III
170 L'INDUSTUIE.
Onêsimus, peintre ; Pamédes, peintre, travaillait en Grèce ; Pamaphi'ts, potier; Pandorits, potier; Panthœus, peintre. — Une coupe du Louvre, représentant le Minotaure, porte le nom de Phamphaios. — On propose de voir dans cet artiste un élève de Nicosthèncs. Le musée du Louvre possède encore de lui plusieurs vases : Un satyre luttant acec une bacchante, Ménèlas poursuivant Hélène, et sur le coi, des Néréides portant des dauphins. Une coupe représentant un combat. Une autre coupe représentant un archer est également attribuée à Phamphaios, mais ne porte pas de signature.
Pliédippe, peintre; Phillias, peintre; Phnjnus, potier; Pistoxcnc, potier; Polygnotc, peintre; Poséidon, peintre; Pothinos, peintre; Praxias, peintre; Psiax, peintre, travaillait en Grèce. Vases à figures rouges. Python, potier: Silanion, peintre; Simon, potier; Slajtcs, peintre, travaillait en Grèce. Vases à figures noires. Socles, peintre; Sosias, peintre ; Taconidés, peintre ; Taléides, potier ; Théoxotus, potier ; Tliénclés, potier.
On appelle thériclée une espèce de coupe assez profonde et ayant de courtes anses, comme le calice ordinaire. Ce vase doit son nom à Thériclès, potier de terre, natif de Corinthe, qui en fut l'inventeur, et qui, suivant Athénée, fut le contemporain d'Aristophane. Théopompe, cité par Athénée, en fuit mention dans sa Némée : « Viens ici, fidèle enfant de Thériclès; charmante figure ! Lorsqu'on te sert tout plein, je ne désire plus autre chose. » 11 paraît que la thériclée était un vase de couleur noire; c'est du moins ce qui paraît résulter d'un passage des Joueurs de dés, d'Eubule (cité par Athénée) : « Déjà ils prenaient une de ces thériclées d'une grande capacité, dont l'écume, montant par-dessus les bords, se répandait sur les mains des buveurs. C'était un vase noir, tourné en perfection, qui, comme une source, jaillissait rapidement; rincé avec soin, il jetait au loin un reflet brillant de sa surface, sur laquelle un lierre se répandait de fous côtés. » Un autre passage du même auteur montre que la thériclée était toujours d'une assez grande dimension : « 0 terre à potier ! Thériclès te modela un jour en dilatant le fond de tes flancs creux. Sans doute qu'il connaissait bien le naturel des femmes, car elles n'aiment pas à boire dans de petits vases. »
Thyphilidh, potier ; Timagoras, peintre. — Le musée du Louvre possède un superbe vase portant la signature de Timagoras, avec une inscription en partie effacée, mais qui veut dire, suivant les archéologues : <c Androcide paraît beau à Timagoras. » Le sujet principal qui
LA Céramique:.
dûcoro la panse représente la lutte d'Hercule contre Triton ou Nérée. Dans la frise qui est au-dessus, on voit un jeune homme qui prend congé de son père au moment do partir pour la guerre, ^ous avons fait reproduire ce beau vase dans la figure 211,
Timonidas, potier, travaillait en Grèce. Tlêpolème, potier; Tlcson, fils de Néarquc, potier. — Les vases de cet artiste ont été découverts en Italie et en Grèce. Le Louvto possède de lui une coupe sur laquelle sont représentés deux béliers. Tychius, potier; Xénodis, potier; Xénophantos, potier. — Suivant M. Albert Dumont, ce céramiste a dû passer une partie de sa vie sur le Pont-Euxin, où il avait un atelier. On connaît de lui des vases décorés de figures rouges. Zeuxiad'es, peintre.
PoTEiiiES iT.VLiENNES. — On donnait autrefois le nom de vases étrusques à tous les produits céramiques revêtus de peintures ; on sait
l-'ig. 'iVJ. — Potorio étrusqitu.
aujourd'hui (juc les vases peints sont presque tous de fabrication groccpir, les Étrusques et les Italiens n"ayant commencé à en faire que fort tard et en imitation du goût grec. Les véritables poteries éirusqucs. qui forment dans la c'^raiiiique une classe absolument spéciale, ne se trouvent qu"en lialie. On en a recueilli dans les tombeaux de l'ancienne Gœré (Cervctri) ([ui sont cntii'i'ement noirs et sans gla^ure : quelquesuns remontent à um; très-haute antiquité. Lacouleur noire de ces vases ne lient pas h une terre particulière, et semble plutôt avoir été obtenue h la cuisson, car l'argile, qui est noire à la surface, va en s'éclaircissant
L'INDUSTRIE
à mesure qu'on se rapproche du centre, où il est même quelquefois tout à fait jaune. C'est ce qu'on a pu constater plusieurs fois dans ceux qui ont une brisure.
Les poteries étrusques ne portent généralement aucune peinture,
ng. zau.
Poteries étrusques.
mais elles sont quelquefois décorées de figures gravées ou modelées en relief avant que la pâte ait été durcie. Quelques-unes ont pour ornem<Mit
Fig. 222. — Poterie étrusque.
do simples raies gravées à la pointe sur l'argile fraicho et qui font \>^ lour du vase, ou bien dessinent de petits enroulements dont la combinaison est assez primiiive. On y voit aussi des imitations assez grossières de la nature humaine, ou bien des monstres empruntés à l'Asie : ces dessins bizarres sont représentés soit en creux, soit en relief, et on peut supposer que chaque centre de fabrication avait ses préférences
LA CÉRAMIQUE
(fig. 219 à 223). Ainsi, à Chiusi, à Volterra et à Viiici, on trouve surtout des vases avec dessins en relief, tandis qu'à Véios on en découvre plutôt avec des ornements en creux.
Quelques-uns de ces vases laissent voir des influences orienabs;
on y trouve tantôt des sphinx ou des tètes qui rappellent Isis, tantôt des taureaux à face huiiuiiiic, des centaures à pieds d'homme, des lions ou dos panthères, motifs di; docorations originaires d'Asie. On
l'ig. •i'ij.
Putorics iHriMques.
FlR. ïïli.
pourrait niènie croire quî certaines chasses qui .se déroulent sur la panse de ces vases ont été gravées on y appli([uant un cylindre assyrien. Ailleurs ce sont des poissons, «les masques, des fleurs, des guerriers, etc. La forme des vasi s est souvent bizarre; il y en a dont le couvercle est une lètc humaine (II},'. 225). On trouve des coupes, des amphores, des canthares ((!,'. 22'i ft 22C>), des hiasiers décorés de
L'INDUSTRIE
figures bizarres, des réchauds à quatre pieds, des fourneaux dont quelques-uns sont assez compliqués et d'un usage difBcile à expliquer. C'est ainsi que certaines productions céramiques (fig. 227 et 228), qualifiées de réchauds dans des collections, sont regardées par quelques
riy. 227. — Kecliaud.
amateurs comme des boîtes analogues à nos porte-liqueurs, et destinées à contenir des vases plus petits. Cette disposition, dont on peut juger par la figure 229, a été adoptée comme la meilleure par quelques conservateurs de musée.
Fig. 2-28. — Réchaud.
11 serait assez téméraire de vouloir assigner une date positive à ces produits, car quelques-uns sont d'une très-haute antiquité, tandis que d'autres paraissent remonter tout au plus à la république romaine. Pline nous apprend qu'il y avait sous Numa une populution nombreuse qui fabriquait des poteries; ces poteries étaient probablement assez analogues k celles qui se fabriquaient en Étrurie. Mais en général le ter-
LA CÉRAMIQUE. 175
ritoire où l'on a trouvé des poteries de terre noire et assez restreint : au nord, on n'en découvre pas au delà de Sienne, et au sud, elles franchissent bien rarement le Tibre.
La fabrication des poteries étrusques paraît avoir marché parallèlement avec celle des poteries grecques, mais, quoiqu'elles aient l'une comme l'autre leur point de départ en Orient, elles ont suivi dans le décor une voie très-différente. Qumd les céramistes grecs représentaient des marches d'animaux disposés par zones et se détachant quelquefois sur un champ de rosaces, ils étaient très-certainement im-
Pig. 229. — Réchaud ou botte.
pressionnés par les dessins des tapisseries et des tissus, dont la fabrication parait avoir eu pour point de départ la Babylonie, mais (jui s'est répandue assez promptemcnt dans l'Asie Mitieure et principaictnent à Milet. La Lydie faisait de ces tissus un très-grand commerce d'exportation et les répondait à profusion dans toutes les villes grecques. Mais ce sont surtout des objets métallitiues de fal)rication pliénicirutie que le commerce maritime importait en Étrurie et dans l'Italie centrale, et les Étrusques reproduisaient assi-z voloiiliers dans leur cérainiiiue le système ornemental qu'ils trouvaietit datis ces objets (fig. 230).
Les poteries d'Arezzo, dont la fabrication est postérieure à celle des ouvrages dont nous vêtions de parler, sont généraletnenten terre rouge vernissée. Lo musée du Louvre en possède une assez belle collection. Ce genre de poterie, qui cstgénéralemetit d''coréd'ornetnentseti relief, a été pratiqué sous la période romaine, dans une grande partie de l'Ita-
17C L'IA'Dl STUIF..
lie (Qg. 231). Quelquefois les coupes soni accompagnées d'inscriptions dont nous avons donné un spécimen (tome II. fig. 2k-)-
Kig. 230. — Vase un lune tuiic.
Quelques provinces de 1 Italie méridionale et diverses localités.
Fig. 231. — Vaso ïolif d« r.\puIio.
comme Cumes et Kola, ont persisté pendant assez longtemps à faire
LA CERAMIQUE.
des vases dont la décoration se rattache aux écoles grecques. Dans d'autres, au coniraire, ou trouve un style tout à fait spécial.
L'Apulie a été un centre de fabrication pour une catégorie de vases qui sont sculptés et peints, et dont la forme, élégante et bizarre tout à la fois, donne à l'emploi qu'on en pouvait faire un caractère problématique (fig. 231). La plupart de ces vases sont d'assez grande taille ; quelques-uns ont une grande ouverture, comme les vases ordinaires ;
Fio'. 23*2. — Ueiis du peuple. (Poioturo du vasu.j
d'autres ont plusieurs goulots. Le plus souvent, la panse du vase est rendée comme une outre pleine, et le goulot s'élève sur la partie supérieure-, mais celte disposition se dissimule sous une telle accumulation de ligurines ou d'ornements, qu'on n'on retrouve pas toujours le principe de construction. Il semble ([uo l'artiste n'ait tenu aucun compte des nécessités de l'usage, et n'ait eu d'autre guide que son caprice pour les masques ailés, les chevaux marins et les petites divinités, qu'il fait saillir indilTéremment du col ou de la panse, et qui n'ont entre elles aucun lien symbolique.
Les vases à relief accentué forment dans la cérami(|ue aiiticiue une classe tout à fait spéciale. Au lieu de la peinture sur fond uni qu'on voit sur la plupart des vases grecs, ceux-ci sont décorés de figures qui m. 23
iîS
L'INDUSTRIE
se détachent soit en demi-relief, soit même tout à fait en ronde bosse. Ces figures, têtes ou personnages entiers, sortent des contours de la panse, des anses ou du col de vase; quelquefois même ils constituent le vase entier. 11 y en a aussi, et ceux-ci sont les plus grands, dont la forme est sphérique et qui sont surmontés d'animaux ou de personnages. Des centaures ou des hippocampes, dont on ne voit que la partie antérieure, semblent s'élancer de la panse du vase; dans d'autres, ce soni
Fig. 233. — Scène do meurtre. (Peinture de vase.)
des masques de Gorgone, ou des Tritons. Presque tous ces vases portent des traces de peinture à la détrempe, dans lesquelles le rose et le bleu dominent.
Un grand nombre de ces vases ont été découverts en Campanie, ce qui les fait quelquefois désigner sous le nom de vases campaniens.
Toutes les poteries que nous venons d'examiner sont à relief. L'Italie a également fabriqué des vases décorés de peintures, dont le style diffère totalement de celui qui était en usage dans les fabriques de style grec. Les figures 232 et 233 sont étrusques, et leur réalisme brutal contraste avec l'élégance habituelle des ouvrages grecs. Des scènes de meurtre sont assez communes dans ces représentations, dont le sujet est quelquefois problématique.
LA CERAMIQUE.
A In fia de la république, le lu\e asiatique pénétra en Italie, et les anciennes poteries de terre devinrent l'apanage à peu près exclusif des classes pauvres; l'orfèvrerie d'or et d'argent, ou tout au moins les
Fig. •Z'J I. — Vaso point
vases de bronze, étant seuls en usage pariui les gens aisés. Dès lors les céramistes ne fuent plus guère que de la poterie extrêmement
Fig. 2:ir>. — Poloriû iioinlo.
commune, la seule que l'on i-ciicnuln' sous l'empire romain. Cette ilécadeure fut assez ra|Mile, et elle cummonra par la disparition cuuiplèt des différences que nous avons signalées entre les poteries grec(iues cl les poteries étrusques. Le goût décoratif, qui fait le cliarmo des ou-
■ISO LIXDUSTlilE.
vrages grecs, disparut peu à peu dans les vases de la dernière période, dont les uns sont décorés de ligures qui s'enchevêtrent sans produire un ensemble harmonieux, tandis que d'autres montrent de grandes têtes blanches qui couvrent quelquefois toute la surface du vase fig. 23i;. Puis ces têtes elles-mêmes disparaissent et on ne voit bientôt plus que des feuilles blanches dessinées sans finesse, et des ornements rudimentaires.
Les lampes d'argile prennent en même temps que les vases un caractère grossier dans la fabrication, qui accuse une décadence complète de l'art céramique (fig. 235).
PoTEniEs BARBARES. — La Gaule, la (lerninnie, la Grande-Bretagne, fabriquaient des poteries longtemps avant l'arrivée des Romains; mais dans les tumulus où on les rencontre, il est souvent difficile de les distinguer des poteries communes de l'époque gallo-romaine, avec les-
Fig. 236. Fig. 231.
Poteries préhistoriques.
quelles elles se trouvent souvent mélangées. A. de Caumont définit ainsi leurs caractères dans son Rudimenl d'archéologie : (( La pâte, ditil, n'est pas solidement liée; elle est pleine de pircelles de silex; la couleur en est noire ou brun foncé. Cette i)àte a peu de consistance lorsqu'elle est sèche, on la casse avec la plus grande facilité et on peut la broyer sous les doigts; si on l'humecie, elle représente assez bien des morceaux de vieille écorcc qui auraient été exposés à la pluie. Quant aux formes, elles annoncent l'enfance de l'art; excepté quelques fragments où on reconnaît l'usage du tour, les autres ont appartenu à des vases qui paraissent avoir été moulés sur une forme intérieure, et polis avec la main ou taillés à l'aide de quelque instrument. Sur plu-
LA CÉRAillQLE.
sieurs fragments, on reconnaît, à la surface extérieure, des coups d'une espèce de doloire. Les ornements consistent dans des filets mal conduits et dans de petites hachures sur le bord de l'orifice. »
La figure 236, qui a été découverte en Gaule, répond assez bien à ces caractères. Sa décoration, très-rudimcntaire, consiste en deux petites bannes croisant le vase obliquement, de manière à former des triangles sur sa panse.
La figure 237 représente un vase de terre troiivii dans un tumulus en Angleterre; sa fabrication parait antérieure à la domination romaine, et il peut être classé parmi les produits des temps préhistoriques.
Dans la période romaine, la poterie rouge fut très-employée en (iaule, et on en trouve en maints endroiis des débris qui prennent place dans nos collections. En général les po!eries gallo-romaines ne
diffèrent pas énormément de celles que Ion fabriquait en lialic. Quoique le rouge soit la couleur dominante, le blanc cl le noir jouent aussi leur rôle dans cette poterie, qui a donné quelques beaux produits.
La figure 238 représente un vase gallo-romain d"une forme assez élégante, qui a été trouvé, avec plusieurs autres, du coté de Gaillac. Il est à couverte blanche et décoré de dessins géométriques rouges et noirs.
Fig. -238.
Vase g:i1Io>romuin en terre.
Les TERnES eniES. — Lïirigiiic de la terre cuiie remonte aux débuts de l'industrie humaine, et si le premier usage qu'on en a fait a été pour les poteries, son application à la sculpture ornementale ou même aux figures doit également remonter à la plus haute antiqiiiti'. Les petites figurines égyptiennes en terre vernissée se trouvent en grand nombre dans les tombeaux, et nos musées en sont abondamment pourvus. Kn Assyrie, on eu déposait sous le sol comme talismans; les dieux (juc ces terres cuites représentent avaient le pouvoir de conjurer les génies malfaisants. Dans le palais de Sargon, ;i Khorsabad, on a trouvé des statuettes cachées sous le pavage des cours et disposées dans des cachetti-s on briques. Ces statuettes, qui sont maintenant au Louvre, sont exécutées avec une argile grise et 'criblée d'une quantité
L'INDUSTRIE
de petits trous qui paraissent avoir été produits par les parcelles de paille que les Assyriens mêlaient à la terre pour la fabrication des briques. Les statuettes trouvées en Chaldée et en Babylonie sont de deux sortes : les unes sont d'argile massive et modelées sur une seule face; les autres sont creuses et moulées en deux pièces. La terre est d'un blanc verdàtre et d'une extrême dureté.
Fig. 239. Fig. 240.
Terro cuite do la Cyrénalque.
Les terres cuites phéniciennes, très- grossières pour la plupart et d'une couleur tirant sur l'orangé, présentent généralement des imitations lointaines de types égyptiens ou assyriens. L'île de Chypre a offert une riche moisson de terres cuites, depuis l'époque archa'ique primitive jusqu'à la période gréco-romaine.
Les fouilles exécutées près de Tarse, en Cilicie, ont fourni quelques jolies terres cuites grecques. Le Louvre, si riche en antiquités de ce genre, possède une très-belle collection de figurines trouvées dans les nécropoles de la Cyréna'ique (fig. 239 et 2?iO), de l'Attique et surtout de la Béotie. Ces dernières, qu'on désigne sous le nom de terres cuites de
LA CÉRAMIQUE
Tanagra, parce que le cimetière de cette ville en a fourni un très-grand nombre, ont étû trouvées il y a peu d'années, et cette découverte a fait un très-grand bruit dans le monde archéologique (fig. 24 1 à 2kh)-
« Déjà à plusieurs reprises, dit M. Rayet, les Albanais des misérables hameaux de Skimatari, Bratzi, Liatadi et Staniatœs, situés tous dans un rayon de 5 ou 6 kilomètres autour de Tanagra, avaient trouvé par hasard, en labourant leurs champs ou en piochant leurs vignes, des tombeaux contenant tantôt des vases, tantôt des figurines en terre cuite ;
Flg. 241.
Groupe en terre cuilo de Tanagra.
Fig. î-l*.
Terre cuite antique.
mais c'est en 1872 seulement que commencèrent des recherches suivies. Un fouilleur de profession, le cortiote Yorghis Anyphantis, qui venait de mettre sens dessus dessous la nécropole de Thespies et n'y trouvait plus rien de bon à prendre, eut l'idée de venir explorer les tombeaux de Tanagra; il reconnut bientôt que ces tombeaux étaicntde deux sortes : les uns, simples trous creusés çà et là au milieu des champs, étaient d'une époque fort archaïque et ne renfermaient quo des vases; les autres, régulièrement alignés le long des routes et formés de grandes dalles de tuf, étaient d'une époque plus récente et ne contenaient plus do vases peints, mais en revanche des figurines, de une à trois ou quatre dans l'intérieur, cl parfois d'autres, beaucoup
iU
L'IKDUSTniE.
plus nombreuses, au-dessus du couvercle. De ceux-là, la recherche était fort aisée ; une fois la direction d'une route reconnue sur un point, il n'y avait qu'à la suivre. Aussi, les fouilles de Yorghis eurent-elles un plein succès, et la quantité de figurines qu'il trouva, les prix avantageux qu'il obtint des marchands d'Athènes, ayant décidé les Skimatariotcs d'abord, puis les gens des autres villages à chercher, eux aussi, les tombeaux, à partir de 1872, vases et terres cuites de Tanagra arrivèrent en grand nombre à Athènes.
C'est dans ces premiers temps des fouilles, et avant que les prix fussent très-élevés, que put être formée la collection du Louvre, collection sans rivale dans tous les musées d'Europe, et qui se distingue non-seulement par le nombre et la beauté des pièces, mais surtout pour leur virginité.
(c Ces heureux temps, où les plus jolies figurines se vendaient cent ou deux cents francs au plus, ne durèrent d'ailleurs que fort peu. En quelques mois les prix de vente décuplèrent, chaque marchand d'Athènes eut son agent à Tanagra, chaque trouvaille Enfant vêtu do la chemisette, donua Hcu à uue sorto d'cnchèrc , si bien qu'on commença à Skimatari même à parier de cinq cents ou de mille drachmes, et que toute la population valide abandonna le travail des champs pour se consacrer aux fouilles. La route de Thèbes fut suivie jusqu'à plus de deux heures de distance, jusqu'aux hameaux de Patza'itœs et de Moustaphadès. Celle de Chalcis, qui passe au milieu même de Skimatari, celle d'Aulis, qui enesttoute voisine, furent explorées presque aussi loin. Celle d'Athènes, par Oropos, à travers la plaine de Kokkali, fut excavée jusqu'au delà de Staniatœs; le chemin de montagne d'Athènes, par les maquis de Kapsa, Spilia et lapasse de Vigla (Philé), fut fouillé jusqu'à Liatani, pointau delà duquel il s'engage dans les rochers. Lorsque le gouvernement grec s'avisa de faire interdire les fouilles et de faire occuper militairement les villages, on continua de travailler pendant la nuit. Tout d'ailleurs, ou peu s'en faut, était déjà fait. Aujourd'hui, de grandes traînées blanches, produites par l'apport à la surface des terres du sous-sol , s'é-
Fig. 24:)
(D'après une terre cuite de Tanagra.)
LA CÉRAMIQUE
tendent à perte de vue à travers les champs et les vignes et indiquent les fouilles faites. Les gens du pays évaluent à six ou huit mille le nombre des tombeaux ouverts par eux; mais il s'en faut de beaucoup que dans tous on ait trouvé des figurines ; un bon quart en effet ont resservi à l'époque romaine et ne contiennent rien ; d'autres ont été, à l'époque grecque elle-même, vidés par des voleurs (le pillage des sépultures était une industrie irôs-!ucraiive et trùs-praliqiiée) ; la moitié au plus sont restés intacts. Encore, dans tous ceux qui sont creusés nu milieu des alluvions rougeatres et perméablcsdes vallées, les figurines ont été tellement attaquées par l'humidité qu'elles se fendillent et s'effritent en miettes au premier contact de l'air; c'est seulement lorsque les tombeaux sont creusés dans les couches d'argile blanche adossées au (lanc des collines que les terres cuites sont bien conservées et peuvent être retirées entières ; parfois même, mais bien rarement, ellesontencoreleurs couleurs. Quant à celles qui étaient placées sur le couvercle des tombes, elles sont toutes brisées et l'ont probablement été à dessein, au moment même des funérailles. Les marchands d'antiquités recueillent avec soin tous ces débris, les recollent en combinant
ensemble des morceaux de terres cuites différentes, mais d'attitudes semblables, et couvrent ensuite le tout d'une couche de blanc sur laquelle ils appliquent des peintures et de la boue; c'est ainsi que sont faites ces figurines aux roses vifs, aux bleus éclatants, qui voudraient nous faire croire que les Grecs connaissaient déjà, il y a vingt ou vingtdeux siècles, des sels méialliques dont la préparation a fait la gloire de tel ou tel chimiste de notre temps. L'épuisement de la nécropole de m. 34
Flb*. '-ill. — l'igunuo uu turro cuilo.
lS(i
L'INDUSTRIE
Tanagra et la cessation presque complète des fouilles a, depuis ces dernières années, rendu ces fraudes plus lucratives et plus fréquentes. »
Un grand nombre de statuettes grecques représentent des femmes voilées dont l'attitude pensive est bien en rapport avec leur rôle funéraire. Mais il y a aussi des figurines assez nombreuses qui représentent des enfants jouant ou se livrant à divers exercices. On en voit aussi quelques-unes dans lesquelles l'intention comique est évidente. L'Expo-
Fig. 2-)5. — Statuelte.
sitioii du Trocadéro, en 1878, en a montré de fort curieux. On voyait entre autres un marchand forain criant à tue-tête pour vendre sa marcliandise, et un vieil esclave, au dos courbé et à la marche traînante, qui montrent que les artistes grecs savaient au besoin rendre toutes les vulgarités de la vie.
L'Italie a aussi fourni son contingent de terres cuites. Nous avons déjà montré (tome I, fig. 510, 511 et 512) des sarcophages provenant des tombeaux de l'Étrurie.
Une terre cuite .du Louvre, découverte dans l'antique Ardée, montre une femme assise dont le siège représente un animal ailé auquel il manque la tête, en sorte que la personne qui s'asseyait prenait l'air d'un sphinx (fig. 2/i5).
Les statuettes en terre cuite qui ont été découvertes en Italie sont
LA CÉRAMIQUE
en général bien loin d'ofïrir autant d'intérêt que celles qui ont été trouvées en Grèce. Mais on y a découvert un très-grand nombre de basreliefs, qui semblent presque tous de travail grec et dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre.
Les carrières de marbre de Carrare n'ont été exploitées que sous les empereurs romains, et pendant fort longtemps les peuples de l'Italie centrale paraissent avoir ignoré l'existence des riches carrières dont oa