SÔ
sur papier, comme l'ont fait les artistes modernes depuis la Renaissance.
Les Étrusques nous ont laissé un Irès-grand nombre de pièces mé-
Flg. CSG. — Animaux.
talliques, telles que vases, miroirs, cistes, obji'is de tout genre, qui sont enrichis de gravures au trait. Ce procédé leur était tellement familier,
Fig. 687. — Animaux.
que non-seulement ils l'ont appliqué aux métaux, mais ils l'ont employé également pour les vasts de terre. Au reste les Grecs ont fait de
Fig. GaU. — Auiiuuux.
même ])our les vases peints d'ancien style, car le contour était dessiné au trait à laide d'une pointe, et c'est dans ce contour que l'on posait à plat la couleur rouge ou noire avec laquelle les personnages sont coloriés. Les bandes d'animaux tels que ceux qui sont figurés sur les figures G83, 08/i, G8j, 080, 087, 088, se retrouvent égalcmeul et sans III. 70
554 LES BEAUX-ARTS
aucune différence apparente sur les vases en métal et sur ceux en terré de la même époque.
Fi? 689. — Miroir.
C'est principalement dans la gravure des miroirs que les Grecs oi les Étrusques nuus ont laissé des chefs-d'œuvre, et la figure 689 montre un miroir d'une disposition exquise et d'une délicatesse de forme incomparable.
LA PEINTURE
Les rr.ocÉDÉs. — Les peintres. — Les peintihes antiques. L\ CAr.lCATURE. — La mosaiqie.
Les prockoés. — La peinture paiMît n'avoir étù à l'origine qu'un simple coloriage, soit des statues et des monuments, soit de figures ou d'ornements dessinés sur une muraille à l'aide d'un simple trait, sur lequel on étalait à plat une teinte uniforme. C'est sous cet aspect que nous appaniii la pointure égyptienne. Les personnages sont, il est vrai, d'un ton ililïérenl qui sert à exprimer la race à laquelle ils apparliennent, mais ils ne présentent jamais ni ombre ni lumière, et le
Fig. Oyo. — Cuiïri't ényiniin Jecuri' do ligures.
relief n'est exprimé nulle part par le jeu des demi-teintes. Il en est de même dos animaux, des fleurs, des arbres et des objets divers représentés sur les peintures égyptiennes; ils sont coloriés, mais non modelés avec la rdiijrur, et le i-i'lid' n'est jkis exprimé.
Outre la peinture qui recouvrait les statues et les monuments, les Égyptiens l'employaient pour la décoration des meubles portatifs (fig. 690). La figure 691 nous montre un peintre occupé à tracer des animaux sur une surface plane. On peut remarquer que les peintres égyptiens ne se servent pas d'une palette comme la ncMre, mais ils tiennent à la main un petit pot de couleur. Cet outillage serait tout à fait insiidisanl pour l'aire des tableaux à eiïet comme les comprend l'art
modernf; mais les Égyptiens se contentaient de dessiner un contour dans lequel ils couchaient à plat une coloration uniforme, sans se préoccuper en aucune façon des demi-teintes et des transformations incessantes que la couleur subit sous l'action de la lumière. Quand ils
Fig. 691. — Un peintre.
avaient fini d'appliquer une teinte à un endroit déterminé, ils prenaient un autre pot contenant une couleur différente, et s'en servaient pour colorier une autre partie.
On doit supposer que les Assyriens employaient pour la peinture des procédés analogues à ceux des Égyptiens, mais on manque de do-
b'ig. (iy:;. — Lion assynou.
euments sur ce sujet. Les rares peintures que l'on connaît d'eux consistent en briques émaillées, et la céramique entrait comme partie essentielle dans leur architecture.
C'est en effet à l'aide de briques émaillées qu'ils obtenaient ces grands effets décoratifs qui donnaient aux édifices un aspect à la fois riche et imposant. Le beau lion en brique émaillée qui est reproduit
LA PEINTURE. 557
sur la figure G92 était placé au-dessus de la grande porte d'un palais de Ninive : il était d'un jaune tirant sur le roux et se détachait sur un fond bleu intense. Les taureaux à tête humaine qu'on voit au Louvre étaient placés de chaque côté de cette porte dont l'effet devait être vraiment merveilleux.
Au reste, la très-grande réputation qu'avaient dans l'antiquité les tapisseries babyloniennes a fait conjecturer que les appartements étaient souvent décorés de tapisseries à sujets. On doit présumer que l'art de la tapisserie avait également une grande importance parmi les Grecs de l'âge héroïque, et quelques antiquaires ont émis lopinion que ce
Fig. tiUii. — Fcmmo fui&aQt de la ta|iisscrio.
genre de peinture était le plus répandu dans l'antiquité primitive. La figure 693, tirée d'un vase grec, montre une femme faisant de la tapisserie. Nous n'avons pas à revenir sur ce genre de peinture dont nous avons déjà indiqué les procédés (tome III, page 131).
Il ne nous est rien resté de la peinture murale dos Grecs antérieurement aux gucM'res médi<iucs, mais les peintures qui décorent quelques tombeaux de l'Étrurie peuvent nous en donner une idée.
La figure OO/i repr(''sen(e une danso : une course do char, dont les figures sont beaucoup plus petites, est figurée sur le registre supérieur. On remarquera que dans la danse, toutes les figures sont séparées les unes des autres et peintes isolément sans .aucune recherche du groupement tel (]ue lo comprennent les peintres modornes. Elles consistent en de simples traits sur lesquels on a couché un ton à plat, en indiquant des plis ou des ornemcnis dans les draperies, mais nulle part on no voit trace d'une préoccupation quelconque de l'oiiibre ou de la lumière.
LES BEAUX-ARTS
Quoique la disposition des personnages dans la figure 695 montre des int'^ntions pittoresques un peu plus prononcées, puisque les figures sont moins isolées les unes des autres, le mode de peinture est exac-
Fig. OUI. — Peiulure dans uu lombeau étrusque.
temcnt le même. Dans le banquet funèbre aussi bien que dans les luttes gymnastiques qui figurent dans le registre supérieur, la peinture
Fig. 69Ô. — Peinture antique.
est couchée à plat dans le contour qui la cercle et ne présente aucune velléité de modelé. Les hommes sont généralement peints en rouge et les femmes sont d'une teinte plus pàlc; mais pour obtenir ces diffé-
rcnces, rartistc n"a eu qu'à puiser dans un pot où la couleur d'homme et la couleur de femme étaient préparées à l'avance. On peut en dire autant des peintures étrusques que nous avons déjà eu l'occasion de montrer (tonic 1, fig. 506 et 509).
On remarquera que les procédés employés pour les peintures murales sont exactement les mêmes que ceux des poteries, c'est-à-dire que ce sont toujours de simples traits qui accusent les contours aussi bien que les parties internes. C'est ce que nous montrent les ligures
Fijj. C'JO.
l'ig. ti«7.
l-'i^'ureii tiréus it'un vasu peint.
09G et G'J7 dans lesquelles tous les plis du vètouifiit sont indiqués par des délinéations dépourvues de tout modelé. Ces figures sont d'un vase peint qui représiMite les noces de Tliétis et de Péli-c et elles auraient été traitées de la même manière dans une peinture murale.
11 est présumable que les fameuses peintures do Polygnole qui décoraient le Pœcilc d'Athènes devaient présenter une certaine ressemblance avec celles dos tombeaux étrusques. C'est avec quatre couleurs seulement, savoir le blanc de Mélos, la sinople de Pont, le jaune d'Athènes et le noir de fumée, (]iie, suivant Pline l'Ancien, ces artistes fameux, Apelle, Kcliion, Mèlanllie, Nicoiii:i(|ue, ont produit lein-s chefsd'œuvre; et cependant les richesses des villes eniières sullisaient à
peine pour payer un seul de leurs tableaux. (( Aujourd'hui, ajoute Pline, que la pourpre est prodiguée sur les murailles, que l'Inde nous envoie le limon de ses fleuves, le sang des dragons et des éléphants, nous n'avons pas un seul ouvrage qui soit cité. Tout était donc meilleur
Fig. byti. — Uu atelier de peuilre. \,iJ'.iprt-*b une peinture de Pompei.)
lorsque les moyens étaient moins abondants. La raison en est, comme je l'ai déjà dit, qu'on prise plus la matière que le talent. »
Une curieuse peinture de Pompéi, découverte en 1813 dans la maison dCAdonis, représentait l'atelier d'un peintre (fig. 698). Cette .scène, composée de figures de nains, représente l'artiste devant un chevalet, occupé à peindre un portrait. Près de lui est une table sur laquelle sont étalées les couleurs, ainsi qu'un pot contenant un liquide destiné à les délayer. Un broyeur dans un coin est occupé à préparer les couleurs: il a près de lui une sorte de bassine. Un personnage drapé dans sa toge pose pendant qu'on fait son portrait, et deux amateurs causent sur l'œuvre du peintre, qu'une cigogne admire en tendant le cou.
Les peintres se servaient de chevalets exactement pareils aux nôtres : on en voit la représentation sur un bas-relief romain (fig. 699).
Ce chevalet n'est pas à crémaillères comme ceux dont se servent les peintres lorsqu'ils travaillent dans leur atelier, mais il est pareil à ceux qu'on emploie dans nos écoles, c'est-à-dire que les trois morceaux de bois qui le composent sont percés de petits trous dans lesquels on met, à la hauteur qu'on veut, des petites fiches, qui sont chargées de supporter le tableau.
Fig. 699.
Chevalet de peintre.
Dans une peinture de Pompéi, représentant une femme occupée à peindre, on voit, sur une colonne renversée, une boite à couleur assez semblable à celles que nous employons aujourd'hui (fig. 700).
« Les divers procédés de la peinture des anciens nous sont connus, dit Barre dans Herculanum et Pompéi. Leurs pinceaux étaient faits des poils de la queue de certains animaux; c'est même, à ce que croit Cicéron, de l'ancien mot pénis, queue, qu'est dérivé le mot penicellvs, pinceau. On employait nu mi'me usage des éponges, comme l'établis-
TWliP]
IHg. "00. — Pcmtno peintre.
sent plusieurs passages d'auteurs anciens, et entre autres de Pline, qui nous parle d'une espèce particulière d'épongés dont on l'aitdes pinceaux. Le même auteur, dans un nuire passage, raconte le trait assez célèbre de Protogène, qui, rencontrant un jour de grandes dillicidlés dans une de ses peintures, ap|)liqua fortement et avec dépit son pinceau contre l'endroit du tableau sur lequel il s'évertuait depuis longtemps et aperçut, à son grand étonnenient, que ce mouvement d'impatience avait ])roduit ce qu'il avait cherché avec tant d'elïorts; le pinceau est nommé dans ce récit ipomji'..
« On déinxnil les couleurs dans l'eau, la gomme, ou la colle fondue dans l'eau; on les étenilait ensuite avec le pinceau. Une autre manière tort en usage était I encaustique. iNous savons qu'on y eniploy.iit de m. 71
562 i5eS beaux-arts.
la cire et des burins, dont la pointe était rougie au feu, et à l'aide desquels on traçait, peut-être sur le bois, les contours desfigures. On suppose que dans les lignes ainsi creusées, on coulait de la cire colorée et fondue, et qu'ensuite on terminait avec le pinceau et des couleurs délayées d'après l'autre procédé. »
Les peintres. — Le peintre grec Polygnote ouvre la série des peintres fameux dont parlent les auteurs anciens! C'était un novateur, qui paraît avoir eu dans l'histoire de la peinture en Grèce une importance analogue à celle de Giotto dans la renaissance italienne. « Il fut le premier, dit Pline, qui peignit les femmes avec des vêtements brillants, qui leur donna pour coiffure des mitres de différentes couleurs, qui sut peindre des figures avec la bouche ouverte, dont on voyait les dents, et (jui en un moi n'avaient pas la raideur des figures plus anciennes. »
La description que Pausanias nous a donnée des peintures du Pœcile d'.\thènes, dont Polygnote n'a fait qu'une partie, mais qui dataient toutes de la même époque, montre aussi que les peintres savaient déjà composer de grandes scènes historiques et se préoccupaient de la ressemblance dans les portraits.
« En allant au Pœcile, dit Pausanias, portique ainsi nommé à cause des piMUturesdont il est orné, on trouve un Mercure Agora^us en bronze. Quand vous entrez dans le portique même, vous voyez d'abord un tableau représentant les Athéniens rangés en bataille en présence des Lacédémonicns à OEnoé,dansrArgolide. On n'en est point encore au fort de la mêlée, et il ne s'est encore fait aucune action éclatante : le combat ne fait que de commencer et l'on vient seulement d'en venir aux mains. Sur le mur du milieu, on voit le combat de Thésée et des Athéniens contre les Amazones. Après les Amazones se présentent les Grecs qui viennent de prendre Troie. Les chefs sont assemblés pour délibérer sur l'attentat d'Ajax contre Cassamlre. On aperçoit dans le tableau Ajax lui-même, Cassandrc et d'autres captives. Plus loin, la bataille de Marathon : les Béotiens de Platée et des autres villes alliées en sont aux mains avec les barbares, et de ce côté l'avantage est à peu près égal des deux partis. Hors du champ de bataille, les barbares sont en fuite et se poussent les uns les autres dans le marais. A l'extrémité se distinguent les vaisseaux phéniciens : les Grecs tuent les Perses qui cherchent à y monter. Vous distinguez dans ce .tableau le héros de Marathon de qui ce bourg a pris le nom: Thésée, qui paraît sortir de la
LA PEINTOnC. 563
terre, et Minerve et Hercule. Les plus remarquables parmi les combattants sont^Cailimaque, qui était alors polémarque; Miltiade, l'un des généraux, et le héros Echetlus. »
Les peintures de Polygnote montraient un art encore bien imparfait, si on le compare à l'état de la sculpture, qui, à cette époque, était bien prés d'atteindre son apogée. On est étonné de voir que le peintre Apollodore, un contemporain de Phidias, ait le premier tenté décolorer différemment les ombres et les lumières : il est considéré comme l'inventeur du clair obscur, et son élève Zeuxis marque le second âge de la peinture en Grèce.
On doit croire que la recherche de la réalité était à cette époque la grande préoccupation des artistes grecs ; du moins c'est ce que semblerait prouver le concours qui s'établit entre Zeuxis et Parrhasius. Zeuxis avait peint des raisins avec une telle vérité que des oiseaux s'en approchèrent pour les becqueter. 11 se croyait pleinement vainqueur, mais quand il voulut voir le tableau de son rival, que celui-ci lui avait dit être derrière un rideau, il s'approcha et, voulan: tirer le rideau, s'aperçut qu'il était peint. Je n'ai rapporté cette anecdote si connue et d'ailleurs parfaitement apocryphe, que pour en chercher la signification. 11 est certain que si les oiseaux des Grecs prenaient des fruits imités pour de véritables fruits, c'est que les oiseaux des Grecs n'étaient pas conformés comme les oiseaux de notre pays, et il estcertai 1 aus^^l que si les peintres de l'antiquité ne reconnaissaient pas un rideau peint d'un rideau véritable, c'est qu'ils n'avaient pas une auss grande ex|)éricnce de la peinture que les peintres d'aujourd'hui. Mais on pourrait tirer de celte histoire, en écartant ce qu'elle a de légendaire, une conclusion bien fausse, si on pensait que les peintres grecs attachaient une si grande importance à faire des trompc-l'œil. Il est évident que ces deux maîtres n'avaient en vue que d'essayer leur force et qu'il ne s'agissait là que d'une étude. Au surplus, l'histoire de la figure d'Hélène, peinte par Zeuxis, montre clairement la théorie des Grecs sur la nature de ce beau de choix, que nous nommons beau idéal. L'artiste avait réuni cinq belles jeunes filles à l'effet de composer la ligure d'après les contours les plus parfaits do chacune d'elles.
Timanthe, (|iii vint ensuit»-, se lit siu'lout connaître par des tableaux de petite dimension, mais il fit aussi des tableaux d'histoire, car il avait représenté le meurtre de Palamède, tableau qu'on avait placé à Éphèse et qui fit une grande impression sm' Alexandre le Grand. Son œuvre l.i plus fameuse est le Sitcii/icc d' l]ihiijcnie ; dans ce tableau il
tSi LES BEAUX-ARTS.
avait voilé la tète d'Agamemnon. Beaucoup d'écrivains ont présenté cette idée comme un expédient de peintre pour éviter de rendre une expression trcs-difficile. D'autres, au contraire, voient dans ce fait la preuve évidente que les Grecs étaient peu soucieux de l'expression, parce qu'ils n'estimaient que la beauté et la régularité des traits. La raison qui a guidé Timanthe me paraît beaucoup plus simple. L'idée du manteau cachant la tête d'Agamemnon n'était rien moins que nouvelle du temps de Timanthe, soit dans le costume, soit dans les mœurs, soit même dans l'art. Dans un moment d'extrême aflliction, les Grecs se voilaient toujours la face, et un artiste qui n'aurait pas fait cela aurait manqué à la vérité.
Eupompe fut le fondateur de l'école de Sicyone, d'où sortirent une foule d'artistes illustres, entre autres Paraphile, qui fut le professeur d'Apelie et passait pour un homme très-savant; son enseignement, très-célèbre dans l'antiquité, était basé sur les applications de la géométrie à la peinture. Avec Apelle et Protogène, la peinture arriva en Grèce au point le plus élevé où elle soit parvenue dans l'antiquité. Pline a raconté, sur la rivalité de ces deux artistes, plusieurs anecdotes un peu puériles, qu'il faut néanmoins rapporter, parce qu'elles donnent l'idée des récits qui circulaient de son temps sur les artistes de l'époque antérieure.
« Protogène, dit Pline, vivait à Rhodes. Apelle fit le voyage, curieux de voir les ouvrages de cet artiste, qui ne lui était connu que par sa réputation. A peine débarqué, il court à son atelier. Protogène était absent. Une vieille femme gardait un très-grand tableau, monté sur un chevalet et disposé pour le travail. Elle lui dit que son maître est sorti et lui demande son nom. Le voici, dit Apelle, et prenant un pinceau, il trace un dessin d'une extrême délicatesse. Protogène à son retour fut instruit de ce qui s'était passé. On rapporte qu'ayant considéré la finesse de ces traits, il s'écria : C'est Apelle 1 nul autre n'est en état de rien faire d'équivalent. Lui-même, avec une autre couleur, conduit sur ce môme dessin un dessin encore plus délicat. En sortant, il recommande à la vieille femme de le montrer à l'étranger, s'il revient, et de lui dire que c'est là celui qu'il cherche. En effet, Apelle se présenta une secjnde fois. Mais, honteux d'être surpassé, il refendit les deux dessins avec une troisième couleur, ne laissant plus rieiî à faire à la subtilité. Protogène, se confessant vaincu, courut au port chercher son hôte. Ils jugèrent à propos de laisser le tableau tel qu'il était, objet éternel d'admiration pour tous, mais particulièrement
LA PEINTURE. 565
pour les artistes. J'entends dire qu'il a péri dans le premier embrasement du palais d'Auguste, au mont Palatin. Les yeux s'attachaient sur ce tableau qui, dans un si grand espace, ne contenait que des traits qui échappaient à la vue. Il semblait vida au milieu de tant de chefsd'œuvre; mais par cela même il attirait tous les regards et tous les autres étaient moins renommés. » Tel est l'étrange récit que fait Pline sur la rivalité de ces deux artistes.
H Apellc de Cos s'est élevé au-dessus de tous les peintres qui l'ont précédé et qui devaient le suivre. Lui seul a fait plus pour la peinture que tous les autres ensemble, ayant même publié des livres qui contiennent les principes de l'art. Le caractère éminent de ses productions est la grâce. Trois grands peintres étaient considérés comme ses rivaux; il rendait hommage à leur talent, mais, après leur avoir prodigué les éloges, il disait qu'ils manquaient de ce charme que les Grecs appellent laGiàce; qu'ils réunissaient tous les genres de mérite, mais qu'en cette partie lui-même n'avait point d'égal. Un jour qu'il admirait un tableau de Prologène, d'un travail infini et d'une exactitude minutieuse, il se décerna un autre genre de gloire. « Protogène, dit-il, m'égale dans tout le reste et même il me surpasse; mais j'ai sur lui un avantage, c'est qu'il no sait pas quitter un tableau. » Importante leçon, dit Pline, qui nous apprend que bien souvent on fait mal en voulant faire trop bien. Sa franchise égalait son talent. Il reconnaissait la supériorité de Mélantlie sur lui pour l'ordonnance, et celle d'Asclépiûdore pour les mesures, c'est-à-dire pour les distances relatives des objets, ou la perspective. »
« Apelie, dit encore Pline, avait été mal avec Ptolémée, lorsque tous deux étaient à la suite d'Alexandre; l'ioléméc régnant en Egypte, Apelie fut je II': à Alexandrie par une violente tempête; des rivaux engagèrent par fraiidi^ un ijoul'fon du roi à l'inviter. Apelie vint sans méfiance au dîner royal; Ptolémée, irrité de ce manque de convenance, lui montra ses olliciers chargés de faire les invitations et lui demanda lequel d'entre eux l'avait invité. L'artiste prit au foyer un charbon éteint, et traça sur la muraille une image que le roi reconnut pour celle du boulTon dès les premiers traits. »
Après Apellc et Prologène, les auteurs anciens signalent encore Aristide de Thèbcs, Antiphile d'Lgypte et plusieurs autres qui s'illustrèrent durant la période macédonieime, mais il parait certain que la peinture cessa de progresser. La conquête romaine fit passer en Italie la plupart des chefs-d'œuvre dont les Grecs étaient si fiers, et la peinture,
quoique toujours exercée par des artistes grecs, déclina rapidement, quand elle fut obligée de se plier aux goûts emphatiques des Romains,
L'art romain, à son origine, se confond absolument avec l'art étrusque. Les anciennes peintures trouvées à Cœré, à Ardée, à Laniivium, la décoration des tombeaux découverts dans plusieurs villes étrusques, notamment à Corneto, attestent l'influence grecque sous laquelle elles ont été produites. Le Corinthien Démarate était venu s'établir à Tarquinies avec toute une colonie d'artistes grecs, et Cœré, ville qu'on croit d'origine grecque, avait un trésor à Delphes qui atteste les rapports d'art et de religion qui liaient l'Italie à la Grèce.
Ce sont des ouvrages du même genre qui ont dû être exécutés à Rome dans les premiers temps. Ces peintures n'étaient que des figures dessinées au trait et coloriées à teintes plates. On peut croire pourtant, d'après le témoignage de Plutarque et de Varron, que dans les deux premiers siècles de l'existence de Rome, les temples étaient d'une extrême pauvreté comme peinture sacrée. Ce fut Fabius Pictor qui, en décorant les murs du temple du Salut sur le Quirinal, mit à la modo ce genre de décoration.
Pline ne nomme qu'un très-petit nombre de peintres romains : les principaux sont Ludius et Piraeicus. « Ludius, dit-il, ne doit pas être frustré de l'éloge qui lui est dû. Cet artiste, qui vécut du temps d'Auguste, conmiença le premier à décorer les murs des appartements de peintures très-agréables. 11 y représentait des maisons de campagne, des portiques, des arbrisseaux taillés de diverses manières, des bois, des bosquets, des coteaux, des viviers, des canaux, des rivières, des rivages, suivant le désir de chacun. 11 y a placé des personnages qui se promènent, qui vont en bateau, qui arrivent à la maison sur des ânes, ou en voiture; d'autres pèchent, chassent, tendent des filets aux oiseaux ou même font la vendange. Dans le nombre de ses tableaux, on distingue des maisons de campagne où l'on n'arrive qu'à travers un marais. Des hommes qui ont fait prix pour transporter dos femmes les ont chargées sur leurs épaules et s'avancent en chancelant et craignant de tomber. On y voit encore beaucoup d'autres scènes très-plaisantes. Ludius a imaginé de peindre, dans des promenades découvertes, des vilies maritimes qui forment un coup d'œil très-agréable et ces peintures ne coûtent pas cher. »
« Piraeicus, que peu de peintres ont surpassé en talent, s'est fait tort à lui-même par le choix de ses sujets, puisque, n'ayant traité que de petits objets, il s'est pourtant acquis la plus grande gloire par la per-
fection de ce genre. Il a peint des boutiques de barbier et de cordondonnier, des ânes, des provisions de cuisine cl d'autres choses pareilles; ce qui le fit nommer rhyparographos (peintre de choses viles); mais ses ouvrages sont délicieux et ils se sont vendus à plus haut prix que de très-grands tableaux de plusieurs autres. »
Il ne nous reste aucune œuvre authentique des peintres dont les auteurs anciens ont parlé. Parmi les peintures que nous connaissons, quelques-unes sont peut-être des reproductions d'ouvrages qui ont eu de la célébrité, maison ne peut faire à cet égard que des suppositions. Ces peintures sont les seuls documents d'après lesquels nous puissions nous faire une idée, très-incomplète assurément, de l'art de peindre chez les anciens.
Les peintures antiques. — Nous avons fait reproduire déjà dans le cours de cet ouvrage un très-grand nombre de peintures égyptiennes. Ces peintures, qui décorent les tombeaux, sont extrêmement variées par le sujet, qui tantôt montre des compositions symboliques.
Fig. ~01. — Los sim.nllrs. (D'.ipris uno (iLMnture égyptionno.)
tantôt trnduit des scènes intimes ou guerrières. Très-mouvementé pnr l'intention générale, le dessin des peintres égyptiens prend au contraire une grande raideur par la manière sommaire dont lo contour est tracé. A force de supprimer tout ce qui est accidentel, pour ne laisser subsister que la ligne générale, la vie finit par disparaître. Si l'arlisle supprime de parti pris les détails qui donneraient aux formes la souplesse, il souligne au contraire, avec une précision qui va jus(iu';i la sécheresse, tous ceux qui peuvent accentuer sa pensée en la rendant plus nette. Ainsi dans les semailles que nous montre la figure 701, les grains qui
sont lancés par la main du semeur décrivent une ligne très-ferme, et dans laquelle le peintre n'a tenu aucun compte des modifications que l'air et le vent devraient apporter à cette ligne qui, dans la nature.
Fig. ~U2. — Lion et lionne. (D'après une pcinlure de vase.J
serait noyée, et aurait même complètement disparu, à l'endroit oit les grains sont près de loucher à terre.
Fig. "oa. — Taureau do Marathon. (D'après une peinture de vase.j
Nous ne connaissons pas de peinture assyrienne, en dehors de quelques briques émaillées, en sorte qu'il est difficile d'en préciser les
LA PEINTUP.K.
caractères, quant à l'allure générale du dessin ; mais le style oriental est trôs-netteinent affirmé dans les bandes d'animaux qui décorent les vases de la Grèce primitive et de l'Élrurie (fig. 683 et G8/1). Dans Ir.
Fig. ■Î04. — Curf élrusiiuc.
constniciion dos formes, ce qui distingue ces anininux, c'est la longueur démesurée de leur corps (jui, par suite de eut allongement, paraît
Fig. 705. — NarcibSL'.
extrêmement mince. En outre le dessin des parlii's iiii. mes osi toujou:^ indiciué par un liait nettement accentué. Le manque ahsulu do proportion et l'incorrection llngrante du dessin n'empCclienI pas ces animaux tl'avoir souvent une assez belle lournun; décoralive (llf;. CS,"), C80, ()87, 688). C'est là un secret des époques barbares, que la gi'ande iii. 7-J
LES BEAUX-ARTS
civilisation des Grecs et des Romains avait complètement perdu, mais que les artistes du moyen âge ont bien su retrouver dans les
Fig. -OG. — Léda.
animaux héraldiques du blason. C'est surtout dans les monuments céramiques que la transition est facile à suivre. Ain<i le lion et la
Fig. "0". — Educatiun d'AchiUe.
lionne représentés sur la figure 702 ont un caractère oriental bien déterminé, tandis que le taureau représenté sur la figure 703 est
LA PEINTLRE. 37i
bien plus rapproché du style des époques suivantes et le héros qui lui
Fig. %S. — Satyre.
saisit la corne et va le frapper de son épèe a une allure complètement
Fig, loi). — l'otutuie d'iiorculaiiuui.
grecque. I.c cerf étrusque représenté sur la figure 'Oh se rattache aux mêmes traditions que les figures précédentes.
Nous ne connaissons guère la peinture antique que par les fouilles
LES BEADX-ARTS.
de Pompéi et d"Herciilanum. Aussi le musée de Naples est-il sous ce rapport le plus intéressant à visiter; il n"a pas d'équivalent en Europe, puisque le chiffre des spécimens qu'il contient de la peinture antique dépasse le chiffre énorme de 1,600 ouvrages. Ces peintures ne sont pas des tableaux, mais de simples décorations murales, exécutées dans une petite ville par des peintres provinciaux. Ces peintres exécutaient, de pratique et sans consulter aucunement la nature, une fou'.e de petites compositions, qui pour la plupart étaient des réminiscences
Fig. "10. — Bacchanto sur uno cenlauresse.
d"ouvrages connus dont ils avaient vu l'original dans une ville plus importante. Le grand intérêt qui s'attache aux peintures de Pompéi vient donc bien moins de leur valeur comme exécution que du charme de la conception. L'exécution, extrêmement lâchée la plupart du temps, est pourtant curieuse à étudier, parce qu'elle nous fait connaître les procédés employés dans l'antiquité. La couleur est généralement fort empâtée, et le modelé, très-sommaire, est obtenu dans les carnations par des hachures dirigées dans le mouvement du corps. Les couleurs employées ont été délayées avec de la cire, et peut-être recouvertes d un vernis à la cire: dans quelques-unes cependant on voit le trait du dessin, creusé dans l'enduit et cernant les figures; celles-là sont de véritables fresques.
LA PEINTURE
Au point de vue de l'invention, les peintures de Pompéi peuvent se diviser en plusieurs catégories : les sujets mythologiques, les sujets intimes, les paysages et les arabesques. Ces peintures, qui ont été exécutées au moment où commence l'ère chrétienne et dans un espace de temps qui n'excède pas soixante ans, présentent entre elles une assez grande analogie et ne peuvent en aucune façon se classer par écoles, comme on le fait dans nos musées pour les ouvrages modernes. Un fait
¥tg. lil. — Nyinpiio. U'^urc.)
remarquable et qui déroute un peu nos habitudes c'est qu'on n'y trouve aucun sujet se rapportant aux événements contemporains ou môme à l'histoire proprement dite. Ce sont les poëtes et non les historiens dont les peintres s'inspirent. Ainsi, il n'est aucunement (|ues(ion de César ou d'Auguste, mais Hercule et les héros de la guerre de Troie apparaissent fréquemment.
Dans cette catégorie nous signalerons, parmi les ouvrages les plus célèbres, VHercule ayant pris de lui Télèphe que nourrit une biche, une des plus grandes peintures découvertes h Hcrculanum; \arcisse contemplant son image {fit;. 705); lli/las i-avi par les nymphes, peinture trés-curieusc, parce que c'est l'unique exemple d'une scène se passant
LES BEAUX-ARTS
dans un bois feuillu ; T/twce vam^iiéwr du minotaure; ['Ariane abandonnée, jolie composition où Ton voit 1 "Amour pleurant à côté de la pauvre délaissée; Léda dressée par son cygne (fig. 706); Médée méditant le meurtre de ses enfants; le Sacrifice d'iphigènie, VEnrcvemcnt de Briséis, compositions assez froides et qui font présumer que le sentiment dramatique était peu développé chez les peintres, surtout si, comme on le croit généralement, ce sont des reproductions douvrages célèbres. Mais dans les compositions qui demandent du goût plutôt que de la passion et de l'entraînement, l'art antique reprend toute sa
Fig. 112. — Uno Néréide.
supériorité. 11 est difficile de rien voir de plus exquis que VËdiication d'Achille par le centaure Chiron, que reproduit la figure 707, V Apollon citharède, les Sluses, les Trois Grâces, et les sujets décoratifs se rapportant au mythe de Bacchus, tels que les satyres (fig. 708) et les nymphes.
Les nymphes, quelquefois entièrement nues, mais dont le bas du corps est plus souvent ceint d'une légère draperie volante, dansent avec les' faunes couronnés de lierre. Ces figures dansantes, bien que presque toujours pourvues d'attributs mythologiques, ne se rattachent à aucun symbole et pe se rapportent à aucune fable connue.
Les centaures ont également fourni aux peintres anciens de charmants motifs de décoration. Ici (fig. 709), on voit un centaure empor-
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tant dans sa course rapide la baccliante qui vient de le subjuguer. Plus loin (fig. 710), c'est une bacchante montée sur la croupe d'une ccntaurcsse. La bacchante est vùtue d'une tunique jaune que recouvre une draperie verte jetée sur son épaule et qui repasse sur ses reins.
Dans d'autres peintures, on voit un centaure instruisant un jeune garçon à pincer de la lyre et une centauresse montrant à une autre à jouer dos cymbales. Presque toujours ces sujets sont accompagnés d'emblèmes baclii(iues comme le thyrse ou le tympanon.
pi(5. H3. — Cliar trainii par des ImcIics.
La nymphe rcprvsentée sur la figure 711 est une des plus exquises pointures que nous ail laissées lanticpiité. On la désigne généralement sous le nom do Flore, et cette ai)pelluiion est assez juste. La déesse, vôtuo d'iino draporii' jaune bordée de pourpre, se détache sur un fond vert. i;ile est vue de ilos et découvre seulement une partie do la joue droite. Ses cheveux blonds sont retenus par un diadème. Elle va nupieds, tenant do la main droite une llcur qu'elle vient de cueillir 5 un»! tige et portant uni' coino d'abondance sur le bras gauche.
Les Néréides cl toutes les n\in|ihos qui font partie du cortège habituel de Neptune ont fourni aussi de gracieux motH's pour la déciu'ation
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des appartements. La figure 712 en donne un exemple : une panthère marine, couleur eau de mer et tachetée de marques rondes, porte mollement une Néréide qui, d'un vase d'or, verse dans une patère la
Fig. 714. — Char atlelé de cjgnes.
liqueur que le monstre lèche savoureusement. Une autre Néréide, qui fait pendant à celle-ci, est portée sur un hippocampe, ou cheval marin,
Kjg. "10. — Char traiuë par des dauphins.
dont la couleur est également celle de l'eau de mer. Ces peintures se détachent sur un fond rouge.
Les sujets relatifs à l'amour sont également trôs-nombreux ; on voit le fils do Vénus qui dompte les bêtes féroces, qui conduit un char traîné
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par des biclies (fig. 713) ou des cygnes blancs (fig. 71/(). Rien n'est plus gracieux que ces attelages de bêtes sauvages se pliant avec docilité aux volontés de leur gracieux conducteur, qui tient en main les rênes. Ailleurs les Amours traversent les eaux, montés sur des hippocampes ou des dauphins (fig. 715). Enfin la fameuse Marchande d'amours (fig. 716), dont le sujet n'a pas besoin d'explications, est un modèle exquis de peinture fantaisiste, que l'art moderne a souvent imité.
Fig. 71G. — M.irctiatidu d'amours.
Les danses sont très-fréquemment représentées sur les peintures de Ponipéi, seulement ce ne sont jamais des danses d'ensemble. Une seule danseuse occupe habiluellement un panneau, comme dans la figure 718, ou bien il y en a deux ensemble comme dans les fameuses danseuses d'IIerculanum. Toutes ces danseuses, au surplus, sont en l'air, et ne surgissent jamais du sol, ce qui prouve bien le caractère parement décoratif de ces peintures. Voici, par exemple, une danseuse qui, lasse sans doute de sa course aérienne, est allée se reposer sur uno lltMir, comme un papillon (fig. 71'J). Aucune drs peintures qui composent celle série n'a pour objectif une réuliié qucl- III. 'i3
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conque, et les figures, aussi bien que les animaux et les plantes qui forment la composition, ont une valeur toute ornementale.
Outre les danseuses, il y a les petits génies qui sont également fort nombreux.
Un cliarniaut petit génie ailé, qui se détache sur un fond blanc, forme le sujet de la figure 720. 11 tient d'une main un plat ou un disque, et de Tautre il fait voltiger un ruban sur sa tête.
Kig. "17. — Bdcchus ul Ariatic.
Voici une peinture décorative charmante de fantaisie et d'imprévu : elle représente un petit char extrêmement léger dans lequel est une sauterelle et que conduit un perroquet vert à collier rouge (fig. 722). Ce genre de composition n'est d'ailleurs pas rare dans la décoration pompéienne et répondait probablement à une mode qui avait cours en ce temps-là. Ainsi, dans la figure 721, ce n'est plus un perroquet mais un grilTon qui traîne le char, et le personnage qui se fait ainsi voiturer est un papillon. La figure 723 montre une colombe qui, avec son bec, lire un ruban d'une boîte à ouvrage assez semblable à celles que nous employons.
Une autre série de peintures, qui n'a pas moins de valeur au point de vue de l'art, mais qui est bien plus prisée des archéologues, montre des scènes intimes qui fournissent de précieux renseignements sur les mœurs des anciens. Ici c'est une taverne où sont attablés des buveurs,
I,.V l'I. IMUUE.
une boutique de comestibles avec une jeune fille qui fait ses emplettes, des marchands occupés à leur vente, une école avec un écolier qu'on fustige. Plus loin nous trouvons les industries, généralement personnifiées par des petits génies ailés occupés de leur travail, génies cordonniers, génies menuisiers, génies meuniers. Ailleurs nous voyons les jeux enfantins, le jeu de cache-cache, le jeu de Croquemitaine, s'il est permis d'employer ce mol moderne pour désigner ce masque terrible
Fig. T18. — Danseuse.
([ii'un onf:ini présonl(> à son camarade épouvanté. Puis nous sommes tiausporii's dans les coulisses d'un théâtre, nous voyons le régisseur au milieu des acteurs qui font la répétition, le poêle relisant son ouvrage, des scènes assez nombreuses de tragédie et de comédie, etc.
Les paysages sont traités d'une manière assez faible : la perspective et les efl'els de la lumière y font absolument défaut. Mais de quel puissant secours ils sont pour iiniis faire comprendre la physionomie des campa'.,'nes antiques, et surtout de ce golfe de Naples, (u'i tous les oisifs de liouie se donnaieui rendez-vous, comme aujourd'hui les Pari-
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siens dans les villes d'eaux, mais avec bien plus de luxe et sur une bien plus grande échelle (fig. 72Zi). D'abord voici les villas qui s'avancent jusque dans la mer, ou s'élèvent parmi des touffes d'arbres et des bosquets de verdure. Tous les champs sont couverts de chapelles, d'arbres sacrés entourés d'une margelle, de statues de divinités sur leur piédestal ; les eaux sont couvertes de barques dont la forme élégante fait un si heureux effet ; les fermes, les villages se perdent dans la verdure, ou
Fig. "19. — Daascuse sur une fleur.
du moins on le soupçonne, car la perspective est tellement absente que, dans la peinture, les objets sont souvent placés les uns au-dessus des autres comme dans les paravents chinois, ft non les uns derrière les autres, comme cela se passe dans la nature. Vous avez lu dans les auteurs que les Romains prisaient fort l'Ég^'pte et tout ce qui en provenait; les pointures confirment cette donnée. On a eu raison de dire que l'Egypte était la Chine ou le Japon de l'aniiquité. Voyez-vous ces jardins dans le goût égyptien, avec dos petits kiosques à l'égyptienne et des plantes exotiques. Le peintre a eu soin d'y mettre des ibis et ceci n'a
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rien d'improbable. Mais, pour rendre l'illusion plus complète, il place des crocrodiles et des hippopotames dans les petits ruisseaux qui coulent dans les parcs. Ici le doute est permis, car aucun auteur n'a dit
Fig. 7i0. — G"nic ailé.
que les riches Romains qui allaient en villégiature comptaient ces animaux parmi les bêtos d'agrément qu'ils entretenaient h grands frais
KiK. "il. — char Irainé p.ir un giiirm.
pour égayer leurs jardins. Je dois signaler un autre point sur lequel les peintres sont en dt'saccord complet avec les écrivains. Les pures de l'Kglise allirnioiit que les païens avaient les mœurs les plus dissolues, que les orgies succédaient aux orgies, et ([u'un plaisir ne méritait co nom parmi eux que s'il avait (luelque chose d'infùmc. Eh bien, si nous
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en croyons les peintres pompéiens, le plus grand plaisir des anciens était la pêche à la ligne. Dans leurs paysages, au bord de la mer, le long des ruisseaux, sur les bateaux, et jusque sur les marches des chapelles ou sur le socle des statues, ils placent des petites figures qui ont en main une ligne à pêcher.
"22. — Char Iraîné par un perroquet.
Le sentiment de vague rêverie que la vue d'une campagne solitaire fait naître en nous existait également dans l'antiquité ; mais avec la tournure d'esprit qu'avaient les Grecs et les Romains, il semblait appartenir au domaine de la poésie plutôt qu'à celui des arts plastiques.