I-'ig. 240. — Mulopo avec ligures
a tiré plus tard de si beaux matériaux. Ce qui est certain, c'est que l'habitude des constructions en bois a persisté très-lard, et que ce bois, toujours colorié, était en outre décoré par places avec des plaques de terres moulées et peintes. Ces terres cuites servaient non-seulement pour les habitations et les petites chapelles rustiques, mais on les a également employées pour des édifices beaucoup plus iniporlanls. Les sujets qui les décorent sont toujours tirés de la mythologie grecque, et on fabrif|uait à Athènes et dans d'autres villes de Grèce un granil nombre de ces petits bas-reliefs qui tHaienl ensuite expédiés en ltalit\ Il est probable que les artistes qui habitaient en grand nombre les villes grecques de l'Italie méridionale en fabriquaient également. Mais,
L'INDUSTRIE
bien que le style de ce? monuments dénote" une origine purement grecque, cest surtout en Italie qu'on les trouve, et leur emploi paraît y avoir éu\ beaucoup plus général que dans la Grèce propre.
Le musée du Louvre possède une riche collection de ces bas-reliefs, et la plupart dentre eux sont munis de trous pratiqués pour laisser pénétrer les attaches ; ce sont des montants, des métopes, qu'on faisait glisser dans les coulisses des triglyphes, des chéneaux qui conduisaient l'eau des toits à l'extérieur des coins; des tuiles avecleurs couvre-joints, des acrotèrcs et des antéfixes. La figure 246 est une métope décorée de figures bachiques; les sujets bachiques reviennent très-fréquemment sur ces petits bas-reliefs qui trouvaient naturellement leur emploi dans
Fig. '^47. — Ornemeuls de terre cuile.
un pays de vignobles, où on trouvait partout des petites chapelles consacrées au dieu des vendanges.
Quelques-uns de ces bas-reliefs en terre cuite avaient acquis, dans l'antiquité même, une certaine célébrité, puisqu'on les voit reproduits un grand nombre de fois. Nous en avons reproduit plusieurs.
Parmi les bas-reliefs du musée Campana, que possède le musée du Louvre, il y en a plusieurs qui ont conservé des traces de couleur.
Outre les motifs à sujet, les terres cuites antiques sont souvent décorées d'ornements exquis (Hg. 2Zi7). Les chimères, les griffons, les
LA CÉRAMIQUE
dieux marins terminés en enlacements d'acanthes et de dauphins, les palmettes alternées, les enroulements de feuillages les plus variés, les plus gracieux, les plus imprévus, forment de cette série de bas-reliefs une précieuse suite de modèles pour les artistes de l'industrie.
La vERREnit. — On a longtemps attribué aux Phéniciens l'invention du verre; cette opinion, abandonnée aujourd'hui, a été admise dans toute l'antiquité. Le verre paraît avoir été connu des peuples antérieurs à l'hisloire et à la civilisation, et il semble impossible de désigner quel peuple l'a travaillé le premier. En tout cas, les Égyptiens ont poussé ir^is-loin cette industrie, qui remonte chez eux ù la [ilus haute antiquité.
FiK- 218. — l'.ibncition du vcrro.
On peut en tout cas revendiquer pour l'Egypte la fabrication des verres ornés de diverses couleurs, employés depuis par les Grecs et les Romains, mais dont on trouve dans les peintures de l'ancien empire une foule de modèles charmants.
Nous avons au Louvre plusieurs échantillons de verre coloré dans la masse ; on savait dessiner dans l'intérieur des fleurs cl des ornements à l'aide de lilets d'émail.
Les peintures de Tlièbcs et de Beni-Ilassan nous montrent les procédés qu'on employait, il y a plus de trois milli- ans, pour fdbriquer le verre; on y voit l'emploi du chalumeau et la nnlière en fusion est peinte de couleur verte (fig. 248 et 2/i"J). Ailleurs on voit les ouvriers qui sont en train de polir les pièces déjà fabriquées, et on voit représentés dans le champ les instruineiit.s cpii ont servi à leur confection.
« Les Égyptiens, dit Champollion-Figeac, employaient le verre et l'émail à rembrllisscnient des temples et dc3 palais, qui étaient pavés
L'INDUSTRIE
de carreaux brillants du plus vif éclat. La nature avait ouvert cette voie au génie égyptien, en plaçant à profusion, h la portée de TÉgypte, le sable du désert, le nitrate et les cendres de Kali, matière première dont le verre est composé. On ne doit pas être surpris si la petite verroterie et tous les objets utiles ou de fantaisie qu'il était possible de fabriquer se retrouvent en très-grande quantité dans les ruines de l'Egypte. On y fabriquait encore du faux jayet avec la scorie des métaux, et ils en connurent les oxydes, notamment ceux du fer, du cuivre, du plomb et de rétain, sans lesquels ils n'auraient pu réussir à faire les verres et les émaux colorés, à incruster les pierres précieuses; aussi les ouvrages en
F.^:. 2-iy. — Fabricalun du verre.
verre furent-ils compris par Auguste, avec le blé et le froment, dans la liste des produits que l'Egypte devait payer à Romecomme tribut. La fabrication des vases murrhins occupait à Thèbes plusieurs manufactures. Arrien les mentionne expressément dans son périple ; les fragments de matières vitreuses colorées abondent dans les ruines égyptiennes ; des vases imitant le spath-lUior et d'autres matières minérales ornent la plupart de nos musées. Bien antérieurement à la domination romaine, les vases murrhins de Thèbes, et surtout la verrerie de Coptos, étaient expédiés par la mer Rouge et étaient recherchés souvent par les peuplades de l'Arabie et de la côte d'Afrique. »
Les Égyptiens étaient renommés pour la perfection avec laquelle ils imitaient les pierres précieuses avec du verre. On croit que le fameux Sacro Catino de Gênes, que l'on croyait être une émeraude, est de fabrication égyptienne. Ce vase célèbre, qui fit partie du butin fait par les Génois à la prise de Césarée, était, suivant la tradition, un cadeau que
L\ CERAMIQUE. 191
la reine de Saba avait fait à Salomon. Sous la Révolution, il fut envoyé à Paris parmi les trésors enlevés par l'armée française, et on découvrit alors qu'il était fait avec du verre analogue à celui qu'on trouve dans les tombeaux égyptiens. Rendu à la ville de Gènes, sous la Restauration, il se trouve aujourd'hui dans la sacristie de l'église San- Lorenzo.
Les Phéniciens étaient aussi très-renommés pour ce genre de fabrication. Hérodote, qui a visité ïyr quelque temps après Nabuchodonosor, pour y voir le fameux temple d'Hercule, nous rapporte ce qui suit : « J'ai vu, dit-il, ce temple richement orné de nombreux monuments, parmi lesquels il y avait aussi deux colonnes, l'une d'or brut, l'autre en pierre d'émeraude. » Cette pierre d'émeraude était très-certainement du verre coloré.
Les Phéniciens revendiquaient la découverte du verre. Les verreries de Sidon avaient une célébrité immense et s'exportaient partout. En Orient, l'emploi du verre n'était pas le même que chez nous ; des rideaux ou des jalousies sullisaient pour fermer les fenêtres, et on se servait de métal pour les miroirs et pour les coupes. L'industrie du verre, néanmoins, ne se bornait pas aux flacons et autres menus objets ; on l'employait dans la décoration des appartements, où il était recherché pour sa couleur brillante.
Pline le Naturaliste nous a laissé quelques renseignements sur les verreries antiques, dont il attribue l'origine aux Phéniciens : « 11 y a dans la Syrie, dit-il, une contrée nommée Pliénicie, confinant à la Judée, et renfermant, entre les racines du mont Carmel, un marais qui porte le nom de Cendevia. On croit qu'il donne naissance au lleuve Bélus, qui, après un trajet de cinq mille pas, se jette dans la mer, au delà de Ptolèmaïs, colonie. Le cours en est lent, l'eau malsaine à boire, mais consacrée aux cérémonies religieuses. Ce fleuve, limoneux et profond, ne montre qu'au reflux de la mer le sable qu'il charrie. Alors, en eiïet, ce sable, agité par les Ilots, se sépare des impuretés et se nettoie. On pense que dans ce contact les eaux de la mer agissent sur lui, et ([ue sans cela il ne vaudrait rien. Le littoral sur lequel on le recueille n'a pas plus de cinq cents pas, et pendant plusieurs siècles ce fut la seule localité qui produisît le verre. On raconte que des marchands do nitre y ayant relâché, préparaient, dispersés sur le rivage, leur repas ; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites, ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison; ce nitre, soumis à l'action du feu avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler
192 L'INDUSTRIE
des ruisseaux transparents d'une liqueur inconnue, et telle fut l'origine du verre.
« Depuis, comme l'industrie est ingénieuse et avisée, on ne se contenta pas de mêler du nitre au sable, et on imagina d'y incorporer la pierre d'aimant, dans la pensée qu'elle attire à elle le verre fondu comme le fer. De la môme façon, on se mit à introduire dans la fonte divers cailloux luisants, puis des coquillages et des sables fossibles. Des auteurs disent que le verre de l'Inde se fait avec du cristal brisé et que pour cela aucun ne peut lui être comparé. Pour la fonte, on emploie du bois léger et sec, et on ajoute du cuivre de Chypre et du nitre, surtout du nitre d'Opliir. On le fond, comme le cuivre, dans des fourneaux contigus, et on obtient des masses noirâtres d'un aspect gras. Le verre fondu est tellement pénétrant, qu'avant même qu'on l'ait senti il coupe jusqu'aux os toutes les parties du corps qu'il touche. Ces masses se fondent de nouveau dans des fourneaux où on lui donne la couleur; puis tantôt on le souille, tantôt on le façonne au tour, tantôt on le cisèle comme l'argent. Jadis Sidon était célèbre pour ses verreries; on y avait même inventé des miroirs de verre. Telle fut anciennement la fabrication de ce produit. Aujourd'hui, à l'embouchure du fleuve Vulturne, en Italie, sur la côte, dans un espace de six mille pas, entre Cumes et Liiernum, on recueille un sable blanc très-tendre ; on le broie au mortier et à la meule; ensuite on y mêle trois parties de nitre, soit au poids, soit à la mesure ; le mélange étant en fusion, on le fait passer dans d'autres fourneaux; là il se prend en une masse à laquelle on donne le nom d'ammonitre. Cette masse est mise en fusion, et elle donne du verre pur et des pains de verre blanc. Cet art a passé même en Gaule et en Espagne, où l'on traite le sable de la même façon. On raconte que sous le règne de Tibère on imagina une mixture qui donnait un verre malléable, et que toute la fabrique de l'artiste fut détruite pour empêcher l'avilissement du cuivre, de l'argent et de l'or. Ce bruit a été longtemps plus répandu que le fait n'est certain; mais qu'importe? Du temps de Néron on a trouvé un procédé de vitrification qui fit vendre six mille sesterces (1,260 francs) deux coupes assez petites qu'on nommait ptérotes (ailées).
« Au verre appartiennent les vases obsidiens assez semblables à la pierre qui a été découverte en Ethiopie par Obsidius. Cette pierre est très-noire, quelquefois transparente, mais d'une transparence mate, de sorte que, attachée comme miroir à la muraille, elle rend plutôt l'ombre que l'image des objets. Beaucoup en font des bijoux. J'ai vu,
LA CÉKAMIQUE. 193
en obsidienne, des statues massives du dieu Auguste, qui prisait fort cette substance demi-transparente. Lui-même a consacré comme des merveilles, dans le temple de la Concorde, quatre éléphants de pierre obsidienne. L'empereur Tibère rendit aux Héliopolitains, pour leurs cérémonies, une statue de Ménélas en pierre obsidienne, trouvée dans la succession d'un préfet d'Egypte. Cela montre qu'il faut reporter plus haut qu'on ne le fait l'usage de cette substance, confondue aujourd'hui avec le verre, à cause de sa ressemblance. D'après Xénocrate, l'obsidienne se trouve dans l'Inde, dans le Samnium, en Italie et en Espagne, sur les côtes de l'Océan. On fabrique, par le moyen de teinture, de l'obsidienne pour divers ustensiles de table, et un verre entièrement rouge, opa(]ui', qu'on nomme hématinon. On fait aussi du verre blanc, du verre imitant le murrhin, imitant l'hyacinthe, le saphir, de toutes les couleurs en un mot. Nulle substance n'est plus maniable, nulle ne se prête mieux aux couleurs; mais le plus estimé est le verre incolore et transparent, parce qu'il ressemble le plus au cristal. Pour boire, il a même chassé les coupes d'argent et d'or; mais, à moins qu'on n'y verse d'abord du liquide froid, il ne résiste pas à la chaleur, et cependant des boules do verre remplies d'eau opposées aux rayons du soleil s'échauffent tellement qu'elles brûlent des étoffes. Le verre en fragments ne fait que se souder au l'eu; pour le fondre entièrement, il faudrait le broyer. La verrerie fait divers objets de verre coloré, par exemple les pièces d'échiquier qu'on nomme abaculi ; ces objets offrent même quelquefois plusieurs nuances. Le verre fondu avec le soufre se durcit en pierre. »
Quelques fragments, recueillis dans les îles de l'archipel, montrent que les Grecs ont possédé des manufactures de verre, mais c'est surtout à Rome que cette
' Fig. 4.iO.
industrie a pris une grande extension. Les verriers ita- vcrrorio romaino. liens rivalisaient avec ceux de l'I'igyptc et de la Phénicie (lig. 250). Les fameux verres de Venise ne sontqu'unc continuation de la fabrication des anciens, qui a conservé ses traditions pondant tout le moyen ùge. Qucl(|ues pièces du Louvre, et surtout du musée Britannique, présentent avec les verreries vénitiennes de singulières analogies. Il y a au Louvre, dans la salle des verreries antiques, un trèsbeau flacon de forme; lenticulaire, couvert d'un émail bleu d'outro-nier. Sur l'arête du contour s'enroule un cordon de verre bleu se recourbant en anses aux deux extrémités. L'n champ circulaire d'émail blanc occupe m. S5
L'INDUSTRIE
le centre du vase ; il y a aussi de jolis flacons en verre blanc laileux et couvert de stries peintes en brun violàtre. On voit que l'artiste a cherché à produire les effets des veines naturelles du gypse ou de Talbâtre. ,\ l'Exposition de 1878 on a remarqué, dans les salles de l'art ancien au Trocadéro, une magnifique coupe en verre de diverses nuances, appartenant à M. Edouard André.
La verrerie gallo-romaine a fourni quelques pièces extrêmement intéressantes. Le musée de Strasbourg en possédait un bien précieux
spécimen, qui a été déiruit par les Allemands dans la guerre de 1870. Ce vase (fig. 251), entouré d'une sorte de réseau ou de grillage en verre rouge et portant une inscription en verre vert, avait été trouvé en 1825 dans un cercueil en forme d'auge, tout près des glacis de Strasbourg. D'après l'inscription, ce vase avait appartenu à Maximilien Hercule, qui vivait au lu^ siècle de notre ère, et qui a longtemps séjourné dans les Gaules. Ce qu'il y a de plus remarquable dans la verrerie romaine, ce sont les verres de différentes couches à pkisieurs teintes, qui présentent assez souvent l'aspect d'un camée. 11 y a généralement des ligures ou des ornements se détachant sur un fond d'une couleur différente. Le vase de Portland, le plus bel échantillon que l'on connaisse de ce genre de fabrication, est une des pièces les plus précieuses du musée de Londres. Ce vase, trouvé au commencement du xvu" siècle, dans un sarcophage de marbre, aux environs de Rome, a été longtemps connu sous le nom de vase Darbcrini, parce qu'il faisait partie de la galerie Barberini, à Rome. Acquis à la fin du siècle dernier par la duchesse de Portland, il appartient au musée Britannique depuis 1810. Malgré tous les soins dont ce vase précieux est entouré, un fou la un jour brisé d'un coup de canne, mais il fut restauré avec tant d'habileté qu'il est bien diflicile aujourd'hui de distinguer le joint de ses fractures. Le vase de Portland, qui paraît avoir été fabriqué sous les Antonins, se compose de deux couches de verre superposées. Celle de dessous est d'un bleu trèsfoncé, et celle de dessus d'un blanc opaque, de telle sorte que les figures se détachent en blanc sur du bleu. On a longtemps cru que c'était un camée, tant la superposition des deux couches imite bien l'agate-onyx.
Fig. 2.'.1.
Vase de Strasbourg.
LA CÉRAMIQUE
On a longtemps discuté la question de savoir si les anciens connaissaient les vitres, mais les doutes ont cessé au commencement de ce siècle, parce qu'on en a trouve à Pompéi plusieurs fragments. Voici ce que dit à ce sujet l'architecte Mazois, dans son grand ouvrage sur les Ruines de Pompéi: « Si la question de l'emploi des vitres chez les anciens était encore douteuse, nous trouverions dans cette salle de bains un témoignage propre à la résoudre : les siècles y ont conservé un châssis vitré en bronze, qui détermine non-seulement la grandeur et l'épaisseur des vitres employées, mais encore la manière de les ajuster. Ces vitres étaient posées dans une rainure et retenues de distance en distance par des boutons tournants qui se rabattaient sur les vitres pour les fixer; leur largeur est de vingt pouces (0'",5/i environ) sur vingt-huit pouces (0"",72) de haut, et leur épaisseur de plus de deux lignes (5 à G millimètres). »
Aucun auteur ancien ne parle des vitres, en sorte qu'il est diflicile de connaître exact(;ment les procédés employés pour leur fabrication. « Il est vraisemblable, dit M. Bontemps, dans son Guide du verrier, qu'on versait dans l'intérieur d'un cadre métallique, de la grandeur do la vitre que l'on voulait obtenir, le verre qu(! l'on avait extrait du creuset avec une cuiller. »
Les fragments de verre, provenant de vitres romaines, qui ont été découverts à Pompéi, sont d'une teinte verdàtre. L'analyse chimique a constaté qiiel(]ues difTérences de proportions dans la matière avec celle qui compose les vitres modernes :
VEFinH DE VITHE DE POMTEI
Silice 0!) '»:$
Chaux 7 24
Soude 18 21
Alumine 3 55
Oxydo de fer 1 15
Oxyde de nianpanèso 0 39
(Traces do cuivre.)
VFnilE DE VITRE MODEnSE
Silice 00 G
Chiiux 13 4
Soude 15 2
.Vluminc I >*
lUU ••
Il n'est resté aucune trace dos vases murrhins qui passionnaient tant les Romains, en sorte qu'il est impossible de savoir si, comme le prétendent quelques écrivains modernes, ces vases étaient en verre ou s'ils étaient ou piorro, comme l'ont cru les anciens.
196 L'INDUSTRIE
« Les pierres murrhines, dit Pline, viennent de l'Orient. Elles s'y trouvent en plusieurs endroits peu célèbres, surtout du royaume des Parthes; cependant les plus belles se tirent de la Carmanie. On croit que c'est une humeur qui s'épaissit sous terre par la chaleur. Nulle part elles n'excèdent en grandeur de petites tablettes. Leur éclat est faible; elles sont plutôt luisantes qu'éclatantes. Mais ce qui en fait le prix, c'est un mélange de taches purpurines et blanches et dune troisième couleur qui est une nuance des deux autres, la pourpre tirant sur le feu ou la blanche prenant une teinte de rouge. Plusieurs recherchent surtout les bords chatoya its et certains rellets pareils à ceux de l'arcen-ciel. D'autres préfèrent des points opaques. Il ne faut rien de transparent ou de pâle. On regarde comme des défauts les grains ou les inégalités, non en saillie, mais en creux, telles qu'elles se trouvent fréquemment dans le corps de la pierre. L'odeur aussi est un mérite. »
Ce fut Pompée qui introduisit ces vases à Rome avec les trésors du roi Mithridate. On ignore quelle était la pierre avec laquelle ces vases étaient composés; quelques écrivains ont pensé qu'au lieu d'être faits avec une pierre naturelle, ces vases étaient un produit artificiel extrêmement brillant, mais incapable de résister à l'action destructive du temps. 11 est remarquable en effet qu'on n'en ait retrouvé aucun. « Si les vases murrhins avaient été faits avec une substance durable, dit M. J. Marryat, on en aurait découvert quelques fragments; mais s'ils n'étaient qu'en verre coloré par la pourpre de CassiusetThydrochlorate d'argent, les sels employés auront sufli pour détruire les vases, surtout s'ils étaient de fabrication égyptienne. Effectivement les teintes brillantes de l'opale s'obtiennent avec ces oxydes, à un degré peu élevé de chaleur, d'où il suit qu'après quelque temps le mélange se liquéfie sous l'action de l'air atmosphérique, et le verre se trouve détruit. Des bagues et des bracelets trouvés sur des momies égyptiennes, ayant été exposés à l'air, au musée de Sèvres, sont ainsi tombés en déliquescence. Les substances qui demandent un haut degré de chaleur pour entrer en fusion peuvent seules résister à l'action dissolvante du temps et de l'atmosphrre. On ne peut donc expliquer la complète destruction des vases murrhins irisés et de leurs fragments, que par leur origine égyptienne et leur formation vitreuse de composition alcaline.
LES MÉTAUX L'on. — L'aiicent. — Le bkonze. — Le fer. — Les forces.
L'or. — L"or est pciit-ttre de tous les métaux celui qui a été employé le premier par l'industrie humaine. Son éclat et son inaltérabilité en ont fait dans tous les temps un objet recherché, et la facilité avec laquelle on le découvre ou on l'extrait dans les contrées ou on le rencontre a dû donner de très-bonne heure le désir de le travailler et de le façonner pour divers usages. Ce qui est certain, c'est qu'on a trouvé la trace du travail de l'or dans les plus anciens monuments qui aient été fouill s En bgypte, on en constate l'existence dès les plus
l'ig. ■^ô■i. l'ig. ija.
Vasos d'ur roprtjsontôs dans les tombo.iux égyptien».
anciennes dynasties, tantôt sous la forme de bijoux, lanlot sous celle de vases ou d'objets d"orfévreric. Les anciens Égyptiens ne faisaient pas usage de la monnaie, et leurs richesses, en dehors de l'agriculture, consistaient en lingots d'or ou en vases travaillés avec le même métal. Les peintures des hypogées montrent une incroyable quantité de vases d'or do formes très-diverses (fig. 252 et 253) et ces vases paraissent n'être que la représentation de ceux qui conslituaiont le trésor du défunt. Outre ces représentations figurées, les objets en or découverts dans les tombeaux témoignent d'une industrie absoliimenl mai-
198 L'INDUSTRIt:.
tresse de ses procédés techniques, et quelques-uns des ouvrages qui remontent au xto" siècle avant notre ère peuvent être classés parmi les chefs-d'œuvre d'orfèvrerie et de bijouterie. Cette époque, qui dans l'histoire de l'ancienne Egypte a été une sorte de Renaissance, est
Fig. 254. — Fragment do coUior avec une tête humaine.
celle où le roi Amosis chassa les pasteurs et rétablit la dynastie nationale. On sait de quelles dévastations avait été accompagnée l'invasion
Fig. 255. — Fragment du collier avec sphinx.
des pasteurs. « La rapidité, dit M. Mariette, avec laquelle l'Egypte a cicatrisé ses plaies est surtout apparente dans les admirables bijoax qu'Amosis fit exécuter pour orner la momie de sa mère, la reine Aah- Hotep. Au nombre de ses richesses, le musée de Boulaq (au Caire) ne possède pas de monuments qui témoignent d'une industrie plus avancée, et à voir la longue chaîne d'or, le pectoral découpé à jour, le diadème et ses deux sphinx d'or, le poignard rehaussé en or damasquiné, on a peine à croire qu'au moment où ces précieux bijoux sortaient de l'ate-
LES MÉTAUX
lier des bijoutiers de Tlicl)es, l'Egypte était à peine débarrassée d'une longue et douloureuse invasion. »
Les bijoux dont parle ici M. Mariette ont figuré à l'Exposition de 1867, à Paris.
Fig. 200. — Frai;ineiit de colUur égyptien avec IClo do vacho.
Nous avons déjà montré, en parlant de la parure des dames (tome 11, pages 331 et suivantes) plusieurs modèles de bijoux égyptiens. Nous
Fig. 2Ô7. — Fiagniuiit do colLor.
nous sommes principalement occupé de leur usage; il faut maintenant dire qurUjues mots de leur décoration et des procédés de leur fabrication. L'ornementation dos colliers, d'un caractère généralement très-délicat et jiarfois d'une rare élégance, a souvent comme point central un emblrnie religieux. Après le scarabée et le vautour, dont nous avons vu déjà de nnuarquables eX(Mnples (tome II, fig. ù52 et 453) les emblèmes les plus usités comme pendants de colliers sont la tète humaine (fig. 2ï)li), (pii iiersonnilie toujours un personnage divin ou royal, le spliinx (fig. 255), attribut ordinaire des Pharaons, ou la tùle de
vache (fig. 256), symbole de la déesse Athor, et plus tard de la déesse Isis. Toutefois, ce serait une erreur de croire que la bijouterie égyptienne était toujours emblématique. Quelquefois le motif central du collier est une tète de monstre, qui paraît n'avoir qu'une signification
Fig. 258. — Fragment de collier formé de cylindres.
ornementale et qui joue ici le rôle modeste d'un masque décoratif (fig. 257). Plus souvent encore le collier se compose d'une série de
Fig. 259.
Fig. 260.
BijOttx égn>tieQs.
Fig. 261.
cylindres ou de perles disposées^symèlriquement et est complètement dépourvu d'appendice central (fig. 258).
La figure 260 montre l'uréus, ou vipère sacrée, que l'on voit au front des divinités ou des Pharaons, mais les figures 259, 261, 262, 263, 264. 265, 266, 267, 268, représentent des bijoux qui n'ont aucun caractère emblématique et doivent être considérés comme de simples objets de parure.
LES MÉTAUX
L'or se tirait de la haute Egypte et surtout de l'Ethiopie, où il était très-abondant. La manière dont on le travaillait est représentée sur les peintures des tombeaux de Beni-Hassan.
La figure 2G'J montre deux ouvriers en train de confectionner une
Fig. 202.
. ïCa. Fig. 2W.
Bijoux égyptiens.
pièce d"orfcvrcrie, et un autre qui attise le feu avec un long tube pour faire fondre le métal. Sur la figure 270 on voit un ouvrier qui pèse l'or
Fig. 2C0.
Fig. -Ml.
Bijoux (^gyptions.
Fig. 2«8.
et un scribe qui inscrit le poids indiqué par la babncc. Knsuite on lave l'or (fig. 271) et on lui fait subir diverses préparaiions (fig. 272). Des représentations du même genre se voient également sur des tombeaux de Thèbes.
Les documents écrits font un peu défaut pour ce qui concerne l'Egypte, mais on peut y suppléer avec la Bible. D'après les ilescriptions très-précises qu'elle nous donne, nous voyons que les objets fabriiti. ae
L'IKDLSTRIE.
qués dans le désert par les Hébreux devaient ressembler à s'y méprendre à ceux qui sont représentés sur les monuments égyptiens de laXVlII'
l-'ib'. 2t)9. — Uu atelier d'orlévres. tPeinluro de Beui-Hassan.)
dynastie, époque à laquelle on rattache ordinairement le départ des Israélites. L'arche sainte dont parle l'Écriture paraît avoir reproduit identique-
Fig. 2"0. — Ouvriers pesant ror, (Peinture de Bcni-Hassan.)
ment celle qui figure sur les barques sacrées d'Isis etd'Ammon, et si la barque a disparu, c'est qu'elle était l'emblème du Nil, dont la fécon-
Fig. 271. — Ouvriers lavaut l'or. (Peinture de Beni-Hassan.)
dite aurait inspiré du regret aux Hébreux pendant la rude traversée du désert. Si nous ajoutons à cela que le veau d'or, auquel les Hébreux rapportaient si volontiers leurs hommages dès que Moïse avait le dos tourné, rappelle singulièrement le culte d'Apis, on verra que les Hé-
LES METAUX
^ii3
i)rcux, durant cette période, n'ont fait qu'appliquer ce qu'ils avaient appris des Ég;yptiens pendant leur captivité.
Le procédé indiqué par la Bible est celui du repoussé : « Tu feras deux chérubins d'or; tu les feras d'ouvrages faits au marteau aux deux bouts du propitiatoire. — Tu feras aussi un chandelier d"or pur-, le
Fig. 272. — Préparation du métal pour l'orfévrcric.
chandelier sera façonné au marteau; sa tige et ses branches, ses plats, ses pommeaux et ses fleurs en sortiront... » Du reste, si l'on excepte le moment qui suit immédiatement la sortie d'Égjpte les Hébreux ne paraissent pas avoir cultivé beaucoup les arts du métal. Les objets sacrés qui décoraient le temple de Salomon étaient dus à des mains étrangères. Les Juifs ne paraissent pas davantage s'être livrés à la bijouterie profane, car lorsque les prophètes reprochent aux femmes d'Israul leur penchant effréné pour les parures, ils ne man- (lucnt pas d'ajouter que les bracelets et les colliers qu'elles portent sont des ouvrages deTyr et de Sidon.
Les Phéniciens passaient pour très-habiles dans le travail des métaux. Us exploitaient des mines d'or dans |)lusieurs endroits et les vestiges de leurs énormes travaux dans l'île de Thasos excitaient encore longtemps après l'étonncment et l'admiration d'Hérodote. Néanmoins les objets en or de
fabrication phénicienne sont assez rares dans nos collections. M. Henan en a rapporté quelques-uns de son \oyage en l'hénicie, entre autres une petite tétc extrêmement barbare que reproduit la ligure 273. Le sentiment de la forme humaine parait avoir niantiué coin-
FiguriDO on or trouvée -^ Adloun.
(Travail pliéniciva.)
L'INDUSTRIE
plétemcnt à ce peuple, qui apportait dans le travail des métaux une grande habileté technique, mais qui semble n'avoir eu aucune disposition native pour les beaux-arts. On a retrouvé sur l'emplacement de l'ancienne Sidon quelques colliers et des amulettes en or. Un collier de fabrication phénicienne trouvé dans l'île de Rhodes est particulièrement curieux par le style de sa décoration (fig. 27/i). Il est formé de petites plaques d'or représentant alternativement une Diane Persique et un centaure sous la forme archaïque. On désigne généralement sous le nom de Diane Persique une figure ailée tenant un animal fabuleux dans chacune de ses mains; c'est un type origi-
Fiï. TA.
-Frutjujcut Uo uuiiiur eu plaques estampées.
naire de l'ancienne Asie et qui se retrouve assez fréquemment sur les monuments étrusques. Quant au centaure, il présente la plus ancienne forme de cette création mythologique, celle d'un homme au dos duquel s'adapte la croupe d'un cheval, mais qui garde par devant ses jambes humaines. Ce type grossier se trouve également sur les vases grecs de l'époque archaïque, mais la coiffure égyptienne donne à celui-ci une physionomie tout à fait spéciale. Nous avons reproduit déjà (tome II, fig. 289 et 290) deux bijoux en or de fabrication phénicienne qui font également partie de la collection du Louvre.
Les Phéniciens paraissent avoir exploité dès une haute antiquité les mines de la Colchide, contrée qui avait la réputation de receler beaucoup d'or. « Un fait qu'on donne pour certain, dit Strabon, c'est que les torrents de la Colchide roulent des paillettes d'or que les barbares recueillent à l'aide de vans percés de trous et de toisons à longue laine, circonstance qui aurait suggéré, dit-on, le mythe de la toison
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d'or. » L'importance qu'a dans les récits de l'âge héroïque l'expédition des Argonautes, destinée à ravir une toison d'or gardée par un monstre dans une contrée lointaine, montre quelle était à cette époque la rareté de l'or en Grèce. Mais toutes les traditions s'accordent à montrer l'Asie comme possédant ce métal en quantités énormes. Nous n'en voulons comme preuve que la légende des Arimaspes et celle des griffons gardiens de prodigieux trésors. « Au nord de l'Europe, dit Hérodote, l'or abonde ; comment l'obtient-on ? Je ne puis en parler avec certitude; on dit, toutefois, que des hommes n'ayant qu'un œil, et dont le nom est Arimaspes, le ravissent à des griffons. Je ne crois pas que des hommes, constitués d'ailleurs comme les autres, naissent avec un seul œil. Quoi qu'il en soit, les contrées extrêmes qui embrassent et enserrent le reste de la terre contiennent et possèdent ce qui nous parait être le plus beau et le plus rare. » Hérodote se montre plus crédule pour les fourmis chercheuses d'or ([ui, d'après les récits qu'on lui a faits sur llnde, étaient grosses comme des renards et recherchaient les paillettes d'or éparses dans les sables du désert. Elles en faisaient de petits tas qu'elles défendaient contre l'avidité des Indiens, mais ceux-ci s'en emparaient pendant lo moment où les fourmis s'étaient retirées dans leurs trous pour éviter la chaleur du jour. Les fables sur le roi Midas, changeant tout ce qu'il touche en or, celles qui concernent le l'actule et les récits relatifs aux trésors de Crésus prou\cnt les richesses métalliques de l'Asie Mineure.
Le musée du Louvre possède quelques objets en or provenant des fouilles faites en Assyrie. La rareté extrême des bijoux de l'Assyrie et de la l'erse provient des dévastationssuccessives qui ont passé surccs contrées, mais les inscriptions ne laissent aucun doute sur l'opulence prodigieuse dont les auteurs anciens ont tant parlé. Crlle qui est connue sous le nom de FaslcH de Sar/ion nous apprend, par exemple, que ce prince a réjoui le cœur des dieux par ses magnili(iiies présents consistant en vases (le métal précieux et en bijoux. Il prodiguait à ses lieutenants des cadeaux qui étaient toujours do riches pièces d'orfèvrerie. Au reste, la prodigalité était une vertu facile à ces rois guerriers, dont la richesse consistait en un butin qui se renouvelait sans cesse. Et dans la description de ce butin nous voyons toujours un trAne en or, des tiares, des sceptres, des parasols, où les pierreries de tous genres sont associées aux métaux précieux. Assourbanipal, dans une inscription contenant le récit d'unes de ses victoire-:, rapporte qu'il a pris comme butin une (Itiantitè de chevaux et de mules, dont les harnais éi.iieni d'or et d'argent.
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Le luxe inouï des rois de Perse et de leurs satrapes est attesté par trop d'historiens contemporains pour qu'on puisse le mettre en doute, mais nous manquons de renseignements pour déterminer le style et le caractère particulier des grands ouvrages d'orfèvrerie dont il estsi souvent question dans les auteurs. Hérodote, parlant du camp des Perses, pris par Pausanias après la bataille de Platée, dit qu'on y trouva une quantité énorme de cratères, de coupes et de vases de toutes grandeurs en oret en argent. Alexandre ne put retenir un cri d'admiration lorsqu'il pénétra dans le camp de Darius, après la bataille d'Arbèles. Les descriptions des palais de Suse, de Persépolis, d'tlcbatane, dépassent en splendeurs celles qu'on voit dans les Mille et une \uils. Malheureusement les fouilles qu'on voudrait tenter dans ces contrées inhospitalières présentent de telles difTicultés que nous ne trouvons dans nos musées aucune pièce à l'appui de ces récits.
« Il est reconnu, dit Clarac dans son Musée de sculpture, que les anciens ont fait grand usage de l'or dans leurs statues, et il nous reste à entrer dans quelques détails sur les modes d'opération auxquels ils ont pu avoir recours pour exécuter avec ce métal des statues de toutes dimensions, et souvent même dans des proportions colossales. Le procédé de la fonte massive dans des moules est trop dispendieux et demande une trop grande quantité de métal pour que l'on puisse admettre qu'il ait été fréquemment pratiqué dans la confection des statues d'or. Cette méthode ne dut avoir lieu qu'à des époques très-reculées, lorsque l'art était encore dans son enfance, ou quand il se présentait des circonstances oii l'on se croyait obligé, par quelques motifs religieux ou de reconnaissance envers les dieux ou envers les rois, de leur offrir des statues d'une valeur considérable, où le prix de la matière devait être en proportion des bienfaits que l'on avait rc(;us ou que l'on espérait recevoir. »
Les peuples de l'Orient, qui avaient de l'or en abondance, ont souvent rcprésjinté l'image des divinités avec du métal massif, mais dans les ouvrages des Grecs et des Romains, l'or n'apparaît en général que comme un placage. C'est du reste ce qui ressort clairement d'un passage du Jupiter tragique de Lucien, dans lequel Mercure, chargé de convoquer tous les dieux pour s'opposer en commun aux progrès de la philosophie, est embarrassé par les questions de préséance. « H n'est pas facile, dit-il à Jupiter, de savoir si un dieu d'or, qui pèse plusieurs talents, mais qui n'a aucune valeur de main-d'œuvre et qui n'est enfin qu'un dieu du commun, sans nulle proportion, doit s'asseoir devant les
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dieux d'airain de Myron et Polyciùte, ou ceux de marbre de Phidias et d'Alcamùne; faut-il préférer l'art à la matière?
« Jupiter. — Cela vaudrait mieux, mais l'or est cependant préférable.
« Mercure. — J'entends; tu veux que je les place selon leur richesse et non pas selon leur supériorité et leur mérite... Mais il me semble. Jupiter, que les barbares vont occuper seuls les bancs de devant, car les Grecs que tu vois ici, beaux, agréables, bien faits, sont tous de marbre ou d'airain ; les plus magnifiques sont d'ivoire, relevés d'un peu d'or, qui leur donne de l'éclat et de la couleur; mais à l'intérieur ils sont de bois et recèlent de nombreux troupeaux.de rats qui y ont établi leur république. Au contraire, cette Bendis, cet Anubis, qui ont à leur côté Attis, Mithrès et Men, sont d'or massif et d'un prix vraiment considérable... »
On donne le nom de toreuliquc à un genre de travail qui consiste à réunir dans un même ouvrage des matières précieuses de diverses natures, telles que l'or et l'ivoire. « Si la toreutiquc produisait des statues, des colosses, dit Clarac dans son Musée de sculpture, ce n'était pas par les mêmes moyens que la statuaire, et même leurs résultats, sous plusieurs rapports, étaient différents. L'essence de la toreutiquc était de procéder par assemblages, par compartiments, d'opérer par la division du travail. Réunissant des matières diverses, elle on formait par parties souvent très-mu Itipliées un ensemble que la statuaire imita et reproduisit, en n'employant qu'un métal qu'elle fondait ou d'un jet, ou en un petit nombre de pièces. Si la toreutiquc avait recours à la fonte, ce n'était que poiu- préparer son travail, dont elle exécutait la plus grande partie ■au cisclet. C'était là son principal instrument; soit qu'elle décorât d'ornements en relief des vases d'or et d'argent, et tous les meubles que le luxe des temples, des maisons et de la table avait inventés dans sa magnificence, soit que réunissant le bois, l'ivoire, l'or, l'argent et les autres métaux, elle en format les plus belles statues. La toreutiquc dut sa naissance à la sculpture en bois, et la nature de ses procédés, de ses assemblages, ra[)polait son origine. S'élevant avec le luxe dos particuliers et l'opulence des temples, elle remplaça par des statues de matières précieuses les divinités de bois et les étoffes variables dont jadis on les couvrait avant qu'elle eût déployé toute la richesse de ses ressources. Longtemps avant que l'art de la fonte eût inventé les moules à noyau, la toreutiquc, par les procédés plus simples du sphijrilatoii, f> l'aide du marteau et du risolet. nvnif déi?! pnvluit dans tous les genres
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des ouvrages considérables, et que la nature de son travail par parties détacliées rendait d'une exécution plus facile que dans toute antre manière de sculpter; aussi n est-il pas étonnant qu'elle ait précédé la statuaire en bronze à moules à noyau et la sculpture en marbre, et qu'elle se soit maintenue en honneur lorsque ces arts furent parvenus à un haut degré de splendeur qui n'effaça jamais l'éclat dont brilla la toreutique. »
Il ne nous est rien resté de la toreutique des anciens. Parmi les ouvrages de style primitif qui avaient de la célébrité dans ce genre, Pausanias cite deux statues qui se trouvaient à Sicyone. L'une est une Vénus de Canachos, sculpteur, qui vivait au \t siècle avant notre ère. L'autre, qui est de Calamis, statuaire d'une date un peu postérieure, représentait un Esculape imberbe. Dans la période suivante, les plus célèbres statuaires de la Grèce ont fait des ouvrages en or et en ivoire. La fameuse Junon de Polyclète, à Argos, la Minerve de Phidias, qui était dans le Parthénon, et le Jupiter Olympien, du même artiste, que l'on considérait comme le chef-d'œuvre de la sculpture grecque, étaient faits avec les mêmes matières. Ces statues étaient de grandeur colossale. Il ne semble pas qu'on ait continué à faire de la toreutique sous la période macédonienne et romaine, ce qui tient peut-être aux frais énormes que coûtait l'entretien de statues de ce genre, qui étaient exposées à de promptes dégradations.
L'or a été employé de tout temps pour les objets dorfévrcrie et de parure.
Les fouilles exécutées par M. Schliemann dans l'ancienne Troade ont amené des résultats extrêmement curieux pour l'archéologie, et les objets qu'il a découverts remontent à la plus haute antiquité, mais il n'est pas démontré qu'ils appartiennent réellement à la ville de Priam, dont l'emplacement même est le sujet de nombreuses contestations. En revanche, les dernières découvertes de ce savant dans les tombeaux do Mycènes ont un caractère d'authenticité qui les rend infiniment précieuses. S'il met parfois un peu de complaisance pour certaines attributions historiques, qui conviennent plus particulièrement au but de ses recherches, l'emplacement du moins est en dehors de toute contestation, et la date qu'il assigne aux objets qu'il a trouvés a du moins pour elle de très-grandes probabilités.
Nous avons déjà reproduit (tome I, fig. 385 et 386) des masques d'or trouvés dans le caveau que M. Schliemann considère comme le tombeau d'Agamemnon. L'ensemble de sa découverte constitue incontestable-
LES METAUX
ment le document le plus complet que nous connaissions sur l'orfèvrerie des temps héroïques.
L'ornementation en spirale paraît avoir été très-usitée dans l'époque iiéroïque, et les fouilles exécutées à .Mycènes par M. Schliemann ont
Fig. 2-lS.
Ornements grecs en spirales.
mis au jour un grand nombre de fragments qui présentent ce caractère. Les figures 275 et 276, qui montrent des spirales adaptées à un tube, paraissent avoir appartenu à des colliers dont il n'est resté que ces fragments.
De curieux boutons d'os recouverts de plaques d'or "ont été décou-
Fig. 211. — Boulon.
verts h Mycf'nos. La figure 277 peut donn(M- une idée de rornementation qui les décore et ([ui consiste en un losange bordé de cercles ; loui ce travail est au repoussé.
M. Schliemann a trouvé dans les tombeaux de Mycénes des petits ornements d'or en forme de croix. La ligure 279 montre une de ces m. 27
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croix; elle est formée de quatre larges feuilles ornementées, entre lesquelles sont d'autres petites feuilles longues et pointues. Un autre ornement en forme d'étoile est représenté sur la figure 278. Cette
Fis. 27S.
Fig. aiD.
Ornements d'or.
étoile était probablement destinée à recevoir au centre un ornement à larges feuilles, comme celui de la figure précédente ; ces deux objets