III
L'INDDSTRIE.
La scène suivante montre un autre genre de lutte. Ici il s'agit non plus d'enlever son adversaire, mais de le coucher sur le sol. Chacun des deux lutteurs a saisi la jambe de son antagoniste, et ils s'avancent lête baissée l'un contre l'autre. Mais l'un des deux a déjà plié un genou
Fig. 383. — La lutte sur le sol. Fig. 3SJ. — Le vaiucu m>!> a bds.
(Peintures des hypogées de Beni-Hassan.)
qui touche à terre, et son autre jambe, vigoureusement saisie, ne peut déjà plus prendre son point d'appui sur le sol. Enfin la victoire est décidée un peu plus loin : le vaincu est décidément étendu par terre,
Fig. asB.
Danseurs de corde.
et le vainqueur le tient à la fois par le bras et par la jambe (fig. 383 et 384).
En Grèce, pendant les repas, on faisait souvent venir des mimes ou des acrobates dont les exercices amusaient les convives. De petits
LES PETITES INDDSTRIES.
nains diffornaos, dont la statuaire a rarement reproduit l'image, venaient égayer aussi ces repas par leurs contorsions bizarres. Les Éthiopiens, qui étaient renommés pour leur souplesse et qui venaient en
Fijf. ati.
Fig. a«8.
Danseurs do corde.
fouie h Rome et dans les grandes villes pour y exercer le métier de .saltimbanques, étaient particulièrement recherchés. Lucien décrit un petit homme difforme, dansant, se contournant de mille façons bizarres,
l'ig. 3S9.
DaosourH do cordo.
l'ig. oUj.
récitant des vers avec des gestes ridicules, et affectant la prononciation égyptienne. Un petit bronze du musée de Naples reproduit une figure qui répond assez bien à sa description. On peut voir également sur une lampo anli(iue un mime, avec une grosse tête coiffée d'un bonnet poiiilu : il rst armé d'un bouclier et d'un hhlon fendu, propre à fair
300 L'INDUSTRIE
du bruit, et semble se livrer à une danse extravagante, sans doute pour amuser les spectateurs.
Sur un autre monument, on voit un danseur qui se trémousse sur une corde à laquelle sont suspendues des amphores.
Fig. 391. — Danse des amphores.
Les danseurs de corde étaient particulii'rement recherchés pour égayer les convives. On en voit représentés dans toutes les postures sur les peintures de Pompéi et sur divers monuments (fig. 385 à 391).
La figure 392 représente un bouffon qui danse en tenant deux (lambeaux. Son costume est celui des acteurs ou mimes qui ne jouaient pas précisément la comédie, mais avaient pour mission d'amuser les sociétés où ils étaient appelé». 11 est accompagné d'une femme qui
Fig. 3y2. — Boutfon dansant.
joue de la double flûte en même temps qu'elle danse. Sur une peinture de Pompéi (fig. 393) on voit également un petit génie qui danse en même temps qu'il joue d'une double flûte garnie de clefs pour en ■varier les modulations. Un autre petit génie, placé en face de lui,
LLS PETITES INDLSTIi lES.
danse en tenant un bâton, ou peut-être un balancier placé sur son épaule.
Fiij. 3a3.
Geii:cs danseurs.
Les montreurs d'anini.uix formaient aussi une catégorie de gens qu'on appelait dans les maisons pour s'y livrer à leurs exercices. Une peinture du l'onipéi nous montre un singe habillé d'une espèce de manteau à capuchon, qu'un jeune garçon muni d'un fouet tient en laisse
Kig. Jyi. — Muuiruiix Uu sifitfo.
pour le faire danser (fig. 39ù). Un fait assez remarquable, c'est que ce singe n"a pas de queue.
La figure .395, tirée d'une lampe en terre cuite, représente un jongleur occupé à montrer certains exercices à des animaux savants. On voit à côté de lui un chien qui monte ;i une échelle et un singe auquel il est en train d'ensi-igiier (pielquo tour. Ces jongleurs allaient
302 L'INDUSTRIE
ainsi de ville en ville, transportant avec eux leurs instruments et leur ménagerie.
Fig. 395. — Montreur d'animaux.
Un bas-relief d'une belle conservation nous montre aussi un de ces psy lies, montreurs de serpents, qui venaient des plaines brûlantes de la Cyrénaïquc et étonnaient les populations par les reptiles dont ils ne redoutaient pas le venin et dont ils se nourrissaient, disait-on. Ils allaient de ville en ville, et toujours nus, faisaient des tours avec leurs serpents, récoltant ainsi l'argent des passants. Les pays chauds regorgent encore de charlatans de cette espèce et on en voit souvent dans nos foires. Seulement la plupart ne sont pas originaires des pays où vivent les serpents qu'ils montrent, tandis que dans l'antiquité, c'étaient de véritables Africains, qui allaient offrir leurs services de maison en maison et exploitaient la crédulité populaire en faisant mordre leur peau bronzée par des serpents apprivoisés, ou dont ils avaient arraché les dents.
Il y avait aussi des montreurs de crocodiles, qui faisaient, pour amuser le public, des tours de souplesse. Loin- agilité les mettait facilement à l'abri des morsures d'un animal qui, sur la terre, est naturellement assez raide et ne se retourne pas facilement. C'est un de ces tours que nous montre une statue du musée britannique où l'on voit un Éthiopien, bien reconnaissable à son nez écrasé, à ses grosses lèvres, à ses cheveux crépus, arrangés en tresses. Il se dresse sur le crocodile, la tête en bas et les pieds élevés perpendiculairement : mais le sculpteur était évidenimont peu familiarisé avec l'histoire na-
LES PETITES INDUSTRIES. 303
turcllc, car son crocodile laisse tout à désirer sous le rapport de la construction anatoniique.
Les faiseurs de tours de force étaient encore plus recherchés que les montreurs d'animaux, et un fait remarquable, cest qu'en Grèce, ce métier était fréquemment exercé par des femmes. Xénophon décrit ainsi les tours que fait une femme appelée dans un banquet.
« Dès qu'on a retiré les tables, fait les libations et chanté le paean, il entre, comme divertissement, un Syracusain, suivi d'une excellente joueuse de flûte, d'une danseuse merveilleuse par ses tours, d'un garçon fort joli, jouant de la cithare et dansant à ravir. La musicienne fait entendre sa flûte, et quelqu'un placé près de la danseuse lui
l'ig 39C — La daoso dos ôpées.
donne des cerceaux, jusqu'à douze. Elle les prend : aussitôt elle danse et les jette en l'air, en calculant à quelle hauteur elle doit les jeter pour les recevoir en cadence. On apporte ensuite un cerceau garni d'épécs, la pointe en haut ; la danseuse y entre par une culbute et en sort par une autre, de manière à faire craindre aux spectateurs qu'elle ne se blesse, mais elle achève ses tours avec assurance et sans accident. Alors Socrate s'adressant directement à Anlislhène : « Pour cette foi?, « dit-il, les spectateurs ne nieront pas, je crois, qu'on ne puisse donner (i des leçons de courage, puisque cette danseuse, toute femme qu'elle « est, passe si hardiment à travers les épées. »
Une peinture de vase, du musée de Naples, nous montre une femme faisant des exercices du même genre au milieu des épées dont la pointe est tournée; iMi liant (fig. 3'JG). Ces exercices ou d'autres équivalents amusaient beaucoup les Grecs.' Cependant, comme ils sont en sonmie fort disgracieux, ils ne pouvaient manquer de trouver des détracteurs dans une ville tomme Athènes. Ainsi Socrate montre un véritable tcm-
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pérament d'artiste, lorsqu'aprôs le tour des cerreiux, il dit au Syracusain : <i Je trouve que faire la culbute à travers un cercle d'épées est un tour dangereux et qui ne convient pas à un banquet; je ne vois pas quel plaisir peut donner un pareil spectacle. Il n'est pas plus agréable de voir de frais et jolis enfants se démener ainsi le corps que de les regarder tranquilles. »
Les tours d'escamotage qu'on faisait dans l'ancienne Egypte paraissent être les mêmes que font encore aujourd'hui les saltimbanques qui parcourent nos villages. 11 serait peut-être téméraire d'aflirmer que le bagou quelquefois pittoresque dont se servent nos escamoteurs était déjà en usage parmi les Égyptiens, mais le tour qui consiste à poser sur le sol un vase vide et à trouver en le relevant un
Fig. 397. — Escamotours égyptiens.
objet qu'on est censé ne pas y avoir mis est représenté sur les monuments (fig. 397).
Des bouffons étaient souvent appelés dans les sociétés qu'ils étaient chargés d'amuser par mille facéties. Ces bouffons portaient en général un bonnet d'une forme assez étrange, que nous voyons représenté sur la figure 398.
L'exercice du bâton est également représenté sur les monuments. Les bâtons dont se servaient ces lutteurs sont pourvus d'une poignée, destinée à garantir la main droite qui tient le bâton. Le bras gaucho, avec lequel on pare les coups portés par l'adversaire, est muni d'une espèce de petit bouclier, consistant en une plaquette assez mince qui s'étend du coude à rextrémité de la main, et relié au bras par des courroies. L'adresse consistait donc à recevoir les coups sur cette plaquette, tandis qu'avec le bâton on s'efforçait de vaincre ou de désarmer son adversaire. Mais la plaquette était purement défensive et ne servait pas, comme le ccstc des Grecs, à frapper plus fort. On ne voit pas non plus, couime dans les peintures grecques, un geste signiûca-
LES PETITES INDUSTRIES
tif par lequel un des adversaires se reconnaît vaincu et demande la (in de la lutte (fig. 399J.
Fig. 398. — Bouflbns égyptiens.
On sait que les Japonais sont extrêmement adroits dans l'exercice q il consiste à lancer un couteau dont la pointe va se piquer sur un point déterminé. Les peintures de Bcni-Ilassan nous montrent que cet exercice était déjà pratiqué par les anciens Égyptiens. Ues billots
i'ij,', ^U'J. — UAluuulbtu».
en bois étaient posés sur le sol. Ils sont probablement pourvus sur leur face supérieure d'une marque indiquant le bul, car deux hommes semblent se prnilicr pour vérifier s'il a été exactement atteint, tandis qu'un autre s'apprête à lancer un couteau à la place indiquée.
L'exercice qui consiste à soulever des poids ^our montrer la force de son bras doit avoir existé dès la plus haute antiquité. Les poids dont m. 3U
306 L'INDUSTRIE
se servent les Égyptiens n'ont pas la forme de nos haltères : ils ressembleraient plutôt aux massues de bois dont on se sert dans quelques gymnases. Ces poids, d'une forme ovoïde assez allongée, se terminent par un manche recourbé, que le lutteur saisit de la main dri)ite pour se livrer à ses exercices.
Les exercices des acrobates, les sottes plaisanteries des bouiïons, ou les danses lascives des courtisanes devaient plaire médiocrement aux lettrés, qui se piquaient en général de sagesse et de philosophie. Le savoir-vivre leur faisait une loi de supporter ces amusements grossiers dans les maisons où ils étaient invités, mais ils n'étaient pas sans s'en plaindre quelquefois, comme nous le montre une curieuse lettre de Pline le Jeune à un de ses amis.
« Pline à Génitor.
« J'ai reçu la lettre où vous vous plaignpz de l'ennui que vous ont causé dans un festin, d'ailleurs somptueux, des bouffons, des débauchés et des fous qui voltigeaient autour des t;ibles. Ne voulez-vous donc jamais vous dérider le front? Je n'ai pas de ces sortes de gens à mon service; mais je tolère ceux qui en ont. Pourquoi donc n'en ai-je point? C'est que, s'il échappe à un débauché quelque parole obscène, à un bouffon quelque impertinence, à un fou quelque ineptie, cela ne me fait aucun plaisir parce que cela ne me cause aucune surprise. Je vous allègue mon goût, mais ce n'est pas une raison. Aussi combien n'y at-il pas de gens qui regardent comme sottes et insupportables beaucoup de choses qui nous plaisent et nous enchantent? Combien ne s'en trouve-t-il pas qui, dès qu'un lecteur, un joueur de lyre ou un comédien parait, prennent congé de la compagnie; ou qui, s'ils demeurent à table, n'ont pas moins d'ennui que vous en ont fait souffrir ces monstres (car c'est le nom que vous leur donnez)? Ayons donc de l'indulgence pour les plaisirs d'autrui, si nous voulons eu obtenir pour les nôtres. »
LE COMMERCE
LA VENTE ET L'ACHAT
Les uAKcnÉs et les boutiqies. — Les annonces. — Les denrées. Les l'oius et les mesures.
Les marchés et les boutiqles. — En Egypte, comme au reste chez tous les peuples de l'antiquité, les fêtes religieuses étaient de véritables foires. Le Nil était continuellement sillonné par une foule dembarcations qui transportaient les pi'îlcrins aux fêtes religieuses. Mais ces pèlerins mêlaient trcs-bien leur piété avec leurs intérêts, et c'est bien ainsi que l'entendait le sacerdoce égyptien, toujours fort pratique dans les institutions qu'il a établies. Los sanctuaires placés sur tons les chemins conduisant à la vallée du Nil étaient en mémo temps des sortes de comptoirs, où les transactions du négoce étaient revêtues de formalités particulières qui reliaient intimement les intérêts du culte à ceux des particuliers. Ces stations religieuses et commerciales tout à la fois étaient toujours placées dans les lieux où il y avait des sources d'eau vive, trésors inappréciables pour les caravanes arrivant du désort ou s'y dirigeant, et les bienfaits du dieu attiraient nature-llement de nombreuses offrandes. La plus fréquentée de toutes était la fameuse oasis d'Animon, non moins connue des marchands par ses excellentes sources {jue par son oracle. On consultait le dieu sur l'entreprise dans laquelle on allait s'aventurer, et on s'approvisionnait en mémo temps à la célèbre fontaine placée dans Icnccinte sacrée.
Diodorc de Sicile nous a laissé une description de cette fonlaiuo célèbre : « Près de ce temple, dit-il, existe une fontaine à laquelle un pliéuomône qui s'y passe a fait donner le nom de fonlnine du soleil. Son eau varie singulièrement de température aux différentes heures de
308 LE COMMERCE
la journée : au point du jour elle est tiède, et devient froide à mesure que le jour s'avance, jusqu a midi, où elle atteint son maximum do froid; la température s'élève à partir de midi, jusqu'à ce qu'elle ail atteint son maximum à minuit; à partir de ce moment, la ciialeur va en diminuant jusqu'à ce qu'elle arrive au degré qu'elle avait au lever du soleil. »
Du côté du midi, des sanctuaires, émanations du grand corps sacerdotal de Thèbes, étaient échelonnés jusqu'à une très-grande distance dans la vallée du Nil, en sorte que l'autorité théocratique rayonnait sur toute l'Ethiopie, et prêtait aux marchands l'appui qui leur était nécessaire dans ces contrées difTiciles à traverser. C'est là que les tribus à demi sauvages apportaient les produits de leurs chasses et les richesses minérales de leur sol, pour subvenir aux besoins et aux merveilles de la civilisation égyptienne.
Primitivement les étrangers venaient trafiquer dans certains points déterminés, et ils trouvaient la sécurité sous la sauvegarde d'un sanctuaire. Il y a en Chine et au Japon certains ports qui sont comme le rendez-vous de tout le commerce européen ; il en était de même en Egypte où, depuis une antiquité très-reculée, les Phéniciens avaient établi un comptoir à Memphis. Plus tard, le roi Amasis concéda aux Grecs l'établissement de Naucratis, où il leur permit de vivre suivant leurs lois : « Amasis, dit Hérodote, aimait les Grecs; du moins il accueillit avec faveur quelques-uns d'entre eux, et assigna pour résidence à ceux qui venaient en Egypte la ville de Naucratis. A ceux qui n'avaient pas dessein de s'y fixer et se bornaient à trafiquer par mer, il donna des emplacements où ils pussent ériger des autels et des temples. Le plus grand de ces enclos sacrés, le plus célèbre, le plus fréquenté, celui qu'on appelle Hcllenium, a été bâti en commun par les Ioniens de Chics, de Téos, de Phocée et de Clazomène ; par les Dorions de Rhodes, de Guide, d'Halicarnasse et de Phaselis, et par les Éolicns de la seule Mytilône. Le temple appartient à toutes ces villes, et les préposés aux affaires commerciales sont institués par elles. Les autres cités qui participent au temple le font sans y avoir droit. En outre, les Éginètes ont construit pour eux-mêmes le temple de Jupiter, les Samiens celui de Junon, les Milésiens celui d'Apollon... Mais Naucratis était autrefois le seul marché de l'Egypte; il n'y en avait point d'autres. Si quelque navigateur remontait une autre bouche du fleuve, il devait jin-er que ce n'était pas volontairement. Après ce serment, il fallait qu'il gagnât par mer la bouche canopienne. Si les vents contraires s'y opposaient,
LA VENTE ET L'ACHAT. 309
on l'obligeait à conduire sa cargaison sur des barques à travers le delta, jusqu'à Naucratis. Aussi cette ville était priviligiée. »
La conquête de l'Egypte par les Perses et ensuite par les Grecs changea complètement cet état de choses, et, «ous les Plolémées, Alexandrie absorba à peu près tout le commerce de l'Égipte. Les mœurs nationales, si soigneusement maintenues par le sacerdoce dans les antiques traditions, se transformèrent sous cette influence étran-
Fig. lUU. — ficeliemeut d'un balloi
gère et la profession d'interprète devint une des plus suivies dans un pays ouvert de tous côtés à des peuples parlant une langue différcnlo.
Le commerce de l'Asie se faisait surtout par caravanes, et il devait y avoir dans les grands centres de population, comme Ninivc et Babylone, des stations commerciales où les marchands se réunissaient en très-grand nombre à des époques déterminées. Cependant un passage d'Hérodote relatif h iliisloiro do C.yrus laisse croire qu'il n'y avait pas^ dans les villes de places s])écialement affoctées au commerce.
« Lorsque le héraut eut rempli sa mission, dit-il, Cyrus demanda quels étaient ces Grecs (lui tenaient im pareil langage et (luel élaii leur nombre. Après qu'on l'en eut informé, il fit celte réponse : <. Je
LE COMMERCE
« n'ai point crainte de ces hommes qui ont au milieu de leur cité une (( place qu'ils adoptent pour s'y réunir et se tromper les uns les autres « par de faux serments ». Cyrus disait cela des Grecs, à cause de leurs agoras, où ils se rencontrent pour acheter et pour vendre : car les Perses ne savent pas ce que c'est qu'un agora et n'ont même pas de marché. »
L'activité commerciale n'est pas une chose qui se prête beaucoup aux représentations plastiques. Aussi nous possédons peu de monuments qui s'y rattachent. Sur la figure Z|00 ou voit deux hommes occupés à attacher un ballot de marchandises destiné probablement à une contrée lointaine. On y voit que le système employé pour l'emballage était à peu près le même dans l'antiquité que de nos jours.
Fig. -lui. — Marchands rumaïus. iDaprcs unu pomlurtj de Pompei.)
Chez les Grecs et chez les Romains, l'activité commerciale, aussi
bien que la vie politique, était tout entière sur la place publique
^<y(rig. âS^. En Grèce, le lieu où le peuple tenait ses assemblées s'appe-
uW lait ïagora. Les agoras étaient généralement environnés de portiques,
qui n'étaient pas toujours continus. La place publique d'Élis, décrite
par Pausanias, était traversée par plusieurs rues. A Athènes, à Mégalo-
LA VENTE ET L'ACHAT
polis, et dans d'autres villes, une partie des portiques était disposée de manière qu'on pût y rendre la justice. Quand ces portiques étaient décorés de peintures ils prenaient le nom de pœcitcs. Ces décorations avaient pour sujets la représentation de faits glorieux pour la cité. L'enceinte de l'agora comprenait souvent des temples, des autels et des statues consacrées aux dieux, ou destinées à immortaliser le souvenir des héros et des citoyens illustres. Aristote veut qu'on place
)inioinioinioini»imoinif'inio
FJg. -102. — Place publique.
l'agora dans le voisinage du temple. Comme Jes temples étaient généralement placés sur une hauteur, l'orateur qui parlait des affaires publiques pouvait montrer le temple au peuple en invoquant les dieux prolecteurs de la cité. Ancieiuicment l'agora ét-.iit une vaste place irré^^uliùre, mais le système ionien qui prévalut fit établir partout de belles places reciangulaires et entourées d'édifices.
Le forum des villes romaines répond à peu près à l'agora des cités grecques. Seulement dans les villes populeuses, où la vie politique prenait une grande importance, on établissait plusieurs forums, de telle façon que les marchands pouvaient se réunir pour traiter de leurs affaires parliciiliètes, on dehors du tumulte qui se produisait assez souvent autour des orateurs populaires. Des marchands de toute espèce
LE COMMERCE
s'établissaient sous les portiques, dont les villes antiques étaient toujours abondamment pourvues. C'étaient surtout des détaillants, car le commerce un peu relevé se faisait de préférence dans les boutiques, comme cela a encore lieu de nos jours. Plusieurs peintures, découvertes à Pompéi, montrent la disposition de ces petites boutiques improvisées sous les portiques (fig. 402 à /(05).
Toutes les villes romaines avaient au moins un forum; Rome en avait quatorze, parmi lesquels sept ou huit étaient de simples marchés.
FIg. 403. — Petits marchands.
Mais indépendamment de ces places, toujours encombrées de marchands, il y avait dans les grandes villes un grand nombre de petites boutiques ambulantes qui s'installaient le long des édifices et dans toutes les rues. Il y avait même un tel encombrement de ces petites boutiques que Domitien fit un édit pour les interdire parce qu'elles rétrécissaient la voie publique. Martial fait allusion à cet édit dans une de ses épigrammes.
« A César le Germanique.
« L'audacieux boutiquier s'était emparé de Rome entière, et son échoppe obstruait l'entrée de toutes les maisons. Tu as fait élargir
LA VENTE ET L'ACHAT
les voies trop étroites, et ce qui naguère n'était quun sentier est une rue aujourd'hui. Il n'y a plus de piliers entourés de bouteilles en-
ï:;?!;|H|i||j|[iiif''
hig lUl. Marchand de potorlus.
chaînées; cl le prétour n'est plus obligé de marcher au milieu de la