L'ARCIIITECTL'RE EN ASIE
lèlement. Ce n'est pas assurément par les proportions de l'ensemble
Fjg. 547. — Colonne do Persil'polis.
Fig. 518. — ChaiulLÉU |.u^^^.■
qu'on pourrait établir un rapport, mais le style ornemental des deux nations n'est pas aussi éloigne l'un de l'autre qu'on serait tenté de le croire au premier abord. Ainsi il est difTicile de ne pas saisir une certaine parenté entre le triglyphe des Grecs et les ornements persépolitains représentés sur les figures 550 et 551.
On reconnaîtra aus^i que les figures 552 et 553, quoique d'un caractère oriental plus prononcé, se marient aisément a\cc les deux types précédents. Quant à la figure 55/i, elle dérive de principes tout h fait diffé- '''8' ^i"'- - o»'"-
renis et on y pressent prcsciue l'ornementation des Arabes. C'est eu
408 LARCHITECTURE.
effet un ornement sassanide, c'est-à-dire qu'il appartient à une époque
Fig. 550. Flg. ôji.
Ornements do Persépolis.
intermédiaire entre l'art persan ancien et 1 art persan du moyen âge.
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Flg. 5Ô-2.
Fig. 553.
Orncmenis perses.
Fig. 534. —Ornement sassanide.
L'ARCHITECTURE GRECQUE Notions iiisToniQLES. — La rÉniODE pélascique.
Le style HELLÉMQl'E. — LeS ORDRES. — L'o B .\ E M t .NT . — LeS ÉDIFICES.
Notions historiques. — Nous n'avons pas à signaler dans l'âge tiLToïque de nom d'artiste dont le caractère historique soit parfaiiement établi. Ceux dont il est question dans les historiens semblent appartenir à la légende plutôt qu'à l'histoire. Dédale, qui construisit le iabyrintiic de Minos, dans l'île de Crète, est un personnage mytiiologiqiie. Son nom veut dire industrieux, et pendant longtemps on le donna aux artistes comme un témoignage de leur habileté. Agamèdc et Trophonius comptent parmi les plus anciens architectes dont les écrivains anciens fassent mention. L'édifice le plus fameux qui leur fui attribué était le temple d'Apollon à Delphes. Quand ils l'eurent terminé, ils supplièrent le dieu de leur donner pour récompense la chose qui pouvait être le plus utile à l'homme, et ils furent trouvés morts trois jours après. Une autre légende leur attribue une histoire qui rappelle celle qu'Hérodote raconte à propos de Rampsinite, roi d'Egypte. Les deux architectes auraient été chargés de construire un trésor pjur le roi Hierus dans la Béotie, et ils auraient disposé le bâtiment de manière qu'en ôtant une pierre qu'ils connaissaient, ils pouvaient entrer dans l'intérieur. Le roi s'apcrqut que ses richesses diminuaient, et tendit un piège où Againède se laissa prendre. Trophonius coupa la tète à son ami pour empêcher qu'il fut reconnu; mais la terre s'étant ouverte sous ses pieds, il fut englouti tout vivant, et il se forma là une caverne où, pendant longtemps, il rendit des oracles.
On pourrait également regarder plusieurs des travaux d'Hercule comme se rattachant à l'architecture. Mais toutes ces histoires légi>ndaircs n'ont qu'un intérêt secondaire pour la question qui nous (iccupe.
La période qui précède les guerres médiques est celle du grand développement de l'art grec. Les œuvres de cette époque ne peu- III. 53
410 L'ARCHITliCTUnE.
vent, en aucune façon, quand on les prend isolément, se comparer à celles de la période suivante; mais si on les considère dans leur ensemble, on verra que toutes les formes de l'art étaient trouvées, et que si le siècle de Périclès a été supérieur comme résultat, l'invention etl'effort appartiennent surtout au siècle précédent. C"est en effet la vie du gymnase qui a donné surtout aux Grecs le goût et le sentiment de la beauté dans les formes; c'est la piété des peuples qui a élevé partout des monuments en l'honneur des dieux protecteurs des cités; c'est l'amour de la liberté qui, en faisant naître le régime démocratique, a donné à l'art une mission sérieuse, en a fait l'expression d'une pensée générale. Celle-ci, n'étant pas subordonnée aux caprices d'un prince et aux variations de la mode, a résolu le problème d'une liberté illimitée dans la conception individuelle, unie à une obéissance rigoureuse à des principes logiques et invariables.
Le siècle de Pisistrate marque dans l'architecture une période d'éclat qui semble le prélude de celui de Périclès. Le temple de Jupiter olympien, à Athènes, avait été commencé sous Pisistrate; c'était primitivement un édifice colossal d'ordre dorique. Dans la construction postérieure terminée sous les Romains, il est d'ordre corinthien.
Polycrate de Samos s'efforça de rivaliser avec Pisistrate, en élevant plusieurs édifices qui furent célèbres dans l'antiquité. 11 fit venir Eupalinus de Mégare, déjà célèbre par une construction qui amenait dans sa ville natale les eaux d'une fontaine consacrée aux Muses, et le chargea de construire un vaste aqueduc dont on a retrouvé dernièrement les traces. Les architectes Rhœcus et Théodore de Samos avaient bâti un temple de Junon qui fut détruit pendant la guerre avec les Lacédémoniens. On attribue à Polycrate l'honneur d'avoir construit le nouveau temple qui fut d'ordre ionique, tandis que le monument pri mitif était dorique.
Théodore de Samos avait également commencé le fameux temple d'Éphèse, ou du moins, il avait consolidé le fond marécageux sur lequel il devait être bâti, car ce fut Ghersiphron de Gnosse et son fils Métagène qui furent les architectes du temple. La construction en dura fort longtemps et il fut achevé par Demetrius et Pœonius d'Éphèse. Brûlé par Érostrate, le temple d'Éphèse fut relevé ensuite, ou du moins restauré par Dinocrate, architecte d'Alexandre. La plus grande partie des monuments antérieurs à Périclès dont il reste des ruines sont d'ordre dorique. L'ordre ionique semble donc postérieur, au moins dans la Grèce propre, et c'est dans les villes grecques de l'Asie Mineure
L'AUCHITECTURE GRECQUE. 411
qu'il a trouvé ses premières applications antérieurement aux guerres médiques.
Dans la période suivante nous voyons des artistes athéniens employés aux travaux du temple de Delphes, et l'école de Phidias orne de ses sculptures les temples d'Olympie et d'Élis. Cette période est celle qui vit s'élever les plus fameux monuments de la Grèce. Malheureusement, si nous connaissons les noms de quelques-uns des architectes qui les ont bâtis, nous ne savons absolument rien de leur histoire, et l'absence de renseignements rend toute biographie impossible.
Iclinus et Callicr;itc furent les architectes du Parthénon. Ictinus a en outre dirigé la construction du grand temple d'Eleusis, bâti par les architectes Curiebus et Mûtagèno et terminé par Xénoclès. Cest égalcuiont Ictinus qui a bàii le fameux temple d'Apolloa Épicurios près Pliigalte. Le temple était dorique. L'architecte Mnèsiclès d'Athènes éleva les Propylées, superbes portitines qui servaient d'entrée à l'Acropole d'Athènes, et Libon d'Élée bâtit le fameux temple de Jupiter à (Jlympie. Deux célèbres sculpteurs, Polyclôte et Scopas, ont aussi attaché leur nom à des édifices dont ils ont dirigé la construction. On doit à Polyclôto d'Argos le grand théâtre d'Epidaure, et à Scopas le temple lie Minerve Aléa à Tégée, qui passait pour le plus beau du Péloponèse.
Parmi les architectes qui ont élevé des monuments d'ordre ionique, on conuail llermogùne, auteur du temple do Bacchus à ïéos et d'Artémise Leucophrine à Magnésie sur le Méandre, Pithéas, auteur du temple de Minerve Poliadc à Priéne, dont la dédicace fut faite par Alexandre, Pœonius et Daphnis de Milet, qui relevèrent après sa dcstruclion le Didyma;on de Milet.
C'est probablement vers le mémo temps qu'il faut placer Calliniafiue, niiipiel Vitruvc attribue l'invention du chapiteau corinthien. L^ temple de Thésée, le tc^nple de Minerve Poliade et celui d'i'lrechthée à Athènes, le grand temple de Némésis à Rhamnus, le templi- de Jupiter Paiilieliénicn à Égine, et bien d'autres édifices attestent la puissance et la fécondité de l'architecture dans l'époque qui s'étend des guerres médiques à Alexandre.
La guerre médique avait été pour la Grèce un désastre épouvantable, mais elle fut suivie d'une ère de prospérité inouïe, qui répond à la plus haule période où soit parvenu l'art dans l'antiquité. Pour bien comprendre l'iiiiluence qu'elle a eue sur le développement des beauxan-;, il faut se rappeler que l'invasion des Perses était une guerre rcli-
gieuse autant qu'une guerre nationale. Les envahisseurs détruisaient partout les temples; ils semblaient s'attaquer aux dieux en même temps q-u'aux hommes. Les Grecs, attribuant à la protection des dieux aulanl qu'à la valeur de leurs soldats la délivrance de leur patrie, se crurent obligés par la reconnaissance à élever partout des temples magnifiques, qui étaient un trophée national autant qu'un lieu consacré à la prière. En même temps les villes, enrichies des dépouilles de l'Asie, et ne redoutant plus rien pour l'avenir, se lançaient avec sécurité dans des entreprises qui attestaient la puissance publique et donnaient au travail un essor prodigieux, de sorte que les agoras, les gymnases et les théâtres s'élevaient en même temps que les temples.
Les hommes d'État, de leur côté, faisaient tout pour encourager et développer le travail. « En même temps que Thémistocle augmentait le nombre de ses vaisseaux, dit Diodore de Sicile, il persuada au peuple d'affranchir de tout impôt les locataires des maisons et les artisans, pour attirer de tous côtés les habitants dans Athènes et y réunir le plus grand nombre possible de professions et de métiers, deux moyens qu'il jugeait avec raison les plus propres à favoriser l'accroissement des forces maritimes de l'élat. »
Ce fut également dans ce but que Cimon et Périclôs donnèrent un si grand essor à l'architecture, car l'adage si connu : « Otia^d le bâtiment va tout va », était déjà vrai dans ce temps-là et le sera dans tous les temps. Le discours de Périclès, rapporté par l'iutarque, ne laisse aucun doute sur les motifs qui dirigèrent sa politique et le poussèrent à entreprendre d'aussi immenses travaux : « Des ateliers en tout genre mis en activité, l'emploi et la fabrication d'une immense quantité de matières alimentant l'industrie et les arts, un mouvement général utilisant tous les bras, telles sont les ressources incalculables que ces travaux procurent déjà aux citoyens qui, presque tous, reçoivent de celte sorte des salaires du trésor public; et c'est ainsi que la ville tire d'elle-même sa subsistance et son embellissement. Ceux que leur âge et leur force appellent à la profession des armes reçoivent de l'État une solde qui suffit à leur entretien. J'ai donc voulu que la classe du peuple qui ne fait pas le service militaire, et qui vit de son travail, eût aussi part à cette distribution de deniers publics; mais afin qu'elle ne devînt pas le prix de la paresse ou de l'oisiveté, j'ai appliqué ces citoyens à la construction de grands édifices, où les arts de toute espèce trouveront à s'occuper longtemps Nous avons acheté la pierre, l'airain, l'ivoire.
l'or, l'ébônc, le cyprès; et des ouvriers sans nombre, charpentiers, maçons, forgerons, tailleurs de pierre, teinturiers, orfèvres, ébénistes, peintres, brodeurs, tourneurs, sont occupés à les mettre en œuvre. Les commerçants maritimes, les matelots et les pilotes conduisent par mer une immense quantité de matériaux; les voituriers, les charretiers en amènent par terre; les charrons, les cordiers, les tireurs de pierre, les bourreliers, les paveurs, les mineurs exercent à l'envi leur industrie. Et chaque métier encore, tel qu'un général d'armée, tient sous lui une troupe de travailleurs sans profession déterminée, qui sont comme un corps de réserve et qu'il emploie en sous-ordre. Par là, tous les âges et toutes les conditions sont appelés à partager l'abondance que ces travaux répandent de toute part. »
La conquête do l'Asie par un prince grec et la fondation d'États grecs dans les anciennes provinces perses donnèrent aux beaux-arts et notamment à l'architecture une très-grande impulsion. Des villes nouvelles se fondèrent et de nouveaux sanctuaires s'ouvrirent aux dieux de la Grèce. Les Ptolémées, les Séleucides, les rois de Pergame et les autres princes attirèrent à leur cour des artistes grecs et ne cessèrent d'occuper un gran<l nombre d'artisans dans les édifices qu'ils élevèrent à l'envi. Philadelphie, Stratonicée, Antioche, Séleucie, Thessalonique, Alexandrii', furent des foyers nouveaux où le génie grec put se développer tout à l'aise.
Les artistes grecs, ainsi transportés au milieu de pays nouveaux et de peuples d'origine différente, conservèrent quehiue temps leur caractère? propre, comme cela avait eu lieu dans les colonies pendant la période républicaine. La raison eu est dans la séparation qui exista longtemps entre les anciens habitants et les Grecs demeurant seulement dans quelques villes, qui semblaient comme des oasis au milieu d'une terre étrangère.
l'ourlant le relâchement du lien (|ui unissait l'art à la vie politique des ancirnnps villes libres, et la nécessité de satisfaire au caprice de quel(}ues individus, ne pouvaient manquer d'amener une modification dans le style. Les merveilles de l'Orient devaient aussi exciter chez les artistes de celte époque le goût de la magnificence et des choses colossales. Les mœurs tendaient à se modifier, et la condition des artistes appelés ;» servir les princes qui les protégaient ne pouvait être la même (|u'à répoque où li s artistes étaient eux-mêmes des citoyens, croyant faire acte de iiatrioiisme on faisant un clief-d'rruvre dont l'éclat rejaillirait sur toute la nation. « Les arts, dit Otifrieil Millier, s'égarèrent né-
m L'ARCHITECTURE.
cessairement, lorsqu'ils eurent tantôt à satisfaire la soif de flatterie qui dévorait des villes inspirées par des motifs honteux et vils; tantôt à contenter les caprices de maîtres fatigués par l'éclat de la magnificence, et qu'ils durent créer à la hâte beaucoup de choses brillantes et passagères destinées aux fêtes des cours. »
Les architectes et les artistes en tout genre deviennent les ordonnateurs de ces fêtes prodigieuses, que les empereurs romains ont imitées plus tard des princes macédoniens, et qui n'ont plus, comme les fêtes d'Eleusis et des Panathénées, un caractère religieux et politique, mais servent à distraire les ennuis d'un prince fatigué de la toute-puissance. Dans les pompes d'Antiochus IV, on voit figurer les statues de tous les dieux, démons et héros, avec de magnifiques vêtements brodés en or. Partout l'influence orientale se substitue à la sobriété du génie grec. A Alexandrie, Ptolémée 11 donne, à l'occasion de la fête d'Adonis, un spectacle entièrement nouveau et qui montre d'ailleurs les progrès de l'art du machiniste. Vénus et Adonis sont étendus sous un berceau de feuillage et des Amours voltigent au-dessus de leurs têtes, puis deux aigles descendent du ciel et enlèvent Ganymède dans les airs, etc. Toutes les fêtes présentent le même caractère qui nous éloigne singulièrement des tragédies de l'époque républicaine. Dans les fêtes données en l'honneur d'Alexandre divinisé on voit paraître des milliers de tableaux et des automates colossaux qui frappent l'esprit des populations. Partout l'or, l'ivoire, l'ébcne, les tapis précieux attestent le luxe des rois grecs transformés en satrapes, et l'Asie, vaincue par les armes, iuipose ses mœurs à ses nouveaux maîtres. L'architecture résiste ([uclque temps et conserve ses traditions pour les proportions et l'ensemble des édifices, mais dans la décoration, la magnificence tend à se substituer à l'antique gravité, et la parure prend une importance de plus en plus prépondérante.
Vitruve, dans le préambule du second livre de son traité d'architecture, raconte comment Dinocrate devint l'architecte du roi de Macédoine. Voulant avoir accès auprès du roi, il s'était muni de lettres pour les personnages les plus distingu Js de la cour. Mais s'aperçevant bientôt que chacun lui disait de belles paroles, mais ne s'empressait pas de l'introduire auprès du souverain, il imagina un stratagème pour se faire remarquer. S'étant dépouillé de ses habits et frotté le corps d'huile, il se couvre d'une peau de lion, prend en main une massue, et dans ce costume se mêle à la foule qui entourait le roi. Étonné de cet accoutrement le roi ordonne qu'on lui amène cet homme, et Dino-
LAUCHITECTURE GRECQUE. 415
crate arrive au pied du trône d'Alexandre qui lui demande qui il est. « Je suis, dil-il, l'arciiitecte Dinocrale, Macédonien, qui apporte à Alexandre des pensées et des desseins dignes de sa grandeur. J'ai formé le projet de donner au mont Aihos la forme d'un homme qui lient en sa main gauche une grande ville et en sa droite une coupe qui reçoit les eaux de tous les fleuves qui découlent de cette montagne pour les verser dans la mer. » Alexandre n'adopta pas le projet, mais l'architecte lui plut, et il dut à sa bonne mine et à son stratagème d'être choisi pour tracer le plan d'Alexandrie, pour rebàiir le temple d'Éphèsc, et d'être employé par le roi pour une foule de travaux importants. On attribue aussi à Dinocrate le fameux bûcher d'Éphestion : mais son œuvre la plus considérable est toujours le plan d'Alexandrie, dont Sostratc construisit le phare, si admiré dans l'antiquité. .\Ieton partage avec Dinocrate la gloire d'avoir construit des villes sur un plan méthodi(iue et régulier. Mais avant eux Ilippodamus de Milot avait fait du l'irée une ville magnifique et bâti à Rhodes une cité nouvelle. C'est à son influence qu'on doit d'avoir pour le tracé un plan régulier en place des plans tortueux de l'ancienne Grèce.
Vilruve f;nt une longue énumération des artistes grecs qui ont écrit sur l'architecture. « Silène, dit Vilruve, fit un livre des proportions de l'ordre dorique; Théodorius écrivit sur le lem|)le de Junon, d'ordre dorique, qui est à Samos ; Chersiphron et Mélagène écrivireni sur celui de Diane, d'ordre ionique, qui est à Kphcse; Fhiléos sur celui de Minerve qui est d'ordre ionique, à Priène; Ictinus et Carpion sur ua autre temple de Minerve, aussi d'ordre ionique, qui eçt à Athènes; Théodorius, Phocéen, sur la coupole qui est à Delphes; Philon sur les proportions des temples et de l'ars'mal qui était au Pirée; Ilermogène sur le temple de Diane, qui est pseudodiptôre et d'ordre ionique, en Magnésie, et sur celui de Bacchus, qui est monoplère, en l'ile de Téos; Argelius sur les proportions de l'ordre corinthien et sur le temple d'Esculapo, qui est d'ordre ionique, et que l'on dit avoir été fait de sa propre main, dans le pays des Tralliens. Enfin Saljrus et Phyteus écrivirent sur le Mausolée, auqui-l ils ont travaillé avec tant de succès que cet ouvrage a mérité l'approbation de tous les siècles qui ont loué et admiré l'art incomparable (pi'ils y ont employé. Léocharès, Briaxès, Scopas et Praxitèle, et, scion (|uelques-uiis, Tiniothéi', ornèrent cet édifice à l'envi l'un de l'autre. (Chacun d'eux entreprit une des faces, et leur ouvrage fui trouvé si parfait, que cet édifice a été mis au nombre des sept merveilles du monde. Il y a encore eu d'autres artistes
moins célèbres qui ont écrit sur les proportions, savoir : Mexarls, Théodicès, Démophilos, Proclis, Léonidès, Silanion, Mélampus, Samacus, Euphranor. Ceux qui ont traité des macliines sont Diadès, Archytas, Arcliiniède, Ctésibius, Nymphodorus, Philon de Byzance, Diphilos, Charidas, Polydos, Pyros, Agésistiates. » Tous les ouvrages d'architecture dont parle Vitruve sont perdus aujourd'hui.
L'architecture aussi bien que les arts qui en dépendent, la sculpture et la peinture, était une profession excessivement respectée en Grèce, et qui, par conséquent, devait être exercée exclusivement par des citoyens. Tout ce qui touche à l'art était intimement lié à l'idée de la patrie et à l'idée religieuse, ce qui était la même chose, puisque le dieu était invoqué comme protecteur de la cité. Le sculpteur observait dans les gymnases les mouvements des athlètes, et l'architecte, exercé à la pratique de la géométrie et des mathématiques, était l'ami des philosophes et comptait parmi les gens les plus instruits de la cité. Il était également lié avec l'homme d'État, car la construclien d'un édifice n'était pas une affaire de luxe ou de caprice, mais une affaire publique et vraiment nationale, à laquelle tout le monde s'intéressait puisqu'on croyait que la beauté d'un temple pouvait attirer sur la ville qui l'avait élevé une protection plus efficace.
Les arts, placés sous la protection spéciale des dieux, attiraient de grands honneurs à ceux qui les pratiquaient avec éclat. Ce n'étaient pas seulement des récompenses honorifiques, comuic la proclamation au théâtre ou dans les jeux publics du nom de l'artiste jugé le plus iiabile, la couronne décernée par le peuple, etc.; il y avait encore des avantages positifs. Dans le recueil des lois d'Athènes, nous voyons : « Que le plus habile dans chaque art soit nourri au prytanée et qu'il occupe la première place. »
La nourriture au prytanée était souvent accordée au père, aux enfants, quelquefois même aux descendants à perpétuité de celui qu'on voulait honorer. « Quand Polygnote eut peint à Delphes la prise de Troie, dit Emeric David, les amphictyons lui firent des remerciements solennels et décrétèrent q l'il aurait sa nourriture dans tous les prytanées de la Grèce. Il reçut des Athéniens le droit de cité. » Quelquefois aussi on élevait aux artistes une statue à côté du chef-d'œuvre qui le avait illustrés.
Le style pélasgique. — Les Grecs attribuaient aux Cyclopes les anciennes constructions qui couvraient le sol de leur pays et dont ils
L'ARCHITECTURE GRECQfE. 417
ignoraient l'origine. Comme des ruines du même genre se retrouvent en Asie Mineure, en Italie, et dans tous les pays anciennement occupés par les Pélasges, on leur donne aujourd'hui le nom de monuments pélasgiques. Ces constructions se composent d'énormes blocs de pierre de forme polygonale irréguliùre, posés les uns sur les autres. Toutefois cette manière de bâtir a subi d'importantes modifications suivant les époques et on y distingue plusieurs périodes. Les murailles les plus anciennes, par exemple celles de Tirynthe, se composaient de quartiers de rochers à peine dégrossis; des pierres de petite dimension remplissaient les interstices que les grands blocs avaient laissés entre eux. On vit ensuite des pierres polygonales assemblées avec un grand soin, et parfaitement reliées entre elles, quoique sans ciment; mais elles étaient toujours de forme et de grandeur irrégulières, quoique taillées avec une certaine précision.
Les Pélasges ne connaissaient pas l'équerre. Aiistote nous apprend qu'ils se servaient d'une règle de plomb qui se pliait à la configuration générale de chaque grand bloc, pour en tracer l'épure et le tailler. Les murs de Mantinée fournissent un exemple de cette seconde période où les pierres sont taillées au lieu d'être brutes. Les murailles de Mycènes, de Platée et de Chéronée nous montrent la forme la plus perfectionnée de l'appareil pélasgique. Les pierres commencent à prendre la forme quadrangulnire et à se ranger par assises horizontales.
Les portes qui donnaient accès à travers ces murailles ne sont pas toutes de la même forme. Quelquefois elles sont ogivales comme on le voit dans la galerie de Tirynthe (tome 1, fig. 383), ou dans l'acropole d'Arpinum, en Italie (tome 1, fig. 030), et alors elles sont bâties en encorbellement. Dans d'autres cas, elles ont la forme d'une pyramide tronquée, comme dans la porte de Norba (tome I, fig. 62/i), ou dans celle du trésor des Atrides à Mycènes (tome 1, fig. 387). Dans cette dernière, l'architrave placée au-dessus de la porte est surmontée d'une ouverture triangulaire, formant un vide et faisant ainsi roflice d'un arc de décharge. Mais les portes les plus communes et les plus anciennes se composent simplement de deux blocs formant des jambages, ou des montants, soit perpendiculaires, soit inclinés, et surmontés d'une énorme pierre. La porte des lions à Mvcènes présente un exemple de ce genre de construction (tome 1, fig. 384).
Cette porte, si curieuse sous tous les rapports, nous offre le seul spécimen connu do lornementation appliquée à l'archilecturc pélasgique. Cette ornementation sert de décoration ;\ des colonnes, Rcnre de III. ^3
Support, qui ne paraît pas du tout avoir eu, à cette époque, l'importance qu'il a prise plus tard dans la période hellénique. Les colonnes dont la construction se rapporte à l'âge héroïque s'éloignent complètement des types qui constituent l'art grec proprement dit et se rattacheraient plutôt au style oriental. Elles reposent sur une base circulaire composée d'un socle et d'un tore allongé; le fût, fortement
Fig. Ô3Ô. — Base d"uno culonnc au trésor d'Aliuu.
conique, est orné de chevrons dont la surface est occupée par des spirales (fig. 555.)
Le style hellénique. — 11 est difficile de dire au juste à quelle époque a commencé en architecture la période qu'on a ap])cléc hellénique, mais son plus grand développement répond au temps qui a suivi immédiatement les guerres médiques. Les matériau\ qui furent alors employés pour la construction des édifices sont des calcaires dur^-. et des marbres magnifiques, dont la Grèce et les îles qui en dépendent fournissent de riches carrières. Les pierres dans chaque assise présentent la même élévation et sont d'une forme quadrangulaire à arêtes
L'AKCHITECTURE GHECQUE. il9
vives. On trouve dans la disposition des pierres des combinaisons différentes; mais, en général, dans les belles constructions grecques, les joints verticaux retombent sur le milieu de la pierre correspondante dans l'assise inférieure et l'assise supérieure. Il reste peu d'édifices en briques qu'on puisse attribuer avec certitude à cette époque; le palais de Mausole à Halic;irnasse était en briques; mais les faces extérieures des murs étaient revêtues de marbre.
Cette période, qui est la plus brillante de Tarchitecture grecque, a fait, depuis la Renaissance, le sujet d'études sans nombre, et elle est considérée comme classique dans nos écoles. 11 est donc nécessaire d'entrer ici dans quelques détails.
On distingue dans une construction les supports et les parties supportées; un mur est un support continu, un pilier est un support isolé. Le pilier est un massif vertical à plans carrés qui supporte une charge de ma(;onnerie. (jiiand, au lieu d'être isolé, il est engagé dans la muraille, on le uonmie i>ila.stre, et quand il est isolé et arrondi, c'est une colonne. Le tronc d'arbre est l'image et le type de la colonne. 11 est |)lus large au niveau du sol, et va en diminuant à mesure qu'il s'élève; la colonne fait de même, et sa forme conique est d'autant plus accentuée qu'elle se rapporte à une époque plus ancienne. Mais si la colonne est plus large à sa base pour supporter son propre poids, elle s'élargit à son sommet pour porter la charge qu'on lui impose; de là le chapiteau, qui est l'éva.si ment de la colonne dans sa partie supérieure. Ainsi une colonne se compose de deux parties qui sont : le fut ou le tronc, et le chapiteau. A ces deux parties essentielles, les architectes grecs en ont souvent ajouté une troisièuif (|ui est la base, sorte de plateau plus large sur lequel porte le fut; mais celle-ci ne dérivant pas des nécessités de la construction ne se trouve pas sur une foule de monuments, dans les temples de l'ordre dorique par exemple. La colonne sans base parait plantée sur le sol, et c'est ce qui lui donne un air de force et de solidité, tandis que les architectes qui ont voulu exprimer l'idée de richesse et d'élégance ont posé la eoloiuu' sur une base. Des colonnes de la même liautem- peuvent paraître très-massives ou très-élancées suivant qu'elles ont une largeur diiïérentc.
Pour couvrir l'espace qui sépare une colonne il'une autre, il fallait ou des pierres horizontales assez grandes pour aller d'un point d'appui à un autre, ou des poutres. On appelle architecture en plate-bande celle qui procède de cette fa(;on. C'est celle dont se sont servis les Grecs. Ils n'ont lias employé l'arcade coiiimi' les Itomains, et quaiul on trouve
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en Grèce un monument à arcades on peut en conclure qu'il a été bâti du temps des Romains. Le système de plates-bandes est également celui qui est usité dans les monuments égyptiens et asiatiques, mais ces derniers se terminaient par une terrasse. La nécessité de faire écouler les eaux pluviales a porté les Grecs à faire des toits inclinés, doù résulte le fronton triangulaire. A mesure qu'on avance vers le nord il est nécessaire d'avoir des toits très-inclinés; en Grèce ils le sont à peine et le fronton dessine par en haut un angle trèsouvert.
« La méthode que les ouvriers ont suivie de tout temps est, dit Vitruve, qu'ayant posé leurs poutres sur les murs, de telle sorte que du dedans du mur elles passaient jusqu'au dehors, ils remplissaient de maçonnerie les espaces qui sont entre chaque poutre pour soutenir la corniche et le toit qu'ils embellissaient de ce qu'il y a de plus délicat dans leur art ; après cela le bout des poutres qui sortaient hors du mur était coupé à plomb, et comme cela ne produisait pas, selon eux, un effet assez agréable, ils clouaient sur ces bouts de poutre coupés de petits ais taillés en la manière que nous voyons les triglyphes, qu'ils couvraient de cire bleue pour cacher ces coupures qui offensaient la vue; et c'est de cette couverture des bouts de poutres qu'est venue la disposition des triglyphes, des métopes et des intervalles qui sont entre les poutres dans les ouvrages doriques. »
Les portes et les fenêtres allaient en se rétrécissant vers le haut, et inclinaient ainsi vers la forme pyramidale. Nous avons malheureusement bien peu d'exemples de portes et de fenêtres dans les monuments qui nous restent des Grecs. Le temple d'Érechthée pourtant nous offre un précieux modèle de portes. Comme l'ordre ionique comporte un entre-colonnement plus large que le dorique, l'ouverture de la porte est également plus large et le rétrécissement du haut plus modéré. Les moulures qui forment Tencadremeut sont imitées de celles de l'entablement de l'édifice et les palraettes qui ornent le chapiteau des antes-sc retrouvent sur la corniche, qui est soutenue par deux élégantes consoles. L'usage de rétrécir légèrement les portes par le haut se retrouve également à Rome jusqu'à la fin de la république et on en voit un exemple dans le temple de Vesta, à Tivoli. Mais déjà dans le Panthéon d'Agrippa la porte se dessine par des montants perpendiculaires, et la forme rectangulaire fut celle qui domina sous l'empire. D'autres fois, comme aux thermes de Dioclétien, les fenêtres consistaient en ouvertures cintrées par le haut.
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La polychromie des monuments anciens a donné lieu de nos jours il trois systèmes : ceux qui la nient, ceux qui la voient partout, ceux qui ne l'admettent que dans certaines parties. M. Beulé incline à croire que la polychromie a pu varier suivant les époques, qu'on a commencé par tout peindre, puis qu'on est devenu plus discret quand s'est introduit l'usage des beaux marbres, puis qu'on a fini par ne plus peindre et se conienter d'ornements sculptés.
Quoique la polychromie des édifices antiques ne soit plus contestée en principe, l'habitude que nous avons d'un climat pluvieux, qui rend nos monuments ternes et noirâtres, fait que nous nous faisons didicilenient à l'idée des couleurs brillantes dont l'architecture des Grecs aimait à se parer, et quelques-uns vont jusqu'à accuser les Grecs d'avoir eu sous ce rapport un goût barbare. II serait plus simple de dire qu'il y a des relations de tons qui nous échappent, mais dont la réalisation nous enchanterait sans doute comme elle a enchanté les Grecs.
Le système de la polychromie complète a été soutenu avec beaucoup de chaleur par M. Ilitlorf. (( De la connaissance certaine que les premiers temples des Grecs étaient de bois, dit M. Ilitturf, et leurs premières idoles venues d'Egypte de la môme matière recouverte de couleurs conservatrices, je concluais que le besoin de la conservation des sanctuaires devait leur faire appliquer des couleurs analogues à celles des images qu'ils étaient destinés à recevoir, afin que les temples et les idoles pussent offrir, avec une durée égale, un aspect concordant. » S'appuyant sur un passage de Vitruve oii on parle de cire bleue appliquée aux trigiyphes dans les constructions en bois, le même auteur eu conclut « que si cet ancien usage d'étendre sur le bois une peinture à la cire avait indubitablement continué à être appliqué aux parties des temples oii le bois n'avait pas cessé d'être employé, cet usage avait du être transporté aussi sur les parties en pierre et en marbre imitées de la charpente, par suite di; l'influence certaine de la tradition religieuse et du sentiment d'une harmonie nécessaire entre les détails et le tout, sur l'ensembli! des édifices ».
Sans aller aussi loin que M. Hittorf, M. Beulé a donné sur l'application de la couleur aux édifices des explications qui semblent de nature à satisfaire tout le monde. « Il n'y a que peu d'années, dit M. Beulé, personne ne se doutait que les temples grecs eussent été peints et les premières découvertes des archilecies n'ont rencontré d'abord que des iucrcdulcs. Aujourd'hui, l'on veut voir de la couleur
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partout, et l'on n'admet pas qu'une seule surface soit restée blanche. » Un peu plus loin il ajoute : « 11 est facile de comprendre pourquoi les couleurs qu'employaient les Grecs sont si peu variées, et pourquoi leur alliance est si franche. Excepté les triglyphes, les ornements peints sont si petits et si délicats, qu'ils seraient invisibles à leur hauteur, si des oppositions vigoureuses ne les détachaient les uns des autres. C'est ce que ne considèrent point assez ceux qui sont choqués de la dureté des tons. Ils étaient adoucis par la distance et la proportion. »
Les ordres. — Les Grecs, et après eux les Romains, ont soiiniis Tarchitecture à des règles fixes et rationnelles. On entend par ordre, ou ordonnance, l'arrangement régulier des parties saillantes, parmi lesquelles la colonne joue le principal rôle. Tout ordre grec comprend trois parties distinctes : 1° un stylobateou soubassement qui forme une sorte de piédestal continu à un rang de colonnes par exemple; 2° une colonne; 3" un entablement qui est la partie placée au-dessus de la colonne. Enfin on appelle fronton la partie triangulaire qui marque l'inclinaison des deux faces de la toiture. Ces diverses parties furent décorées de moulures, ou ornements en saillie, dont la forme varie suivant l'ordre auquel elles appartiennent.
Les proportions des ordres sont fondées sur une unité de mesure qui est le diamètre inférieur de la colonne, dont la moitié prend le nom de module, et on a divisé le module en parties qui portent le nom de minutes. Mais les exemples que nous a laissés l'antiquité présentent entre eux des différences qui empêchent qu'on puisse déterminer d'une manière tout à fait absolue les proportions qui répondent à chacun des ordres. .
Il y a trois ordres grecs : le dorique, l'ionique et le coriniliien.
L'ordre dorique des Grecs a pour caractère la force et la gravité. La colonne, dont le fût est orné de larges cannelures peu profondes, est dépourvue de base et repose directement sur le sol. Sa forme conique, très-prononcée à l'origine, lui donne une apparence de force et de solidité. Le chapiteau est une espèce de tète capable de mieux supporter le poids de l'architrave. L'origine de l'architrave parait avoir été une grande poutre placée horizontalement et sur laquelle s'appuyaient les solives du plancher figurées par les triglyphes.
La partie placée entre les colonnes et le fronton prend le nom d'entablement et comprend : 1" l'architrave, plate-bande qui repose immédiatement au-dessus des chapiteaux; 2° la frise, qui est décorée
L'ARCHlTECTUnE GRECQUE.
de triglyphos, ornement rectangulaire composé de canaux taillés verticalement, l'espace compris entre les triglyphes prend le nom de métope et est souvent orné de bas-reliefs; 3° la corniche qui termine l'entablement et porte le fronton. Cette corniche forme une saillie extérieure qui met l'édifice à Tabri de la chute des eaux. Les modillons et les mutules soutiennent immédiatement le toit, et leur plan incliné indique leur ancienne destination (fig. 556).
C'est ainsi que, dans le temple primitif, tout semble avoir été combiné pour le besoin et non pour la décoration. « Ce n'est point au plaisir, ditCicéron, mais à la nécessité que nous devons le fronton du Capilole et ceux de nos temples. Le besoin de l'écoulement des eaux en a suggéré la forme; cependant la beauté en est si grande et elle est devenue si nécessaire aux édifices que si l'on bâtissait un Capitule dans l'Olympe, où il ne saurait y avoir de pluies, il faudrait encore lui donner un fronton. »
Le chapiteau dorique est très-simple et nettement défini; il comprend trois parties principales : l'abaque qui demeure toujours carré, l'échiné qui présente une forme arrondie, et les annelets placés juste au-dessus du fut.
Vitruvc attribue l'invention de l'ordre dorique à Dorus, fils d'ilellen, roi de l'Achaïeetdu Péloponnèse. « Le fils d'ilcllenus, dit-il, et de la n\m|)he Optix ayant autrefois fait bâtir un temple à Junon, dans la ville d'Argos, le temple se trouva par hasard bAii de cotte manière qu'on appelle dorique. » Toutes les fois que la tradition nous rapporte, sur l'origine d'une .science ou d'un art, un récit fabuleux la seule conclusion que nous puissions en tirer, c'est que cette origine se rattache à une trèsliaule antiquité. S'il est impossible d'en ni:M(]uer l'épixiiie à une date
Vig. 5V5.
Culoono d'anglo du Patthânoti.
fixe, on peut du moins connaître approximativement pendant quelle période de l'histoire une suite de combinaisons successives, de tentatives réitérées a, peu à peu, élaboré cet art ou cette science. On peut également suivre par induction quelle a pu être la marche de ses premiers tâtonnements.
On peut écarter, a priori, la tradition rapportée par Vitruve qui veut qu'un temple se trouva, « par hasard bâti de cette manière qu'on appelle dorique ». En fait d'art rien n'est dû au hasard. On peut aussi, avec presque autant de certitude, affirmer que l'ordre dorique n'est pas dû à un inventeur qui l'aurait conçu formé de toutes pièces, et on n'a même aucune raison historique pour supposer qu'il ait pris naissance dans la Doride, plutôt que dans une autre partie de la Grèce. Les temples de l'Italie méridionale, aussi bien que ceux de la Sicile et de la Grèce proprement dite, sont empreints d'un caractère qui atteste les mœurs et le génie des races grecques : les transformations que l'architecture y a subies se sont opérées d'après des besoins qui étaient les mêmes partout et qui ne se rattachaient pas à une province en particulier.
On a voulu voir dans les monuments de l'ancienne Egypte le type primitif dont l'ordre dorique ne serait qu'une transformation. Cette opinion vient du rapport ([non a trouvé entre les colonnes de cet ordre et les colonnes cannelées de quelques vieux édifices égyptiens, celles que ChampoUion a appulées pi'oto-doriques, et qui se trouvent dans les hypogées de Beni-Hassan, à Amada, à Karnac et à Bet-Oualli. Mais cette analogie de formes entre les fûts des colonnes grecques et égyptiennes est tout à fait insullisante, puisipron ne trouve aucune ressemblance entre le chapiteau et l'entablement. Si l'on tenait à trouver quelque analogie entre les monuments de la Grèce et ceux de l'Egypte, ce serait plutôt dans le chapiteau corinthien qu'il faudrait la chercher.
C'est généralement dans les anciennes constructions en bois que les critiques modernes cherchent les origines de l'ordre dorique. La plupart d'entre eux admettent en effet que le temple primitif des Grecs était une simple imitation de la cabane. Ce système, incontesté lorsqu'il s'agit des constructions lycicnnes, où l'imitation par la pierre d'un type primitif en bois est absolument palpable, a néamnoins trouvé de nos jours des contradicteurs très-sérieux, quand on veut l'appliquer au dorique grec-, toutefois c'est, parmi les hypothèses émises à ce sujet, celle qui, encore aujourd'hui, rallie le plus de partisans.
Jusqu'au commencement de ce siècle nous n'avons guère connu la Grèce que par les monuments romains. Aujourd'hui des protestations s'élèvent de toutes parts contre l'enseignement de l'antiquité telle que l'avaient comprise les trois derniers siècles. Un élégant écrivain, M. Vitet, s'est fait l'interprète de ces sentiments : « Tout se lie, dit-il, tout se tient, architecture et poésie. Combien voilà-t-il de temps que nos yeux se sont accoutumés à la majestueuse rudesse de l'ordre dorique? Que d'hésitations, que de tâtonnements avant d'en venir là! Ce proéminent chapiteau, ombrageant de son vaste tailloir un coussinet rustique, au galbe épais, fuyantet aplati, ces cannelures aiguës, ce fût conique descendant jusqu'au sol sans base ni talon, sans cothurne ni sandale, depuis quand sentons-nous que c'est là de l'art grec et de la vraie beauté? L'ordre dorique promulgué par Vitruve, tel que sar sa parole on l'enseigne depuis trois siècles, a-t-il la moindre ressemblance avec celui-là? Support banal, maigre colonne, chapiteau froid et effacé, tailloir timide et Sjus saillie, traduction romaine, en un mot, d'un admirable texte grec, tout est amoindri, tronqué, défiguré dans le dorique de Vitruve, et pourtant, ([uand \iiruve écrivait, les grands modèles étaient debout. Depuis I\Tslum et Sélinonte jusqu'au fond de la mer Egée, on n'avait qu'à choisir. Tout le sol hellénique était encore couvert des types du dorique véritable. Vitruve n'en dit rien. Pas un mot de ces vieux chefs-d'œuvre, pas même du plus jeune, du plus brillant de tous, du Parthénon ; il n'a pas l'air de savoir qu'il existe. »
L'ordre ionique, d'un caractère moins austère mais plus élégant que le dorique, se distini^ue par sa base et par son chapiteau orné à SOS angles de grandes volutes : le fût des colonnes présente ordinairement vingt-quatre cannelures, mais ces cannelures, au lieu d'être, comme dans le dorique, séparées par une vive arête, le sont par une côte formé d'un listel. La forme conoide des colonnes est beaucoup moins prononcée que dans le dorique et l'entre-colounemcnl est généralement plus large. Les proportions de l'architrave étant changées, rentablciiuMit devait se modifier aussi, et prendre un caractère plus léger puisque le support était plus svelle. La mesure de l'urchitravo est différente et pour paraître moins lourde elle est divisée en bandes plates et généralement lisses. Celle du haut est ornée d'un rang de perles et se termine par une moulure décorée de raies-tle-cœur, et surmontée d'un listel. La frise n'est pas divisée, comme dans l'entablement dori([ue, en triglyphes et en métopes, et la corniche est composée m. 54
d'un larmier et d'une cymaise où l'on retrouve les oves et divers ornements.
Le chapiteau ionique est caractérisé par un abaque plus petit que celui du dorique et souvent enrichi d'oves. Les volutes grecques sont reliées entre elles par un rebord qui décrit une courbe gracieuse. Cette courbe toutefois n"existe pas toujours (fig. 557).
Les oves, les fers de lance, les perles, les tresses sont les ornements les plus habituels au chapiteau ionique, beaucoup plus riche et plus orné que le chapiteau dorique.
Fig. 557. — Chapiteau ionique du temple do la \'ictuire Aptère.
C'est dans les monuments d'Athènes que les colonnes ioniques ont la base la plus heureuse, celle qu'on a appelée base attiquc. Elle se compose de deux tores d'inégale grandeur séparés par une scotie, moulure concave placée entre les filets du tore supérieur et du tore inférieur. L'ombre projetée par la saillie du tore supérieur jette de la variété dans l'ensemble et empêche la monotonie. Le tore supérieur du temple de la Victoire Aptère est orné de filets. Dans le temple d'Érechthée on voit des tores décorés d'une tresse. Cette base, qui dans les monuments d'Athènes est simplement ronde et semble un coussin sur lequel repose la colonne, s'augmente, chez les Grecs d'Asie, d'un socle carré qui fut adopté par les Romains. La base que Vitruve donne pour règle se trouve dans le temple d'Apollon Didyméen à Milet.
Vitruve nous dit que des colonies venues de Grèce apportèrent en .\sie le style dorique déjà en usage dans la mère patrie. « Quelque temps après, ajoute-t-il, voulant bâtir un temple en l'honneur de Diane,
LARCHITECTUKE GRECQUE. 427
ils chcrchijrcnt quelque iioiiveile manière de proportionner leurs colonnes, et en suivant les mêmes principes qui les avaient déjà guidés, ils leur donnèrent cette fois la délicatesse du corps d'une femme. Premièrement, ils firent le diamètre de la colonne de la huitième partie de sa hauteur, afin quelle s'élevât plus agréablement; ensuite, ils s'avisèrent d'y mcllre des bases en manière de cordes entortillées, pour être comme la chaussure, et taillèrent des volutes aux chapiteaux pour représenter cette partie des cheveux qui pend par boucles à droite et à gauche; les cymaises et les gousses étant comme des cheveux arrangés sur le front des colonnes. Us firent aussi des cannelures tout le long du tronc, afin d'imiter les plis des robes, et ils inventèrent ainsi deux g(;nres de colonnes, imitant dans les unes la simplicité nue et négligée du corps d'un homme, et dans les autres la délicatesse et les ornements de celui d'une femme. »
Ainsi, d'après Vitruvc, l'ordre dorique existait déjà dans les villes grecques de l'Asie, lorsqu'on « s'avisa d'y mettre des bases ». C'est en eiïet dans la hase, autant ([lie dans les volutes du chapiteau, qu'on pouirait chercher une irilluence asiatique. On a remarqué que la base des colonnes augmente en importance à mesure qu'on s'avance vers l'Orient; elle se charge de plus en plus d'ornements, et dans certains monuments de l'Inde, elle a plus d'importance que le fût lui-même.
Quelques écrivains ont voulu voir dans le proto-ionique l'origine du chapiteau ionicjue des Grecs, qui viendrait ainsi de la Perse et de l'tjricnt. Les colonnes de certains monuments d'A>ie offrent en effet des volutes, mais ce qui constitue en pni[)ie un ordre comme l'ont entendu les Grecs, c'est bien moins reni|)loi particulier d'un ornement qu'un ensemble rhythmé de formes et do proportions. Nous pouvons donc, si l'on y tient, trouver un emprunt dans quelques formes rudimeutaires employées i)ar les Grec-, mais l'emploi en est tellement dilTéient qu'il constitue une création véritable.
Il est certain néanmoins (|uc l'ordre ionique, employé trôs-fréquemmenl dans les villes grec(iues de l'Asie Mineur(\ l'est au contraire assez rarement dans la Grrce d Kurope, et encore moins dans la Grande Grèce et la Sicile. On peut donc eu conclure (pi'il est originaire de la Grèce d'Asie, et (|ue le goiil de l'ancienne population a pu contribuer à son développement, mais il est tellement une expression particulière du génie grec, que les plus grands chefs-d'œuvre, dus à l'emploi do l'ordre ionique, se placent à Athènes à côté des plus grands chcfsd'dHivre de l'ordre dorif|iie.
i28 L'ARCHITECTURE.
Le Irait le plus caractéristique de la colonne ionique est dans les volutes du chapiteau. Nous avons vu que Vitruve en cherche l'origine dans les boucles de [cheveux qui encadrent la figure dune femme.
D'autres y voient l'imitation des cornes de bélier, qu'on suspendait primitivement aux colonnes des temples après le sacrifice. C'est cette opinion qui a fait penser à quelques écrivains que ce genre d'ornement avait eu sa source dans les autels ou les monuments funéraires. On a dit aussi que la volute rappelait les copeaux que le charpentier avait enlevés dans un poteau de bois; enfin il y en a qui ont voulu trouver le principe de la volute dans l'enroulement d'une draperie, ou dans la spirale d'un coquillage.
L'ordre corinthien exprime surtout l'idée de richesse et de magnificence. La base de la colonne a beaucoup de rapport avec celle de l'ordre ionique, mais le fût est généralement plus élancé et le chapiteau est toujours beaucoup plus élevé.
La partie inférieure du chapiteau corinthien est ornée de feuilles d'acanthe et la surface supérieure rehaussée de palmettes : il est couronné de volutes et surmonté d'un abaque dont les côtés sont concaves.
Le chapiteau corinthien a la forme d'un vase sans renflement ou d'une cloche renversée. C'est cette forme primordiale, et non le feuillage qui la recouvre, qui en constitue le principe, car la décoration en est prodigieusement variée dans les détails, tandis que l'ensemble reste partout le même.
Le grand développement de l'ordre corinthien répond dans l'histoire à la période macédonienne. Le plus ancien exemple qu'on connaisse de l'application de l'ordre corinthien à un édilice est le monument choragique de Lysicrate à Athènes. Dans ce petit édifice circulaire le chapiteau des colonnes présente à sa partie inférieure une rangée de petites feuilles lisses comme des feuilles d'eau et surmontées de feuilles d'acanthe. Puis d'autres feuilles se montrent sous les volutes de l'angle, tandis que des liges se contournent et s'enroulent en supportant une palmelte qui forme le milieu de l'abaque. Le fût des colonnes est cannelé et elles ont une hase ronde sans plinthe, composée de deux tores et d'une Ecotie. L'architrave, divisée en trois bandes, est surmontée d'une frise enrichie de sculptures, dont les sujets se rapportent à l'histoire de Bacchus. La corniche est remarquable par l'emploi des denticules.
L'AKCHITECTURE GRECQUE.
La jolie légende racontée par Vitruve sur l'origine du chapiteau corinthien (fig. 558) n'a peut-être pas une grande valeur historique, mais elle mérite d'être rapportée : « Une jeune fille de Corintlie, prête à se marier, mourut subitement. Lorsqu'elle fut inhumée, sa nourrice alla porter sur son tombeau, dans un panier, quelques petits vases, ([ue cette jeune fille avait aimés pendant sa vie, et, afin que le temps ne les gâtât pas aussi promptement en les laissant à découvert, elle mit
Chapiteau corinthien du monument do Lysicralo.
une tuile sur le paiinr, (lu'rlle posa par hasard sur la racine d'une plante d'iicniillie. Il arriva, lorsqu'au piiiilrmps li's feuilles et les tiges coumicn(;aient à sortir, (pic le p;inier, qui éliiit au milieu de la racine, fit élever le long de ses côtés les tiges de la plante qui, rencontrant les coins de la tuile, furent contraintes de se recourber en leurs extrémités et produisirent le contourni'meiil des volutes. Le sculpteur <',allima(|ue, que les Athéniens appellent Catatechnos, à cause de la flélicatesseet de l'habileté avec lesquelles il taillait le marbre, passant auprèsde ce tombeau, vit le panier et la manitTC dont les feuilles naissantes ra\ aient environné. Celte forme nouvelle lui plut infiniment, et
il en imita la manière dans les colonnes qu'il (it depuis à Corinthe, établissant et réglant sur ce modèle les proportions et la manière de l'ordre corinthien. »
L'antiquité grecque nous a laissé des monuments dans lesquels le fût de la colonne est remplacé par une figure : c'est ce qu'on appelle ordre persique, quand c'est une figure d'homme, et ordre cariatide
■-'■■''■^^sÊkiMÉi
Fig. 559. — AUaule.
quand c'est une figure de femme. Le Pandrosion d'Athènes nous oiïre en fait de cariatides un merveilleux modèle, où l'entablement repose sur de gracieuses jeunes filles. On peut également en voir un très-bel exemple dans l'Atlante que représente la figure 559.
L'onNEMENT. — Si les grandes lignes qui accusent un monument sont la marque essentielle de son architecture, les ornements qui le décorent, bien qu'ils semblent appartenir au domaine de la sensation
plutôt qu'à celui de l'intelligence, montrent tout aussi nettement Vesprit de la race qui les a connus et le cercle d'idées dans lequel il se meut. Dans l'architecture grecque, le rhythmc, c'est-à-dire la proportion et le rapport des parties avec le tout, est ce qui nous frappe tout d'abord. Mais ce qui contriijue à nous faire voir le monument tout d'une pièce, cest le rôle que l'ornement y joue. Il accuse la construction et ne la dénature jamais; il ne parait pas comme une addition, mais comme une afTirmation : il n'est pas seulement une parure, il est un lien entre les parties. 11 a le pouvoir d'être sobre parce qu'il est toujours signilicaiif. Voyez la frange délicate qui borde le vêtement des femmes grecques : elle aide à faire comprendre les plis de la robe, qui, eux-mêmes, expliquent la démarche cl la tournure du personnage. Voyez maintenant un châle de Ilnde, tout couvert de ses précieux dessins : la richesse des teintes réjouit l'œil et le captive, mais le châle fait oublier la femme. Il en est de même dans les ornements d'un édifice grec si on les compare à ceux des monuments indous.
Mais ce n'est pas tout : l'ornement grec, comme s'il sentait qu'il n'est pas une vaine superlluité, s'impose à la mémoire en procédant par répétitions. Une idée a plus de force lorsqu'elle est exprimée en vers que lorsqu'elle est dite en prose : elle frappe davantage, et ce qui le prouve c'est que les écoliers retiennent plus facilement les vers que la prose. C'est que la répétition de sous imposée par la rime frappe l'oreille en même temps que la cadence du rhythme a frappé l'esprit. 11 en est de même de l'ornement répété qui allirme une forme et multiplie son anirmalion sur toute l'étendue de l'édifice. Mais le poëte croise ses rimes, il alterne les rimes féminines avec les rimes masculines et évite ainsi la monotonie. De môme l'architecte grec oppose par une savante alternance une forme douce à une forme impérieuse, une ligne courbe à une ligne aiguë, l'ove au fer de lance. Dans les palmettes, un groupe de feuilles aiguës et recourbées en dehors alterne avec un groupe di' feuilles arrondies et recourbées en dedans; dans le chapelet, les corps ronds et ovales semblent enfilés alternativement, et, pour mieux marquer l'opposition, deux amandes en hauteur se placent entre chaque olive en largeur. Si les postes présentent un enroulement de formes arrondies courant l'une après l'autre, comme si c'était l'image des flots de la mer, les lignes impérieuses des méandres s'affirment avec une gravité processionnelle. Les entrelacs s'enlacent comme les tresses d'une chevelure, les gouttes ou les (lenticules pré-
sentent des formes de cristaux, et partout dans l'ensemble de l'ornementation architectonique, on trouve la plus capricieuse variété obéissant à un système réfléchi et pondéré.
Pour donner l'animation à son monument l'architecte appelle à son aide le sculpteur et le peintre. Au milieu des grandes combinaisons symétriques de l'ensemble, les feuillages, les plantes, les animaux, les figures viennent, dans les chapiteaux, dans les frises, dans les frontons.
l'ig. 500. — Palmotto du P.irlhénon.
dans les métopes, rompre les lignes implacables et les formules géométriques. Chaque objet, chaque individu trouve sa place, et concourt à la richesse de l'ensemble sans en altérer l'unité.
Les profils de l'architecture grecque, si saillants et si hardis qu'ils puissent être, présentent toujours un balancement harmonieux. Une moulure délicate accompagne toujours une moulure largement accentuée. S'il y a une partie creuse et fouillée, on trouvera à côté une saillie légère et finement travaillée ; partout les formes capricieuses se jouent à côté des formes graves et réfléchies. Les moulures, quoique extrêmement variées, peuvent se rapporter à quelques types élémentaires: tels
que le filet ou listel, uiouiure carrée qui ressemble à une règle; la baguette, moulure cyliiidroide ; réchine, moulure convexe qui présente une portion de courbe; le cavet, ou échine renversée, moulure concave; le talon, convexe en haut, concave en bas; la doucinc, concave en haut convexe en bas. Ces moulures sont quelquefois lisses et quelquoTois enrichies d'oi uernents.
L'antéfixe ét;iit un ornenieut placé le long d'un entablement, au dessus di' la corniche, pour marquer l'extrémité des tuiles. Les antéfixes étaient quelquefois en marbre, mais plus souvent en tern' cuite. Elles remplissaient quelquefois li' même office que les gargouilles au moyeu âge et servaient pour l'écoulement des eaux pluviales du loit. Dans ce cas-là elles étaient percées d'un trou. On en voit un grand nombre dans les col-