IV. î
est victorieux, lie au voleur les mains derrière le dos, lattelle à son char à côté des bœufs et le fait marcher ainsi devant lui.
« Un Mysien vint après : il tenait un bouclier de chaque main. Quelquefois il s'en servait, comme pour se défendre à la fois contre deux ennemis, d'autres fois comme s'il n'y en avait qu'un seul : souvent il tournait rapidement sur lui-même et faisait le saut périlleux, sans lâcher ses boucliers. 11 finit par frapper à la manière des Perses, d'un
Fig. 50. — Danseur et danseuse.
bouclier sur l'autre, et par exécuter au son de cet instrument nouveau un pas charmant,
« Des .\rcadiens parurent ensuite sur la scène; ils étaient couverts d'armes brillantes et s'avancèrent en cadence, se tenant les uns les autres par la main, et la flûte exécutant une marche guerrière. Quelques-uns se détachaient de la bande, d'autres s'y joignaient, et ils finissaient tous par danser en rond, mais avec tant de rapidité et de justesse que le mouvement d'une roue n'est pas plus prompt ni plus égal.
M Enfin deux femmes parurent, vêtues des habits les plus élégants ; l'une dansa la pyrrhique, un bouclier à la main, l'autre la danse d'Ariane, agitant un voile; mais celle-ci avec tant de légèreté et de
LA MUSIQUE ET LA DANSE. 5t
^âcc qu'elle ravit tous les spectateurs et termina le ballet au bruit des applaudissements. Les Paphlagoaiens, étonnés d'un tel spectacle et surtout de la danse des femmes, demandèrent aux Grecs si leurs
Fig. 51. — Danseur et danseuse.
femmes combattaient aussi avec eux : « Oui, répondit-on de toutes « parts, et ce sont elles qui, en dansant et en combattant tour à tour, » ont chassé de la Grèce l'armée du grand roi. »
La mimique. — La danse comprenait la mimique, et les connaissances d'un danseur, si nous en croyons Lucien, devaient être assez étendues, « Le fond de toute la danse, dit cet écrivain, est l'histoire antique, dont le danseur doit se rappeler aisément les épisodes pour pouvoir les exprimer avec grâce. 11 faut donc qu'il connaisse parfaitement tout ce qui s'est passé depuis le chaos et la naissance du monde jusqu'à Cléopâtre, reine d'Egypte. » Cela était exact au temps de Lucien, car les danseurs étaient continuellement appelés à représenter, par la mimique, les scènes de l'histoire et surtout de la mythologie. C'est ce que nous allons voir dans le récit d'un ballet décrit par Apulée.
'I Le théâtre représentait une montagne en bois, à l'instar de cette montagne fameuse que le poète Homère a chantée sous le nom d'Ida. Klle était construite avec des proportions gigantesques, et couverte
d'arbres verts et de plantes vives jusqua son sommet. L'art du machiniste y avait fait couler une source, qui de ses flancs jaillissait en onde limpide. Quelques chèvres y broutaient une herbe tendre. On voyait Paris, le berger phrygien, avec son manteau étranger et flottant, à longs plis. Ce rôle était tenu par un jeune homme qui avait un costume magnifique, qui était coiffé d'une tiare en or, et qui faisait semblant de conduire le troupeau. Un instant après parut un bel enfant nu, à l'exception de l'épaule gauche, que couvrait une clilamydc d'adolescent. Ses cheveux blonds attiraient tous les regards, et d'entre leurs boucles on voyait sortir une paire de petites ailes parfaitement semblables Tune à l'autre. Son caducée et sa baguette achèvent de le faire reconnaître : c'est Mercure. 11 s'avance en dansant, et de la main droite, tenant une pomme d"or, il la remet à celui qui figure Paris. 11 lui explique par sa pantomime la mission que lui impose le maître des dieux; et après avoir exécuté les pas les plus charmants, il disparaît.
(1 Vient ensuite une jeune fille à l'air majestueux, chargée de représenter Junon. En effet, sa tête est ceinte d'un blanc diadème et elle porte un sceptre. Une seconde entre brusquement : on la reconnaît sans peine pour être Minerve, au casque brillant qui couvre son chef et qui est recouvert lui-même d'une couronne d'olivier, à son égide qu'elle élève, à sa lance qu'elle brandit, à son attitude de combattante. Après elle s'avance une troisième beauté, et l'incomparable éclat dont brille sa divine personne a désigné Vénus. Deux couleurs frappent d'abord les yeux à l'aspect de la déesse : l'albâtre de son corps, parce qu'elle tire son origine des cieux, et l'azur de sa draperie, parce qu'elle sort du sein des mers.
« Ces trois jeunes filles, qui sont censées des déesses, ont chacune leur cortège. Junon est suivie de Castor et de Pollux portant des casques en forme d'oeuf, ornés d'étoiles au cimier; mais les deux frères sont aussi de jeunes acteurs. Cette Junon, aux accords variés d'une flûte amoureuse, s'avance avec des gestes calmes et sans affectation, et, par une pantomime pleine de noblesse, elle promet à Paris que s'il lui décerne le prix de la beauté, elle à son tour lui donnera l'empire de l'Asie entière. Celle que son costume guerrier a fait reconnaître pour Minerve est escortée de deux jeunes garçons figurant le trouble et l'effroi. Écuyers fidèles de la martiale déesse, ils bondissent avec des épées nues. Un joueur de flûte, derrière elle, fait entendre, sur le mode dorien, un air belliqueux, lequel, mêlé de fons graves et de sons aigus, imite la trompette et soutient l'effort de la danse vigoureuse
LA MUSIQUE ET LA DA>SE. 53
exécutée par la déesse Rcimiant la tête, lançant des regards pleins de menace, elle avance précipitamment avec une sorte de brusquerie; puis elle fait comprendre à Paris que s'il lui adjuge la palme de la beauté, il deviendra, grâce à sa protectrice, un héros immortalisé par ses trophées de guerre.
« Mais c'est pour Vénus que sont toutes les faveurs de l'assemblée. Elle s'avance à son tour sur le milieu de la scène, entourée d'un peuple de jolis enfants; et elle s'y arrête avec le sourire le plus doux et le plus agréable. Ces Cupidons aux membres arrondis et blancs comme du lait, vous les eussiez pris pour les véritables Cupidons venant de s'envoler de la mer ou des cieux. Leurs petites ailes, leurs petites flèches, le reste de leur costume, tout s'accordait à merveille avec leur rôle; et, comme si leur maîtresse eiàt dû se rendre à un banquet nuptial, ils éclairaient sa marche avec des torches éblouissantes. Puis il se répandit comme par flots un essaim de jeunes vierges : ici, les Grâces si gracieuses; là les Heures si belles. Les unes et les autres, en jetant des guirlandes de fleurs et des roses effeuillées, cherchaient à plaire à leur déesse, et formaient des rondes charmantes, offrant pour hommage les trésors du printemps à la reine des voluptés. Bientôt les flûtes à plusieurs trous commencent à jouer tendrement des airs lydiens, qui remplissent l'âme des spectateurs d'une suavité délicieuse; et, bien que plus suave encore, Vénus se met doucement à danser. Les pas d'abord sont lents et indécis; mais le mouvement d'ondulation qui dessine sa taille se communique insensiblement à sa tête, et ses gestes délicats se règlent sur tous les sons amoureux que font entendre les flûtes. Tantôt ses regards à demi voilés jettent un doux éclat, tantôt ils sont vifs, agaçants; et parfois elle ne danse que des yeux. Dès qu'elle fut arrivée en présence de son juge, par la manière de jeter ses bras, elle sembla promettre à Paris que si elle obtenait la préférence sur les autres déesses, elle lui donnerait une épouse dont les merveilleux appas égaleraient les siens propres. Alors la volonté du jeune Phrygien est décidée : il présente à la jeune fdle la pomme d'or qu'il tenait à la main; c'était lui adjuger la victoire.
« Après que ce jugement de Paris est terminé, Junon et Minerve sortent de scène, mornes, courroucées et indiquant par leur pantomime l'indignation que leur cause cet échec. Vénus, au contraire, satisfaite et riante, e.xprime sa joie en dansant avec touie sa suite. »
La HiiOECiNE. — Les mathématiodes. — La géographie. — L'histoire. La jurisprudence. — La philosophie.
La médecine. — Chez les peuples primitifs, les maladies étaient considérées comme une marque de la colère divine. Aussi l'exercice de la médecine était le plus souvent un privilège du sacerdoce et elle était intimement mêlée à la magie et à toutes les superstitions du temps. Nous savons qu'en Egypte, les médecins appartenaient tous au corps sacerdotal, mais nous sommes encore obligés de nous en rapporter aux historiens grecs pour la manière dont ils l'exerçaient. « La médecine en Egypte, dit Hérodote, est partagée ; chaque médecin soccupe d'une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Les médecins foisonnent en tous lieux : les uns sont pour les yeux, d'autres pour la tête, d'autres pour les dents, d'autres pour le ventre, d'autres pour les maux internes. «
Diodore de Sicile ne parle pas de ces spécialités affectées à chaque médecin, mais il entre dans des détails plus techniques sur les traitements en usage dans les maladies. « Pour prévenir les maladies, les Égyptiens traitent le corps par des lavements, par la diète et les vomitifs; les uns emploient ces moyens journellement, les autres n'en font usage que tous les trois ou quatre jours. Car ils disent que l'excédant de la nourriture ingérée dans le corps ne sert qu'à engendrer des maladies, et c'est, suivant eux, pour cette raison que le traitement indiqué enlève les principes du mal et maintient la santé. Dans les expéditions militaires et dans les voyages, tout le monde est saigné gratuitement, car les médecins sont entretenus aux frais de la société. Ils établissent le traitement des maladies d'après des préceptes écrits, rédigés et transmis par un grand nombre d'anciens médecins célèbres. Si, en suivant les préceptes du livre sacré, ils ne parviennent pas à sauver le malade, ils sont déclarés innocents et exempts de tout reproche; si, au contraire, ils agissent contrairement aux préceptes écrits, ils peuvent être accusés et condamnés à mort, le législateur
ayant pensé que peu de gens trouveraient une méthode curative meilleure que celle observée depuis si longtemps et établie par les meilleurs hommes de l'art. »
La loi qui obligeait les médecins à suivre la voie tracée par leurs prédécesseurs était irrationnelle et devait nécessairement entraver le progrès de la science. Mais ce respect outré des traditions n'est pas bien surprenant dans un pays où toute science se rapporte à la religion, dont le sacerdoce est seul dépositaire. Dans les sociétés primitives, la médecine et la magie sont à peu près confondues, et les recettes indiquées pour la guérisoa d'une maladie sont presque toujours accompagnées d'incantations qui devaient en assurer le succès. Au reste, la plupart des médicaments des Égyptiens paraissent avoir été empruntés à la flore du pays, ou à celle des contrées voisines, comme la Phénicie et la Syrie.
Quant à la chirurgie, il ne semble pas qu'elle ait été non plus bien avancée. M. Mariette nous dit en effet, dans le catalogue du musée de Boulaq : « Au bas du companiment de droite est exposé un fémur, provenant d'une momie de la XI*" dynastie. Les médecins constateront que l'os brisé n'a point été réduit, et que les deux parties chevauchant l'une sur l'autre, sur une longueur de près de quatre centimètres, ont fini par se souder. J'ai trouvé d'assez nombreux exemples de ce fiiit, qui ne donne pas une grande opinion de la chirurgie égyptienne. » 11 est en effet bien difficile de supposer que la chirurgie ait pu faire de bien grands progrès dans un pays où la dissection était absolument impossible, par suite du respect que l'on avait pour les morts.
Les renseignements sont encore plus vagues pour ce qui concerne la Chaldée, où les amulettes et certaines formules magiques paraissent avoir surtout servi de médicaments. Hérodote prétend que les médecins étaient inconnus à Babylone. « Les Babyloniens, dit-il, transportent les malades sur la place du marché; car ils n'emploient pas de médecins. Chaque passant s'approche du malade et le questionne sur le mal dont il est atteint, pour savoir si lui-même en a souffert ou s'il a vu quelque autre en souffrir. Tous ceux qui vont et viennent confèrent avec lui et lui conseillent le remède qui les a guéris de cette même maladie, ou qui à leur connaissance en a guéri d'auties qu'eux-mêmes.
Fig. 5-2.
Achille pansant Patrocle.
11 n'est permis à personne de passer devant un malade sans Tinterroger sur son mal. »
La chirurgie était certainement pratiquée au temps d'Homère, et les récits du poète sur Machaon et Podalire montrent qu'il y avait déjà des hommes assez habiles pour inspirer aux soldats une confiance
F.g. 53. — Esculape.
sans bornes. Une peinture de vase, qui décore le fond d'une coupe, montre Achille pansant les blessures de son ami Patrocle (fig. 52). Achille, comme tous les héros élevés par le centaure Chiron, connaissait les plantes dont le suc est salutaire pour le pansement des blessures. Le centaure Chiron passait en effet pour l'inventeur de la médecine ; mais ce fut son élève Esculape, fils d'Apollon et de la nymphe
Goronis, qui fut particulièrement honoré comme dieu guérisseur. Les traditions relatives à Esculape ont trop d'importance dans la question qui nous occupe pour que nous n'en disions pas quelques mots.
Esculape {(i^. 53) a pour emblème le serpent, qui de tout temps a été considéré comme uu symbole de guérison. Ce symbole, commun à tous les peuples de l'antiquité, paraît avoir eu son origine en Egypte, d'où il se serait répandu en Phénicie et dans toute la Syrie, puisque nous voyons Moïse ériger un serpent d'airain pour guérir les Israélites. Le serpent se voit également à côté d'Hygie, fille d'Esculape, qui est comme son père une divinité de la santé (fig. 5/t). L'emblème du serpent peut avoir été importé en Grèce par des matelots phéniciens.
■ Escalapo et Hygic.
Selon Pline, la raison de cet emblème est que le serpent se renouvelle en changeant de peau, et que l'homme se renouvelle également par la médecine, puisque les médicaments lui donnent un corps nouveau. On sait en effet qu'Esculape ressuscitait les morts et que Jupiter fut obligé de le foudroyer pour satisfaire aux plaintes de l'iuton, qui ne voyait plus arriver les ombres sur lesquelles il avait droit de régner. Le génie de la guérison, Télesphore, est ce petit enfant que l'on voit souvent figurer à côté d'Esculape, et que montre la figure 55.
Le culte d'Esculape était répandu partout, mais surtout à Épidaure, où les malades venaient de toutes les parties de la Grèce. On les soumettait dès leur arrivée à certaines pratiques hygiéniques, telles que le jeûne, les ablutions, les bains, etc. Après ces préliminaires ils étaient admis à passer la nuit dans le temple. La dieu leur apparaissait en
songe et leur prescrivait des ordonnances que ses prêtres interprétaient ensuite. Aristophane, dans sa comédie de Plutus, fait avec sa grossièreté ordinaire un piquant récit de ce qui se passait dans le temple, d'après les croyances populaires. Le malade dont il parle est un nommé Plutus,
atteint de cécité, et le personnage qui fait le récit est l'esclave Carion.
(1 Carion. — Aussitôt que nous sommes arrivés au temple d'Esculape avec Plutus, nous l'avons d'abord mené à la mer et nous l'avons baigné. Ensuite nous revînmes au sanctuaire du dieu. Après avoir consacré sur l'autel les gâteaux et autres offrandes, et avoir livré la fleur de farine à la flamme de Vulcain, nous couchâmes Plutus avec les cérémonies voulues, et chacun de nous s'arrangea sur un lit de paille.
c La femme. — Y avait-il aussi d'autres personnes qui implorassent le dieu?
(( Carion. — Il y avait d'abord Néoclide (orateur accusé d'avoir volé les deniers publics), qui, tout aveugle qu'il est, vole avec plus d'adresse que ceux qui voient clair, puis beaucoup d'autres ayant toutes sortes de maladies. Après avoir éteint les lampes, le ministre du dieu nous dit de dormir, et nous enjoint, si l'on entend du bruit, de faire silence ; nous nous couchons tous tranquillement. Moi, je ne pouvais dormir; certain plat de bouillie placé au chevet d'une vieille excitait ma convoitise, et je désirais ardemment me glisser jusque-là. Je lève la tête; je vois le prêtre enlever les gâteaux et les figues sèches de la table sacrée. Puis il fait le tour des autels l'un après l'autre; et tous les gâteaux qui restaient, il les mettait saintement dans un sac. Moi, convaincu de la grande sainteté de l'action, je saute sur le plat de bouillie.
'i La femme. — Misérable ! n'avais-tu aucune crainte du dieu ?
« Carion. — Oui, sans doute; je craignais qu'avec sa couronne il
ne fût avant moi au plat de bouillie : le fait de son prêtre m'en disait
assez ; la vieille, entendant du bruit, étendit la main pour retirer le
plat; alors je siffle connue un seriient et Je la mords. Aussitôt elle
Fig. 55. — Téle^pllore.
relire la main, et s'enveloppe en silence dans ses couvertures, en lâchant de frayeur un vent plus puant que celui d'un chat. Alors enfin, je me bourre de bouillie, et puis je me recouche, le ventre plein.
« La femme. — Et le dieu ne venait donc pas?
« Carion. — Pas encore. Mais après cela, je fis une bonne farce : lorsqu'il approcha, je fis résonner une décharge des plus bruyantes, car j'avais le ventre tout gonflé.
(c La femme. — Sans doute, il s'emporta en imprécations contre toi?
'< Carion. — Il n'y prit seulement pas garde.
|< La femme. — Tu veux dire que ce dieu est grossier?
u Carion. — ■ Non, mais il aime l'ordure. (Allusion aux médecins qui constatent l'état du malade par l'inspection des excréments.)
« La femme. — Ah! misérable!
« Carion. — Cependant je m'enfonçai dans mon lit, de frayeur. Le dieu fit le tour et visita gi'avement chaque malade. Ensuite, un esclave lui apporta un petit mortier en pierre, un pilon et une petite boîte.
« La femme. — Mais comment pouvais-tu voir tout cela, pendard, puisque lu te cachais, dis-tu?
« Carion. — Je voyais tout à travers mon manteau, car il y a assez de trous. 11 se mit d'abord à préparer un cataplasme pour les yeux de Néoclide; il prit trois têtes d'ail de Ténos, qu'il pila dans le mortier, avec un mélange de gomme et de suc de lentisque; il arrosa le tout de vinaigre sphettien, puis il l'appliqua dans l'intérieur des paupières, pour rendre la douleur plus cuisante. Néoclide criait de toutes ses forces et voulait s'enfuir. Mais le dieu lui dit en riant : Demeure ici avec ton cataplasme; je veux t'empêcher de prodiguer des parjures dans l'assemblée.
« La femme. — Quel dieu sage et patriote!
« Carion. — 11 vint ensuite auprès de Plutus ; et d'abord il lui tàta la tête, puis il lui essuya les yeux avec un linge bien propre : Panacée lui couvrit la tète et le visage d'un voile de pourpre; le dieu siffla, et aussitôt deux énormes serpents s'élancèrent du fond du temple.
Il La femme. — Bons dieux!
« Carion. — Ceux-ci, s'étant glissés doucement sous le voile de pourpre, léchèrent, je crois, les paupières du malade; et en moins de temps, ma chère maîtresse, que tu n'en mettrais à boire dix cotyles de vin, Plutus recouvre la vue. Moi, dans ma joie, je batlis des mains etje réveillai mon maître. Aussitôt le dieu disparut et les serpents se
cachèrent au fond du temple. Mais ceux qui couchaient auprès de Plutus, avec quel empressement ils le serrèrent dans leurs bras! Ils restèrent éveillés toute la nuit, jusqu'à ce que le jour parût. Pour moi, je ne cessais de remercier le dieu d'avoir si vite rendu la vue à Plutus et augmenté la cécité de Néoclide.
« La femme. — Divine puissance d'Esculape ! »
Cette scène montre qu a l'époque de la guerre du Péloponnèse, le crédit du dieu de la médecine avait singulièrement diminué, et Aristo-
Fig. 56. — Maison pour soigner les malades. (D'après une peinture de Pompéi.)
phane ne se serait pas moqué ainsi d'Esculape et de ses prêtres, s'il ne s'était pas senti appuyé par une portion du public disposée à l'applaudir. A cette époque, en effet, les asclépiades ou prêtres d'Esculape, qui se prétendaient descendants du dieu et dépositaires de ses procédés de guérison, étaient en opposition avec des médecins formés dans les écoles d'Asie Mineure. Ceux-ci, à la tête desquels il faut citer Hippocrate, habitaient les villes, et, vivant loin du temple, ils avaient la prétention d'exercer la médecine, en dehors du culte et de toute pratique religieuse. La science, qui commençait à affirmer ses droits, était
pourtant redevable aux asclépiades de la plupart des observations sur lesquelles elle s'appuyait, puisque dans les .temples d'Esculape on enregistrait avec soin tous les symptômes observés chez le malade qu'on voulait soigner, et on lui appliquait les remèdes qui avaient précédemment guéri un autre malade atteint des mêmes symptômes. Cette manière de pratiquer la médecine, qui ressemble beaucoup à celle qu'HéroJote attribue aux Égyptiens, excluait forcément toute manière de voir personnelle, et elle explique tout naturellement pourquoi, malgré l'afiluence des malades qu'on apportait au temple, des écoles dissidentes pouvaient encore se produire avec succès.
Il semble assez probable qu'il a dû exister des maisons de santé pour soigner les malades et dont l'organisation était sans doute assez
Fig. 57. — Chirurgien scythe. (D'après une peinture do vase).
semblable à celle des établissements du même genre qui accompagnaient toujours les temples d'Esculape. Une fresque de la maison des vestales, à Pompéi, représente un édifice que l'on croit avoir eu cette destination (fig. 56). Mais il est difficile de comprendre la disposition de l'établissement dans une représentation où la fantaisie a certainement une très-grande part.
Il paraît certain qu'ilippocrate a étudié dans les temples, à Cos notamment, où il aurait copié les tablettes votives des malades, mais il n'a emprunté à personne la clarté avec laquelle il décrit les maladies, la méthode avec laquelle il les classe, et l'expérience pratique qu'il mettait au service de ceux qu'il soignait. Hippocrate, le plus célèbre des médecins de l'antiquité, vivait au temps de la guerre du Péloponnèse. Galien, qui était comme Hippocrate natif de l'Asie Mineure, était du second siècle de notre ère. Mais pendant les cinq siècles qui les séparent, de nombreuses écoles se formèrent et la médecine, complètement
dégagée des formules religieuses qu'elle avait eues à l'origine, prit durant cette période une allure vraiment scientifique, qu'elle perdit ensuite peu à peu. Sous les princes syriens, les amulettes et les formules
Fig. 58. — Dentiste scythe. (D'après une peinture de vase.)
magiques des Orientaux trouvèrent, à l'aide des superstitions toujours croissantes, un tel crédit dans la population, que la médecine, en tant
Fig. 59. — Tenaille de dentiste.
que science fondée sur l'expérience et Tob-servation, disparut peu à peu.
Quelques représentations de vases se rapportent à la chirurgie.
Fig. 60. — Étui de chirurgien.
Sur la figure 57 on voit un médecin scythe pansant la blessure d'un soldat, et un dentiste appartenant à la même nation est représenté sur la figure 58. Les sujets de ce genre qui se trouvent quelquefois sur les vases n'apparaissent jamais sur les peintures décoratives.
Un instrument de dentiste en forme de pinces, et qui paraît destiné
à l'extraction des dents, a été découvert à Pompéi, avec d'autres outils du même genre, dans la maison dite du chirurgien. Nous en donnons la reproduction figure 59.
On a également découvert à Pompéi un étui de chirurgien (flg. 60) et quelques instruments spéciaux, comme celui qui est représenté sur
Fig. 61. — Inslruraent de chirurgie.
la figure 61. Le soin apporté à la confection de ces instruments semble prouver que la chirurgie avait acquis une certaine importance. Néanmoins, comme les anciens ne disséquaient pas les cadavres humains, et qu'ils ne pouvaient étudier l'anatomie que sur les animau.x, les connaissances qu'ils ont pu avoir sur cette science étaient nécessairement très-incomplètes.
Les mathématiques. — Il est impossibe de fixer l'époque où on a commencé à calculer, mais les plus vieilles civilisations, celles de l'Egypte et de la Chaldée, témoignent de connaissances assez étendues en arithmétique et en géométrie. On attribuait aux Phéniciens le mérite d'avoir trouvé la manière de tenir les registres, et leurs affaires commerciales étant très-étendues, ils ont dû porter une très-grande attention vers l'étude des chiffres et de leurs diverses combinaisons.
L'antiquité attribuait à Pytliagore un voyage assez long en Egypte, et c'est dans ce pays qu"il aurait puisé sa pliilosopliie, tout entière fondée sur des combinaisons de nombres. Il serait d'ailleurs bien difficile de déterminer exactement quelles étaient les connaissances de ce personnage, dont l'existence historique est à peine connue. Outre les quatre premières règles de l'arithmétique, les anciens possédaient les méthodes pour extraire la racine carrée et la racine cubique ; ils connaissaient la théorie des proportions et des progressions arithmétiques et géométriques, et ils considéraient Pythagore comme celui qui les avait initiés à toutes ces connaissances.
Les monuments élevés sur le sol de l'Egypte montrent surabondamment que l'étude de la géométrie était très-avancée dans ce pays. Thaïes de Milet, qui vivait au vn° siècle avant notre ère, est regardé comme le premier philosophe qui se soit livré à l'étude de la géométrie et il passe pour en avoir étudié les principes en visitant l'Egypte. Il avait mesuré, dit-on, la hauteur des pyramides d'après l'étendue de leur ombre. Pythagore, Hippocrate deChios, Platon apportèrent de grands développements dans les sciences qui se rapportent à la géométrie. Le traité d'Euclide, parvenu jusqu'à nous, compte encore aujourd'hui parmi les ouvrages classiques en matière de science. Cet ouvrage, connu sous le nom d'Éléments, a eu une multitude d'éditions. Euclide professait à Alexandrie sous le règne de Ptolémée Lagus, qui passe pour avoir lui-même fréquenté ses cours. Enfin Arcliimède, qui fut un des plus grands savants de l'antiquité, a fait d'importants travaux sur la géométrie; mais sa grande renommée vient surtout de son savoir et de son ingéniosité en mécanique.
Nous avons vu que les anciens Égyptiens connaissaient le siphon (tome III, page 112) ainsi que le soufflet de forge (tome III, page 26li). Toutefois leurs connaissances en mécanique devaient être assez bornées, puisque les énormes matériaux qu'ils employaient pour la construction de leurs monuments n'étaient pas mis en mouvement par des moyens mécaniques, mais seulement à force de bras. Dans toutes les armées de l'antiquité, on voit des machines de guerre qui sont quelquefois assez compliquées, et parmi les moyens indiqués par Vitruve pour soulever les fardeaux, on trouve les cabestans, le levier, les poulies, les grues, les plans inclinés, etc. Toutefois on ne peut pas dire que l'étude de la mécanique ait été poussée bien loin dans l'antiquité et les applications de cette science à l'industrie, si fréquentes chez les peuples modernes, paraissent avoir été absolument inconnues. Mais il est néces-
LES SCIENCES. bÔ
saire de rendre liommage à Archimède, à qui l'on attribue, outre la vis creuse, dite vis d'Archimcde, l'invention de la poulie mobile, des roues dentelées, de la théorie des plans inclinés, du levier, etc. C'est à propos de la théorie du levier qu'il disait : « Donnez-moi ua point d'appui et je soulèverai le monde. »
Plusieurs applications intéressantes de la mécanique Font également dues aux mathématiciens d'Alexandrie. Ainsi Ctésibius est l'inventeur de la pompe aspirante et foulante qui porte son nom. Il fit aussi des orgues hydrauliques et une clepsydre ou horloge d'eau qui était extrêmement célèbre. L'eau tombait sur une roue qu'elle faisait tourner, et qui communiquait par là un mouvement régulier à un polit personnage en bois, indiquant à l'aide d'une baguette les heures, les jours et les mois marqués sur une colonne. Un élève de Ctésibius, Hiéron d'Alexandrie, qui vivait environ un siècle avant Jésus-Christ, a aussi été trèsadmiré pour ses automates, ses pompes et ses [diverses machines. Il avait écrit plusieurs ouvrages importants sur la mécanique.
L'astronomie. — Los Chaldéens passent pour les plus anciens astronomes, mais il est impossible de savoir quelles ont été leurs premières observations, ni à quelle époque on peut les faire remonter. On sait qu'ils étaient parvenus à déterminer le mouvement moyen journalier de la lune, dont le cours était pour eux le principe de la mesure du temps. « Beaucoup de choses encore en usage dans l'astronomie, dit M. Lenormant, nous viennent de la civilisation chaldéo-assyrienne et de sa science, à laquelle toute l'antiquité rendait un si juste hommage. Telles sont la division de l'écliptique en douze parties égales constituant le zodiaque, dont les figures paraissent avoir également la même origine; la division du cercle en trois cent soixante degrés; celle du degré en soixante minutes, de la minute en soixante secondes et de la seconde en soixante tierces, ainsi que l'invention du mode de notation qui sert encore à marquer ces divisions du degré. Ce sont aussi les Chaldéo-Assyriens qui instituèrent la semaine de sept jours, consacrés aux sept planètes qu'ils adoraient, et depuis un temps immémorial l'ordre do leurs jours n'a pas été changé. Inventeurs du gnomon, ils furent les premiers à diviser la journée en vingt-quatre heures, l'heure en soixante minutes et la minute en soixante secondes, n
Le gnomon, dont les Chaldéens sont inventeurs, paraît elre le premier instrument astronomique employé dans l'antiquité. La figure 62 montre un gnomon de l'époque romaine.