VERRE DE VITRE MODERNE
Silice 69 &
Chaux 13 4
Soude 15 2
Alumine 1 S
lUO »
Il n'est resté aucune trace des vases murrhins qui passionnaient tant les Romains, en sorte qu'il est impossible de savoir si, comme le prétendent quelques écrivains modernes, ces vases étaient en verre ou s'ils étaient eu pierre, comme l'ont cru les anciens.
(96 LMNDUSTRIE.
« Les pierres murrhines, dit Pline, viennent de TOrient. Elles s'y trouvent en plusieurs endroits peu célèbres, surtout du royaume des Parthes ; cependant les plus belles se tirent de la Carmanie. On croit que c'est une humeur qui s'épaissit sous terre par la chaleur. Nulle part elles n'excèdent en grandeur de petites tablettes. Leur éclat est faible ; elles sont plutôt luisantes qu'éclatantes. Mais ce qui en fait le prix, c'est un mélange de taches purpurines et blanches et d'une troisième couleur qui est une nuance des deux autres, la pourpre tirant sur le feu ou la blanche prenant une teinte de rouge. Plusieurs recherchent surtout les bords chatoyants et certains reQets pareils à ceux de lareen-ciel. D'autres préfèrent des points opaques. Il ne faut rien de transparent ou de pâle. On regarde comme des défauts les grains ou les inégalités, non en saillie, mais en creux, telles qu'elles se trouvent fréquemment dans le corps de la pierre. L'odeur aussi est un mérite. »
Ce fut Pompée qui introduisit ces vases à Rome avec les trésors du roi Mithridate. On ignore quelle était la pierre avec laquelle ces vases étaient composés; quelques écrivains ont pensé qu'au lieu d'être faits avec une pierre naturelle, ces vases étaient un produit artificiel extrêmement brillant, mais incapable de résister à l'action destructive du temps. Il est remarquable en effet qu'on n'en ait retrouvé aucun, a Si les vases murrhins avaient été faits avec une substance durable, dit M. J. Marryat, on en aurait découvert quelques fragments; mais s'ils n'étaient qu'en verre coloré par la pourpre de Cassiuset l'hydrochlorate d'argent, les sels employés auront suffi pour détruire les vases, surtout s'ils étaient de fabrication égyptienne. Effectivement les teintes brillantes de l'opale s'obtiennent avec ces oxydes, à un degré peu élevé de chaleur, d'où il suit qu'après quelque temps le mélange se liquéfie sous l'action de l'air atmosphérique, et le verre se trouve détruit. Des bagues et des bracelets trouvés sur des momies égyptiennes, ayant été exposés à l'air, au musée de Sèvres, sont ainsi tombés en déliquescence. Les substances qui demandent un haut degré de chaleur pour entrer en fusion peuvent seules résister à l'action dissolvante du temps et de l'atmosphère. On ne peut donc expliquer la complète destruction des vases murrhins irisés et de leurs fragments, que par leur origine égyptienne et leur formation vitreuse décomposition alcaline.
L*OK. — L*ARGB!«T. — LB BRONZE. — Ls FER. — LeS FORGES.
L*OR. — L'or est peut-être de tous les métaux celui qui a été employé le premier par l'industrie humaine. Son éclat et son inaltérabilité en ont fait dans tous les temps un objet recherché, et la facilité avec laquelle on le découvre ou on l'extrait dans les contrées où on le rencontre a dû donner de très-bonne heure le désir de le travailler et de le façonner pour divers usages. Ce qui est certain, c'est qu'on a trouvé la trace du travail de Tor dans les plus anciens monuments qui aient été fouill s. En Egypte, on en constate Texistence dès les plus
Hig. 252. Fig. 2Ô3.
Vases d'or représentés dans les tombeaux égyptiens.
anciennes dynasties, tantôt sous la forme de bijoux, tantôt sous celle de vases ou d'objets d'orfèvrerie. Les anciens Égyptiens ne faisaient pas usage de la monnaie, et leurs richesses, en dehors de Tagriculture, consistaient en lingots d'or ou en vases travaillés avec le même métal. Les peintures des hypogées montrent une incroyable quantité de vases d'or de formes très-diverses (fig. 252 et 253) et ces vases paraissent n'être que la représentation de ceux qui constituaient le trésor du défunt. Outre ces représentations figurées, les objets en or découverts dans les tombeaux témoignent d'une industrie absolument mal-
tresse de ses procédés techniques, et quelques-uns des ouvrages qui remontent au xto* siècle avant notre ère peuvent être classés parmi les cliefs-d'œuvre d'orfèvrerie et de bijouterie. Cette époque, qui dans l'histoire de l'ancienne Egypte a été une sorte de RenaiasaDce, est
Fig. BS*. — FrâgmeDl
celle où le roi Amosis chassa les pasteurs et rétablit la dynastie nationale. On sait de quelles dévastations avait été accompagnée l'invasion
Fig. S5j. — Fwgaie!
des pasteurs. « La rapidité, dit M. Manette, avec laquelle l'Egypte a cicatrisé ses plaies est surtout apparente dans les admirables bijoux qu'Amosis fit exécuter pour orner la momie de sa mère, la reine Aah- Hotep. Au nombre de ses richesses, le musée de Boulaq (au Caire) ne possède pas de monuments qui témoiF^ticnt d'une industrie plus avancée, et à voir la longue chaîne d'or, le pectoral découpé à jour, le diadème et ses deui sphinx d'or, le poignard rehaussé en or damasquiné, on a peine à croire qu'au moment où ces précieux bijoux sortaient do l'ate-
LES HÉTACX. 190
lier des bijoutiers de Thèbes, l'Egypte était à peine débarrassée d'une longue et douloureuse invasion. »
Les bijoux dont parle ici M. Mariette ont figuré à l'Exposition de 1867, à Paris.
Pig. US. — FugmaDt de
Nous avons déjà montré, en parlant de la parure des dames (tome II, pages 331 et suivantes) plusieurs modèles de bijoux égyptiens. Nous
{. 2J7. — Pti^mcal ds
nous sommes principalement occupé de leur usage; il faut maintenant dire quelques mots de leur décoration et des procédés de leur fabrication. L'ornementation des colliers, d'un caractère généralement très-délicat et parfois d'une rare élégance, a souvent comme point central un emblème religieux. Après le scarabée et le vautour, dont nous avons vu déjà de remarquables exemples (tome 11, fig. U52 et /|53} les emblèmes les plus usités comme pendants de colliers sont la tète humaine (fig. 25f|)i qui personnifie toujours un personnage divin ou royal, le sphinx (Dg. 255), attribut ordinaire des Pharaons, ou la tète de
SOO L'INDUSTRIE.
vache (6g. 256], symbole de la déesse Athor, et plus tard de la déesse Isis. Toutefois, ce serait une erreur de croire que la bijouterie égyptienne était toujours emblématique. Quelquefois le motif central du collier est une téta de monstre, qui parait D'avoir qu'une sigoificatioD
fie. *58. — Frigi
ornementale et qui joue ici le Me modeste d'un masque décoratif (fig. 257). Plus souvent encore le collier se compose d'une série de
cylindres ou de perles disposées^symétriquement et est complètement dépourvu d'appendice central (fig. 258).
La figure 260 montre l'uréua, ou vipère sacrée, que l'on voit au front des divinités ou des Pharaons, mais les ligures 259, 261, 262, 263, 26ù, 265, 266, 267, 268, représentent des bijoux qui n'ont aucun caractère emblématique et doivent être considérés comme de simples objets de parure.
LES HÉT&DX. sot
L'or se tirait do la haute ^pte et surtout de l'Ëlhiopie, où il était très-abondant. La manière dont on le travaillait est représentée sur les peintures des tombeaux de Beni-Hassao.
La figure 269 moDlre deux ouvriers eu train de coufectionner une
pièce d'orfèvrerie, et un autre qui attise le feu avec un long tube pour faire fondre le métal. Sur la ligure 270 on voit un ouvrier qui pèse l'or
et un scribe qu( inscrit. le poids indiqué par la balance. Ensuite on lave l'or (fig. 271) et on lui fait subir diverses préparations (fig. 272). Des représentations du même genre se voient également sur des tombeaux de Tbèbes.
Les documenta écrits font un peu défaut pour ce qui coDceme l'Egypte, mais on peut y suppléer avec la Bible. D'après les descriptions très-précises qu'elle nous donne, nous voyons que les objets fabri-
qués dans le désert par les Hébreux devaient ressembler à ^y méprendre à ceux qui sont représentés sur les monuments é^-ptiensde la XVIII'
dynastie, époque à laquelle on ratUche ordiDairemeol le départ des Israélites. L'arche sainte dont parle l'Écriture parait avoir reproduit identique-
ment celle qui figure sur les barques sacrées d'Isis etd'Ammon, et si la barque a disparu, c'est qu'elle était l'emblème du Nil, dont la fécon-
dité aurait inspiré du regret aux Hébreux pendant la rude traversée du
désert. Si noua ajoutons à cela que le veau d'or, auquel les Hébreux rapportaient ai voloiUiors leurs hommages dès que Moise avait le dos touniô, rappelle singulièrement le culte d'Apis, on verra que les Hé-
LES METAUX. 3<l3
breui, durant cetle période, n'ont fait qu'appliquer ce qu'ils avaient appris des Égyptiens pendant leur captivité.
Le procédé indiqué par la Bible est celui du repoussé : « Tu feras deux chérubins d'or; tu les feras d'ouvrages faits au marteau aux deux bouU du propitiatoire. — Tu feras aussi un chandelier d'or pur; le
Pig. SIS. — PrépanIJOD du mélil
chandelier sera fa<;onné au marteau; sa tige et ses branches, ses plats, ses pommeaux et ses (leurs en sortiront... » Du reste, si l'on excepte le moment qui suit immédiatement la sortie d'Égjpte les Hébreux ne paraissent pas avoir cultivé beaucoup les arts du métal. Les objets sacrés qui décoraient le lemptc de Salomon étaient dus à des mains étrangères. Les Juifs ne paraissent pas davantage s'élre livrés à la bijouterie profane, car lorsque les prophètes reprochent aux femmes dlsratl leur penchant elTrëné pour les parures, ils ne manquent pas d'ajouter que les bracelets et les colliers qu'elles portent sont des ouvrages delyr et de Sidon.
Les Phéniciens passaient pour très-habiles dans le travail des méiaux. Ils exploitaient des mines li or dans plusieurs endroits et les vestiges de leurs énormes travaux dans rile de Tliasos excitaient encore longtemps après l'ètonnement et l'admiration d'Hérodote, Néanmoins les objets en or de
fabrication pliénicienne sont assez rares dans DOS collections. M. Re> nan en a rapporté quelques-uns de son voyage en Phénicie, entre autres une petite tête cxirèmement barbare que reproduit la figure 273. Le sentiment de la forme humaine parait avoir manqué com-
; ; . r ou aucune .' .' il? l'omplace-
. - j:i;.;lciie3 en or.
..ais riledo r.'.;--.los II. 'L'oral ion .tir. -74).
liUTnaliveijieiii une ■:!ijîquc. On dôsignc e figtire ailOo tenant
ci'St un typi> origi-
KSi'/ rivi[ nom mont sur les pri'':*enli! la jjIus ancienne .l'un liommo an dos duquel ■,io |iar devant ses janil.ies ■.,■111 sur les vases {,'roc3 do •îiMo donne à celui-ci une ■î reproduit dOjà {tome 11, .-.lion pitùnicienne cjui font
.' liés une liauio aniiqiiitê . la répulatioit de receler ^■eriain, dit Sirabun. c'est .-.idleiles d'or (jue K's biir- ■,:\>us ol de loi?;ons à longue ,-;i, le nijUio df la loisoii
d'or. )) L'importance qu'a dans les récits de l'âge héroïque l'expédition des Argonautes, destinée à ravir une toison d*or gardée par un monstre dans une contrée lointaine, montre quelle était à cette époque la rareté de l'or en Grèce. Mais toutes les traditions s'accordent à montrer l*Asie comme possédant ce métal en quantités énormes. Nous n'en voulons comme preuve que la légende des Arimaspes et celle des grifTons gardiens de prodigieux trésors. « Au nord de l'Europe, dit Hérodote, l'or abonde ; comment l'obtient-on ? Je ne puis en parler avec certitude ; on dit, toutefois, que des hommes n'ayant qu'un œil, et dont le nom est Arimaspes, le ravissent à des grifTons. Je ne crois pas que des hommes, constitués d'ailleurs comme les autres, naissent avec un seul œil. Quoi qu'il en soit, les contrées extrêmes qui embrassent et enserrent le reste de la terre contiennent et possèdent ce qui nous paraît être le plus beau et le plus rare. )> Hérodote se montre plus crédule pour les fourmis chercheuses d*or qui, d'après les récits qu'on lui a faits sur l'Inde, étaient grosses comme des renards et recherchaient les paillettes d'or éparses dans les sables du désert. Elles en faisaient de petits tas qu'elles défendaient contre l'avidité des Indiens, mais ceux-ci s'en emparaient pendant le moment où les fourmis s'étaient retirées dans leurs trous pour éviter la chaleur du jour. Les fables sur le roi Midas, changeant tout ce qu'il touche en or, celles qui concernent le Pactole et les récits relatifs aux trésors de Crésus prouvent les richesses métalliques de l'Asie Mineure.
Le musée du Louvre possède quelques objets en or provenant des fouilles faites en Assyrie. La rareté extrême des bijoux de TAssyrie et de la Perse provient des dévastations successives qui ont passé sur ces contrées, mais les inscriptions ne laissent aucun doute sur l'opulence prodigieuse dont les auteurs anciens ont tant parlé. Celle qui est connue sous le nom de Fastes de Sargan nous apprend, par exemple, que ce prince a réjoui le cœur des dieux par ses magnifiques présents consistant en vases de métal précieux et en bijoux. Il prodiguait à ses lieutenants des cadeaux qui étaient toujours de riches pièces d'orfèvrerie. Au reste, la prodigalité était une vertu facile à ces rois guerriers, dont la richesse consistait en un butin qui se renouvelait sans cesse. Et dans la description de ce butin nous voyons toujours un trône en or, des tiares, des sceptres, des parasols, où les pierreries de tous genres sorft associées aux métaux précieux. Assourbanipal, dans une inscription contenant le récit d'une de ses victoires, rapporte quïl a pris comme butin une quantité de chevaux et de mules, dont les harnais étaient d'or et d'argent»
200 LUMDUSTR1E.
Le luxe inouï des rois de Perse et de leurs satrapes est attesté par trop d'historiens contemporains pour qu'on puisse le mettre en doute, mais nous manquons de renseignements pour déterminer le style et le caractère particulier des grands ouvrages d'orfèvrerie dont il est si souvent question dans les auteurs. Hérodote, parlant du camp des Perses, pris par Pausanias après la bataille de Platée, dit qu'on y trouva une quantité énorme de cratères, de coupes et de vases de toutes grandeurs en or et en argent. Alexandre ne put retenir un cri d*admiration lorsqu'il pénétra dans le camp de Darius, après la bataille d'Arbèles. Les descriptions des palais de Suse, de Persépolis, d'tlcbatane, dépassent en splendeurs celles qu'on voit dans les Mille et une Nuits. Malheureusement les fouilles qu'on voudrait tenter dans ces contrées inhospitalières présentent de telles difficultés que nous ne trouvons dans nos musées aucune pièce à l'appui de ces récits.
« 11 est reconnu, dit Clarac dans son Musée de sculpture, que les anciens ont fait grand usage de Tor dans leurs statues, et il nous reste à entrer dans quelques détails sur les modes d'opération auxquels ils ont pu avoir recours pour exécuter avec ce métal des statues de toutes dimensions, et souvent même dans des proportions colossales. Le procédé de la fonte massive dans des moules est trop dispendieux et demande une trop grande quantité de métal pour que l'on puisse admettre quil ait été fréquemment pratiqué dans la confection des statues d'or. Cette méthode ne dut avoir lieu qu'à des époques Irès-reculées, lorsque Fart était encore dans son enfance, ou quand il se présentait des cir* constances où Ton se croyait obligé, par quelques motifs religieux ou de reconnaissance envers les dieux ou envers les rois, de leur offrir des statues d'une valeur considérable, où le prix de la matière devait être en proportion des bienfaits que l'on avait reçus ou que Voa espé» tait recevoir. •
Les peuples de l'Orient, qui avaient de l'or en abondance, ont souvent représenté l'image des divinités avec du métal massif, mais dans les ouvrages des Grecs et des Romains, Tor n'apparaît en général que comme un placage. C'est du reste ce qui ressort clairement d'un passage du Jupiter tragique de Lucien, dans lequel Mercure, chargé de convoquer tous les dieux pour s'opposer en commun aux progrès de la philosophie, est embarrassé par les questions de préséance, a II n'est pas facile, dit-il à Jupiter, de savoir si un dieu d'or, qui pèse plusieurs talents, mais qui n'a aucune valeur de main-d'œuvre et qui n'est enfin qu'un dieu du commun, sans nulle proportion, doit s'asseoir devant les
dieux d'airain de Myron et Polyclète, ou ceux de marbre de Phidias et d'Alcamène ; faut-il préférer l'art à la matière ?
« Jupiter. — Cela vaudrait mieux, mais For est cependant préférable.
« Mercure. — J'entends; tu veux que je les place selon leur richesse et non pas selon leur supériorité et leur mente... Mais il me semble, Jupiter, que les barbares vont occuper seuls les bancs de devant, car les Grecs que tu vois ici, beaux, agréables, bien faits, sont tous de marbre ou d'airain ; les plus magnifiques sont d'ivoire, relevés d'un peu d'or, qui leur donne de Téclat et de la couleur ; mais à l'intérieur ils sont de bois et recèlent de nombreux troupeaux de rats qui y ont établi leur république. Au contraire, cette Bendis, cet Anuhis, qui ont à leur côté Attis, Mîthrès et Men, sont d'or massif et d'un prix vraiment considérable... »
On donne le nom de toreutique à un genre de travail qui consiste à réunir dans un même ouvrage des matières précieuses de diverses natures, telles que l'or et l'ivoire. « Si la toreutique produisait des statues, des colosses, dit Clarac dans son Musée de sculpture, ce n'était pas par les mêmes moyens que la statuaire, et même leurs résultats, sous plusieurs rapports, étaient différents. L'essence de la toreutique était de procéder par assemblages, par compartiments, d'opérer par la division du travail. Réunissant des matières diverses, elle en formait par parties souvent très-multipliées un ensemble que la statuaire imita et reproduisit, en n'employant qu'un métal qu'elle fondait ou d'un jet, ou en un petit nombre de pièces. Si la toreutique avait recours à la fonte, ce n'était que pour préparer son travail, dont elle exécutait la plus grande partie au ciselet. C'était là son principal instrument; soit qu'elle décorât d'ornements en relief des vases d'or et d'argent, et tous les meubles que le luxe des temples, des maisons et de la table avait inventés dans sa magnificence, soit que réunissant le bois, l'ivoire, l'or, l'argent et les autres métaux, elle en formât les plus belles statues. La toreutique dut sa naissance à la sculpture en bois, et la nature de ses procédés, de ses assemblages, rappelait son origine. S'élevant avec le luxe des particuliers et l'opulence des temples, elle remplaça par des statues de matières précieuses les divinités de bois et les étoffes variables dont jadis on les couvrait avant qu'elle eût déployé toute la richesse de ses ressources. Longtemps avant que l'art de la fonte eût inventé les moules h noyau, la toreutique, par les procédés plus simples du sphyrélaton, à l'aide du marteau et du ciselet, avait déjà produit dans tous les genres
^^ L*INDUSTR1E.
des ouvrages considérables, et que la nature de son travaU par parties déuchées rendait d'une exécution plus facUe que dans toute autre manière de sculpter; aussi n'est-il pas étonnant qu'elle ait précédé la statuaire en bronze à moules à noyau et la sculpture en marbre, et qu'elle se soit maintenue en honneur lorsque ces arts furent parvenus à un haut degré de splendeur qui n'effaça jamais Péclat dont brilla la toreutique. n
fl ne nous est rien resté de la toreutique des anciens. Parmi lesou* vrages de style primitif qui avaient de la célébrité dans ce genre, Pausanias cite deux statues qui se trouvaient à Sicyone. L*une est une Vénus de Canachos, sculpteur, qui vivait au vi« siècle avant notre ère. L'autre, qui est de Calamis, statuaire d'une date un peu postérieure, représentait un Esculape imberbe. Dans la période suivante, les plus célèbres statuaires de la Grèce ont fait des ouvrages en or et en ivoire. La fameuse Junon de Polyclète, à Argos, la Minerve de Phidias, qui était dans le Parthénon, et le Jupiter Ol^Tnpien, du même artiste, que l'on considérait comme le chef-d'œuvre de la sculpture grecque, étaient faits avec les mêmes matières. Ces statues étaient de grandeur colossale. Il ne semble pas qu'on ait continué à faire de la toreutique sous la période macédonienne et romaine, ce qui tient peut-être aux frais énormes que coûtait Tentretien de statues de ce genre, qui étaient exposées à de promptes dégradations.
L'or a été employé de tout temps pour les objets d'orfèvrerie et de parure.
Les fouilles exécutées par M. Schliemaun dans l'ancienne Troade ont amené des résultats extrêmement curieux pour Tarchéologie, et les objets qu'il a découverts remontent à la plus haute antiquité, mais il n'est pas démontré qu'ils appartiennent réellement à la ville de Priam, dont remplacement même est le sujet de nombreuses contestations. En revanche, les dernières découvertes de ce savant dans les tombeaux de Mycènes ont un caractère d'authenticité qui les rend infiniment précieuses. S'il met parfois un peu de complaisance pour certaines attributions historiques, qui conviennent plus particulièrement au but de ses recherches, remplacement du moins est en dehors de toute contestation, et la date qu'il assigne aux objets qu'il a trouvés a du moins pour elle de très-grandes probabilités.
Nous avons déjà reproduit (tome I, fig. 385 et 386) des masques d'or trouvés dans le caveau que M. Schliemann considère comme le tombeau d'Àgamemnon. L'ensemble de sa découverte constitue incontestable-
LBS HËT&DX. 800
ment le document le plue complet que nous connaissions sur l'orfèvrerie des temps héroïques.
L'ornementation en spirale parait avoir été très-usitée dans l'époque héroïque, et les fouilles exécutées à Mycènes par M. Schliemann ont
mis au jour un grand nombre de fragments qui présentent ce caractère. Les Qgures 275 et 276, qui montrent des spirales adaptées à un tube, paraissent avoir appartenu à des colliers dont il n'est resté que ces fragments.
De curieux boutons d'os recouverts de plaques d'or 'ont été décou-
verts à Mycènes. La figure 277 peut donner une idée de rornementation qui les décore et qui consiste en un losange bordé de cercles ; tout ce travail est au repoussé.
M. Schliemann a trouvé dans les tombeaux de Mycènes des petits ornements d'or en forme de croix. La figure 279 montre une de ces lu. 37
L'INDDSTRIB.
croix ; elle est formée de quatre larges feuilles ornementa, entre lesquelles sont d'autres petites feuilles longues et pointues. Un autre ornement en forme d'étoile est représenté sur la figure 278. Cette
étoile était probablement destinée à recevoir au centre un ornement à larges feuilles, comme celui de la figure précédente ; ces deux objets
réunis ensemble devaient former l'image d'une (leur double. C'est également du règne végétal qu'est tiré l'ornement représenté sur la figure 280, mais il est difficile de savoir si la figure 281 est l'imitation d'un objet naturel.
D'autres plaques d'or découvertes dans les mêmes tombeaux montrent snr leur surrace ronde de curieuses décorations exécutées au repoussé. Dans la figure 282 on reconnaît une seiche dont les huit bras ont été transformés qd spirale, et dans la figure 283 on trouve un pa-
PtpillOQ aui DO* plaqae d'
pillon, animal qui revient assez fréquemment dans l'ornementation de cette époque. La figure 28£i montre un autre papillon en or dans lequel l'imitation est encore plus directe.
Fig î«. — Piplllon
On serait tenté de voir un pendant d'oreille dans l'objet en or représenté sur la figure 285. Toutefois M. Scbliemann dit qu'il est trop gros et trop lourd pour avoir pu servir à cet usage; il y voit une parure pour la poitrine. Use compose, dit-il, do deux pièces au repoussé, sou-
SI» L'INDUSTRIB-
dées ensorable, de sorte que l'objet présente la même ornementatiOB sur ses deux faces.
Pig.ï«,
La figure 286 est une coupe pourvue d'une anse et dont la forme rappelle celle de nos gobelets. La coupe représeotée sur la ligure 287 est également pourvued'unanse, mais elle porte sur un pied et est décorée de rosaces.
Fig. !87. — Coupo tf(
M. Schliemann a offert généreusement à la Grùce les trésors qu'il avait découverts à Mycèncs. C'est ce qui résulte de la lettre suivante qu'il publie à la lin de son livre.
tt A Sa Majesté le roi Georges des Hellines, Attiines.
a Avec une extrême joie j'annonce à Votre Majesté que j'ai découvert les tombeaux que la tradition, dont Pausanias se fait l'écho, désignait comme les sépulcres d'Agamemnon, de Cassandre, d'Eurjmédon
et de leurs camarades, tous tués, pendant le repas, par Glytemnestre et son amant Égisthe. Ils étaient entourés d'un double cercle parallèle de plaques, qui ne peut avoir été érigé qu'en Thonneur desdits grands personnages. J*ai trouvé dans les sépulcres des trésors immenses en fait d'objets archaïques en or pur. Ces trésors suffisent à eux seuls à remplir un grand musée, qui sera le plus merveilleux du monde, et qui pendant les siècles à venir attirera en Grèce des milliers d'étrangers de tous les pays. Gomme je travaille par pur amour de la science, je n'ai naturellement aucune prétention à ces trésors, que je donne, avec un vif enthousiasme, intacts à la Grèce. Que Dieu veuille que ces trésors deviennent la pierre angulaire d'une immense richesse nationale.
(( Hemri Schliemânn.
a Mycènes, 28 novembre 1876. »
Aucune des pièces découvertes dans les tombeaux de Mycènes ne nous autorise à penser que le fameux bouclier d'Achille, décrit dans 17/îacte,soit autre chose qu'une œuvre de pure imagination. D'après les indications du poète, on aurait vu sur ce bouclier la représentation des astres, celle de la terre et de la mer, les luttes sanglantes de la guerre, les travaux des champs, l'image des villes et celle des campagnes, avec les peuples qui les habitent, les troupeaux au pâturage, etc. Une pareille complication de sujets, difficile dans tous les temps, à cause de la confusion qu'elle aurait présentée, est inadmissible sous le rapport technique, à l'époque oh ont été exécutées les pièces d'orfèvrerie découvertes à Mycènes. Mais si la description d'Homère ne nous semble pas pratique sous le rapport de la disposition de l'ensemble et de l'agencement multiple des scènes à représenter, elle ne nous fournit pas moins un document très-curieux pour la partie technique du travail des métaux. Nous y voyons l'emploi simultané de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer et de Tétain, et la connaissance des procédés de la soudure, de la gravure et de la ciselure. On y voit même qu'à cette époque on savait, au moyen de certains alliages, modifier la couleur apparente des métaux. De même, dans la description du bouclier d'Hercule, par Hésiode, on trouve une cuirasse en or de diverses teintes, des jambières en cuivre jaune, etc. Si le poète a donné libre cours à son imagination lorsqu'il décrit les scènes représentées, il doit certainement être cru sur parole, lorsqu'il parle de certains effets métallur-
L'INDDSTRIE.
giqueis, qu'il n'a pu inventer, et qui indiquent une industrie déjà maîtresse de ses procédés.
En elTet, les échantillons de la bijouterie grecque et romaine qai sont parvenus jusqu'à aous moatrent souvent une grande perfection, quoique quelques-uns trahissent une influence orientale incontestable. Nous citerons comme exemple l'épingle représentée sur la ligure 288 et dont la figure 289 reproduit uD détail sur une plus grande échelle. Ces animaux disposés par zones, dont la céramique nous offre également de nombreux exemples, appartiennent k un mode de décoration emprunté à l'Assyrie et à la Perse. Mous avoDS déjà montré dans un miroir étrusque (tome I, lîg. 361] un encadrement analogue, et les représentations de ce genre sont extrêmement communes dans la fabrication étrusque.
Néanmoins la bijouterie étrusque, tout en gardant les procédés techniques des Orientaux a su se créer un sljle propre, et ses prodiuts font aujour d'hui 1 admiration de tous les hommes spéciaux u Nous voyons, du le célèbre bijoutier italien Caslellani sortir aujour dTiui des nécropoles oo-
Ibliées de I Étrurie et de la Grèce I or travaille avec une perfection que Fia !88 "'"^ '^^ raffinements de ÉpîDgia. notre civilisation nonseulement ne peuvent imiter, mais dont ils ne sauraient même <
méthode. Il semble que les Grecs et les Étrusques aient reçu pour ainsi dire dans son entier et à son plus haut degré de perfection l'ensemble des connaissances pratiques, à l'aide desquelles les plus anciens peuples de l'Orient travaillaient les métaux précieux. ■ Ce serait cependant une erreur de croire que l'Étrurie et la Grèce ont toujours été tributaires de l'Asie. Si elles lui ont emprunté les procédés
:xpliquer théoriquement la
LES HfiTAUX. Si&
techniques, elles s'en sont servies pour exprimer dans un style trèsdifférent des idées qui appartiennent bien réellement au génie propre des races occidentales.
Le musée du Louvre est particulièrement riche en bijoux étrusques. Dans la belle série de colliers qui composent notre collection, nous
Pig. no. — Piagment do
appellerons plus particulièrement l'attention sur le collier d'or étrusque, auquel est suspendue une petite tète portant des cornes et des oreilles de taureau et dans laquelle on a cru reconnaître un Bacchus Hébon ou une représentai ion de Heuve (ûg- 290). Cette léte est de style ar< chalque, mais d'un archaïsme volontaire et savant, qui n'indique au-
;. ïïl. — Piagmem
cunement un art dans l'enfance, mais au contraire un art sûr de luimême et imitant l'époque primitive avec une incroyable habileté. La face est couverte de granules d'or excessivement fins et réguliers, et les cheveux sont imités avec des fils d'or tournés en spirale et terminés au centre par un petit grain. La tête est coiffée d'un diadème et suspendue par une bélière de iïls d'or tressés et terminés par des agrafes. Ce bijou, d'un travail exquis et d'une conservation parfaite* rut considéré comme un des plus précieux de la collection.
Les fragments de colliers représentés sur les figures 291 et 292, ainsi que la chaînette de la figure 293, appartiennent également à la bijouterie étrusque. Du reste, nous avons déjà donné de nombreux échantillons de cette bijouterie dans le chapitre sur la parure des femmes (tome II, pages 331 et suiv.)' Nous n'avons pas non plus à revenir sur ce que nous avons dit dans le môme chapitre sur les bijoux romains. Mais une pièce qu'on ne peut passer sous silence, c'est la célèbre coupe, placée dans le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale et connue sous le nom de Patère de Rennes, a C'est, dit le catalogue, une coupe d'or massif, fabriquée au marteau, décorée d'un
Fig. S92. — Fragment de collier. Fi^. 898. ^ Chaînette.
emblema et d'une bordure de médailles romaines. Les anciens nommaient embkma des bas-reliefs exécutés sur des plaques mobiles, qui s'adaptaient au fond des coupes et pouvaient s'en détacher à volonté. Le sujet représenté ici est la lutte de Bacchus et d'Hercule, ce qui signifie allégoriquement le triomphe du vin sur la force. Bacchus tient dans la main droite un rhyton qu'il lève fièrement pour montrer qu'il Ta vidé jusqu'à la dernière goutte, tandis qu'Hercule, déjà à demi vaincu, laisse tomber son canthare. Le bas-relief de la bordure représente le triomphe de Bacchus, à demi couché sur son char que traînent deux panthères, tandis qu'Hercule, qui a porté le monde et ne peut plus se soutenir lui-môme, s'avance en chancelant, soutenu par deux bacchantes. C'est en 1774 que cette patère a été découverte à Rennes par des maçons, qui travaillaient à démolir une maison du chapitre métropolitain de cette ville. »
La figure 294 représente un bracelet gaulois dont Pornementation en spirale présente quelques rapports avec les ouvrages découverts à Mycènes dont nous avons parlé précédemment.
Pline le Naturaliste nous a donné quelques renseignements sur
LES UÉTADX. HT
l'exploitation des mioes d'or pendant la période romaine. « L'or, dit-il, se trouve dans le monde romain ; et nous n'avons pas besoin de parler de l'or extrait dans l'Inde par des fourmis, ou en Scythie par des gritfoos. Chez nous on se procure l'or de trois fa^ns : on le trouve en paillettes dans les fleuves, le Tage en Espagne, le P6 en Halle, l'Hëbre en Thrace, le Pactole en Asie, le Gange dans l'Inde. 11 n'est point d'or plus parfait, étant ainsi poli par le mouvement et le frottement des eaux. En second lieu, on creuse des puits pour l'extraire, ou on va le chercher dans l'éboulement des montagnes. Exposons ces deux procédés. Ceux qui cherchent l'or en enlèvent d'abord le sé^^ulle ; le ségolle
est une terre qui indique le gisement; làoiiest la veine, on lave le sable, et on estime la richesse de la veine par le résidu du lavage. Quelquefois on rencontre de ces veines aurifères à fleur de terre, rare bonne fortune dont on a vu récemment un exemple en Dalmatic, sûus le règne de Néron; cette veine fournissait par jour cinquante livres. L'or ainsi trouvé à la superficie est appelé talutalium, quand par dessous existe une terre aurifère. Au reste, les montagnes d'Espagne, arides, stériles et impropres à toute autre production, sont contraintes par l'homme de fournir cette production précieuse. L'or extrait des puits est nommé par les uns canalicium, par les autres canatUnse. Il est adhérent à du sable de marbre, et il ne brille pas à la surface; et, différent de celui qui brille en grain sur le saphir oriental, la pierre thébaïque, et d'autres pierres précieuses, il est engagé dans les molécules du marbre. Ces canaux de veines circulent le long des parois des puits; de là le nom
d'or carutlîcium. Les galeries sont soutenues avec des piliers dé bois. La masse extraite est battue, lavée, brûlée» moulue en farine. On donne le nom d'apistacudes à l'argent qui sort du fourneau. Les impuretés que le fourneau rejette s appellent, comme celles de tous les métaux, scories. Cette scorie d'or est une seconde fois battue, et chauffée dans des creuisets de tasconium. Le tasconium est une t^re blanche, semblable à Targile; c'est la seule substance capable de supporter l'action du soufflet, du feu, et de Tébullition des matières. La troisième méthode surpasse les travaux des géants. A l'aide de galeries conduites à de longues distances, on creuse les monts à la lueur des lampes, dont la durée sert de mesure au travail; et de plusieurs mois on ne voit pas le jour. Ces mines se nomment arrugies : souvent il se forme tout à coup des crevasses, des éboulements qui ensevelissent les ouvriers. Certes, il peut paraître moins téméraire d'aller chercher des perles et des pourpres dans les profondeurs de la mer, et nous avons su faire la terre plus fatale que les eaux. En conséquence on laisse des voûtes nombreuses pour soutenir les montagnes. Dans les deux méthodes on rencontre des barrières de silex; on les brise avec le feu et le vinaigre. Mais comme dans les souterrains la vapeur et la fumée suffoqueraient les mineurs, ils prennent plus souvent le parti de briser la roche à l'aide de machines armées de cent cinquante livres de fer; puis ils enlèvent les fragments sur les épaules jour et nuit, se les passant de proche en proche à travers les ténèbres. Les mineurs placés à l'entrée sont les seuls qui voient le jour. Si le silex paraît avoir trop d'épaisseur, le mineur en suit le flanc, et il le tourne. Toutefois, le silex n'est pas l'obstacle le plus difficile : il est une terre, espèce d'argile mêlée de gravier (on la nomme terre blanche) qu'il est presque impossible d'entamer. On l'attaque avec des coins de fer et avec les mêmes maillets que plus haut : rien au monde n'est plus dur; mais la soif de l'or est plus dure encore, et en vient à bout. L'opération faite, on attaque en dernier lieu les piliers des voûtes. L'éboulement s'annonce ; celui-là seul qui s'en aperçoit est le veilleur placé au sommet de la montagne; celui-ci, de la voix et du geste, rappelle les travailleurs et fait lui-même retraite. La montagne brisée tombe au loin avec un fracas que l'imagination ne peut concevoir, et un souffle d'une force incroyable. Les mineurs, victorieux, contemplent cette ruine de la nature. Cependant il n'y a pas encore d'or; on n'a pas môme su s'il y en avait quand on s'est mis à fouiller, et pour tant de périls et de dépenses il suffit d'espérer ce qu'on désirait. Un
autre travail égal, et môme plus dispendieux,- est de conduire du som- (net des montagnes, la plupart du temps d'une distance de cent milles, les fleuves, pour laver ces débris éboulés. On appelle ces canaux corruges, du mot corrivatio, je pense. Là encore il y a mille travaux : il faut que la pente soit rapide, afin que Teau se précipite plutôt qu'elle ne coule; aussi Tamène-t-on des points les plus élevés. A l'aide d'aqueducs, on passe les vallées et les intervalles. Ailleurs on perce des rochers inaccessibles, et on les force à recevoir de grosses poutres. Celui qui perce ces rochers est suspendu par des cordes; de sorte qu'en voyant de loin ce travail, on croit avoir sous les yeux des bêtes sauvages, que dis-je? des oiseaux d'une nouvelle espèce. Ces hommes, presque toujours suspendus, sont employés à niveler la pente, et ils tracent l'alignement que suivra le corruge; et là où il n'y a pas de place pour poser le pied, des rivières sont conduites par la main de l'homme. Le lavage est mauvais quand l'eau qui arrive charrie de la boue; cette boue est appelée urium. Or, pour se préserver de Vurium, on fait passer l'eau à travers des pierres siliceuses et du gravier. A la prise d'eau, sur le front sourcilleux des montagnes, on creuse des réservoirs de deux cents pieds de long sur autant de large et dix de profondeur. On y a laissé cinq ouvertures, d'environ trois pieds carrés. Le réservoir rempli, on ôte les bondes, et le torrent s'élance avec une telle force, qu'il entraîne des quartiers de roc. En plaine, c'est un autre travail : on creuse des canaux qu'on nomme agoges pour le passage de Teau. De distance en distance, le courant est ralenti par une couche d'ulex. L'ulex est semblable au romarin épineux, et propre à retenir lor. Les côtés sont fermés avec des planches; et sïl y a un ravin à franchir, le canal est soutenu en Tair. La terre, conduite de la sorte, arrive jusqu'à la mer; la montagne écroulée se dissout, et de cette façon, l'Espagne a déjà reculé au loin ses rivages. C'est aussi en des canaux de ce genre que dans le premier procédé on lave les matières extraites avec un labeur immense; sinon, les puits seraient bientôt obstrués. L*or obtenu par larrugie n'a pas besoin d'être fondu; il est or tout aussitôt. On en trouve des blocs; les puits en fournissent même qui dépassent dix livres. Les Espagnols nomment ces blocs palacres ou palacranes; Tor en très-petit grain, ils le nomment baluce. On fait sécher ensuite Tulex, on le brûle, et on en lave la cendre sur un lit d'herbe ou Tor se dépose. Suivant quelques-uns, l'Asturie, la Galice et la Lusitanie fournissent de cette façon, par an, vingt mille livres pesant d'or. Dans cette production TAsturie est pour la part la
ÏÏO L'INDUSTRIE.
plus considérable. 11 n'y a nulle part ailleurs un exemple d'une fécoD> dite pareille, continuée pendant tant de siècles. l'ai dit plus haut qu'un antique sénatua-consulte avait défendu aux mineurs d'attaquer l'Italie; sans cette loi, aucune terre ne serait plus productive en métaux. 11 existe une loi censoriale relative aux mines d'or d'Ictimules, dans le territoire de Vercelles, par laquelle il était défendu aux fermiers de l'État d'employer plus de cinq mille ouvriers à l'exploitation. »
Les monuments nous offrent peu d'indications sur la manière de travailler l'or et les outils généralement employés. Cependant une peinture de Pompéi, représentant Ttiétîs chez Vulcain, montre un
Pig. ïSa. — Cwelaur. (D'aiirèi une psiolun du Pompii.)
ouvrier travaillant à l'ornement d'un casque (fig. 295). Près de lui on voit une enclume, des marteaux de différentes formes, et plusieurs fragments de l'armure d'or d'Achille.
Après la sculpture et la ciselure, il faut dire aussi un mot de la dorure, qui a été pratiquée par tous les peuples de l'antiquité. Nous avons au musée égyptien du Louvre (sallo funéraire, vitrine Z) le livret d'un doreur égyptien; les feuilles d'or qu'il employait ne diffèrent des nûtres que parce qu'elles sont un peu plus épaisses.
« Les anciens, dit Clarac [Musée de sculpture) tiraient un grand parti de l'extrôme malléabilité et de la ductilité de l'or pour le réduire en feuilles ou en fils; et l'on voit parce qui nous reste de leurs dorures ou de leurs tissus, qu'ils y employaient ce métal très-pur. Souvent leurs tissus étaient entièrement de Ûls d'or sans laine. Pline cite la tunique dont se revêtit Tarquin l'Ancien dans son triomphe, et un manteau que portait Agrippine la Jeune, comme ayant été faits de cette manièrer Réduit en feuilles, l'or en produisait jusqu'à sept cent cinquante, par
once. Ces feuilles avaient quatre doigta en carré; les plus fortes se nommaient feuilles de Préneste (Palestrina), parce que l'on s'en était servi dans cette ville pour dorer la statue de la déesse Fortune; on appelait quœstoriœ celles qui étaient plus faibles. Ces feuilles s'employaient dans la dorure sur les métaux, le bois, le marbre; et les objets dorés que le temps a conservés prouvent que du temps des Romains la dorure était plus forte qu'elle ne l'est chez les modernes, car je ne remonterai pas aux premières époques, où Ton voit par la Bible et par Homère que la dorure était un placage qui devait être très-épais. Mais, outre les feuilles pour dorer, les Romains en avaient aussi de plus épaisses destinées à faire les feuillages des couronnes. On en a trouvé dans les fouilles de Pompéi; elles sont beaucoup plus fortes que notre paillon. Il est aisé de reconnaître qu'elles n'ont pas été faites au laminoir, et Ton y aperçoit des traces de coups de marteau. Cest de ces feuilles que sont fabriquées en grande partie les boucles d'oreilles, les fibules et d'autres bijoux que l'on déterre à Pompéi et à Hcrculanum. Quelquefois, pour leur donner du soutien, on en a rempli l'intérieur avec de la poix ou du mastic; ce qui rentre absolument dans les procédés du sphyrélaton ou du travail par retreint. Ces feuilles d'or épaisses n'auraient pu servir à dorer où à plaquer des statues; il eût été difficile de les appliquer, surtout dans les parties bombées. »
Nous pourrions encore parler de l'emploi de l'or dans les monnaies, mais nous nous réservons de traiter cette question dans un chapitre spécialement consacré à la numismatique.
L'argent. — Dans l'ancienne Egypte, l'argent, que l'on considérait comme de l'or blanc, était regardé comme un métal extrêmement précieux parce qu'il était très-rare; l'or ordinaire était infiniment plus abondant. Aussi les pièces d'orfèvrerie égyptienne dans lesquelles il entre de l'argent sont considérées comme de très-grandes curiosités et nos musées d'Europe en sont généralement dépourvus; le musée de Boulaq au Caire est le mieux partagé sous ce rapport. Les morceaux les plus importants ont figuré aux Expositions universelles de Paris en 1878 et surtout en 1867.
La pièce d'orfèvrerie qui a été la plus remarquée des hommes spéciaux était une petite barque sacrée dont le catalogue du musée do Boulaq donne la description suivante : « Une barque garnio do son équipage et montée sur un chariot à quatre roues. La barque est d'or
massif, le train qui la supporte est de bois, les roues sont de brouze à quatre rayons. Par ses formes gracieuses et légères, notre monument rappelle les barques célèbres du Nil, faites, selon Pline, de papyrus, de joncs et de roseaux. L'avant et Tarriëre sont relevés et terminés par des bouquets de papyrus recourbés. Les rameurs, au nombre de douze, sont d'argent massif. Au centre de la barque est un petit personnage, tenant d'une main la hachette et lo bâton recourbé. A Tavant un second personnage est debout dans une petite cabine décorée à l'extérieur de plusieurs emblèmes. Le timonier est à Tarrière. 11 se sert du seul gouvernail connu alors, c'est-à-dire d'une rame à large palette. Une seconde petite cabine, ou plutôt une sorte de large siège est der«rière lui. Un lion passant, avec le cartouche-prénom de Kamès, est gravé £ur la paroi extérieure de cette seconde cabine. Ces trois personnages sont en or. T> Cette superbe pièce d'orfèvrerie a été trouvée dans le tombeau de la reine Aah-Hotep, ce qui en fait remonter la fabrication à répoque de l'expulsion des pasteurs.
Le musée de Boulaq possède également cinq superbes vases en argent massif et sculptés qui ont figuré au Trocadéro en 1878. Mais ils ne paraissent pas remonter à une époque antérieure au vi« siècle avant notre ère.
Comme orfèvrerie asiatique nous citerons particulièrement les coupes d'argent doré trouvées dans Tîle de Chypre et données au Louvre par M. de Saulcy. Ces deux vases sont considérés comme de la plus haute importance dans l'archéologie orientale. Voici la description qu'en donne M. A. de Longpérier :
• 1<» Coupe d'argent décorée de frises dorées sur lesquelles sont gravées en creux les sujets suivants :
« Première frise, — Un cavalier au galop tenant un fouet de la main droite; un cavalier au galop tenant une longue lance, dont la pointe est dirigée vers la terre; un cavalier vôtu d'une cuirasse formée d'écaillcs, marchant au pas et tenant un fouet posé sur son épaule droite, deux oiseaux volent autour de lui. Viennent ensuite trois fantassins couverts d'un vêtement quadrillé, portant sur l'épaule droite une lance, et tenant de la main gauche un grand bouclier rond; chacun d'eux est précédé par un oiseau qui vole (en cet endroit, le vase présente une fracture; l'espace qu'elle occupe devait être rempli par les figures de cinq fantassins) ; un dernier soldat, tout semblable à ceux qui viennent d'être décrits, précède immédiatement un char traîné par deux chevaux marchant au pas, que conduit un aurige armé
d'un fouet. Sur le char, dont la caisse est ornée d'une figure d'aigle, se tient debout le roi, vêtu d'une longue tunique quadrillée, la tête ceinte d'une tiare pointue de forme basse, portant un sceptre de la main droite et posant la gauche sur la hampe d'un grand parasol qui le couvre.
ce Derrière le char, marche un'personnage vêtu d'une longue tunique quadrillée, ouverte par devant, le dos chargé d'un carquois, portant une lance sur Tépaule droite et tenant un arc et des flèches dans la main gauche; il est suivi par deux soldats vêtus d'une tunique trèscourte, tenant de la main droite des flèches et de la gauche un arc. Viennent ensuite cinq cavaliers allant au pas : le premier porte un fouet sur l'épaule droite; les deux suivants agitent leur fouet; le quatrième tient une lance en arrêt, la pointe en haut; le dernier porte sa lance sur l'épaule droite. Trois oiseaux les accompagnent en volant. La scène est terminée par un jeune nègre conduisant à la longe un dromadaire et tenait un bâton dans la main gauche; deux oiseaux volent au-dessus. La fin de la frise est marquée par un arbre. Treize plantes ou fleurs, parmi lesquelles on reconnaît des lotus, sont distribuées entre les personnages.
« Deuxième frise. — Plante sacrée composée de rinceaux et de fleurs. Personnage nu, imberbe, les reins entourés d'un subligaculum, posant le pied gauche sur le corps d'un griffon ailé qu'il a saisi par une de ses aigrettes, et qu'il perce de son épée. Le griflon, ainsi attaqué, soulève ses pattes de derrière à la hauteur de la tête de son ennemi. Une plante sacrée sépare ce groupe d'un personnage barbu, muni de quatre ailes déployées, la tête couverte d'une tiare conique basse, vêtu d'une tunique longue, ouverte par devant et ornée d'écaillés, lequel perce de son épée un lion dressé devant lui, dont il retient une patte à l'aide de la main gauche. La frise reproduit six fois le combat contre le griffon, cinq fois le combat contre le lion et onze fois la plante sacrée.
« La troisième frise, qui est très-étroite, est décorée d'une rangée de boutons de lotus, accompagnés d'une double dentelure. La quatrième montre une guirlande de fleurs de lotus. Le fond de la coupe est occupé par un médaillon tout chargé d'étoiles dont les rayons, en forme do pétales, entrent dans la composition des étoiles voisines.
« 2° Coupe d'argent entièrement dorée à l'intérieur, et ornée de sujets en relief.
a Au centre, on voit le roi vêtu d un habit court, ayant un collier et
224 riNDUSTRlE.
des bracelets, la tête surmontée de deux plumes droites entre deux urœus, brandissant de la main droite une masse d'arme, tenant de la main gauche un arc, deux flèches et en môme temps la chevelure de trois vaincus prosternés ou accroupis à terre qu'il s'apprête à frapper. L'un d'eux est nu et imberbe, les deux autres sont barbus et vêtus de longues tuniques, lis représentent des peuples conquis» ou peut-être l'Orient, le Sud et le Nord; devant le roi un épervier oa un aigle qui vole ; au-dessus un disque solaire ailé. Derrière ce groupe, un homme barbu, la tète ornée de deux plumes, tenant une lance de la main droite, et de la gauche un arbre, porte sur l'épaule droite un .cadavre couvert d'une cotte de mailles, dont les bras et la longue chevelure pendent en arrière.
(I La frise étroite qui entoure le médaillon central que nous venons de décrire représente cinq sphinx ailés à tête humaine, posant une patte antérieure sur la tête d'un homme étendu à terre, groupe alternant avec cinq griffons ailés à tête d'épervier, posant de même une patte de devant sur la tête d'un homme couché. Une fleur de lotus termine la frise : le type du sphinx foulant sous ses pieds une ûgure liumaine renversée, est connu : on le trouve sur un scarabée égyptien qui porte en outre lé cartouche d'un Thoutmès de la dix-huitième dynastie.
(( Dans une large frise qui borde la coupe, on voit douze groupes exécutés en relief assez fort.
« C'est d'abord Hercule couvert de la dépouille du lion luttant contre un grand lion qui se dresse devant lui (répété deux fois).
« Puis le personnage imberbe perçant de son épée un griffon ailé, sujet exactement semblable à celui qui se remarque dans la deuxième frise de l'autre coupe (répété quatre fois).
(( Vient ensuite un Hercule de petite taille, portant sur ses épaules un lion vivant et tenant par le cou un grand oiseau (autruche?) qui marche devant lui (répété deux fois).
u Puis un personnage imberbe, vêtu d'un subligaculum, le cou orné d'un collier, la tête nue, perçant de son épée un lion 'dont il a saisi une patte de devant (répété deux fois).
(( Enfm un Hercule de grande taille portant un lion sur ses épaules (répété deux fois).
« Dans cette frise, on remarque encore trois arbres coniques qui paraissent des cyprès.
« L'attitude donnée, dans le médaillon central, au roi qui frappe des peuples vaincus, aussi bien que les détails de la coiffure royale.
rappellent, d'une manière surprenante, les bas-reliefs égyptiens sculptés sur tant de monuments.
n Nous citerons entre autres les bas-reliefs de Ouadi-Magara, dans la presqu'île du Sinaî, représentant les rois Senefrou et Souphis de la quatrième dynastie, le roi Sahoura de la cinquième et le roi Phiops de la sixième dynastie. Mais dans ces monuments, les rois tiennent à la main une lance et non pas un arc, arme que portent les princes de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. Les coupes de Lariiaca ne nous paraissent pas toutefois remonter aux siècles reculés auxquels ces dynasties appartiennent. Cependant elles ont un caractère d'antiquité qui pourrait les faire attribuer à une époque antérieure i celle où vécurent Sargon et Sennachérib. Les rois ég^'ptiens de la dixhuitième et de la dix-neuvième dynastie, €n attaquant fréquemment les habitants de la Mésopotamie, avaient dû laisser sur les bords du Tigre et de TEuphrate une haute idée de leur puissance, et les rois d'Assyrie auront emprunté à leurs redoutables voisins un type qui exprime si énergiquement la force et la victoire.
(( Le personnage qui, derrière le roi, porte sur l'épaule un cadavre a la tète surmontée de deux plumes, genre d'ornement qui distingue aussi un peuple mésopotamien, dans les peintures des tombes royales d'Egypte.
« En considérant ces coupes d'argent, d origine bien évidemment asiatique, on se rappelle ce vase d'argent travaillé, qu'Achille propose pour prix de la course, aux funérailles de Patrocle, vase qui surpassait tout en perfection, que d'habiles artistes sidoniens avaient exécuté avec soin et que des Phéniciens avaient apporté par mer et offert à Thoas {liiad., XXIII, 740, 19). Ce n'est pas seulement en Asie Mineure et en Grèce que le commerce transportait des vases fabriqués en Phénicie et en Assyrie. Les Phéniciens, ces intrépides navigateurs qui vendaient de la poterie jusque dans les îles Sorlingues, ont introduit des ouvrages de l'art asiatique en Italie.
<( L'origine orientale des coupes d'argent doré, découvertes en Italie, peut être considérée comme démontrée; en premier lieu par la découverte de Larnaca et, tout récemment encore, parla trouvaille qu'a faite, sur les bords du Tigre, M. Layard, le savant explorateur de Nemrod. M. Layard a recueilli en effet, dans les ruines de cet èdifice« plus de vingt coupes de bronze qui ont avec les coupes d'argent d'Agylla et de Larnaca la plus frappante analogie. Ainsi, par exemple, le fond des deux coupes de Nemrod offre un médaillon orné d'étoiles exactement