‹ La vie privée des anciensChapitre 12 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

212 L'INDUSTRIE

aussitôt que les hommes ont su fondre le cuivre et en fabriquer des instruments, ils ont reconnu ses nombreuses imperfections dans un emploi à l'état pur et la nécessité de le rendre plus dur et plus résistant par un alliage, qu'en un mot ils se sont mis tout de suite à fabriquer du bronze. Aussi haut que nous remontions dans les deux plus

Fig. 306. — Trépied de la collection Pourtalès.

vieilles civilisations du monde, en Egypte et en Chaldée, nous trouvons J'usage du bronze. Celui des instruments de cuivre pur est si bien abandonné, si bien oublié, qu'il n'a pas laissé de vestiges. Mais qu'estce que le bronze? Un alliage de cuivre et d'étain. Or les Égypiiens et les Babyloniens trouvaient le cuivre sur leur territoire ou dans des districts touchant à leur frontière; mais, pour l'étain, on ne le rencontrait

LES MÉTAUX. 2i3

qu'à de bien grandes distances. Le moindre ouiil de bronze que l'on rccueiHc auprès de Memphis, dans un de ces tombeaux où il est demeuré enfermé depuis soixante siècles, révèle donc un antique et lointain commerce qui apportait à l'Egypte pharaonique, naissant à la civilisation au milieu des peuples encore absolument sauvages, l'étain du Caucasp, de Tlnde ou de l'Espagne. Sans ce commerce, en effet, on ne pourrait pas en expliquer l'existence, puisque l'étain ne se trouve dans la nature sur aucun point plus rapproché de l'Egypte. »

Une inscription cunéiforme, gravée sur un bronze assyrien et traduite par M. Oppert, parait démontrer que, vingt siècles avant notre ère, les Assyriens savaient assez travailler le bronze pour en faire des statuettes. Tout le monde a vu au musée assyrien du Louvre le petit

Fig. 307. — Géaisso du trépiud Puurtalés.

lion en bronze qui est placé sur un autel à trois faces; c'est le premier monument découvert par M. Botta à Khorsabad, dont on fait remonter la fondation au viii' siècle environ avant notre ère. M. de Longpérier en explique ainsi l'emploi : » Cette admirable figure, dit-il (fig. 303), un des plus beaux ouvrages que l'aniiciuité nous ait légués, parait n'avoir pas eu d'autre destination que de servir de base et de décoration à l'anneau qui la supporte; anneau auquel on attachait probablonii'nt l'extrémité d'une cordi', à l'aide de laquelle on liis.s;ut un voile au-dessus de la porte. Ce lion n'était pas mobile; à sa partie inférieure existe un goujon de scellement. Il ne doit donc pas ètce confondu avec d'autres lions de bronze trouvés récemment à Nemrod, et sur lesquels on voit des inscriptions cunéiformes et en caractères phéniciens. On pense que ces monuments ont servi comme poids. Quant au lion de Khorsabad, il appartenait bien certainement au système général des portes; car ;i chacune d'elles on a retrouve les pierres du scellement où des figures pareilles avaient été fixées. »

Ln Grèce, c'est dans l'ile d'Lgine que l'industrie du brouzo paraît

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avoir fleuri d'abord et ensuite dans Tîle de Délos. Corinthe eut, pendant plusieurs siècles, la réputation de fournir les plus beaux bronzes, mais cette réputation déchut et s'éteignit même complètement plus tard. Le bronze corinthien était de plusieurs couleurs et les différentes parties de la statue présentaient elles-mêmes des nuances différentes.

F]g. 308. — Trépied en bronze. (Louvre.)

L'étain, le zinc et le plomb constituaient avec le cuivre les alliages les plus ordinaires, mais dans des proportions très-variables.

Les Étrusques ont, aussi bien que les Grecs, et probablement à la même époque, poussé jusqu'à ses dernières limites l'industrie du bronze. Je n'ai pas à m'occuper ici des grandes statues de bronze qui appartiennent par leur essence au chapitre qui traitera spécialement de la sculpture. Mais dans les ouvrages en bronze destinés à des usages

LES MÉTAUX. 245

journaliers, je dois signaler l'emploi très-fréquent des dessins gravés en creux et à la pointe; c'est ce que les Italiens appellent graffiti. Ce genre de décoration, que l'industrie mo lerne emploie bien rarement, apparaît surtout dans les cistes, les coffrets, les miroirs (fig. 30/i).

Parmi les très-nombreux ouvrages en bronze que nous ont laissés les Étrusques, la série des trépieds est une des plus intéressantes. Nous

l*'lg. 300. — 'IrL-piol ;mi serpents.

avons expliqué dans le deuxième volume de cet ouvrage quel était l'usage du trépied, et [nous en avons donné plusieurs représentations (tome II, fig. 692 à 69?i). Au point do vue du travail du bronze, nous citerons plus particulièrement le fameux trépied connu sous le nom do trépied du duc de Luynes, qui fait partie du cabinet des médailles de la liiblii)tiiù(iuc nationiilo [Çv^. SOii). On pmit signaler aussi le beau trépied qui faisait partie de la collecliou l'ourlalès ((ig. 306). Il est décore

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de chevaux et de génisses d'un travail exquis et d'une tournure extrêmement vive et animée, comme on en peut juger par la figure 307 qui

Fig. 310. — Candélabre etrusquo.

reproduit un fragment de ce trépied. Les figures 308 et 309 montrent des trépieds rpmains, dont la forme est extrêmement élégante, mais

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qui n'ont pas dans leur décoration la même richesse ornementale que les ouvrages précédents. On remarquera, au surplus, que l'art romain

Fig. Jll, — CauUgUbro uliiuquo.

est, en général, beaucoup plus pondér<5 que l'art étrusque, mais s'il n'en a pas les bizarreries, il n'en a pas non plus les audaces.

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Les Étrusques ont trouvé une incroyable quantité de types pour varier la forme et la décoration de leurs candélabres. C'est un prêtre

Fig. 312. — Candélabre.

étrusque, de style archaïque, qui sert de support à celui qui est représenté sur la Dgure 310. Au contraire, dans la figure 311, la tige repose sur la tête d'un adolescent, d'une grande souplesse de mouvement. Cette tige est extrêmement mince et assez élevée, mais en voici une

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autre (fig. 312) d'une forme absolument différente, bien qu'elle repose également sur un personnage d'une nudité complète. Enfin, la figure 313 montre un candélabre dont la tige porte sur la tête d'une femme drapée et assise sur un siège à dossier. La base de ces candélabres n'est pas moins variée que la tige, bien que le principe décora-

Fig. 313. — Caadùlabro trouvù i C'hiusi.

lif soit presque partout le même, puisqu'il consiste en trois pieds d'animaux disposés en triangle.

La figure 31/i représente une lampe romaine d'un travail exquis :

elle a été trouvée à Pompéi et fait partie du musée de Naples. Les lianes

de la lampe sont décorés de gracieuses arabesques et un charmant

petit groupe, posé sur le bouftion, montre un enfant jouant avec

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une oie; ce joli couvercle est relié par une chaînette à l'anse de la lampe.

Fig, 314. — Lampe en brooze du musée de Naples.

Si nombreuses que puissent être les lampes antiques contenues dans nos collections, ce sont les vases qui ont fourni à nos chercheurs d'antiquités la plus ample récolte. Là encore nous allons retrouver la

ifig. 315.

Fig. 316.

Vases étrusques en bronze.

différence si profonde de goût et de style qui distingue la fabrication étrusque et la fabrication romaine.

Un type extrêmement original, et qui est assez fréquent dans la fabrication des Étrus([ues, c'est celui d'un vase de bronze dont la forme est arrondie à la base et dont la large ouverture est décorée de têtes d'animaux fantastiques tirant la langue et surgissant d'un long

LES MÉTAUX

COU. Tantôt ces têtes se replient à l'intérieur (fig. 315) et semblent vouloir humer le liquide contenu dans le fond du vase, tantôt elles

ifig. an. — Coupe étrusque.

se dressent à l'extérieur, comme si elles voulaient en défendre les approches (fig. 310). Au reste, l'emploi dos têtes d'nnimaux est un des

Fig. 318. — Vaso do broQzu.

traits caractéristiques de la décoration étrusque (fig. 317). Les por.sonnages ailés, comme ceux qui décorent les pieds du vase représenté sur la figure 318 sont aussi très-communs sur les monuments trouvés

dans les tombeaux étrusques.

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La figure 319 représente un vase de bronze qui n'est pas moins remarquable par l'élégance de son galbe que par la singularité de ses ornements. Un aigle, qui vient de s'abattre avec une proie dans ses serres, est posé sur le goulot, à la partie opposée au bec par lequel le liquide doit s'écouler. Plus bas, sur la panse du vase, une oie, vue à mi-corps, lève la tête et semble vouloir s'échapper. Cette oie fait ici l'ollice d'une anse, et sa disposition est telle que le vase devait être en

Fig. 319.

Va:>e de bronze.

somme peu commode h manier. Il est probable que ce vase, qui a été découvert à Pompéi, n'était pas d'un usage journalier, et que sa bizarrerie en faisait un meuble purement décoratif. Le vase représenté sur la figure 320 est aussi fort intéressant, mais celui que montre la figure 321 répond certainement au type le plus usité.

Le talent des ciseleurs de l'antiquité se montre surtout dans le détail des manches de miroir (fig. 322), des rebords ou des anses de vases. Quelquefois l'anse est décorée d'un petit sujet (fig. 323); elle prend la forme d'un animal (fig. 32ii), elle se couvre d'élégantes ciselures représentant des oiseaux (fig. 325) ou des plantes; très-souvent

LES Mf^:TAUX.

elle s'adapte aux vases par une tète humaine (fig. 326, 327, 328), ou bien elle se contourne sur elle-même par de gracieux enroulements (fig. 329).

Pline nous a laissé sur l'exploitation dos mines de cuivre et sur les principaux centres de fabrication du bronze, à Tôpoquc où il vivait, quelques renseignements qui doivent naturellemement trouver leur place ici. «Parlons maintenant, dit-il, des mines de cuivre {œs); métal placé au troisième rang pour la valeur et pour J'usage. Encore cstime-

Fii,'. '620. — V^ao Uo LcoUÀC.

t-on l'airain do Corinllir plus que l'argent, et, peu s'en faut, plus que l'or mémo. Le nom do cuivre {xs) reste aussi consacré dans beaucoup de termes do finance, comme nous l'avons dit.

« Nous avons indiqué combien de temps le peuple romain employa seulement le cuivre comme monnaie. D'ailleurs, un aulrc fait antique atteste pour ce métal une estime contemporaine; de Rome : c'est que le troisième collège établi par le roi Numa fut composé de fondeurs de cuivre.

<i Le liloii étant exploité comme pour les métaux précédents, on soumet le minerai à l'action du feu. Le cuivre se tire encori- d'une pierre cuivreuse appelée cadmie. On renomme le cuivre d'Asie. Ou

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renommait jadis celui de la Campanie, qui a cédé la prééminence au cuivre du territoire de Bergame, à 1 "extrémité de l'Italie. On dit même que depuis peu il en a été trouvé dans la province de Germanie. On en obtient aussi de la pierre dite chalcitis, dans l'île de Chypre, où s'est faite la découverte du cuivre. Bientôt le cuivre de Chypre tomba dans le discrédit, parce qu'il s'en rencontra de supérieur en d'autres pays, surtout laurichalcum, qui fut longtemps le meilleur et le plus

Fig. 321. — Vase de bronze.

recherché. 11 y a bien des années qu'on ne trouve plus d'aurichalcum, la terre étant épuisée. Après celui-là le meilleur cuivre a été le sallustien, qu'on lirait du territoire des Centrons, dans les Alpes; il ne dura guère lui-même, et il fut remplacé par le cuivre livien, dans les Gaules. L'un et l'autre avaient été dénommés d'après les propriétaires de la mine : le premier, d'après Salluste, ami du dieu Auguste, le second d'après la femme de ce prince. Le cuivre liwen a bientôt manqué; cette mine est en effet aujourd'hui du plus mince rapport. Maintenant toute la vogue s'est portée vers le cuivre marien, appelé aussi cuivre de Cordoue; après le cuivre livien, c'est celui qui absorbe le mieux lacad-

LES MÉTAUX

mie, et il approche, dans les sesterces et les doubles as, de l'excellente qualité de l'aurichalcum. Oiiaiit aux as, on n'y emploie que le cuivre de Chypre. Telles sont les espèces renommées de cuivre naturel.

« Les autres espèces sont artificielles. J'en traiterai en lieu et place, indiquant cependant tout d'abord la plus célèbre. Autrefois le cuivre était mêlé ù l'or et à l'argent, et cependant le travail était plus pré-

Fig. 3ii.

Mancbo do miroir.

Fig. JM.

Adso d'un cratôro.

Fig. 3-21.

Anso de vase.

deux que la matière. Aujourd'hui on ne saurait dire lequel vaut le moins.

«Chose singulière! tandis ([uc le prix des ouvrages n'a plus de bornes, la dignité de l'art est anéantie. Et en effet, on s'est mis h exercer, comme tout le reste, pour l'amour du gain, un art qui jadis ne s'exerçait que pour la gloire ; aussi était-il attribué aux dieux, alors que les chefs même des nations cherchaient la gloire par cette voie. Le procédé pour fondre^ 1(> bronze précieux est tellement perdu, que depuis longtemps c'est h peine si le hasard donne (luchiiierois ce que l'art donnait toujou;'s. De ces airains renommés dans l'antiquité, celui de Coriuthe est le jjIus recherché; le hasard en lit l'alliage dans l'ombrasemcut qui suivit la prise de cette ville. I,:i passion do bien des gens

L'INDUSTRIE

pour cet airain a été surprenante; car on rapporte que la seule cause pour laquelle Antoine proscrivit ce Verres, que Cicéron avait fait condamner, fut que Verres avait refusé de lui céder ses bronzes de Corinilie. Pour moi, je pense que la plupart n'aflectent de se connaître en airain de Corinthe que pour se distinguer, et qu'au fond ils n'y en-

Fig. 325.

Fi g. 326.

ÂDScs de vases.

tendent pas plus que les autres ; je vais le prouver en peu de mots. Corinthe fut prise la troisième année delà 158" olympiade, l'an de Rome 608; or, plus d'un siècle auparavant avaient cessé de vivre ces statuaires célèbres dont aujourd'hui toutes les statues sont dites en airain de Corinthe. C'est pourquoi, pourréfuter nos prétendus connaisseurs, je marquerai l'époque des artistes, et, par la correspondance ({ue je viens d'indiquer, il sera facile de passer des olympiades aux années de Rome. Il n'y a vraiment d'airain de Corinthe que les vases transformés par nos élégants tantôt

LliS MÉTAUX.

en plats, tantôt en lampes ou en cuvettes, sans égard pour ces objets précieux. On distingue trois espèces d'airain de Corinthc : le blnnc. qui

t'ti. Ml. — Ai;s(! de vaso.

approche tout à fait de l'éclat de l'argent, parce que la proportion de ce métal y a dominé ; le second, où la couleur jaune de l'or a prévalu;

Fig. 328. — Anso do bronio.

le troisième, où les trois métaux sunt alliés par parties égales. Il est encore une quatrième espèce d'airain, dont on ne peut rendre raison, bien (|iii' la main de l'homme en fasse l'alliage; mais la fortune y a aussi une part : cet airain, précieux pour les diverses espaces de statues, a la teinte du fuie; et pour cela il est nommé lupatizon; de beaucoup inférieur à l'airain de Corinthe, il l'emporte cependant sur ceux d'Égine ei di- liélos, (|ui longtemps oui icnu le premier rang. III. 3J

L'INDUSTRIE

(( L'airain le plus anciennement célèbre fut celui de Délos. On venait de tous les côtés de la terre aux marchés de cette île : ses fabricant? l'employaient à faire des pieds et des supports de lits de table. Ce fut par là qu'il fut d'abord mis en vogue, puis il s'éleva au.\ statues des dieux et aux effigies des hommes et des animaux.

« L'airain d'Égine eut ensuite le plus de renom. Égine est une île qui ne produit pas d'airain, mais qu'ont rendue célèbre les alliages préparés dans ses ateliers. C'est là que fut pris le bœuf d'airain placé aujourd'hui dans le forum Boarium à Rome. 11 peut servir d'échantillon de l'airain d'Égine. Un échantillon de celui de Délos est le Jupiter placé au Capitole, dans le temple de Jupiter tonnant. Myron em-

Délail do r^iQse d'un plat.

ployait l'airain d'Égine, Polyclète celui de Délos. Contemporains et condisciples, leur rivalité s'étendait jusqu'à la matière dont ils se servaient.

« A Égine on ne travaillait spécialement que les bobèches des candélabres, comme à Tarentc les fûts; ainsi deux fabriques en partageaient l'honneur. On n'a pas honte de mettre à des chandeliers un prix égal à la solde d'un tribun militaire; des chandeliers, dont le nom vient évidemment de chandelle. Un de ces chandeliers fut vendu avec un singulier accessoire : le crieur public Tiiéon fit un lot de ce chandelier et de l'esclave Glésippe, foulon de son métier, bossu d'ailleurs et désagréable à voir. Gegania acheta le lot 50,000 sesterces (10,500 francs); elle fit parade à table do son emplette, et exposa cet esclave, nu, à la risée des convives; puis s'étant éprise de lui, le mit sur son testament. Devenu immensément riche, Clésippe révéra ce chandelier comme une divinité; nouveau contingent aux histoires sur l'airain de Corinthe. Toutefois les mœurs furent vengées : il fit élever à la défunte un magnifique mausolée qui gardera éternellement au-

LES MI':TAUX. 259

dessus du sol le souvenir de l'infamie de Gegania. Si on donne généralement à ces candélabres le nom de candélabres de Corinthe, quoiqu'il soit constant qu'aucun n'est de Corinthe, c'est qu'on serappellr que Mummius détruisit cette ville; mais on oublie que sa victoire dispersa en même temps les bronzes provenant de plusieurs villes d'Achaïe.

« Les anciens faisaient en airain les seuils même et les portes des temples. Je trouve que Cnêius Octavius, qui fut décoré du triomphe naval pour avoir vaincu Persée (an de Rome 58G), fit élever au cirque Flaminicn un double portique appelé Corinthien, parce que les chapiteaux des colonnes étaient d'airain. Je trouve encore que le temple même de Vesta fut couvert d'airain de Syracuse. C'est également en airain de Syracuse que sont les chapiteaux des colonnes du Panthéon placés par M. Agrippa. Les particuliers opulents ont aussi employé ce genre de luxe. Le questeur Sp. Carvilius, entre autres chefs d'accusation, reprocha à Camille d'avoir des portes d'airain à sa maison.

« Qi'ant aux lits de table, aux buffets et aux tables à un pied en airain, ce fut, selon L. Pison, Cn. Manlius qui, après sa conquête de l'Asie, les apporta le premier lors de son triomphe, qui eut lieu l'an de Rome JG7. D'après Valérius Antias, L. Crassus, héritier de l'orateur L. Cra'^sus, vendit beaucoup de ces lits garnis d'airain. On fabriquait en airain des bassins de trépieds, nommés delphiques, parce qu'on en faisait surtout des offrandes à Apollon de Delphes. Les lustres, soit suspendus, soit poitant les lumières comme les arbres leurs fruits, plaisaient aussi dans les temples. Tel est celui du temple d'Apollon Palatin : Alexandre le Grand l'avait enlevé lors de la prise de ïhèbes et l'avait consacré au même dieu dans la ville de Cyme.

« L'art ensuite se mit communément à représenter les dieux. Je trouve que la première statue en bronze, faite à Rome, est celle do Gérés-, les frais en furent pris sur le pécule de Sp. Cassius qui, aspirant à la royauté, fut mis à mi)rl par son père. Dos statues des dieux, l'airain ])assa aux statues ot à la représentation des hommes, de diverses façons. Les anciens leur donnaient une teinte avec du bitume, ce qui rond d'autant plus surprenant qu'ensuite on se soit plu à les dorer. Je ne .sais si cette dernière invention est romaine ; toujours esi-il qu'à Rome même elle n'est pas ancienne. On n'érigeait ordinairement de statues qu'à des hommes méritant l'immortalité par quelque action éclatante. Ce fut d'abord pour les victoires dans les jeux sacrés, et surtout dans les jeux olympi([ues. L'i il était d'usage de consacior l.i slaïuo

L'INDUSTRIE

de tous ceux qui avaient remporté un prix. Quant à ceux qui avaient vaincu trois fois, on leur érigeait une statue qui était leur portrait : ce genre de statues est appelé iconique. Je ne sais si ce ne sont pas les Athéniens qui les premiers ont dressé des statues aux frais du public; et cela à l'occasion des tyran nicides Harmodius et Aristogiton. Le meurtre d'Hipparque eut lieu l'année où les rois furent chassés de

Fis. 330. — Bouteille en bronze.

home. Par une émulai ion honorable, cet usage a été ensuite universellement adopté. Les places publiques de toutes les villes municipales se sont ornées de statues; le souvenir des personnages s'est perpétué. et l'on a inscrit le détail de leurs fonctions, que la postérité lira sur le socle de leurs statues, et non plus seulement sur leurs tombeaux. Bientôt les maisons pariiculiéres et les atriums sont devenus autant de places publiques, et les clients se sont mis à honorer leurs patrons. » La fabrication du bronze a continué jusqu'à la fin de l'empire ro-

LES MÉTAUX

main, et la Gaule y a contribué pour une forte part. Des objets d'un usage journalier, comme la bouteille trouvée près de Saumur (flg. 330) et des bijoux d'une grande élégance, comme le collier en bronze que reproduit la figure 331 et qui a été trouvé également sur le sol de

Hlj,-. 331.

Collier en bronze.

la Gaule, montrent combien l'emploi du bronze était fréquent dans cipajs. Ce joli collier, composé d'une série de fers de lance accrochés à une petite chaînette, sulTirait aussi à prouver que chez les anciens, les bijou.v de la plus grande disiinction n'étaient pas toujours faits en métaux précieux.

Le FEn. — Le fer était utilisé pour tous les intrumcnts de Tagriculture, mais il était rarement employé dans le mobilier, et presque jamais il n'a servi de matière première aux ouvrages d"art. Cependant on cite quel([ues rares statues faites avec ce métal. « L'artiste Arislonidas, dit Pline, voulant exprimer sur .\tbanias le repentir succédaiu îi la fureur après qu'il a précipité son fils Léarque, môla le cuivre et le fer, afin que la rougeur de la confusion fût rendue par la rouille qui se distinguait à travers Téclat du cuivre : cette statue existe aujourd'hui encore ù Thébes. On a dans la même ville un Hercule de fer, œuvre d'Alcon, conduit à employer ce métal par la patience du dieu dans ses travaux. Nous vo\ons aussi à Rome des coupes de fer consacrées dans le temple de Mars Vengeur. » Ces rares exceptions confirment ce que nous ilisioiis : II! bronze était en gi'néral préféré au fer pour les ouvrages d'une exécution soignée, et les magnifiques ferrures du moyen âge et de la Renaissance ne paraissent pas avoir eu leurs analogues dans l'antiquité.

Nous connaissons peu de monuments relatifs au travail de la serrurerie. Cependant le musée de Sens conserve un bas-relief qui montre un ouvrier travaillant le fer (fig. 332). 11 est debout et lient dune

L'INDUSTRIE

main son marteau et de Tauire une barre de fer qu'il appuie sur une enclume. Ce monument, qui appartient à une basse époque, est d'un travail extrêmement grossier, mais il montre d'une façon très-netle les instruments dont se sert l'ouvrier.

Fig. 332. — Travail du fer.

Les anciens repassaient les couteaux et autres instruments de métal sur des meules à aiguiser qui ressemblaient beaucoup aux nôtres, comme on peut en juger par la figure 333, tirée d'une pierre gravée antique. On remarquera que le petit amour repasseur fait tourner la meule avec un mouvement de son pied exactement comme cela a lieu de nos jours.

« Les mines de fer, dit Pline le Naturaliste, se trouvent presque partout. L'île même d'Ilva (Elbe), sur la côte d'Italie, en produit. Les ferres ferrugineuses se reconnaissent sans dillicullé à leur couleur. Le mine-

LES MÉTAUX. 263

rai se traite de la même manière que celui du cuivre; seulement en Cappadocc, on se demande s'il e?t un présent de l'eau ou de la terre; car ce n'est qu'arrosé a\ec l'eau d'un certain fleuve que le minerai donne du fer dans les fourneaux. Les variétés de fer sont nombreuses. La première cause en est dans les dilTérences du sol et du climat. Certaines terres ne donnent qu'un fer mou et approchant du plomb ; d'autres un fer cassant et cuivreux, détestable pour les roues et les clous, auxquels le fer mou convient; un autre n'est bon qu'en petits morceaux; on l'emploie pour les clous des bottines; un autre est trèssujet à la rouille. Tous ces fers s'appellent stricturx (gueuses), terme dont on ne se sert pas pour les autres métaux, et qui vient de stringere aciem [tirer le fer en baire). Les fourneaux aussi établissent une grande différence : on y obtient un certain noyau de fer servant à fabriquer l'acier dur, ou d'une autre fa^on, les enclumes compactes et les têtes de marteau. Mais la différence la plus grande provient de l'eau dans laquelle on plonge le fer pig. 333.

incandescent; cette eau, dont la bonté varie sui- uouio à repasser.

\ant les lieux, a rendu fameuses pour la fabrication du f T certaines localités, telles que Bilbilis et Turiasson en Espagne, et Cômeen Italie, bien que ces endroits n'aient pas de mines de lur. Mais de tous les fers la palme est à celui de la Sérique, qui nous l'envoie avec ses étoffes et ses pelleteries. Le second rang appartient à celui desParthes. Ce sont les seuls fers où il n'entre que de l'acier; tous les autres sont mélangés d'un fer plus mou. Dans l'empire romain, en certains eiulroiis, le lilon donne du fer de cette qualité, comme en Norique; c'est le procédé de fabrication en d'autres, comme à Sulmone; c'est la ([ualité de l'eau dans les lieux que nous avons cités plus haut. 11 est aussi à observer que pour aiguiser il vaut mieux arroser la pierre avec de l'huile qu'avec de l'eau; l'huile rend le tranchant plus fin. Chose singulière! dans la calcinaiion du minerai, le fer devient liquide comme de l'eau, et, par le refroidissement, il devient spongieux. On est dans Ihabitudo d'éteindre dans l'Iiuye les menus fragments do fer, de peur que l'eau ne les rende durs et cassants. Le sang humain se venge du fer, qui, lorsqu'il en a été mouillé, est plus promptement attaqué par la rouille.

« De tous les métaux, c'est le fer qui est en plus grande abondance. Sur la cùte de la Cantabrie que baigne l'Océan, il est une montagne

2Gi

L'INDUSTRIE

très-élevée qui, chose incroyable, est tout entière de fer; nous en avons parlé en décrivant lOcéan. Le fer soumis à l'action du feu se gâte, si on ne le forge au marteau. Rouge, il n'est pas apte à être forgé; il faut ([u'il commence à passer au blanc. Enduit de vinaigre ou d'alun, il devient semblable au cuivre. On le protège contre la rouille avec la céruse, le gypse et la poix liquide, préparation que les Grecs nomment antipathia. Quelques-uns prétendent qu'il y a en cela quelque cérémonie religieuse, et que dans la ville nommée Zeugma, sur l'Euphrate, est une chaîne de fer qu'Alexandre avait employée là à la construction d'un pont, et dont les anneaux renouvelés sont attaqués par la rouille, tandis que les anneaux primitifs en sont exempts. »

Les forges. — Il est impossible de préciser à quelle époque on a commencé à employer le soufflet i e forge, mais son usage doit être fort ancien, puisqu'on en trouve la représentation dans le tombeau de

Fig. 334. — Forge. (D'après une peinture d'un tombeau égyptien.]

Tliouthmès 111, près de Thèbes (fig. 334). Ces soufîlets consistaient en sacs de cuir ajustés dans une boîte d'où partait un long tube chargé d'envoyer le vent sur le feu. Il y avait deux de ces soufflets de chaque côté du brasier; l'opérateur montait dessus de manière à en avoir un sous chacun de ses pieds et il tenait en même temps dans ses mains une corde qui soulevait un des deux soufflets pendant que le pied appuyait sur l'autre. On voit que ce système imj)lique la connaissance de la soupape. La figure 335, tirée du même tombeau, montre également une forge; on y voit bien les tubes qui envoient l'air sur le feu, mais la manière dont ils s'emplissent n'est pas très-compréhensible.

Les iiistrumenis qu'on employait au temps d'Homère pour travailler les méiaux ne paraissent ni très-nombreux ni très-compliqués.

LES MÉTAUX

Vulcain avait dans ses forges un marteau, une enclume et des tenailles. C'est avec cela que ses ouvriers façonnaient le métal après l'avoir allié et fondu d'une manière convenable. Les soufflets de la forge de Vulcain, si nous en croyons les scoliastes, n'avaient qu'une seule ouverture pour

Fi'g. 33Ô. — Forge. i.D'aprùs une puioturo d'uu tumbeau égyptien.)

aspirer et pour e.xprimer l'air, en sorte qu'il y avait forcément interruption dans le souffle. On conroit dés lors qu'il y ait eu dans la forge do Vulcain vingt soufflets agissant alternativement; c'était sans doute pour établir un courant d'air continu. Le métal se fondait dans des creusets, et était ensuite travaillé au marteau et ciselé dans certaines parties. Pendant toute Tanti<iuité l'art du statuaire a été absolument confondu avec l'industrie du fondeur;

chaque artiste pratiquait lui-même toutes les parties techniques de ses ouvrages.

Les documents que les auteurs nous ont laissés sur la pratique des industries sont e.\trêmemi'nt restreints. Mais comme le culte de Vulcain était assez répandu, et qu'il existe plusieurs représentations montrant les idées que les anciens se faisaient de ses ateliers, nous pouvons nous faire une idée assez nette des outils et des habi-

Fig. 330. — Tenailles do forgeron.

Rnclumo do fuif^oroii.

tudcs des forgerons.

Un bas-relief en marbre représentant la forge de Vulcain nous fait comprendre comment étaient faites les tenaillés des forgerons. Nous reproduisons, figure 330, l'image de cet outil avec lequel ils retiraient le métal échauffé et le maintenaient sur l'enclume pendant qu'ils le travaillaient. L'enclume dont ils se servaient csl également représentée sur des monument.s antiques (fig. 337). Elle se compose d'une corne saillant,' placée sur un billot de bois et clic III. H

266 L'INDUSTRIE

est exactement pareille à celle qu'on emploie encore aujourd'hui pour le même usage.

Fig. 338, — Forge antique.

La figure 338 représente une forge antique d'après un bas-relief qui décore un sarcophage, à Rome. Cette forge ressemble de tous points

Pîg. 339. — Fabrique de couteaux.

à celles que nous faisons aujourd'hui. Au centre, un des personnages.

LES MÉTAUX. 267

qu'on reconnaît à son bonnet pour être Vulcain, le dieu forgeron, tient le fer sur l'enclume avec des tenailles; et le frappe avec un lourd marteau, conjointement avec ses deux ouvriers. Un v;ise plein d'eau, destiné à y plonger le fer ou les instruments lorsqu'ils seront échauffés, est placé au pied de renclunio. Au fond on voit le feu avec un homme qui fait manœuvrer le soulllet. Tous ces personnages sont u^s et ont seulement une petite draperie passée autour des reins.

Fitr. 310. — Un atelier d'armurier.

L'outillage liahitiiel d'une forge est représenté d'une manière encore plus ex|)licitc sur la figure 339, qui reproduit également un bas-relief du Vatican. Ici, les deux ouvriers, au lieu d'être nus, portent le costimie liahiliiel aux artisans, c'est-à-dire la tunique, laissant le bras droit découviTt. 11 Ci-t probable que nous sommes en présence d'une fal)ri(|uo de couteaux, car on voit des instruments tranchants de différentes formes suspendus ù la muraille.

Malgré certains attributs mytliologiciiies, le bas-relief du Louvre, reproduit sur la figure S.'iO, peut nous donner une idée assez exacte d'un atelier d'aimurier. Le maître ouvrier est en train de polir l'intérieur d'un bouclier que lui présente un de ses aides. Près de lui un apprenti, assis par terre, travaille à une pièce d'armure, el un autre apprenti, caché derrière un meuble en métal, enlève sournoisement lo bonnet d'un vii'il artisan (pii est en train d'ajuster un casque.

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

Les carrières. — Le transport des blocs. — Les maçons. Les char pentiers.

Les CARniÈRES. — Tout porte à croire que, dansrancienne Egypte, les prisonniers étaient employés au travail des carrières : Les ruines qui couvrent le pays attestent l'immense travail qu'il a fallu exécuter pour extraire des carrières les énormes pierres que nous voyons employées dans les temples.

Dans son Histoire de Cho.bîtation, M. Viollet-Ie-Duc résume ainsi les méthodes employées pour extraire les blocs des carrières. « Les ouvriers habitués à mettre en œuvre la brique crue, le pisé et les roseaux dans leurs bâtisses, n'étaient point très-habiles à tailler la pierre; ils n'avaient encore que des outils de cuivre qui s'émoussaient promptemcnt, bien qu'on les trempât. Pour fendre les pierres dans la carrière, ayant observé que les calcaires se présentent naturellement par lits, ils dégageaient la surface horizontale extérieure; puis, au moyen de poinçons de cuivre, ils creusaient de distance en distance, sur une même ligue, suivant la dimension qu'ils voulaient donner au bloc à extraire, des trous oblongs, étroits, et de la profondeur de quatre à cinq doigts. Cela fait, ils enfonçaient dans ces trous des coins de bois bienséchés; ils mouillaient régulièrement ces coins qui, en gonflant, faisaient fendre la pierre suivant la ligne tracée par les entailles. A l'aide de leviers de bois durcis au feu, ils faisaient sortir le bloc de sa place. Ces blocs, en raison de la nature litée de la pierre, présentaient ainsi des parallélipipèdes dont ils régularisaient les faces et qu'ils assemblaient. Comme ce peuple est patient et laborieux, il parvint cependant à tailler régulièrement tous ces blocs, à les polir même à l'aide de pierres dures, à y creuser des traits, des figures ; car, de même que toute chose est réglée dans la manière de vivre sur les bords du Nil, toute construction, tout objet doit mentionner les motifs en vue desquels ces constructions ou objets ont été établis et le nom de ceux pour qui on les établit. »

Pline rapporte qu'un jour des ouvriers qui travaillaient dans les car-

LKS I.NDLSTHIES DU 15ATIME.\T. 269

riôrcs de Paros, ayant fundu un bloc de marbre avec des coins, y trouvèrent une figure de Silène. Il ne dit pas, il est vrai, que les coins fussent en bois, mais il est permis de le supposer. Il est probable que pour extraire les blocs de leur carrière, on creusait dans la partie supérieure et aplanie du bloc une petite rigole avec des trous où l'on enfonçait des coins en bois que Ton mouillait et qui, se gonflant, fendaient l(> bloc et le détachaient dans toute sa longueur. On employait pour travailler le marbre des scies avec du sable qu'on lirait des Indes, de l'Ethiopie et des côtes de l'Adriatique.

Le transport des blocs. • — La méthode employée par les Égyptiens pour soulever et faire mouvoir des masses énormes est un des problèmes qui ont le plus exercé la sagacité des archéologues. Au commencement de ce siècle, on admettait volontiers que les Égyptiens avaient eu une mécanique très-perfcctionnée, dont les principes s'enseignaient dans les sanctuaires, et qui a été inconnue des Grecs. Cette théorie est abandonnée aujourd'hui, et une étude plus attentive des monuments a montré que le procédé employé par les ÉgyjUiens consistait surtout dans le nombre énorme de bras qu'ils avaient à leur disposition. L'opinion émise par M. Letronne, dans une brochure publiée çn 181)5, est celle qui a prévalu. « Je suis étonné autant que personne, dit ce savant, de la patience et de l'adresse que les Égyptiens ont déployées dans ces occasions; mais j'ai toujours été éloigné de leur attribuer une mécanique aussi perfectionn'e que celle des modernes. S'ils avaient eu de telles ressources, les Grecs en auraient eu connaissance, eux qui, depuis Psammitichus, parcourant librement l'Egypte, furent les témoins des immenses travaux de ce prince et de ses successeurs. Dans aucune peinture égyptienne, on n'aperroit ni poulies, ni moufles, ni cabestan, ni machines quelconques. Si les Égyptiens en avaient eu l'usage, on en trouverait la trace dans un bas-relief qui représente le transport d'un colosse. On h^ voit entouré de cordages et tiré imuiédintement par plusieurs rangées d'iiouimes attachés à des câbles; d"autre> portent d(>s seaux pour mouiller les cordages et graisser le sol factice sur lequel le colosse est traîné. La force Iractive de leurs bras était concentrée dans un effort unique, au moyen d'un chant ou d'un battement rhythmé qu'exécute un homme monté sur les genoux du colosse. ))

Le soin extrême avec lequel les Lgyptieus ont reprt'seiité sur leurs monuments les outils (piils employaient dans les travaux de l'agricul-

L'INDUSTRIli.

ture et dans l'exercice des divers métiers peut en effet laisser supposer qu'ils auraient représenté de la même façon les machines pour élever ou transporter les matériaux pesants, s'ils en avaient fait usage. Mais quand les auteurs anciens nous racontent que Rhamsès a employé cent vingt mille hommes pour dresser un des obélisques de Thèbes, ils énoncent un fait qui seul annoncerait l'extrême imperfection, ou même, pour parler comme le savant que nous venons de citer, l'absence totale de mécanique chez les Égyptiens.

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Fig. 3U. — Transport d'un colosse.

Nous n'avons pu reproduire qu'une partie du monument représentant le transport d'un colosse (fig. 341). Le nombre des gens qui tirent la corde est beaucoup plus considérable sur l'original, et il est certainement beaucoup moindre que celui qui a dû être employé dans la réalité. Dans l'atlas de Minutoli, où la gravure de ce monument est coloriée, les hommes sont peints en rouge; la statue est blanche et le capuchon bleu. Les ouvriers, de deux en deux groupes, portent des espèces de bandelettes blanches croisées sur la [loitrine, ce qui n'est pas figuré dans notre gravure.

La manœuvre est fort curieuse à étudier; le colosse, qui est lié trèsfortement, est placé sur un traîneau. Sur ses genoux, on voit un personnage debout et battant la mesure avec ses mains. C'est évidemment l'architecte, ou l'ingénieur, faisant en quelque sorte l'office do chef

LES I.\D( STRIES DU BATIMENT. 271

d'orchestre, pour cionner de runiiô aux eiïorts des ouvriers qui doivent faire tous ensemble le même mouvement. En face de lui, et tournant le dos aux hommes qui tirent les cordes, un autre personnage, probablement un conire-maîtrc, tient dans ses mains deux instruments qu'il [)arait frapper l'iii) contre l'autre, sans doute pour répéter avec plus de bruit le signal donné par celui qui commande la manœuvre. Immédiatement au-dessous de ce personnage on en voit un autre qui verse de l'eau sur les cordes pour les empêcher de prendre feu. lùilin la dernière rangée des hommes qui tirent le colosse est suivie d'ouvrieis portant des seaux d'eau, et d'autres qui ont sur leurs épaules une poutre munie de crans.

Les inscriptions tracées sur le monument disent que le colosse avait douze coudées de hauteur. Elles n'indiquent mallioureusement pas quelle est la nature du sol sur lequel il glisse. M. Wilkinson croit que ce devait être un lit de planches. On n'est pas non plus d'accord sur le liiiuidc contenu dans les seaux, où les uns veulent voir de l'eau, tandis que les autres croient qu'ils devaient contenir une espèce de graisse ou de matière huileuse destinée à faire glisser le colosse plus facilement.

Dans une inscription traduite par M. Chabas, un fonctionnaire de la Xl^ dynastie raconte le transport du colosse ciïectué sous sa direction. « Transport d'une statue de treize coudées en pierre de la localité. Or le chemin sur lequel elle devait aller était plus diflicilc que toute autre chose, et il était assez difllcile d'amener dos honnnes de traction assez nombreux pour cela à cause de la pierre... Je fis partir des compagnies de jeunes recrues pour faire le chemin, ainsi que dos corporations d'ouvriers sacrés et d'ouvriers tailleurs de pierre, leurs maîtres avec eux. Je dis : Que des hommes au bras fort aillent pour l'amener! Mon cœur se dilate : tous mes concitoyens étaient dans l'allégresse; c'était plus beau à voir (]ue toute autre chose. Le vieillard, parmi eux, s'appuyait sur le jeune, et les forts s'opposaient à ceux dont le cœur faiblissait; leurs bras devinrent puissants; l'un d'entre eux faisait l'effort de mille. Alors cette statue à socle carré se mil à sortir do la montagne, spectacle grandiose plus cpie toute autre chose »

On transportait à bras d'homme les objets de petite dimension, les blocs moyens étainii naines par des bœufs, et les très-gros se transportaient sur des traîneaux auvcpiels s'attelaient un très-grand nombre d'homm(!S. Ils étaient hissés iMisuil'î ;i l'aide de plans inclinés, mais quand ou voulait les descendre dans un caveau, M. Mariette suppnso

272 L'INDUSTRIE

quoii les faisait poser sur une balte de sable, dont on dégarnissait ensuite les côtés, de manière que la masse s'affaissât par son propre poids, à mesure que le sable sur lequel elle était posée diminuait.

11 résulte de ce qui précède que les statues et les ouvrages de dimension colossale étaient travaillés au lieu même où on extrayait la pierre et apportés ensuite à leur destination. C'est le contraire qui a lieu aujourd'hui ; quand une statue ou un groupe de grande dimension doit décorer un édifice, on bâtit un échafaudage dans lequel le sculpteur, après avoir fait chez lui les ouvrages préparatoires, termine sur place l'ouvrage dont il a été chargé. Il semble au contraire probable que les sculpteurs égyptiens allaient dans la carrière même exécuter le travail qui leur avait été demandé.

11 parait au surplus que le transport des colosses ne se faisait pas toujours sans dilliculté. C'est ce qui résulte d'une aventure racontée par Hérodote au sujet d'un édifice que le roi Amasis avait fait venir d'Éléphantine, avec Tintention de le placer dans un temple et que finalement on a laissé à la porte.

(I Deux mille hommes, dit-il, tous bateliers, furent occupés pendant trois ans à ce transport. Cet édiSce est d'une seule pierre : il a en dehors vingt et une coudées de long, quatorze de large et huit de haut. Sa longueur en dedans est de dix-huit coudées plus vingt doigts; sa largeur de douze coudées; sa hauteur de cinq. Telles sont les dimensions extraordinaires de cet ouvrage monolithe. 11 est placé à l'entrée du lieu sacré. On ne l'y ût point entrer, disent les Égyptiens, parce que. pendant qu'on le tirait, l'architecte, fatigué et ennuyé d'un travail qui lui avait coûté tant de temps, poussa un profond soupir. Amasis, regardant cela comme un présage fâcheux, ne voulut pas qu'on le fit avancer plus loin. Quelques-uns disent aussi qu'un de ceux qui aidaient ù le remuer avec des leviers fut écrasé dessous, et que ce fut pour cela qu'on ne l'introduisit pas dans le lieu sacré. »

La manière que nous avons indiquée pour le transport des colosses n'était pas particulière à l'ancienne Egypte, on la retrouve dans tout l'Orient. La ligure 3^2, tu'ée d'un bas-relief assyrien, montre un des grands taureaux ailés, comme ceiyt que nous avons au Louvre, qu'une multitude d'hommes traîne au moyen de cordes. Le taureau est entouré d'un échafaudage, portant sur un socle auquel sont attachées les cordes. Le procédé est donc en somme identique à celui que nous avons vu sur la figure S/il. Nous n'avons pas de représentations analo^'ues pour les Grecs et les Romains, mais rien ne prouve que la mécanique

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

L'INDUSTRIE

fût beaucoup plus avancée chez eux; seulement il y a lieu de supposer que les hommes étaient, dans une certaine mesure, remplacés par des chevaux ou des bœufs.

Les maçons. — Les briques mêlées d'argile et de paille étaient les matériaux les plus employés dans l'ancienne Egypte pour les maisons ordinaires. Les hypogées de Thèbes nous fournissent des documents sur la fabrication et l'emploi des briques. Dans la figure 343, nous

Kig. 3-13. — L'OdU puisée à l'ctang.

(D'après une peinture égyptienne.)

voyons des ouvriers venant puiser de l'eau dans un étang entouré d'arbres.

Quand l'argile était suffisamment mouillée et pétrie, on lui donnait la forme voulue à l'aide des instruments qui sont représentés dans la ligure 344. On en faisait des piles régulières qu'on transportait ensuite jusqu'à l'endroit où devait s'élever la construction projetée. Les briques emportées étaient maintenues par des cordes fixées à un bâton que le porteur tient sur son épaule. Quelquefois aussi les briques étaient portées directement sur l'épaule. Nous avons un exemple de ces deux modes de transport dans les figures 345 et 346.

Les porteurs de briques sont précédés par un homme qui ne porte

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

pas de fardeaux, mais tient à la main un petit bâton et semble diriger la marche des ouvriers qui s'apprêtent à le suivre. Le bùton était en

t'ig. 344. — i'abncuUun dos briques. (U'apri;* uuo puiuturo ugypiicuii-.j

Egypte l'insigne du commandement et le per.-onnage qui le tient est toujours le chef des autres. Dans le registre supérieur de la figure 315,

Pig. 3ij. — Fabricalîun des biiijuos. iD'nprii uoo pcinturo igypliouui'.)

nous voyons un autre chef de travail, représenté assis et tenant également un bùton. Il surveille le travail du lu confection des briques, qui se fait devant lui.

Ll-NDUSTRIK.

Enfin la figure 3/|7 nous montre l'emploi des briques dans la construction. Dans le monument original, la couleur dont sont peints les personnages indique qu'ils appartiennent à des races différentes. Les

Fig, a-Hj. — TraQsport des matériaux. (D'après une peinture égyptienne.;

véritables Égyptiens, parmi lesquels sont toujours les chefs, sont caractérisés par la teinte rouge de leurs chairs, tandis que les Asiatiques sont représentés de couleur jaune. Les Égyptiens qui font le travail des

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Fig. 347. — Construction et emploi des briques. (Fragment de peinture égyptieune.)

manœuvres sont peut-être des condamnés, mais les étrangers que nous voyons ici sont à coup sûr des prisonniers auxquels on imposait une tâche quotidienne souvent très lourde. On peut même supposer que ceux-ci sont des Juifs, puisque nous savons par les récits bibliques qu'ils étaient employés à ces sortes de travaux. » Vous exigerez d'eux.

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

dit le livre sacrd, la même quantité de briques qu'ils rendaient auparavant sans en rien diminuer ». Et ce document, dit M. Paul Pierret, est confirmé par le papyrus Anastasi. Seulement il faut bien remarquer que les Hébreux n'ont pas été seuls employés à des travaux de ce genre, mais qu'ils étaient également imposés à un très-grand nombre de prisonniers appartenant à des nations dilïérentes.

Fig. '•iW. — Porteurs do fardeaux. (Uus-ruliof ito la culonno Trajano.)

Les monuments romains qui représentent des maisons dans Texcrcicc de leur travail sont d'une extrême rareté. Cependant les figures tirées de la colonne Trajane montrent dos soldats romains employés à la construction ti'un rcnip^irl; dos légionnaires se passent des matériaux jiour la nuMaiili' ou bien cliargonl des déblais dans des paniers d'osior (fig. 3/iS et 3/|0).

L'jiXUL stiul;.

Les charpentiers. — La colonne Trajane nous montre (lig. 350} des soldats romains occupés à abattre des arbres. Cette scène se rattache à la construction d'un camp, mais elle nous montre également que pour la manière d'opérer et pour l'outillage, il n'existe aucune diiïéreuce entre les bûcherons de l'antiquité et ceux du temps présent.

||^7ll'l!llll::■mll|lyll!;lllll|r;il(!ll!l'lmlll;.v?!ya::•!;vl;ll!':I!!Vli:■■^;ïll:Ili■'."iI:

Fig. 3-19. — Puilours do fardeaux. (Bas-reliuf do la colonne Trajano.)

Le même monument représente un peu plus loin deux soldats transportant un tronc d'arbre qui est suspendu par une corde à une barre de bois posée sur leurs épaules (fig. 351).

On employait différentes sortes de bois suivant l'usage qu'on en voulait faire. « Les arbres dont on se sert pour la construction des édifices, dit Vitruve, comme le chènc, l'orme, le peuplier, le cyprès et le sapin, n'y sont pas aussi propres les uns que les autres et l'on ne peut pas faire avec le chêne ce que l'on fait avec le sapin, ni du cyprès ce qu'on fait de l'orme, chacun ayant des jiropriétés différentes à cause des principes dont il est composé et qui ne présentent pas les mêmes effets. »

Le bois, beaucoup plus facile à se procurer et à travailler que la pierre, a dû être employé de tout temps en Grèce comme en Italie. Plus tard, quand l'usage de la pierre prévalut pour les temples, le bois

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

fut relégué dans le toit. A Athènes, la charpente continua longtemps à être le mode de construction le plus usité pour les maisons particulières; mais il n'en fut pas de même dans d'autres villes, à Alexandrie par exemple.

« L'hai)ileté des anciens, dit M. Beulé, dans le travail des charpentes est constatée par le Digeste, puisqu'on faisait pour les cours

l'ig. 30U. — .^ul^UiU luui.iiiis .ilj:ittatit un .trbru. ^U-u-rcUcl* dt) la Ouluiiliu l'iiij.iii^.>

des cluirpcMiles mobiles (|ui se inoiiiairiu l'Iiiver et se démontaient l'été. A Cyzique, selon Pline, le lieu où se réunissait le sénat était couvert de la môme manière. La c'iarpcnte était assemblée sans boulons ni fcrreiiionis, les poutres se démontaient et s'ajustaient à volonté. » Li> plafond du temple d'Éphèsc. d'après le témoignage de Pline, était en bois de cèdre. Mais dans les édiliocs dont le plafond était en pierre.

L'INDUSTRIE

comme le temple de Thésée ou les Propylées d'Athènes, la disposition des solives et des caissons de marbre rappelait évidemment la toiture.

Une invocation tirée de l'Anthologie contient une énumération des outils en usaje parmi les menuisiers.

« Un niveau avec son fil à plomb, un maillet de bois, des planes avec leur doul)lc poignée, une forte hache à fendre les souches, une

Fig. 351. — Soldats portant uu arbro. ,Bas-reliel do la coioune Trajano.)

scie droite que guide la raie de vermillon, des tarières avec leur manivelle, des vilebrequins, un cordeau enduit de rouge résonnant sous les doigts qui le soulèvent, jeune déesse aux yeux pcrs, le menuisier Léontichus te les consacre; car les ans lui ont ôlé la force de s'en servir. » L'usage de la hache doit être presque aussi ancien que celui du marteau. C'est avec une hache qu'Ulysse taille et polit les planches destinées à son navire : il se sert également de clous on de chevilles pour les unir. Au reste, les clous servaient aussi à la décoration des meubles : on voit souvent dans Homère des sièges ornés de clous d'ar-

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

gent. On connaissait aussi le niveau, la règle et l'aplomb. La scie, dont Pline attribue l'invention au fabuleux Dédale, est un instrument qui

i'aroiiclttS hotjaires.

annonce des connaissances assez avancées dans le travail des métaux.

Fig. 3Z3. — Mesure lini^airo on forme de compas de réduction.

Homère ne la décrit pas absolument, mais il la connaissait sans aucun

fig. aoi.

Fig. :i.vi.

Compas troiiv(^4 A Pompai.

Fig. a36.

doute, puisqu'il parle do plaques d'ivoire qu'on avait dû scier pour en orner les lits, les sièges et les Dortes.

lu. 30

L'INDUSTRIE

Les charpentiers, les' menuisiers, et en général tous les artisans obligés de tracer des lignes droites et de prendre des mesures exactes, se servaient de régies assez analogues à celles que nous employons. Ces règles étaient en bronze : on en a retrouvé une à Pompéi qui est

divisée par une série de points placés à égale distance et qui servait ainsi de mesure. Une petite lame de métal placée sur un des côtés de la règle et venant s'adapter à deux petits clous (fig. 352) posés sur l'autre côté empêchait la règle de se refermer pur ellemême lorsqu'on voulait la tenir ouverte, et assurait ainsi son immobilité. Enfin sur la figure 353, nous voyons une mesure linéaire en forme de compas de réduction.

Les compas dont on se servait étaient identiques à ceux que nous employons à présent : on peut en juger par les modèles ci-contre qui représentent des instruments pris à Pompéi.

La figure 355 est un compas pour tracer des cercles, la figure 35/j un compas pour prendre l'épaisseur des solides et la figure 356 un compas de réduction.

Une stèle du musée d'Autun représente un menuisier vu à mi-corps et tenant en main un instrument qui ressemble à un marteau. Un outil de menuisier est sculpté sous le buste (fig. 357).

Un marteau d'une autre forme se voit également sur la figure 358 qui représ:!nte un charpentier d'après un monument funèbre d'une basse époque. Un autre juonument (fig. 359) nous montre plusieurs des outils du fabricant de meubles; on y voit un compas, une équerre, un instrument recourbé qui rappelle les pistolets dont nous nous servons pour le dessin linéaire, et une sorte de hache courbe dont il est assez difficile aujourd'hui d'expliquer l'usage.

Fig. 357. — Un meouisicr.

LES INDUSTRIES DU BATIMENT

Les fouilles ont mis au jour un certain nombre d'outils, et les peintures dos tombeaux nous font voir de quelle manière les Égyptiens les employaient, lis connaissaient la règle, l'équerre et le fil à plomb; ils

Fig. J08.

Charpentier.

FiK. 359.

OutiU d'un fabricant do meubles.

avaient des ciseaux, des vrilles, des haches, des erminettes, des scies, des rabots. Tous ces outils sont en bronze; la poignée est généralemeni faite avec de l'acacia, du tamarix, ou d'autres bois durs. Les Égyptiens n'ont pas fait usage du fer, ou du moins cet usage n'a jamais été répandu, soit parce que le fer était rare dans le pays, soit par une rai-

Fig. aOO. — ('h.irpenllors "égyptiens.

son religieuse, car ce métal était considéré comme un os de Typhon, le mauvais principe.

Le cisi'au s'employait à pou près comme do nos jours : on lo fra]>pait avec un maillet de bois, quelquefois aplati sur les côtés, quelquefois d'une forme ovoïde ou circulaire.

L'INDUSTRIE

Les hachettes étaient surtout employées par les charpentiers ou les constructeurs de bateaux : mais la double scie dont se servent aujour-

i'^lij. Jlil. — AlLUUlsiera.

d'hui les scieurs de loni; ne paraît pas avoir été connue des anciens Égyptiens. Si nous en jugeons par les peintures, le procédé qu'on em-

Fig. 362. — Uénies menuisiors. (Peinture de Pûmpéi.j

ployait pour scier une poutre dans sa longueur était même assez barbare ; on la liait fortement entre deux poteaux flxés en terre, et le char-

LES INDUSTRIES DU BATIME.NT

pentier, muni d'une grande scie qu'il tenait à deux mains, opérait son travail en commençant par le haut (fig. 360).

L'industrie romaine était plus avancée et on voit l'emploi d'une

te

Fig, 'iG'3. — Fabncauls du meublo:».

scie analogue aux nôtres sur la figure 3G1, tirée d'un vase funèbre.

La figure 3G2 représente des génies menuisiers, occupés à scier un bout de planche sur le bord d'un établi à tréteaux. Sur l'établi, on voit le crampon de fer qui sert à fixer les objets, et par terre un marteau

Fig. iJCl. — i'laca;jO do bui».

avec une caisse à outils. Un petit vase, pour la colle ou ])0ur lo vernis. est posé sur une tablette contre la muraille.

Un établi d'une forme un peu différente apparaît sur un bas-relief romain : ici le menuisier est en train de travailler 5 un fragment do meuble dont la forme est arrondie (,fig. 303).

L'INDUSTRIE

Les Égyptiens paraissent avoir été assez avancés dans l'art du placage et de la marqueterie. Dans un tombeau de Thèbes, remontant au temps de Thoutmès 111, on voit un menuisier plaquant une pièce de

Fr^. 3G5. — Fabrication de colle forte.

bois rare sur une autre de bois plus commun; devant lui est un bloc de bois sur lequel est posée son erminette (ûg. 304). Mais la scène représentée à côté n'est pas moins curieuse. Elle montre un ouvrier

Fig. 36e. — Fabricants do chaises.

broyant avec une pierre une substance destinée à faire une sorte de glu, qui était probablement l'équivalent de notre colle forte, et qu'un autre applique avec un pinceau plat sur une planche (fig. 305).

Fig. 3li7. — Fabricants de meubles.

Les outils du métier sont, suivant l'usage, représentés sur la muraille. On y voit entre autres : un pot, contenant cette colle forte, et placé sur le feu; une règle, une équcrre, of enfin un coffret terminé pour indiquer l'occupation à laquelle on se livre en ce moment.

LES INDUSTRIES DU liATIMENT.

Ailleurs on voit des ouvriers travaillant à des pieds de meubles en forme de pattes d'animaux, d'autres confectionnant une chaise (fig. 366), d'autres enfin polissant une sorte de colonnette en bois destinée à un meuble (fig. 3G7).

Fig. 388. — Support pour un v.iso.

Outre les tables, les l'igyptions on)pIoyaient certains supports dont la (igure 308 nous montre la forme. C'est un meuble assez riche, décoré d'incrustations, et destiné trùs-probablement à supporter un vase ou tout autre objet do prix. Le modèle (pie nous repro luisons est au Musée britannique. La forme générale du meuble est celle d'une pxramidc tronquée, mais la manière dont les traverses sont disposées est d'une véritable élégance.

Pi^î. 3*M). — Uolitol lutirtpiodiriu.

Enlin nous donnons, ligure 3G'J, un petit colTrit de marqueterie d'un travail très-délicat, niais dont l'usage serait didicilc à expliiiuer.

288 L'INDUSTRIE

LES PETITES INDUSTRIES

Flecbs AKTiriciELLES. — Vaxniers. — ConROYECRS. — Cordonniers.

Selliers, charrons, carrossiers. — Saltimbanqies et

faiseurs de tours.

Fleurs artificielles. — Les fleurs étaient considérées chez les anciens comme un objet de première nécessité : il n'y a guère d'actes dans la vie antique où il n'y ait des guirlandes et des couronnes. L'industrie des bouquetières avait une grande importance à Athènes, et dans les usages romains les fleurs arlificielles accompagnent ou remplacent quelquefois les fleurs naturelles.

On distinguait deux sortes de couronnes, celles qui étaient tressées, faites de fleurs et de branches entières, et les couronnes cousues à l'aiguille, pour lesquelles on n'employait que des feuilles détachées de leurs calices. On les rangeait à la manière des écailles et on les attachait à des bandelettes d'écorce de tilleul. « Nous trouvons, dit Pline, dans les sacrifices des Saliens, les couronnes travaillées à l'aiguille; ils en faisaient usage dans leurs festins. La préférence fut donnée ensuite aux rosiers ; et grâce aux progrès du luxe, on n'attacha plus aucun prix à celles qui n'étaient pas toutes en feuilles de roses cousues. Bientôt on en fit venir de l'Inde et de pays encore plus éloignés. Car aujourd'hui, on regarde comme le comble de la magnificence de distribuer des couronnes faites de feuilles de nard ou d'étoffes de soie de différentes couleurs et humectées do parfums; c'est le dernier terme où se soit encore arrêté le luxe des femmes. »

En efl'et, l'usage des couronnes de fleurs arlificielles n'a pas tardé l\ s'introduire, par suite de la difliculté ou l'on était de trouver des fleurs en toutes saisons, même lorsqu'on en faisait venir des pays chauds. Quand la végétation était éteinte on faisait venir d'abord des amarantes d'Egypte; c'est une espèce de plante qui, lorsqu'elle avait été desséchée, avait la propriété de reprendre sa fraîcheur première si on l'humectait d'eau. Mais cette plante étant insuffisante pour la con-

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sommation considérable à laquelle entraînait l'usage universel des couronnes, on fit des fleurs avec des écorces de corne, ou avec des étoffes de soie de diverses couleurs, et on les imprégnait ensuite du parfum des fleurs qu'elles représentaient. Car les médecins tenaient essentiellement aux parfums pendant les festins et les considéraient comme absolument hygiéniques.

Sous l'empire romain, le luxe effréné qui envahit tout ne pouvait manquer de se retrouver dans les couronnes, et Pline nous raconte comment a commencé l'usage des métaux précieux. « Le riche Crassus. dit-il, est le premier qui, dans ses jeux, ait donné des couronnes dont les feuilles fussent d'or et d'argent. On y ajouta des rubans qui en re-

Fig. ^70. — Gl-ui«s tltiuriblus.

levaient encore le mérite, mais ils furent longtemps unis et sans gravures. Claudius Pulcher les fit ciseler le premier et même il plaça des bas-reliefs sur l'écorce tendre du tilleul. »

Une fabrique de fleurs ariificielles est représentée sur la figure 370, tirée d'une pciiilure de l'ompéi. Au centre de la composition, on voit une grande table, et quatre petits génies, assis sur deux bancs, sont occupés à attacher des fleurs après des fils pour en former des guirlandes. Ces fils partent d'un châssis, placé au-dessus de la table. L'n des petits génies puise dans un panier les fleurs qu'il va donner aux ouvriers, et une jeune fille, aux ailes de papillon, remet ù un petit amour un bouquet et une guirlande.

VANNiEns. — Les l'igypticns étaient extrêmement habiles dans l'art du vannier. Leurs ouvrages en ce genre se faisaient avec divers joncs, III. 37

290 L'INDUSTRIE

des fibres de papyrus ou des feuilles de palmier. Lé musée du Louvre en possède plusieurs échantillons. Dans les appartements, le sol était généralement recouvert de nattes en jonc.

Le musée de Boulaq possède un panier en jonc tressé teint de couleurs diverses et trouvé dans une tombe de la XI" dynastie. Dos cette époque, les Égyptiens ont fait des travaux de sparterie remarquables. Le musée en possède de nombreux échantillons. Les paniers qu'on fabrique encore aujourdliui à Éléphantine ont les mêmes couleurs et

quelques-uns affoctent les mêmes forme s. La figure 371 nous montre la forme habituelle des paniers au temps de Ramsès le Grand.

Le meuble représenté figure 372 est une espèce de panier portant sur une armature en jonc et contenant des bouteilles et poteries d'un usage domestique. 11 y a ici une disposition qui semble d'un goût presque moderne, et on ne serait pas trop surpris si l'on rencontrait dans nos bazars un meuble ressemblant à celui-ci pour l'aspect. Le panier qui contient les bouteilles est posé sur une espèce de support à quatre pieds fort minces qui l'emboîte jusqu'au milieu de sa hauteur.

La sparterie était également pratiquée dans l'antiquiié grecque et romaine.

« L'usage du sparte, dit l'iine le Naturaliste, est postérieur de plusieurs siècles à celui du lin. Il date de la première guerre que les Carthaginois firent en Espagne. Le sparte croît de lui-même sans qu'on puisse le semer. C'est proprement le jonc d'un sol aride. Un seul pays a le malheur de le produire, car il est le fléau de la terre qui le porte; elle est stérile pour tout le reste. Celui d'Afrique est petit et ne sert à rien. La province de Carthagènc, dans l'Espagne citéricure, le produit, mais non dans toute son étendue. Partout oii il vient, les montagnes mêmes en sont couvertes. Les habitants des campagnes se servent du sparte pour se chauffer et s'éclairer. Ils en font des lits, des

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chaussures et des vêtements pour les bergers. Cette plante est nuisible aux animaux, excepté la partie tendre qui est à la sommité. Il faut le battre pour le mettre en œuvre. Il so conserve surtout dans l'eau et dans la mer. Sur terre, on préfère les cordes de chanvre. Le sparte se nourrit même dans l'eau. 11 semble se dédommager de la soif qu'il a éprouvée dans rétat de végétation. Cette sorte de cordage se répare aisément. Quoique vieux qu'il soit, il se renoue avec le neuf. Au surplus, l'imagination

Fiii. 3*2. — Panior portant lio* huutuiUes.

s'effraie quand on calcule à combien d'usages on l'emploie en tous lieux, soit pour les agrès des vaisseaux, soit pour la construction des édifices, ou pour les autres besoins de la vie. Le terrain qui suflit pour tant d'usages n'a pas trente milles de largeur, à partir du rivage de Carthagène; il a moins de cent milles de longueur. Les frais empêchent que le sparte ne se transporte à des distances éloignées. Le nom que les Grecs donnent au jonc induit ;i croir(> qu'ils se servirent de cette plante pour faire des cordes. Il est démontré que, dans la suite, ils liront usage de la feuille de palmier et de lécorce intérieure du tilleul. C'est là probablement co qui donna aux Carthaginois l'idée d'employer le sparte. »

ConnoYEuns. — Une peinture de Thèbes (fig. 373), remontant h l'époque de Tlioutmés III, nous montre dos corrojcurs tortillant des lanières de cuir dont les quatre languettes entrelacées passent à travers un tube, que tient un homme qui marche h reculons. Une bande tourne autour du corps de l'ouvrier (jui est char^'é ircntrelacer ces

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lanières, et il semble s'appuyer sur elle en marchant à reculons. Cette bande est fixée au tube par un anneau tournant sur un écrou, qui l'empêche elle-même d'être entortillée comme le reste : sans cette précaution l'ouvrier finirait par être complètement serré par la lanière qu'il tient.

Le tube dans lequel s'opère le tortillement, et que l'ouvrier fait continuellement tourner à cet effet dans sa main, est pour^'u d'une barre surmontée d'une grosse boule pesante qui accélère le mouvement et empêche le déroulement si l'ouvrier s'arrêtait un moment.

Un autre ouvrier, assis plus bas et sur un tabouret à trois pieds, tient en main les lanières qu'il prend sur le tas, en les faisant passer à son camarade, et en les empêchant de s'embrouiller irrégulièrement. Derrière celui-ci, on voit encore un autre ouvrier qui, à l'aide d'un

Fig. 373. — Fabrication do courroies.

couteau, coupe la peau en bandes minces et circulaires. Quand cette opération préparatoire était terminée, on commençait à entrelacer les bandes entre elles, pour les faire converger vers le tube creux au travers duquel on faisait passer l'extrémité. Une peau de bête, servant d'enseigne, qu'on voit près de l'ouvrier qui découpe, se mettait probablement à l'entrée de la boutique, tandis que les bandes déjà préparées et enroulées étaient accrochées dans l'intérieur.

CoiiDONNiEns. — Une peinture de Thèbes nous montre la fabrication des sandales. Un cordonnier, assis sur un petit tabouret bas à trois pieds, fait avec son alêne un trou dans une sandale pour y adapter les cordons qui la fixeront aux pieds. Un autre est en train d'attacher à une sandale une petite lanière de cuir qu'il tire avec ses dents (fig. 374). Des sandales préparées sont figurées sur le mur de la bou-

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tique, avec les principaux outils se rattachant à la profession de cordonnier. Dans une autre peinture on voit un cordonnier coupant une longue lanière de cuir dont il maintient le bout avec son pied.

Fie. 374. — Cucdonniers.

Une fabrique de chaussures est représentée sur une peinture de Pompéi (fig. 375). Un petit génie, assis sur un tabouret devant un établi, semble polir une couture, et son camarade, placé devant lui,

s'efforce de plier une peau pour l'assouplir. Des chaussures terminées sont posées sur une planche et dans une armoire, dont chacun des battants se replie en deux parties, disposition importante à signaler,

291 L'IXDUSTP.rE.

parce qu'elle est de la plus extrême rareté dans le mobilier antique. Au bas de l'armoire, on voit plusieurs pots, dont le plus grand contenait probablement de l'eau et l'autre de la colle de pâte.

Le tranchet est le seul instrument relatif à cette profession que nous possédions d'une manière authentique. Il parait qu'à Rorne le métier de cordonnier enrichissait plus que celui d'homme de lettres-, c'est du moins ce qu'on pourrait conclure d'une épigramme de Martial: « Toi qui as passé ta vie à allonger de vieux cuirs avec tes dents, et à mordre des semelles usées et pourries par la boue, tu possèdes aujourd'hui, grâce à tes extorsions, le domaine de Prénestc, qui appartenait à ton patron, domaine dont le moindre recoin est trop beau pour toi. Exalté par les briilanles vapeurs du Falerne, tu brises les cristaux. Et moi, mes sots parents m'ont fait étudier les lettres! Qu'avais-je besoin des grammairiens et des rhéteurs? Brise ta plume légère, déchire tes livres, ô ma muse! puisqu'un soulier peut donner tout cela à un savetier. »

Selliers, charrons, carrossiers. — La fabrication des roues et des timons employés pour les chariots est figurée sur les peintures de Thèbes. On y voit des ouvriers occupés à couper du cuir pour faire les harnais ou border les chars. Le joug reposait sur une petite selle bien rembourrée et d'où partaient des bandelettes qui venaient se croisant sur le poitrail du cheval, où elles aboutissaient aune espèce de nœud ornemental.

Les roues, attachées avec un cercle de métal, étaient en outre renforcées aux jointures des raies par de petites bandes de bronze.

Dans les chars égyptiens, les rênes que tient le cocher traversent des anneaux fixés sur la housse du cheval et vont aboutir au mors. La bride se compose de courroies qui viennent s'attacher par-dessus la tête de l'animal. A la hauteur des yeux on voit souvent des plaques de métal ou des bandes d'étoffe, qui étaient sans doute destinées à diriger la vue du cheval, en fixant son regard sur un point déterminé.

La housseest souvent fort grande et enveloppe tout le corps du cheval jusqu'au sommet de la tête, mais en laissant le mouvement des jambes absolument libre. Cette housse est généralement une grande étofTc à larges raies et elle est quelquefois bordée par une broderie assez riche. Des courroies servent à attacher au-dessous du ventre la housse, qui est en outre retenue par une autre courroie fort large passant par-dessus le cou. Cette courroie se termine par une plaque circu-

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lairc en métal qui était peut-être destinée à en cacher les nœuds. Une autre plaque so voit également sur les côtés à l'endroit où passe la courroie qui fixe la housse au corps du cheval. Quelquefois aussi on

Fig. 376. — Harnachomont.

voit une selle posée près du garrot et maintenue par des courroies, qui passent sous le ventre et en avant du poitrail.

La tête des chevaux est empanachée de plumes d'autruche et couverte d'ornements parmi lesquels on remarque quelquefois une lleur de lotus renversée (fig. 376).

Saltimbanques et FAiSEuns de Touns. — Les riches Égyptiens prenaient quelquefois à leur service des nains et autres personnages difformes dont l'aspect grotesque faisait rire leurs convives. On avait aussi des bateleurs et des escamoteurs dont les tours sont représentés sur les peintures qui décorent les hypogées de lieni-llassan. La gymnastique n'était pas comme en Grèce une partie importante de l'éducation de la jeunesse, et les hommes que nous voyons sur les monuments se livrera l'exercice de la lutte sont très-prohnhlement des acrobates

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de profession (fig. 377 et 378). Les athlètes de Beni-Hassan sont d'ailleurs nus comme les athlètes grecs et n'ont pour tout vêtement qu'une

Fij;. 3*";. — Lutteurs égyptiens.

ceinture. La série des exercices auxquels ils se livrent est figurée tout entière et dans un ordre méthodique sur une autre peinture. La première figure montre un personnage tenant en main sa ceinture.

i-ig. 3~8. — Lutteurs égyptiens.

tandis que son adversaire se la passe autour des reins (fig. 379).

Ensuite nous voyons les deux lutteurs s'avancer l'un contre l'autre dans une posture identique. Chacun d'eux penche légèrement le corps

Fig. a'îy. — Lutteurs attachant leur ceinture.

en avant et tend les bras pour saisir son adversaire (fig. 380). Ensuite ils se saisissent, en passant un bras autour du cou tandis que l'autre main saisit le poignet (fig. 381).

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Voici maintenant nos lutteurs dans le moment décisif de leur exer-

tîis'. J;o. — Lmiouis buVrtU(;dut l'uu cuuuc l'auirc.

cice : l'un d'eux a saisi par une jambe son adversaire qui cherche à se

Fig. "•iai. — LuttL-urs curpï a curi)».

dégager pour ne pas perdre l'équilibre. Dans la même figure, un des

lieux lutteurs, saisi par le milieu du corps, vient d'être enlevé en l'air par son antagoniste victorieu.\ (fig. 382).

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