‹ La vie privée des anciensChapitre 11 sur 30 · CV · texte numérisé non relu

CV

Flg. 2S1.

Ornements d'or.

réunis ensemble devaient former l'image d'une fleur double. C'est également du règne végétal qu'est tiré l'ornement représenté sur la figure 280, mais il est difficile de savoir si la figure 281 est l'imitation d'un objet naturel.

LES METAUX

D'autres plaques d'or découvertes dans les mômes tombeaux montrent sur leur surface ronde de curieuses décorations exécutées au repoussé. Dans la figure 282 on reconnaît une seiche dont les huit bras ont été transformés en spirale, et dans la figure 283 on trouve un pa-

Fig. 238.

Seiche sur une plaque d'or.

Fig. 283.

Papillon sur uue plaque d'or.

pillon, animal qui revient assez fréquemment dans l'ornementation de cette époque. La figure 28/j montre un autre papillon en or dans lequel l'imitation est encore plus directe.

Fig 28-1. — Papillon en or.

Fig. 283. — Urni'meut ou or.

On serait tenté Je voir un pendant d*breille dans l'objet en or représenté sur la figure 283. routcfois M. Schliemann dit qu'il est trop gros et trop lourd pour avoir pu servir à cet usage; il y voit une parure pour la poitrine, il se co.nipose, dit-il, de deux pièces au repoussé, sou-

L'INDUSTRIE

dées ensemble, de sorte que l'objet présente la même ornementation sur ses deux faces.

Fig. 2Sfj. — Coiipo d'cr tl(,' travail grec.

La figure 286 est une coupe pourvue d'une anse et dont la forme rappelle celle de nos gobelets. La coupe représentée sur la figure 287 est également pourvue d'un anse, mais elle porte sur un pied et est décorée de rosaces.

Fig. 28*. — Cuupo d'or do travail grec.

M. Sclilicmann a offert généreusement à la Grèce les trésors qu'il avait découverts à Mycènes. C'est ce qui résulle de la lettre suivante qu'il publie à la fin de son livre.

« A Sa Majesté h roi Georges des Hellènes, Alhcncs.

« Avec une extrême joie j'annonce à Votre Majesté que j'ai découvert les tombeaux que la tradition, dont Pausanias se fait l'écho, désignait comme les sépulcres d'Agamemnon, de Cassandre, d'Eurymédon

LES MÉTAUX. 213

et de leurs camarades, tous tués, pendant le repas, par Cl\ temnestrc et son amant Égisthe. Ils étaient entourés d'un double cercle parallèle de plaques, qui ne peut avoir été érigé qu'en l'honneur desdits grands personnages. J'ai trouvé dans les sépulcres des trésors immenses en fait d'objets archaïques en or pur. Ces trésors sullisent à eux seuls à remplir un grand musée, qui sera le plus merveilleux du monde, et qui pendant les siècles à venir attirera en Grèce des milliers d'étrangers de tous les pays. Comme je travaille par pur amour de la science, je n'ai naturellement aucune prétention à ces trésors, que je donne, avec un vif enthousiasme, intacts à la Grèce. Que Dieu veuille que ces trésors deviennent la pierre angulaire d'une immense richesse nationale.

« llE.NF.I SCHLIEMANK.

Il Myciines, 28 novembre 187G. «

Aucune des pièces découvertes dans les tombeaux de Mycènes no nous autorise à penser que le fameux bouclier d'Achille, décrit dans 17/i'a(/e, soit autre chose qu'une œuvre de pure imagination. D'après les indications du poëte, on aurait vu sur ce bouclier la représentation des astres, celle de la terre et de la mer, les luttes sanglantes de la guerre, les travaux des champs, l'image des villes et celle des campagnes, avec les peuples qui les habitent, les troupeaux au pâturage, etc. Une pareille complication de sujets, dinicilc dans tous les temps, à cause de la confusion qu'elle aurait présentée, est inadmissible sous le rapport technique, à l'époque où ont été exécutées les pièces d'orfèvrerie découvertes à Mycôncs. Mais si la description d'Homère ne nous semble pas pratique sous le rapport de la disposition de l'ensemble et de l'agencement niulliplc des scènes à représenter, elle ne nous fournit pas moins un document très-curieux pour la partie technique du travail des métaux. Nous y voyons l'emploi simultané de l'or, de l'argonl, du cuivre, du fer et de rét;iin, et la connaissance des procédés do la soudure, d(; la gravure et di' la cisrlure. On y voit mémo qu'à celte époiiiie on savait, au moyen do certains alliages, modilier la couleur apparente des n;étaux. De même, dans la description du bouclier d'Hercule, par Hésiode, on trouve une cuirasse on or de diverses teintes, des jambières en cuivre jaune, etc. Si le poëte a donne libre cours à son imagination lorsqu'il décrit les sci^'nes représentées, il doit certainenient être cru s m- parole, lorsqu'il parle de certains elTels métallur-

L'INDUSTRIE

glques, qu'il n'a pu inventer, et qui indiquent une industrie déjà maîtresse de ses procédés.

En effet, les échantillons de la bijouterie grecque et romaine qui sont parvenus jusqu'à nous montrent souvent une grande perfection, quoique quelques-uns trahissent une influence orientale incontestable. Nous citerons comme exemple Tépingle représentée sur la ligure 288 et dont la figure 289 reproduit un détail sur une plus grande échelle. Ces animaux disposés par zones, dont la céramique nous offre également de nombreux exemples, appartiennent à un mode de décoration emprunté à l'Assyrie et à la Perse. Nous avons déjà montré dans un miroir étrusque (tome I, fig. 361) un encadrement analogue, et les représentations de ce genre sont extrêmement communes dans la fabrication étrusque.

Néanmoins la bijouterie étrusque, tout en gardant les procédés techniques des Orientaux, a su se créer un style propre, et ses produits font aujourd'hui l'admiration de tous les hommes spéciaux.

K Nous voyons, dit le célèbre bijoutier italien Castcllani, sortir aujourd'hui des nécropoles oubliées de rÉtrurie et de la Grèce, l'or travaillé avec une perfection que tous les ralTmements do notre civilisation nonseulement ne peuvent imiter, mais dont ils ne sauraient même expliquer théoriquement la méthode. II semble que les Grecs et les Étrusques aient reçu pour ainsi dire dans son entier et à son plus haut degré de perfection l'ensemble des connaissances pratiques, à l'aide desquelles les plus anciens peuples de l'Orient travaillaient les métaux précieux. » Ce serait cependant une erreur de croire que lÉtrurie et la Grèce ont toujours été tributaires de FAsie. Si elles lui ont emprunté les procédés

Fig. 288.

Épingle.

Fig. 289. — Tête d'épingle.

LES MÉTAUX

techniques, elles s'en sont servies pour exprimer clans un style trèsdifférent des idées qui appartiennent bien réellemenl au génie propre des races occidentales.

Le musée du Louvre est particulièrement riche en bijoux étrusques. Dans la belle série de colliers qui composent notre collection, nous

Fig. 290. — Fragment do collier ctrusquo on or.

appellerons plus particulièrement l'attention sur le collier d'or étrusque, auquel est suspendue une petite têle portant des cornes et des oreilles de taureau et dans laquelle on a cru reconnaître un Baccluis Ilébon ou une représciiiaiion de fleuve (lig. 290). Cette tète est de style archaïque, mais d'un archaïsme volontaire et savant, qui n'indique au-

Fig. 291. — Fragiuoat do collier.

cuncmcnt un art dans l'enfance, mais au contraire un art sûr de luimême et imitant l'époque primitive avec une incroyable habileté. La face est couverte de granules d'or excessivement fins cl réguliers, et les cheveux sont imités avec des fils d'or tournés en spirale et terminés au centre par un petit grain. La tète est coilTéc d'un diadème et suspendue par une béliùre de fils d'or tressés et terminés par des agrafes. Ce bijou, d'un travail oxiiuis et d'une conservation parfaite, est considéré coinnio un des plus précieux de la collection.

L'INDUSTRIE

Les fragments de colliers représentés sur les figures 201 et 292, ainsi que la chaînette de la figure 293, appartiennent également à la bijouteiic étrusque. Du reste, nous avons déjà donné de nombreux échantillons de cette bijouterie dans le chapitre sur la parure des femmes (tome II, pages 331 et suiv.)- Nous n'avons pas non plus à revenir sur ce que nous avons dit dans le même chapitre sur les bijoux romains. Mais une pièce qu"on ne peut passer sous silence, c'est la célèbre coupe, placée dans le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale et connue sous le nom de Pathr de Rennes. « C'est, dit le catalogue, une coupe d'or massif, fabriquée au marteau, décorée d'un

Fig. 292. — Fragment do collier.

Fig. 293. — Chainetto.

emblema et d'une bordure de médailles romaines. Les anciens nommaient cmhlcma des bas-reliefs exécutés sur des plaques mobiles, qui s'adaptaient au fond des coupes et pouvaient s'en détacher à volonté. Le sujet représenté ici est la lutte de Bacchus et d'Hercule, ce qui signifie allégoriquement le triomphe du vin sur la force, Bacchus tient dans la main droite un rhyton qu'il lève fièrement pour montrer qu'il l'a vidé jusqu'à la dernière goutte, tandis qu'Hercule, déjà à demi vaincu, laisse tomber son canthare. Le bas-relief de la bordure représente le triomphe de Bacchus, à demi couché sur son char que traînent deux panthères, tandis qu'Hercule, qui a porté le monde et ne peut plus se soutenir lui-même, s'avance en chancelant, soutenu par deux bacchantes. C'est en 1774 que cette patèrc a été découverte à Rennes par des maçons, qui travaillaient à démolir une maison du chapitre métropolitain de cette ville. »

La figure 294 représente ua bracelet gaulois dont l'ornementation en spirale présente quelques rapports avec les ouvrages découverts à Myccnes dont nous avons parlé précédemment.

Pline le Naturaliste nous a donné quelques renseignements sur

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l'exploitation des mines d'or pendant la période romaine. « L'or, dit-il, se trouve dans le monde romain ; et nous n'avons pas besoin de parler de l'or extrait dans l'Inde par des fourmis, ou en Scythie par des griffons. Chez nous on se procure l'or de trois façons : on le trouve en paillettes dans les fleuves, le Tage en Espagne, le Po en Italie, Tilèbre en Thracc, le Pactole en Asie, le Gange dans l'Inde. Il n'est point d'or plus parfait, étant ainsi poli par le mouvement et le frottement des eaux. En second lieu, on creuse des puits pour Tcxtraire, ou on va le cheiclicr dans l'éboulement des montagnes. Exposons ces deux procédés. Ceux qui cherchent l'or en enlèvent d'abord le séguUc ; le ségulle

Fig. 2'J 1. — Bracelet gaulois.

est une terre qui indique le gisement; là où est lavcino, on lave le sable, et on estime la richesse de la veine par le résidu du lavage. Quelquefois on rencontre de ces veines aurifères à fleur de terre, rare bonne fortune dont on a vu récemment un exemple en Dalmatie, sous le règne de Néron; cette veine fournissait par jour cinquante livres. L'or ainsi trouvé à la superficie est appelé talutalium, quand par dessous existe une terre aurifère. Au reste, les montagnes d'Espagne, arides, stériles et iuipropros à toute autre production, sont contraintes par l'iionimo de fournir cette production précieuse. L'or extrait des puits est nommé par les uns canalicium, par les autres canaliense. Il est adhérent à du sable de marbre, et il ne brille pas à la surface; et, différent de celui qui brille en grain sur le saphir oriental, la pierre tiiébaïquc, et d'autres pierres précieuses, il est engagé dans les molécules du marbre. Ces canaux de veines circulent lo long des parois dos puits; de là le nom IM. S8

218 L'INDUSTRIE

d"or canalicium. Les galeries sont soutenues avec des piliers de bois. La masse extraite est battue, lavée, brûlée, moulue en farine. On donne le nom d'apistacudes h l'argent qui sort du fourneau. Les impuretés que le fourneau rejette s'appellent, comme celles de tous les métaux, scories. Cette scorie d'or est une seconde fois battue, et chauffée dans des creusets de tasconhtm. Le tasconium est une terre blanche, semblable à l'argile; c'est la seule substance capable de supporter l'action du soufUet, du feu, et de l'ébuUition des matières. La troisième méthode surpasse les travaux des géants. A l'aide de galeries conduites à de longues distances, on creuse les monts à la lueur des lampes, dont la durée sert de mesure au travail; et de plusieurs mois on ne voit pas le jour. Ces mines se nomment arrugies : souvent il se forme tout à coup des crevasses, des éboulements qui ensevelissent les ouvriers. Certes, il peut paraître moins téméraire d'aller chercher des perles et des pourpres dans les profondeurs de la mer, et nous avons su faire la terre plus fatale que les eaux. En conséquence on laisse des voûtes nombreuses pour soutenir les montagnes. Dans les deux méthodes on rencontre des barrières de silex; on les brise avec le feu et le vinaigre. Mais comme dans les souterrains la vapeur et la fumée suffoqueraient les mineurs, ils prennent plus souvent le parti de briser la roche à l'aide de machines armées de cent cinquante livres de fer; puis ils enlèvent les fragments sur les épaules jour et nuit, se les passant de proche en proche à travers les ténèbres. Les mineurs placés à l'entrée sont les seuls qui voient le jour. Si le silex parait avoir trop d'épaisseur, le mineur ca suit le flanc, et il le tourne. Toutefois, le silex n'est pas l'obstacle le plus difficile : il est une terre, espèce d'argile mêlée de gravier (on la nomme terre blanche) qu'il est presque impossible d'entamer. On l'attaque avec des coins de fer et avec les mûmes maillets que plus haut : rien au monde n'est plus dur; mais la soif de l'or est plus dure encore, et en vient à bout. L'opération faite, on attaque en dernier lieu les piliers des voûtes. L'éboulement s'annonce; celui-là seul qui s'en aperçoit est le veilleur placé au sommet de la montagne; celui-ci, de la voix et du geste, rappelle les travailleurs et fait lui-même retraite. La montagne brisée tombe au loin avec un fracas que l'imagination ne peut concevoir, et un souffle d'une force incroyable. Les mineurs, victorieux, contemplent cette ruine de la nature. Cependant il n'y a pas encore d'or; on n'a pas même su s'il y en avait quand on s'est mis à fouiller, et pour tant de périls et de dépenses il suffit d'espérer ce qu'on désirait. Un

LES MÉTAUX. 219

autre travail ûgal, et même plus dispendieux, est de conduire du sommet des montagnes, la plupart du temps d'une distance de cent railles, les fleuves, pojr laver ces débris éboulés. On appelle ces canaux corritges, du mot corrivatio, je pense. Là encore il y a mille travaux : il faut que la pente soit rapide, afin que l'oau se précipite plutôt qu'elle ne coule; aussi l'amcne-t-on des points les plus élevés. M'aide d'aqueducs, on passe les vallées et les intervalles. Ailleurs on perce des rochers inaccessii)les, et on les force à recevoir de grosses poutres. Celui qui perce ces rochers est suspendu par des cordes; de sorte qu'en voyant de loin ce travail, on croit avoir sous les yeux des bêtes sauvages, que dis-jc? des oiseaux d'une nouvelle espèce. Ces hommes, presque toujours suspendus, sont employés à niveler la pente, et ils tracent l'alignement que suivra le corruge; et là où il n'y a pas de place pour poser le pied, des rivières sont conduites par la main de l'homme. Le lavage est mauvais quand l'eau qui arrive charrie de la i)i)ue; cette Loue est appelée urium. Or, pour se préserver de Vurium, on fait passer l'eau à travers des pierres siliceuses et du gravier. A la prise d'eau, sur le front sourcilleux des montagnes, on creuse des réservoirs de deux cents pieds de long sur autant de large et dix de profondeur. On y a laissé cinq ouvertures, d'environ trois pieds carrés. Le réservoir rempli, on ôte les bondes, et le torrent s'élance avec une telle force, qu'il entraîne des quartiers de roc. En plaine, c'est un autre travail : on creuse des canaux qu'on nomme agogcs pour le passage de l'eau. De distance en distance, le courant est ralenti par une couche d'ulex. L'ulex est semblable au romarin épineux, et propre à retenir l'or. Les cùlés sont fermés avec des jilanchcs; et s'il y a un ravin à franchir, le canal est soutenu en l'air. La terre, conduite de la sorte, arrive jusqu'à la mer; la montagne écrouléo se dissout, et de cette façon, l'Espagne a déjà reculé au loin ses rivages. C'est aussi en des canaux de ce genre que dans le premier procédé on lave les matières extraites avec un labeur immense; sinon, les puits seraient bientôt obstrués. L'or obtenu par l'arrugie n'a pas besoin d'être fondu; il est or tout aussitôt. On en trouve tlos blocs; les puits en fournissent môme ipii dépassent dix livres. Les Espagnols nomment ces blocs polacrcs ou palacrancs; l'or en très-petit grain, ils le nomment balitce. On lait sécher ensuite l'ulex, on le brûle, et on en lave la cendre sur un lit d'herbe ou l'or se dépose. Suivant quelques-uns, l'Asturie, la (ialice et la Lusitanic fournissent do cetlo façon, par an, vingt mille livres pesant d'or. Dans code proiluotion l'Asturie est pour la part la

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plus considérable. 11 n'y a nulle part ailleurs un exemple d'une fécondité pareille, continuée pendant tant de siècles. J'ai dit plus haut qu'un antique sénatus-consultc avait défendu aux mineurs d'attaquer l'Italie; sans cette loi, aucune terre ne serait plus productive en métaux. Il existe une loi ceusoriale relative aux mines d'or d'Ictimules, dans le territoire de Vercelles, par laquelle il était défendu aux fermiers de l'É'at d'employer plus de cinq mille ouvriers à l'exploitation. i>

Les monuments nous offrent peu d'indications sur la manière de travailler l'or et les outils généralement employés. Cependant une peinture de Pompéi, représentant Thétis chez Vulcain, montre un

Fig. 295. — Ciseleur. (D'après uao peintciro de Pompéi.)

ouvrier travaillant à l'ornement d'un casque (fig. 295). Près de lui on voit une enclume, des marteaux de différentes formes, et plusieurs fragments de l'armure d'or d'Achille.

Après la sculpture et la ciselure, il faut dire aussi un mot de la dorure, qui a été pratiquée par tous les peuples de l'antiquité. ISous avons au musée égyptien du Louvre (salle funéraire, vitrine Z) le livret d'un doreur égyptien; les feuilles d'or qu'il employait ne diffèrent des nôtres que parce qu'elles sont un peu plus épaisses.

« Les anciens, dit Clarac {Musée de sculpture) tiraient un grand parti de l'extrême malléabilité et de la ductilité de l'or pour le réduire en feuilles ou en fils; et l'on voit par ce qui nous reste de leurs dorures ou de leurs tissus, qu'ils y employaient ce métal très-pur. Souvent leurs tissus étaient entièrement de fils d'or sans laine. Pline cite la tunique dont se revêtit Tarquin l'Ancien dans son triomphe, et un manteau que portait Agrippine la Jeune, comme ayant été faits de cette maniôrer Réduit en feuilles, l'or en produisait jusqu'à sept cent cinquante, par

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once. Ces feuilles avaient quatre doigts en carré ; les plus fortes se nommaient feuilles de Préneste (Palestrina), parce que l'on s'en était servi dans cette ville pour dorer la statue de la déesse Fortune; on appelait quxstorix celles qui étaient plus faibles. Ces feuilles s'employaient dans la dorure sur les métaux, le bois, le marbre; et les objets dorés que le temps a conservés prouvent que du temps des Romains la dorure était plus forte qu'elle ne l'est chez les modernes, car je ne remonterai pas aux premières époques, où l'on voit par la Bible et par Homère que la dorure était un placage qui devait être très-épais. Mais, outre les feuilles pour dorer, les Romains en avaient aussi de plus épaisses destinées à faire les feuillages des couronnes. On en a trouvé dans les fouilles de Pouipéi; elles sont beaucoup plus fortes que notre paillon. Il est aisé de reconnaître qu'elles n'ont pas été faites au laminoir, et l'on y aperçoit des traces de coups de marteau. C'est de ces feuilles que sont fabriquées en grande partie les boucles d'oreilles, les fibules et d'autres bijoux que l'on déterre à Pompéi et à llcrculanum. Oueiqucfois. pour leur donner du soutien, on en a rempli l'intérieur avec de la poix ou du mastic; ce qui rentre absolument dans les procédés du spliyrélaton ou du travail par retreint. Ces feuilles d'or épaisses n'auraient pu servir à dorer où à plaquer des statues; il eût été difficile de les appliquer, surtout dans les parties bombées. »

Nous pourrions encore parler de l'emploi de l'or dans les monnaies, mais nous nous réservons de traiter cette question dans un chapitre spécialement consacré à la numismatique.

L'argent. — Dans l'ancienne Egypte, l'argent, que l'on considérait comme de l'or blanc, était regardé comme un métal extrêmement précieux parce qu'il était trùs-rarc; l'or ordinaire était infiniment plus abondant. Aussi les pièces d'orfèvrerie égyptienne dans lesquelles il entre de l'argent sont considérées comme de très-grandes curiosités et nos musées d'Europe en sont généralement dépourvus; le musée de Boulaq au Caire est le mieux partagé sous ce rapport. Les morceaux les plus importants ont figuré aux Expositions universelles do Paris en 1878 et surtout en 1867.

La pièce d'orfèvrerie qui a été la plus remarquée des hommes spéciaux était une petite barque sacrée' dont lo catalogue du musée do Boulaq donne la description suivante : « Une barque garnie do son équipage et montée sur un chariot à quatre roues. La barque est d'or

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massif, le train qui la supporte est de bois, les roues sont de bronze ,à quatre rayons. Par ses formes gracieuses et légères, notre monument rappelle les barques célèbres du Kil, faites, selon Pline, de papyrus, de joncs et de roseaux. L'avant et l'arrière sont relevés et terminés par des bouquets de papyrus recourbés. Les rameurs, au nombre de douze, sont d'argent massif. Au centre de la barque est un petit personnage, tenant d'une main la hachette et le bâton recourbé. A l'avant un second personnage est debout dans une petite cabine décorée à l'extérieur de plusieurs emblèmes. Le timonier est à l'arrière. 11 se sert du seul gouvernail connu alors, c'est-à-dire d'une rame à large palette. Une seconde petite cabine, ou pluiùt une sorte de large siège est derrière lui. Un lion passant, avec le cartouche-prénom de Kamès, est gravé sur la paroi extérieure de cette seconde cabine. Ces trois personnages sont en or. d Cette superbe pièce d'orfèvrerie a été trouvée dans le tombeau de la reine Aah-Hotep, ce qui en fait remonter la fabrication à l'époque de l'expulsion des pasteurs.

Le nmsée de Boulaq possède également cinq superbes vases en argent massif et sculptés qui ont figuré au Trocadéro en 1878. Mais ils ne paraissent pas remonter à une époque antérieure au vi« siècle avant notre ère.

Comme orfèvrerie asiatique nous citerons particulièrement les coupes d'argent doré trouvées dans lile de Chypre et données au Louvre par M. de Saulcy. Ces deux vases sont considérés comme de la plus haute importance dans l'archéologie orientale. Voici la description qu'en donne M. A. de Longpérier :

0 1° Coupe d'argent décorée de frises dorées sur lesquelles sont gravées en creux les sujets suivants :

« Prcmicrc frise. — Un cavalier au galop tenant un fouet de la main droite; un cavalier au galop tenant une longue lance, dont la pointe est dirigée vers la terre; un cavalier vêtu d'une cuirasse formée d'écaillés, marchant au pas et tenant un fouet posé sur son épaule droite, deux oiseaux volent autour de lui. Viennent ensuite trois fantassins couverts d'un vêtement quadrillé, portant sur l'épaule droite une lance, et tenant de la main gauche un grand bouclier rond; chacun d'eux est précédé par un oiseau qui vole (en cet endroit, le vase présente une fracture; l'espace qu'elle occupe devait être rempli par les figures de cinq fantassins) ; un dernier soldat, tout semblable à ceux qui viennent d'être décrits, précède immédiatement un char traîné par deux chevaux marchant au pas, que conduit un aurigc armé

LES MÉTACX. 223

d'un fouet. Sur le char, dont la caisse est ornée d'une figure d'aigle, se tient debout le roi, vêtu d'une longue tunique quadrillée, la tête ceinte d'une liare pointue de forme basse, portant un sceptre de la main droite et posant la gauche sur la hampe d'un grand parasol qui le couvre.

« Derrière le char, marche un'pcrsonnage vêtu d'une longue tunique quadrillée, ouverte par devant, le dos chargé d'un carquois, portant une lance sur l'épaule droite et tenant un arc et des flèches dans la main gauche; il est suivi par deux soldats vêtus d'une tunique trèscourte, tenant de la main droite des flèches et de la gauche un arc. Viennent ensuite cinq cavaliers allant au pas : le premier porte un fouet sur l'épaule droite; les deux suivants agitent leur fouet; le quatrième tient une lance en arrêt, la pointe en haut; le dernier porte sa lance sur l'épaule droite. Trois oiseaux les accompagnent en volant. La scène est terminée par un jeune nègre conduisant à la longe un dromadaire et tenant un bâton dans la main gauche; deux oiseaux volent au-dessus. La fin de la frise est marquée par un arbre. Treize plantes ou fleurs, parmi lesquelles on reconnaît des lotus, sont distribuées entre les personnages.

« Deuxième frise. — Plante sacrée composée de rinceaux et de fleurs. Personnage nu, imberbe, les reins entourés d'un subligaculum. posant le pied gauche sur le corps d'un griffon ailé qu'il a saisi par une de ses aigrettes, et qu'il perce de son épéc. Le grifion, ainsi attaqué, soulève ses pattes de derrière à la hauteur de la tête de son ennemi. Une plante sacrée sépare ce groupe d'un personnage barbu, muni de quatre ailes déployées, la tête couverte d'une tiare conique basse, vêtu d'une tunique longue, ouverte par devant et ornée d'écaillés, lequel perce de son épée un lion dressé devant lui. dont il retient une patte à l'aide de la main gauche. La frise reproduit six fois le combat contre le griffon, cinq fois le combat contre le lion et onze fois la plante sacrée.

« La truisicmc frisr, qui est très-étroite, est décorée d'une rangée de boulons de lotus, accompagnés d'une double dentelure. La quatrième montre une goii'lande de Heurs di' lotus. Le foml de la coupe est occupé par un médaillon tout chargé d'étoiles dont les rajons, en forme do pétales, entrent dans la composition des étoiles voisines.

« 2° Coupe d'argent entièrement dorée à l'intérieur, et ornéo de sujets en relief.

« Au centre, on voit le roi vêtu d'un habit court, ayant un collier et

22i L'INDUSTRIE.

des bracelets, la tête surmontée de deux plumes droites entre deux urxus, brandissant de la main droite une masse d'arme, tenant de la main gauche un arc, deux flèches et en même temps la chevelure de trois vaincus prosternés ou accroupis à terre qu'il s'apprête à frapper. L'un d'eux est nu et imberbe, les deux autres sont barbus et vêtus de longues tuniques. Ils représentent des peuples conquis, ou peut-être l'Orient, le Sud et le Nord; devant le roi un épervier ou un aigle qui vole ; au-dessus un disque solaire ailé. Derrière ce groupe, un homme barbu, la tête ornée de deux plumes, tenant une lance de la main droite, et de la gauche un arbre, porte sur l'épaule droite un cadavre couvert dune cotte de mailles, dont les bras et la longue chevelure pendent lu arrière.

« La frise étroite qui entoure le médaillon central que nous venons de décrire représente cinq sphinx ailés à têie humaine, posant une patte antérieure sur la tête d'un homme étendu à terre, groupe alternant avec cinq griffons ailés à tête d'épervier, posant de même une patte de devant sur la tête d'un homme couché. Une fleur de lotus termine la frise : le type du sphinx foulant sous ses pieds une figure humaine renversée, est connu : on le trouve sur un scarabée égyptien qui porte en outre le cartouche d'un Thoutmès de la dix-huitième dynastie.

« Dans une large frise qui borde la coupe, on voit douze groupes exécutés en relief assez fort.

(i C'est d'abord Hercule couvert de la dépouille du lion luttant contre un grand lion qui se dresse devant lui (répété deux fois).

« Puis le personnage imberbe perçant de son épée un griffon ailé, sujet exactement semblable à celui qui se remarque dans la deuxième frise de l'autre coupe (répété quatre fois).

« Vient ensuite un Hercule de petite taille, portant sur ses épaules un lion vivant et tenant par le cou un grand oiseau (autruche?) qui marche devant lui (répété deux fois).

« Puis un personnage imberbe, vêtu d'un sublijaculum, le cou orné d'un collier, la tête nue, perçant de son épée un lion dont il a saisi une patte de devant (répété deux fois).

(( Enfin un Hercule de grande taille portant un lion sur ses épaules (répété deux fois).

« Dans cette frise, on remarque encore trois arbres coniques qui paraissent des cyprès.

<( L'attitude donnée, dans le médaillon central, au roi qui frappe des peuples vaincus, aussi bien que les détails de la coiffure royale,

LES MÉTAUX. 225

rappollcnt, d'une manière surprenante, les bas-reliefs égyptiens sculptés sur tant de monuments.

« Nous citerons entre autres les bas-reliefs de Ouadi-Magara, dans la presqu'île du Sinaï, représentant les rois Senefrou et Souphis de la quatrième dynastie, le roi Sahoura de la cinquième et le roi Phiops de la sixième dynastie. Mais dans ces monuments, les rois tiennent à la main une lance et non pas un arc, arme que portent les princes de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. Les coupes de Larnaca ne nous paraissent pas toutefois remonter aux siècles reculés auxquels ces dynasties appartiennent. Cependant elles ont un caractère d'antiquité qui pourrait les faire attribuer à une époque antérieure à celle où vécurent Sargon et Sennachérib. Les rois égyptiens de la dixhuitième et de la dix-neuvième dynastie, en attaquant fréquemment les habitants de la Mésopotamie, avaient dû laisser sur les bords du Tigre et de l'Euphrate une haute idée de leur puissance, et les rois d'Assyrie auront emprunté à leurs redoutables voisins un type qui exprime si énergiquement la force et la victoire.

« Le personnage qui, derrière le roi, porte sur l'épaule un cadavre a la tète surmontée de deux plumes, genre d'ornement qui distingue aussi un peuple mésopotamien, dans les peintures des tombes royales d'Egypte.

« En considérant ces coupes d'argent, d'origine bien évidemment asiatique, on se rappelle ce vase d'argent travaillé, qu'Achille propose pour prix de la course, aux funérailles de Patrocie, vase qui surpassait tout en perfection, que d'habiles artistes sidoniens avaient exécuté avec soin et que des Phéniciens avaient apporté par mer et oITert à Thoas {Iliad., XXIII, 7/i0, 19). Ce n'est pas seulement en Asie Mineure et en Grèce que le commerce transportait des vases fabriqués en Phénicic et en Assyrie. Les Phéniciens, ces intrépides navigateurs qui vendaient do la poterie jusque dans les îles Sorlingues, ont introduit des ouvrages de l'art asiatique en Italie.

Il L'origine orientale des coupes d'argent doré, découvertes en Italie, peut être considérée comme démontrée; en premier lieu par la découverte de Larnaca et, tout récemment encore, par la trouvaille qu'a faite, sur les bords du Tigre, M. I.nvard, le savant explorateur de Nemrod. M. Layard a recueilli en ctïel, dans les ruines de cet édifice, plus de vingt coupes de bronze qui ont avec les coupes d'argent d'Agylla et de Larnaca la plus frappante analogie. Ainsi, par exemple, le fond dos deux coupes de Ncuirod offre un médaillon orné d'étoiles exactement m. 39

226 L'INDUSTRIE

semblable à celui qui se voit dans la coupe donnée au Louvre par M. de Saulcy. Une autre coupe de Nemrod représente un roi qui s'apprête à frapper un ennemi prosterné, comme sur la coupe nouvellement achetée par le musée. Une troisième coupe de bronze nous montre des ibex ou antilopes, courant sur des montagnes parmi les arbres, et ce sujet existe sur une des coupes d'argent d'Agylla.

« Quant aux coupes d'Agylla ou de Géri, leur ressemblance avec celles de Larnaca est extrême; car on y trouve des cavaliers dans la même attitude, des guerriers à pied armés de lances et de boucliers ronds, des oiseaux qui volent au-dessus de ces figures; enfin, des arbres et des plantes alternant avec les personnages.

« Tous les doutes que l'on avait pu concevoir sur lorigine asiatique et la haute antiquité des vases d'Agylla s'évanouissent à la vue des coupes de Larnaca trouvées avec un grand monument de la sculpture assyrienne.

« D'ailleurs, il est impossible de séparer maintenant les coupes d'argent de Chypre des coupes de bronze de Nemrod, dont on n'essayera pas de contester l'âge et la provenance. On devra donc considérer comme un fait acquis à la science l'existence de monuments de fabrication purement asiatique en Italie. 11 faudra encore tenir compte de ce fait que plusieurs des vases trouvés à Nemrod par M. Layard offrent des rangées processionnelles d'animaux, tels que des lions, des sphinx, des mouflons, des taureaux, système de décoration qui a été employé pour ces vases de style si ancien, qu'on découvre à Corinthe, dans les îles de la Grèce, et dans toute l'Étrurie. Nous avions depuis longtemps la conviction que ces vases peints étaient des emprunts faits à l'industrie asiatique, M. Layard nous a fourni la preuve que nous attendions. Maintenant qu'on peut se faire une idée des vases de métaux que les Phéniciens portaient aux Grecs à l'époque d'Homère, on comprend comment s'est faite l'éducation des artistes helléniques, et l'on s'explique comment ils ont été conduits à introduire dans leurs œuvres des types, des combinaisons, des symboles, qui étaient évidemment étrangers à leur nationalité, ainsi que le déclare Aristote à propos du peplus d'Alcisthcne de Sybaris. »

Homère, dans ses descriptions, nous dépeint un luxe tout asiatique, et il est aisé de voir d'ailleurs que la civilisation dont il parle était beaucoup plus avancée à Troie que chez les peuples qui viennent l'assiéger. L'empreinte orientale se retrouve d'ailleurs dans la plupart des ouvrages grecs et étrusques : elle est visible dans ceux (\m ont un

LES MÉTAUX. 227

caractère primitif. Du reste la Grèce et l'Italie ont eu de tous temps des rapports commerciaux avec l'Orient. Les colonies phéniciennes de la côte d'Afrique, et notamment Carthage, exportaient en Italie de nombreux ouvrages métallurgiques, dont le style trahit une origine égyptienne ou assyrienne.

La figure 296 représente une coupe extrêmement curieuse trouvée

Fig. i'ja. — Coupo truuvéo à l'rénoste.

à Préncste (Palestrina), et qui soniblo un pasticlK^ de l'art égyptien. Au milieu, un personnage, dans le costume des Pharaons, tranche la télc aux vaincus agenouillés devant lui. Le dieu Horus se tient debout devant lui; derrière lui est un guorrior armé, et un épervicr aux aih-s éployécs plane au-dessus du Pharaon. Les riibords sont occupés par des scènes symboliques, représentant des barques sacrées avec divers emblèmes égyptiens, entre auti'cs lo scarabée, symbole d'immortalité : entre les barques on voit un l)Oiu[uot de lotus avec une divinité allai-

228 L'INDUSTRIE

tant un jeune garçon, probablement Horus. Les hiéroglyphes, très-grossièrement imités, n'offrent aucun sens; une inscription phénicienne, placée au-dessus de Tépervier, fait regarder cette coupe comme étant de travail carthaginois. Une autre coupe du même genre, trouvée au même endroit, représente une chasse royale. Parmi les animaux qui sont frappés, on croit voir un grand singe, qu'on croit être le gorille, animal inconnu des Égyptiens, mais que les Carthaginois pouvaient connaître, puisqu'il en est question dans le voyage d'Hannon. La présence de ces coupes en cet endroit montre les relations des Carthaginois avec cette partie de l'Italie, au vi' siècle avant notre ère, époque à laquelle on attribue sa fabrication, et aussi comment les artistes de l'Occident, disciples et imitateurs des Asiatiques pour tout ce qui touche l'industrie, ont pu être amenés à représenter dans leurs ouvrages des emblèmes empruntés à l'Orient.

La magnificence de l'argenterie des rois de Perse était proverbiale. Outre les pièces d'orfèvrerie, dont quelques-unes étaient d'une dimension prodigieuse, une partie des impôts payés par les peuples tributaires devait être remis en métal, ce qui en faisait affluer dans le palais une énorme quantité.

« Le roi, dit Hérodote, thésaurise ces impôts de celte manière : on fait fondre les métaux, et on les verse, encore liquides, dans des vases de terre cuite; quand ils sont refroidis, on brise cette enveloppe. Lorsque le roi a besoin d'argent, il prend la somme qui lui est nécessaire. » L'argent, qui fut toujours assez rare en Egypte, était au contraire irès-commua dans la Babylonie : il valait treize fois moins que l'or.

En Grèce, l'argent n'est devenu commun qu'après la conquête d'Alexandre; plusieurs orfèvres ont acquis une grande célébrité pour la manière dont ils savaient le travailler.

« Chose singulière, dit Pline le Naturaliste, la ciselure de l'or n'a illustré personne; celle de l'argent a illustré beaucoup d'artistes. Toutefois le plus célèbre ciseleur d'argent est Mentor; on ne cite de lui que quatre couples de vases, et l'on dit qu'il n'existe plus aujourd'hui un seul de ces morceaux : tous ont péri dans l'uicendie du temple de Diane à Éphèse ou dans celui du Capitole. Varron a écrit qu'il possédait une statue d'airain de la main de cet artiste. Les plus admirés après lui sont Acragas, Bœthus et Mys. On voit aujourd'hui des morceaux de tous ces artistes dans l'île de Rhodes : de Bœthus, dans le temple de Minerve à Lindos; d'Acragas, dans le temple de Bacchus à Rhode.'î

LES METAUX

même, des coupes représentant en ciselure des bacchantes et des centaures ; de Mys, dans le même temple, un Silène et des amours; d'Acragas, une chasse de grande nipiitation, sur des coupes. Après eux on vante Calamis, Antipater et Stratonicus, qui posa, disait-on, plutôt qu'il ne cisela, sur un vase, un satyre accablé par le sommeil. Puis on renomme Tauriscus de Cysique, Ariston et Eunicus, tous deux de Mity- Icnc-, Hécatéc; et vers l'époque du grand Pompée, Pasitèles, Pasidonius d'Kpliùsc, Locdus Stratiate, qui cisela des batailles et des guerriers; Zopyre, qui représenta l'Aréopage et le jugement d'Oreste sur deux coupes estimées 12,000 sesterces (2,520 francs). Plus tard vint Pytheas, dont un ouvrage se vendit sur le pied de 10,000 sesterces (2,100 francs) les deux onces : c'était une pièce de rapport appartenant à une coupe, et représentant l'enlèvement du Palladium par Ulysse et Diomôde. 11 grava aussi sur de petits gobelets des scènes de cuisine, mais si faciles à endommager en raison de leur délicatesse, qu'il n'était pas môme possible d'en prendre des copies. Teucer eut aussi de la réputation pour les incrustations. Tout à coup l'art s'est tellement perdu, ([u'aujourd'hui on ne recherche plus que les morceaux anciens et que Tautoritè s'attache à des ciselures usées au point qu'on n'en distingue pas les figures, n

On croit avoir à la Bibliothèque, parmi les pièces qui composent le trésor de Bernay, une reproduction de quelques-uns des ouvrages mentionnés par Pline.

Le trésor de Bernny a été découvert en 1830 près de la ville dont il a emprunté le nom, sur l'omplacunuMit d'un ancien temple de Mercure. Il comprend une statue en argent d'assez grande dimension et d'une remarcjuable conservation représentant ce di(Hi, et plusieurs vases d'argent extrêmement précieux par leur valeur artistique, autant que pour la rareté des objets do ce genre. II faut citer d'abord deux magniliques

Pirf. îilTÎ. — Vaso d argent.

(A la nibliothiquo naliODilo.)

L'INDUSTRIE

vases, de la classe des œnochés, se faisant pendant. Ils sont pourvus d'une seule anse, qui dépasse leur col allongé, et séparé de la panse par une petite rangée doves et d'annelets ciselés dans la masse. Raoul Rochette plaçait au premier siècle de notre ère la fabrication de ces vases, qu"on croit imités de modèles célèbres dans une époque antérieure. Leur style large et sévère annonce une origine grecque plutôt

Fig. 29S. — Vase d'argent. (Bibliothèque.)

que romaine et leur forme générale présente cette belle silhouette que les artistes de la Renaissance ont si souvent et si heureusement imitée. Le pied est décoré de fleurons et d'ornements, lis ont conservé des traces de dorure, et on voit que les vêtements et les accessoires, suivant un usage fréquent dans Torfévrerie antique, ont dû être entièrement dorés, tandis que les figures conservaient la couleur naturelle de l'argent (fig. 297).

« Les procédés de fabrication des monuments de Berna\ , dit le catalogue du cabinet des médailles, méritent de fixer l'attention ; à l'exception de quelques anses des ustensiles et de parlies accessoires, rien

LES METAUX

n'a été fondu; tout a été fait au marteau et ciselé ensuite par le procédé du repoussé, que les Grecs nommaient sphyrélaton. Les statues sont formées de plaques d'argent battues admirablement soudées; les vases sont exécutés de la même manière; il en est plusieurs qui offrent une particularité intéressante, que l'on a remarquée également dans le vase Corsini et dans des vases de Pompéi : c'est qu'ils sont doublés d'une sorte de cuvette mobile d'argent massif, travaillée aussi au marteau, qui contenait le liquide et servait à donner du corps à la partie extérieure', laquelle consistait en une plaque d'argent très-mince, travaillée au repoussé et offrant par conséquent en relief les sujets dont l'artiste voulait décorer le vase. Quant aux patères ou coupes plates,

Fig. 299. — Cratère décoré do masques. (Beraay.)

elles sont presque toutes décorées û'emblemnta mobiles, que l'on a trouvés détachés des patères auxquelles ils appartenaient et quon a replacés en y exécutant d'indispensables et prudentes restaurations. Le retentissement des découvertes de monuments d'argent prouve leur excessive rareté ; l'espace mo manque pour faire l'énumération des plus célèbres, mais je no terminerai pas cette note sans r.ippoler ce que nous dit Pline de la passion des anciens pour les vases d'argent décorés de sculptures. L'encyclopédiste romain qui nous a fait connaître les plus célèbres artistes qui s'adonnèrent à cette spicialitc, il faut bien employer le mot puisque la chose existait, s'étonnait que personne ne se fût illustré à ciseler sur or, tandis que tant d'artistes étaient devenus célèbres en ciselant l'argent. Parmi les artistes nom-

232 L'INDUSTRIE

mes par Pline, il en est deux : Pylheas et Acragas, auxquels il attribue des compositions que l'on retrouvera sur les vases de Bernay; ce sont VEnlcvement du Palladium par Pytheas, et les Bacchantes et les Centaures, par Acragas. On ne croit pas posséder pour cela précisément les vases exécutés par ces célèbres artistes; mais comme les monuments de Bernay en question sont dun très-bon style, on peut supposer sans trop de hardiesse que nos vases, comme ceux de Pompéi, sont des répétitions antiques des compositions de Pytheas et d' Acragas. »

Parmi les autres vases d'argent qui composent le trésor de Bernay,

l''jg. 300. — Vase d'argent.

il faut encore citer des canthares bachiques, exécutés au repoussé sur des feuilles d'argent, ainsi que plusieurs coupes décorées de masques et d'un travail exquis ((ig. 298, 299, 300). "

Une autre pièce d'orfèvrerie extrêmement remarquable, qui se voit également au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, c'est un grand disque d'argent massif, décoré d'une composition en basrelief, représentant Briséis rendue à Achille par Agamemnon. Les disques ou plats de ce genre sont de la plus grande rareté, et celui-ci est le plus grand que l'on connaisse. Le sujet qui le décore était autrefois désigné sous le titre erroné de Continence de Scipion. Ce disque a été trouvé dans le Rhône.

Enfin nous signalerons parmi les pièces d'orfèvrerie de notre grande collection nationale une petite statuette en argent qui représente

LES METAUX

Sophocle assis et lisant un volume-, clic a été trouvée près du palais de Gallien à Bordeaux.

Le musée de Naples possède également plusieurs belles pièces d'orfèvrerie romaine et grecque, trouvées pour la plupart à Pompéi, entre autres des coupes, des fermoirs (fig. 301), des chaînes, des agrafes, etc.

Enfin, parmi les rares échantillons que nous avons de l'orfèvrerie des anciens il faut citer les pièces du trésor de Hildesheim, qui sont maintenant au musée de Berlin. Ce trésor a été découvert en 1868, dans le Hanovre, par des soldats prussiens qui étaient occupés à aplanir un emplacement pour le tir. Dès qu'on eut trouvé les premiers frag-

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Fig. 301. — Pormoir en argent. (Muséo de Naples.)

mcnts, l'onicier commandant fut appelé et il fit exécuter les fouilles avec de grandes précautions. On recueillit ainsi cinquante-deux vases et ustensiles antiques, tous en argent, et enfouis à même la terre sans rien qui les protégeât. Seulement les plus petits objets avaient été placés sous les deux plus grands vases qui étaient retournés avec l'intenlion évidente de recouvrir les autres. C'étaii certainement une cachette faite à dessein, mais comme le sol était luiinide à cause du voisinage d'une source, plusieurs feuilles d'appliciue s'éiaiimt détachées et mêlées dans le liinnii. Les pièces furent rassemblées et envoyées au musée de Berlin, où elles ont été aussitôt moulées. Ell^•^ appartiennent comme fabrication à des époques très-difl'érentes. mais leur enfouissement doit avoir eu lieu à l'époque des grandes invasions barbares. Il est as.^ez probable qu'elles proviennent d'un pillage, et on y peut voir la part de quelque chef germain : ce qui rendrait cctir hypothèse assez probable, c'est (lu'il y a i liisieurs fragments qui avaient t'-lé séparés à dessein, et dont l'autre partie n'a pas été retrouvée, comme si la part faite au possesseur de ce trésor avait été faite au clioi.x. Les Allcui. 30

L'INDUSTRIE

mands avaient d'abord cru avoir entre les mains le trésor de Varus mais cette idée a été abandonnée quand on a reconnu que la fabrication de plusieurs pièces devait être appliquée à une époque bien postérieure.

Fig. 302. — Gobelet en argent du trésor do Hildeslieim.

La pièce la plus importante de ce trésor est une jolie coupe au fond de laquelle on voit une Minerve assise : les draperies de la déesse sont dorées, tandis que les chairs sont en argent. On remarque aussi une. patôre au fond de laquelle un Hercule enfant se détache en ronde bosse, un grand cratère en forme de cloche, dont l'orneinention est des plus délicates, des plats à œufs, diverses espèces de coupes, de vases, eic Le gobelet représenté sur la figure 302 n'est pas un des

LES MÉTAUX. 235

meilleurs sou<! le rapport de l'art, mais c'est à coup sûr un des plus curieux pour rarchéologie. « C'est, dit M. A. Darcel, un grand cornet conique, posant sur un pied légèrement évasé, quelque chose comme l'ancêtre des Wiederkomm, si chers aux Allemands, décoré par zones d'ornements passablement barbares et d'une exécution naturellement peu soignée. Sur l'une des zones courent ou combattent des lions, des taureaux et des boucs. Leur corps est sommairement modelé et leur silhouette, d'un dessin surtout énergique, est cernée par un trait creusé dans le métal. On dirait une pièce préparée par l'ouvrier et abandonnée au moment de recevoir sur les parties repoussées la ciselure qui doit lui donner toutes ses finesses et toute sa perfection. A la base du cornet, de grandes feuilles et quelques fleurons, à l'extrémité de longues tiges, sont également exprimés par des traits creux qui circonscrivent une légère saillie. Cela offre l'aspect de ces cuivreries d'un dessin quelque peu négligé que l'Italie fabriquait au xvn° siècle, on suivant encore les formes générales et le goût bien qu'altérés de la Renaissance. Cette pièce nous paraît très-importante pour dater approximativement l'époque de l'enfouissement du trésor de llildesheim, ou du moins pour poser une limite au delà de laquelle cet enfouissement no [)ut avoir lieu. Le taureau sauvage, qui se rue tète baissée en avant d'un lion, n'cst-il pas un aurochs, ce dernier survivant des âges primitifs, confiné dans (iuol([ui>s cantons inaccessibles des forêts do l'Allemagne? Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que ce vase à boin- fût lo souvenir de quelque combat du cinjuo clioz uno des colonies romaines échelonnées le long du Danube, grossièrement façonné dans une fouille d'argent roulé par un ouvrier de l'extrême décadence, et emporté comme butin avec d'autres pièces venues de Rome, par le chef barbare des hordes qui, à partir du \y siècle, trouèrent incessamment les frontières de l'empire romain, en attendant de l'envahir tout entier? »

Toutes les i)ioces du trésor de llildoshcim ont été reproduites en galvanoplastie par M. Cbrisiollo, et on peut un voir la collection au musée de Cluny,

Pour en finir avec l'argent nous citerons un passage de Diodore de Sicile, dans lequel on trouvera quelques renseignements curieux sur les ouvriers employés au travail des mines.

« Les montagnes nommées Pyrénées, dii-il, surpassent les autres par leur hauteur et leur étendue; séparant les tiaules de l'Ibérie et do la Celtibérie, elles s'étendent de la mordu Midi à l'Océan septentrional, dans un espace de trois mille stades. Autrefois elles étaiont on

236 L'INDUSTRIE

grande partie couvertes de bois épais et touffus ; mais elles furent, diton, incendiées par quelques pâtres qui y avaient mis le feu. L'incendie ayant duré continuellement pendant un grand nombre de jours, la superficie de la terre fut brûlée, et c'est de là que l'on a donné à ces montagnes le nom de Pyrénées. La combustion du sol fit fondre des masses de minerai d'argent, et produisit de nombreux ruisseaux d'argent pur. Ignorant l'usage de ce métal, les indigènes le vendirent, en échange d'autres marchandises de peu de prix, aux marchands phéniciens instruits de cet événement. Ceux-ci, important cet argent en Asie, en Grèce et chez d'autres nations, gagnèrent d'immenses richesses. La cupidité de ces marchands fut telle, que leurs navires étant déjà chargés, ils coupèrent le plomb de leurs ancres et y substituèrent l'argent qui s'y trouvait encore en abondance. Les Phéniciens continuèrent longtemps ce commerce, et devinrent si puissants, qu'ils envoyèrent de nombreuses colonies dans la Sicile et les îles voisines, ainsi que dans la Libye, la Sardaigne et l'ibérie. Longtemps après, les Ibériens, ayant appris les propriétés de l'argent, exploitèrent des mines considérables. Presque tout l'argent qu'ils en retirèrent était très-pur et leur procura de grands revenus. Nous allons faire connaître la manière dont les Ibériens exploitent ces mines.

« Les mines de cuivre, d'or, d'argent, sont merveilleusement productives. Ceux qui exploitent des mines de cuivre retirent du minerai brut le quart de son poids de métal pur. Quelques-uns extraient des mines d'argent dans l'espace de trois jours un talent euboïque (5,500 fr. environ). Le minerai est plein de paillettes compactes et brillantes. Aussi faut-il admirer à la fois la richesse de la nature et l'adresse des hommes. Les particuliers se livraient d'abord avec ardeur à l'exploitation des mines d'argent, dont l'abondance et la facilité d'exploitation procuraient de grandes richesses. Mais lorsque les Romains eurent conquis l'ibérie, ces mines furent envahies par une tourbe d'Italiens cupides, qui se sont beaucoup enrichis. Ces industriels achètent des troupeaux d'esclaves, et les livrent aux chefs des travaux métallurgiques. Ceux-ci leur font creuser le sol en différents points et mettent à découvert des filons d'or et d'argent. Les foui'Ues s'étendent aussi bien en longueur qu'en profondeur; ces galeries ont plusieurs stades d'étendue. C'est de ces galeries longues, profondes et tortueuses, que les spéculateurs tirent leurs trésors. Si l'on compare ces mines avec celles de l'Attique on trouvera une grande différence. Là, à d'énormes travaux, on ajoute beaucoup de dépenses; quelquefois, au lieu d'en

LES MÉTAUX. 237

tirer le profit qu'on espùrait, on y perd ce que l'on avait. Au contraire, ies'cxploitcurs des mines d'Espagne ne voient jamais leurs espérances et leurs efforts trompés; s'ils rencontrent bien dès le commencement de leurs travaux, ils découvrent à chaque pas de nouveaux filons d'or et d'argent. Toute la terre des environs n'est qu'un tissu de ramifications métalliques. Les mineurs trouvent quelquefois des fleuves souterrains, dont ils diminuent le courant rapide en les détournant dans des fossés, et la soif inextinguible de l'or les fait venir à bout de leurs entreprises. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'ils épuisent entièrement les eaux au moyen des vis égyptiennes qu'Archimcde de Syracuse inventa pendant son voyage en Egypte. Ils les élèvent ainsi successivement jusqu'à l'ouverture de la mine, et, ayant desséché les galeries, ils y travaillent à leur aise. Cette machine est si ingénieusement construite que par son moyen on ferait écouler d'énormes masses d'eau et on tirerait aisément un fleuve entier des profondeurs de la terre à sa surface. Les ouvriers qui travaillent dans les mines rapportent donc à leurs maîtres d'énormes revenus. Ces malheureux, occupés nuit et jour dans les galeries souterraines, épuisent leurs forces et meurent en grand nombre d'un excès de misère. On ne leur donne aucun répit; les chefs les contraignent par des coups à supporter leur infortune, jusqu'à ce qu'ils expirent misérablement. Quelques-uns, dont le corps est plus robuste et l'àme plus fortement trempée, traînent longtemps leur malheureuse existence; cependant l'e.xcés des maux qu'ils endurent leur doit faire préférer la mort.

(1 Parmi les nombreuses particularités de ces mines, on remarque comme un fait curieux ([u'il n'y en a aucune dont l'exploitation soit récente : toutes ces mines ont été ouvertes jiar l'avarice des Carthaginois, à l'i'poquc où ils étaient maîtres de l'Ibérie. C'était là la source de leiir puissance; c'était de là qu'ils tiraient l'argent pour soKler les puissantes et nombreuses armées dont ils se servaient dans toutes leurs guerres. On trouve aussi de l'étain en plusieurs endroits de l'Ibérie, non pas à la surface du sol, comme qu('I(|ues historiens l'ont prétendu, mais dans des mines, il'oii on le retire pour le faire fondre comme l'argent et l'or. Les plus riches mines d'éiriin sont dans les îles de l'Océan en face de l'Ibérie et au-dessus de la l.iisitanic, et noininées pour cette raison les îles Calsitérides. On fait aussi passer beaucoup d'ètain de l'île Britannique, située en face de la Gaule; les inarcliands le chargent sur des chevaux et le transportent à travers l'intérieur de la Celliciue jusqu'à Marseille et à Narbonne. Celte dernière ville est une

238 L'IxNDUSTRlE.

colonie des Romains; en raison de sa situation et de son opulence, elle est le plus important entrepôt de cette contrée. »

Le bronze. — Le cuivre a été employé par les Égyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, nonseulement pour les usages domestiques, mais encore pour la fabrication des vases sacrés, des armes, des médailles, etc. Les anciens ont su le travailler bien avant le fer; il est probable qu'ils possédaient des mines de cuivre natif ou des minerais de cuivre d'un traitement facile, et qui ont été épuisées depuis longtemps. Au reste, c'est surtout sous la forme du bronze que ce métal était employé et les objets en cuivre proprement dit étaient beaucoup moins communs que dans la société moderne.

Notre éminent statuaire, M. Eugène Guillaume, a fait à VUnion centrale des Beaux-Arts appliques à rinduslrie une conférence sur le bronze, dont on nous saura gré de donner ici quelques extraits. « Tout le monde sait, dit-il, que Ton range sous la dénomination très-générale de bronze une nombreuse série d'alliages dans lesquels le cuivre, dominant dans une proportion très-forte, se trouve uni soit à de l'étain, soit à du zinc, ceux-ci étant purs ou mêlés avec du plomb, soit avec tous ces métaux diversement associés. 11 y a aussi des bronzes qui coU' tiennent de l'argent ou de l'antimoine et quelques-uns dans lesquels on rencontre des traces do fer. Les combinaisons qui peuvent résulter du mélange de ces différents éléments sont nombreuses. Quelles qu'elles soient, leur densité est supérieure à celle du cuivre; elles sont plus dures et plus tenaces que lui, et cependant plus fusibles; elles coulent mieux aussi lorsqu'elles sont en fusion. Refroidies, elles offrent plus de résistance aux agents extérieurs et leur grain serré les rend susceptibles de recevoir par la main-d'œuvre un fini plus parfait.

« La composition du bronze a une grande importance : car des rapports que l'on établit entre ses parties constitutives résultent les qualités essentielles qu'il doit posséder : ce sont avant tout la fluidité, la ductilité, la résistance. Il faut, en effet, que le métal liquéfié pénètre activement dans toutes les parties du moule, en épouse tous les replis; il faut qu'il reçoive sans se briser le travail du marteau, sans se déchirer celui du ciseau ou du burin, sans s'érailler ou s'empâter celui de la lime; il doit avoir la ténacité qui, tout en assurant la solidité des ouvrages, permet à l'artiste de leur donner le caractère et l'effet que la matière comporte; de plu^ il est nécessaire que la fonte ait naturelle-

LES MÉTAUX

ment une belle couleur, car on peut vouloir conserver celle-ci : il faut, en tout cas, qu'elle puisse bien prendre la patine. »

Le bronze a été connu de tous les peuples de l'antiquité. « L'habileté des Égyptiens dans la combinaison des métaux, dit M. Paul Pierrel dans le Dictionnaire d'archéologie égyptienne, est abondamment prouvée par les vases, miroirs et récipients de bronze découverts à Thèbes et dans d'autres parties de l'Égyple. Ils savaient en varier l'alliage et donner aux lames de poignard un certain degré d'élasticité, obtenu peut-être par une far^on particulière de marteler le métal. Maiheureu-

Fig. 303. — Liou assyrien on bronzo.

sèment, les tombes de Beni-llassan, de Thèbes et des pyramides, ne nous fournissent aucun renseignement sur leurs procédés, et nous ignorons à quelle époque ils commencèrent à employer le bronze. » Le musée du Louvre renferme un certain nombre de statuettes égyptiennes remarquables par l'habileté du travail. Nous en avons vu aussi de fort belles à rE.\position de 1867 et à celle de 1878.

Les bronzes do fabrication phénicienne sont assez rares, et les petites idolis ([ue nous connaissons indif[uent tout à fait l'enfance de l'art. Cependant, aussi loin qu'on veuille remonter dans l'histoire, on entend vanter l'habileté des l'Iièniciens dans le travail des métaux. Les inscriptions hiérogUphiques les plus anciennes mentionnent les ouvrages de bronze provenant de leurs fabriques et Homùra célèbre dans

VtO

L'INDUSTRIE

ses poëmes la beauté des coupes ciselées par les ouvriers de Sidon. Les Phéniciens n'ont jamais été cultivateurs, mais outre qu'ils étaient

Fig. 304. — Miroir étrusque.

navigateurs et commerçants, ils exploitaient les mines partout où ils en trouvaient. M. Lenormant a émis sur ce sujet quelques considérations historiques qui méritent d'être citées ici. « Voici trois faits élémentaires

LES MÉTAUX

et dont les recherches récentes sur l'humanité primitive ont partout vulgarisé la connaissance. Le premier est la prodigieuse antiquité de la métallurgie dans les civilisations asiatitiues; le second, l'antériorité

l-'ig. UOj. — Trupiod du duc do Luyuos.

(lu travail du cuivre sur le travail du fer, à toi point que l'àiicdii bronze

représente dans l'iiistoirc de la civilisation une louf^uc période qui a

précédé Vâge du fer. Le dernier fait, enfin, est celui-ci, que presque

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