III
418 L'ARCHITBCTCRB.
Support, qui ne paraît pas du tout avoir eu, h cette époque, l'imporlaoce qu'il a prise plus lard dans la période hellénique. Les colonnes dont la construction se rapporte à l'âge héroïque s'éloignent complètement des types qui constituent l'art grec proprement dit et se rattacheraient plutôt au style oriental. Elles reposent sur une base ctrculaire composée d'un socle et d'un tore allongé; le fût, fortement'
conique, est orné de chevrons dont la surface est occupée par des spirales (fig. 555.)
Le sttle hellémque. — Il est difUcile de dire au juste è quelle époque a commencé en architecture la période qu'on a appelée hellénique, mais son plus grand développement répond au temps qui a suivi immédiatement les guerres médiques. Les matériaux qui furent alors employés pour la construction des édifices sont des calcaires durs et des marbres magnifiques, dont la Grèce et les lies qui en dépendent fournissent de riches carrières. Les pierres dans chaque assise présentent la mCme élévation et sont d'une forme quadrangulaire à arêtes
L*ARCHIT£CTURK GRECQUE. 419
vives. On trouve dans la disposition des pierres des combinaisons différentes; mais, en général, dans les belles constructions grecques, les joints verticaux retombent sur le milieu de la pierre correspondante dans rassise inférieure et l'assise supérieure. Il reste peu d'édifices en briques qu'on puisse attribuer avec certitude à cette époque; le palais de Mausole à Halicarnasse était en briques; mais les faces extérieures des murs étaient revêtues de marbre.
Cette période, qui est la plus brillante de l'architecture grecque, a fait, depuis la Renaissance, le sujet d'études sans nombre, et elle est considérée comme classique dans nos écoles. Il est donc nécessaire d'entrer ici dans quelques détails.
On distingue dans une construction les supports et les parties supportées; un mur est un support continu, un pilier est un support isolé. Le pilier est un massif vertical à plans carrés qui supporte une charge de maçonnerie. Quand, au lieu d'être isolé, il est engagé dans la muraille, on le nomme pilastre, et quand il est isolé et arrondi, c'est une colonne. Le tronc d'arbre est l'image et le type de la colonne. II est plus large au niveau du sol, et va en diminuant à mesure qu'il s'élève; la colonne fait -de même, et sa forme conique est d'autant plus accentuée qu'elle se rapporte à une époque plus ancienne. Mais si la colonne est plus large à sa base pour supporter son propre poids, elle s'élargit à son sommet pour porter la charge qu'on lui impose; de là le chapiteau, qui est-l'évascment de la colonne dans sa partie supérieure. Ainsi une colonne se compose de deux parties qui sont: le fût ou le tronc, et le chapiteau. A ces deux parties essentielles, les architectes grecs jen ont souvent ajouté une troisième qui est la base, sorte de plateau plus large sur lequel porte le fût ; mais celle-ci ne dérivant pas des nécessités de la construction ne se trouve pas sur une foule de monuments, dans les temples de l'ordre dorique par exemple. La colonne sans base parait plantée sur le sol, et c*est ce qui lui donne un air de force et de solidité, tandis que les architectes qui ont voulu exprimer l'idée de richesse et d'élégance ont posé la colonne sur une base. Des colonnes de la même hauteur peuvent paraître très-massives ou très-élancées suivant qu'elles ont une largeur différente.
Pour couvrir l'espace qui sépare une colonne d'une autre, il fallait ou des pierres horizontales assez grandes pour aller d'un point d'appui à un autre, ou des poutres. On appelle architecture en plate-bande celle qui procède de cette façon. C'est celle dont se sont servis les Grecs. Ils n'ont pas employé l'arcade comme les Romains, et quand on trouve
en Grèce un monument à arcades on peut en conclure qu'il a été bâti du temps des Romains. Le système de plates-bandes est également celui qui est usité dans les monuments égyptiens et asiatiques, mais ces derniers se terminaient par une terrasse. La nécessité de fairo écouler les eaux pluviales a porté les Grecs à faire des toits inclinés, d'où résulte le fronton triangulaire. Â mesure qu'on avance vers le nord il est nécessaire d'avoir des toits très-inclinés; en Grèce ils le sont à peine et le fronton dessine par en haut un angle trèsouvert.
« La méthode que les ouvriers ont suivie de tout temps est, dît Vitruve, qu'ayant posé leurs poutres sur les murs, de telle sorte que du dedans du mur elles passaient jusqu'au dehors, ils remplissaient de maçonnerie les espaces qui sont entre chaque poutre pour soutenir la corniche et le toit qu'ils embellissaient de ce qu*il y a de plus délicat dans leur art ; après cela le bout des poutres qui sortaient hors du mur était coupé à plomb, et comme cela ne produisait pas, selon eux, un effet assez agréable, ils clouaient sur ces bouts de poutre coupés de petits ais taillés en la manière que nous voyons les triglyphes, qu'ils couvraient de cire bleue pour cacher ces coupures qui offensaient la vue; et c'est de cette couverture des bouts de poutres qu'est venue la disposition des triglyphes, des métopes et des intervalles qui sont entre les poutres dans les ouvrages doriques. »
Les portes et les fenêtres allaient en se rétrécissant vers le haut, et inclinaient ainsi vers la forme pyramidale. Nous avons malheureusement bien peu d'exemples de portes et de fenêtres dans les monuments qui nous restent des Grecs. Le temple d'Érechthée pourtant nous offre un précieux modèle de portes. Comme l'ordre ionique comporte un entre-colonnement plus large que le dorique, l'ouverture de la porte est également plus large et le rétrécissement du haut plus modéré. Les moulures qui forment 1 encadrement sont imitées de celles de Tentablement de l'édiûce et les palmettes qui ornent le chapiteau des antes se retrouvent sur la corniche, qui est soutenue par deux élégantes consoles. L'usage de rétrécir légèrement les portes par le haut se retrouve également à Rome jusqu'à la fin de la république et on en voit un exemple dans le temple de Vesta, à Tivoli. Mais déjà dans le Panthéon d'Axrippa la porte se dessine par des montants perpendiculaires, et la forme rectangulaire fut celle qui domina sous l'empire. D'autres fois, comme aux thermes de Dioclétien, les fenêtres consistaient en ouvertures datrées ptr le baut
La polychromie des monuments anciens a donné lieu de nos jours à trois systèmes : ceux qui la nient, ceux qui la voient partout, ceux ' qui ne l'admettent que dans certaines parties. M. Beulé incline à croire que la polychromie a pu varier suivant les époqi;es, qu'on a commencé par tout peindre, puis qu'on est devenu plus discret quand s'est introduit l'usage des beaux marbres, puis qu'on a fini par ne plus peindre et se contenter d'ornements sculptés.
Quoique la polychromie des édifices antiques ne soit plus contestée en principe, l'habitude que nous avons d'un climat pluvieux, qui rend nos monuments ternes et noirâtres, fait que nous nous faisons difficilement à ridée des couleurs brillantes dont Tarchitecture des Grecs aimait à se parer, et quelques-uns vont jusqu*à accuser les Grecs d'avoir eu sous ce rapport un goût barbare. 11 serait plus simple de dire qu'il y a des relations de tons qui nous échappent, mais dont la réalisation nous enchanterait sans doute comme elle a enchanté les Grecs.
Le système de la polychromie complète a été soutenu avec beaucoup de chaleur par M. Hittorf. « De la connaissance certaine que les premiers temples des Grecs étaient de bois, dit M. Hittorf, et leurs premières idoles venues d'Egypte de la même matière recouverte de couleurs conservatrices, je concluais que le besoin de la conservation des sanctuaires devait leur faire appliquer des couleurs analogues à celles des images qu'ils étaient destinés à recevoir, afin que les temples et les idoles pussent offrir, avec une durée égale, un aspect concordant, u S'appuyant sur un passage de Vitruve oir on parle de cire bleue appliquée aux triglyphes dans les constructions en bois, le même auteur en conclut « que si cet ancien usage d'étendre sur le bois une peinture à la cire avait indubitablement continué à être appliqué aux parties des temples où le bois n'avait pas cessé d'être employé, cet usage avait dû être transporté aussi sur les parties en pierre et en marbre imitées de la charpente, par suite de l'influence certaine de la tradition religieuse et du sentiment d'une harmonie nécessaire entre les détails et le tout, sur l'ensemble des édifices ».
Sans aller aussi loin que H. Hittorf, M. Beulé a donné sur l'application de la couleur aux édifices des explications qui semblent de nature à satisfaire tout le monde. « 11 n'y a que peu d'années, dit M. Beulé, personne ne se doutait que les temples grecs eussent été peints et les premières découvertes des architectes n'ont rencontré d'abord que des incrédules. Aujourd'hui, Ton veut voir de la couleur
42Î L*ARC11ITECTUUE.
partout, et Ton n'admet pas qu'une seule surface soit restée blanche. » Un peu plus loin il ajoute : « Il est facile de comprendre pourquoi les couleurs qu'employaient les Grecs sont si peu variées, et pourquoi leur alliance est si franche. Excepté les triglyphes, les ornements peints sont si petits et si délicats, quïls seraient invisibles à leur hauteur, si des oppositions vigoureuses ne les détachaient les uns des autres. C'est ce que ne considèrent point assez ceux qui sont choqués de la dureté des tons. Ils étaient adoucis par la distance et la proportion. »
Les ordres. — Les Grecs, et après eux les Romains, ont soumis l'architecture à des règles fixes et rationnelles. On entend par ordre. Ou ordonnance, l'arrangement régulier des parties saillantes, parmi lesquelles la colonne joue le principal rôle. Tout ordre grec comprend trois parties distinctes : 1<* un stylobate ou soubassement qui forme une sorte de piédestal continu à un rang de colonnes par exemple ; 2^ une colonne ; 3<* un entablement qui est la partie placée au-dessus de la colonne. Enfin on appelle fronton la partie triangulaire qui marque l'inclinaison des deux faces de la toiture. Ces diverses parties furent décorées de moulures, ou ornements en saillie, dont la forme varie suivant l'ordre auquel elles appartiennent.
Les proportions des ordres sont fondées sur une unité de mesure qui est le diamètre inférieur de la colonne, dont la moiiié prend le nom de module, et on a divisé le module en parties qui portent le nom de minutes. Mais les exemples que nous a laissés l'antiquité présentent entre eux des différences qui empêchent qu'on puisse déterminer d'une manière tout à fait absolue les proportions qui répondent à chacun des ordres. .
Il y a trois ordres grecs : le dorique, l'ionique et le corinthien.
Vordre dorique des Grecs a pour caractère la force et la gravité. La colonne, dont le fût est orné de larges cannelures peu profondes, est dépourvue de base et repose directement sur le sol. Sa forme conique, très-prononcée à l'origine, lui donne une apparence de force et do solidité. Le chapiteau est une espèce de tête capable de mieux supporter le poids de l'architrave. L'origine de l'architrave paraît avoir été une grande poutre placée horizontalement et sur laquelle s'appuyaient les solives du plancher figurées par les triglyphes.
La partie placée entre les colonnes et le fronton prend le nom d'entablement et comprend : 1* Tarchitrave, plate-bande qui repose immédiatement au-dessus des chapiteaux ; 2^ la frise, qui est décorée
L'ARCHITECTURE GRECQUE. 4tt .
de Iriglyphes, ornement rectangulaire camposé de canaux taillés verticalement, l'espace compris entre les triglyphes prend le nom de métope et est souvent orné de bas-reliefs; 3» ia corniche qui termine l'entablement et porte le fronton. Cette corniche forme une saillie extérieure qui met l'édince à l'abri de la chute des eaux. Les modillons et les mulules soutiennent immédiatement le toit, et leur plan iucliné indique leur ancienne destination (ùg. 556).
C'est ainsi que, dans le temple primitif, tout semble avoir été combiné pour le besoin et non pour la décoration, a Ce n'est point au plaisir, dit Cicéron, mais à la nécessité que nous devons le fronton du Capiiole et ceux de nos temples. Le besoin de Iccoulement des eaux en a suggéré la forme; cependant la beauté en est si grande et elle est devenue si nécessaire aux édifices que si l'on bâtissait un Capitole dans l'Olympe, où il ne saurait y avoir de pluies, il faudrait encore lui donner un fronton. »
Le chapiteau dorique est très-simple et nettement défînii il comprend trois parties principales : l'abaque qui demeure toujours carré, l'échiné qui présente une forme arrondie, et les annelets placés juste au-dessus du fût.
Vitruve attribue l'invention de l'ordre dorique à Dorus, fils d'Hellen, roi de l'Achaïe et du Péloponnèse. « Le flis d'Hellenus, dit-il, et de la nymphe Optix ayant autrefois fait bfttir un temple à Junon, dans la ville d'Ai^os, le temple se trouva par hasard bâti de cette manière qu'on appelle dorique, n Toutes les fois que la tradition nous rapporte, sur l'origine d'une science ou d'un art, un récit fabuleux la seule conclusion que nous puissions en tirer, c'est que cette origine se rattache à une trèsliautc antiquité. S'il est impossible d'en marquer l'époque à une date
ColoimB d'ui(la du PuthiDcia.
fixe, on peut du moins connaître approximativement pendant quelle période de l'histoire une suite de combinaisons successives, de tentatives réitérées a, peu à peu, élaboré cet art ou cette science. On peut également suivre par induction quelle a pu être la marche de ses premiers tâtonnements.
On peut écarter, a priori, la tradition rapportée par Vitruve qui veut qu'un temple se trouva, « par hasard bâti de cette manière qu'on appelle dorique ». En fait d'art rien n'est dû au hasard. On peut aussi, avec presque autant de certitude, affirmer que Tordre dorique n'est pas dû à un inventeur qui l'aurait conçu formé de toutes pièces, et on n'a môme aucune raison historique pour supposer qu'il ait pris naissance dans la Doride, plutôt que dans une autre partie de la Grèce. Les temples de l'Italie méridionale, aussi bien que ceux de la Sicile et de la Grèce proprement dite, sont empreints d'un caractère qui atteste les mœurs et le génie des races grecques : les transformations que l'architecture y a subies se sont opérées d'après des besoins qui étaient les mêmes partout et qui ne se rattachaient pas à une province en particulier.
On a voulu voir dans les monuments de l'ancienne Egypte le type primitif dont l'ordre dorique ne serait qu'une transformation. Cette opinion vient du rapport qu'on a trouvé entre les colonnes de cet ordre et les colonnes cannelées de quelques vieux édifices égyptiens, celles que Champollion a appelées proto-doriques, et qui se trouvent dans les hypogées de Beni-Hassan, à Amada, à Karnac et à Bet-Oualli. Mais cette analogie de formes entre les fûts des colonnes grecques et égyptiennes est tout à fait insufiisante, puisqu'on ne trouve aucune ressemblance entre le chapiteau et Tentablement. Si l'on tenait à trouver quelque analogie entre les monuments de la Grèce et ceux de TÉgypte, ce serait plutôt dans le chapiteau corinthien qu'il faudrait la chercher.
Cest généralement dans les anciennes constructions en bois que les critiques modernes cherchent les origines de l'ordre dorique. La plupart d'entre eux admettent en effet que le temple primitif des Grecs était une simple imitation de la cabane. Ce système, incontesté lorsqu'il s'agit des constructions lyciennes, où l'imitation par la pierre d'un type primitif en bois est absolument palpable, a néanmoins trouvé de nos jours des contradicteurs très-sérieux, quand on veut l'appliquer au dorique grec; toutefois c'est, parmi les hypothèses émises à ce sujet, celle qui, encore aujourd'hui, rallie le plus de partisans.
Jusqu'au commencement de ce siècle nous n'avons guère connu la Grèce que par les monuments romains. Aujourd'hui des protestations s'élèvent de toutes parts contre renseignement de Tantiquité telle que Tavaient comprise les trois derniers siècles. Un élégant écrivain, M. Vitet, s'est fait l'interprète de ces sentiments : « Tout se lie, dit-il, tout se tient, architecture et poésie. Combien voilà-t-il de temps que nos yeux se sont accoutumés à la majestueuse rudesse de Tordre dorique? Que d'hésitations, que de tâtonnements avant d'en venir làl Ce proéminent chapiteau, ombrageant de son vaste tailloir un coussinet rustique, au galbe épais, fuyant et aplati, ces cannelures aiguës, ce fût conique descendant jusqu'au sol sans base ni talon, sans cothurne ni sandale, depuis quand sentons-nous que c'est là de l'art grec et de la vraie beauté? L'ordre dorique promulgué par Vitruve, tel que sur sa parole on l'enseigne depuis trois siècles, a-t-il la moindre ressemblance avec celui-là? Support banal, maigre colonne, chapiteau froid et effacé, tailloir timide et sjus saillie, traduction romaine, en un mot, d'un admirable texte grec, tout est amoindri, tronqué, défiguré dans le dorique de Vitruve, et pourtant, quand Vitruve écrivait, les grands modèles étaient debout. Depuis Paestum et Sélinonte jusqu'au fond de la mer Egée, on n'avait qu'à choisir. Tout le sol hellénique était encore couvert des types du dorique véritable. Vitruve n'en dit rien. Pas un mot de ces vieux chefs-d'œuvre, pas même du plus jeune, du plus brillant de tous, du Parthénon; il n'a pas Pair de savoir qu'il existe. »
Vordre ionique, d'un caractère moins austère mais plus élégant que le dorique, se distingue par sa base et par son chapiteau orné à ses angles de grandes volutes : le fût des colonnes présente ordinairement vingt-quatre cannelures, mais ces cannelures, au lieu d'être, comme dans le dorique, séparées par une vive arête, le sont par une côte formé d'im listel. La forme conoïde des colonnes est beaucoup moins prononcée que dans le dorique et l'entre-colonnement est généralement plus large. Les proportions de l'architrave étant changées, l'entablement devait se modifier aussi, et prendre un caractère plus léger puisque le. support était plus svelte. La mesure de l'architrave est différente et pour paraître moins lourde elle est divisée en bandes plates et généralement lisses. Celle du haut est ornée d'un rang de perles et se termine par une moulure décorée de raies-de-cœur, et surmontée d'un listel. La frise n'est pas divisée, comme dans l'entablement dorique, en triglyphes et en métopes, et la corniche est composée m. M
436 L'ARCHITECTORB.
d'un larmier et d'uDe cymaise où l'on retrouve les oves et divers orn&ments.
Le chapiteau ionique est caractérisé par un abaque plus petit que celui du dorique et souvent enrichi d'oves. Les volutes grecques soDt reliées entre elles par un rebord qui décrit une courbe gracieuse. Cette courbe toutefois n'existe pas toujours (flg. 557).
Les oves, les fers de lance, les perles, les tresses sont les ornements les plus habituels au chapiteau ionique, beaucoup plus ricbe et plus orné que le chapiteau dorique.
,pié«.
C'est dans les monuments d'Athènes que les colonnes ioniques ont la base la plus heureuse, celle qu'on a appelée base altigue. Elle se compose de deux tores d'inégale grandeur séparés par une scotle, moulure concave placée entre les filets du tore supérieur et du tore inférieur. L'ombre projetée par la saillie du tore supérieur jette de la variété dans l'ensemble et empêche la monotonie. Le tore supérieur du temple de la Victoire Aptère est orné de Tileis. Dans le temple d'Érechthée on voit des tores décorés d'une tresse. Cette base, qui dans les monuments d'Aihéncs est simplement ronde et semble un coussin sur lequel repose la colonne, s'augmente, chez les Grecs d'Asie, d'un socle carré qui fut adopté par les Romains. La base que Vitruve donne pour règle se trouve dans le temple d'Apollon Didyméen à Milet.
Vitruve nous dit que des colonies venues de Grèce apportèrent en Asie le style dorique déjà en usage dans la mère patrie. « Quelque temps après, ajoute>t-il, voulant bfttir un temple en l'boDoeur de Diane,
L*ARGHITECTURE GRECQUE. 437
ils cherchèrent quelque nouvelle manière de proportionner leurs colonnes, et en suivant les mêmes principes qui les avaient déjà guidés, ils leur donnèrent cette fois la délicatesse du corps d'une femme. Premièrement, ils firent le diamètre de la colonne de la huitième partie de sa hauteur, afin qu'elle s'élevât plus agréablement; ensuite, ils s^avisèrent d'y mettre des bases en manière de cordes entortillées, pour être comme la chaussure, et taillèrent des volutes aux chapiteaux pour représenter cette partie des cheveux qui pend par boucles à droite et à gauche ; les cymaises et les gousses étant comme des cheveux arrangés sur le front des colonnes. lis firent aussi des cannelures tout le long du tronc, afin d*imitor les plis des robes, et ils inventèrent ainsi deux genres de colonnes, imitant dans les unes la simplicité nue et négligée du corps d'un homme, et dans les autres la délicatesse et les ornements de celui d'une femme. »
Ainsi, d'après Vitruve, l'ordre dorique existait déjà dans les villes grecques de l'Asie, lorsqu'on a s'avisa d'y mettre des bases ». C'est en clTet dans la base, autant qu^ dans les volutes du chapiteau, qu'on pourrait chercher une influence asiatique. On a remarqué que la base des colonnes augmente en importance à mesure qu'on s'avance vers l'Orient; elle se charge de plus en plus d'ornements, et dans certains monuments de l'Inde, elle a plus d'importance que le fût lui-même.
Quelques écrivains ont voulu voir dans le proto-ionique l'origine du chapiteau ionique des Grecs, qui viendrait ainsi de la Perse et de l'Orient. Les colonnes de certains monuments d'Asie offrent en effet des volutes, mais ce qui constitue en propre un ordre comme l'ont entendu les Grecs, c'est bien moins l'emploi particulier d'un ornement qu'un ensemble rhythmé de formes et de proportions. Nous pouvons donc, si l'on y tient, trouver un emprunt dans quelques formes rudimentaires employées par les Grec"», mais l'emploi en est tellement différent qu'il constitue une création véritable.
Il est certain néanmoins que l'ordre ionique, employé très-fréquemment dans les villes grecques de l'Asie Mineure, l'est au contraire assez rarement dans la Grèce d'Europe, et encore moins dans la Grande Grèce et la Sicile. On peut donc en conclure qu'il est originaire de la Grèce d'Asie, et que le goût de l'ancienne population a pu contribuer à son développement, mais il est tellement une expression particulière du génie grec, que les plus grands chefs-d'œuvre, dus à l'emploi de l'ordre ionique, se placent à Athènes à côté des plus grands chefsd'œuvre de l'ordre dorique.
428 L^ARCUITECTURE.
Le trait le plus caractéristique de la colonne ionique est dans les volutes du chapiteau. Nous avons vu que Vitruve en cherche l'origine dans les boucles de icheveux qui encadrent la figure dune femme.
D'autres y voient l'imitation des cornes de bélier, qu'on suspendait primitivement aux colonnes des temples après le sacrifice. G*est cette opinion qui a fait penser à quelques écrivains que ce genre d'ornement avait eu sa source dans les autels ou les monuments funéraires. On a dit aussi que la volute rappelait les copeaux que le charpentier avait enlevés dans un poteau de bois ; enfin il y en a qui ont voulu trouver le principe de la volute dans Tenroulement d'une draperie, ou dans la spirale d'un coquillage.
L'ordre corinthien exprime surtout Tidée de richesse et de magnificence. La base de la colonne a beaucoup de rapport avec celle de l'ordre ionique, mais le fût est généralement plus élancé et le chapiteau est toujours beaucoup plus élevé.
La partie inférieure du chapiteau corinthien est ornée de feuilles •d'acanthe et la surface supérieure rehaussée de palmettes : il est couronné de volutes et surmonté d'un abaque dont les côtés sont con- <:aves.
Le chapiteau corinthien a la forme d'un vase sans renflement ou d'une cloche renversée. C'est celte forme primordiale, et non le feuillage qui la recouvre, qui en constitue le principe, car la décoration en ^st prodigieusement variée dans les détails, tandis que Tensemble reste partout le môme.
Le grand développement de Tordre corinthien répond dans l'histoire à la période macédonienne. Le plus ancien exemple qu'on •connaisse de Tappiication de Tordre corinthien à un édifice est le monument choragique de Lysicrate à Athènes. Dans ce petit édifice circulaire le chapiteau des colonnes présente à sa partie inférieure une rangée de petites feuilles lisses comme des feuilles d eau et surmontées de feuilles d'acanthe. Puis d'autres feuilles se montrent sous les volutes de l'angle, tandis que des liges se contournent et s'enroulent en supportant une palmette qui forme le milieu de l'abaque. Le fût des colonnes est cannelé et elles ont une base ronde sans plinthe, composée de deux tores et d une scotie. L'architrave, divisée en trois bandes, est surmontée d'une frise enrichie de sculptures, dont les sujets se rapportent à Thistoire de Bacchus. La corniche est remarquable par l'emploi des •denticules.
L'AKCHITECTURB GRECQUE.
La jolie légende racontée par Vitruve sur l'origine du chapiteau corinlliiea (lig. 558) n'a peut-être pas une grande valeur historique, mais elle mérite d'être rapportée : a Une jeune fille de Corinlhe. prête k se marier, mourut subitement. Lorsqu'elle Tut iuhumée,'&a nourrice alla porter sur son tombeau, dans un panier, quelques petits vases, que cette jeune fille avait aimés pendant sa vie, et, afin que le temps ne les gâtât pas aussi promptemeot en les laissant à découvert, elle mit
une tuile sur le panier, qu'elle posa par hasard sur la racine d'une plante d'acanthe. Il arriva, lorsqu'au printemps les feuilles et les tiges commençaient à sortir, que le panier, qui était au milieu de la racine, Gt élever le long de ses côtés les tiges de la plante qui, rencontrant les coins de la tuile, furent contraintes de se recourber en leurs extrémités et produisirent le contournement des volutes. Le sculpteur Callimaque, que les Athéniens appellent Catatechnos, à cause de la délicatesse et de l'habileté avec lesquelles il taillait le marbre, passant auprèsde ce tombeau, vit le panier et la manière dont les feuilles naissantes l'avaient environné. Cette forme nouvelle lui plut infiniment, et
il en imita la manière dans les colonnes qu'il Gt depuis à Corinthe, établissant et réglant sur ce modèle les proportions et la manière de l'ordre corinlhien. »
L'antiquité grecque nous a laissé des monuments dans lesquels le fùl de la colonne est remplacé par une figure : c'est ce qu'on appelle ordre penique, quand c'est une ligure d'homme, et ordre eariatide
Pig. SM. — Alluila.
quand c'est une figure de femme. Le Pandrosion d'Athènes nous ofTre on fait de cariatides un merveilleux modèle, ou renlablemeni repose sur do gracieuses jeunes filles. On peut également en voir un très-bel «xcmplQ dans l'Atlante que représente la figure 559.
L'oi^iiuEHT. — Si les grandes lignes qui accusent un monument wM kl narque essentielle de son architecture, les ornements qui le >£K4NkL btMl qu'ils semblent appartenir au domaine de la sensation
plutôt qu'à celui de l'intelligence, montrent tout aussi nettement Tesprit de la race qui les a conçus et le cercle d'idées dans lequel il se meut. Dans Tarchitecture grecque, le rhythme, c'est-à-dire la proportion et le rapport des parties avec le tout, est ce qui nous frappe tout d'abord. Mais ce qui contribue à nous faire voir le monument tout d'une pièce, c'est le rôle que Tornement y joue. Il accuse la construction et ne la dénature jamais ; il ne parait pas comme une addition, ipais comme une affirmation : il n'est pas seulement une parure, il est un lien entre les parties. Il a le pouvoir d'être sobre parce qu'il est toujours signilicaiif. Voyez la frange délicate qui borde le vêtement des femmes grecques : elle aide à faire comprendre les plis de la robe, qui, eux-mêmes, expliquent la démarche et la tournure du personnage. Voyez maintenant un châle de l'Inde, tout couvert de ses précieux dessins : la richesse des teintes réjouit l'œil et le captive, mais le châle fait oublier la femme. Il en est de même dans les ornements d'un édifice grec si on les compare à ceux des monuments indous.
Mais ce n'est pas tout : l'ornement grec, comme s'il sentait qu'il n'est pas une vaine superfluité, s'impose à la mémoire en procédant par répétitions. Une idée a plus de force lorsqu'elle est exprimée en vers que lorsqu'elle est dite en prose : elle frappe davantage, et ce qui le prouve c'est que les écoliers retiennent plus facilement les vers que la prose. Cest que la répétition de sons imposée par la rime frappe l'oreille en même temps que la cadence du rhythme a frappé l'esprit. Il en est de même de l'ornement répété qui affirme une forme et multiplie son affirmation sur toute l'étendue de l'édiûce. Mais le poëte croise ses rimes, il alterne les rimes féminines avec les rimes masculines et évite ainsi la monotonie. De même l'architecte grec oppose par une savante alternance une forme douce à une forme impérieuse, une ligne courbe à une ligne aiguë, l'ove au fer de lance. Dans les palmettes, un groupe de feuilles aiguës et recourbées en dehors alterne avec un groupe de feuilles arrondies et recourbées en dedans; dans le chapelet,\es corps ronds et ovales semblent enfilés alternativement, et, pour mieux marquer l'opposition, deux amandes en hauteur se placent entre chaque olive en largeur. Si les postes présentent un enroulement de formes arrondies courant l'une après l'autre, comme si c'était l'image des flots de la mer, les lignes impérieuses des méandres s'affirment avec une gravité processionnelle. Les entrelacs s'enlacent comme les tresses d une chevelure, les gouttes ou les denticuks pré-
433 L'ARCHITECTDRE.
sentent des formes de cristaux, et partout dans l'ensemble de l'ornementation arcbitectonique, on trouve la plus capricieuse variété obéi^ sant à un système réfléchi et pondéré.
Pour donner l'animation à son monument l'arcbîtecte appelle & son aide le sculpteur et le peintre. Au milieu des grandes combinaisons symétriques de l'ensemble, les feuillages, tes plantes, les animaux, les figures viennent, dans les chapiteaux, dans les frises, dans les fronioos.
dans les métopes, rompre les lignes implacables et les formules géomêiriques. Chaque objet, chaque individu trouve sa place, et concourt à la richesse de l'ensemble sans en aliércr l'uniié.
Les profils de l'archiieclure grecque, si saillants et si hardis qu'ils puissent être, présentent toujours un balancement harmonieux. Une moulure délicate accompagne toujours une moulure laidement accentuée. S'il y a ube partie creuse et fouillée, on trouvera à c6lé une saillie légère et finement travaillée ; partout les formes capricieuses se jouent à côté des formes graves et réfléchies. Les moulures, quoique extrêmement variées, peuvent se rapporter à quelques types élémentaires : tels
L'ARCHfTECTDBE GRECQUE. 433
que le filet ou listel, moulure carrée qui ressemble àunen^gle; la
baguette, moulure cylindrolde ; lecbine.
moulure convexe qui présente une portion
de courbe; le cavet, ou échine renversée,
moulure concave; le lalon, convexe en
haul, concave en bas; la dou ci ne, concave
en haut convexe en bas. Ces moulures
sont quelquefois lisses et quËlqucfois en-
ricliics d'orneraenls.
L'antéfixe était un ornement place le long d'un enlablemenl, au dessus de la corniche, pour marquer l'exlrémité des tuiles. Les anléûxes étaient quelquefois en marbre, mais plus souvent en lerj'' cuite. Elles remplissaient quelquefois kmême office que les gargouilles au moyen âge et servaient pour l'écoulemeni des eaux pluviales du toit. Dans ce cas-là elles étaient percées d'un trou. On en voit t
dn (i-mpla d» Ii Tic loirs A pitre.
1 grand nombre dans les col-
lections publiques et parliculièremenl au musée Campana, qui est extrêmement riche en fragments antiques de toute sorte.
Les antéBses, étant en même temps chargées de participer à la décoration du monumenl, devaient naturellemeot s'accorder avec le style des édifices dans lesquels elles étaient emplo\é3s. Nous reproduisons, dans les figures 560 et 561, deux antéfixes en marbre qui sont extrêmement célèbres, et qu'on propose souvent pour modèles dans nos écoles. La première provient du Parlhénon, et la seconde du temple de la Victo're Aptère, à Atliènes.
Pour donner pa<;sage à la pluie et (aire déverser les eaux du toit dans la cour ou dans la rue, on employait souvent des téies d'animaux et surtout des tètes de lion. Le duc de Luynes a rapporté de Métaponie un de ces mascarons de lion, qui est maintenant à la bibliothèque et qu'on peut considérer comme un des modèles du genre (Gg. 562).
Les gargouilles, auxquelles les sculpteurs du moyen âge donnaient si volontiers la forme d'un diable ou d'une bSte fantastique, revêtent assez souvent celle de masques scéniques dans l'antiquité. Ces masques en (erre cuite, en marbre, ou dans toute autre substance, avaient habiluellement un caractère grotesque, comme on peut le voir sur la figure 563.
Un des traits caractéristiques de l'ornement grec, c'est que les différentes parties d'un enroulement naissent les unes des autres en une
ligne continue, comme on peut le voir sur la figure 56Ei qui est tirée du monument choragique de Lysicrate, à Athènes. Ce principe fut
appliqué tant que dura le style grec propremeot dit et ne cessa de l'être qu'avec les Byzantins.
Les édifices. — L'art grec frappe Timagination autant que la raison. L'emplacement d'une ville ou d'un temple semble choisi pour faire une décoration. Le plus souvent c'est sur une éminence que Tédiiice déploie sa splendeur, et la nature qui l'entoure, le sol sur lequel il est élevé, se lient intimement avec lui et semblent faire partie de son architecture. Athènes, Agrigenie, Syracuse, présentent ce caractère : l'œuvre d'art s'encadre dans le paysage. Cest la nécessité de la défense qui a fait choisir l'emplacement, mais c'est le sentiment de l'artiste qui a su opérer ce mariage entre la nature et la conception humaine, d'où résulte une saveur poétique, une ivresse de l'âme, dont on ne peut se défendre.
L'architecte grec, fidèle à son principe de s'aider de la nature, dispose son temple pour que la silhouette se dessine nettement sur le ciel, au milieu des arbres et des rochers qui l'entourent. On le voit de toute la plaine, et du plus loin qu'il l'aperçoit, le navigateur salue l'habitation du dieu dont il attend la protection. Sa masse apparaît d'un seul coup, et sa forme est si simple qu'un regard suffît pour faire comprendre l'admirable accord des lignes qui le composent.
Le temple grec est une conception qui s'éloigne absolument des^ édifices que l'Orient a de tout temps consacrés à la divinité. L'art comme le culte, en Grèce, répugnait à ces énormes monuments, à ces palais superposés, à ces dédales d'enceintes, d'avenues, de salles, que nous trouvons en Egypte, en Assyrie, en Perse et dans l'Inde. Un rectangle bordé par un péristyle de colonnes et des formes géométriques se pondérant dans une symétrie imposante, voilà le temple grec dans son austère simplicité.
Que nous sommes loin de ces cathédrales que bâtissaient nos pères^ prodigieux échafaudage d'éléments divers qui se parent à l'envi d'une dentelle de pierre! Mais, tout d'abord, il faut expliquer ce que c'est qu'un temple, et ne pas confondre sa destination avec celle d'une église. Dans notre religion, le sacerdoce a la direction morale de nos consciences, et Tédilice religieux est fait pour les fidèles qui viennent entendre la parole divine. En Grèce le temple est un abri pour le dieu qui n'est, le plus souvent, que la patrie divinisée. On n'y vient pas pour écouter un enseignement, mais le peuple circule autour, sous les por-
tiques, dans le bois sacré; les cérémonies religieuses s'accomplissent au dehors, non en dedans.
Dans les temps primitifs, on se contentait de dresser un autel en plein air, sur une hauteur ou dans un bois consacré à la divinité. Selon Pausanias, la demeure du dieu, à Delphes, n^avait été dans le principe qu'une cabane de lauriers où Ton venait consulter Toracle. Les chênes de Dodone étaient célèbres par les oracles qu'on y rendait. Quelquefois l'image divine était placée dans une grotte, comme celle qui était consicrée à Apollon près de Magnésie, sur le Méandre. Strabon dit que Phidias avait fait sou Jupiter si grand que s*il s'était levé il aurait enfoncé la toiture. C'est qu'en réalité le temple n'était que la niche destinée à protéger l'idole contre les intempéries de Tair. Plus tard, et surtout chez les Romains, la physionomie du temple s*est modifiée et rédiûce sacré a pris des proportions très-différentes de celles qu'il avait chez les Grecs.
Ordinairement la conformation du temple se réglait d'après le caractère de la divinité qu'on y invoquait. Ainsi les dieux du ciel avaient des temples hypœthres, c'est-à-dire découverts, et les temples dédiés aux divinités de la terre étaient fermés, comme le Mégaron d'Eleusis, qui était consacré à Gérés et Proserpine. Il eût été impossible d'invoquer Jupiter dans un temple qui n'eût pas été découvert. « Les toits de ses temples,dit Varron, sont ouverts pour laisser voir le divin, c'est-à-dire le ciel ; on dit même qu'il ne faut le prendre à témoin qu'à ciel découvert. » Vitruve nous assure également que les ordres ne s'employaient pas arbitrairement, u La bienséance, dit Vitruve, est ce qui fait que l'édifice est tellement correct qu'il n'y a rien qui ne soit approuvé et fondé sur quelque autorité. Pour cela, il faut avoir égard à l'état des choses, aux usages et à la nature des lieux. Par exemple, si l'on a égard à l'état de chaque chose, on ne fera point de toit aux temples de Jupiter foudroyant, ni à ceux du Ciel, non plus qu'à ceux du Soleil et de la Lune, mais ils seront découverts, parce que ces divinités se font connaître en plein jour et dans toute retendue de l'univers; par la même raison les temples de Minerve, de Mars et d'Hercule seront d'ordre dorique, parce que le caractère de ces divinités a une gravité qui fxcliit la délicatesse des autres ordres, tandis que les temples de Vénus, de Flore et des nymphes des fontaines, doivent être d'ordre corin- Iki», d'autant que la gentillesse des fleurs, des feuilagcs et des xt4«tes» dont cet ordre est embelli, paraît fort convenable aux attritraHK gndettses de ces déesses, et cela semble contribuer beaucoup
à la bienséance ; enfin pour les temples de Junon, Diane, Bacchus et d'autres dieux de ce caractère, il faut employer Tordre ionique, parce que le rang que cet ordre tient entre la sévérité du dorique et la délicatesse du corinthien représente assez bien la nature particulière de ces divinités. »
Ces règles que nous donne Vitruve nous montrent comment les architectes considéraient, en général, le rapport qui existe entre le caractère d'une divinité et Tordre qui doit être approprié à son temple. Toutefois elles n'ont jamais été suivies d'une façon rigoureuse. M. Hittorf conteste même absolument qu'il y ait jamais eu un rapport obligé entre l'emploi des ordres et les divinités auxquelles le temple était consacré. « Les monuments sont là, dit-il, pour prouver que cette classification n'existait pas plus en Grèce et en Sicile que dans la Grande Grèce; Tordre dorique y était indistinctement employé aux sanctuaires de toutes les divinités.
Nous avons vu que le temple était la maison du dieu et non un lieu d'assemblée. Mais en Grèce, le dieu est le protecteur de la cité, et la religion est intimement liée à la politique. C'est au dieu qu'on confie le trésor public auquel on aura recours en cas de détresse* Lïdole même est un véritable trésor, et Périclès comptait parmi les ressources dont la république pouvait disposer Tor qui couvrait la grande Minerve de Phidias. L'opisthodome d'ailleurs, situé au food de la cella, renfermait les deniers publics, et celui du temple de Jupiter à Olympie était renommé pour les objets précieux que la piété des peuples y avait consacrés. Ces objets, indépendamment de leur valeur intrinsèque, étaient souvent des chefs-d'œuvre de l'art.
La plupart des temples grecs n'avaient pas de fenêtres : les quatre murs de la cclla n'avaient pas d'autre ouverture que les portes. L'éclairage latéral n'avait lieu que dans un très-petit nombre d'exceptions, à TÉrechthéion, par exemple, où il y avait une fenêtre. On en a conclu que les temples devaient être éclairés par en haut, ou plongés dans Tobscurité. Cette dernière hypothèse a prévalu au xvm* siècle; on admettait alors que le service religieux se faisait à la lueur des torches et que les peintures qui décoraient les temples, comme celles des hypogées de TÉgypte, ne recevaient jamais la lumière du jour, car si la lumière n'entre que par une porte placée sous un portique, elle doit être insuffisante. xMais à part TÉrechihéion, où une lampe brûlait perpétuellement en l'honneur de Minerve qui a planté Tolivier, rien ne prouve Tusage des lampes pour remplacer la lumière dans les temples.
M. Beulë repousse Tidée que les temples, qui renfermaient tant de chefs-Kl*Œuvre, aient pu être obscurs à Tintérieur, mais il ne veut pas croire non plus que ces chefs-d'œuvre aient été exposés à la poussière et à la pluie. II suppose donc que les ouvertures du toit étaient fermées par des châssis sur lesquels on disposait des substances favorables à la lumière, du verre par exemple. Mais c'est une hypothèse qui n'est pas appuyée sur une base positive.
Il y avait, il est vrai, des édiûces complètement obscurs comme les sanctuaires souterrains qui servaient de chapelles funéraires, ou les temples dédiés à des divinités souterraines, par exemple à Proserpine.
Fig. 565.
Temple à anles.
Fig. 56(i.
Temple prostylr
Fig. :C7.
Temple amphyprostyle.
Maisen Grèce, les divinités du ciel, et notamment Jupiter, ne pouvaient être invoquées qu'à ciel découvert. Aussi la plupart des temples étaient découverts par le haut.
Les temples reçoivent différentes dénominations suivant la disposition de leurs colonnes. L'usage des colonnes au fiontispice des temples M fut pas, dans les premiers temps, d'une nécessité absolue. Dans les constructions en bois il y avait un vestibule couvert en avant de la porte; mais lorsque l'architrave, composée de plusieurs pierres, rem- |lwCih plate-bande en bois, il devint indispensable de la soutenir par i des colonnes d'uns ante à lautre, c'est-à-dire de la tête d'un Itlértut du temple à la tête de l'autre mur. t^Ckiifpdld temple à antes celui qui à des pilastres aux encoi-
gnures, et une colonae seulement de chaque côté de la porte. Le temple de la Fortune, à Rome, mentionné par Vitruve, est un temple h anUt (Qg. 565).
2' On appelle temple pro$lyle celui qui, outre les deux colonnes de la porte, en a deux autres aux encoignures, en remplacement des deux pilastres du temple à anUs (fig. 566).
S> Le temple amphiprottyh (ou double prostyle) a quatre colonnes
Fig. 5«B. — Temple piead^-frfTlptèra.
(Tsisple <ta U Pottuia TirileJ
à la façade comme le précédent, et de plus il a également quatre colonnes à la face opposée (Gg. 567).
k' Un temple est appelé piriplère quand les colonnes entourent entièrement l'édilice. Le Parthénon, les temples de Pœstum, et les plus fameux temples de l'antiquité grecque appartiennent k cette catégorie (fig. 568).
5" Un temple est psmdo-périptère (flg. 569) quand les colonnes des ailes et de la façade post'jricure sont engagées dans !e mur : la Maison-Carrée de Nimes est pseudo-përiptère.
6° Le temple de Diane, à Ëphèse, et celui d'Apollon Didyme à Milet, qui passai! pour le plus beau de l'Asie Mineure, étaient appelés diptères, parce qu'ils présentaient une double rangée de colonnes {ng. 570).
7" Un temple eH pseudo-dtptirf. {Dg. 571), quand l'espace entre les colonnes et le mur de la cella est aussi large que dans le diptère,
mais que ces colonnes sont disposées sur un seul rang au lieu de deux. Tel était le temple de Diane à Magnésie.
Les temples rectangulaires ont ordinairement dans leur longueur le double de leur largeur. Les plafonds étaient en bois; le toit était formé avec des tuiles et quelquefois des dalles de marbre ou des plaques de métal.
On appelle /iypa?r/irf5 les temples qui n'ont pas de toiture; l'intérieur
Fig. blO. — Templo diptèro.
(Tomplo de Diane, à Éphôse.)
Fig. 511. — Temple pseudo-diptère.
(Templo de Diane, à Magnésie.)
ressemble à une cour. Le temple de Jupiter Olympien était hypœthre (Og. 572).
Il y a des temples où on voit à l'intérieur deux étages de colonnes superposées. Le Parthénon en offre un exemple.
Enfin, outre les temples de forme rectangulaire dont nous venons de parler, il y en avait de circulaires, comme le temple de Vesta à Rome, ou le temple de la Sibylle à 'livoli (fig. 573).
Les grands temples s'élevaient généralement sur un terrain sacré qui renfermait, outre le principal temple, une fontaine, des grottes, des chapelles, des statues, des autels, des colonnes portant des traités de paix ou de guerre. Les arbres qui poussaient sur le terrain sacré
n'étaient jamais taillés ni abattus et contrastaient par leur désordre naturel avec la régularité de l'architecture. Le temple était un véritable musée et c'est là qu'on rencontrait les grands chefs-d'œuvre do
Hii
Pig. 5'ï2. — Temple hypœthre.
Pig. 578. — > Temple rond.
la sculpture et de la peinture, parmi lesquels se trouvaient de vieilles images hiératiques consacrées par la vénération attachée à leur ancienneté, et des offrandes de toutes sortes, provenant de la piété des populations.
Notions historiques. — La construction. — Les ordres. La décoration. — Lb pavage romain. ^ Les édipicbs.
Les architectes.
Notions historiques. — L'Italie est couverte de monuments pélasgiques dont la construction ne diffère pas essentiellement de ceux que l'on rencontre en Grèce et qui datent de la même période. Mais les Étrusques, malgré les grands rapports qu'ils présentent aussi avec les Grecs, s'en séparent néanmoins par quelques points essentiels et notamment par l'emploi de la voûte dont ils ont fait usage dès la plus haute antiquité. Le style romain s'est formé par le mélange du goût étrusque et du goût grec.
La conquête de la Grèce par les Romains marque une transformation complète dans Tart comme dans la situation des artistes. Les grands, pour gagner le peuple par l'éclat et la magnificence des fôtcs, attirent à Rome un grand nombre d'artistes grecs, en même temps qu'ils apportent dans la ville éternelle des chefs-d'œuvre de toute sorte volés dans les sanctuaires de la Grèce. A l'origine, les généraux romains mettaient une sorte de modération dans leurs rapines. Marcellus à Syracuse, Fabius Maximus à Tarente, se proposaient simplement de donner à leur triomphe plus d'éclat et de décorer les édifices de leur pays avec les chefs-d'œuvre qu'ils rapportaient en manière de trophées. Mais la prise de Corinthc, les victoires sur Mithridate et sur Cléopâtre, amenèrent à Rome une aflluence de statues et de tableaux tellement considérable qu'on ne pourrait y croire, si Ton n'avait pour cela des témoignages si positifs et si multiphés.
Tite-Live signale l'émigration des artistes grecs par troupes : « Les architectes, les peintres, les statuaires, que Tappât de la fortune attirait à Rome en très-grand nombre, trouvaient toujours à s'occuper dans les grands travaux publics, telsque théâtres, temples, basiliques, portiques, àans compter les ouvrages qui leur étaient demandés par des particuliers. Plusieurs d'entre eux firent des fortunes princières; on cite entre
autres un peintre grec d'Alexandrie, chez lequel Ptolémée Philométor reçut à Rome une hospitalité vraiment royale. »
Paul-Émile, dans son triomphe sur Persée, amène à Rome 250 chariots remplis d'objets d'an. Sylla se fait livrer les trésors des temples d'Olympie, de Delphes et d*Épidaure ; les gouverneurs de province, Verres, par exemple, se mettent à piller pour leur compte, et de toute part la marche des légions romaines est signalée par un brigandage organisé. Le goût des arts se propage de plus en plus parmi les Romains, et s'allie toujours au luxe le plus fastueux. Les érudits en matière d'art et les connaisseurs viennent élire domicile à Rome, en même temps que les artistes grecs abandonnent leur patrie dévastée pour mettre leurs talents au service des maîtres du monde.
Les artistes et les artisans grecs employés à la décoration des édifices étaient considérés à Rome comme des fournisseurs d'objets de luxe, qu'on paye généreusement, et nullement comme des hommes dont le talent honore la nation qui les fait travailler. Comme les Romains confondaient absolument l'art avec le luxe, le vieux parti républicain s'élevait contre ces innovations qu'il regardait comme le signal d'une décadence dans les mœurs. En Grèce, le goût de l'art s'était toujours allié à l'amour de la liberté ; mais à Rome on s'en servait pour faire oublier au peuple les affaires politiques. Des entreprises architectoniques pleines de grandeur et de magnificence étaient servies au peuple romain au même titre que ses spectacles. Les architectes, qui étaient regardés par les empereurs comme des hommes utiles, furent toujours beaucoup plus considérés par eux que les peintres et les sculpteurs.
Sous la république, pourtant, quelques familles patriciennes avaient pratiqué ces arts, et un Fabius reçut le nom de Pictor parce qu'il avait fait des peintures dans le temple du Salut. Mais l'asservissement de la Grèce ût affluer vers Rome une multitude d'artistes bien plus habiles que tous ceux qu'on avait vus jusque-là; comme ils étaient dans une situation bien inférieure aux citoyens, que plusieurs même avaient été réduits en esclavage par suite de la guerre, Tart ne tarda pas à être déconsidéré comme ceux qui le pratiquaient. On achetait un philosophe, un grammairien, un pédagogue, on eut de même un peintre, un sculpteur, un architecte. Les Romains croyaient posséder l'art et la science quand ils avaient un homme à eux. Les noms écrits sur les inscriptions tumulaires nous montrent des esclaves et des affranchis qui exerçaient les beaux-arts. Mais, parmi ces noms, aucun
n'est illustre ; car Fart vit d'inspirations que le mattre ne donne pas, et qui sont rebelles à des mains serviles.
Ce fut vers la fin de la république que le luxe commença à s'introduire dans les maisons particulières. Crassus, le premier, fit venir des marbres étrangers pour orner sa propre demeure, qui était située sur le mont Palatin. Il plaça dans l'atrium de sa maison six colonnes de marbre du mont Hymette, ce qui lui attira un quolibet de Marcus Brutus. Lépidus passa pour un homme magnifique parce qu'il avait fait venir des marbres de Numidie. Mais bientôt la mode des marbres étrangers devint générale. « Quatre ans après le consulat de Lépidus, dit Pline, Lucius LucuUus fut consul, duquel le marbre noir prit le nom de Luculléen, ainsi qu'on voit encore aujourd'hui, parce qu'il prenait fort grand plaisir à ce marbre, et qu'il en fit venir à force à Rome, ayant fantaisie sur ce marbre noir, au lieu que les autres estimaient les marbres blancs et ceux qui étaient diaprés et marquetés de diverses couleurs. » Au commencement de Tempire on vit s'élever eu très-grand nombre des maisons particulières qui affichaient un luxe inouï jusqu'alors. H y en avait dont Vimpluvium était orné de colonnes qui avaient coûté jusqu'à /iO,000 sesterces chacune (8,183 fr.).
Les philosophes ne manquaient pas de déclamer contre le luxe croissant des particuliers, et les républicains disaient qu'autrefois le chaume abritait les hommes libres et que maintenant les palais de marbre étaient remplis d'esclaves. Ces récriminations, qui n'étaient que le prélude de celles que le christianisme allait élever dans le môme sens et avec beaucoup plus d'énergie, étaient en principe contraires à la liberté individuelle et au droit que tout individu a de vivre selon sa fantaisie, mais elles étaient parfaitement conformes à la vieille morale républicaine.
En Grèce, jusqu'à la domination macédonienne, et à Rome, jusqu'à la fin de la république, l'individu devait s'effacer devant la cité, et nul n'aurait osé avoir une demeure qui l'emportât sur les édifices publics. Le sentiment monarchique amena un changement dans les mœurs. Ce fut la cité qui fut à l'individu et non l'individu à la cité. Dès lors chaque citoyen opulent voulut avoir une demeure qui répondit à son rang et afficha la supériorité qu'il prétendait avoir sur ses concitoyens. Il en résulta que l'architecture privée prit une très-grande extension, et ce n'est en réalité que dans la période monarchique qu'on peut en suivre tous les développements.
Rome avait, dès la fin de la république, tous les genres d'édifices
que l'empire devait développer. L'empire n'a fait que consacrer la tendance vers la magnificence. Pompée fit construire un théâtre en pierres qui pouvait contenir quarante mille spectateurs. Scaurus avait élevé déjà un théâtre provisoire dont la magnificence était vraiment inouïe : trois mille statues de bronze, et une multitude de tableaux complétaient sa décoration, enrichie déjà d'un nombre immense de colonnes. Le premier amphithéâtre en pierres fut élevé par Statilius sous Auguste.
La grande place qu'Auguste occupe dans l'histoire vient moins de ses qualités personnelles que des goûts et des idées de son temps qu'il possédait à un haut degré et dont il s*est fait en quelque sorte la manifestation vivante. 11 avait le goût des grandes constructions et le nombre des édifices qu'il a élevés dans Rome est vraiment immense, d'autant plus que tous les grands personnages du temps, stimulés par l'exemple de l'empereur, en élevèrent de leur côté. C'est à cette époque qu on rapporte le temple de Jupiter tonnant, dont trois colonnes subsistent encore avec leur entablement, le temple de Mars vengeur, qui est figuré sur quelques monnaies, un grand temple dans le forum d'Auguste, dont il reste des débris, le théâtre de Marcellus, le portique d'Octavie, etc.
Le Panthéon d'Âgrippa, édifice rond, que précède un portique formé de seize colonnes de granit, marque une innovation dans l'architecture par l'importance de sa coupole et la magnificence de sa décoration. Les murs étaient plaqués en marbre, les caissons ornés de rosettes dorées.
La province participa au mouvement imprimé par la capitale : partout s'élevèrent des arcs de triomphe, des temples dédiés à Auguste, etc.
L'incendie de Rome par Néron fit surgir une ville nouvelle. Les architectes Celer et Sévérus élevèrent la Maison-Dorée dont la magnificence est devenue proverbiale. Ce palais était entouré de portiques d'un développement immense et renfermait des parcs dans son enceinte. On reconstruisit sur un plan régulier les quartiers qui avaient été consumés par le feu. Les maisons eurent moins de hauteur, les rues plus de largeur et la pierre fut partout substituée au bois dans les constructions nouvelles. A partir du règne de Néron, les monuments prennent des proportions gigantesques et commencent à se surcharger d'ornements. Bien que la plupart des constructions élevées sous ce règne aient eu pour but le plaisir de l'empereur, on lui doit de grands travaux d'utilité publique. La fondation du port d'Antium, la
réparation des aqueducs, la grande boucherie, rotonde comprise dans un triple portique, qui est figurée sur une médaille, des thermes et d'autres édifices attestent l'activité de l'architecture.
lues règnes d'Othon, de Galba et de Vitellius furent trop courts pour avoir laissé des constructions importantes, mais Vespasien releva les fortifications de plusieurs villes, rétablit des routes, répara une foule de monuments publics, restaura le Capitole et réédifia pour la troisième fois le temple de Jupiter.
Vespasien consacra le produit des dépouilles de la Judée à élever le temple de la Paix, mais le monument le plus important de son règne est le Cotisée, qui est un des ouvrages les plus gigantesques de l'antiquité.
Le règne de Titus, signalé par d'effroyables désastres, la destruction de Pompéi et d'Herculanum, et dans Rome un incendie qui consuma une multitude d'édifices, fut consacré presque entièrement à la réparation de ces malheurs. La conquête de la Judée fut inscrite en bas-reliefs sur un arc de triomphe et le Colisée fut terminé et inauguré par des jeux splendides. Les Thermes de Titus, dont la décoration a servi de modèle aux artistes de la Renaissance, sont un des monuments les plus importants de ce prince, qui mourut sans avoir pu achever la réédification qu'il avait commencée pour réparer les dommages causés dans Rome par l'incendie.
Domitien reconstruisit à nouveau le temple de Jupiter Gapitolin, fit creuser une naumachie près du Tibre et entreprit de grands travaux d'utilité publique qui furent achevés par Ncrva, dont le nom est surtout attaché à l'aménagement des eaux de Rome et à la réparation des aqueducs.
Trajan a laissé un grand nom dans l'histoire de Tarchitecture comme dans l'histoire politique. Des villes entières, aujourd'hui détruites, furent fondées par son ordre : Trajanopolis qui porta son nom, Marcianopolis du nom de sa sœur, Plotinapolis du nom de sa femme. L'Asie Mineure fut dotée de monuments importants : Taqueduc de Nicomédie fut terminé, Pruse eut des thermes, Nicée un théâtre, Sinope un forum, Éphèse un gymnase. L'Italie fut encore mieux partagée. Le port d'Ostie fut complété par un vaste bassin octogone, on en creusa un à Civita- Vecchia, un autre à Ancône. Les habitants d'Ancône reconnaissants élevèrent un arc de triomphe à l'empereur. L'architecte Apollodore jeta sur le Danube un pont immense qui était défendu par deux forteresses. Il figure sur la colonne Trajane, où sont représentées les vie-
toires remportées sur les Daces. Le forum de Trajan, à Rome, était une grande place entourée de portiques. Une basilique et une bibliothèque ornaient le forum, qui était flanqué de deux places semi-circulaires et au milieu desquelles s*élevaît la colonne Trajane. Quelques auteurs attribuent à cette époque Tare de triomphe qui porte aujourd'hui le nom de Constantin, mais l'opinion la plus accréditée est que ce monument a été réellement construit du temps de Constantin, mais avec les matériaux et notamment les bas- reliefs provenant de l'ancien arc de Trajan.
Hadrien fut un grand protecteur des arts et prétendait lui-même au titre d'architecte. On l'accuse même d'avoir fait tuer par jalousie ApoUodore, le grand architecte qui avait été Fami de Trajan. Hadrien a fait faire de grands travaux à Athènes : c'est à lui qu'on doit l'achèvement du temple de Jupiter Olympien qui avait été commencé par Pisistrate. Toutes les villes de la Grèce tinrent à l'orner de statues élevées en l'honneur de l'empereur. Athènes possède encore les restes d'un arc de triomphe dû également à Hadrien, et Pausanias signale comme étant de son règne des temples consacrés à Junon et Jupiter Panhellénien, un superbe gymnase décoré de cent colonnes de marbre et un magnifique portique orné de peintures et de statues. Beaucoup de villes de la Grèce eurent à se louer de la magnificence d'Hadrien. Mégare lui doit un temple d'Apollon, Corinthe ses aqueducs, Mantinée un temple de Neptune. En Egypte, Hadrien fonda la ville d'Antinoé, dédiée à son favori Antinous. Il restaura Nicomédie qu'un tremblement de terre avait dévastée, fonda à Nîmes une basilique aujourd'hui détruite. Rome vit s'élever plusieurs temples dont l'un en l'honneur de Trajan ; Capoue reçut son gigantesque amphithéâtre, et la Grande-Bretagne fut pourvue d'une muraille formidable destinée à la défendre. Mais le monument le plus célèbre auquel Hadrien ait laissé son nom est le grand mausolée qu'il éleva au bord du Tibre.
Antonin et Marc-Aurèle furent des philosophes plutôt que des artistes. C'est pourtant à cette époque qu'un grand nombre d'écrivains attribuent une partie des monuments de la période gallo-romaine : à Nîmes, Orange, Saint-Chamas, Cavaillon, etc. Le temple du Soleil à Baalbeck paraît être du môme temps. Sous les successeurs des Antonins, l'architecture marche à sa décadence, et quand on arrive à Septime Sévère, la transformation est complète.
Une partie des grands monuments élevés par les Romains sont dus à la munificence des particuliers. 11 y avait, parmi les citoyens opulents,
un désir immense de contribuer à la splendeur et à la gloire de leur patrie. Plioe cite entre autres un aqueduc et un canal à Nicomédie, un gymnase et un théâtre à Nicée, un aqueduc immense à Sinope : tous ces monuments ont été élevés par des particuliers, et le peuple en jouissait sans y avoir contribué.
Il y avait des fortunes privées prodigieuses, et on gagnait Testime et la popularité en élevant à ses frais un édiûce qui faisait l'orgueil de la ville. Le nom d'Ilérode Atticus est le plus célèbre en ce genre. Son père avait trouvé un trésor immense dans une vieille maison, et il voulut, suivant la loi romaine, en donner une partie à l'empereur; mais celui-ci refusa, et comme le trésor était si considérable qu'Âtticus déclarait qu'il ne savait comment en user, l'empereur répondit : « Eti bien! abuses-en I ' » Des constructions gigantesques s'élevèrent alors en Attique, en Épire, en Eubée, dans le Péloponnèse et dans bien d'autres endroits. Plusieurs villes de Grèce et d'Asie honorèrent par des inscriptions celui qu'elles appelaient leur patron et leur bienfaiteur.
De leur côté les municipalités rivalisaient de zèle pour rendre célèbre leur cité par la beauté de ses monuments, et ne voulaient pas rester en arrière des particuliers. On peut juger de 1 opulence des villes romaines par les débris qui en restent. Onze villes d'Asie se disputèrent rhonneur d'élever un temple à l'empereur et le sénat fut chargé de choisir entre elles. Laodicée, qui fut rejetée une des premières comme étant trop pauvre, étale aujourd'hui l'immensité de ses ruines, et on se demande avec stupeur ce que devaient être Pergaroe, Smyrne, Éphèse, Antioche, Alexandrie. D'immenses et magoiûques routes, partant du milieu de Rome, allaient dans toutes les directions, et tous les pays que baigne la Méditerranée étaient sillonnés de chemins tellement solides que plus de dix-huit siècles n'ont pas suffi pour en effacer la trace.
Parmi les architectes romains dont le nom est resté, Caïus Mutius s'est rendu célèbre en élevant le temple de l'Honneur et de la Vertu. Le temple de Mars et le portique du temple de Jupiter Stator sont Tœuvre d'un architecte grec, Hermodore de Salamine. Mais l'architecte qui a pour nous la plus grande importance est certainement Vitruve Pollion, qui vivait sous Auguste, auquel il dédia son célèbre traité d'architecture, qui, malgré quelques obscurités dans la forme, nous donne des renseignements d'autant plus précieux que c'est le seul ouvrage de ce genre qui soit resté parmi tous ceux que les anciens ont écrits sur ce sujet. Vitruve avait élevé à Fano une basilique qui n'existe plus.
L*ARCH1T£CTURE ROMAINE. 449
Nous avons parlé plus haut de Celer et de Sévère, ainsi que d'Âpollodoro de Damas. A cette liste trop courte nous pourrions ajouter un assez grand nombre d'architectes dont les noms se trouvent sur des inscriptions tumulaires, mais dont on ne connatt pas les ouvrages. Les auteurs de tant de superbes édifices élevés sous l'empire romain sont pour la plupart inconnus, et leur œuvre seule peut' aujourd'hui attester leur génie.
La paix profonde dont le monde avait joui sous les Antonins fut cause que l'activité publique se porta surtout vers les grandes entreprises architectoniques. Mais en même temps Tesprit de la civilisation antique s'était affaibli par l'influence pénétrante d'opinions étrangères. Les anciennes croyances religieuses, ébranlées déjà par les sectes philosophiques, se transformaient sous l'influence de superstitions nouvelles de toute nature venues généralement de l'Orient. Le culte d'Isis et surtout celui de Mythra, .mélange des religions assyriennes et persanes, remplaçaient partout les apciennes divinités de l'Olympe grec. La religion syrienne devint presque générale sous Septime Sévère, et la présence d'une famille sacerdotale syrienne sur le trône des Romains eut pour effet de développer le caractère et l'esprit asiatique sur toute rétendue de l'empire.
En même temps le vieux patriotisme tendait à s'effacer, et tandis que Part religieux ne s* adressait plus aux dieux de la beauté qu'avait adorés la Grèce, Tenthousiasme pour les anciennes traditions diminuait, les amulettes remplaçaient les statues, les élans mystiques se substituaient aux élans patriotiques, et l'architecture, expression vivante de la société, abandonnait son ancien idéal pour s'enfoncer vers Tinconnu.
C'est l'époque de la grande importance des villes romaines de l'Asie. Les édifices qui les décorent montrent une influence orientale qui ne tardera pas à s'étendre sur tout Tempire. C'est là que s'est opérée la transformation de l'architecture romaine, déjà très-sensible au m* siècle de notre ère. Antiçche s'enrichit d'édifices de tout genre, fréquemment détruits par les tremblements de terre, mais toujours reconstruits avec une magnificence nouvelle. Les basiliques, les thermes, les aqueducs, les gymnases s'élèvent successivement, et chaque empereur embellit cette cité, qui semble la capitale de l'Orient, comme l'avait été Alexandrie sous les rois Macédoniens.
Le christianisme introduisit dans l'architecture religieuse des besoins nouveaux qui firent promptement abandonner les vieilles tradi-
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lions dans les monuments qui relèvent directement de Tart, en même temps que le changement introduit dans les mœurs amena nne modification dans les ouvrages d'utilité matérielle. Ce changement se rattache à une modification apportée dans le système militaire.
Tant que les centurions romains, dressés aux vieilles habitudes de Ja discipline, purent diriger des hommes de nations diverses, les travaux publics furent exécutés d'après les anciennes traditions et il n'y eut pas de modifications importantes dans la construction et Tentrelien des routes et des autres grands travaux exécutés par larmée; mais quand les armées cessèrent de représenter la vieille organisation romaine, quand les légions furent remplacées par les troupes de barbares à la solde des empereurs, il n'y eut plus moyen de les utiliser pour le travail. 11 n'y eut pas substitution d'un système nouveau, il y eut des armées, vivant sur le public, et la plupart du temps de rapines, mais ne prenant plus aucune part aux travaux publics.
La construction. — Les Romains, dans leurs constructions, commencèrent par imiter les Étrusques. L'opus incertum ou antiquum est un genre de maçonnerie qui rappelle les constructions cyclopéennes de la seconde époque en ce sens que les pierres sont irrégiilièrcs; mais, au lieu d'être jointes à sec, elles sont liées avec du ciment, qui joue même un rôle important et auquel on donne une saillie visible. Quelquefois les angles des murs sont formés de pierres quadrangulaires ou de briques.
Vopus reticulatum qui, du temps de Vitruve, était très*usité, se compose de pierres taillées carrément comme un damier, mais qui sont posées sur Tangle de manière que les joints forment des diagonales croisées. Les architectes romains, lorsqu'ils employaient cet appareil, avaient soin de le couper, de distance en distance, par des assises horizontales et de dresser aux angles des montants latéraux.
Vopus spicatum présente des briques posées dans la hauteur, mais alternativement inclinées à droite et à gauche. Cet appareil s'employait aussi pour le pavage des maisons.
L'architecture en plate-bande nécessite l'emploi de matériaux de très-grandes dimensions qui ne se trouvent pas partout. L'inconvénient de ce système, et ce qui l'a empêché d'être d'une application universelle, c'est que Técartement des points d'appui est subordonné à la grandeur des pierres. Pour former un arc qui permît de donner aux supports un étartement beaucoup plus grand, on tailla les pierres en
forme de coin et on les plaça de telle sorte que les joints fussent le prolongement d'un rayon partant du centre. Mais, comme dans cette construction la pression d*un des cètés sur l'autre produit cette action lente qu'on nomme la poussée, on reconnut que s'il se trouvait un joint au milieu de l'arc, la poussée serait beaucoup plus grande et risquerait d'entraîner la rupture de l'arc. Alors on plaça au milieu une pierre centrale qu'on nomme la clef et qui en assure la solidité : c'est ainsi que les claveaux se trouvent former un nombre impair. Pour ajouter la solidité apparente à la solidité réelle, le constructeur romain donne à la clef une saillie plus grande qu'aux autres claveaux et la décore souvent de sculptures.
On attribue généralement aux Étrusques l'honneur d'avoir inventé le système de voûte qui a prévalu dans Tarchitecture romaine. La voûte n'est qu'un prolongement de l'arc : elle peut s'allonger pour former une galerie ou se contourner en formant une coupole. Quand Tare repose sur les pieds-droits, c'est une arcade. Ainsi, tandis que la ligne droite, horizontale ou verticale, est dominante dans l'architecture grecque, la ligne courbe devint un trait décisif dans les édifices romains.
Le mélange de l'arc et de la plate-bande fut le résultat naturel de la fusion de l'art grec et de l'art romain. 11 est difficile de condamner d'une manière absolue un style qui a produit le Colisée, le théâtre de Marcellus et bien d'autres monuments que nous admirons, et qui a d'ailleurs le mérite de présenter une alternance souvent agréable entre les lignes droites et les lignes courbes. Cependant il faut reconnaître que ce mélange n'est pas conforme à la logique de l'architecture primitive. La colonne qui, en principe, est un support, devient une décoration lorsqu'elle est adossée au pied-droit. Les Romains, qui étaient excellents constructeurs, avaient une vive admiration pour l'art grec» et en se l'appropriant, ils le dénaturèrent, ils lui prirent ses formes, mais en leur ôtant la signification qu'elles avaient en Grèce. C'est ainsi que dans l'intérieur même des édifices, ils placèrent des corniches» simulant un toit saillant et destiné à recevoir les eaux du ciel.
Le mur joue dans les constructions romaines un rôle très-important et se plie à toutes les formes que lui demande l'architecte. Un mur circulaire peut être très-solide sans avoir besoin d'être très-épais. On a même comparé les murs à une feuille de papier qui, étendue en ligne droite, ne saurait se tenir debout, tandis que si on la roule pour en former un cylindre creux, elle se soutiendra facilement d'elle-même. Mais
l'épaisseur et la solidité d'ua mur se calcule d'après la charge qu'il doit porter, et les Romains, eu élevant une coupole sur une enceinte circulaire, nous ont laissé d'admirables modèles dont le Panthéon d'Agrippa est un exemple.
Les bossages, dont les Romains ont fait grand usage, sont assez rares chez les Grecs. Pourtant dans le piédestal du monument choragique de Lysicrate, la rudesse de la base est accusée par des refends assez prononcés. Les Romains ont surtout employé le bossage dans les édifices de défense et d'utilité publique, tels que des portes de ville ou de murailles ; mais quelquefois aussi dans des monuments d'un autre ordre comme le mur circulaire du temple de Vesta.
Dans la maçonnerie romaine les briques jouent un très-grand rôle. 11 y a des murs dont l'épaisseur est solidifiée par des arcs en briques, et l'archivolte d'un grand nombre d'arcades est faite avec des briques carrées ou ayant la forme d'un coin. Les briques étaient aussi fort usitées en Grèce, quoiqu'il soit resté fort peu de constructions en briques qui puissent être attribuées aux Grecs avec certitude.
Les ordres romains. — Vordre toscan, décrit par Vitruve, ne saurait être considéré comme constituant un système architectonique spécial. D'après Vitruve, la colonne toscane devait avoir sept diamètres dans sa hauteur, qui était égale au tiers de la largeur totale de l'édifice. Il y avait une base composée souvent d'une plinthe, d'un tore et d'un filet, et le chapiteau comprenait un tailloir, un ove et un gorgerin avec astragale et filet. Les préceptes de Vitruve ne peuvent être vérifiés pour 1 ordre toscan, puisqu'il n'existe aucun temple étrusque. Mais plusieurs monuments funéraires nous montrent les rapports et les différences qui existent entre le toscan et le dorique grec qui en a été le principe.
L'entablement des temples étrusques était généralement construit en bois et c'est ce qui explique pourquoi^ ces monuments ne se sont pas conservés. Leur plan avait à peu près la même ordonnance que ceux des temples grecs. Pourtant leur forme rectangulaire était moins longue et se rapprochait davantage du carré. Leur façade présentait habituellement six colonnes, et le fronton était orné de figures en terre cuite ou en bronze. D'après le récit de Plutarque, Tarquin fit faire par des artistes étrusques un char en terre cuite pour couronner le fronton du temple de Jupiter Capitolin.
Les mutules étrusques étaient sur un plan horizontal et non sur un
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plan incliné comme les mulules grecques. La base placée sous les colonnes, I3 dirociion horizontale dos mulules, labsenco des cannelures dans les fùls. la présence d'un astragale et d'un filet sur le gorgeriii du chapiteau et la forte saillie de la corniche, sont tes caractères qui distinguent les monumenis d'ordre dorique élevés par les Romains, qui ont loujours leur origine dans les temples étrusques.
Au reste, les Romains ont peu usé de l'ordre dorique, dont le caractère rude et simple ne convenait pas à leur goût pour l'orne menlatioii
riche el somptueuse. L'ordre infôrii.-ur du théâtre de Marcellus, à Rome, est considéré comme le plus beau type du style dorique chez les Romains.
L'ionique des Romains diiïëre de l'ionique des Grecs par certains caractères distinctifs. Ainsi Vilruve demande pour rontablemcnl des denlicules sous le larmier et nous n'en trouvons pas dans les édifices du temps de Périclés, qu'il faut toujours prendre pour type de l'arl grec dans sa plus grande pureté,
Les denticulcs sont de petits blocs carrés, taillés en manière de dents, dont la forme rectangulaire semblait sans doute aux Athéniens un peu rude, pour un style qui cherche avant tout la grice, Toutefois
les Romains ont encore ici pu s'appuyer sur une tradition grecque du temps d'Alexandre, car les temples des villes grecques de l'Asie, et notamment celui de Minerve Poliade à Priène, nous offrent des denticules qui sont, il est vrai, de très-petites proportions. Enûn le. Pandrosion
d Athènes présente des denticules, mais qui ne sauraient représenter l'extrémité saillante des chevrons selon Texplication que Vitruve donne des denticules, puisque ce petit édiûce n'a pas de loit.
L*étage supérieur du théâtre de Marcellus, à Rome, est considéré comme le type le plus parfait de Tordre ionique chez les Romains. Ici la colonne n*a pas de cannelures, la frise de l'entablement est demeurée lisse, et le chapiteau est plus maigre que chez les Grecs. Mais il y a dans Tionique romain comme dans l'ionique grec de grandes variétés. Au temple de la Fortune virile, les cannelures qui montent jusqu'au haut du fût sont bien loin de produire un aussi bel effet que le gorgcrin qu'on voit dans le temple de Minerve Poliade à Athènes.
L'ordre corinthien (fig. 574), que les architectes de la période macédonienne avaient employé déjà de préférence aux autres, marque aussi le triomphe de Parchitecture romaine à sa grande époque. Mais si les Romains ont fait un usage presque continuel de Tordre corinthien, ils ont su en graduer le caractère par le nombre des moulures et la différence des profils (ûg. 575).
Généralement, dans les monuments romains, les colonnes de granit ou de porphyre ont été laissées lisses, tandis que les colonnes de marbre reçoivent vingt-quatre cannelures. Dans les temples de Vesta, d'Antoiiin et Faustine, on trouve la base attique, tandis que les colonnes dii Panthéon d' Agrippa et du temple de Jupiter tonnant présentent la base ionique. Le corps du chapiteau esi le plus souvent orné de trois rangs de feuilles formant panache, et des volutes qui partent du second rang
Fig. 575. — Colonne du tomplo de Vosta. (Tivoli.)
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Rupporient les angles du tailloir, au milieu duquel se irouve souvent une pelilc rose (fig. 576).
La décoration de l'entablement présente la plus grande variété, (i On voit, dit M. Baiissier, sur certaines frises des génies soutenant des guirlandes, comme au temple de Jupiter sur le Quirinal et au petit tcmpla de Baalbeck; ou bien encore des lions, des griffons, des bœufs, des hippogriphes, des candélabres; au temple de Jupiter ton-