‹ La vie privée des anciensChapitre 16 sur 30 · Mà;i'''^^'<y^:L · texte numérisé non relu

Mà;i'''^^'<y^:L

Fig. 4i9. — Chariot antique.

pour le même usage; cependant, comme elle est tirée des ba.s-reliefs qui décorent la colonne de Marc-Aurèlc, on doit présumer qu'on l'employait également pour le service de l'armée.

Nous avons déjà montré dans ce volume (fig. 88 à 9/t) les différentes formes de chariots dont se servaient les cultivateurs. Un marbre funéraire du musée de Badcn nous fait voir un chariot d'une autre espèce (fig. /il8}. II est couvert de planches et a l'apparence d'un coffre. Les

voitures de ce genre servaient à faire voyager des marchandises précieuses que le transport aurait pu détériorer. Le chariot représenté sur la figure Zil9 ressemble à nos grands tonneaux de vendange, et ou l'utilisait probablement pour le transport des liquides.

Tour se guider dans ces routes et dans les chemins de traverse qui venaient y aboutir, les voyageurs ou les conducteurs de voitures avaient des itinéraires écrits et des itinéraires figurés. L'itinéraire écrit était une sorte de tableau indiquant le nom des villes et des stations par lesquelles on devait passer pour aller d'un point à un autre, avec la distance comprise entre chaque localité intermédiaire. Les itinéraires figurés étaient dos espèces de cartes géographiques montrant le tracé des routes, avec l'indication des villes qu'elles traversent. Le seul de ces itinéraires que l'on connaisse est celui qui est désigné sous le nom de carte de Peutinger. La forme des lettres annonce le xiir siècle, et la carte elle-même, qui est sur plusieurs grandes feuilles de parchemin, parait avoir été copiée par un moine sur une carte antique aujourd'hui perdue. Ce monument n'en est pas moins cxirômement précieux.

« Lorsqu'on examine la carte de Pcuiinger, dit M. A. de Caumont, dans l'Abécédaire archéologique, on est choqué par le désordre apparent et la confusion qu'elle semble offrir dans toutes ses parties; les pays n'y sont point placés suivant leur position géographique, leurs limites respectives et leur grandeur réelle. On les a rangés arbitrairement les uns à la suite des autres, de l'est à l'ouest, sans avoir égard à leur figure ni à leurs latitudes et longitudes, déterminées par d'autres géographes.

« Dans la partie de l'empire qui correspond à la Gaule, tous les (louves qui coulent du midi au nord sont indiqués comme se dirigeant d'orient en occident. On a suivi la même marche dans la position relative des villes, et celles qui occupent la partie septcntriunale se Irouveiil, à l'ouesl ou à l'ouesl-iiord-ouest îles villes de la partie méridionale.

(1 Le liliin, par exemple, duiil le cours naturel i-sl du sud au nord dans une griuidi' rtiiulue de pays, est figuré sur la carte comme coulant de l'est à l'ouest, et l'embouchure de ce fleuve, <iui se trouve assez loin de celU^ de la Seine, est marquée tout prés d'elle. Gcsoriacum (Boulogne) est indi(|ué précisément h l'ouest de RatHmaijus (liouen); Coriallum (Cherbourg), à la même l.uiiude que Subdinuin (le Mans).

LE COMMERCE

LES r.OMMUNICATIOUS. 333

« On peut juger de cette disposition singulit-re par le fragment que voici, et qui représente la France occidentale (fig. /i20). On voit comment, par suite de ce système, la cote de la presqu'île de Bretagne a été rapprochée de la Saintonge, et le golfe d'Aquitaine, représenté par une espèce de d('-troit qu'on serait tenté de prendre pour l'embouchure d'une grande rivière.

« Ce n'est point par ignorance qu'on a procédé de la sorte, et la longueur exorbitante de la carte, comparée à sa hauteur, prouve bien que cette disposition a été calculée. On ne s'est point proposé de faire une carte géographique correcte; on a voulu seulement représenter les grandes routes de l'empire. Aussi la carte ne mentionne-t-clle absolument que les villes placées sur ces routes, et une multitude de cités importantes ont-elles été omises parce qu'elles no se trouvaient pas dans cette condition, au lieu que des localités de peu d'importance ont été marquées.

« Si l'on avait proportionné la liautcur du tableau à sa longueur, il eût été d'une incommodité manifeste, outre qu'il serait resté entre les routes un grand nombre de vides inutiles. L'auteur a donc pensé qu'il fallait se borner à l'espace nécessaire pour figurer les grands cliomins, abstraction faite de l'étendue et de la forme des pays qu'ils parcourent; et, prenant l'empire dans sa plus grande longueur, de l'est à l'ouest, il lui a fait subir du nord au sud cette sorte de compression, d'écrasement, qui rend si singulière à nos yeux la carte de l'eutinger. »

Les auberges. — Les auberges sont le fruit d'une civilisation assi^z avancée et on en chercherait vainement la trace dans les sociétés primitives. Aussi l'Iiospilalilé tient toujours une très-grande place chez les peuples qui no sont pas encore tout à fait constitués. C'est un devoir d'admettre à son foyer non-seulenu-nt le sujipliant, mais encore le simple voyageur, et comme ce devoir impliipie la réciprocité, il est toujours observé avec beaucoup d'empressement. En effet, le voyageur qui a été requ dans une maison se considère comme le débiteur de l'hôte qui l'a accueilli. 11 acquittera certainement cette dette, et si un membre (|uelconque de la famille de cet liote vient un jour dans le pays qu'habite ce voyageur, il sera reçu à son tour dans la maison et prendra sa place au foyer. C'est de là qu'est venu l'usage des tessères. On appelait tessère hospitalière une ])etile plaqiu- d'os ou de bois sur laquelle on inscrivail son nom avec le M(Mn de l'hôte chez qui on avait été reçu. Lu se (luiii.iiit ou cassait en deux la tcssôre, dont les mor-

LE COMMERCE

ceaux servaient ensuite à constater l'identité. Cest ainsi qu'un jeune homme pouvait, sans autre recommandation, se présenter dans une maison, en disant: Votre grand-père a reçu l'Iiospitalité chez le mien, et il était dès lors le bienvenu.

Ces usages se ressentent encore des mœurs patriarcales, mais quand, par suite de Textension du commerce, les voyages furent devenus beaucoup plus fréquents, il fallut bien trouver un moyen de loger les gens

Fig. 421. — Une auberge.

(D'après une peinture de Pomp6i.)

qui se transportaient en grand nombre d'une ville à une autre pour leurs affaires. C'est alors que se sont établies les auberges où, moyennant une rétribution, chaque voyageur pouvait trouver un gîte dans le pays qu'il traversait. Dans les plaines sablonneuses de l'Afrique et de l'Asie, où le commerce se faisait surtout par caravanes, on campait sous la tente, comme on le fait encore aujourd'hui. Mais dans les contrées populeuses et sillonnées de routes, des auberges s'élevèrent à l'entrée des villes et dans tous les carrefours où les grands chemins se croisent. Ce qui est sûr, c'est que du temps d'Aristophane, un voyage dans l'intérieur de la Grèce n'était pas une chose bien compliquée. Dans les Grenouilles, quand Bacchus veut aller aux enfers, il va trou-

LES COMMUMCATIONS.

vor Hercule pour lui (Inmander quelques renseignements sur le voyage qu'il doit entreprendre. « Quant au motif qui m'amène ici, dit-il, c'est pour apprendre de toi, en cas de besoin, les hôtes qui te reçurent à la

1 ig. -J22. — CuiAÎno publique.

descente aux enfers; indique-moi aussi les ports, les boulangeries, les maisons do débauche, les stations, les hôtelleries, les fontaines, les routes, les villes, les logements, les cabarets où il y a lo moins de punaises. »

LE COMMERCE

Parmi les plus curieuses peintures de Pompéi, il faut citer celle qui a été découverte en 1832 dans la maison dite des Cinij squelettes, qui paraît avoir été une auljergo, ou tout au moins un cabaret. Elle représente une salle d';iuherge : quatre buveurs sont autour d'une table au milieu de laquelle est un bol contenant le liquide (fig. k-1). Ils se servent de cornets en guise de verres. Deux des buveurs ont la tête couverte de capuchons à la manière des cabans de pécheurs. Sur

les murs de la salle où était cette peinture on a trouvé les comptes du marchand de vin et les écots des consommateurs.

Outre les auberges et les ca- -^■j barets, il y avait dans toutes les villes des cuisines publiques, dont l'usage répondait à nos gargotes. On en a retrouvé une à Pompéi : le comptoir, construit en maçonnerie, est percé de trois truus destinés probablement à contenir de l'huile, des olives et de la saumure de poisson, qui était un mets fort recherché du peuple. On la faisait avec du poisson mariné dans le sel. Un fourneau était scellé dans le comptoir (fig. /)22).

Dès les temps les plus anciens de la Grèce, il a été d'usage d'employer leau chaude comme boisson en la mêlant au vin et au miel. Ilippocrate avait dit que leau qui avait bouilli devient par cela même plus saine, en sorte que les boissons chaudes étaient considérées comme très-hygiéniques en même temps qu'on les trouvait très-agréables. Le même usage se retrouve en Italie, et les tbermopolia.genve d'établissements qui répondaient à peu près à nos cafés modernes, étaient tellement nombreux, qu'à Pompéi, il n'est presque pas de rues où on n'en trouve. A Rome, l'empereur Caligula s'avisa un jour de faire fermer les établissements où se vendaient les boissons chaudes, parce qu'ils ne s'étaient point Termes temporairemant en signe de deuil, comme tous les autres lieux

Fij?. 4-2:). — .Marcliand de l>.>i>^,,: {Stèle du muséo de Bourges.)

de plaisir, lors de la mort de Drusilla ; mais la puissance souveraine de l'empereur échoua contre la toute-puissance des mœurs.

Une stàlc du musée de Bourges représente un homme tenant dans la main droite un vase avec lequel il verse un liquide dans un gobelet placé dans lautre main (fig. 423). Il est probable que nous avons ici l'image d'un marchand de vins dans la période gallo-romaine. A cette époque, en elTi,-t, il y avait des cabarets sur toutes les routes à peu près comme aujourd'hui. Les auteurs anciens en parlent souvent. « Dans le voisinage, dit Pétrone, s'élevait un hameau peuplé de jolies maisoiK de plaisance, où plusieurs de mes amis étaient venus passer la belle sai- «on; mais, à moitié chemin, surpris tout à coup par une grosse pluie, nous courûmes nous réfugier dans une auberge de village qui se trouvait sur la route et dans laquelle un grand nombre de passants étaient venus chercher un abri contre l'orage. »

Sous l'empire romain, où tout était régularisé, les auberges établies le long des routes étaient soumises à une espèce de contrôle de la police et le voyageur qui s'y arrêtait pour quelque temps était tenu à certaines formalités, qui devaient répondre à peu près à notre passeport moderne. Les voleurs se trouvaient ainsi astreints à une surveillance qui les gênait quelquefois, comme on le voit dans la scène suivante de Pétrone, où des voleurs viennent d'entrer dans une auberge:

« Nous décousions la robe, pour en tirer notre or, quand nous entendîmes quelqu'un demander à notre hôte quels étaient les gens qui venaient d'entrer ch 'Z -lui. Cette question ne me plut guère; l peine son auteur fut-il sorti, que je courus m'informer de l'objet de sa visite. — C'est, me ré|)ondit notre hôte, un huissier du préteur; sa charge consiste à inscrire sur les registres publics les noms des étrangers ; il vient d'en voir entrer deux chez moi, dont il n'a pas encore pris les noms, et c'est pourquoi il venait s'informer du lieu de leur naissance et de leur profession. »

11 est bon d'observer que si les marchands ou les petites gens en voyage trouvaient aisénieiit des gites pour se reposer ou se rafraîchir, rien ne prouve que l'aMliquité ait eu l'analogue des so;nptueux hôtels où les gens opulents de-iceiulenl aujourd'hui. Il est présumable, au contraire, que, dans la classe riche, ceux qui voyageaient préféraient descendre chez quelque personnage de la ville, pour qui ils s'étaient munis de rccoinmandalions avant de partir.

Les voyageurs de ilistinclion ne descendaient jamais dans les auberges. A Rome, les fonctionnaires et les personnages chargés dune mis- III. •'î

338 LE COMMERCE

sion du gouvernement trouvaient tout le long des chemins des établissements spéciaux pour les recevoir. C'est ce quon a appelé la course publique. " L'origine de la course publique, dit M. Desenne dans ï Union postale, est incertaine. L'opinion qu'Auguste en est le fondateur repose uniquement sur un passage de Suétone ainsi conçu : « 11 « disposa sur les routes stratégiques, à de courtes distances, d'abord des <i jeunes gens, puis des voitures, afin d'avoir des nouvelles plus promptes « des provinces et de pouvoir aussi interroger les courriers qui lui étaient « dépéchés d'un lieu quelconque quand les circonstances l'exigeaient. » Si une hypothèse était permise à ce sujet, nous dirions que la course publique existait avant Auguste, attendu qu'il résulte du passage précité qu'Auguste voulait surtout avoir des nouvelles « plus promptes », mais qu'elle existait sous le nom d'angaries, mot qui était connu depuis quatre cents ans et qu'on a continué à employer sous les successeurs d'Auguste, pour désigner des moyens de transport et des réquisitions ou corvées de toute sorte. Les courriers de la république étaient donc obligés de se procurer par voie de réquisition les chevaux nécessaires pour en changer, ou de \oyager avec leurs propres chevaux à petites journées. Auguste aurait simplement régularisé cet état de choses en créant des stations dans lesquelles les provinces étaient tenues d'entretenir des chevaux pour son service; ce qui valait mieux que d'en réquisitionner sur les roules.

« Par la force des choses, le gouvernement impérial fut amené à donner une grande extension à cette institution. Les maisons de poste se transformèrent en hôtelleries où logeaient les fonctionnaires en m ssion, les ainbassadeurs et les empereurs eux-mêmes, et où l'on ne manquait de rien de ce qui constitue la commodité du vojage. On y annexa des magasins d'effets d'habillement et de vivres et la course publique devint le grand moyen de transport par terre du gouvernement. On entretenait vingt chevaux dans chaque station et quarante chevaux dans chaque maison de poste; mais cette cavalerie était peu de chose comparativement au nombre de mules, de mulets, d'ânes et de bœufs qui servaient au transport des équipages, des bagages des armées, des deniers publics et de tout ce que le gouvernement romain faisait venir ou expédiait par la voie de terre.

« Tout était gratuit dans le service de la course publique, mais on n'était admis à en faire usage que sur une autorisation appelée « lettre d'évection » qui décrivait minutieusement non-seulement les moyens de transport, mais les fournitures auxquelles le voyageur avait droit.

Un commentateur de Marculfc a donné une formule de ce qu'un ambassadeur pouvait demander pour lui et sa suite. On y trouve mentionnés, indépendamment des chevaux d'attelage et de surcroît : le pain, le vin, la bière, le lard, la viande fraîche, les porcs, les cochons de lait, les moutons, les agneaux, les oies, les faisans, les poulets, les œufs, l'huile, la saumure, le miel, le vinaigre, le cumin, les noix, le girofle, l'ail, la cannelle, le mastic en grains, les dattes, les pistaches, les amandes, le fromage, le sol, les herbes potagères, les légumes, le bois, les chariots, les fagots, le foin et l'avoine.

« Les troupes en marche recevaient dans les mansions les vivres dont elles devaient s'approvisionner pour plusieurs jours.

<( Le service de la course publique était placé sous la haule direction du préfet du prétoire et, dans les provinces, sous les administrateurs des transports. Le maître de poste d'un relais était appelé manceps. On désignait d'une manière générale sous le nom de sUUor tout agent d'une station. »

La navigation. — Les premii'-res routes ouvertes au commerce ont été les fleuves ou les cours d'eau navigables, mais il est impossible

Pig. <121. — rygmées conduiminl un luilcau. ( D'après uao [lointuro tie I'o:iii>Ai )

de préciser l'époque où a commencé la navigation. Elle est certainement contem|ioraiue des sociétés les plus primitives : en voyant un tronc d'arbre llotli'r à la surface do l'eau, on a du promptoment avoir

LE COMMERCE

l'idée de le creuser pour en faire un canot, ou d'en assembler plusieurs pour en faire un radeau.

Voici des barques de rivières représentées sur des peintures de Pompéi. Les personnages qui les conduisent sont de fabuleux pygmées, mais la forme du bateau n'en est pas moins très-visible. Ici (lig. 424) deux nautoniers difformes et à grosses têtes, comme on représente habituellement les pygmées, conduisent une nacelle peinte

Fig. •!<;">. — Pygmées conduisant un bateau. (D'après une peinture do Pompéi.)

en rouge. Ils portent à la ceinture une petite draperie verte : l'un rame, l'autre se raidit en tirant un filet, ou en halant quelque cordage qui tient probablement à la rive. Le bateau est chargé de vases do terre à deux anses, qui ont la forme d'amphores.

Une autre barque également peinte en rouge et montée par trois pygmées (fig. 425) traverse un marais couvert de plantes aquatiques, où nagent des poissons de forme bizarre. Bien que les personnages qui montent ces barques soient fabuleux, et que la composition elle-même soit d'un caractère purement grotesque, la représentation que nous avons ici montre probablement un type extrêmement ancien, et qui a dû se reproduire à peu près partout avec quelques variantes. Toutefois ces canots sont, en somme, assez courts pour leur largeur, et si cette conformation offrait des conditions d'équilibre que devaient nécessairemont rechercher des hommes peu expérimentés dans la navigation.

LES COMMUMCATIONS.

elle avait aussi l'inconvénient d'une grande lenteur dans la marche. Le besoin de la rapidité a dû nécessairement suggérer do bonne heure l'idée d'une forme plus élancée, et les petits bateaux en papyrus dont nous avons donné la représentation tome I, ûgures 76 à 78, répondaient

Pitj. 42G. — Gouvernail égyptien,

à ce besoin. Le Nil, dans l'antiquité, était le fleuve qui avait la navitjalioii la plus active, et nous avons expliqué déjà (tome I, pages 77 et suivantes) quel était le genre de barques qui le sillonnaient en tous sens. Nous rappellerons toutefois que le gouvernai! de ces barques se composait de deux avirons, dont nos figures /(26 et /(27 reproduisent

Fig. 127. — Gouvernail égyptien.

la forme habituelle. L'ornementation est tirée de la plante de lolus (pi'on retrouve dans toutes les constructions grandes et petites qui bordent le Nil. Nous avons reproduit également (tome I, fig. 131 et 133) des barques ass\riennes; nous n'avons donc pas à y revenir ici.

Il n'y a pas à s'occuper de la navigation fluviale des Grecs, qui n'avaient guère de cours d'eau capables de porter des bateaux.

Les bas-reliefs qui décorent la colonne Antonine et la colonne Trajane montrent plusieurs bateaux romains. Ceux qu'on voit sur la figure 428 sont des canots de très-petites dimensions qu'un seul rameur suffisait à faire manœuvrer. La figure /|29 montre des bateaux sur l'un des([iiels la disposition de l'aviron est très-visible, et dans la ligure 430, sur laciuclli; on voit transporter des chevaux, les bateaux sont un peu |)lus grands et de forme différente; mais aucun monument ne nous autorise h penser qu'il y ait eu <ians l'antlcjuitè des bateaux analogues par la forme et la dimension à ceux (pie l'on emploie aujourd'hui pour la navigaiion des fleuves.

La navigation fluviale a dii nécessairement précéder la navigaiion maritime et celle-ci se bornait priiniiiveini'iil à aller d'un port à un

LE COMMERCE

autre eu suivant la côte. A l'aide de la rame ou de la voile, les petites embarcations peuvent aisément remonter un fleuve, suivre une cote, ou traverser un archipel en s"arrètant aux différentes îles qui le composent. Mais cest seulement depuis l'invention des navires pontés que l'on a pu s'aventurer en mer dans des voyages un peu longs. Les Phéniciens ont été les plus anciens navigateurs. Les documents sont malheureusement trop rares pour que l'on connaisse exactement la forme de leurs navires.

Fig. 428. — Batoaus et ville. (Colonne Antonie.j

Le sol découpé de la Grèce, les sinuosités profondes qui creusent partout des golfes ou font surgir des promontoires, les îles qui hérissent la mer et oITrentdcs abris et des refuges contre la tempête, tout semble s'être réuni pour faire des Grecs un peuple de navigateurs. C'est pourtant sous un aspect pastoral que nous apparaît la population primitive de la Grèce, dont presque toutes les îles et une grande partie des côtes avaient reçu, à une époque inconnue, dos colonies phéniciennes. Les Phéniciens étaient déjà navigateurs à une époque où la population grecque se composait exclusivement de chasseurs et de bergers.

Les anciens, qui ne connaissaient pas la boussole, pouvaient diflicilement entreprendre de bien grandes navigations, et la plupart du temps ils évitaient de s'éloigner des côtes. Ils réglaient leur marche d'après le soleil dans le jour et d'après les étoiles dans la nuii, en sorte

LES COMMDNICATIONS.

quo pnr les manvnis temps ils n'avaient plus do moyens de se guider et couraient souvent de très-grands dangers. Les récits étranges qui se rattachent à l'expédition des Argonautes et les difficultés sans nombre qu'éprouve Ulysse lorsqu'il veut revenir dans sa patrie expriment trèsbien les angoisses et l'inexpéiience des premiers navigateurs. Toutefois

y:rm.

jpi^^

Kig. -HO, — Batoaux romains, (D'aprùs un ba5-roliof do la culoano Tr^^ano.)

ces récits se rattachent toujours à l'àgo héroï([ue, et la navigation a fait par la suite de très-grands progrés, puisque, sous la période macédonienne et romaine, les navires traversaient en tous sens la Méditerranée et allaient même trafiquer jusque dans les Indes.

La navigation chez les Grecs a son origine dans la piraterie plus encore^ que dans les besoins du négoce. Tout concourt à lo prouver et Thucydide l'allirmc trôs-nettement.

« Anciennement, dit cet historicu, les Grecs et ceux des barbares

LE COMMERCE

qui habitaient les côtes ou occupaient des îles, lorsqu'ils eurent commencé à se fréquenter par mer, se livrèrent à la piraterie. Des hommes

Fis- -130. — Chevaux sur uu bateau. i,L) après uu bas-reliof de la coluouu Trajaue.)

puissants les conduisirent, tant pour leur profit personnel que pour procurer de la nourriture aux faibles, ils attaquaient des villes non

Fig. 431. — Vaisseau lyrrhéaica.

fortifiées et habitées par bourgades, les pillaient et se procuraient ainsi la majeure partie de leur subsistance ; car, à cette époque, la piraterie

n'était pas déshonorante : au contrairn, elle était regardée comme rapportant quelque gloire. Cette assertion est prouvée encore aujourd'liui par quelques liabitants du continent, qui s'enorgueillissent de la piraterie exercée d'une bonne manière, et par les anciens poètes qui, dans tous les passages où ils questionnent les nouveaux débarqués, leur demandent indistinctement s'ils sont pirates : la piraterie n'était ni désavouable pour ceux qu'on interrogeait, ni reprochable pour ceux intéressés à s'en enquérir. »

Fiff. 432. — Oalàro avec sa voile.

Il est (lillicilo de se faire une idée exacte de ce qu'étaient ces petits navires montés par des pirates : on voit pourtant, au fond d'une coupe iiiitique, une peinture représentant le vaisso-iu tyrrhénien qui enleva liacclius, et la forme de ce vaisseau (fig. ^31) peut laisser supposer une certaine rapidité dans sa marche. Malheureusement la voilure et les agrès se comprennent diUicilement, à cause du miracle qui s'accomplit en ce moment : les cordages se transforment en branches de vignes pendant qu(î les matelots, changés en dauphins, viennent de plonger sous les flots.

Les ])rincipales parties d'ini vaisseau étaient la proue, ou l'avant, la poupe, ou l'arriére; et le n'.ilieu, ou la carùno. Le capitaine ou lo pilote se tenait toujours h la poupe, comme on le voit sur la ligure /i32. La voile paraît avoir été employée concurremment avec la rame dés une haute aniiquilé, puisqu'elle apparaît déjà dans l'expédition des

iir. 4V

LE COMMERCE

Argonautes. Mais parmi les vaisseaux, on distinguait toujours ceux qui n avaient qu'un seul rang de rameurs de chaque côté et ceux qui en avaient plusieurs. Les rangées de rameurs n'étaient pas placées perpendiculairement les unes sur les autres, mais les rames étaient alternées de manière à ne point s'embarrasser. Le timon était une barre transversale fixée à angle droit au manche du gouvernail dans sa partie supérieure. Cette disposition est parfaitement visible dans la trirème représentée dans la figure 433.

Fig. 433. — Trirème.

Dans les navires de très-petite dimension le pilote manœuvrait en tenant un timon dans chaque main; mais si le vaisseau était plus grand ou si la mer était mauvaise, on employait deux timoniers. La manœuvre consistait à lever ou abaisser la barre que le pilote tenait à la main, en même temps que par un mouvement léger en dedans ou en dehors, on offrait à l'eau plus ou moins de résistance.

La forme du navire est très-bien caractérisée dans la figure ci-dessus, mais on n'y voit pas aussi clairement la manœuvre des rameurs, qui semblent en effet être placés sur un seul rang, tandis qu'il y a trois rangs de rames.

La voilure des navires était d'une simplicité remarquable, surtout à

LES COMMUMCATIONS.

l'origine, et quand la navigation était encore dans un état tout à fait rudiinentaire (fig. ^3/» et /j35). Les vaisseaux n'avaient la plupart du tciii]).s qu'un m;it : la grande voile était carrée et fixée par le haut à une vergue, comme le montre la figure /|36. qui est tirée du Virgile du Va-

i'ig. -1^4. — Naviro groc.

tic.in; cette voile était reliée au navire par ses angles inférieurs, mais de telle façon qu'on pouvait toujours la tourner du côté du vent. C'est ce qu'on appelle aujourJluii les écoutes; il y en avait deux, l'une à bâbord, l'autre à tribord.

FiR. 4.15, — Vaisse.iu crée.

Quand le temps était mauvais, on abaissait la vergue et on carguait la voile; s'il redevenait beau, on remontait au contraire la vergue jusqu'en haut du m;it et on abaissait la voile jusqu'au pont en l;icbanl les garcetles. Cette manœuvre est figurée sur un ba.s-relief funéraire découvert à Ponipi'i (fii,'. /i37). Ou reniarqui'ra que le navire repré-

3*8 LE COMMERCE

sente sur celte figure était un bâtiment destiné à transporter des marchandises et n'était pas construit au point de vue d'une grande rapidité, comme les galères beaucoup plus longues et plus minces que nous avons vues sur les figures k'^h et ii35.

Nous avons dit que dans lorigine, les vaisseaux n'avaient qu'un mât et que la voile était toujours de forme carrée. Ces usages se sont

Fi;^. 436. — Vaisseau roniaia

modifiés avec le temps, et une peinture de Pompéi, qui représente Ariane abandonnée par Thésée, dont le navire disparait à l'horizon, nous montre un système bien différent. En effet, nous avons ici deux voiles et elles sont de forme triangulaire. Cette voile avait sa pointe en bas et sa base en haut fixée à une vergue, de façon que toute la force du vent se concentrait sur le haut du navire : on s'en servait surtout quand le vent était faible. On voit aussi quelquefois, suspendue au mât

LES COMML.MCATIONS. 349

<lc misaine, une petite voile de forme carrée; mais en général la voilure (les navires est fort peu compliquée et montre que la navigation était encore très-élémentaire.

On nommait aplustre un ornement fait de planches de bois ressemblant un peu aux plumes qui composent les ailes d"un oiseau et qui se plaçait à la poupe du navire. On peut le voir sur la ligure /(38 où il est

Fig> -l^*?. — Maoœuvre do U vuilo, duiis un bAliiiiciil du transport.

très-complet. La jifiiio tour qui est sur le pont de ce navire indique un bâtiment de guerre ou de plaisance, mais elle ne se trouverait pas sur des navires de commerce.

L'ancre dont se servaient les anciens ne difTérait pas essentiellement de celles que nous employons aujourd'hui. La forme de l'ancre est trôs-visible sur la lif^ure 439, tirée des bas-reliefs qui décorent la colonne Trajane.

Les navires portaicni un ndin (pii (''laii i^i'néraii'nieiit cmiirunté à l'image peinte ou sculptée sur l'avant liii bàlinicnt. Ces insignes étaient souvent des animaux, et quelques auteurs se sont appuyés sur cet usage pour donner sur certaines fables mythologitiues des explications qui les réduiraient à de simples actes de piraterie. Ainsi l'enlévemcnl d'Europe par un taureau, celui de naiiynièile |ianiii .M^'Ie, intlitiiieraient que le navire sur letiuel ils sont partis avait pour insigne un taureau

LE COMMERCE

OU un aigle et portait par conséquent le nom de cet animal. Quelquefois, comme on le voit dans la figure hhO, c'est un œil qui est figuré sur l'avant du navire. Mais quel que soit l'insigne du navire, c'est toujours à l'avant qu'il doit être placé.

Lucien donne d'un navire la description suivante :

« Quel vaisseau ! Le constructeur m'a dit qu'il a cent vingt coudées

de long sur un peu plus de trente coudées de large, et que depuis le

pont jusqu'à fond de cale et à la scntine où se trouve la plus grande

profondeur, il a vingt-neuf coudées. Et puis, quel mât! Quelle antenne

Fig. 438. — Aplustre.

il soutient! Par quel câble a-t-il besoin d'être retenu ! Comme sa poupe s'arrondit par une courbe insensible, ornée d'un chénisque doré! La proue, vis-à-vis, va en s'élevant avec symétrie, se prolonge en avant et l'orte sur les deux flancs la figure de la déesse Isis, qui a donné son nom au vaisseau. Le reste de ses ornements, les peintures, la flamme rouge du mât, les ancres, les cabestans, les tourniquets, les chambres voisines de la poupe, tout m'en paraît admirable. »

Tout navire avait une divinité tutélaire sous la protection de laquelle il était placé et dont la mission était de protéger l'équipage pendant le mauvais temps. L'imago de cette divinité se plaçait à l'arrière du navire, contrairement à l'insigne qui se mettait toujours à l'avant. On honorait cette divinité avec des rameaux verts dont on parait son image. C'est ainsi que nous lisons dans Pétrone : « Après avoir reçu le ser-

ment des doux partis, Tryplième, tenant à la main un rameau d'olivier dont elle a dépouillé la diviniti tutélaire du vaisseau, s'avance hardiment au milieu des conibattans ». Le môme écrivain nous dit que cette divinité était habituellement une statuette, dont les ornements tentaient quelquefois la cupidité des voleurs. « Dans une chambre voisine de la poupe, dit un personnage de Pétrone, était la statue de la déesse; je m'y glisse. Une robe précieuse la couvrait et sa main portait un

Uïif. -UU. — Arriùru d'un navim tumam.

sistre d'argent; j'enlève le sistre et la robe. De là passant dans la cabine du pilote, je fais un paquet des meilleures nippes, puis à l'aido d'un càbK^ ollicieux, je m'élance hors du vaisseau. »

Apulée, dans ses Mclainurijlwscs, décrit la cérémonie qui avait lieu à l'occasion de la consécration des navires. « Au milieu de ces murmures et du tumulte des dévotions joyeuses, nous avancions insensiblement, et nous arrivâmes au bord de la mer. Quand les images des choux y eurent été placées selon le rite ordinaire, le grand préirc s'approcha d'un navire très-artistement construit et bariolé tout à l'entour do merveilleuses peintures égyptiennes. Il le purilia le plus religiousemeut

352 LE COMMERCE

possible avec une torche allumée, avec un œuf, avec du soufre; et par des prières solennelles, sa bouche sainte lui désigna un nom et loffrit en dédicace à la déesse. Sur cet heureux navire flottait une voile blanche, où on lisait que c'était un vœu pour la prospérité de la nouvelle campagne maritime. Un instant après se dressa le mât, qui était un pin entier parfaitement arrondi, non moins brillant qu'élevé, et dont la hune était remarquablement belle ; à la poupe étincelait une oie en or au cou onduleux; et la carène entière, faite en bois de citronnier du plus beau poli, faisait plaisir avoir. Bientôt tous les assistants, profanes aussi bien qu'initiés, apportèrent à l'cnvi des vases chargés d'aromates

Fig. -UO. — Avant d'un navire romain.

Cl autres offrandes pieuses. Ils firent, en outre, des libations sur les flots avec une sorte de bouillie au lait, Jusqu'au moment où le vaisseau, rempli de présenis innombrables et d'heureux objets de dévotion, eut été dégagé des câbles qui le retenaient à l'ancre, et qu'à la faveur d'un vent doux et propice, il se fut lancé en pleine mer. Lorsqu'il n'apparut plus au loin dans l'espace que comme un point impercc[)tible, les porteurs des objets sacrés se chargèrent de nouveau des emblèmes que chacun d'eux avait apportés, et ils reprirent avec joie dans le même cérémonial le chemin du temple. »

Lorsqu'une personne partait pour un voyage maritime qui devait avoir quelque durée, ses parents et ses amis venaient lui faire des souhaits de bonne navigation et lui remettaient de petits présents à titre de souvenir. Cet usage se trouve à Rome aussi bien qu'en Grèce. La figure kk'i nous montre une lampe en forme de bateau, qui était probablement un présent de ce genre. L'endroit où se mettaient habituellement les rameurs est ici occupé par les petits trous dans lesquels

LES COMMC.NICATIONS.

on posait la mùche-, il y on a quatorze. Les cadoaux qu'on donnait aux voyageurs étaient naturellement de différentes sortes : mais on sait qu'ils consistaient souvent en lampes, et la forme de celle que nous reproduisons est trop caractéristique pour ne pas indiquer qu'il s'agit d'une navigation.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des navires destinés au commerce. II y avait aussi des bâtiments de plaisance et quelques-uns étaient

Fi^. 411. — L.impu do torro en furmo do bateau.

même de très-grande dimension. Athénée nous a laissé une curieuse description d'un navire, ou plutôt d'un palais naval que les Ptolémécs avaient fait bâtir pour leur plaisir.

« Ptolémée l'Iiilopator, dit-il, (it construire un vaisseau pour aller sur le Nil. Il avait un dcmi-sladc de long et trente coudées dans sa plus grande largeur. Sa hauteur, y compris celle du pavillon, était à peu près de quarante coudées. Il n'avait ni la forme dos vaisseaux longs ni celle des vaisseaux ronds, mais une forme singulière et propre au service que pouvait en permettre la profondeur du Nil. En effet, le fond en était plat ol large; mais le vaisseau bombait dans son corps. On c[i avait suflisanunent élevé les plats-bords, surtout à la prouo, mais de manière que le bordage eût une courbure saillante et rentrante, d'une forme agréable. Ce vaisseau avait deux proues et deux poupes, et l'on avait beaucoup élevé les accastilla^-'^s d'avant et d'arrière, ù causo do la houle III. «:>

351 LE COMMERCE

qui est souvent très-forte sur le Nil. Au centre du vaisseau étaient les salles à manger, les chambres à coucher et toutes les commodités possibles. 11 régnait, le long des trois côtés du bordage, deux galeries l'une sur l'autre pour se promener. L'inférieure était construite en forme de péristyle; la galerie supérieure était bordée d'une balustrade, interrompue par de petites portes. A l'entrée, du côté de la poupe, on avait élevé à la première galerie un avant-corps tout ouvert en face de la poupe. On pouvait en faire le tour. Il était orné de colonnes dans sa circonférence. Quant à la partie qui faisait face à la proue, on y avait d'abord élevé un propylée fait d'ivoire et des bois les plus précieux. Lorsqu'on l'avait passé, on voyait une espèce d'avant-scène couverte aussi par sa situation. Derrière, dans le milieu de la partie latérale, il y avait pareillement un avant-corps où l'on entrait par un vestibule à quatre portes. Adroite et à gauche, il y avait des fenêtres pour la salubrité. La plus grande salle était jointe à ces compartiments. Elle était formée en périptôre et assez étendue pour contenir vingt lits. La plus grande partie de ses matériaux étaient des pièces de cèdre et de cyprès. Vingt portes s'ouvraient dans son contour. On les avait ornées d'un placage de thuya, relevé par des ornements d'ivoire. Les têtes de clous qui en garnissaient les faces et Jes boucles de heurtoir étaient de cuivre doré au feu. Les fûts des colonnes du contour étaient de cyprès, surmontés d'un chapiteau corinthien en ivoire et ornés de dorures. Les architraves étaient d'or massif. On y avait adapté une frise éclatante, ornée de figures d'ivoire de plus d'une coudée; la plate-forme qui couvrait la salle à manger était carrée et faite en bois de cyprès. Les ornements en étaient sculptés et recouverts d'or. A côté de cette salle était une chambre à coucher où il y avait sept lits. Le long de cette chambre régnait un corridor étroit, traversant le vaisseau dans sa largeur et séparant l'appartement des femmes. Il y avait dans cet appartement une salle à manger à neuf lits aussi richement ornée que la grande et une chambre à coucher à sept lits. Lorsqu'on avait monté l'escalier adossé à cette chambre à coucher, on trouvait une autre salle à cinq lits, et en face une autre salle à manger, faite on périptèrè, à cinq lits, et du travail le plus riche ; les colonnes étaient de pierre des Indes. 11 y avait à côté de cette salle des chambres à coucher, dont l'appareil ne le cédait en rien à celui des précédentes. Lorsqu'on passait vers la proue on rencontrait, au premier étage, une salle bachique faite en périptèrè et à treize lits. On en avait fait la couverture d'une forme analogue au caractère de Bacchus. Du côté

droit, on avait pratiqué une grotte, dont les couleurs étaient nuancées avec de vraies pierres précieuses relevées par des ornements d'or. On y voyait les bustes des personnes de la famille royale faits en marbre de Paros. Sur la plate-forme de la grande salle à manger, on avait pratiqué l'emplacement d'un belvédère qui s'élevait à volonté. On tendait, pour l'élever, des cercles sur des supports éloignés à certaine distance les uns des autres, et l'on étendait par-dessus une banne pourpre avec ses pendants : c'était lorsqu'on voulait se promener sur le Ml. »

LES TUANSACTIONS Les monnaies. — La cor. nESPONUANtt. — Le crédit.

Les monnaies. — Bien avant l'invention des monnaies, les métaux précieux servaient comme un instrument de transactions, ce moyen d'échange étant considéré comme plus commode et eu même t<'mps comme plus sûr que les autres. Mais pendant une longue suite de siècles, les métaux n'étaient qu'une simple marchandise qui se vendait, soit au poids, à l'état de lingots; soit comme bijoux, ustensiles et ouvrages travaillés. C'est dans la vente des lingots qu'il faut chercher l'origine de la monnaie, car suivant leur poids, ils représentaient une valeur fixe et commode pour les échanges. lîien qu'aucun poinçon, émanant de l'autni-ité, n'en pi1t déterminer exactement la valeur, on leur donnait autant que possible une forme régulière et un poids exact, de telle sorte que l'opération du pesage ne fût à l'habitude qu'une simple vérihcation. Il y avait des lingots de diiïérentes dimensions et de divers poids. Dans l'ancienne Egypte, le cuivre, le fer et le plomb, étaient généralement en lingots carrés et aplatis, ayant la forme d'une brique, tandis que les lingots d'or et d'argent avaient plus habiluellciiicut la forme d'un anneau.

L'Asie employait des lingots du mémo genre, et dont la valeur était déterminée d'une manière fixe (pioique non encore légale. Il y avait

356 LE COMMERCE

des étalons connus, pour les lingots qui servaient à la circulation, et qui, par conséquent, se rapprochaient beaucoup des monnaies employées postérieurement. « La Genèse, dit M. François Lenormant, dans son ouvrage sur la Monnaie de l'antiquité, nous fait assister à toute la pratique de ce mécanisme. Quand Abraham achète aux Héthéens le terrain de sa sépulture de famille, il livre en les pesant à son vendeur /tOO sicles d'argent « tels qu'ils ont cours entre les marchands ». Le même livre dépeint très-exactement la valeur internationale de l'argent, en lingots réguliers de poids, entre la Palestine et l'Egypte. C'est avec de l'argent que les frères de Joseph vont acheter du blé en Egypte au iiioment de la famine, et cet argent est d'une forme qui leur permet de l'emporter dans des bourses fermées. Comme les lingots en sont d'un poids régulier et conforme à certaines tailles d'un usage général et habituel, on les compte quelquefois à la pièce, aussi bien en Egypte qu'en Palestine. Ainsi font Abimélech, roi de Gerar, quand il offre un présent d'argent à Abraham; les marchands madianitcs, quand ils achètent Joseph à ses frères, et Joseph, devenu ministre du Pharaon, quand il fait un cadeau à Benjamin, en l'envoyant chercher son père. Tout cela est bien près de l'usage de la monnaie; mais ce n'en est pas encore réellement et complètement. 11 y manquait ce que les jurisconsultes romains appelaient dans la monnaie la loi et la forme. Ni le poids ni le titre n'étaient garantis par des autorités publiques. »

On n'est pas encore absolument d'accord pour savoir si les plu.<» anciennes monnaies sont celles d'Égine ou celles de la Lydie. D'après l'opinion la plus accréditée, Phidon d'Argos aurait le premier fait à Égine des monnaies d'argent, tandis que Gygès, roi de Lydie, aurait le premier fait à Sardes de la monnaie d'or; mais les documents font défaut pour décider lequel a eu l'antériorité sur l'autre. Ce qui est certain, c'est que l'usage de la monnaie rayonna promptement sur toutes les parties du monde hellénique, et que dès le vi' siècle avant notre ère ce système était répandu dans toutes les cités grecques.

C'est aux rois lydiens, qu'ils avaient détrônés, que les rois de Perse empruntèrent le modèle de leurs dariques; celles-ci du reste ne furent jamais d'un usage bien journalier dans l'intérieur de l'Asie. Chez les Phéniciens, les émissions monétaires ne paraissent pas remonter plus haut que les guerres médiqucs. Ce sont les colonies grecques qui ont apporté en Italie l'usage des monnaies et, sous l'influence romaine, cet usage s'est ensuite répandu dans toutes les parties du monde connu.

Dans une monnaie, il faut distinguer le flan, c'est-à-dire la fraction

de métal qui constitue la pièce; l'avers, sur lequel est gravCe ordinairement la tête de la divinité protectrice ou du souverain; le revers, qui, dans les plus anciennes monnaies, ne porte pas de gravure, mais qui ensuite présente divers emblèmes; le champ, c'est-à-dire la partie des pièces sur lesquelles le type est gravé; et V exergue, c'est-à-dire la partie inférieure du champ quand elle est séparée. Les monnaies antiques étaient frappées ou moulées. Mais pour frapper, les anciens ne connaissaient pas le moyen puissant du balancier ; ils employaient le marteau et étaient toujours obligés de s'y reprendre à plusieurs fois

fi». -Jia

Fig. 1 la.

Cuiiis pour \fi-a montialus.

pour frapper, ce qui explique bien des inégalités. Ou possède plusieurs coins monétaires romains. La matrice gravée est en acier trempé, et encastrée dans un cùnc tronqué, comme le montre la ligure khi, ou bien elle est placée sur la face d'un cylindre, comme sur la figure kh~; la pièce était placée entre les deux cylindres, dont l'un représentait l'avers et l'autre le revers. La monnaie avait quelquefois été coulée avant de recevoir la gravure (|ue lui imprimait la frappe, et sa forme lenticulaire souv(!nt assez accentuée était un obstacle pour la justesse des opérations de l'ouvrier chargé de frapper.

Les moules qui servaient à la fabrication des monnaies étaient généralement en pierre ou en terre cuite. La ligure hh'\ représente un de ces moules; il était destiné à contenir plusieurs modèles, avec lo dessin gravé à l'envers des deux côtés. L'espace qui séparait les deux modèles devait correspondre exactement à l'épaisseur que devait avoir

LE COMMERCE

la monnaie. On versait !e métal liquide dans la fente pratiquée sur le côté du moule; il s'écoulait par les petits trous entre chaque lit do type et produisait ainsi une monnaie.

Les monnaies les plus anciennes sont épaisses et presque globuleuses; elles n'ont de représentation figurée que d'un côté. Le revers est généralement un carré creux qui servait à fixer le flan sur l'enclume. A mesure que le monnayage se perfectionna, les carrés creux commencèrent à porter des types et des légendes, puis ils disparurent entièrement, et alors le revers fut aussi bien que l'avers orné d'une gravure en relief. La monnaie d'Éginc, au type de la tortue (tome 1, fig. /(37) donne très-bien l'idée de cette fabrication primitive. Ce fut plus tard que l'on commença à représenter sur les monnaies des têtes de divinité. Les têtes ainsi figurées étaient généralement celles de la

Fig. 441.

Moule à monnaie.

Fig, 445.

Monnaie d*Athènes.

Eig. 44U.

divinité protectrice de la cité et les emblèmes qui sont au revers s'y rattachent également. Mais la gravure change très-souvent d'aspect,

Fig. 41S.

Tétiadnchme d'Athènes.

même quand les emblèmes représentés n'ont pas varié. Ainsi les monnaies d'Athènes montrent généralement la lOte casquée de Minerve à

LES TUANSACriOiNS.

l'avers, et sur le revers on voit quelques-uns des attributs de la déesse, comme la chouette, le rameau doiivier et l'amphore d'huile qui est pla:ée au bas. Mais sur la figure khô-Wh la gravure a un caractère archaïque qu'elle n'a plus du tout sur la figure hk'^-khS, bien que celle-ci représente exactement la même chose. Non-seulement le type et le casque de la déesse ont changé de forme, mais la chouette, la branche d'olivier et Tninpliore d'huile placées au revers ont un caractère tout autre bien qu'en conservant la même disposition.

Le revers des monnaies présente quelquefois, au lieu d'emblèmes religieux, la représentation d'une production particulière au pays.

Fig. 419. Fig. 450.

Munnaio do Cyrt-ne.

Ainsi les monnaies de Cyrôno, qui montrent d'un côté la tête de Jupiter Ammon, offrent, de l'autre, l'image du silphium, plante indigène trèscélèbre dans i'anliquité (fig. Zi'i'J-^ôO). De mémo sur les monnaies de Gadès (Cadix) on voit d'un côté la tête d'Hercule, à qui la ville était

l'ig. 'IDl.

Monn-tic do Oadùs.

consacrée, et de l'autre la représentation d'un poisson qui indique simplement le caractère maritimi; il'' la ville ^fig. iJl-,'iJ2). Quelquefois aussi les emblèmes représentés sont une allusion à un fait particulier concernant l'histoire de la cité, ou h une légrnde se rattachant à ses origines. Sous la période macédonienne, la lètc des rois occupe presque toujours la face principale de la monnaie.

LE COMMERCE

Les monnaies romaines ont, dès l'origine, reçu une empreinte sur les deux côtés. Les emblèmes représentés, qui sous la république se rattachent aux divinités ou à l'histoire des peuples, furent sous l'empire consacrés à peu près exclusivement à célébrer la gloire des Césars dont les images successives produisent pour cette période un ensemble très-complet de documents historiques.

A Rome, les ouvriers monnayeurs formaient une sorte de corporation placée sous la direction de magistrats spéciaux. Junon Moneta était la divinité protectrice des monnayeurs (fig. 453-/»5/i). Le dictateur Furius lui avait élevé, dès l'an 350 avant J.-C, un temple qui était sur le Capitole, à la place même oii la maison de Maniius avait été rasée.

Fig. 453.

tlg. 4S4.

JunoD Moneta.

Le droit de frapper monnaie a toujours été considéré comme un acte de souveraineté. Les villes libres et ensuite les princes souverains en ont usé tour à tour. Les monnaies grecques n'avaient pas partout la même valeur, mais la différence n'était pas très-considérable, et la division adoptée était à peu près partout la même. La drachme était l'unité de la monnaie effective chez les Grecs; sa valeur peut être évaluée approximativement à 90 centimes de nos jours. La drachme valait 6 oboles, Vobole représentant quinze centimes de notre monnaie. Il y avait des dioboles, des trioboks, des télroboles, valant deux, trois et quatre fois l'unité. On se servait aussi de demi-oboles et de quarts d'oboles. Au-dessus de la drachme, il y avait des d'ulrachmes, des tridrachmes et des tétradrachmcs qui valaient deux, trois et quatre fois l'unité. Enfin comme monnaie de compte, on employait le statèrc d'or qui valait vingt drachmes, la mine qui valait cent drachmes, et le talent qui valait six mille drachmes (5,560 francs de notre monnaie). Nous parlons ici du talent attique, qui était le plus répandu, et qui est celui auquel les écrivains font presque toujours allusion, lorsqu'ils parlent du talent; mais il est bon de rappeler que la valeur de la

LKS TnANSACTIONS.

drachme n'était pas exactement la même partout. Il faut noter aussi que les monnaies grecques sont toujours frappées.

Le système monétaire des Romains a subi d'importantes variations dans les diverses périodes de leur histoire. A l'origine ils n'avaient que des monnaies d'airain. L'as libral ou primitif était une masse de cuivre représentant au poids une livre romaine (c'est-à-dire 3 hectogrammes

FiK- 1».

?ig. 45fi.

Pig. 457.

Janus (as).

Jupiter (semis).

Monnaies coulées en bronzo.

Minerve (triens)

27 grammes 187 milligrammes). Sous les décemvirs on coula des pièces en bronze de forme lenticulaire portant une empreinte avec ie chiffre indicatif de sa valeur. La figure i,")5 montre le type de Janus. tel qu'on le voit sur ces monnaies primitives, mais elle n'en donne pas la dimen-

t'itj. '159.

Pig. 100.

Horculg (quadrans).

Mercure (soxUns).

Monnaies coulées en bronzo.

Rome (once)

sion, car l'as primitif était beaucoup plus grand que nos pièces de cinq francs.

Comme l'image de la divinité représentée était la mai-qiie extérieure de la valeur monétaire, nous avons fait reproduire les types, mais sans nous occuper de l'échelle de proportions, qui n'avait pas du tout la môme importance que dans les monnaies modernes, attendu que la valeur des pièces s'estimait d'après le poids bien plus que d'après le module, qui est loin do présenter une régularité parfaite. Il sullii en effet de rappeler que les monnaies qui représentaient une valeur plus m. <(■>

LE COMMERCE

importante étaient naturellement beaucoup plus grandes que les autres. Le semis, qui pèse la moitié d'une livre, est caractérisé par la tête de Jupiter (fig. Zi56). Le triens, ou tiers de la livre, porte la tête de Minerve (fig. 457); le quadrans, ou quart de la livre, porte la tête d'Hercule (fig. 458); le sextans, ou sixième partie de la livre, porte la tête de Mercure (fig. 459); enfin l'ofice, qui est le douzième de la livre, porte la tête de la déesse Rome (fig. 460). Toutes ces monnaies de l'époque primitive sont coulées et non frappées; le dessin en est extrêmement grossier. La dimension des pièces a beaucoup changé.

Fig. 4B-2.

Fig- 463.

Janus (as).

Jupiter (semis).

Monnaies frappées en bronze.

Minerve (triens).

parce que le poids do Pas, qui était primitivement de douze onces, a été réduit à quatre onces à la fin de la guerre du baninium, à deux

Fig. -104.

Hercule (quadrans).

Fig. 465.

Mercure (sextans).

Monnaies fmppécs en bronze.

Fig. 466.

Rome (once).

onces après la première guerre punique, et plus tard à une once seulement. Mais si ces monnaies de bronze ont changé de poids et par conséquent de dimension, elles ont conservé les mêmes types. Seulement, dans ces nouvelles séries, la monnaie est frappée au lieu d'être coulée, et la gravure est beaucoup meilleure (figures 461 à 46C). C'est l'emploi des monnaies d'argent et d'or qui a amené ces transformations. On s'aperçut en effet qu'une petite monnaie d'argent était beaucoup plus commode qu'une lourde monnaie en cuivre, d le bronze,

LES THANSACTIONS.

qui dans les temps primitifs avait été l'unique monnaie de Rome, ne servit plus que pour les monnaies d'une valeur infime.

Les monnaies d'argent, aussi bien que celles de bronze, ont plusieurs fois changé de dimension et de valeur. Le denier d'argent, qui

l'iK. '10";.

Fis. 468

Dénier d'.-iryf'nt.

représentait dix as, avait pour division le quinaire valant cinq as, oi le sesterce, valant deux as et demi. Le denier porte au droit la tète de

l'ig. -lUi).

l'ig. no.

Double dcaicr (argent).

Pnllas OU de Rome, et au revers les Dioscures à cheval, avec la légende J{07)ia (fig. /;G7 et /i68). Il y avait aussi des doubles deniers, valant

hlg. 171.

Fil!, m

Quiniiiro (arffonl).

vingt as et portant au droit um; dmible lélu iiuberbc, et au revers Jupiter dans un quadrige (fig. /|69 et 470).

Le quinaire, qui est la moitié d'un denier, porte également une tête de l'aiias au droit et les Dioscures au revers (fig. I|71 et 472).

LE COMMERCE

Le victoriat, qui est l'équivalent du quinaire et représente la même valeur, tire son nom d'une figure de la Victoire qui paraît au revers en remplacement des Dioscures (fig. /»75 et 476). Le double victoriat est

l'ig- ^"3. Fig. -i-A.

Double victoriat (argent).

l'équivalent du denier (figure /i73 et 47/j) et le demi-victoriat est l'équivalent du sesterce (fig. /j77 et 478).

i'Ig. 4ÎÔ. Fig. 4;6.

Victoriat (argent).

Fig. il-;. Fig. -ns.

Demi-victoriat (argent).

Le sesterce, dont la valeur est deux as et demi, présente une tèlc de Pallas avec les Dioscures au revers (Dg. /j79-/|80). C'est la dernière monnaie d'argent dont nous ayons à nous occuper.

rlg. 47y. Fig. 4S0.

Sesterce (argent).

Fig. 4SI. Fig. 4Si.

SO sesterces (or).

Dans la série monétaire d'or, la plus petite monnaie est de 20 sesterces et représente d'un côté la tête de Mars et de l'autre un aigle sur un foudre avec la légende Roma (fig. 481-/t82). Le même type se voit sur les pièces de quarante sesterces (fig. /i83-48/|) et sur celles de soixante sesterces (fig. 485-486). Ces deux dernières pièces sont d'origine campanienne et appartiennent à la première époque de l'or.

Le denier d'or ou aureus a une valeur de vingt-cinq deniers d'argent ou 100 sesterces. La tète de Jupiter est placée à l'avers el le revers

montre l'aigle sur un foudre (fig. /i87-/i88). Ce denier d'or appartient à la famille Cornélia. Le quinaire d'or ou demi-aureus présente au droit un buste de la Victoire et au revers un vase à sacrifice (fig. 489- /i90). Ce quinaire appartient à la famille Munatia.

Fig. 48a. Fig. 484.

40 seslorces (or).

Fig. 483. tlf. 480.

GO scstorces (or).

Les peuples barbares n'ont employé la monnaie que dune raauiùrc tout à fait exceptionnelle. En Perse il y avait des monnaies qu'on désigne sous le nom de dariques et qui représentent ordinairement un

Fig. 187. Pig. 488.

Denier d'or do I.i famille Cornélia.

Fig. 489. Fig. <ao.

Quin.iiro d'or do la famillo Munatia.

archer royal en train d'ajuster sa llèche. Ces monnaies servaient à payer les soldats mercenaires, ou les populations maritimes dont le roi soldait les navires, car en dehors des villes grecques de la cote, on fai-

Fig. 401. — Muiiiiaio primitivo doi Gaulois.

sait, pour les besoins du commerce, des échanges de métaux précieux ((ue Ion évaluait au poids, mais qui ne portaient ni ciligies, ni marques figuratives.

Los monnaies primitives des Gaulois étaient extn^mcment grossières; elles ne portaient ni ligures, ni légendes, mais un petit signe, comme

366 LE COMMERCE

une étoile ou une croix. Quelquefois aussi c'étaient de simples morceaux de métal taillés en rondelles ou en anneaux. On a retrouvé quelques-unes de ces monnaies barbares : la figure /»91 montre le modèle d'une de ces rondelles considérées comme la monnaie primitive des Gaulois.

La correspondance. — L'Egypte, où croît le papyrus, est probablement le pays où l'usage des lettres sur papier a commencé. On a dû employer les lettres en papier à une époque où, dans le reste du monde, on n'avait encore d'autres moyens pour correspondre d'un lieu à un autre que les petites plaques faites de briques, ou les tablettes enduites de cire. Faut-il en conclure que les Égyptiens ont eu avant les autres nations un échange régulier de correspondance et un système de courriers chargés de transmettre des communications écrites à des époques fixes, ou tout au moins d'après une méthode régulièrement établie? On peut le supposer, car d'après l'état où la civilisation était parvenue dans ce pays, il est difficile d'admettre que les ordres du Pharaon et de ses ministres n'aient pas été transmis dans les provinces avec la ponctualité qu'on trouve dans toutes les branches de l'administration. L'Egypte était avant tout un pays de comptables, ce qui implique, en général, une grande régularité dans les rapports des subordonnés avec leurs chefs hiérarchiques. Toutefois aucun document ne vient à l'appui de cette hypothèse, et il est impossible dès lors de rien préciser à ce sujet.

C'est en Perse qu'on trouve les traces les plus anciennes d'un système de courriers régulièrement établi. « Rien parmi les mortels, dit Hérodote, n'est aussi rapide que les messagers perses. Voici comment leur service est organisé; autant de journées de marche, autant il y a d'hommes et de chevaux séparés les uns des autres par la distance qu'on franchit en un jour. Nul obstacle ne les empêche de faire ce trajet avec une extrême vitesse. Le premier courrier, au bout de son parcours, transmet au second et le second au troisième, le message, qui passe de l'un à l'autre, comme le flambeau chez les Grecs, pendant les fêtes de Vulcain. » Toutefois, cette organisation, si complète qu'elle paraisse, était spéciale à la transmission des dépèches des satrapes, et il est au moins douteux qu'elle ait jamais été employée pour la correspondance des particuliers.

Chez les Grecs, peuple essentiellement navigateur, le transport des lettres, aussi bien que celui des colis, devait se faire surtout à l'aide des

petits bâtiments qui se rendaient continuellement d'un port à un autre, mais il ne paraît pas y avoir eu de services réguliers ou se rattachant au gouvernement. Les lettres étaient confiées à des messagers ou à de simples commandants de navire qui se chargeaient de les transporter à destination. C'est seulement quand on arrive à l'empire romain que l'on trouve un système parfaitement régulier de messagers auquel on donnait le nom de course publique. L'Union postale de 1879 a publié sur l'organisation des messageries romaines un excellent travail de M. F. Desenne, qui résume très-nettement tout ce qu'on sait sur ce sujet et .que nous allons prendre pour guide.

n La course publique des Romains, dit M. F. Desenne, est mieux connue que les angaries persanes, grâce aux codes théodosien et juslinicn; mais elle se présente à nous sous l'aspect d'une institution ayant pour but de faciliter les excursions des empereurs, le transport des courriers du gouvernement, des ambassadeurs étrangers, des fonctionnaires envoyés en mission, des voyageurs de distinction spécialement autorisés à cet effet, et de l'argent du trésor. Ses stations ne sont pas seulement des relais, mais encore des hôtelleries impériales abondamment approvisionnées, et des magasins d'effets militaires et de vivres pour les troupes en marche. Quant à la correspondance des particuliers, il n'en est pas plus question que si elle n'avait pas existé. Nous possédons assez de lettres des Romains pour savoir ([u'ils pratiquaient l'usage de se communiquer leurs pensées par corresijondance; mais le silence absolu de leurs lois et de leurs écrits sur les transports particuliers dimncrait presque à penser qu'ils n'écrivaient qu'autant qu'ils assuraient eux-mêmes l'acheminement de leurs lettres, soit par leurs serviteurs, soit par les occasions que pouvaient oiïrir les voyageurs; ce qui aurait réduit la correspondance à bien peu de lettres et le nombre des correspondants a bien peu de gens.

« Il est très-probable que les lettres paniculières passaient par l'intermédiaire des courriers du gouvernement; cependant c'était l'cxceptioii, au moins dans les premiers temi)s de l'empire ; car l'empressement que met Pline à s'excuser par avance, auprès de son souverain et ami l'empereur Trajan, d'avoir autorisé sa femme à prendre la poste dans une circonstance grave, prouve surabondamment que la course publique n'était pas à l'usagi* de tout le monde. Certains détails familiers qu'on surprend dans la, correspondance des anciens, comme d'accuser réception de |)Iusieurs lettres du même correspondant, arrivées en même temps, ou de demander une réponse, par exprès, indiquent

368 Lli COMMERCE.

que toutes les lettres n'étaient pas acheminées par un service régulier, en admettant que ce service existât, et qu'elles n'étaient pas non plus toujours expédiées par un exprès. 11 y avait donc d'autres intermédiaires que les exprès et les courriers du gouvernement. Or ces intermédiaires ne pouvaient être que des commissionnaires ou des messagers, voituriers, rouliers, comme celui dont parle Pétrone, qui possédait dix voitures et qu'il appelle tabellarius.

« Tandis que le tabellaire officiel ou le voyageur privilégié, conduit par un postillon {veredarius ou midio) et quelquefois précédé d'un courrier (cursor), relayait à la maison de poste {mansio) où son passe-port {diploma ou litterœ evectionis) lui donnait droit giatuitement, non-seulement à des moyens de locomotion de rechange, mais encore à une iiospitalité abondante et même luxueuse, selon ce que comportaient les termes de l'écrit, le modeste messager privé se logeait avec ses chevaux, à ses frais, dans une auberge de la route. Nous pouvons, d'après l'organisation du roulage, avant que les chemins de fer eussent fait disparaître cette industrie de nos roules, nous figurer celle des messagers publics de l'empire romain. A un croisement de voies, le messager établissait, quand il le jugeait nécessaire, un entrepôt. C'était ou dans une auberge, ou peut-être dans un de ces petits temples auxquels le christianisme a substitué dos croix sur le bord des routes; car les temples païens n'étaient pas seulement consacrés au culte; ils recevaient aussi des dépôts. Dans ce dernier cas, les objets restaient sous la garde des dieux des carrefours; d'oii probablement tire son origine la formule des lettres de voiture ; « A la garde de Dieu et sous la conduite de.... ». Ceux des voituriers qui desservaient la voie transversale prenaient au passage les objets qu'ils pouvaient acheminer. Lettres et colis étaient dirigés par les mêmes moyens. »

Le ciîédit. — Les institutions de crédit qui ont cours dans les nations modernes n'étaient pas connues de l'antiquité. Cependant il y a eu de tout temps des prêteurs et des emprunteurs, sans cela le commerce n'aurait pas été possible, et toujours aussi l'argent prêté a dû porter intérêt. Nous trouvons dans l'ancienne Assyrie des mandats de payement ou des billets de commerce, seulement ces mandats n'étaient pas en papier; ils consistaient en petites plaques quadrilatères en argile, dont plusieurs sont parvenues jusqu'à nous. Le texte était inscrit sur la terre molle et devenait inaltérable lorsqu'elle était cuite. M. Lenormant, dans son Histoire de la monnaie dans l'antiquité, a donné la

tradiiclion de quelques-unes de ces plaques. Voici par exemple le modèle d'une obligation simple :

« Quatre mines d'argent au poids de Karkémish (créance) de Ner- « galsurussur,

« Sur Nabuzikiriddin, fils de Nabuiramnapisié, « De Uur-Sarkin,

« A cinq sicles d'argent d'intérêt mensuel. « Le 26 air, éponymie de Gabbar (007 avant J.-C). « Suivent les noms des témoins.

« C'est, ajoute M. Lenormant, un intérût annuel de 25 pour 100, et tel était le taux normal du loyer de l'argent en Assyrie. La plupart du temps, dans les obligations du genre de celle-ci, où il n'est pas li.xù d'échéance de payement, on dit « riutorêt sera du quart » ; on doit en conclure que lorsque l'échéance n'est pas indiquée, le prétest fait pour un an. »

Tel était en Assyrie le titre du créancier sur le débiteur, et la remise à ce dernier constatait sa libération.

Voici maintenant le modèle d'un mandat de payement d'un lieu sur un autre :

« Quatre mines quinze sicles d'argent (créance) de Ardu-Nana, fils « de Yakin, sur Mardukabalussur, lils de Mardukbalatirib. (i Dans la ville d'Orchoé, « Mardukbalatirib payera, Il Au mois de tebet,

« Quatre mines quinze sicles d'argent.

« A Bulabaliildin, fils de Sinnaid, « Our, le 1/t arakhsanma, <i L'an 2 de Nabonide, « Roi de Babylone. »

Suivent les noms des témoins.

« 11 est facile, dit M. Lenormant, de juger d'après ces exemples ce qu'avait encore d'imparfait la .forme de la lettre de change usitée chez les Assyriens et les liaby Ioniens. Ainsi, nous n'entrevoyons aucune garantie contre la jiréscntation imhie d'un effet de ce genre, perdu ou volé, par quelqu'un qui n'aurait pas eu réellement droit de le toucher. L'absence d'acceptation et d'endossement était également un grave inconvénient; mais on y remédiait en partie parle mc^en d'un acte spécial constatant la négociation de l'effet et donnant, par suite, au preneur de la lettre de change, un moyen de recours contre le tireur en ui. 47

370 LE COMMERCE

cas de r.on -payement, acte qui devait être annulé de plein droit par le payement. Il est probable que le tiers porteur était obligé de remettre l'instrument, en même temps que le mandat lui-même, à celui sur qui il était tiré.

« Quoi qu'il en soit, il y a quelque chose de singulier au premier abord et de tout à fait inattendu dans cette constatation de l'existence d'une forme de la lettre de change avant l'invention de la monnaie, quand les métaux servant d'instruments aux échanges et de commune mesure de la valeur des choses circulaient encore à l'état de simple marchandise. Pourtant, si l'on réfléchit aux conditions particulières dans lesquelles s'opérait le commerce des Assyriens et des Babyloniens, on se rend compte de ce phénomène d'abord étrange, on comprend les causes qui ont dû conduire ces peuples, de meilleure heure que les autres, à inventer le contrat de change. Le commerce de l'Assyrie et de lîabylone était forcément, par suite de la situation géographique de ces contrées, un commerce de terre, qui se faisait par voie de caravanes et dans presque toutes les directions, ayant à traverser des déserts infestés de nomades pillards. Dans ces conditions, une des premières préoccupations des négociants a dû être la recherche des moyens d'éviter les transports lointains d'argent. Tout en faisait une loi, le caractère encombrant du numéraire métallique, le nombre de bêtes de somme qui devenaient nécessaires pour en porter de grandes quantités, aussi bien que l'insécurité des routes. Aussi, dès qu'il y a eu un créancier et un débiteur aux deux extrémités d'une ligne de caravanes, l'idée première du contrat de change a dû germer dans l'esprit du créancier. »

A Athènes et à Rome, l'usure, car c'est le nom qu'on donnait à l'intérêt de l'argent sans que ce terme fût pris, comme chez nous, en mauvaise part, a presque toujours été très-onéreuse pour l'emprunteur, et la législation a vainement tenté d'en fixer le taux. Pour les entreprises maritimes et courant de grands risques, l'intérêt de l'argent était de 36 pour 100 à Athènes et de 24 chez les Romains; il était naturellement moindre lorsque les garanties présentaient plus de certitude. Néanmoins le taux de l'intérêt a toujours été assez élevé et à Rome l'usure a toujours été pour une grande part dans les querelles qui se sont élevées entre les plébéiens et les patriciens. En général l'intérêt de l'argent devait être payé chaque mois.

LE STYLE ÉGYPTIEN

Les transpokmations m; stïle. — La co\';tii i ction. — Les coi-onnks. — La dkcoiiation. — Les édifices. — Les inciiiTKCTFS.

Les TitANSFORMATiONS DU STYLE. — Le gciiic (Ju pcuplo égyptien est tout entier dans ses monuments. La croyance absolue à l'immortalilé de l'àme se traduit par ce qu'on appelait des pierres immortelles. La recherche d'une durée indéfinie et d'une impérissable solidité caractérise avant tout le style de l'arciiitecture égyptienne. De là l'ininicnse largeur des bases, la forme pyramidale des portes, l'épaisseur des murs, l'énormilé des matériaux cmiiloyés. Le symbolisme qui apparaît partout dans l'orncmcntaiion donne à la décoration des monuments un aspect étrange et saisissant qui s'impose à l'esprit plus encore qu'il ne le séduit.

^L Paul Pierrot, dans son Dictionnaire d'archiologie égyptienne, résume ainsi rhistoirc do l'architecture dans l'ancienne É^^çypte : « C'est par les pyramides que s'ouvre la série des monuments égyptiens; la pyramide à degrés de Sakkarah est attribuée à la deuxième dynastie, (les gigantesques ouvrages, qui depuis pkis de six mille ans font l'admiration des hommes, témoignent d'un art trés-avancé pour la taille dos pierres dures et rapparoillage des blocs. Le style des premières dynasties est simple et sévère; ce n'est malhcurousement que par les tombeaux que nous pouvons l'apprécier, l^cs plafonds rectilignos sont soutenus par des piliers carrés sans base ni abaque. A la sixième dynastie, le péristyle apparaît; les murailles s'inclinent en talus pour solidifier la masse; la l'orme iiyramitlalo est adojjièo |)our les lombes io\ aies. La feuille (11' lolus eiiiii- dans rornemenlation ; les stèles funéraires sont taillées en forme i|i> porto; lesst;ilues ei les b.is-i'oliofssont points.

Sous la douzième dynastie, le pilier carré fait place à la colonne prismatique, dite protodorique, que surmonte un abaque carré. La colonne fasciculée, à bouton de lotus, est le premier type de la colonne complète avec base, fût, chapiteau et dé. L'entablement qui relie les colonnes est quadrangulaire. Le plafond est tantôt plat, tantôt légèrement concave; deux colonnes encadrent l'entrée des hypogées. De quadrangulaires, les stèles deviennent cintrées et sont coloriées ; les inscriptions se développent, les colonnes et les plafonds se couvrent de peintures. Sous la dix-huitième dynastie, l'architecture atteint son complet développement. Les façades plates sont encadrées sur trois côtés par une large moulure. Dans la gorge de la corniche, le disque solaire déploie ses ailes etdresse ses urœus. Les colonnes s'épanouissent en fleurs de lotus, mais les piliers carrés ont survécu à l'ancien empire, et soutiennent des statues uniformes d'Osiris armédupédumetduflagellum. D'immenses tableaux historiques ou religieux décorent les murailles. Sous les Saïtes et les Ptolémécs, l'art monumental perd beaucoup de sa grandeur et de sa simplicité. Les édifices sont de moindre dimension, la sculpture s'amollit et s'effémine. L'ornementation se complique, le chapiteau se surcharge de feuillage; dans les temples consacrés à Ilathor, il y a quatre faces ornées chacune d'une tête de cette déesse à oreilles de vache que surmonte un dé à forme de naos. La gravure hiéroglyphique, qui devient de moins en moins soignée, envahit les manuments de la base jusqu'au faîte, mais au milieu de la décadence générale, l'architecture égyptienne maintient jusqu'au dernier moment l'intégrité de son caractère national. »

La construction. — Le grès et le granit sont les principaux matériaux employés par les Égyptiens pour la construction de leurs édifices. Les pierres dont ils se servaient étaient en général de grande dimension et de forme quadrangulaire; ils les transportaient loules taillées de la carrière, par le procédé que nous avons indiqué plus haut (Qg. 341). Ils ne mettaient jamais qu'une seule pierre pour couvrir un entre-colonnement, et comme leurs monuments sont, en général, très-vastes et les entre-colonnements trcs-cspacés, ils ont été amenés à employer des dalles de dimensions gigantesques. Les édifices n'avaient pas de toits et se terminaient toujours en haut par une plateforme ou terrasse. Les plafonds étaient formés de hlocs énormes dont les deux extrémités reposaient sur dmx architraves placées parallèlement.

LE STYLK ÉnvPTIE.V.

Les colonnes cj^yptionnes ne forment pas, comme en Grèce ou à Rome, des portiques extérieurs enliôrcmont ouYcrts, mais elles sont rattachées l'une à l'autre par un mur à hauteur d'appui. Dans les monuments les plus anciens, on ne voit des colonnes qu'à lintérieur des cours. Les murs sont bâtis en talus dans leur partie extérieure, mais ils s'élèvent perpendiculairement à l'intérieur, en sorte qu'ils sont toujours plus épais à la partie inférieure qu'au sommet.

Les colonnes. — La première forme de la colonne égyptienne semble avoir été le pilier carré. Il apparaît dans les plus anciens monuments, et même après la douzième dynastie, époque où la colonne est décidément constituée, le pilier carré continue encore à être employé. Dans les iiypogèes, il est taillé sur pièce à même lo rocher. Ces piliers, qui soutiennent des plafonds rectilignes, n'ont ni base, ni abaque. Souvent, mais dans des monuments d'une date postérieure, une statue colossale de roi ou de dieu, sculptée en ronde bosse et debout sur une base particulière, est adossée à ces piliers. Nous en avons donné un exemple plus haut dans les temples d'Ibsamboul.

Après le pilier carré, nous voyons apparaître la colonne prismatique, généralement .^^^^^^^^^^^ connue sous le nom de protodorique. Ces colonnes, dont l'emploi est fort ancien puisqu'il remonte à la douzième dynastie, n'ont pas île chapiteau, mais sont couronnées par un simple

abaque; elles présentent douze ou seize cannelures longitudinales. Les hypogées de Beni-Ilass.in en oiïrenl le lype le plus complet : nous avons montré déjà (tome I, ligure 8'.)), une vue d'ensemble de ces grottes tunuilaires. La ligure /)92 montre une de ces colonnes dans toute sa simplicité. Notons en passant que le nom de protodorique donné à ce genre de colonnes vient d'une opinion émise par certains archéologues, d'après lesquels il faiulrait chercher ici l'origine et le type primitif de l'ordre dori(iut' employé par les Grecs.

La colonne à boutons de lotus passe pour lo plus ancien type do la coloime complète avec une b;ise, un fût et un chapiteau surmoiué d'un

l'ig. -lOa. — Colunnu pritiuiituijuo.

(Hypuijoo (lo Boni-liauan.)

abaque. Voici comment M. Chipiez caractérise les colonnes de ce genre qui se trouvent à Beni-Hassan : « De robustes rudentures, disposées suivant un plan cruciforme, découpent le fût et quatre minces baguettes occupent les angles rentrants auxquels cet arrangement donne naissance. Les mêmes courbes se montrent dans le chapiteau, qui

Colonne à quatre tiges.

(Hypogées de Beni-Has$.in.)

Fi;;. 495.

Colonne à chapiteau en bouton.

(Salle hypostylo de Karnuk.)

déborde sur le fût aminci, puis bientôt se contracte et se replie sur soi. L'abaque qui le surmonte conserve toujours la forme quadranjjulairc au sommet du monolithe » (lig. /t93 et 404).

La figure 495 montre une colonne de la grande salle hypostyle de Karnak : elle appartient à la même catégorie quoique présentant un type différent. Ici le chapiteau n'est qu'un renflement de la partie supérieure du fût. La largeur de l'abaque n'excède pas le diamètre

LE STYLE ÉGYPTIEN

supérieur de la colonne, dont la silhouette rappelle le pilier primitif, et pourrait presque être maintenue entre deux verticales.

Voici encore deux chapiteaux égyptiens, mais ils sont conçus d'après un type qui diffère complètement des précédents, bien que le principe repose encore sur l'imitation de la plante. La figure ù% est un chapiteau tiré des plus petites colonnes du MnemoniumdeThèbes :

l'ig. "ItW. — ClKtpituau du MuomoniuDi Fig. 407. — Cliapileau du Icniplo

do Thibes. do Louqsor.

il est formé d'un seul boulon do papyrus. Le suivant (fig. Z|97), qui provient des plus petites colonnes du temple de Louqsor, se compose de huit boutons de papyrus liés ensemble. Ces deux chapiteaux, qui vont en s'amiiicissant par le haut, sont surmontés d'un dé cubique plus large que leur partie supérieure.

Lorsque les savanLs de la commission d'Egypte arrivèrent à Kléphantine, ils furent frappés par l'élégance des colonnes, qu'ils ont décrites en ces ternies : (( Les colonnes d'KIéphanliiK' sont coniques h partir du tiers inférieur de la colonne et enveloppées de huit liges presque demi-circulaires, liées au sommet par cinq bandes étroites ou rubans. Le bas de la colonne est orné de feuilles aiguës et allongées semblables aux folioles du calice du lotus azuré. La partie inférieure

se recourbe légèrement et cette diminution contribue, avec la forme conique de la partie supérieure, à produire un renflement vers le tiers de la hauteur. La base est très-simple de profil, peu élevée, fort large et inclinée en dessus. Le chapiteau est renflé par le bas et ressemble, pour le galbe, à un bouton de lotus qui serait tronqué. Il est divisé en huit côtes comme le fût; mais elles sont anguleuses au lieu d'être circulaires. A sa base sont huit corps arrondis, placés entre les côtés et garnis de filets : ces filets se revoient entre les côtés du fût au-dessous des lirns, tellement que les corps arrondis pourraient être regardés comme les extrémit^^s de ces mêmes liens. Les cotes du chapiteau peuvent représenter des tiges de roseaux, qui, serrées fortement par des liens, se seraient ployées angulairement comme c'est le propre de ces plantes, à moins qu'on ne préfère y voir les tiges anguleuses du papyrus. Les colonnes sont surmontées d'un dé carré. »

Un autre type beaucoup plus fréquent que les précédents est formé d'une colonne dont le chapiteau, au lieu de se replier en forme de bouton tronqué, présente une puissante courbe en dehors du fût, avec un dé cubique qui en recouvre partiellement la surface supérieure.

C'est du temple de Karnak qu'est tirée la fi- ///^t gure 498, bien qu'elle présente un type complètement différent de lafigiarc ZiOô, qui provient du coionno à chapiteau é.asc. même monument. On sait l'admiration qu'ont (Tempe c Karoak.) inspirée dc tout tcmps CCS magnifiques colonnes. Les savants dc l'expédition d'Egypte en avaient été particulièrement frappés, et ils en ont donné la description suivante : « Les colonnes de la grande salle hypostyle de Karnak contiennent chacune plus de deux cents mètres cubes et sont construites par assises régulières de onze décimètres de hauteur, composées de quatre pierres. Leurs fûts sont couverts, depuis le haut jusqu'au bas, de sculptures qui sont généralement en relief bas dans un creux peu profond, si ce n'est dans les parties inférieures où elles ressemblent à celles de Medinet-Abou. Le galbe du chapiteau est celui de la fleur du lotus épanouie; sa partie intérieure est décorée de triangles pla-

Kg. 4JS.

LE STYLE EGYPTIEN

ces les uns dans les autres, dont les contours, formés de lignes courbes rentrantes sur elles-mêmes, viennent se réunir à la jonrtion du chapiteau et do la colonne. Au-dessus de ces triangles s'élèvent des tiges de lotus avec leurs fleurs, dont la distribution présente une grande variété : tantôt c'est la réunion de trois tiges avec la fleur épanouie et le bouton, qui monte jusqu'à la partie supérieure du

Fig- «lUU. — Clmpituau du templo du Louqsor.

chapiteau; tantôt c'est un bouquet do lotus au-dessus duquel on voit une légende encadrée- et surmontée d'un bonnet emblématique. Le haut du fût est terminé par cinij liens liorizoul.iiix. Le reste de la colonne est décoré de phrases hiéroglyphiques et durœus diversement conibinés et de grands tableaux n!|)résentant des oiïrandes et des sacrilices aux dieux. Les apophyges sont ornées de ces triangles placés les uns dans les autres, que l'on trouve toujours dans les parties inférieures des édifices. Ces ornements étant ici d'une grandeur extraor-

dinaire, on a pu en augmenter la richesse. On voit, en effet, placée en avant et sculptée très-profondément, une légende hiéroglyphique, surmontée d'un bonnet emblématique et accompagnée d'un double rang d'urœus. De chaque côté sont des éperviers avec des mitres, placés au-dessus d'un encadrement rectangulaire d'hiéroglyphes. Les intervalles des triangles sont remplis par des légendes et des serpents. »

Fig. 500.

Chapiteau du templo de Philœ.

Fig. 501. — Chapiteau du tcuiplo d'Edfou.

Le chapiteau représenté sur la figure 499 est tiré du temple de Louqsor et remonte au règne d'Aménophis III. 11 se compose d'une fleur de papyrus, mais l'extérieur du chapiteau est décoré dans tout son développement de boutons de lotus et de papyrus placés alternativement.

La fleur de papyrus a également servi de type au chapiteau représenté figure 500; mais celui-ci, dont l'ornement est beaucoup plus riche et plus compliqué, se rattache à une date plus récente; il provient du temple de Philœ.

LE STYLE ÉGYPTIEN

C'est encore un chapiteau évasé que nous voyons sur la figure 50i, il provient du temple d'Edfou et représente un palmier à neuf branches.

La tête du palmier, si magniûque dans la nature, a été transportée ici dans l'architecture avec un rare bonheur, de manière à en faire des chapiteaux d'un style vraiment national. On sait que les feuilles qui composent la touffe du dattier sont d'une forme plane et droite à leur base, tandis que la partie supérieure décrit une courbe gracieuse en s'inclinant au dehors. Toutes ces feuilles jointes ensemble forment une

Fig. 502, — Chapiteau d'un Icinplo ds l'oasis do Thibci.

Fig. 503. — Chapiteau d'un lonipl* do Tilo do Phiicc.

sorte de corbeille dont la décoration est constituée parles rameaux; les régimes de dattes et jusqu'aux écailles de la tige apparaissent quelquefois dans les chapiteaux.

C'est la fleur du lotus qui a donné le type des deux chapiteaux représentés sur les figures 502 et 503. Le premier, tiré d'un temple dans l'oasis dcThébcs, est formé par huit fleurs de lotus liées ensemble sur deux rangées. Le second, qui provient de l'hilœ, montre soi/(' tlours de la même plante liées ensemble sur trois rangées. Ces deux chapiteaux sont surmontés d'un dé cubique plus petit qu'eux, et n'ont plus la forme évasée dos précédents : leur courbure va en sons inverse.

Un autre genre de chapiteaux, beaucoup plus rare d'ailleurs, et qui se rattache à une époque postérieure, montre sur chacune de ses faces la tête de la déesse Hathor, aux oreilles de vache. Le cou se lie intimement au fût de la colonne et la tête est surmontée d"un édicule affectant la forme d'un naos qui tient Heu d'abaque (fig. 504).

La base des colonnes est quelquefois arrondie, et présente l'apparence d'une fleur d'où le fût s'élancerait comme une tige (fig. 505). Toutefois cette forme n'est pas la plus habituelle.

(( Les colonnes, dit VioUet-lc-Duc, outre qu'elles affectent des formes empruntées à la flore, se couvrent, comme les murailles, de nombreux dessins en creux, c'est-à-dire intaillés aux dépens de la pierre et légèrement modelés, ou d'hiéroglyphes, c'est-à-dire d'inscriptions; le tout couvert d'un trèsléger enduit qui cache les joints et les défectuosités du calcaire et qui est peint de couleurs brillantes, n

On voit par tout ce qui précède que la colonne égyptienne appartient à peu près au même titre à l'art de la décora-

Fig. 504. — Chiipiteau 4

tête d'Hathor.

{Tiré du temple de

Dcndorali.)

mmmmi

Fig. 505. — Base de colonne égyptienne.

tion quà celui de l'architecture. Les formes, empruntées à la vie végé-

LE STYLE ÉGYPTIEN

taie ou animale, qu'elle affecte ne le démontrent pas moins que les peintures qui s'étalent sur son enduit. Du reste, les représentations peintes d'architectures vont nous fournir de nouvelles preuves à l'appui de cette manière de voir.

Les peintures décoratives des monuments égyptiens montrent des colonnes dont l'exécution en pierres ne serait pas possible, mais qui

Fig. 508.

l'ig. 50!.

Colonnos do stylo primitif (D'après des pointures li^ypticnnos.)

i'i|j. ÔUB-

ont pu exister en bois, bien qu'il n'en reste aucune trace. « Les basreliefs égyptiens, dit M. Ciiipiez {Histoire des ori(/iiics et de la formation des ordres grées), montrent que le bois fournissait souvent la matière de supports. Un grand nombre de colonnes ont le fi"!! sillonné par des bandes transversales aux vives couleurs, qui indiquent des peintures ou un revêtement, mais IVéqueuiment aussi les fiiis paraissent couverts de dessins géométriques de petite dimension, nombreux et serrés. Quelquefois les ornements semblent contenus dans des alvéoles sépa-

rées par de minces cloisons. Il est impossible d'y voir autre chose que des iiuTiistations, où rébène, l'ivoire et peut-être le métal jouaient un rùle considérable. »

L'attache du chapiteau à la colonne est fait par des liens figurés, comme on peut le voir sur les figures 506, 507 et 508. Toutefois

Klg. JO'J.

ifis 510.

Chapiteau! do colonnes.

nous devons rappeler que ces colonnes sont peintes et ne répondent aucunement à un modèle exécuté en pierre, mais elles pourraient bien se rapporter, comme nous l'avons dit, à dos supports en bois.

Les defsins que nous reproduisons dans les figures 509 et 510 sont exécutés d'après les dessins do Prisse d'Avesne, l'homme qui connaissait le mieux l'Egypte ancienne. Des têtes de lion surmontent le chapiteau, imité, comme toujours, des formes végétales.

LE STYLE EGYPTIEN

La figure 511 donne le type complet du chapiteau, du fut et de la base dune colonne égyptienne, formée d'une tige de papyrus, combinée avec des boutons de lotus, du raisin et du lierre. La plante de

Fig. 5tl. — I.o pnpjTU», combina avec d'autics ptant'^s.

Fig. 512. — L<3 papyrus.

(D'après u;io pi'iuturo égyplioniio.)

papyrus, dessinée conventionnellcmcnt comme font toujours les Égyptiens, mais non encore appliquée à l'architecture, est représentée sur la ligure 512.

La décoration. — « Pourse rendre compte de l'clTet que voulaient

cvidrmnmnt obieiiir les artistes é,i,'ypli(Mis, dil Viollet-K'-Duc, il faut.

par la pensée, restaurer ces intérieurs de leurs grands édifices, tels que ceux de Karnak, par exemple, La lumière du jour n'arrivait dans ces intérieurs que par de rares ouvertures ou seulement par les baies des portes. Mais telle est l'intensité, l'éclat des rayons solaires dans cette contrée, que le moindre filet dérobé à ces rayons produit des reflets qui ont une puissance supérieure à la lumière diffuse des intérieurs dans nos climats. Les décorations intaillées et colorées sur les parements prenaient ainsi un éclat dont il est difficile d'apprécier la valeur et la chaude tonalité, lorsqu'on n'a pas eu l'occasion de s'en rendre compte sur place. Et, certainement, ce mode de décoration était celui qui convenait le mieux, les conditions admises, c'est-à-dire le climat et la destination. Ces intérieurs, maintenus frais par l'épaisseur des murs et plafonds de pierre et par l'absence des rayons solaires directs, n'eussent pu recevoir une décoration encombrante et dont les saillies auraient produit quelques points lumineux et des ombres larges en perdant des surfaces considérables. Par suite du procédé admis, tout parement recevait sullisamment de lumière reflétée, pour laisser voir les formes générales et deviner les dessins délicats qui les couvraient. Ajoutons que ces intailles peintes sont habituellement colorées chaudement sur des fonds blancs, et qu'ainsi elles pouvaient être vues jusque dans les parties les plus sombres. »

Nous avons des données positives sur la décoration des temples égyptiens, mais il n'en est pas de même pour les palais et les maisons particulières, car il n'en est resté aucun modèle. On peut néanmoins s'en faire une idée approximative, puiscjue le système ornemental employé par les Égyptiens est constitué d'après des principes fixes. Si la signification est souvent emblématique, le point de départ d'un ornement est toujours l'imitation de la nature et principalement de la flore.

Le lotus et le papyrus fournissent les motifs les plus fréquents de la décoration égyptienne (fig. 513 et 51/t). Le lotus, si célèbre comme plante sacrée, servait également comme plante alimentaire. C'est une nymphéacée, dont les racines ressemblent aux tiges du roseau de nos marais. Les anciens parlent très-souvent de cette plante, qu'ils nomment indistinctement fève d'Egypte, lis du Nil ou lotus. Elle était autrefois très-commune en Egypte, mais elle a à peu près disparu des eaux du Nil.

Voici un passage de la Grammaire de l'ornement, où Owen Jones expose très-nettement les principes de l'art décoratif des Égyptiens: (i Le lotus et le papyrus qui croissent au bord de leur rivière, symboles

LK STYLE ÉGYPTlt-S.

de la nourriture du corps et de l'esprit; les plumes d'oiseaux rares qu'on portait dovant le roi, comme emblème de la souveraineté; le rameau do palmier avec la corde torse faite de ses tiges : tels sont le» types peu nombreux qui forment la base de cette immense variété d'orneinonis avec lesquels les É'^yptiens décoraient les temples de leurs dieux, les palais do leurs rois, les vêtements qui couvraient leur

Kig. 513. — Lo lotu».

(D'aprôs uno pointuro égyptienne. >

Fig. 514. — Fleur» et boutina.

(D'aprt'n uno pointuro tgyptioano.)

personne, leurs articles de luxe ainsi que les objets modestes destinés à l'usage journalier, depuis la cuillère en bois, avec laquelle ils mangeaient, jusqu'au bateau qui devait porter à travers le Nil, à la vallée des morts, leur dernière deiiieure, leurs corps embaumés et ornés de la même manière. V.n imitant ces types, les Égyptiens suivaient de si prés la forme naturelle, qu'ils ne pouvaient guère manquer d'observer les mêmes lois que les œuvres de la nature déploient sans relAclie; c'est pourquoi nous trouvons que l'ornement égyptien, tout en étant traiié d Une manière conventionnelle, n'en est pas moins toujours vrai.

Nous n"y voyons jamais un principe naturel appliqué mal à propos ou violé. D'un autre côté, les Éi;yptiens ne se laissaient jamais porter à détruire la convenance et l'accord de la représentation par une imitation du type par trop servile. Un lotus taillé en pierre, formant le couronnement gracieux du haut d'une colonne, ou peint sur les murs comme une offrande présentée aux dieux, n'était jamais un lotus tel

Fig. 515.

Papyrus et lotus.

Fig. 516.

Fleur de lotus en chapiteau de colonne.

qu'on pourrait le cueillir, mais une représentation arcliitecturale de cette plante, rcprt^sentation on ne peut mieux adaptée, dans un cas comme dans l'autre, au but qu'on avait en vue, car elle ressemblait suffisamment au type pour réveiller dans ceux qui la contemplaient l'idée poétique qu'elle devait inspirer, mais sans blesser le sentiment de la contenance. »

La figure 515 montre trois plantes de papyrus et trois lotus en

LE STYLE EGYPTIEN

pleine fleur avec deux boutons. Ces plantes, placées dans la main d'un roi qui en fuit lolTrande, aïontreat une disposition ornementale trùs-reniarquable parce qu'elle se rapproche beaucoup de la nature. Nous retrouvons le lotus dans la figure 510-, il prend ici la forme d'une colonne entourée de nattes. C'est également une colonne entourée de nattes et de rubans que reproduit la figure 517; le chapiteau est formé par la combinaison du lotus et du papyrus.

La ligure 518 et la figure 51'J oITrent encore diverses applications des mêmes plantes à l'ornementation.

Owen Jones, dans sa Grammaire de l'ornement, nous lionne encore des détails intéressants sur la façon dont les Égyptiens employaient la couleur dans leurs décorations: Il Les couleurs dont les Égyptiens se servaient principalement, dit-il, étaient le rouge, le bleu et le jaune, avec du noir et du blanc, poudéfinir les couleurs nettement et distinctement; le vert s'employait généralement, mais point universelleiiieiit, comme une couleur locale, pour les feuilles vertes du lotus par exemple. Ces feuilles cependant se coloriaient sans distinrtioii, soit en vert, soit en bleu; le bleu s'employait dans les temples les plus anciens, et le vert pendant la période ptolémécnne; et à cette époiiue ou ajoutait mémo Ic'ponrpro et le brun, ce qui ne servait du reste qu'à affaiblir l'efTef.

Fi(t. il7.

Lotus et papyrus cambiales.

l'ig. JIH. — Uruomuul du Uuurt tlo lutui.

Le rouge ([u'on trouve sur les tombeaux et sur les caisses ;i momies do

la période grecque ou romaine est plus faible de ton que celui des

temps anciens; et c'est, à ce qu'il parait, une règle universelle que, dans toutes les périodes archaïques de l'art, les couleurs primaires, bleu, rouge et jaune, sont les couleurs qui prédominent et qui sont employées avec le plus d'harmonie et de succès. Tandis que dans les périodes où l'art se pratique traditionnellement, au lieu de s'exercer instructivement, il y a une tendance h. employer les couleurs secondaires ainsi que toutes les variétés de teintes et de nuances, mais rarement avec le même succès. 1)

L'ornement représenté sur la figure 520 est tiré de la partie supérieure des murs d'un tombeau à Beni-Hassan. Il est assez commun et se trouve toujours sur la partie verticale des tombeaux ou des temples, mais non sur les plafonds.

Jusqu'à cette figure les décorations que nous avons passées en revue se trouvaient dans des rapports immédiats avec la logicjue architecturale des monuments qu'elles avaient mission d'orner. C'est ainsi que nous avons retrouvé dans la disposition des végétaux érigés en supports, dans la colonne, un groupement de tige ou un épanouissement de feuillage en forme de chapiteau répondant parfaitement aux nécessités de ce rôle de support. La fantaisie décorative se donne Mbre carrière, mais en con-

Ornement en fleur do papyrus.

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servant toujours sa raison d"ùlre au point de vue de l'architecture. Maintenant que nous allons nous trouver en présence de spécimens de décorations pures, nous ne pourrons plus exiger des artistes égyptiens le même rationalisme. L'imagination du décorateur servira seule

l'];.-. r,iO.

Ornement égyptien tiré des tombeaux (le Bcni-Hassan.

de guide, et dans les formes géométriques aussi bien que dans celles qu'elle empruntera aux règnes végétal ou animal, elle ne cliercliera qu'à se satisfaire, à se laisser aller à sa fantaisie.

Fig. 521.

Ornement égyptien tiré dos lomboiux

du Quurna.

ri^i iM

Fig. hii.

OrDcmcnl épyption tiré des tombeaux de Qotirun.

Voici, par exemple, dtMix orncmonts tirés dos toiiilxMux tlo fiourna (fig. 521 et 522) et qui dérivent de ces éléiiieiits : on j Vdit des Heurs de lotus dans une position pendante alternant avec des grappes de raisin.

La llour pciKhiiilo du loUis se retrouve égalemcnl sur la ligure 523

prise sur un sarcophage, et sur la figure 524, tirée de la partie supérieure d'un tombeau de Thèbes. Mais la grappe de raisin a disparu et l'ensemble des ornements est un peu plus comp'iqué que dans les figures précédentes.

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