Vcrmssage d'un Yase
LA CÉRAMIQUE. 130
aient un grand débit, soit au marché, soit dans les rues, qu'ils rapportent beaucoup et qu'ils me rapportent aussi à moi puisque je cliante. — Mais, ô potier, si tu me refuses un salaire en me trompant, j'invoquerai contre toi tous les dieux funestes aux fourneaux : Syntribe, Smaragos, Asbetos, Sabactôs, llomodamos, qui causent de grands dommages aux potiers. Je les prierai pour que tout le fourneau soit détruit au milieu de tes cris d'alarme, et que, dans l'intérieur, les vases fracassés soient éparpillés en éclats. »
Le chimiste Brongniart, qui fut longtemps directeur de la manufacture de Sèvres, parle ainsi de la fabrication des poteries grecques : «La façon de ces poteries, dit-il, est souvent parfaite et très-soignée, au point que le dessous des pieds de certains vases présente des moulures peu saillantes et tournées avec une grande pureté. Des instruments semblables à nos estampilles ou cachets ont souvent été employés pour former des ornements comme gravés sur différentes parties de ces vases. La ressemblance complète de ces ornements et la manière dont ils sont estampés sur la pièce ne laissent aucun doute sur ce mode de fabrication. Il y a très-peu de pièces ovales, encore moins de rectangulaires; des côtes arrondies ou godrons délicats, mais prononcés avec fermeté, ornent le corps des pièces. Leur irrégularité prouve qu'ils ont été faits à l'outil et non au tour, sur la pièce encore fraîche ; leur obliquité sur le pied de la pièce, due à la retraite en spirale qu'elle a prise en cuisant, prouve qu'ils n'ont pas été faits dans un moule. Les garnitures, anses et becs sont en général simples, sans jamais être lourds; des méplats tellement sentis et réguliers qu'ils sembleraient avoir été faits à la filière, des côtes peu saillantes, parallèles aux bords, et des torsades, allégisscnt les anses sans leur ôter la solidité qui leur est nécessaire.
« La plupart de ces vases ont été ébauchés d'une seule pièce; mais quand ce mode de fa(^onnnge n'était pas praticable, soit en raison de la forme de la pièce, soit en raison de sa grandeur, le collage est on général si exact et si parfait qu'il est très-difficile d'en découvrir les traces, par conséquent de déterminer avec certitude le mode de faronnage. Les pièces ovales très-rares et les figures d'animaux des rhylons ont été faites dans des moules à deux coquilles. Ces poteries sont généralement à pâte rougcàtrc pâle et sale, très-souvent couvertes d'ornements on noir et de figures réservées en rouge. 11 n'y a que trèsrarement dos ornements et des figures en relief, encore ces figures sont-elles mates et accompagnées d'ornements noirs et rouges.
140 L'INDUSTRIE
« Le vernis qu'on appelle rouge et jaune ne me paraît avoir aucune couleur; mais comme il est mince et transparent, il exalte et ravive la couleur rougeâtre de la pâte. Le noir, seconde couleur dominante des vases campaniens, peut être aussi considéré comme un vernis général placé sur le premier. Les vases campaniens présentent quelques autres applications de couleurs peu variées et toujours mises en teinte plate... Les figures, qui sont presque toujours en rouge sur un fond noir, ont été réservées ; on en a tracé les contours avec du noir, et le fond a été mis au pinceau et réchampi à l'entour des Ogures. La plus simple attention suffit pour faire voir que les anciens n'ont employé dans le posage des fonds et la peinture des figures et ornements, ni le procédé du putois, ni celui du grattage, ni celui des types ou réserves découpées. Il y a plus d'incorrections, mais aussi plus de sentiment; celui de l'ouvrier artiste qui dessinait et touchait si rapidement ces figures s'y présente dans toute sa force et dans toute sa naïveté; c'est ce qui fait le mérite, ou au moins l'intérêt de ces sortes de peintures. »
En Grèce, les fabriques les plus importantes sont Athènes et Corinthe. Le Péloponnèse est relativement plus pauvre, mais dans l'Archipel, Mélos etThéra ont donné de nombreux et intéressants produits. En Sicile, les pays soumis aux Carthaginois paraissent avoir fabriqué moins activement que les autres. Agrigente, Gela, Camarina.ont donné lieu à des découvertes plus importantes que la riche Syracuse. Dans l'Italie méridionale, Locres et Tarente sont les deux points où la fabrication paraît avoir été la plus ancienne. Canusium (aujourd'hui Canosa) et Rubi (aujourd'hui Ruvo) étaient pourvues de nécropoles qui ont fourni des fouilles curieuses. Les nombreux vases de Cumes et de Nola appartiennent à une fabrication qu'on regarde comme postérieure à la domination des Samnites. Au nord de Rome, Tarquinies et Vulci ont doté les grandes collections d'Europe de trésors inappréciables pour l'art et l'archéologie. Le musée de Saint-Pétersbourg possède presque tout ce qui a été découvert à Panticapée, en Crimée, et le musée de Leyde est particulièrement riche en produits de la Cyrénaïque.
« La plupart des peuples, dit Pline, font usage de vases de terre. On vante Samos pour sa vaisselle. Arretium, en Italie, conserve encore sa célébrité. Sorrente, Asta, Pollcntia ont la vogue, mais seulement pour les coupes, ainsi que Sagonte, en Espagne, et Pergame, en Asie. Tralles et Mutines, en Italie, ont de même leurs fabriques; car les ouvrages de ce genre font aussi la gloire des nations, et quand ils sortent d'une manufacture distinguée, on les transporte par terre et par mer
LA CÉRAMIQUE
dans tous les pays du monde. On voit encore aujourd'hui, dans un temple à Erythres, deux amphores consacrées à cause de leur finesse. Un maître et son élève s'étaient défiés à qui des deux ferait en terre le vase le plus mince. Les amphores de Cos sont les plus belles; celles d'Adria les plus fermes. Les amphores ont donné lieu à quelques exemples de sévérité. Nous lisons que Q. Coponius fut condamné comme coupable de brigue, pour avoir donné une amphore à un homme qui avait droit de suffrage. Et afin que le luxe assure aussi quelque dignité à la vaisselle de terre, je dirai que du temps de Fenestella, le service
Fig. 169. — Four à potier. (PorDicula.)
;i trois plats était le dernier effort de la magnificence dans les festins; ce qui annonçait déjà la décadence des moeurs, moins perverties pourtant que celles des philosophes de la Grèce, puisqu'à la mortd'.\ristotc, soixante-dix plats furent mis en vente par ses héritiers... Vitellius, pendant son règne, se lit construire un plat qui coûta un million de sesterces, et pour lequel on bâtit un four en pleine campagne; car tels ont été les progrès du luxe, qu'un plat de terre est aujourd'hui plus cher qu'un vase murrhiu. »
En Grèce, Samos était un contre important de fabrication pour les vases et ustensiles de terre destinés aux n-pas. Les pièces de luxe se faisaient plutôt ù Athènes, où tout un quartier prenait le nom de Céramique, à cause des potiers qui l'habitaient. Ce qui contribuait à la supériorité des produits athéniens sous ce rapport, c'est que l'argile line
L'INDDSTRIE.
du promontoire Colias, près Phalère, était particulièrement propre à la fabrication des vases.
Les Romains ont employé quelquefois des vases de grandeur colossale, et qui devaient présenter de sérieuses dilGcultés pour la fabrication.
« D'aussi grandes pièces, dit M. Albert Jacquemart, ne pouvaient être travaillées au tour; on les construisait à la main, au moyen de colombins, sortes de plaques rectangulaires et courbes que l'on plaçait par zones circulaires superposées, en les pressant h la main par leurs
Fig. no. — Four romain, à poterie.
deux faces pour les faire adiiércr entre elles et les réunir intimement avec les zones déjà posées. Avec une dessiccation plus ou moins prolongée, selon l'épaisseur des parois, les vases étaient roulés jusqu'au four, où ils étaient placés avec soin pour recevoir une cuisson de quarantehuit heures environ. Au bout de huit jours de refroidissement on procédait au défournement; c'est du moins ainsi que cela se pratique dans la fabrication moderne, tout à fait identique à l'ancienne. »
On a retrouvé quelques fours à potiers, qui remontent pour la plupart à la période romaine. Il y en avait à peu près dans toutes les provinces.
La figure 169 représente un four romain découvert en Angleterre, dans le Northamptonshire, et qui paraît avoir servi pour de la poterie. La poterie' avait pris une assez grande importance en Gaule, après la
LA CKRAMIQUE. 143
conquête romaine. Un four romain à poterie, que reproduit la figure 170, a été découvert aux environs de Strasbourg.
PoTEiiiES ÉGYPTIENNES. — On a retrouvé dans les fouilles peu de grands vases, mais un très-grand nombre de petits pots à pommade, de statuettes figurant des divinités, ou de pions servant à des jeux assez analogues à notre jeu de dames ou d'échecs. Les poteries égyptiennes sont composées d'une terre trôs-différente de la véritable porcelaine, mais on ne peut pas davantage leur donner le nom de faïence, puisqu'elles résistent sans se fondre à la température du four à porcelaine. Elles constituent donc une classe à part.
« Les terres cuites égyptiennes, dit M. Albert Jacquemart, proviennent toutes des fouilles opérées dans les nécropoles, et on les trouve constamment avec les plus précieux travaux de verrerie, d'émail et de bijouterie; il faut dés lors reconnaître qu'elles occupaient un rang imporlaiii dans l'estime des hautes classes de la société, et, en effet, ces terres, composées de quatre-vingt-douze pour cent de silice, sont si pures, si serrées, et tellement aptes à conserver les plus fins reliefs, les empreintes les plus délicates, qu'on les avait d'abord nommées porcelaines d'Egypte. Souvent recouvertes d'une glaçure luisante, elles montrent rarement la teinte blanche de la mie, et sont colorées par des oxydes do cuivre bleu céleste ou vert tendre. Du moment où ces terres ne peuvent prendre le nom de porcelaines, doit-on les classer parmi les faïences? Pas davantage, car elles résistent, sans se fondre, à la température du four à porcelaine dure, la plus élevée de toutes. Les terres siliceuses ou quartzeuses de l'Egypte tiennent dés lors le milieu entre la porcelaine et les grés cérames; elles sont le produit d'un art avancé, et si leur coloration générale est aussi uniforme, on doit l'attribuer bien plus à certaines régies symboliques qu'à l'impuissance des artistes antiques. On peut voir dans la riche suite du Louvre des pâtes à glaçure blanche rehaussées de dessins incrustés ou jieints en bleu, noir, violet foncé, vert et même rougi;; le vert et le bleu de cuivre s'associent bien au bleu de cobalt, au noir, au brun, au violet de manganèse, au blanc et au jaune. Ce qui prouve d'ailleurs avec quelle certitude les potiers opéraient ces combinaisons, c'est qu'on rencontre des pièces où les tons divers occupent des espaces trés-rcstrcints et tranchent vivement l'un sur l'autre; une figurine bleue a lo visage coloré en jaune doré, des bracelets bleu foncé portent sur leur surface des hiéroglyphes réservés en bleu céleste, ou réciprointemeut. (Juelquefois l'objet à dé-
144 L'INDUSTRIE
corer a été gravé, puis un émail vif a rempli les cavités pour venir araser la surface ou la dépasser légèrement. Voilà donc tous les procédés que pourra nous offrir la céramique dans ces âges divers employés là où Brongniart avait cru entrevoir une certaine uniformité résultant de l'inexpérience! Or l'étonnement augmente lorsqu'on cherche à quelle époque il faut attribuer ces travaux; les autorités les plus incontestables font remonter à 3850 ans avant notre ère les belles statues de bois de l'ancien empire envoyées à l'Exposition universelle de 1867 par le vice-roi; la période la plus florissante de l'art égyptien du nou-
Flg. 1~1. — Kgyptiuns terminaat un vase.
vel empire correspond au xvii' siècle avant Jésus-Christ; les peintures des hypogées montrent les formes variées, l'élégance des vases et leur emploi multiplié dans tous les actes de la vie civile ou religieuse; on peut se convaincre ainsi de l'état d'avancement de la céramique aux diverses époques de la puissance des pharaons ou de leurs successeurs, et distinguer trois âges dans les objets en terre siliceuse : la haute antiquité fournit les produits à peine ressemblant à un biscuit de porcelaine, et ceux couverts d'un enduit excessivement mince; Vantiquité vxoijenne se manifeste par des objets moins purs de travail et couverts d'une glaçure tellement épaisse qu'on pourrait la prendre pour un émail ; l'ère des Ptolémées se reconnaît à une influence grecque très-marquée ; la poterie siliceuse fait place à une poterie à pâte grossière et tendre, tantôt peinte sur la surface nue. tantôt couverte d'une glaçure, fabrication qui s'est continuée dans les u° et m' siècles après Jésus- Christ, sous la domination romaine. »
LA CÉRAMIQUE
Les Égyptiens avaient des poteries odorantes qui se fabriquaient à Coptos ; ce genre de fabrication se faisait aussi dans l'île de Rhodes. Athénée nous fournit sur ce sujet les renseignements suivants :
Fig. 1"2. — Nettoyage d'un vase égyptioo.
(1 Quant aux vases à boire, bannissons d'ici ceux de terre cuite ; car Ctésias rapporte que ceu.K qui sont disgraciés du roi de Perse ne se
tig. na.
Fig. 114.
Vaaos é^yptioQS.
servent que de ces terres cuites. Je sais cependant que les vases de
terre cuite plaisent assez souvient ; tels sont ccu.v qu'on nous apporte de
Coptos, car ils sont faits d'une terre cuite pétrie avec dos aromates.
iii. 19
L'INDUSTRIE
Aristote dit, dans son Traité de l'Ivresse : « Les petites marmites (chytrides) qu'on appelle rhodiaques, ou de Rhodes, se servent dans des débauches de vin, tant pour l'agrément que, parce qu'étant échauffées, elles donnent au vin qu'on y boit une qualité moins enivrante. On les forme en faisant bouillir ensemble de la myrrhe, du jonc odorant, du safran.
Fig. ns.
Fig. ne.
Vases égyptiens sur leurs supports.
du baume, de la cannelle, et le vin qu'on en verse et qu'on boit calme non-seulement l'ivresse, mais il assoupit même les feux de l'amour. » Les figures 171 et 172 nous montrent des vases égyptiens qui par leurs proportions ont l'importance d'un meuble. Ils devaient contenir des liquides ou des provisions. La base arrondie de quelques-uns ne
LA CÉRAMIQUE
permettant pas de les poser sur le sol, on les plaçait sur un pied ou un coussin (fig. 173, 17/i). Il y en a qui sont richement décorés.
L'industrie des potiers égyptiens était extrêmement variée; outre les vases et les petites boites, on a retrouvé dans les tombeaux un trôsgrand nombre de petites statuettes en porcelaine bleue ou verte, qu'on plaçait dans les sarcophages, surtout à répocjuc des Ptolémées. On a également trouvé des petits pions servant à divers jeux et représentant
Fig. n". — Vaso suspoadu dan» an lilut.
soit des divinités, soit dos combattants, soit des esclaves agenouillés cl les mains liées derrière le dos, tantôt nègres, tantôt asiatiques. Enûn, il ne faut pas omettre les ravissantes petites ciialtes bleues, qui sont presque toujours des représentations de la déesse Paclit.
Plusieurs objets en porcelaine, notamment des boites ou pots à pommade, ont été considérés comme de véritables tours do force du métier, et sont en même temps d'un goût ex(|iiis comme décoration. La manufacture de Sèvres a reproduit plusieurs modèles égyptiens.
L'INDUSTRIE
A vrai dire, les vases d'un très-grand prix parvenus jusqu'à nous sont en petit nombre, mais ceux qu'on voit dans nos musées aident à faire comprendre les splendides vases qu'on voit représentés sur les peintures des hypogées, et leur donnent en quelque sorte un brevet de véracité.
Les vases en matière tendre, ou ceux qui étaient pointus par le bas et se rattachaient au type de l'amphore, étaient posés sur des supports dont les figures 175 et 176 nous offrent les modèles.
Pour les transporter d'un endroit à un autre, on les suspendait à un
Fig. ns. — Serviteurs portant des usteasiles.
bâton au moyen d'une espèce de filet en corde tressé, comme nous le voyons dans les figures 177 et 178.
Les figures qui suivent montrent au contraire des vases reposant sur leurs propres bases. La forme est presque toujours d'une grande pureté, et les proportions présentent une élégance et une harmonie qu'on est étonné de trouver à une époque aussi reculée. Quelquesuns ont deux anses, d'autres n'en ont pas du tout.
Le décor est aussi d'une étonnante variété. Quelquefois il est d'une extrême simplicité : un cordon de fleurs et de boutons de lotus tombant du col en fait tous les frais (fig. 179). Dans d'autres ce sont des branches de vigne, toutes chargées de fruits, qui descendent sur la panse, en la recouvrant entièrement, ou bien s'épanouissent en partant du centre
LA CÉRAMIQUE
pour remonter jusqu'au goulot (fig. 180). Les teintes claires dominent dans la plupart des vases en porcelaine; il y en a pourtant où le blanc ne parait qu'à l'état d'accident.
La figure 181 nous montre un vase à teintes sombres, dont le décor ne comporte aucun feuillage. Le haut et le bas du vase sont tout unis,
Fig. no. — - Vaso décora tlo fleurs do lulus.
et le milieu de la panse est orné seulement par ime bande claire coupée de fers de lance. La disposition des anses qui partent du centre et remontent jusqu'au goulot est d'un style très-remarquable.
« J'ai recueilli, dit M. Dclaborde, au fond des tombeaux de Memphis, d'innombrables figurines cmaillées et quelques divinités dont lo corps, couvert du plus bel émail bleu, a été poin(;onné, avant la cuisson, d'hiéroglyphes d un dessin net, admirable. Ces hiéroglyphes, ainsi
L'INDUSTRIE
imprimés en creux, ont été remplis de pâte d'émail blanc et jaune, qui, par la fusion, adhère à Témail bleu sans s'y mêler et présente à l'œil, dans une surface unie, une inscription blanche et jaune de la plus parfaite netteté, se détachant au milieu du bleu le plus vif. La
Fig. IbO.
Vase à anses décoré de feuillages.
kiii£Êmm
Flg. 181.
Vase do couleur sooibiv.
collection égyptienne du Louvre offre, dans ses vitrines, plusieurs pièces remarquables de ce genre de fabrication. »
Les potehies babyloniennes. — Les contrées que baignent l'Euphrate et le Tigre sont en général assez pauvres en pierres, et à Babylone notamment, la brique était exclusivement employée pour les constructions. Dans un pays ainsi constitué, la poterie et les travaux en terre cuite ont dû prendre nécessairement un grand développement. Nos collections renferment quelques fragments de briques émaillées découvertes sur l'emplacement de Babylone. « Les briques de Babylone, dit Albert Jacquemart dans son Histoire de la céramique, sont en terre peu cuite, d'un blanc jaunâtre tournant au rose; les dessins qu'elles portent ne sont pas èmaillés; c'est une glaçure composée de silicate alcalin d'alumine, sans traces de plomb ni d'étain ; l'argile n'est pas recouverte partout; réservée dans certains points, elle ajoute, par sa couleur carnée, à la variété de la peinture, où domine le bleu turquoise des Égyptiens, un gris bleuté plus foncé que Iq teinte céleste,
LA CÉRAMIQUE. 151
un blanc plus ou moins pur rehaussé de quelques points jaunâtres, dus sans doute à une ocre ferrugineuse. Des rosaces, des pal mettes, des séries d'oves, des dispositions symétriques se rapprochant de l'art grec, tel est le style général des briques à ornements et des fragments céramiques recueillis en Phénicie, en Assyrie et jusque dans la Perse antique. La réunion de ces débris avec des grains travaillés en émail et en verre prouve à quel point était arrivé, dans ces contrées, l'art des vitrifications. Mais les briques ne portent pas seulement des arabesques; Ctésias et Diodore assurent qu'on y voyait aussi des sujets de chasse. En effet, dans les fouilles effectuées à Khorsabad sur l'emplacement de l'ancien palais assyrien, M. Place a mis au jour, en arrière d'une colonnade, un mur encore debout, de vingt et un pieds de long sur cinq de haut et entièrement revêtu de briques peintes représentant des hommes, des animaux et des arbres. »
Suivant Hérodote, l'ancienne capitale de la Médie, Ecbatane, était entourée do murs présentant sept couleurs différentes, et il y a tout lieu de penser que ces couleurs étaient appliquées sur de la terre cuite. L'emploi de la céramique dans ces contrées paraît avoir été général dès la plus haute antiquité, et la rareté des échantillons que nous en possédons vient surtout de l'extrême difficulté des voyages.
Les poteries grecques. — L'industrie du potier est une décolles qui remontent le plus haut dans l'histoire; il en est question dans la Bible aussi bien que dans Homère. Nous avons parlé déjà des poteries de l'Egypte et de celles de l'Assyrie. L'Asie Mineure et les Cyclades ont aussi une fabrication extrêmement ancienne. Les fouilles de Santorin ont fait découvrir des vases à fond jaunâtre qu'ornent des dessins dont la gaucherie fait sourire.
Les plus anciens vases peints ont été trouvés à Santorin (fig. 182), à Milo, a Rhodes, à Chypre et dans la plaine de Troie. La plupart de ces vases ont été fabriqués par des potiers d'Asie, habitant les îles de l'Archipel et les côtes de l'Asie Mineure. Quelques-uns remontent à neuf, dix et même douze siècles avant l'ère chrétienne. Ce sont des vases de terre, dont la couleur est jaune ou blanchâtre, et dont la décoration consiste en zones brunes ou noires, accompagnées de méandres; plus rarement on y voit des poissons, des serpents ou des oiseaux peints au trait.
« Le type de vase que je rencontre le plus fréquemment, dit M. Schliemann, en parlant des fouilles do Mycènes, a la forme d'un
L'INDUSTRIE
globe soutenu par un support plat, surmonté d'un cou étroit très-élégant, qui n'est pas percé ; l'extrémité supérieure de ce cou est reliée,
des deux côtés, à la partie supérieure du corps par une anse d'un beau dessin. L'ouverture véritable du vase est en forme de tuyau et toujours voisine du cou non percé. Ces vases présentent toujours une ornementation peinte très-variée, qui consiste en bandes circulaires horizontales (fig. 183), en spirales et autres décorations de fantaisie, qui varient d'un vase à l'autre. Le cou non percé de ces vases .«c termine par une surface plane; au centre de cette surface, il y a généralement un point blanc, entouré de ^^^ trois, quatre, si.\ cercles rouges, ou même davantage ; quelquefois c'est une croix qui est peinte au milieu de ces cercles ».
Après les méandres, les chevrons et les ornements quadrillés des vases du plus ancien style, on voit apparaître des animaux naturels ou fantastiques, toujours disposés en zones et se suivant comme dans une procession. On a donné à ces produits céramiques le nom de vases peints de style oriental ou asiatique (fig. i8h et 185). Ces sortes de compositions paraissent être imitées de celles qui décoraient les tissus et les tapis de l'ancien Orient. Aristote dit en parlant d'un tissu de ce genre :
« Le haut représentait les animaux sacrés des Susiens, le bas celui des Perses. » "'8- '''■ " '"'' '■'"'"" * "^•^^''"•
Un des caractères de l'art oriental consiste dans l'association bizarre de la forme humaine à celle de certains animaux, quadrupèdes.
Fig. 182. — Vaso do Santoria.
LA CÉRAMIQUE. 153
oiseaux ou poissons. On remarquera aussi dans la plupart des animaux
Kig. Ifj-J. — Vasù pùiul de stylo oncnlal.
la longueur démesurée du corps; ce sont des formes toutes conventionnelles, mais d'une allure souvent magnifique.
rig. lyô. — Vaso pi'int tli' styh- oriental.
Les vases peints de style oriental peuvent se diviser en deux classes: III. 30
L'INDUSTRIE
les plus anciens portent seulement des marches d'animaux, tandis que sur les autres on voit des sujets mythologiques encadrés dans des
îjTfiB-^w
b:<sa»ittsi«iiVS'y;{«'^s;^^^^^^t«j>.^;«^^^^
Fig ISG. — Palmetle grecque.
zones d'animaux. Les vases décorés de figures humaines sont toujours d'une fabrication plus récente. Toutefois on ne peut émettre à ce sujet
Fig. J8". — Palmolte grecque.
que des appréciations relatives, parce que l'art ayant progressé plus rapidement en Asie, des vases à figures venant de cette contrée peuvent
Fig. Ibii. — Palmcllu grecque.
être contemporains de vases tout à fait archaïques fabriqués en Occident.
Les types oui constituent l'ornement grec sont en somme peu nom-
LA CÉRAMIQUE
breiix, mais chaque modèle comporte une variété infinie dans ses applications. Nous en avons un exemple dans la palmette. Les quatre figures 186, 187, 188 et 189 ne sont que des formes diverses d'un
Fig. 189. — Palmette grecque.
type unique. Les branches de la palmette sont plus écartées ici que là, elles portent leur courbure en dedans ou en dehors, elles s'arron-
i-ig. l'.io. — r.iiuifiii).
dissent ou s'apointisscnt un pmi plus J» leur extrémité, mais toujours nous y trouvons le même principe de composition : elles partent duno racine unique, elles sYdcvont ou se renversent d'apri-s uno loi syméiriiiuo d'alternance.
156 L'INDUSTRIE
Les figures 190 et 191 sont empruntées à l'ornementation des
Fig. 191. — Palmeltc.
Fig. IVi. Fig. 193.
Ornomcnls grecs tirés des vases.
Fig. 194.
vases grecs. Malgré la richesse apparente de cette décoration, elle se
LA CÉRAMIQUE
compose uniquement de palmettes dont le sommet est tourné dans diiïérentes directions.
Fl(^. 193. — OruyiUL'Ut groc.
Quoique l'imitation do la plante n'ait pas dans l'art décoratif des Grecs la même importance que dans celui des Egyptiens, elle est trùs-
Fig. 196.
Fig 197.
Ornements grecs.
visible dans un grand nombre d'ornements dont les figures 192, 193 et 194 vont nous montrer dos exemples. Dans ces ornomonls. la tige
Fig. 198.
Fig. IV9.
Omomonts grecs.
centrale est droite et s'élève verticalement; les feuilles et les graines s'en écbappcnt à des intervalles symétriques.
La répétition d'une mémo iormo à des intervalles déterminés est un des principes fondamentaux do l'art grec : la figure 195 en offre
L'INDUSTRIE
un exemple. Mais cette répétition engendrerait nécessairement la monotonie, si elle n'était pas réveillée par un système d'alternances qu'on retrouve dans la plupart des ornements grecs. Un ornement dont la direction s'élève de bas en haut alternera avec un ornement dont la
Fig. 200. — Ornement grec.
direction sera oblique (fig. 190), ou bien avec un ornement d'un caractère tout différent du premier (fig. 197). Si deux ornements absolu-
t'ig. 2U1. — Ornement grec.
ment pareils sont destinés à correspondre l'un à l'autre, ils changeront de côté, afin de produire l'alternance (fig. 198 et 199).
Fig. 20Ï. — Ornement grec.
L'ornement veut-il s'épanouir en pétales arrondies dont l'ensemble décrira une courbe, vous verrez un bouton très-pointu s'élever entre chaque fleur (fig. 200) ; montre-t-il des feuilles qui s'élancent en ligne droite, vous les verrez alterner avec d'autres qui se .courbent légèrement (fig. 201); présente-t-il une série de demi -cercles qui
LA CÉRAMIQUE
veulent entrer l'un dans l'autre, vous verrez la petite boule alterner avec le fer de lance, la feuille large alterner avec la feuille plus effilée (fig. 202).
l''ib'- 203. — Ornumonl grec.
L'alternance des formes arrondies et des formes pointues est particulièrement visible sur les ornements représentés figures 203 et 2(J4,
Fig. iJW. — Ucoumeul grec.
tirées toutes les deux des vases grecs. La figure 205 représente un entrelacs.
Fig. 205. — KiitroUics.
Des noms écrits en caractc^res de l'ancien alphabet employé à Corinthe ont fait donner le nom de vases corinthiens à toute une catégorie de vases grecs dont la fabrication parait remonter au vu* ou au VI* siècle avant notre ère. Quelques-uns de ces vases ont été trouvés à Corin(hn mOme, mais la plus grande partie provient des
IGO
L'INDUSTRIE
fouilles de l'Italie centrale. On sait que parmi les colons qui, vers l'an 655, furent chassés de Corinthe et vinrent s'établir en Étrurie sous la conduite de Démarate, il y avait plusieurs artistes, et c'est à eux qu'on attribue généralement l'extension de l'industrie céramique en Italie.
Les caractères du style archaïque sont ceux qu'on trouve le plus habituellement sur les vases d'argile rouge avec des figures noires
Pig. 206. — Vase noir décoré d'un seul cAté.
Kig. 2U'/. — Vase peint à figures noires.
(fig. 206, 207 et 208) ; les muscles principaux et les articulations sont saillants au delà de toute expression, les vêtements collés contre le corps ou à plis régulièrement disposés, les membres raides, bien que les mouvements soient souvent heurtés et violents, et parfois une tendance intentionnelle vers la bizarrerie.
Dans les vases d'ancien style, les principaux muscles et les plis des draperies sont généralement gravés avec la pointe. En outre, les figures ne sont pas uniformément noires : ainsi les parties nues du corps des femmes sont toujours blanches, et dans les broderies des vêtements, on voit souvent des détails rehaussés par une teinte rouge violacée.
Les vases à peintures noires sont souvent désignés sous le nom de vases d'ancien style, par opposition aux vases à peintures rouges, qui