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exemple de constructions de ce genre. Il est remarquable que le monument qui marque le plus dans les débuts de Thistoire romaine soit un égout ; maïs c'est conforme au génie administratif et pratique qui a toujours caractérisé les Romains. La prison Mamertine, bâtie par Ancus Martius, et le cirque Maxime, commencé parTarquin le Superbe, se rattachent à la môme période.
Quoique bien inférieure, sous ce rapport, à l'époque impériale, la période républicaine a élevé un grand nombre de monuments, mais il y en a fort peu qui soient parvenus jusqu'à nous. Parmi ceux qui ont laissé des vestiges, il faut citer les grandes voies romaines, dont le nombre s'est considérablement accru sous l'empire, mais dont le principe et le mode de construction appartiennent à la république. La voie. Appienne, qui va de Rome à Gapoue, fut la première grande route romaine. On dit que ce sont les Carthaginois qui ont les premiers pavé leurs routes, mais le système employé par les Romains se rattache à un mode de construction tout particulier. Le pont Sublicius, quelques-uns des aqueducs de la campagne de Rome, le tombeau]des Scipions, celui de Cécilia Metella, sont tout ce qui reste aujourd'hui de la période républicaine.
Parmi les monuments de l'empire qui sont encore debout, en totalité ou en partie, dans l'ancienne Rome, il faut citer le Panthéon d' Agrippa, le Colisée, le Théâtre de Marcellus, les Thermes de Titus, de Caracalla, les arcs de Titus, de Septime-Sévère, de Constantin, les colonnes Trajane et Antonine, tous les débris épars dans le forum, le Temple de Vesta, les restes des [basiliques, des aqueducs, des routes, les ruines du Palatin, etc., etc. Toutes ces ruines, qui témoignent de la grandeur romaine, ne peuvent pourtant nous donner qu'une idée bien incomplète des palais, des temples et des portiques dont la ville éternelle était autrefois couverte.
Les ruines du palais des Césars sont dans un état de délabrement qui ne permet pas de juger quel pouvait être l'aspect de l'édifice extérieurement, et les fouilles qu'on a exécutées sur le mont Palatin sont plus intéressantes pour Tarchéologie que pour l'art proprement dit. 11 faut renoncer à connaître, autrement que par des descriptions écrites, les magnificences que les empereurs avaient accumulées sur ce point. Pas une seule des habitations occupées par les riches patriciens de Rome n'a laissé de ruines apparentes, et il faut se tenir pour satisfait quand on peut en fixer l'emplacement avec certit» ■
superbes embellissaient Rome et servaient de p
Quatre colonnes du portique dOctavie sont tout ce qui reste aujourd'hui de ces richesses perdues.
De magnifiques débris qui subsistent dans un grand nombre de villes d'Italie, en Gaule, en Espagne, en Grèce, en Afrique et en Asie témoignent encore aujourd'hui du style grandiose de Tarchitecture romaine. Un grand nombre d'entre eux ont été décrits et représentés dans la première partie de ce travail et nous aurons encore à y revenir quand nous parlerons des thermes, des cirques, des théâtres, des hippodromes, à propos des usages auxquels ces monuments étaient consacrés, ou des fêtes qu'on y donnait.
Les architectes. — La profession d'architecte avait une grande importance à Rome. Cependant on sait bien peu de choses sur ce qui les concerne. Nous savons pourtant que les gouverneurs de province avaient à cœur de trouver des hommes assez habiles pour satisfaire la passion qu'ont toujours montrée les Romains pour les monuments. Une lettre de Pline le Jeune nous montre qu'ils faisaient quelquefois intervenir directement l'empereur dans leurs projets.
• Pline à l'empereur Trajan,
« Le théâtre de Nicée, bâti en très-grande partie, mais encore inachevé, a déjà coûté plus de dix millions de sesterces (1,770,000 fr.). C'est du moins ce que Ton me dit, car je n'ai pas encore vérifié le compte. Je crains que cette dépense ne soit inutile. Le théâtre s'afiTaisse et s'entr'ouvre déjà, soit par la faute du terrain, qui est humide et mou, soit par celle de la pierre, qui est mince et sans consistance. Il y a lieu de délibérer si on l'achèvera, si on l'abandonnera, ou môme s'il faut le détruire; car les appuis et les constructions dont on l'étaie de temps en temps me paraissent moins solides que dispendieux. Des particuliers ont promis un grand nombre d'accessoires, des basiliques autour du théâtre, des galeries qui en couronnent les derniers gradins. Mais ces travaux sont ajournés, depuis qu'on a suspendu la construction du théâtre qu'il faut d'abord achever. Les mêmes habitants de Nicée ont commencé, avant mon arrivée, à rétablir un gymnase que le feu a détruit; mais ils le rétablissent beaucoup plus considérable et plus vaste qu'il n'était. Cela leur coûte encore, et il est à craindre que ce ne soit sans utilité; car il est irrégulier, et les parties en sont mal ordonnées. Outre cela, un architecte (à la vérité, c'est le rival de l'entrepreneur), ' que les murs, quoiqu'ils aient vingt*deux pieds de large, ne peu-
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vent soutenir la charge qu'on leur destine, parce qu'ils ne sont point liés avec du ciment et flanqués de briques. Les habitants de Claudiopolis creusent aussi, plutôt qu'ils ne bâtissent, un bain immense dans un bas-fond dominé par une montagne. Ils y emploient Targent que les sénateurs surnuméraires, que vous avez daigné agréger à leur sénat, ont déjà offert pour leur entrée, ou payeront dès que je leur en ferai la demande. Gomme je crains que les deniers publics dans une de ces entreprises et que dans l'autre vos bienfaits ne soient mal placés, je me vois obligé de vous supplier d'envoyer ici un architecte pour dé-> terminer le parti à prendre à l'égard du théâtre et des bains. Il examinera s'il est plus avantageux, après la dépense qui a été faite, d'achever ces ouvrages d'après le premier plan, ou bien de changer ce qui doit Têtre, de déplacer ce qui doit être déplacé. Car il faut craindre, eo voulant conserver ce que nous avons déjà dépensé, de perdre ce que nous dépenserons encore. »
Voici maintenant la réponse de l'empereur :
« Trajan à Pline,
« C'est à vous, qui êtes sur les lieux, d'examiner et de régler ce qu'il convient de faire relativement au théâtre de Nicée. Il me suffira de savoir à quel parti vous vous êtes arrêté. Le théâtre achevé, n'oubliez pas de réclamer des particuliers les accessoires qu'ils ont promis d'y ajouter. Les Grecs aiment beaucoup les gymnases, et ce goût excessif pourrait bien leur avoir fait entreprendre indiscrètement celui-ci. Mais il faut, sur ce point, qu'ils se contentent du"nécessaire. Quant aux habitants de Claudiopolis, vous leur ordonnerez ce que vous jugerez le plus à propos sur le bain dont ils ont, dites-vous, si mal choisi l'emplacement. Vous ne pouvez manquer d'architectes. 11 n'est point de province où Ton ne trouve des gens entendus et habiles; à moins que vous ne pensiez qu'il soit plus court de vous en envoyer d'ici, quand nous sommes obligés de les faire venir de Grèce. »
Une autre lettre du même Pline, à un architecte qu'il emploie, n'est pas moins curieuse à connaître :
« Pline à Mustius,
(( Je me vois obligé, par l'avis des aruspices, de reconstruire et d'agrandir un temple de Cérès qui se trouve dans mes terres. Quoique
L'ABCHITECTCRK ROHAIHE. 4BS
vieux et petit, il est très-fréquenté h une époque fixe ; aux Ides de septcmbre', le peuple s'y assemble de tous les pays d'alentour. On y traite beaucoup d'affaires; on y fait et ou y acquitte beaucoup de vaux. Hais, près de là, on ne trouve aucun abri contre le soleil ou contre la pluie. J'imagine donc qu'il y aura tout à la fois piété et munificence à élever un temple somptueux,' et à joindre au temple un portique; l'un pour la déesse, l'autre pour les bommes. le vous prie donc de m'acheter quatre colonnes de marbre, de telle espèce qu'il vous plaira, et tout le marbre qui peut être nécessaire pour paver !e temple et en incruster les murs. Il faut aussi commander ou se procurer une statue de la déesse. Le temps a mutilé dans quelques parties la statue de bois que l'on y avait anciennement placée. Quant au portique, je crois ne devoir rien faire venir du pays où vous êtes. Je vous prie seulement de m'en tracer la forme. 11 n'est pas possible de le construire autour du temple, environné d'un côté par le fleuve, dont les rives sont fort escarpées, de l'autre par le grand chemin. Au delà du chemin est une vaste prairie, où il me semble qu'on pourrait fort bien élever le portique en face du temple, à moins que vous n'ayez à me proposer quelque chose de mieux, vous dont l'art sait si bien surmontter les obstacles que lui oppose la nature. Adieu, n
On voit ici que Pline demande à son architecte de lui tracer la forme ' d'un portique. Mais comment un architecte montrait-il un projet d'édifice? 11 y a là un problème qui n'est pas encore résolu. 11 est bien difficile de supposer que pour répondre à un programme déterminé, l'architecte ait donné une vue perspective de son édifice, car l'emploi de la perspective pittoresque est tout à fait contraire à tout ce que nous savons de la manière de dessiner des anciens. Mais il est permis de supposer qu'à cOté du plan et du dessin géométral, l'architecte faisait une petite maquette en relief, tenant lieu de dessin perspectif, ce qui serait tout à fait conforme aux habitudes antiques. Toutefois ce n'est là qu'une hypothèse ,à l'appui de laquelle on ne saurait invoquer aucun document positif.
La figure 616, tirée d'un bas-relief qui décorait un sarcophage antique, représente un architecte avec les instruments de sa profession. Les Romains n'avaient pas d'écoles publiques pour l'enseigne-
ment de l'architecture, et chacun était libre de prendre le titre d'architecte, de sorte qu'à côté d'hommes extrêmement instruits, il y en avait d* autres fort ignorants, surtout vers la fin de l'empire. En effet, parmi les causes qui ont amené la décadence des arts à la fin de Tem-. pire romain, il faut mettre en première ligne la substitution des esclaves aux travailleurs libres. Cette substitution s'est faite surtout pour le travail des artisans qui, n'ayant plus l'espoir d'obtenir les avantages que procure le talent, s'acquittaient sans aucun amour de la besogne qui leur était imposée. On ne voit le nom d'aucun esclave parmi les ariistes qui ont acquis de la célébrité, mais les architectes véritables avaient à subir une concurrence terrible des bâtisseurs de maisons, afiranchis pour la plupart et n'ayant fait aucune des études qui constituent l'architecte. Mais précisément parce qu'ils ne soupçonnaient pas les questions de goût, et qu'ils étaient ignorants dans la science de la construction, ils proposaient des devis très-bon marché qui séduisaient les particuliers, quoique bien souvent la ruine ait été, pour le propriétaire, la suite inévitable de ces ridicules marchés.
Dans toutes les grandes familles, il y avait les affranchis faisant travailler les ouvriers sous leurs ordres, etqui, toujoursprêts à satisfaire des caprices qui leur rapportaient, se souciaient fort peu de la tradition et des lois impérieuses de l'art. Comme ils ne manquaient pas de prendre le titre d'architectes, qu'ils déshonoraient, cette noble profession tomba dans un tel discrédit, qu'on disait d'un jeune homme qui n'était bon à rien : u On n'en peut faire qu'un crieur public ou un architecte. »
Un grand nombre de maisons particulières étaient bâties d*une façon pitoyable, et si nous en croyons Strabon et Juvénal, on ne pouvait faire dix pas dans une rue sans trouver une maison étayée. Aussi il y avait continuellement des accidents, qui tenaient à ce que les entrepreneurs à forfait faisaient à leur profit des économies sur les matièresemployées. « Il faut noter, dit Pline, que ce qui cause la ruine de tant de maisons vient de ce qu' on épargne la chaux des murailles, qui par cette raison n'ont pas la graisse qu'elles devraient, et ne sont liées comme il leur appartient. »
Les guerres civiles perpétuelles qui signalèrent la fin de l'empire jetaient une grande perturbation dans les fortunes privées. Les édifices publics eux-mêmes étaient souvent construits à la hâte, et quand le christianisme devint la religion de l'Etat, le zèle des chrétiens s'attacha à détruire beaucoup d'antiques monuments* priocifuilAment les
L'ARCBITECTURE HOHAlMi.
temples, mais od n'apportait aucun discernement dans le choix de ceux qui élaieat chargé» d'en construira de nouveaux.
Parmi les architectes romains qui ont acquis de la célébrité, le plus connu est VîtruvE (Eg. 617). Aucun des monuments qu'il avait élevés n'est parvenu jusqu'à nous, et sa réputation dans les temps modernes est due à un Traité (Tarchileclure, en ài\ livres, adressé à l'empereur Auguste. C'est le seul ouvrage de ce genre que l'antiquité nous ait laissé. Outre des renseignements techniques exirâmement précieux sur la manière de bâtir et sur ta décoration, on y trouve quelques renseignements historiques d'un grand intérêt.
Vitnive, après avoir énuméré tous les auteurs grecs qu'il a consultés pour écrire son livre, se plaint que les Romains aient si peu écrit sur l'architecture. « Car, dit-il, Fussitius a été le premier qui en ait fait un excellent volume; TerentiusVarro a écrit aussi neuf livres sur les sciences, et il y en a'un qui traite de l'architecture. Publius Septimius en a écrit deux; mais nous n'avons point d'autres écrivains sur cette matière, quoique de tout temps il y ait eu des citoyens romains grands Pig. en. - v.tmr^
architectes qui en auraient pu écrire (D»prèi un buu imiqu».)
fort pertinemment. Les architectes
Antistates, AniimachidcB et Perinos avaient commencé, è Athènes, les fondements du temple que Pisistrate faisait biktir à Jupiter Olympien, et cet ouvrage demeura imparfait après sa mort à cause des troubles qui survinrent dans la république. Deux cents ans après, le roi Antiochus promit de faire la dépense nécessaire pour achever ce monument; et ce fut Cossutius, citoyen romain, qui l'acheva. 11 yacquit beaucoup d'honneur par le talent qu'il déploya dans le plan de la nef, dans la distribution des colonnes qui l'entourent et en forment un diptère. Aussi cet édifice était-il en'grande réputation, et il y en avait peu qui
pussent l'égaler en magnificence Cependant on ne trouve point que
Cossutius ait rien écrit sur ce sujet et ce ne sont point ces écrits-là seulement qui nous manquent, mais nous n'en avons point non plus de C. Mutins, qui déployd tout son talent dans la construction
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des temples de l'Honneur et de la Vertu que Marins Tu bâlir. et dai l'application qu'il fit dos préceptes de l'art pour régler toutes les pro-* portions des colonnes et de leurs arcliitraves. Ce temple pourrait certainement éire mis au nonibro des ouvrages les plus maguifiques, s'il eût été bâti de marbre et si la richesse de la matiàre eût répondu à ia grandeur du dessin et à la perfection du travail. Voyant donc que parmi nos ancêtres, qui ont produit d'aussi grands architectes que cbes les Grecs, de même que parmi les architectes n.odemes, qui sODtJ en assez grand nombre, très-peu se sont occupés de transmettre le| préceptes de leur art, j'ai cru devoir m'occuper de cet ouvrage, ot'i j** entrepris de traiter chaque chose à part dans chacun de ces liv On voit que la grande préoccupation de Vitruve est de montrer qiM les architectes romains égalaient les architectes grecs.
Les PROctfo^s. — La statcaiiib. — Lbs bustbs et les portraits. Les bas-reliefs. — La sculpture décorative.
Les phocêdés. — Les matériaux et les procédés mis en usage pour s'en servir exercent naturellement une influence énorme sur les productions artistiques. Un sculpteur de talent qui est en même temps un archéologue distingué, M. Emile Soldi, a publié, dans tArt, un travail sur la sculpture égyptienne, où il apprécie d'une manière tout à fait technique et absolument nouvelle les difficultés contre lesquelles ont eu à lutter les sculpteurs égyptiens, u Tout le monde, dit-il, a présent à Tesprit ce caractère de vie immobile, de mouvement figé, propre aux statues égyptiennes, figures massives et rondes, dont les jambes sont rapprochées Tune de l'autre et les bras collés au corps. Eh bien, nous croyons pouvoir affirmer que ces productions abrégées, concises jusqu'à la sécheresse, doivent ce caractère aux difficultés qu'ont éprouvées les Égyptiens à toutes les époques pour vaincre les matériaux qui leur étaient imposés. L'art monumental n'aurait pas ce caractère de raideur et de solidité si, dès l'origine, le bronze seul eût été mis à contribution. Les égyptologues, se basant sur la quantité de monuments en pierre dure et la promptitude des opérations sculpturales égyptiennes, ont supposé des procédés particuliers et inconnus. Nous ne pensons pas que les moyens employés par les Égyptiens aient été différents des nôtres. En principe, c'est surtout par le martelage ou le frappage à plat que Ton taille le plus facilement le granit. On se sert d'abord d'un gros outil nommé pointe, que l'on fait entrer dans la matière afin de la faire éclater à l'aide d'une masse. Cette pointe, outil