la déesse.
« C'est Vénus, dit Ovide, qui fournit le germe des plantes et des arbres, c'est elle qui a rassemblé dans les liens de la société, les pre-
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niiers hommes, esprits féroces et barbares, c'est elle qui apprit à chaque être à s'unir à une compagne. C'est à elle qu'on doit les nombreuses espèces d'oiseaux et la multiplication des troupeaux. Le bélier furieux lutte de la corne avec le bélier; mais il craint de blesser la brebis. Le taureau, dont les longs mugissements faisaient retentir les vallons et les bois, dépose sa férocité quand il aperçoit la génisse. La
Fig. 632. — Le trône de Vénus. (Peinture de Pompéi.)
même puissance entretient tout ce qui vit sous les vastes mers et peuple les eaux de poissons sans nombre. La première, Vénus dépouilla les hommes de leur aspect farouche. C'est d'elle que sont venus la parure et le soin de soi-même. »
Saturne, que l'on a assimilé au Cronos des Grecs, était pour les anciens Italiens une divinité purement chauipètre. On le considérait comme le dieu de l'agriculture quïl avait enseignée aux hommes. Toutes les inventions agronomiques, même le fumier, remontent à lui, et sa royauté légendaire était confondue avec l'âge d'or, symbole de l'innocence primitive et de la vie paisible des champs. Ops, la bonne mère, personnification de la terre, était généralement regardée comme son épouse et adorée comme telle à ses côtés. Sur la figure 633, on voit le globe du monde posé sur un tabouret aux pieds du trône de Saturne.
Cérès, divinité des moissons qui répond à la Déméter des Grecs, a été très anciennement honorée dans l'Italie méridionale et la Sicile, où l'élément grec formait une portion imporfante de la population. Les
prêtresses qui la servaient dans les temples étaient toujours prises dans les villes grecques, et les rites célébrés en son honneur n'ont rien de romain dans les allures. 11 n'y a donc rien de surprenant à ce que
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Fig. 633. — Trône de Satarne. ( D'après un bas-relief du Louvre.)
les attributs de Cérès soient aussi ceux de^Déméter, et on peut également appliquer l'un ou l'autre nom au.x monuments qui les représentent.
Bacchus et Proserpine, que les Romains désignent souvent sous le nom de Liber etLibcra, mais qui répondent au Dionysos et à la Perséphone des Grecs, sont des divinités tout à fait étrangères à l'Italie, mais dont le culte s'est développé assez prompteraent dans les contrées du midi, où les cultures de la vigne et du blé étaient extrêmement répandues. Pas plus que pour les autres divinités, les attributs donnés primitivement par les Grecs n'ont été changés, et tous les personnages
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qu'on appelle Bacchus pourraient avec tout autant de raison être appelés Dionysos (fig. 634). Le culte de Liber et Libéra était entièrement lié à celui de Cérès.
La mère des dieux, la Cybèle phrygienne, avait aussi une grande
Fig. C34. — Bacchus ou Dionysos. ( D'après une peinture de Pompéi.)
importance à Rome, où son culte n'a pourtant été introduit que pendant la seconde guerre punique.
« Au commencement du printemps, dit Hérodien, les Romains célèbrent en l'honneur de la mère des dieux une fête, dans laquelle on porte en cérémonie devant son image tout ce que l'empereur et les
particuliers ont de plus précieux pour la matière et pour la délicatesse de l'art. Alors on a une liberté entière de faire toutes les folies et toutes les extravagances qui viennent dans l'esprit. On se déguise chacun à sa fantaisie; il n'est dignité si considérable, personnajje si sérieux, dont on ne puisse prendre l'air et les habillements.... Je crois qu'il ne sera pas inutile de rapporter ici l'origine de cette fête et de rechercher dans l'histoire pourquoi les Romains honorent si particulièrement lanière des dieux. La statue de la déesse, si Ton veut croire ce que l'on en dit, vient du ciel : on n'en connaît point l'ouvrier et on est persuadé qu'aucun homme n'y a mis la main. On raconte qu'elle tomba en Phrygie, dans la ville de Pessinunte. Lorsque les Romains eurent jeté les fondements de cette grandeur à laquelle ils sont depuis
Fig. G35. — La vestale. Claudia traînant lu vaisseau de C)'fcèle.
parvenus, ils apprirent par un oracle que leur empire se soutiendrait, et irait toujours en augmentant, s'ils faisaient venir à Rome la déesse de Pessinunte. On députa aussitôt vers les Piirygiens; on lit valoir le degré d'alliance qui était entre eux et les Romains, qui, par Énée, tiraient d'eux leur origine, et l'on obtint sans peine ce qu'on demandait. On mit la déesse sur un vaisseau, qui, étant arrivé à l'embouchure du Tibre, fut arrêté soudain par une force invisible et insurmontable. Tous les efforts que l'on put faire et les secours qu'on employa pour le mettre en mouvement furent inutiles. On désespérait d'en venir à bout, lorsqu'une vestale, qu'on accusait d'avoir violé la virginité dont elle faisait profession, et qu'on allait condamner, demanda en grâce qu'on s'en rapportât au jugement de la mère des dieux. On le lui accorde; elle détache sa ceinture, la lie à la proue, et prie la déesse de permettre, pour confondre ses accusateurs, que le vaisseau se laissât tirer sans peine et suivît comme de lui-même, ce qui ne manqua pas
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d'arriver, au grand étonnement de tout le peuple, qui reconnut par ce prodige et la puissance de cette nouvelle divinité et l'iniiocence de lu vestale. » (fig. 635).
Les dieux de l"eau. — Les Romains ne sont devenus que très tard un peuple navigateur et les souvenirs de la mern'ont fourni aucune légende à leur mythologie, particulièrement stérile sur ce point. Neptune, le Poséidon des Grecs, avait un temple à Rome, et on faisait à Ostie des fêtes en son honneur. Mais ce dieu n"a jamais joui parmi les Romains d'une bien grande popularité, et toutes les fables qu'on rapporte sur lui sont originaires de la Grèce.
11 n'en était pas de même des sources dont on rapportait l'origine à Fontus, fils de Janus. La nymphe Égérie a une grande importance dans les traditions romaines, et le Tibre était souvent invoqué comme une puissante divinité. Mais les sources pas plus que les fleuves, malgré le culte qui leur était rendu, n'ont fourni à l'art aucun type spécial, et nous devons, pour ce qui les concerne, renvoyer à ce qui a été dit, a propos de ces divinités, dans le chapitre sur les dieux grecs.
Les dieux du feu. — L'élément du feu se rattache pour les Romains à deux divinités, Vulcain et Vesta. Vulcain, le même qu'Héphaistos chez les Grecs, représente la force physique du feu, force redoutable quand elle se traduit par les volcans ou les incendies, mais bienfaisante, lorsqu'on l'emploie pour l'industrie humaine. Toutefois, comm^' ce dieu personnifie l'incendie, ses temples étaient toujours placés en dehors des villes ; mais il n'a jamais été bien populaire parmi les Romains, qui faisaient peu de cas de l'industrie et n'avaient pas souvent occasion d'invoquer une divinité qui s'intéresse aux artisans beaucoup plus qu'aux hommes d'État ou aux guerriers.
Vesta représente également le feu, mais le feu sacré qui brûle sur le foyer. De même qu'en Grèce, Vesta est à Rome la déesse du foyer, en tant que centre et principe de la vie domestique, mais elle est en outre le centre de la vie politique et municipale. Dans la vieille Italie, la cité est une réunion de familles a\ant chacune ses Lares ou ses Pénates, et Vesta, la reine des Lares, devient par la nature même de ses fonctions la protectrice de la ville. De là vient que le culte de cette déesse a pris à Rome un caractère en quelque sorte national, et qu'il y a acquis une importance qu'il n'avait jamais eue en Grèce. Mais si la Vesta romaine est la grande déesse du foyer, dont le feu doit toujours
LES DIEUX Dt ROME.