III
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Les antéfixes, étant en même temps chargées de participer à la décoration du monument, devaient naturellement s'accorder avec le style des édifices dans lesquels elles étaient employées. Nous reproduisons, dans les figures 560 et 561, deux antéfixes en marbre qui sont extrêmement célèbres, et qu'on propose souvent pour modèles dans nos écoles. La première provient du Parthénon, et la seconde du temple de la Yicto're Aptère, à Athènes.
Pour donner pa'^sage à la pluie et faire déverser les eaux du toit dans la cour ou dans la rue, on employait souvent des fêtes d'animaux et surtout des tètes de lion. Le duc de Luynes a rapporté de Métaponte un de ces niascarons de lion, qui est maintenant à la bibliothèque et qu'on peut considérer comme un des modèles du genre (fig. 562).
Les gargouilles, auxquelles les sculpteurs du moyen âge donnaient si volontiers la forme d'un diable ou d'une bête fantastique, revêtent assez souvent celle de masques scéniques dans l'anliquité. Ces masques en terre cuite, en marbre, ou dans toute autre substance, avaient habiluellement un caractère grotesque, comme on peut le voir sur la figure 563. Un des traits caractéristiques de l'ornement grec, c'est que les différentes parties d'un enroulement naissent les unes des autres en une
r>(j3. — M;isqae-p;irf;uiiili
Fig. .564. — Ornement tiré du monumont cliuragiqne de Lysicratc, à Athènes.
ligne continue, comme on peut le voir sur la figure 564 qui est tirée du monument choragique de Lysicrate, à Athènes. Ce principe fut
appliqué tant que dura le style grec proprement dit et ne cessa de l'être qu'avec les Ujzantins.
Les édifices. — L'urt grec frappe l'imagination autant que la raison. L'emplacement d'une ville ou d'un temple semble choisi pour faire une décoration. Le plus souvent c'est sur une éminenceque l'édifice déploie sa splendeur, et la n;iture qui l'entoure, le sol sur lequel il est élevé, se lient intimement avec lui et semblent faire partie de son architecture. Athènes, Agrigcnic, Syracuse, présentent ce caractère : l'œuvre d'art s'encadre dans le paysage. C'est la nécessité de la défense qui a fait choisir roniplaccment, mais c'est le sentiment de l'artiste qui a su opérer ce mariage entre la nature et la conception humaine, d'où résulte une savt'ur poétique, une ivresse do l'âme, dont on ne peut se défendre.
L'architecte grec, fidèle à son principe de s'aider de la nature, dispose son temple pour que la silhouette se dessine nettement sur le ciel, au milieu des arbres et des rochers qui l'entourent. On le voit de toute la plaine, et du plus loin qu'il l'aperçoit, le navigateur salue riiabilatiun ilu dieu dont il attend la protection. Sa masse apparaît d'un seul coup, et sa forme est si simple qu'un regard sudit pour faire comprendre l'admirable accord des lignes qui le composent.
Le temple grec est une conception qui s'éloigne absolument des édifices que l'Orient a de tout temps consacrés à la divinité. L'art comme le culte, en Grèce, répugnait à ces énormes monuments, à ces palais superposés, à ces dédales d'enceintes, d'avenues, de salles, que nous trouvons en Egypte, en Assyrie, en Perse et dans l'Inde. Un rectangle bordé jiar un péristyle de colonnes et des formes géométriqui^s se pondirant dans une symétiie imposante, voilà le temple grec dans son austèr(! simplicité.
Que nous sommes loin do ces cathédrales que bâtissaient nos pères, prodigieux échafaudage il'élémenls divers qui se parent à l'envi d'une dentelle de pierre! Mais, tout d'abord, il faut expliquer ce que c'est ([u'un temple, et ne pas confondre sa destination avec celle d'une église. Dans notre n'Iigiori, le sacerdoce a la direction morale de nos consciences, et lédilice religieux est fait po-ir les fidèles qui vienneiil eiileiulrc la |)ar(ile ilisino. Kn Grèce le temple est un abri pour le dieu qui n'est, le plus souvent, que la patrie divinisée. On n'y vient pas pour écouter un enseignement, mais le peuple circule autour, sous les por-
tiques, dans le bois sacré; les cérémonies religieuses s'accomplissent au dehors, non en dedans.
Dans les temps primitifs, on se contentait de dresser un autel en plein air, sur une hauteur ou dans un bois consacré à la divinité. Selon Pausanias, la demeure du dieu, à Delphes, n'avait été dans le principe qu'une cabane de lauriers où l'on venait consulter l'oracle. Les chênes de Dodone étaient célèbres par les oracles qu'on y rendait. Quelquefois l'image divine était placée dans une grotte, comme celle qui était consicrée à Apollon près de Magnésie, sur le Méandre. Strabon dit que Phidias avait fait son Jupiter si grand que s'il s'était levé il aurait enfoncé la toiture. C'est qu'en réalité le temple n'était que la niche destinée à protéger l'idole contre les intempéries de l'air. Plus tard, et surtout chez les Romains, la phxsionomie du temple s'est modifiée et l'édifice sacré a pris des proportions très-différentes de celles qu'il avait chez les Grecs.
Ordinairement la conformation du temple se réglait d'après le caractère de la divinité qu'on y invoquait. Ainsi les dieux du ciel avaient des temples hypaethres, c'est-à-dire découverts, et les temples dédiés aux divinités de la terre étaient fermés, comme le Mégaron d'Eleusis, qui était consacré à Cérès et Proserpine. Il eût été impossible d'invoquer Jupiter dans un temple qui n'eût pas été découvert. « Les toits de ses temples, dit Varron, sont ouverts pour laisser voir le divin, c'est-à-dire le ciel; on dit même qu'il ne faut le prendre à témoin qu'à ciel découvert. »
\ itruvc nous assure également que les ordres ne s'employaient pas arbitrairement. « La bienséance, dit Vitruvc, est ce qui fait que l'édifice est tellement correct qu'il n'y a rien qui ne soit approuvé et fondé sur quelque autorité. Pour cela, il faut avoir égard à l'état des choses, aux usages et à la nature des lieux. Par exemple, si l'on a égard à l'état de chaque chose, on ne fera point de toit aux temples de Jupiter foudroyant, ni à ceux du Ciel, non plus qu'à ceux du Soleil et de la Lune, mais ils seront découverts, parce que ces divinités se font connaître en plein jour et dans toute l'étendue de l'univers; par la même raison les temples de Minerve, de Mars et d'Hercule seront d'ordre dorique, parce que le caractère de ces divinités a une gravité qui exclut la délicatesse des autres ordres, tandis que les temples de Vénus, de Flore et des nymphes des fontaines, doivent être d'ordre corinthien, d'autant que la gentillesse des fleurs, des feuilages et des volutes, dont cet ordre est embelli, paraît fort convenable aux attributions gracieuses de ces déesses, et cela semble cuntribiier beaucoup
LAUCHITECTUHE GRECQUE. 437
à la bienséance; enfin pour les temples de Junon, Diane, Bacchus et d'autres dieux de ce caractère, il faut employer l'ordre ionique, parce que le rang que cet ordre lient entre la sévérité du dorique et la délicatesse du corinthien représente assez bien la nature particulière de ces divinités. »
Ces règles que nous donne \itruvo nous montrent comment les architectes considéraient, en général, le rapport qui e.xiste entre le caractère d'une divinité et l'ordre qui doit être approprié à son temple. Toutefois elles n'ont jamais été suivies d'une fa(;on rigoureuse. M. Uitlorf conteste môme absolument qu'il y ait jamais eu un rapport obligé entre l'emploi dis ordres et les divinités aux^iuellesle temple était consacré. « Les monuments sont là, dit-il, pour prouver que cette classification n'existait pas plus en Grèce et en Sicile que dans la Grande Grèce; l'ordre dorique y était indistinctement employé aux sanctuaires de toutes les divinités.
Nous avons vu que le temple était la maison du dieu et non un Heu d'assemblée. Mais en Grèce, le dieu est le protecteur de la cité, et la religion est intimement liée à la politique. C'est au dieu qu'on confie le trésor public auquel on aura recouis en cas de détresse. L'idole même est un véritable trésor, et Périclès comptait parmi les ressources dont la république pouvait disposer l'or qui couvrjil la grande Minerve de Phidias. L'opisthodome d'ailleurs, situé au fond de la cella, renfermait les deniers publics, et celui du temple de Jupiter à Olyinpie était renommé pour les objets précieux que la piété des peuples y avait consacrés. Ces obj(;ts, indépendamment de leur valeur intrinsèque, étaient .souvent des chefs-d'œuvre de l'art.
La plupart des temples grecs n'avaient pas de fenêtres : les quatre murs de la cella n'avaient i)as d'autre ouveriure (|ue les portes. L'éclairage latéral navail lieu que dans un très-petit nombre d'exceptions, à l'Éreclitliéion, pcr exemple, oii il y avait une fenèlie. On en a conclu que les temples devaient être écl.iirés par en haut, ou plongés dans l'obscurité. (Jette dernière hypothèse a prévalu au wui' siècle; on admettait alors que le service religieux se faisait à la lueur des torches et que les peintures qui décoraient les temples, comme celles des Inpogécs de l'Kgypte, ne recevaient jamais la lumière du jour, car si la lumière n'entre que par une porte placée sous un poriicpie, elle doit être insunisantc. Mais à part THrechtliéion, où une lampe brûlait perpétuellement en l'honneur de Minerve qui a planté l'olivier, rien ne prouve l'usage des lampes pour remplacer la lumière dans les temples.
L'ARCHITECTURli.
M. Beulé repousse l'idée que les temples, qui renfermaient tant de chefs-d'œuvre, aient pu être obscurs à l'intérieur, mais il ne veut pas croire non plus que ces chefs-d'œuvre aient été exposés à la poussière et à la pluie. 11 suppose donc que les ouvertures du toit étaient fermées par des châssis sur lesquels on disposait dts substances favorables à la lumière, du verre par exemple. Mais c'est une hypothèse qui n'est pas appuyée sur une base positive.
11 y avait, il est vrai, des édifices complètement obscurs comme les sanctuaires souterrains qui servaient de chapelles funéraires, ou les temples dédiés à des divinités souterraines, par exemple à Proserpine.
Fig. 5B5.
Temple à antes.
Fig. 56U.
temple prosljli".
Fig. :67.
Temple amphyprostyle.
MaisenGrèce, les divinités du ciel, et notamment Jupiter, ne pouvaient être invoquées qu'à ciel découvert. Aussi la plupart des temples étaient découverts par le haut.
Les temples re(-oivent différentes dénominations suivant la disposition de leurs colonnes. L'usage des colonnes au fiontispice des temples ne fut pas, dans les premiers temps, d'une nécessité absolue. Dans les constructions en bois il y avait un vestibule couvert en avant de la porte; mais lorsque l'architrave, composée de plusieurs pierres, remplaça la plate-ban Je en bois, il devint indispensable de la soutenir par l'emploi des colonnes d'uuî antc à l'autre, c'est-à-dire de la tète d'un des murs latéraux du temple à la tète de l'autre mur.
1° On appelle temple à antes celui qui à des pilastres aux cncoi-
L'ARCHITECTORE GUECQLE.
gnures, et une colonne seulement de chaque côté de la porte. Le temple de la Fortune, à Rome, mentionné par Vitruve, est un temple à antes (fig. 565).
2° On appelle temple prostyle celui qui, outre les deux colonnes de la porte, en a deux autres aux encoignures, en remplacement des deux pilastres du temple à antes (fig. 566).
3° Le temple amphiprostyk (ou double prostyle) a quatre colonnes
Fig. 368. — Temple périplèro.
(Tcmplo do l'Honneur et do la Vortu.^
Fig. Ti69. — Tcmplo pseudo-périptère.
(Temple de Ln Fortune Tirilc.^
à la façade coininc le ])récédent, et de plus il a également quatre colonnes à la face opposée (fig. 567).
Il" Un temple est appelé pèriptère quand les colonnes entourent entièrement 1 édifice. Le Partiiénon, les temples de Pa;slum, et les plus fameux temples de l'antiquité grecque apparlicnnciit à cette catégorie (fig. 568).
5° Un temple est pseudo-périptère (fig. 569) quand les colonnes des ailes et de la façade postérieure sont engagées dans le mur : la Maison-Carréo de Nîmes est i)sciido-périptére.
6° Le temple de Diane, à Kplièse, et celui d'Apollon Didynie à \Iili 1, qui passait pour le plus beau de l'Asie Mineure, étaient appelés (liptvrcs, parce qu'ils présentaient une double rangée de colonnes (('S. 570).
7" Un temple est pscudo-diptbr. (fig. 571), (|iiaiiil l'espace entre les colonnes et le nuir de la colla est aussi large que dans le diptère,
mais que ces colonnes sont disposées sur un seul rang au lieu de deux. Tel était le temple de Diane à Magnésie.
Les temples rectangulaires ont ordinairement dans leur longueur le double de leur largeur. Les plafonds étaient en bois: le toit était formé avec des tuiles et quelquefois des dalles de marbre ou des plaques de métal.
On appelle /!i//)a?^/(rÊslestemples qui n'ont pas de toiture; l'intérieur
Fig. ô'tO. — Temple diptère.
(Tcmplo de Diane, à Éphèse.)
Fig. à~il. — Tempio pseudo.diplùre.
(Temple de Diane, à Magnésie.)
ressemble à une cour. Le temple de Jupiter Olympien était hypaethre (fig. 572).
11 y a des temples où on voit à l'intiTieur doux étages de colonnes superposées. Le Parthénon en oITre un exemple.
Enfin, outre les temples de forme rectangulaire dont nous venons df parler, il y en avait de circulaires, couimc le temple de Vesta à Rome, ou le temp'e de la Sibylle à 'livoli (fig. 573).
Les grands temples s'élevaient généralement sur un terrain sacré qui renfermait, outre le principal temple, une fontaine, des grottes, des chapelles, des statues, des autels, des colonnes portant des traités de paix ou de guerre. Les arbres qui poussaient sur le terrain sacré
L'AnCIIITECTURE GRECQCE.
n'étaient jamais taillés ni abattus et contrastaient par leur désordre naturel avec la régularité de l'architecture. Le temple était un véritable musée et c'est là qu'on rencontrait les grands chefs-d'œuvre de
Fig. b'ii. — Temple hypœthre.
Fig. 513. — Temple rond.
la sculpture et de la peinture, parmi lesquels se trouvaient de vieilles images liiératiquos consacrées par la vénération attachée à leur ancienneté, et des oITrandes de toutes sortes, provenant de la piété des populations.
se
Notions histokiqles. — La construction. — Les onoRES.
La décohation. — Ln pavage rouain. — Les édifices.
Les aucuitectes.
Motions historiques. — L'Italie est couverte de monuments pélasgiqiies dont la construction ne diffère pas essentiellement de ceux que l'on rencontre en Grèce et qui datent de la même période. Mais les Étrusques, malgré les grands rappons qu'ils présentent aussi avec les Grecs, s'en séparent néanmoins par quelques points essentiels et notamment par l'emploi de la voûte dont ils ont fait usage dès la plus liaute aniiquité. Le style romain s'est formé par le mélange du goût étrusque et du goût grec.
La conquête de la Grèce par les Romains marque une transformation complète dans l'art comme dans la situation des artistes. Les grands, pour gagner le peuple par l'éclat et la magniûcence des fêtes, attirent à Rome un grand nombre d'artistes grecs, en même temps qu'ils apportent dans la ville éternelle des chefs-d'œuvre de toute sorte volés dans les sanctuaires de la Grèce. A l'origine, les généraux romains mettaient une sorte de modération dans leurs rapines. Marccllus à Syracuse, Fabius Muximus it Tarente, se proposaient simplement de donner à leur triomphe plus d'éclat et de décorer les édifices de leur pays avec les chefs-d'œuvre qu'ils rapportaient en manière de trophées. Mais la prise de Corinthe, les victoires sur Miiliridatc et sur Cléopâtre, amenèrent à Romc' une aflluence de statues et de tableaux tellement considérable qu'on ne pourrait y croire, si l'on n'avait pour cela des témoignages si positifs et si multipliés.
Tite-Live signale l'émigration des artistes grecs par troupes : « Les architectes, les peintres, les statuaires, que l'appât de la fortune attirait à Rome en très-grand nombre, trouvaient toujours à s'occuper dans les grands travaux publics, tels que théâtres, temples, basiliques, portiques, sans compter les ouvrages qui leur étaient demandés par des particuliers. Plusieurs d'entre eux firent des fortunes princières; on cite entre
autres un peintre grec d'Alexandrie, chez lequel Ptolémée Philométor reçut à Rome une hospitalité vraiment royale. »
Paul-Émile, dans son triomphe sur Persée, amène à Rome 250 chariots remplis d'ohjets d'art. Sylla se fait livrer les trésors des temples d'Olympie, de Delphes et d'Épidaure ; les gouverneurs de province, Verres, par exemple, se me(tent à piller pour leur compte, et de toute part la marche des légions romaines est signalée par un brigandage organisé. Le goût des arts se propage de plus en plus parmi les Romains, et s'allie toujours au luxe le plus fastueux. Léo érudits en matière d'art et les connaisseurs viennent élire domicile à Rome, en même temps que les artistes grecs abandonnent leur patrie dévastée pour mettre leurs talents au service des maîtres du monde.
Les artistes et les artisans grecs employés à la décoration des édifices étaient considérés à Rome comme des fournisseurs d'objets de luxe, qu'on paye généreusement, et nullement comme des hommes dont le talent honore la nation qui les fait travailler. Comme les Romains confondaient absolument l'art avec le luxe, le vieux parti républicain s'élevait contre ces innovations qu'il regardait comme le signal d'une décadence dans les mœurs. En Grèce, le goût de l'art s'était toujours allié h l'amour de la liberté ; mais à Rome on s'en servait pour faire oublii-r au peuple les affaires politiques. Des entreprises architectoniques pleines de grandeur et de magnificence étaient servies au peuple romain au mémo titre que ses spectacles. Les architectes, qui étaient regardés par les empereurs comme des hommes utiles, furent toujours beaucoup plus considérés par eux que les peintres et les sculpteurs.
Sous la république, pourtant, quelques familles patriciennes avaient pratiqué ces arts, et un Fabius reçut le nom de Pktor parce qu'il avait fait des peiniuros dans le temple du Salut. Mais l'asservissement de la Grèce lit alllucr vers Rome une multitude d'artistes bien plus habiles que tous ceux qu'on avait vus jusque-là; comme ils étaient dans une situation bien inférieure aux citoyens, que plusieurs même avaient été réduits en esclavage par suite de la guerre, l'art ne tarda pas à être déconsidéré comme ceux qui le pratiiiuaient. On achetait un philosophe, un grammairien, un pédagogue, on eut de même un peintre, un sculpteur, un architecte. Les iiouiains croyaient posséder l'art et la science ([uaiid ils avaient un homme à eux. Les iu)ins écrits sur les inscriptions tumulaircs nous mtjnirenl des esclaves et des alTranchis qui exerçaient les beaux-arts. Mais, parmi ces noms, auciui
n'est illustre ; car Tart vit d'inspirations que le maître ne donne pas, et qui sont rebelles à des mains serviles.
Ce fut vers la fin de la république que le luxe commença à s'introduire dans les maisons particulières. Crassus, le premier, fit venir des marbres étrangers pour orner sa propre demeure, qui était située sur le mont Palatin. Il plaça dans l'atrium de sa maison six colonnes de marbre du mont Hymette, ce qui lui attira un quolibet de Marcus Brutus. Lépidus passa pour un homme magnifique parce qu'il avait fait venir des marbres de Numidie. Mais bientôt la mode des marbres étrangers devint générale. « Quatre ans après le consulat de Lépidus, dit Pline, Lucius Lucullus fut consul, duquel le marbre noir prit le nom de Luculléen, ainsi qu'on voit encore aujourd'hui, parce qu'il prenait fort grand plaisir à ce marbre, et qu'il en fit venir à force à Rome, ayant fantaisie sur ce marbre noir, au lieu que les autres estimaient les marbres blancs et ceux qui étaient diaprés et marquetés de diverses couleurs. » Au commencement de l'empire on vit s'élever en très-grand nombre des maisons particulières qui affichaient un luxe inouï jusqu'alors. 11 y en avait dont Viynpluvium était orné de colonnes qui avaient coûté jusqu'à 40,000 sesterces chacune (8,183 fr.).
Les philosophes ne manquaient pas de déclamer contre le luxe croissant des particuliers, et les républicains disaient qu'autrefois le chaume abritait les hommes libres et que maintenant les palais de marbre étaient remplis d'esclaves. Ces récriminations, qui n'étaient que le prélude de celles que le christianisme allait élever dans le même sens et avec beaucoup plus d'énergie, étaient en principe contraires à la liberté individuelle et au droit que tout individu a de vivre selon sa fantaisie, mais elles étaient parfaitement conformes à la vieille morale républicaine.
En Grèce, jusqu'à la domination macédonienne, et h Rome, jusqu'à la fin de la république, l'individu devait s'effacer devant la cité, et nul n'aurait osé avoir une demeure qui l'emportât sur les édifices publics. Le sentiment monarchique amena un changement dans les mœurs. Ce fut la cité qui fut à l'individu et non l'individu à la cité. Dès lors chaque citoyen opulent voulut avoir une demeure qui répondît à son rang et afficha la supériorité qu'il prétendait avoir sur ses concitoyens. Il en résulta que l'architecture privée prit une très-grande extension, et ce n'est en réalité que dans la période monarchique qu'on peut en suivre tous les développements.
Rome avait, dès la fin de la république, tous les genres d'édifices
L'ARCHITECTURE ROMAINE. 4i5
que l'empire devait développer. L'empire n'a fait que consacrer la tendance vers la magnificence. Pompée fit construire un théâtre en pierres ([iii pouvait contenir quarante mille spectateurs. Scaurus avait élevé déjà un théâtre provisoire dont la magnificence était vraiment inouïe : trois mille statues de bronze, et une multitude de tableaux complétaient sa décoration, enrichie déjà d'un nombre immense de colonnes. Le premier amphithéâtre en pierres fut élevé par Statilius sous Auguste.
La grande place qu'Auguste occupe dans l'histoire vient moins de ses qualités personnelles que des goûts et des idées de son temps qu'il possédait à un haut degré et dont il s'est fait en quelque sorte la manifestation vivante. 11 avait le goût des grandes constructions et le nombre des édifices qu'il a élevés dans Rome est vraiment immense, d'autant plus que tous les grands personnages du temps, stimulés par l'exemple de l'empereur, en élevèrent de leur côté. C'est à cette époque qu'on rapporte le temple de Jupiter tonnant, dont trois colonnes subsistent encore avec leur entablement, le temple de Mars vengeur, qui est figuré sur quelques monnaies, un grand temple dans le forum d'Auguste, dont il reste des débris, le théâtre do Marcellus, le portitiue d'Ocjtavie, etc.
Le Panthéon d'Agrippa, édifice rond, que précède un portique formé de seize colonnes de granit, marque une innovation dans l'architecture par l'importance de sa coupole et la magnificence de sa décoration. Les murs étaient plaqués en marbre, les caissons ornés de rosettes dorées.
La province participa au mouvement imprimé par la capitale : partout s'clevèriuit des arcs de triomphe, des tiMiipiesilédiés à Auguste, etc.
L'iiici'iiilie de Home par Néron lit surgir une ville nouvelle. Les architectes Celer et Sivérus élevèrent la Maison-Uorée dont la magnificence est devenue proverbiale. Ce palais était entouré de portiques d'un développement immense et renfermait des parcs dans son enceinte. On reconstruisit sur mi plan régulier les quartiers qui avaient été consumés par le feu. Les maisons eurent moins de hauteur, les rues plus de largeur et la pierre fut partout substituée au bois dans les constructions nouvelles. A partir du règm? de Néron, les monuments liriMincnl des jiropoitioiis giganti'S(|u<'s et couunetK'ent à se surcharger d'ornements. Uien (pu- la iduparl des conslruclions élevées sous ce règne aient eu pour but le jilaisir de l'empereur, on lui doit de grands travaux d'utilité publique. La foiulaiion du port d'Anlium, la
réparation des aqueducs, la grande boucherie, rotonde comprise dans un triple portique, qui est figurée sur une médaille, des thermes et d'autres édifices attestent l'activité de l'architecture.
Lés règnes d'Othon, de Galba et de Vitellius furent trop courts pour avoir laissé des constructions importantes, mais Vespasien releva les fortifications de plusieurs villes, rétablit des routes, répara une foule de monuments publics, restaura le Capitole et réédifia pour la troisième fois le temple de Jupiter.
Vespasien consacra le produit des dépouilles de la Judée à élever le temple de la Paix, mais le monument le plus important de son règne est le Colisée, qui est un des ouvrages les plus gigantesques de l'antiquité.
Le règne de Titus, signalé par d'effroyables désastres, la destruction de Pompéi et d'Herculanum, et dans Rome un incendie qui consuma une multitude d'édifices, fut consacré presque entièrement à la réparation de ces malheurs. La conquête de la Judée fut inscrite en bas-reliefs sur un arc de triomphe et le Colisée fut terminé et inauguré par des jeux splepdides. Les Thermes de Titus, dont la décoration a servi de modèle aux ariistes de la Renaissance, sont un des monuments les plus imporlanis de ce prince, qui mourut sans avoir pu achever la réédification qu'il avait commencée pour réparer les dommages causés dans Rome par l'incendie.
Doinitien reconstruisit à nouveau le temple de Jupiter Capitolin, fit creuser une naumachic près du Tibre et entreprit de gr.inds travaux d'utilité publique qui furent achevés par Nerva, dont le nom est surtout attaché à l'aménagement des eaux de Rome et à la réparation des aqueducs.
Trajan a laissé un grand nom dans l'histoire de Tarchitecture comme dans l'histoire politique. Des villes entières, aujourd hui détruites, furent fondées par son ordre : Trajanopolis qui porta son nom, Marcianopolis du nom de sa sœur, Plutinapolis du nom de sa femme. L'Asie Mineure fut dotée de monuments importants : l'aqueduc de Nicomédie fut terminé, Pruse eut des thermes, Nicée un théâtre, Sinopc un forum, Éphèse un gymnase. L'Italie fut encore mieux partagée. Le port d'Ostie fut complété par un vaste bassin octogone, on en creusa un à Civilc- Vecchia, un autre à Ancône. Les habitants d'Ancône reconnaissants élevèrent un arc de triomphe à l'empereur. L'architecte Apollodore jeta sur le Danube un pont immense qui était défendu par deux forteresses. 11 figure sur la colonne Trajane, où sont représentées les vie-
toires remportées sur les Daces. Le forum de Trajan, à Rome, était une grande place entourée de portiques. Une basilique et une bibliothèque ornaient le forum, qui était flanqué de deux places semi-circulaires et au milieu desquelles s'élevait la colonne Trajane. Quelques auteurs attribuent à cette époque l'arc de triomphe qui porte aujourd'hui le nom de Constantin, mais l'opinion la plus accréditée est que ce monument a été réellement construit du temps de Constantin, mais avec les matériaux et notamn)ent les bas-reliefs provenant de l'ancien arc de Trajan.
Hadrien fut un grand protecteur des arts et prétendait lui-même au titre d'architecte. On l'accuse même d'avoir fait tuer par jalousie Apollodore, le grand architecte qui avait été l'ami de Trajan. Hadrien a fait faire de grands travaux à Athènes : c'est à lui qu'on doit l'achèvement du temple de Jupiter Olympien qui avait été commencé par Pisislrate. Toutes les villes de la Grèce tinrent à l'orner de statues élevées en Ihoum'ur di' i'cnipcreur. Athènes possède encore les restes d'un arc de triomphe dû également à Hadrien, et Pausanias signale comme étant de son règne des temples consacrés à Junon et Jupiter PanhcUi'nicn, un supnrl)e gymnase décoré de cent colonnes de marbre et un magnifique portique orné de peintures et de statues. Beaucoup de villes de la Grèce curent à se louer de la magnificence d'Hadrien. Mégare lui doit un temple d'Apollon, Corinthe ses aqueducs, Maiitinée un temple de Neptune. En Egypte, Hadrien fonda la ville d'Aiiiiiioé, dédiée à son favori Antinous. Il restaura Nicomédie qu'un in'iiihieinrnt de terre avait dévastée, fonda à Nîmes une basilique aiijoiinriiui détruite. Rome vit s'élever plusieurs temples doni l'im en l'honneur de Trajan; Cnpoiie reeut son gii,'ant(^s(iMe ampliitiiéfiire, et la Grande-Uretagne fut pourvue d'une muraille formidable destinée à la défendre. Mais le monument le plus célèbre auquel Hadrien ait laissé son nom est le grand mausolée qu'il éleva au bord du Tibre.
Antonin et Marc-Aurèle furent des philosophes plutôt que des artistes. C'est pourtant à cette époque qu'un grand nombre d'écrivains aiiril)uent une partie des monuments de la période gallo-romaine : h Nimes, Orange, Saint-Chamas, Cavaillon, etc. Le temple du .Soleil à lîaalJjeck parait être du mênn' temps. Sous les successeurs des Antonins, l'architecture marche à sa décadence, et quand on arrive à Seplime Sévère, la transformation est complète.
Une partie des grands monuments élevés par les Romains sont dus à la munificence des particuliers. Il y avait, parmi les citoyens opulents.
un désir immense de contribuer à la splendeur et à la gloire de leur patrie. Pline cit« entre autres un aqueduc et un canal à Nicomédie, un gymnase et un théâtre à Nicée, un aqueduc immense à Sinope : tous ces monuments ont été élevés par des particuliers, et le peuple en jouissait sans y avoir contribué.
Il y avait des fortunes privées prodigieuses, et on gagnait l'estime et la popularité en élevant à ses frais un édifice qui faisait l'orgueil de la ville. Le nom d'Hérode Atticus est le plus célèbre en ce genre. Son père avait trouvé un trésor immense dans une vieille maison, et il voulut, suivant la loi romaine, en donner une partie à l'empereur; mais celui-ci refusa, et comme le trésor était si considérable qu'Atticus déclarait qu'il ne savait comment en user, l'empereur répondit : « Eli bien! abuses-en ! ' » Des constructions gigantesques s'élevèrent alors en Attique, en Épire, en Eubée, dans le Péloponnèse et dans bien d'autres endroits. Plusieurs villes de Grèce et d'Asie honorèrent par des inscriptions celui qu'elles appelaient leur patron et leur bienfaiteur.
De leur côté les municipalités rivalisaient de zèle pour rendre célèbre leur cité par la beauté de ses monuments, et ne voulaient pas rester en arrière des particuliers. On peut juger de l'opulence des villes romaines par les débris qui en restent. Onze villes d'Asie se disputèrent l'honneur d'élever un temple à l'empereur et le sénat fut chargé de choisir entre elles. Laodicée, qui fut rejetée une des premières comme étant trop pauvre, étale aujourd'hui l'immensité de ses ruines, et on se demande avec stupeur ce que devaient être Pergame, Smyrne, Éphese, Antioche, Alexandrie. D'immenses et magnifiques routes, partant du milieu de Rome, allaient dans toutes les directions, et tous les pays que baigne la Méditerranée étaient sillonnés de chemins tellement solides que plus de dix-huit siècles n'ont pas sufTi pour en effacer la trace.
Parmi les architectes romains dont le nom est resté, Ca'ius Mutius s'est rendu célèbre en élevant le temple de l'Honneur et de la Vertu. Le temple de Mars et le portique du temple de Jupiter Stator sont l'œuvre d'un architecte grec, Hermodore de Salamine. Mais l'architecte qui a pour nous la plus grande importance est certainement Vitruvc Pollion, qui vivait sous Auguste, auquel il dédia son célèbre traité d'architecture, qui, malgré quelques obscurités dans la forme, nous donne des renseignements d'autant plus précieux que c'est le seul ouvrage de ce genre qui soit resté parmi tous ceux que les anciens ont écrits sur ce sujet. Vitruve avait élevé à Fano une basilique qui n'existe plus.
LAKCIllTECTLRE UOMAINE. 449
Nous avons parlé plus liaut de Celer et de Sévère, ainsi que d'Apollodore de Damas. A celte liste trop courte nous pourrions ajouter un assez grand nombre d'arciiitectes dont les noms se trouvent sur des inscriptions tumulaires, mais dont on ne connaît pas les ouvrages. Les auteurs de tant de superbes édifices élevés sens l'empire romain sont pour la plupart inconnus, et leur oeuvre seule peut aujourd'hui attester leur génie.
La paix profonde dont le monde avait joui sous les Antonins fut cause que l'activité publique se porta surtout vers les grandes entreprises architectoniques. Mais en même temps l'esprit de la civilisation antique s'était affaibli par rinfluence pénétrante d'opinions étrangères. Les anciennes croyances religieuses, ébranlées déjà par les sectes philosophiques, se transformaient sous l'influence de superstitions nouvelles de toute nature venues généralement de l'Orient. Le culte d'Isis et surtout celui de Mythra, mélange des religions assyriennes et persanes, remplaçaient partout les anciennes divinités de l'Olympe grec. La religion syrienne devint presque générale sous Septime Sévère, et la présence d'une famille sacerdotale syrienne sur le trône des Romains eut pour effet de développer le caractère et l'esprit asiatique sur toute l'étendue de l'empire.
En même temps le vieux patriotisme tendait à s'effacer, et tandis que l'art religieux ne s'adressait plus aux dieux de la beauté qu'avait adorés la Grèce, l'enthousiasme pour les anciennes traditions diminuait, les amulettes remplaçaient les statues, les élans mystiques se substituaient aux élans patriotiques, et l'archilecturo, expression vivante de la société, abandonnait son ancien idéal pour s'enfoncer vers l'inconnu.
C'est l'époque de la grande importance des villes romaines de l'Asie. Les édifices qui les décorent montrent une influence orientale qui ne tardera pas à s'étendre sur tout l'empire. C'est là que s'est opérée la transformation de l'architecture romaine, déjà très-sensible au ni* siècle de notre ère. Anlioclie s'enrichit d'édifices de tout genre, fréquemment détruits par les treniblcnients do terre, mais toujours reconstruits avec une magnificence nouvelle. Les basiliques, les thermes, les aqueducs, les gymnases s'élèvent successivement, et chaque empereur embellit celte cité, qui semble la capitale de l'Orient, comme l'avait été Alexandrie sous les rois Macédoniens.
Le christianisme introduisit dans rarchitccturo religieuse des besoins nouveaux qui lin-nl prompt(?m(Mit abandonner les vieilles tradi-
450 L'AiiCHITECTURE.
lions dans les monuments qui relèvent directement de l'art, en même temps que le changement introduit dans les mœurs amena une modilicaiiou dans les ouvrages d'utilité matérielle. Ce changement se rattache à une modification apportée dans le système militaire.
Tant que les centurions romains, dressés aux vieilles habitudes de la discipline, purent diriger des hommes de nations diverses, les travaux publics furent exécutés d'après les anciennes traditions et il n'y eut pas de modifications importantes dans la construction et l'entretien des routes et des autres grands travaux exécutés par l'armée; mais quand les armées cessèrent de représenter la vieille organisation romaine, quand les légions furent remplacées par les troupes de barbares à la solde des empereurs, il n'y eut plus moyen de les utiliser pour le travail. 11 n'y eut pas substitution d'un système nouveau, il y eut des armées, vivant sur le public, et la plupart du temps de rapines, mais ne prenant plus aucune part aux travaux publics.
La cONSTRiCTiON. — Les Romains, dans leurs constructions, commencèrcnl par imiter les Étrusques. L'opus incertum ou antiquum est un genre de maronnerie qui rappelle les constructions cyclopéennes de la seconde époque en ce sens que les pierres sont irrégiilièrcs; mais, au lieu d'être jointes à sec, elles sont liées avec du ciment, qui joue même un rôle important et auquel on donne une saillie visible. Quelquefois les angles des murs sont formés de pierres quadrangulaires ou de briques.
L'opus reticulatum qui, du temps de Vitruve, était très-usité, se compose de pierres taillées carrément connue un damier, mais qui sont posées sur l'angle de manière que les joints forment des diagonales croisées. Les architectes romains, lorsqu'ils employaient cet appareil, avaient soin de le couper, de distance en distance, par des assises horizontales et de dresser aux angles des montants latéraux.
L'opus spicatum présente des briques posées dans la hauteur, mais alternativement inclinées à droite et à gauche. Cet appareil s'employait aussi pour le pavage des maisons.
L'architecture en plate-bande nécessite l'emploi de matériaux de très-grandes dimensions qui ne se trouvent pas partout. L'inconvénient de ce système, et ce qui l'a empêché d'être d'une application universelle, c'est que l'écartement des points d'appui est subordonné à la grandeur des pierres. Pour former un arc qui permît de donner aux supports un écartement beaucoup plus grand, on tailla les pierres en
formo, de coin ot nti les plaça de telle sorte que les joints fussent le prulongeiiioiU d'un rayon partant du contre. Mais, comme dans cette construction la pression d'un des CMtés sur l'autre produit cette action lente qu'on nomme la poussée, on reconnut que s'il se trouvait un joint au milieu de l'arc, la poussée serait beaucoup plus grande et risquerait d'entraîner la rupture de l'arc. Alors on plaça au milieu une pierre centrale qu'on nomme la clef et qui en assure la solidité : c'est ainsi que les claveaux se trouvent former un nombre impair. Pour ajouter la solidité apparonlc à la solidité réelle, le constructeur romain donne à la clef une saillie plus grande qu'aux autres claveaux et la décore souvent de sculptures.
On attribue généralement aux T^trusqucs l'boniieur d'avoir inventé le système de voûte qui a prévalu dans l'architecture romaine. La voûte n'est qu'un prolongement de l'arc : elle peut s'allonger pour former une galerie ou se contourner en formant une coupole. Quand l'arc repose sur les pieds-droits, c'est une arcade. Ainsi, tandis que la ligne droite, horizontale ou verticale, est dominante dans l'architecture grecque, la ligne courbe devint un trait décisif dans les édifices romains.
Le mélange de l'arc et de la plate-bande fut le résultat naturel de la fusion de l'art grec et de l'art romain. Il est diflicile de condamner d'une manière absolue un style qui a produit le Colisiic, le théâtre de Marcellus et bien d'autres monuments que nous admirons, cl qui a d'ailleurs le mérite de présenter une alternance souvent agréable entre les lignes droites et les lignes courbes. Cependant il faut reconnaître que ce mélange n'est pas conforme à la logique de l'architecture primitive. La colonne qui, en jjrincipe, est un support, devient une décoration lorsqu'elle est adossée au pied-droit. Les Romains, qui étaient excellents constructeurs, avaient inie vivo admiration pour l'art grec, et en se l'appropriant, ils le dénaturèrent, ils lui prirent ses formes, mais on leur otant la signification qu'elles avaient en Grèce. C'est ainsi que clans l'intérieur même des édifices, ils placèrent des corniches, simulant un toit saillant et destiné à recevoir les eaux du ciel.
Le uiur jou(! dans les constructions romaines un rôle très-important cl se plie à toutes les formes (|ue lui demande l'architecte. Ln mur circulaire peut être très-solide sans avoir besoin d'être très-épais. On a même comparé les murs à une feuille de papier qui, étendue en ligne droite, ne saurait se tenir debout, tandis que si on la roule pour en former un CNliiidre creux, elle se soutiendra facilement d'elle-même. Mais
l'épaisseur et la solidité d'un mur se calcule d'après la charge qu'il doit porter, et les Romains, en élevant une coupole sur une enceinte circulaire, nous ont laissé d'admirables modèles dont le Panthéon d'Agrippa est un exemple.
Les bossages, dont les Romains ont fait grand usage, sont assez rares chez les Grecs. Pourtant dans le piédestal du monument choragique de Lysicrate, la rudesse de la base est accusée par des refends assez prononcés. Les Romains ont surtout employé le bossage dans les édifices de défense et d'utilité publique, tels que des portes de ville ou de murailles; mais quelquefois aussi dans des monuments d'un autre ordre comme le mur circulaire du temple de Vesta.
Dans la maçonnerie romaine les briques jouent un très-grand rôle. Il y a des murs dont l'épaisseur est solidifiée par des arcs en briques, et l'archivolte d'un grand nombre d'arcades est faite avec des briques carrées ou ayant la forme d un coin. Les briques étaient aussi fort usitées en Grèce, quoiqu'il soit resté fort pou de constructions en briques qui puissent être attribuées aux Grecs avec certitude.
Les ordbes romains. — L'ordre toscan, décrit par Vitruve, ne saurait être considéré comme constituant un système archiiectonique spécial. D'après Vitruve, la colonne toscane devait avoir sept diamètres dans sa hauteur, qui était égale au tiers de la largeur totale de rédifice. Il y avait une base composée souvent d'une plinthe, d'un tore et d'un filet, et le chapiteau comprenait un tailloir, un ove et un gorgerin avec astragale et filet. Les préceptes de Vitruve ne peuvent être vérifiés pour l'ordre toscan, puisqu'il n'existe aucun temple étrusque. Mais plusieurs monuments funéraires nous montrent les rapports et les différences qui existent entre le toscan et le dorique grec qui en a été le principe.
L'entablement des temples étrusques était généralement construit en bois et c'est ce qui explique pourquoi^ces monuments ne se sont pas conservés. Leur plan avait à peu près la même ordonnance que ceux des temples grecs. Pourtant leur forme rectangulaire était moins longue et se rapprochait davantage du carré. Leur façade présentait habituellement six colonnes, et le fronton était orné de figures en terre cuite ou en bronze. D'après le récit de Plutarque, Tarquin fit faire par des artistes étrusques un char en terre cuite pour couronner le fronton du temple de Jupiter Capitolin.
Les niutules étrusques étaient sur un plan horizontal et non sur un
L'AnCIlITECTL RE ROMAhNE.
plan incliné comme les mutiiles grecques. La base placée sous les colonnes, la direction horizontale des mutulcs, l'absence des cannelures dans les fûts, la présence d'un astragale et d'un filet sur le gorgeriu du chapiteau et la forte sailli(; delà corniche, sont les caractères qui distinguent les monuments d'ordre dorique élevés par les Romains, qui ont toujours leur origine dans les temples étrusques.
Au reste, les Romains ont peu usé de l'ordre dorique, dont le caractère rude et simple ne convenait pas à leur goût pour rornementatioii
Fig. S'il. — Chapiloau du temple de Mars vengeur. À Romo. (Ordre curinthien.)
riche et somplucuse. L'ordre inférieur du tiiéàire de Marcellus, à Rome, est considéré comme le plus beau type du style dorique chez les Romains.
L'ionique des Romains diffère de rioni(iiie des Grecs par certains caractères distiiiotifs. Ainsi Vitruve demande pour reniableiiii'iu des denticules sous le larmier et nous n'en trouvons pas dans les édifices du temps de l'ériclès, qu'il faut toujours preiidn- pour type de l'art giec dans sa jjIus grande pureté.
Les diMiiicules sont de petits blocs carrés, taillés en manière de ijenis, doni i.i forme rectangulaire semblait sans doute aux Athéniens un peu rude, pour un style qui cherche avant tout la grfice. Toutefois
les Romains ont encore ici pu s'appuyer sur une tradition grecque du temps d'Alexandre, car les temples des villes grecques de l'Asie, et notamment celui de Mmerve Poliade à Priène, nous offrent des denticules qui sont, il est vrai, de très-petites proportions. Enfin le Pandrosion
d'Athènes présente des denticules, mais qui ne sauraient représenter l'extrémité saillante des chevrons selon l'explication que Vitruve donne des denticules, puisque ce petit édifice n'a pas de loit.
L'étage supérieur du théâtre de Marcellus, à Rome, est considéré comme le type le plus parfait de l'ordre ionique chez les Romains. Ici la colonne n'a pas de cannelures, la frise de l'entablement est demeurée lisse, et le chapiteau est plus maigre que chez les Grecs. Mais il y a dans l'ionique romain comme dans l'ionique grec de grandes variétés. Au leuiplo de la Fortune virile, les cannelures (|ui montent jusqu'au haut du fût sont bien loin de produire un aussi bel effet que le gorgerin qu'on voit dans le temple de Minerve Poliade à Athènes.
L'ordre corinthien (fig. 574), que les arciiitectes de la période macédonienne avaient employé déjà de préférence aux autres, marque aussi le triomphe de l'architecture romaine à sa grande époque. Mais si les Romains ont fait un usage presque continuel de l'ordre corinthien, ils ont su en graduer le caractère par le nombre des moulures et la différence des profils (fig. 575).
Généralement, dans les monuments romains, les colonnes de granit ou de porphyre ont été laissées lisses, tandis que Jes colonnes de marbre reçoivent vingt-quatre cannelures. Dans les temples de Vesta, d'Antonin et Faustine, on trouve la base attique, tandis que les colonnes du Panthéon d'Agrippa et du temple de Jupiter tonnant présentent la hase ionique. Le corps du chapiteau est le plus souvent orné de trois rangs de feuilles formant panache, et des volutes qui partent du second rang
Fîg. 575. — Colonne du templo do Vosta. (Tivoli.)
LARCHITECTURE ItOMAliNE. 455
supportent les angles du tailloir, au milieu duquel se trouve souvent une petite rose (fig. 570).
La décoration de l'entablement présente la plus grande variété. « On voit, dit M. Batissicr, sur certaines frises des génies Foutcnant des guirlandes, comme au temple de Jupiter sur le Quirinal et au petit tcmplo de Baalbeck; ou bien encore des lions, des griffons, des bœufs, des hippogriphes, des candélabres; au temple do Jupiter ton-
Fig. 570. — C'hapilonu corinthien, tomplu do Vuslii. < rivoli.)
nani, la frise présente des» vases et dus insiiiiments sacrés. On trouve (les corniches corinthiennes qui n'ont point de larmiei', comme au temple de la Paix, au Colisée et à l'arc des Lions, à Vérone. 11 en est où l'on a mis deux quarts de rond taillés d'ovcs, l'un sous le denlicule l'autre au-dessus, ainsi qu'on en a un exemple au temple de la l'aix. Il y en a où l'ove est sous le denticulc, le grand talon étant an-dessus comme aux trois colonnes ilu Vatican. Ouelques-uns, comme au Panthéon, au tiin|ile de Fausiine et à celui de laSihylIc, n'ont point do denlicules taillés; cela est suivant if préci'iile de Vitruvr. On voit des corniches corinthiennes sans modillons : telles sont celles îles temples de
L'APiCIIITECTURE.
la Sibylle, de Faustine et du poriiquc de Septiuiius. Le frontispice de Néron présente des niodillons carrés à plusieurs faces. Les espaces carrés entre les niodillons sont ornés de rosaces très-saillantes et assez diverses. Le larmier, quand il existe, est tout lisse ou rehaussé de canaux et même de méandres. 11 est rare que les moulures de la corniche soient simplement profilées; elles sont presquetoujours taillées d'oves, de feuillages ou de raies-de-cœur. »
Fig. 577. — Cliapiteau corintliion du portique d'Octavio, (A Rome.)
On a donné le nom d'ordre composite à une variété de l'ordre corinthien; mais depuis longtemps on a cessé de considérer le composite comme un ordre spécial. L'arc de Titus peut servir de type pour le composite. Les feuilles du chapiteau spnt d'acanthe, et les volutes angulaires, qui rentrent dans le vase du chapiteau, sont ornées sur les côtés d'un rinceau parti du fleuron qui est au milieu du tailloir.
On retrouve dans d'autres monuments des chapiteaux dont la décoration est un mélange de corinthien et d'ionique, comme il y en a où l'on voit, parmi les feuillages, des trophées, des aigles (fig. 577), des
masques d'hommes, des poissons, des têtes de bœufs, etc. Mais un ciiangement dans la décoration ornementale du chapiteau ne saurait constituer un ordre spécial.
On remarquera seulement que toutes ces fantaisies, qui se sont introduites peu à peu dans le chapiteau corinthien, s'éloignent de plus en plus du type primitif, pour se rapprocher insensiblement des modèles dont se sont inspirés les architectes pendant la première partie du moyen âge.
Comme l'apparence des monuments romains est empruntée à l'art grec, on en conclut habituellement que les Romains n'ont rien inventé et qu'ils n'ont fait qu'imiter les Grecs. C'est une double erreur : l'art grec n'existe qu'à la condition d'être logique, c'est-à-dire d'unir dans une même pensée l'apparence et la réalité, tandis que l'art romain garde son génie propre dans la construction et n'emprunte sa parure aux Grecs qu'en la transformant selon ses besoins. L'art grec subsiste dans les monuments religieux des Romains; mais, dans les monuments civils, c'est-à-dire dans ceux qui constituent en propre l'architecture romaine, il s'efface absolument puisque son principe disparaît.
L'arcade romaine est essentiellement liée au pied-droit, qu'il soit accompagné ou non d'une colonne h titre d'ornement.
On commettrait une grande injustice en jugeant l'architecture romaine d'après les temples, puisque dans les monuments religieux, ils se sont tenus à peu de chose près au maintien d'une tradition dont il faut chercher l'origine en Grèce. Mais les édifices romains destinés à des usages civils resteront toujours comme d'admirables modèles, qui n'ont pas leur équivalent ailleurs. Si on peut blâmer, en principe, la superposition des ordres dans les monuments à plusieurs étages, on ne peut nier du moins que cette superposition n'ait été faite avec une grande logique et un goût souvent exquis. En plaçant en bas les pesantes constructions doriques, et en haut les motifs plus légers do l'ordre corinthien, les Romains ont trouvé le meilleur usage qu'on pût faire des colonnes grecques employées connue décoration.
La dlcouation. — La peinUno décorative doit être envisagée surtout sous le rapport des convenances, c'est-à-dire du lien qui la rattache à 1 édifice qu'elle décore, et nous sommes forcés do convenir que nos idées à ce sujet sont complètonient différentes do celles des Grecs. III. Ui
4o8 L'ARCHITECTURE.
Nos peintres, lorsqu'on les appelle pour prêter leur concours à la décoration d'un monument, ne manquent jamais de se récrier contre l'architecte qui n'a pas distribué la lumière à leur gré, ou qui leur a donné des surfaces trop restreintes ou des panneaux trop élevés, de sorte qu'à les entendre on est tenté de se demander si c'est la peinture qui a mission de faire valoir l'édiQce, ou bien si c'est l'édiQce qui a
Fig. 5~8. — Dicoraiiou murale d'après une pointure aoliquc.
mission de faire valoir la peinture. Cet antagonisme n'avait jamais lieu en Grèce, parce que la peinture n'était pas considérée comme un art purement imitatif, mais bien plutôt comme un art décoratif, relevant de l'architecture, et se servant de l'imitation comme un moyen et non comme un but.
Les anciens ne faisaient pas de plafonds à sujet. Le peintre n'était donc pas dans la nécessité de placer au-dessus de la tète des spectateurs un sujet conçu comme un tableau ordinaire, ce qui implique
L'ARCHITECTORE ROMAINE.
l'absurde, ou de faire plafonner sa composition en montrant ses figures en raccourci et vues par la plante des pieds, ce qui est rarement heureux. Primitivement les caissons des plafonds recevaient une décoration purement ornementale, des étoiles, par exemple. Plus tard Pausias
F'K- ^"i^- — Ducurallui) uitirald il'ajirùs une puiiiluru uuliquv.
(le Sicyone iniai,'ina d'y poindre dos oiseaux, dos (leurs ou di's petites li^'ures isolées, qu'il était facile de voir au premier coup d'œil, et qui n'avaient .uioiinc prétention à produire l'illusion d'un sujet.
Un autre point important à constater dans lo système décoratif dos anci(Mis, c'est la division en conipariiinonts.
r.es plafonds étaioni (ii'i-oirs ilnjjrès le système ornemental que nous appi'Ions arabesques. C'étaient dos rinceaux de feuillages, des
méandres distribués le long des poutres. Les caissons offraient des étoiles, des rosaces, et plus tard des masques, des têtes ou des figures isolées. La décoration des caissons par des peintures ou des sculptures
FJg. 5S0. — Rinceaux.
peintes se retrouve dans toute l'antiquité, depuis les monuments d'Athènes jusqu'à ceux de Baalbeck et de Palmyre.
11 nous reste malheureusement bien peu do plafonds antiques, par la raison que les maisons sont toutes effondrées; mais nous pouvons nous en faire une idée appro.vimative, au moins quant à la disposition,
Fig. 5SI. — Arabesque, puioture antique.
par une décoration analogue- qui se retrouve sur quelques murailles verticales. La figure 578, par exemple, nous offre dans chaque compartiment soit un petit enfant tenant un emblème, soit un oiseau ou une fleur. Dans la figure 579, un enfant ailé alterne avec une femme à demi nue, et toujours des fleurs s'échappent des angles, au centre desquels paraît une rosace qui se relie à la suivante par une tige fcuil-
L'AIICHITECTURE ROMAIiNE.
lue. 11 est bon de noter aussi que ces petites figures sont toujours placées diagonalement, de manière à rompre les lignes du carré qu'elles sont chargées de décorer.
Les anciens ont trouvé dans leurs arabesques un thème inépuisable de fantaisies délicieuses. Le régne végétal s'y mêle à des représentations d'animaux réels ou fantastiques. Les couleurs, toujours très-vives, ne sont jamais disparates, et la forme, toujours élégante, cherche les combinaisons décoratives les plus agréables pour l'œil. Ici (fig. 580), ce
Hg, S82. — l'cioture décorative.
sont des bœufs ou des chevaux qui courent parmi les enroulements de foiiillages, et alternent avec des lleurs d'une dimension impossible. l'Ius loin (lig. 581), ce sont des chevaux ailés dont la croupe se termine eu tiges de plantes ou en larges feuilles, et (pii surgissent de chaque côté d'une petite Psyclié aux ailes de papillon.
Le mélange des oiseaux avec les guirlandes de feuillages et les rinceaux est très-fréquent sur les peintures décoratives de Pompéi. La figure 582 en offre un modèle d'une rare élégance. Sur la figure 583, les oiseaux ne sont plus jwsés sur une guirlande, mais sur de frôles tiges de plantes qui s'enroulent en iaissaiil échapper des feuilles et viennent ensuite se rejoindre au centre.
Voici, (it;iire 58l!|, une dicoration ornementale d'une conception assez biz.in-e, mais d'une grâce exquise par la disposition des lignes. Sur une feu lie de nénufar, ou de plante aquatique, un rat, la queuo
en l'air, guette un papillon placé sur une autre feuille et, en face d'eux, un serpent à gros ventre se dresse sur sa queue et semble regarder ce
^U' ^J- — i'eiulurc decuralivc.
qui va se passer. Tout cela est supporté par des rinceaux qui s'enroulent en laissant échapper des fleurs ou des feuillages.
Les chèvres et les cerfs bondissent à travers les enroulements du feuillage (fig. 585, 586) ou bien sous les festons de vignes chargées de
Fi^, 584. — Peinluro décorative
raisin : les paons, les oiseaux aquatiques jouent parmi les pampres. Les centaures, les sphinx, les griffons, les tritons et les sirènes, se mêlent aux enroulements du feuillage et se combinent avec les masques tragiques ou comiques, les enfants montés sur des dauphins. Les lions (fig. 587, 588), les cerfs, les hippocampes et les ichthyocentaures cou-
LARCIIITECTURE ROMAINE.
rent à travers les rinceaux qui les enlacent, et mille fleurs étranges, roses imaginaires, convolvuiiis fantastiques, s'échappent de tiges bizarrement contournées (fig. 589, 590, 591, 592). Des colonnes de verdure grimpent le long des murailles, les insectes et les petits oiseaux
Fig. jSJ
l'ig. 160.
Peintures a'écoratfves.
se posent sur les branches légères qui s'en échappent discrètement, des poissons, accrochés par des rubans, pendent aux détails de l'ornement, des amours et des danseuses d'un dessin charmant s'encadrent dans de gracieux losanges.
La peinture d'architecture et d'ornement tient une place plus imjwrtante encore que les paysages ou les sujets mythologiques. Mais ce n-'ot d'architecture ne doit pas tromper le lecteur; il ne s'agit nullement
fig. M7
Pig. SON.
Poinluros décoratirot.
ici de représentations de monuments réels. Ce sont des colonnades fantastiques, des palais d'une construction impossible, et qui no peuvent exister qu'en rêve; des (leurs, des arabesques, des guirlandes, mêlées à de minces colonnettcs d'or toutes enrubanécs, des plantes grimpantes avec des oiseaux et des papillons qui volent autour, des danseuses et au milieu dr Imit cela un peuple de griffons pour décorer
les angles, do sphinx pour former les supports, de petits amours pour courir dans les frises, des lions et des cerfs courant à travers les rinceaux, des figures assises sur le calice des fleurs, tout un monde imaginaire inventé pour le plaisir des yeux, où rien n'est logique, où rien n'est possible, mais où tout est absurbe et charmant. L'ornement pom-
Fig. osa.
Flg. MO.
Peintures dôcoralives.
péien, condamné par le classique Vitruve, attaqué comme un non-sens par une foule de criliques, sera toujours étudié par les décorateurs amis de la fantaisie et reste comme un des types du génie antique, bien moins raide et guindé que ne le prétendent les puristes.
Ces gracieuses conceptions, qui se reliaient souvent à des colon-
Fig. 5U1.
Flg. bM.
Peintures décoratives.
nettes fantastitjucs- (fig. 593), appartiennent surtout à l'époque d'Auguste, mais, à cette époque même, ce genre de décoration ayait trouvé des détracteurs qui voyaient là une décadence de l'art. Vitruve, nous l'avons dit, ne cache pas son opinion à ce sujet.
« La peinture, dit Vitruve, est la représentation des choses qui sont ou qui peuvent être, comme d'un homme, d'un édifice, d'un navire ou de tout autre objet que ce soit dont on imite la forme et la
L'ARC HI TECTURK lî 0 M A I N K.
figure. Les premières choses que les anciens aient représentées sur les enduits sont les dilTérentes bigarrures du marbre; ensuite ils ont fait des comparlinionts de cercles et de trlangli-s jaunes et rougos. Ils essayèrent après cela de représenter la vue de leurs édifices par riniitalion des colonnes et de leurs amortissements élevés; et lorsqu'ils ont voulu peindre en dos lieux spacieux, ils y ont dessiné des perspectives comme sont celles des théâtres , pour les tragédies, pour les comédies et pour les pastorales ; dans les longues galeries ils peignaient des paysages représentant dilTi'rcnts sites : les uns représentaient des ports, des promontoires, des rivages, des fleuves, des fontaines, des ruisseaux; les autres des temples, des bocages, des troupeaux, des bergers; et en quelques endroits ils ont fait des sujets. Ce genre de peinture représente les dieux tels qu'ils sont décrits dans les fables, ou certains événements, comme les guerres de Troie et les voyages d'Ulysse dans les diverses parties du monde, de manière à ce que le pays.ige entre toujotn's dans leurs dessins; mais dans t lulrs leurs compositions ils ont constamment imité la nature et rendaient les ol)jots tels qu'ils étaient naturellement. »
On piMit, à la rigueur, comprendre le dédain d'un architecte psur des représentations de consiructions ([u'il juge irréalisables. Mais si l'on veut bien admettre un moment le ])oint do vue du décorateur, dont l'imagination s'exerce sans conirùlc
comme .sans danger pour la solidité d'un édifice imaginaire, on est obligé de convenir (|u'il y a souvent dans celte architecture toute de caprice les plus ravissants motifs d'ensemble. Des personnages ne se rattachant à aucun sujet déterminé sont .souvent mêlés à ces architectures peintes. La figure b9k montre une femme qui lient une sorte de cassolette, encadrée dans un giMcieux jiortuiue {|ue décore dans sa partie supérieure un pcisunnuge ailé conduisant doux chevaux. IM. bO
ll^ 5.13. — CuluniU'Ili', sur uno pcintuto de Puœ]ii>i.
Fig. 591. — Ropréscntitjon aictiitectonique. (D'après une pciiituro do Pumpéi.)
i-'ig. oUô. ~ l'eiijiuro a'archllocluro. (Puiiipoi.)
L'AHCHITKCTURE.
i-ig. 5%. — RepréseutatioQ archilecluralo. p'aprôs une pciuluro do Pompéi.)
L'ARCHITECTURK ROMAINE.
Dans la figure 595 le fond de la partie qui est au premier plan est rouge et le grand pilastre est blanc, ainsi que la bande qui traverse en largeur la partie supérieure. La corniche intérieure et la frise sont rouges; l'hippogriffe posé sur la corniche est vert. Tout le reste est
l'ig. ôvl. — U?prL>HuutaUuii aiciutcLlurult;. (D'aptis uno poloturo antique.)
jaune. La jeune f<'niiiie (|ui lit au prciniiT pian porte une (uMi(pi(> vcrie et un manteau d'un rouge paie.
L'architecture entre dans la décoration peinte ;'i un litre purement ornemental. Ce ne sont i)as des édifici'S existant ou même pouvant exister qui figurent li> plus souvent sur les murs de l'oinpéi, ce sont des rôves bizarres, mais charmants, on toutis les lois de la construction sont méconnues, aussi birn (|ue celles de la perspective, où la vrai-
seinblance est violée comme à plaisir. Des colonnades fantastiques se parent de mille couleurs arbitraires, au milieu de palais incoliérents, des portiques dont les minces colonnettes se croisent de cent faqons diverses, des galeries aériennes, des statues, des cavaliers, des tritons
l'i^. û'Jô. — IVmluru murale auuquc.
ou des sphinx, jouant sur les entablements, forment partout les assemblages les plus piquants et les plus imprévus (fig. i/90).
Les peintures d'une maison antique, découvertes dans la villa Negroni, à Rome, étaient," suivant Raphaël Mengs, les mieux entendues qu'il ait jamais vues. 11 y a dans cette décoration un gracieux mélange d'architecture peinte, d'arabesques, de figures isolées et de sujets. Deux pilastres d'ordre composite occupent le milieu de la muraille qui est divisée dans sa largeur en trois comparliinents (fig. 075.) Celui du
L'ARCIIITECTUnn ROMAINE.
milieu représente Venus et Adonis : co siiji't occupe (ont le panneau, tandis que les dcux'autres sont décorés seulement par une figure isolée. Des animaux fantastiques peints dans le bas, une petite scène maritime lans le haut, sous le cintre, complètent cette décoration dont Tcnsemble architectoniqne est des plus gracieux. Le sujet central avait fait donner à cette pièce le nom de salie d'Adonis.
C'est Vénus et Mars qui forment le sujet principal de la décoration
l'ig. ô'jU. — lonilurti iiiuralu aiilMiuu.
représentée figure 508, et on retrouve encore Vénus dans la figure 599, mais cetle fois assise sur un rocher et accompagnée d'une iiyin|hc. Dans ces doux décorations, qui sont également tirées de la villa Ncgroni, on remarquera (]ue le sujet (]ui occupe le milieu ne forme qu'un accident, important il est vrai, d'un ensemble qui est surtout ornemental. Le compartiment qui l'encadrait était rouge vif dans l'une des deux peintures et jaune dans l'autre. Les colonnettcs, les candélabres formant piédestal, les pampres et les ornements divers sont en général d'uiK! grande vivacité de ton, mais l'cnsembli^ offre celte sobriété de décors qui est toujours le trait dislinclif du goût des Grecs et des Romains.
L'AHCHITECTURE.
Les auteurs sont en cela d'accord avec les rares fragments qui nous sont restés de la peinture murale des anciens. Lucien décrit ainsi la décoration d'un appartement : « On doit encore admirer la beauté des plafonds, qui ne présentent aucune superiluilé dans les ornements, aucune surcharge qui choque le goût, mais un emploi convenable et mesuré de l'or sans qu'on puisse reprocher d'avoir plaint le métal. Ainsi la voûte de cet appartement, ce qu'on pourrait appeler la tête, présente, sans autre parure, un aspect aimable; elle n'a dor que
Kit". GOO — Stucaleuis.
(D'après un bas-rci;cf i^'allû-roaiain.)
comme le ciel embelli, ]>endant la nuit, d'étoiles qui bi'illent de dislance en distance, et fleuri de feux qui ne luisent que par intervalles. Si, en effet, ces feux étincclaient de toutes parts, loin que le ciel nous parût beau, il serait terrible. Ici, au contraire, on voit que l'or n'est pas inuiilc, ni répandu parmi les autres ornements que pour le seul plaisir de la vue; il brille d'un éclat agréable et colore de ses reflets l'appartement tout entier. Lorsque la lumière vient à frapper cet or, ils forment ensemble une clarté vive, qui répand au loin la sérénité de ses rayons. Qnant aux autres ornements de l'appartement, aux peintures des murailles, à la richesse des couleurs, à la vivacité, à la perfection et à la vérité du dessin, on peut les comparer à une prairie émaillée de fleurs; seulement, ces Heurs se fanent, se dessèchent, se changent
et perdent leur fraîcheur, tandis qu'ici le printemps est perpétuel, la prairie toujours fraîclic, les Heurs éternelles, car la vue seule les touche et cueille ce spectacle enchanteur. »
Xénophon dit, en rapportant une opinion de Socrate : « En un mot, la plus belle maison et la plus agréable est celle où l'on peut se retirer avec le plus d'agrément en toutes saisons, et renfermer avec le plus de sécurité tout ce que l'on possède. Quant aux peintures et aux variétés de couleurs, elles ôtcnt plus d'agrément qu'elles n'en procurent. » 11 f;iui conclure de là que des peintures existaient déjà chez les particuliers à Athènes au temps de Socrate, et que dans l'opinion du philosophe, une bonne distribution et la faculté de placer toutes choses convenablement était préférable à une profusion de peintures qui encombrent les murailh^s et occupent une place qu'on aurait eu avantage à utiliser autrement.
Constatons toutefois que ce n'est qu'à partir d'Alexandre que leur usage devint général. Ou saitqu'Agatharchus a décoré la maison d'Alcibiadc, mais tout le monde n'est pas Alcibiade, et son exemple ne saurait faire loi dans la question. Les artistes grecs de la grande période se souciaient peu des parliruliers; ils préféraient garder leur talent pour la décoration des édifices, et se présenter ainsi aux suffrages du public. Les peintres pompéiens doivent ôtre rattachés, pour les traditions de leur art, aux écoles de peintures qui llorisaaient sous les successeurs d'Alexandre. A cette épocjue, les mœurs étaient changées et les particuliers avaient gagné ce ([n'avait perdu la vin publique.
Les Romains employaient beaucoup de stuc pour masquer certaines parties de la construction "qui ne devaient pas être vues au dehors.
Un bas-relief gallo-romain découvert à Sens, où il était encastré dans les restes de l'ancienne muraille, montre des slucateurs et des peintres montés sur leurs échafaudages et travaillant à la décoration d'une salle (fig. COO).
Lk Pavage. — En Grèce, le pavage des édifices se fai.sait en briques ou en marbre. Les dalles, généralement de couleurs variées, étaient souvent disposées pour former divers dessins. Les ornements le pavage se prêtent à toutes les idées, à tous les caprices : grecques, entrelacs, rinceaux, festons, enroulements se trouvent à profusion dans les pavages antiques. Il est dillicile de savoir quel genre de décoration les Grecs ont adopté en premier lieu, mais d'après la tournure de leur esprit, ami des alternances et des ornements répétés, on peut admettre (pie le pavé devait répondre à la décoration du plafond, et que m. OU
ses compartiments diversement colorés étaient disposés en vue d"un accord avec les caissons des soflites et de la voûte. Le goi^it pour les pavages de diverses couleurs a existé chez les Grecs comme chez les Ro-
i-i^. tiUl. — l'..vaye huxiiovuu.
mains et les formes habituelles du dallage antique se sont conservées traditionnellement pendant une grande partie du moyen âge.
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La variété infinie de dessins qu'on peut olitenir rien qu'avec des lignes droites se voit dans la figure 601 qui se compose d'hexagones se coupant par l'intersection des angles de chacun d'eux dans la partie centrale de l'autre, dans la figure 602 formée de carrés et de rectangles de nuances diverses, dans la figure 603 qui forme des hexagones et des carrés alternés, dans la fiirure 60/(, oii les hexagones se coupent
L ilU.IlITECTURE ROMAINE.
de lignes qui les divisent d'une façon trùs-oompliquée en apparence, quoique très-simple comme principe ornemental, etc. C'est ici qu'on
tilj. cuj, — Pavago.
peut voir les ressources immenses qu'offre au dessinateur i'agenccmoni
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l'ig. «01. — l'avagu.
des lignes géométriques. Malgré le désordre apparent do cotte figure, elle montre un dessin tout aussi régulier ([uu celui de la figure 605 qui,
au premier abord, a l'air de présenter beaucoup plus de symétrie. La ligure 60G, qui se compose de triangles et d'hexagones séparés par des
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Fig. 605. — Mosaïque grecque.
rectangles, est encore une variante de celles qu'on a vues précédemniont.
C'est une grecque, dont les bandes simulent une saillie, que nous
i-'ig. Ooa. — .Musaïque, a Saïuto-iMaric de Co&uiudiud.
présente la figure 607, dont le type se trouve à Pompéi avec de nombreuses variantes.
Dans la figure 608, nous voyons des carrés qui jouent avec des cercles de la façon la plus originale, mais avec la figure 609, nous trouvons une série de cercles qui, en s'emboUant les uns dans les autres,
produisent un hexagone. Ces cercles, en effet, ue sont pas conoplétement ronds; les pans coupés qui les produisent sont composés de car-
l'i(5. ixn. — Pavagi; ivcc dis grooiuo».
rés et de triangles alternant de manière à produire une apparence circulaire.
Pl(J. 008. — l'avauo.
La ligure GlO est un labyrinthe entouré par des tours, dont qualro sont percées d'une porte centrale. Les lignes noiros simulant les murs,
il l'huit ])arlir il une di' ces portes et revenir au |ioiiii di- départ en sui-
vaut l'espace libre intliqué par le blanc-, il y a là un souvenir niyiholo-
tig. tiuy. — MuaUi^ue, a samlc-Croij; de Jl;lu^akUl.
inique du labyrinthe bâti par Dédale dans l'île de Crète et des palais qui l'entouraient.
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