III
semblable à celui qui se voit dans la coupe donnée au Louvre par M. de Saulcy. Une autre coupe de Nemrod représente un roi qui s'apprête à frapper un ennemi prosterné, comme sur la coupe nouvellement achetée par le musée. Une troisième coupe de bronze nous montre des ibex ou antilopes, courant sur des montagnes parmi les arbres, et ce sujet existe sur une des coupes d'argent d'Agylla.
« Quant aux coupes d'Agylla ou de Cérî, leur ressemblance avec celles de Larnaca est extrême; car on y trouve des cavaliers dans la même attitude, des guerriers à pied armés de lances et de boucliers ronds, des oiseaux qui volent au-dessus de ces figures ; enfin, des arbres et des plantes alternant avec les personnages.
<( Tous les doutes que l'on avait pu concevoir sur Torigine asiatique et la haute antiquité des vases d'Agylla s'évanouissent à la vue des coupes de Larnaca trouvées avec un grand monument de la sculpture assyrienne.
« D'ailleurs, il est impossible de séparer maintenant les coupes d'argent de Chypre des coupes de bronze de Nemrod, dont on n'essayera pas de contester Tâge et la provenance. On devra donc considérer comme un fait acquis à la science l'existence de monuments de fabrication purement asiatique en Italie. Il faudra encore tenir compte de ce fait que plusieurs des vases trouvés à Nemrod par M. Layard offrent des rangées processionnelles d'animaux, tels que des lions, des sphinx, des mouflons, des taureaux, système de décoration qui a été employé pour ces vases de style si ancien, qu'on découvre à Corinthe, dans les îles de la Grèce, et dans toute TÉtrurie. Nous avions depuis longtemps la conviction que ces vases peints étaient des emprunts faits à l'industrie asiatique, M. Layard nous a fourni la preuve que nous attendions. Maintenant qu'on peut se faire une idée des vases de métaux que les Phéniciens portaient aux Grecs à l'époque d'Homère, on comprend comment s'est faite l'éducation des artistes helléniques, et l'on s'explique comment ils ont été conduits à introduire dans leurs œuvres des types, des combinaisons, des symboles, qui étaient évidemment étrangers à leur nationalité, ainsi que le déclare Aristote à propos du peplus d'Alcisthène de Sybaris. »
Homère, dans ses descriptions, nous dépeint un luxe tout asiatique, et il est aisé de voir d'ailleurs que la civilisation dont il parle était beaucoup plus avancée à Troie que chez les peuples qui viennent Tassiéger. L'empreinte orientale se retrouve d'ailleurs dans la plupart des ouvrages grecs et étrusques : elle est visible dans ceux qui ont un
caractère primitif. Du reste la Grèce et l'Italie ont eu de tous temps des rapports commerciaux avec l'Orient. Les colonies phéniciennes de la côte d'Afrique, et notamment Carthage, exportaient en Italie de nombreux ouvrages métallurgiques, dont le style trahit une origine égyptienne ou ass^Tienne.
La Qgure 296 représente une coupe extrêmement curieuse trouvée
à Préneste (Palestrina), et qui semble un pastiche de l'an égyptien. An milieu, un personnage, dans le costume des Pharaons, tranche la léte aux vaincus agenouillés devant lui. Le dieu Uorus se tient debout devant lui; derrière lui est im guerrier armé, et un épervier aux ailes éployées plane au-dessus du Pharaon. Les rebords sont occupés par des sci>ne3 symboliques, représentant des barques sacrées avec divers emblèmes égyptiens, entre autres le scarabée, symbole d'immortalité : entre les barques ou voit un bouquet de lotus avec une divinité allai-
tant un jeune garçon, probablement Horus. Les hiéroglyphes» trôs-grossièrement imités, ji'ofTrent aucun sens; une inscription phénicienne, placée au-dessus de Tépervier, fait regarder cette coupe comme étant de travail carthaginois. Une autre coupe du même genre, trouvée au même endroit, représente une chasse royale. Psumi les animaux qui sont frappéSt on croit voir un grand singe, qu'on croit être le gorille, anknal inconnu des Égyptiens, mais que les Carthaginois pouvaient connaître, puisqu'il en est question dans le voyage d'Hannon. La présence de ces coupes en cet endroit montre les relations des Carthaginois avec cette partie de l'Italie, au vi* siècle avant notre ère, époque à laquelle on attribue sa fabrication, et aussi comment les artistes de l'Occident, disciples et imitateurs des Asiatiques pour tout ce qui touche l'industrie, ont pu être amenés à représenter dans leurs ouvrages des emblèmes empruntés à TOrient.
La magnificence de Targenterie des rois de Perse était proverbiale. Outre les pièces d'orfèvrerie, dont quelques-unes étaient d'une dimension prodigieuse, une partie des impôts payés par les peuples tributaires devait être remis en métal, ce qui en faisait affluer dans le palais une énorme quantité.
(( Le roi, dit Hérodote» thésaurise ces impôts de cette manière : on fait fondre les métaux, et on les verse, encore liquides, dans des vases de terre cuite; quand ils sont refroidis, on brise cette enveloppe. Lorsque le roi a besoin d*argent, il prend la somme qui lui est nécessaire. » L'argent, qui fut toujours assez rare en Egypte, était au contraire très-commun dans la Babylouie : il valait treize fois moins que l'or.
En Grèce, Targent n'est devenu commun qu'après la conquête d'Alexandre ; plusieurs orfèvres ont acquis une grande célébrité pour la manière dont ils savaient le travailler.
c( Chose singulière, dit Pline le Naturaliste, la ciselure de l'or n'a illustré personne; celle de l'argent a illustré beaucoup d'artistes. Toutefois le plus célèbre ciseleur d'argent est Mentor; on ne cite de lui que quatre couples de vases, et Ton dit qu'il n'existe plus aujourd'hui un seul de ces morceaux : tous ont péri dans l'incendie du temple de Diane à Éphèse ou dans celui du Capitole. Varron a écrit qu'il possédait une statue d'airain de la main de cet artiste. Les plus admirés après lui sont Acragas, Bœthus et Mys. On voit aujourd'hui des morceaux de tous ces artistes dans l'Ile de Rhodes : de Bœthus, dans le temple de Minerve à Undos; d' Acragas, dans le temple de Bacchus à Rhodes
LES HÉTADX. 2iB
mfime, des coupes représentant en ciselure des bacchantes et des centaures ; de Mys, dans le même temple, un Silène et des amours; d'Acragas, une chasse de grande réputation, sur des coupes. Après eux on vante Calamis, Antipaler et Stralonicus, qui posa, disait-on, pluUkt qu'il ne cisela, sur un vase, un satyre accablé par le sommeil. Puis on renomme Tauriscus de Gy^que, Ariston et Eunîcus, tous deux de Hitylëoe ; Hécatée ; et vers l'époque du grand Pompée, Pasitèles, Pasidonius d'Éphése, Lœdus SIratiate, qui cisela des batailles et des guerriers; Zopyre, qui représenta l'Aréopage et le jugement d'Oreste sur deux coupes estimées 12,000 sesterces (2,520 francs). Plus Urd vint Pytheas, dont us ouvrage se vendit sur le pied de 10,000 sesterces (2,100 francs) les deux onces : c'était une pièce de rapport appartenant à une coupe, et représentant l'enlèvement du Palladium par Ulysse et Dioméde. Il grava aussi sur de petits gobelets des scènes de cuisine, mais si faciles à endommager en raison de leur délicatesse, qu'il n'était pas même possible d'en prendre des copies. Teucer eut aussi de la réputation pour les incrustations. Tout à coup l'art s'est tellement perdu , qu'aujourd'hui on ne recherche plus que les morceaux anciens et que Tautorité s'attache à des ciselures usées au point qu'on n'en distingue pas les figures. »
On croit avoir à la Bibliothèque, parmi les pièces qui composent le trésor de Bemay, une reproduction de quelques-uns des ouvrages mentionnés par Pline.
Le trésor de Bemay a été découvert en 1830 près de la ville dont il a emprunté le nom, sur l'emplacement d'un ancien temple de Mercure. 11 comprend une statue en ai^nt d'assez grande dimension et d'une remarquable conservation représentant ce dieu, et plusieurs vases d'argent extrêmement précieux par leur valeur artistique, autant que pour la rareté des objets de ce genre. Il faut citer d'abord deux magnifiques
su
L'IXDUBTRIE.
vases, de la classe des œnochés, se faisant pendant. Ils sont pourvus d'une seule anse, qui dépasse leur col allongé, et séparé de la panse par une petite rangée d'oves et d'annelels ciselés dans la masse. Raoul Rochctte plaçait an premier siècle de notre ère la fabrication de ces vases, qu'on croit imités de modèles célèbres dans une époque antérieure. Leur stjie large et sévère annonce une origine grecque plutôt
Flg. «BB. — Vu<
que romaine et leur forme générale présente cette belle silhouette que les artistes de la Renaissance ont si souvent et si heureusement imitée. Le pied est décoré de fleurons et d'ornements. Ils ont conservé des traces de dorure, et on voit que les vfileraenls et les accessoires, suivant un usage fréquent dans l'orfèvrerie antique, ont dû être entièrement dorés, tandis que les ligures conservaient la couleur naturelle de l'argent (fig. 297).
« Les procédés de fabrication des monuments de Bernay, dit le catalogue du cabinet des médailles, méritent de fixer l'attention-, à l'exception de quelques anses des ustensiles et de parlîes accessoires, rien
n*a été fondu; toui a été fait au marteau et ciselé ensuite par le procédé du repoussé, que les Grecs nommaient sphyrèlaton. Les statues sont formées de plaques d'argent battues admirablement soudées; les vases sont exécutés de la même maniâre ; il en est plusieurs qui oSï^nt une particularité intéressante, que l'on a remarquée également dans le vase Corsini et dans des vases de Pompéi : c'est qu'ils sont doublés d'une sorte de cuvette mobile d'argent massif, travaillée aussi au marteau, qui contenait le liquide et servait à donner du corps à la partie extérieure, laquelle consistait en une plaque d'argent très-mince, travaillée au repoussé et orfrant par conséquent en relief les sujets dont l'artiste voulait décorer le vase. Quant aux patëres ou coupes plates.
Pig. an. — Cnlitt dtcorà d» lUiquH. (Btraar.)
elles sont presque toutes décorées d'emblemata mobiles, que l'on a trouvés détachés des palôres auxquelles ils appartenaient et qu'on a replacés en y exccutanl d'indispensables et prudentes restaurations. Le retentissement des découvertes de monuments d'argent prouve leur excessive rareté; l'espace me manque pour faire l'énumération des plus célèbres, mais je ne terminerai pas cette note sans rappeler ce que nous dit Pline de la passion des anciens pour les vases d'argent décorés de sculptures. L'encyclopédiste romain qui nous a fait connaître les plus célèbres artistes qui s'adonnèrent à cette spécialiti, il f^ut bien employer le mot puisque la chose existait, s'étonnait que personne ne se fût illustré à ciseler'sur or, tandis que tant d'artistes étaient devenus célèbres en ciselant l'argent. Parmi les artistes nom-
tIS L'IXDCSTBIE.
mes par PGoe, il en est deux : Pythe» et Acragas. anxqoelsîl atU^Hie des compositkHis que Toa retrouTera sot les rases de Beraay; ce soot TEn&vemaa du Pailadâim par Pytheaa, et la Baeehaitte» et la Cenuaint, par Acragas. Oa ne crat pas posséder pour cela prédsémeot ks vases exécutés par ces célèbres artistes ; mais comme les mooameDts de Beroay en questitm sont d'un trte-bon style, on pent supposer sans trop de hardiesse que nos vases, comme ceux de Pompéi, sont des répétitions antiques des compositions de Pytbeas et d'Acragas. ■
Pannî les antres vases d'argent qui composent le trésor de Bemay,
il Taut encore citer des canthares bachiques, exécutés au repoussé sur des feuilles d'argent, ainsi que plusieurs coupes décorées de masques et d'un travail exquis (Ag. 298. 299, 300).
Une autre pièce d'orfèvrerie extrômeinent remarquable, qui se voit également au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, c'est UD grand disque d'argent massif, décoré d'une composition en basrelief, représentant Brisiis rendue à AcIiiUe par Agamemnon. Les disques ou plats de ce genre sont de la plus grande rareté, et celui-ci est le plus grand que l'on connaisse. Le sujet qui le décore était autreroîs désigné sous le titre erroné de Continence de Scipion. Ce disque a été trouvé dans le Rhâne,
Enfin nous signalerons parmi les pièces d'orfèvrerie de notre grande collection nationale une petite statuette en argent qui représente
LES UETADX.
Sophocle assise! lisant un volume; elle a été trouvée près du palais de Gallîen à Bordeaux.
Le musée de Naples possède également plusieurs belles pièces d'orfèvrerie romaine et grecque, trouvées pour la plupart à Pompéi, entre autres des coupes, des fermoirs (&g. 301 ]t des chaînes, des agrafes, etc.
Enfin, parmi les rares échantillons que nous avons de l'orfèvrerie des anciens il faut citer les pièces du trésor de Hildesheim, qui sont maintenant au musée de Berlin. Ce trésor a été découvert en 1868, dans le Hanovre, par des soldati prussiens qui étaient occupés à aplanir un emplacement pour le tir. Dès qu'on eut trouvé les premiei^ frag-
Fig. 301. — Fiimoir an ugent. {itasiv de NaplM.)
mcnts, l'olTicier commandant fut appelé et il iit exécuter les fouilles avec de grandes précautions. On recueillit ainsi cinquante-deux vases et ustensiles antiques, tous en argent, et enfouis à même la terre sans rien qui les protégeât. Seulement les plus petits objets avaient été placés sous les deux plus grands vases qui étaient retournés avec l'inlention évidente de recouvrir les autres. C'était certainement une cachette faite à dessein, mais comme le sol était humide à cause du voisinage d'une source, plusieurs feuilles d'applique s'étaient détachées et mêlées dans le limon. Les pièces furent rassemblées et envoyées au musée de Berlin, où elles ont été aussitôt moulées. Elles appartiennent comme fabrication â des époques très-difrèrentes, mais leur enfouissement doit avoir eu lieu à l'époque des grandes invasions barbares. II est assez probable qu'elles proviennent d'un pillage, et on y peut voir la part de quelque chef germain : ce qui rendrait cette hypothèse assez probable, c'est qu'il y a ):lasieurs fragments qui avaient été séparés à dessein, et dont l'autre partie n'a pas été retrouvée, comme si la part faite au possesseur de ce trésor avait été faite au choix. Lee Aile-
su L'INDUSTRIE.
maads avaient d'abord cru avoir eotre les mains le trésor de Varus mais cette idée a été abandonnée quand on a reconnu que la fabriotioD de plusieuis pièces devait être appliquée k une époque bien postérieure.
Oobtlel ou ugonl du liéur do Hild«haiiii.
La pièce la plus importante de ce trésor est une jolie coupe au fond de laquelle on voit une Minerve assise : les draperies de la déesse sont dorées, tandis que les chairs sont en argent. On remarque aussi uno patère au fond de laquelle un Herci^le enfant se détache en ronde bosse, un grand cratère en forme de cloche, dont l'ornemention est des plus délicates, des plats à œufs, diverses espèces de coupes, de vases, flfC' Le gobelet représenté sur la figure 302 n'est pas un des
meilleurs sous le rapport de l'art, mais c'est à coup sûr un des plus curieux pour Tarchèologie. « C'est, dit M. A. Darcel, un grand cornet conique, posant sur un pied légèrement évasé, quelque chose comme l'ancêtre des Wiederkomm, si chers aux Allemands, décoré par zones d'ornements passablement barbares et d'une exécution naturellement peu soignée. Sur Tune des zones courent ou combattent des lions, des taureaux et des boucs. Leur corps est sommairement modelé et leur silhouette, d'un dessin surtout énergique, est cernée par un trait creusé dans le métal. On dirait une pièce préparée par l'ouvrier et abandonnée au moment de recevoir sur les parties repoussées la ciselure qui doit lui donner toutes ses finesses et toute sa perfection. A la base du cornet, de grandes feuilles et quelques fleurons, à l'extrémité de longues tiges, sont également exprimés par des traits creux qui circonscrivent une légère saillie. Cela offre l'aspect de ces cuivreries d'un dessin quelque peu négligé que l'Italie fabriquait au xvn* siècle, en suivant encore les formes générales et le goût bien qu'altérés de la Renaissance. Cette pièce nous parait très-importante pour dater approximativement l'époque de l'enfouissement du trésor de Hildesheim, ou du moins pour poser une limite au delà de laquelle cet enfouissement ne put avoir lieu. Le taureau sauvage, qui se rue tète baissée en avant d'un lion, n'est-il pas un aurochs, ce dernier survivant des âges primitifs, confiné dans quelques cantons inaccessibles des forêts . de l'Allemagne? Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que ce vase à boire fût le souvenir de quelque combat du cirque chez une des colonies romaines échelonnées le long du Danube, grossièrement façonné dans une feuille d'argent roulé par un ouvrier de l'extrême décadence, et emporté comme butin avec d'autres pièces venues de Rome, par le chef barbare des hordes qui, à partir du iv* siècle, trouèrent incessamment les frontières de l'empire romain, en attendant de Tenvahir tout entier? »
Toutes les pièces du trésor de Hildesheim ont été reproduites en galvanoplastie par M. ChrlstoQe, et on peut en voir la collection au musée de Cluny,
Pour en finir avec Targent nous citerons un passage de Diodore de Sicile, dans lequel on trouvera quelques renseignements curieux sur les ouvriers employés au travail des mines.
a Les montagnes nommées Pyrénées, dit-il, surpassent les autres par leur hauteur et leur étendue; séparant les Gaules de l'Ibérie et de la Celtibérie, elles s'étendent de la mer du Midi à TOcéan septentrional, dans un espace de trois mille stades. Autrefois elles étaient en
grande partie couvertes de bois épais et touffus ; mais elles furent, diton, incendiées par quelques pâtres qui y avaient mis le feu. L*incendie ayant duré continuellement pendant un grand nombre de jours, la superficie de la terre fut brûlée, et c'est de là que Ton a donné à ces montagnes le nom de Pyrénées. La combustion du sol fit fondre des masses de minerai d*argent, et produisit de nombreux ruisseaux d'argent pur. Ignorant l'usage de ce métal, les indigènes le vendirent, en échange d'autres marchandises de peu de prix, aux marchands phéniciens instruits de cet événement. Geux-^i, important cet argent en Asie^ en Grèce et chez d'autres nations, gagnèrent d'immenses richesses. La cupidité de ces marchands fut telle, que leurs navires étant déjà chargés, ils coupèrent le plomb de leurs ancres et y substituèrent l'argent qui s'y trouvait encore en abondance. Les Phéniciens continuèrent longtemps ce commerce, et devinrent si puissants, qu'ils envoyèrent de nombreuses colonies dans la Sicile et les lies voisines, ainsi que dans la Libye, la Sardaigne et l'Ibérie. Longtemps après, les Ibériens, ayant appris les propriétés de l'argent, exploitèrent des mines considérables. Presque tout l'argent qu'ils en retirèrent était très-pur et leur procura de grands revenus. Nous allons faire connaître la manière dont les Ibériens exploitent ces mines.
(( Les mines de cuivre, d'or, d'argent, sont merveilleusement productives. Ceux qui exploitent des mines de cuivre retirent du minerai brut le quart de son poids de métal pur. Quelques-uns extraient des mines d'argent dans l'espace de trois jours un talent euboïque (5,500 fr. environ). Le minerai est plein de paillettes compactes et brillantes. Aussi faut-il admirer à la fois la richesse de la nature et l'adresse des hommes. Les particuliers se livraient d abord avec ardeur à l'exploitation des mines d'argent, dont l'abondance et la facilité d^exploitation procuraient de grandes richesses. Mais lorsque les Romains eurent conquis ribérie, ces mines furent envahies par une tourbe d'Italiens cupides, qui se sont beaucoup enrichis. Ces industriels achètent des troupeaux d'esclaves, et les livrent aux chefs des travaux métallurgiques. Ceux-ci leur font creuser le sol en différents points et mettent à découvert des filons d'or et d'argent. Les fouilles s'étendent aussi bien en longueur qu'en profondeur; ces galeries ont plusieurs stades d'étendue. C'est de ces galeries longues, profondes et tortueuses, que les spéculateurs tirent leurs trésors. Si Ton compare ces mines avec celles de TAttique on trouvera une grande différence. Là, à d'énormes travaux, on ajoute beaucoup de dépenses ; quelquefois, au lieu d'en
tirer le profit qu'on espérait, on y perd ce que l'on avait. An contraire, les exploiteurs des mines d'Espagne ne voient jamais leurs espérances et leurs efforts trompés ; slls rencontrent bien dès le commencement de leurs travaux, ils découvrent à chaque pas de nouveaux filons d'or et d'argent. Toute la terre des environs n'est qu'un tissu de ramifications métalliques. Les mineurs trouvent quelquefois des fleuves souterrains, dont ils diminuent le courant rapide en les détournant dans des fossés, et la soif inextinguible de l'or les fait venir à bout de leurs entreprises. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'ils épuisent entièrement les eaux au moyen des vis égyptiennes qu'Archimède de Syracuse inventa pendant son voyage en Egypte. Ils les élèvent ainsi successivement jusqu'à l'ouverture de la mine, et, ayant desséché les galeries, ils y travaillent à leur aise. Cette machine est si ingénieusement construite que par son moyen on ferait écouler d'énormes masses d'eau et on tirerait aisément un fleuve entier des profondeurs de la terre à sa surface. Les ouvriers qui travaillent dans les mines rapportent donc à leurs maîtres d'énormes revenus. Ces malheureux, occupés nuit et jour dans les galeries souterraines, épuisent leurs forces et meurent en grand nombre d'un excès de misère. On ne leur donne aucun répit; les chefs les contraignent par des coups à supporter leur infortune, jusqu'à ce qu'ils expirent misérablement. Quelques-uns, dont le corps est plus robuste et l'âme plus fortement trempée, traînent longtemps leur malheureuse existence; cependant l'excès des maux qu'ils endurent leur doit faire préférer la mort.
(c Parmi les nombreuses particularités de ces mines, on remarque comme un fait curieux qu'il n'y en a aucune dont l'exploitation soit récente : toutes ces mines ont été ouvertes par l'avarice des Carthaginois, à répoque où ils étaient maîtres de Tlbérie. C'était là la source de leur puissance ; c'était de là qu'ils tiraient l'argent pour solder les puissantes et nombreuses armées dont ils se servaient dans toutes leurs guerres. On trouve aussi de l'étain en plusieurs endroits de l'Ibérie, non pas à la surface du sol, comme quelques historiens Pont prétendu, mais dans des mines, d'où on le retire pour le faire fondre comme l'argent et l'or. Les plus riches mines d*étain sont dans les îles de l'Océan en face de Tlbérie et au-dessus de la Lusitanie, et nommées pour cette raison les lies Calsitérides. On fait aussi passer beaucoup d'étain de. nie Britannique, située en face de la Gaule; les marchands le chargent sur des chevaux et le transportent à travers l'intérieur de la Celtique jusqu'à Marseille et à Narbonne. Cette dernière ville est une
colonie des Romains; en raison de sa situation et de son opulence, elle .est le plus important entrepôt de cette contrée. »
Le bronze. — Le cuivre a été employé par les Égyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, nonseulement pour les usages domestiques, mais encore pour la fabrication des vases sacrés, des armes, des médailles, etc. Les anciens ont su le travailler bien avant le fer; il est probable qu'ils possédaient des mines de cuivre natif ou des minerais de cuivre d'un traitement facile, et qui ont été épuisées depuis longtemps. Au reste, c'est surtout sous la forme du bronze que ce métal était employé et les objets en cuivre proprement dit étaient beaucoup moins communs que dans la société moderne.
Notre éminent statuaire, M. Eugène Guillaume, a fait à VVhion centrale des Beaux-Arts appliqués à rinduslrie une conférence sur le bronze, dont on nous saura gré de donner ici quelques extraits. « Tout •le monde sait, dit-il, que Ton range sous la dénomination très-générale de bronze une nombreuse série d'alliages dans lesquels le cuivre, dominant dans une proportion très-forte, se trouve uni soit à de l'étain, soit à du zinc, ceux-ci étant purs ou mêlés avec du plomb, soit avec tous ces métaux diversement associés. 11 y a aussi des bronzes qui contiennent de l'argent ou de Tantimoine et quelques-uns dans iesquela on rencontre des traces de fer. Les combinaisons qui peuvent résulter du mélange de ces différents éléments sont nombreuses. Quelles qu'elles soient, leur densité est supérieure à celle du cuivre; elles sont plus dures et plus tenaces que lui, et cependant plus fusibles; elles coulent mieux aussi lorsqu'elles sont en fusion. Refroidies, elles oCDrent plus de résistance aux agents extérieurs et leur grain serré les rend susceptibles de recevoir par la main-d'œuvre un fini plus parfait.
c( La composition du bronze a une grande importance : car des rapports que Ton établit entre ses parties constitutives résultent les qualités essentielles qu'il doit posséder : ce sont avant tout la fluidité, la ductilité, la résistance. Il faut, en effet, que le métal liquéfié pénètre activement dans toutes les parties du moule, en épouse tous les replis; il faut qu'il reçoive sans se briser le travail du marteau, sans se déchirer celui du ciseau ou du burin, sans s'érailler ou s'empâter celui de la lime; il doit avoir la ténacité qui, tout en assurant la solidité des ouvrages, permet à l'artiste de leur donner le caractère et l'effet que la matière comporte ; de plus il est nécessaire que la fonte ait naturelle-
ment une belle couleur, car on peut vouloir conserver celle-ci ; il (aut, en loui cas, qu'elle puisse bien prendre la patine. »
Le bronze a élé connu de tous les peuples de l'antiquité, a L'habileté des Égjptiens dans la combinaison des métaux, dit H. Paul Pierret dans le Dictionnaire d'arcliiolooie égyptienne, est abondamment prouvée par les vases, miroirs et récipients de bronze découverts a Thèbes et dans d'autres parties de lÉgyple. Ils savaient en varier l'alliage et donner aux lames de poignard un certain degré d'élasticité, obtenu peut-être par une façon particulière de marteler le métal. Malheureu-
sement, les tombes de Beni-Hassan, de Ttièbcs et des pyramides, ne nous foumissent aucun renseignement sur leurs procédés, et nous ignorons à quelle époque ils commencèrent à employer le bronze, n Le musée du Louvre renrerme un certain nombre de staluettcs égyptieuues remarquables par l'habileté du travail. Nous en avons vu aussi de fort belles à l'Exposition do 1867 et à celle de 1878.
Les bronzes de fabrication phénicienne sont assez rares, et les petites idoles que nous connaissons indiquent tout à Tatt l'enfance de l'art. Cependant, aussi loin qu'on veuille remonter dans l'histoire, on entend vanter l'habileté des Phéniciens dans le travail des métaux. Les inscriptions liiéroglyphiqucs les plus anciennes mentionnent les ouvrages de bronze provenant de leurs fabriques et Homôrû célèbre dan»
ses poëmea la beauté des coupes ciselées par les ouvriers de Sidon. Les Phéniciens n'ont jamais été cultivateurs, mais outre qn'ils étaieat
Pig. SOI. — Uiraîr «tniiqi
navigateurs et commerçanls, ils exploitaient les mines partout où ils en trouvaient. M. Lenormant a émis sur ce sujet quelques considérations historiques qui méritent d'être citées ici. a Voici trois faits élémentaires
LES MÉTAUX. Ml
et dont les recherches récentes sur l'humanitc primitive ont partout vulgarisé la connaissance. Le premier est la prodigieuse anliquîté do la métallurgie dans les civilisations a^iiatiques; 1c second, l'antériorité
Fig. UOâ, — TMpied da doa da LbtM>.
do travail du cuivre sur le travail du fer, à tel point que l'âge du bronze représente dans l'histoire de la civilisation une longue période qui a précédé Vàge du fer. Le dernier fait, enfin, est celui-ci, que presque
aussitôt que les hommes ont su fondre le cuivre et en fabriquer des instruments, ils ont reconnu ses nombreuses imperfections dans un emploi à l'état pur et la nécessité de le rendre plus dur et plus résistant par un alliage, qu'en un mot ils se sont mis tout de suite à fabriquer du bronze. Aussi haut que nous remontions dans les deux plus
lUsctioD PontUlèi.
vieilles civilisations du monde, en Égjpte et en Chaldée, nous trouvons Tusage du bronze. Celui des instruments de cuivre pur est si bien abandonné, si bien oublié, qu'il n'a pas laissé de vestiges. Mais qu'estce que le bronzeî Un alliage de cuivre et d'élain. Or les Égyptiens et les Babyloniens trouvaient le cuivre sur leur territoire ou dans des districts touchant à leur frontière; mais, pour l'étain, on ne le reucontrait
LES HËTAUX. «3
qu'à de bien grandes distances. Le moindre outil de bronze qae Poa recLieillo auprès de Memphis, dans un de ces tombeaux où il est demeuré enfermé depuis soixante siècles, révèle donc un aotique et lointain commerce qui apportait à l'Egypte pharaonique, naissant à la civilisation au milieu des peuples encore absolument sauvages, l'étain du Caucase, de l'Inde ou de l'Espagne. Saus ce commerce, en efTet, on ne pourrait pas en expliquer l'existence, puisque l'étain ne se trouve dans la nature sur aucun point plus rapproché de l'^ypte. »
Une inscription cunéiforme, gravée sur un bronze assyrien et traduite par M. Oppert, parait démontrer que, vingt siècles avant notre ère, les Assyriens savaient assez travailler le bronze pour en faire des statuettes. Tout le monde a vu au musée assyrien du Louvre le petit
Fig. Xn. — aéniiu du Irtpivil PuatuUi.
lion en bronze qui est placé sur un autel à trois faces; c'est le premiw monument découvert par M. Botta h Kborsabad, dont on fait remonter la fondation au viii* siècle environ avant notre ère. M. de Longpérier en explique ainsi l'emploi : « Cette admirable figure, dit-il (Gg. 303), un des plus beaux ouvrages que l'antiquité nous ait légués, parait n'avoir pas eu d'autre destination que de servir de base et de décoration à l'anneau qui la supporte; anneau auquel on attachait probablement l'extrémité d'une corde, à l'aide de laquelle on hissait un voile au-dessus de la porte. Ce lion n'était pas mobile; à sa partie inférieure existe UD goujon de scellement. Il ne doit donc pas étce confondu avec d'autres lions de bronze trouvés récemment à Nemrod, et sur lesquels on voit des inscriptions cunéiformes et en caractères phéniciens. On pense que ces monuments ont servi comme poids. Quant au lion de Khorsabad, il appartenait bien certainement au système général des portes; car à chacune d'elles on a retrouvé les pierres du scellement où des figures pareilles avaient été Qsées. »
li^n Grèce, c'est dans l'Ile d'Égine que l'industrie du bronze parait
ut L'nDOSTBIE.
dvoir fleuri d'abord et ensuite dans llle de Délos. COrinthe eut, pmdant plusieurs siteies, la réputaliOD de fournir les pins beam brotues, mais celte réputation déchut et s'éteignit même complètement plas lard. Le bronze coriotbien éuit de plusieurs couleurs et les difléreoles parties de la statue présentaient elles-mêmes des nuances différentes.
L'étain, le zinc et le plomb constituaient avec le cuivre les alliages les plus ordinaires, mais dans des proportions très-variables.
Les Étrusques ont, aussi bien que les Grecs, et probablement à la môme époque, poussé jusqu'à ses dcrniùres limites l'industrie du bronze. Je n'ai pas à m'occuper ici des grandes statues de bronze qui appartiennent par leur essence au chapitre qui traitera spécialement de la sculpture. Mais dans les ouvrages eu bronze destinés h des usages
journalicre, je dois signaler l'emploi très-fréquent des dessins gravés en creux et à la pointe; c'est ce que les Italiens appellent graffiti. Ce genre de décoration, que l'industrie mo Icrne emploie bien rarement, apparaît surtout dans les cistes, les coffrets, les miroirs (flg. 30/i)-
Parmi les très-nombreux ouvrages en bronze que nous ont laissés les Étrusques, la série des trépieds est une des plus intéressantes. Nous
Fi g. 300. — Trppioi
avons expliqué dans le deuxième volume de cet ouvrage quel était l'usage du trépied, et [nous en avons donné plusieurs représentations (tome II, Gg. 692 à 6%). Au point de vue du travail du bronze, nous citerons plus particulièrement le fameux trépied connu sous le nom de trépied du duc de Luyncs, qui fait partie du cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale (Qg. 305). On peut signaler aussi le beau trépied qui faisait partie de la colleciion Pourtalès (flg. 306). 11 est décoré
Ub
de chevaux et de génisses d'un travail exquis et d'une touraure extrêmement vive et animée, comme on en peut juger par la figure 307 qui
Fig. 310. — CaadéUbro étrusque.
reproduit un fragment de ce trépied. Les figures 308 et 309 montrent des trépieds romains, dont la forme est extrêmement élégante, mais '
qui n'ont pas dans leur décoration la môme richesse ornementale que les ouvrages précédents. On remarquera, au surplus, que Tart romain
Fig. ail. — Caa<l«Ubre étrusque.
est, en général, beaucoup plus pondéré que Tart étrusque, mais s'il n'en a pas les bizarreries, il n'en a pas noç plus les audaces.
Les Étrusques ont trouvé une incroyable quantité de types pour varier la forme et la décoration de leurs candélabres. C'est un prêtre
Fig. 312. — Candélabre.
étrusque, de style archaïque, qui sert de support à celui qui est représenté sur la ûgure 310. Au contraire, dans la figure 311, la tige repose sur la tête d'un adolescent, d'une grande souplesse de mouvement. Cette tige est extrêmement mince et assez élevée, mais en voici une
autre (fig. S12) d'une forme absolumeot différente, bien qu'elle repose également sur un personnage d'une nudité complète. Enfin, la figure 313 montre un candélabre dont la tige porte sur la tète d'une femme drapée et assise sur un siège à dossier. La base de ces caodélabres n'est pas moins variée que la tige, bien que le principe décora-
Fig. 313.
tif soit presque partout le mémo, puisqu'il consiste en trois pieds d'animaux disposés en triangle.
La figure 3U représente une lampe romaine d'un travail eiquis : clic 3 été irouvéc à Pompéi et fait partie du musée de Naples.Lesflancs de la lampe sont décorés de gracieuses arabesques et an charmant petit groupe, posé sur le bouchon, montre un enfant jouant avec
une oie-, ce ioli couvercle est relié par une clialaette à l'ai lampe.
Si nombreuses que puissent être les lampes antiques :»Qtenues dans DOS collections, ce sont les vases qui ont fourni à nos chercheurs d'antiquités la plus ample récolte. Là encore nous allons reirouver la
Vicci étnit^us)
dilTérence si profonde de goQI et de style qui distingue la fabricatioD étrusque ei la fabricalion romaine.
Un type extrêmement original, et qui est assez fréquent dans la fabrication des Étrusques, c'est celui d'un vase de bronze dont la forme est arrondie à la base et dont la large ouverture est décorée de lëies d'animaux fantastiques tirant la langue et surgissant d'un long
COU. Tantôt ces tëtes se replient à l'iotérieur (fig. 315) et semblent vouloir bumer le liquide contenu dans le fond du vase, tantôt elles
se dressent à l'estérieur, comme si elles voulaient en défendre les approches (fig. 316]. Au reste, l'emploi des (ôtes d'animaux est un des
Kig. 31H. — V«M da bran».
traits caractéristiques de la décoration étrusque (Gg. 317). Les personnages ailés, comme ceux qui décorent les pieds du vase représenté sur la figure 318 sout aussi très-communs sur les monuments trouvés dans les tombeaux étrusques.
La figure 319 représente un vase de bronze qui n'est pas moins remarquable par l'élégance de son galbe que par la singularité de ses ornements. Un aigle, qui vient de s'abattre avec une proie dans ses serres, est posé sur le goulot, à la partie opposée au bec par lequel le liquide doit s'écouler. Plus bas, sur la panse du vase, une oie, vue à mi-corps, lève la tête et semble vouloir s'échapper. Cette oie fait ici l'office d'une anse, et sa disposition est telle que le vase devait être en
Fig. 819. — VfiUio de bronze.
somme peu commode à manier. Il est probable que ce vase, qui a été découvert à Pompéi, n'était pas d'un usage journalier, et que sa bizarrerie en faisait un meuble purement décoratif. Le vase représenté sur la figure 320 est aussi fort intéressant, mais celui que montre la figure 321 répond certainement au type le plus usité.
Le talent des ciseleurs de l'antiquité se montre surtout dans le détail des manches de miroir (fig. 322), des rebords ou des anses de vases. Quelquefois l'anse est décorée d'un petit sujet (fig. 323) ; elle prend la forme d'un animal (fig. 32/i), elle se couvre d'élégantes ciselures représentant des oiseaux (fio;. 325) ou des plantes; très-souvent
LES UÉTADX. lU
elle s'adapte aux vases par une tête humaine [Dg. 326, 327, 328], ou bien elle se contourne sur elle-mâme par de gracieux enroulemeols (fig. 329).
Pline nous a laissé sur l'oxploitatioD des mines de cuivre et sur les principaux centres de fabrication du bronze, à l'époque oii il vivait, quelques renseignements qui doivent naturel lemement trouver leur place ici. « Parlons maintenant, dit-il, des mines de cuivre {xi); métal placé au troisième rang poor la valeur et pour J'usage. Encore estime-
Fi«. 33U. — Vïw d* bronn.
t-OD l'airain de Corinthc plus que l'aident, et, peu s'en faut, plus que l'or même. Le nom de cuivre (xs) reste aussi consacré dans beaucoup de termes de finance, comme nous l'avons dit.
« Nous avons indiqué combien de temps le peuple romain employa seulement le cuivre comme monnaie. D'ailleurs, un autre fait antique atteste pour ce métal une estime contemporaine de Rome : c'est que le troisième collège établi par le roi Numa fut composé de fondeurs de cuivre.
« Le filon étant exploité comme pour les métaux précédents, on soumet le minerai à l'action du feu. Le cuivre se tire encore d'une pierre cuivreuse appelée cadmie. On renomme lo cuivre d'Asie. Od
su L'INDUSTRIE.
renommait jadis celui de la Campanie, qui a cédé la préémineoce au cuivre du territoire de Bergame, à l'extrémité de l'Italie. On dit même que depuis peu il en a été trouvé dans la province de Germaaie. On en obtient aussi de la pierre dite chakitû, dans l'Ile de Chypre, où s'est faite la découverte du cuivre. Bientôt le cuivre de Chypre tomba dans le discrédit, parce qu'il s'en rencontra de supérieur en d'autres pays, surtout i'aurickalmm, qui fut longtemps te meilleur et le plus
recherché. Il y a bien des années qu'on ne trouve plus d'aurichalcum. la terre étant épuisée. Après celui-là le meilleur cuivre a été le sallustien, qu'on tirait du lerriloirc des Centrons, dans les Alpes; il ne dura guère lui-même, et il fut remplacé par le cuivre livien, dans les Gaules. L'un et l'autre avaient été dénommés d'après les propriétaires de la tnine : le premier, d'après Salluste, ami du dieu Auguste, le second d'après la femme de ce prince. Le cuivre livien a bientôt manqué; celte mine est en cilet aujourd'hui du plus mince rapport. Maintenant toute la vogue s'est portée vers le cuivre marien, appelé aussi cuivre de Cordoue ; après le cuivre Hvien, c'est celui qui absorbe le mieux la cad-
mie, et il approche, dans les sesterces et les doubles as, de l'excellente qualité de l'aurichalcum. Quant aux as, on n'y emploie que le cuivre de Chypre, lelles sont les espèces renommées de cuivre naturel,
H Les autres e<:p6ces sont artiDcielles. J'en traiterai en lieu et place, indiquant cependant lout d'abord la plus célèbre. Autrefois le cuivre était mSIé à l'or et à l'argent, et cependant le travail était plus pré-
deux que la matière. Aujourd'hui on ne saurait dire lequel vaut le moins.
u Chose singulière! tandis que le prix des ouvrages n'a plus de bornes, la dignité de l'art est anéantie. El en effet, on s'est mis à exercer, comme tout le reste, pour l'amour du gain, un art qui jadis ne ^exerçait que pour la gloire; aussi était-il attribué aux dieux, alors que les chefs même des nations cherchaient la gloire par cette voie. Le procédé pour fondre le bronze précieux est tellement perdn, que depuis longtemps c'est à peine si le hasard donne quelquefois ce que fart donnait toujours. De ces airains renommés dans l'antiquité, celui de Corinthe est !o plus recherché; le hasard en fit l'alliage dans l'embrasement qui suivit la prise de cette ville. La passion de bien des gens
pour cet airain a été surprenante; car on rapporte que la seule cause pour laquelle Antoine proscrivit ce Verres, que Cicéron avait fait condamner, fut que Verres avait refu3é de lui céder ses bronzes do Corinthe. Pour moi, je pense que la plupart n'affectent de se connaître en airain de Corînlhe que pour se dis^nguer, et qu'au fond ils n'y en-
tendent pas plus que les autres; je vais le prouver en peu de mots, Coriuthe fui prise la troisième année de la 158' olympiade, l'an de Rome 608 ; or, plus d'un siècle auparavant avaicntcessé de vivre ces siatuaires célèbres dont aujourd'hui toutes les statues sont dites en airain do Corinllie. C'est pourquoi, pourréfuternosprclendns connaisseurs, je marquerai l'époque des artistes, et, par la correspondance que je viens d'indiquer, il sera facile de passer des olympiades aux années do Home. 1! n'y a vraiment d'airain de Corinihe que les vases transformés par nos élégants tantôt
LKS METAUX.
en plats, tantôt en lampes ou en cuveltes, sans égard pour ces objets précieux. On distingue trois espèces d'airain de Corinthe : le blanc, qui
approcbe tout à fait de Téclal de l'aident, parce que la proportion de ce métal y a dominé ; le second, où la couleur jaune de l'or a prévala;
le troisième, où les trois métaux sont alliés par parties égales. Il est encore une quairiëme espèce d'airain, dont on ne peut rendre raisoD, bien que la main de l'homme en fasse l'alliage ; mais la fortune y a aussi une part : cet airain, précieux pour les diverses espèces de statues, a la teinte du foie; et pour cela il est nommé kèpatison; de beaucoup inférieur à l'airain de Corinthe, il l'emporte cependant sur ceux d'Égine et de Dùlos, qui longtemps ont tenu le premier rang.
258 LINDUSTRIE.
(( L'airain le plus ancienDement célèbre fut celui de Délos. On venait de tous les côtés de la terre aux marchés de cette Ile : ses fabricants remployaient à faire des pieds et des supports de lits de table. Ce fut par là qu'il fut d'abord mis en vogue, puis il s'éleva aux statues des dieux et aux effigies des hommes et des animaux.
(( L'airain d'Égine eut ensuite le plus de renom. Égine est une Ue qui ne produit pas d'airain, mais qu'ont rendue célèbre les alliages préparés dans ses ateliers. C'est là que fut pris le bœuf d'airain placé aujourd'hui dans le forum Boarium à Rome. 11 peut servir d'échantillon de l'airain d'Égine. Un échantillon de celui de Délos est le Jupiter placé au Capitole, dans le temple de Jupiter tonnant. Myron em-
Pig. 329. — Détail de l'oase d'un plat.
ployait l'airain d'Égine, Polyclôte celui de Délos. Contemporains et condisciples, leur rivalité s'étendait jusqu'à la matière dont ils se servaient.
« A Égine on ne travaillait spécialement que les bobèches des candélabres, comme à Tarente les fûts ; ainsi deux fabriques en partageaient l'honneur. On n'a pas honte de mettre à des chandeliers un prix égal à la solde d'un tribun militaire; des chandeliers, dont le nom vient évidemment de chandelle. Un de ces chandeliers fut vendu avec un singulier accessoire : le crieur public Théon fit un lot de ce chandelier et de Tesclave Glésippe, foulon de son métier, bossu d'ailleurs et désagréable à voir. Gegania acheta le lot 50,000 sesterces (10,500 francs); elle fit parade à table de son emplette, et exposa cet esclave, nu, à la risée des convives; puis s'étant éprise de lui, le mit sur son testament. Devenu immensément riche, Clésippe révéra ce chandelier comme une divinité; nouveau contingent aux histoires sur l'airain de Corinthe. Toutefois les mœurs furent vengées : il fit élever à la défunte un magnifique mausolée qui gardera éternellement au-
dessus du sol le souvenir de l'infamie de Gegania. Si on donne généralement à ces candélabres le nom de candélabres de Corinthe, quoiqu'il soit constant qu'aucun n'est de Corinthe, c'est qu'on se rappelle que Mummius détruisit cette ville; mais on oublie que sa victoire dispersa en môme temps les bronzes provenant de plusieurs villes d'Achaïe.
« Les anciens faisaient en airain les seuils môme et les portes des temples. Je trouve que Cnéius Octavius, qui fut décoré du triomphe naval pour avoir vaincu Persée (an de Rome 586), ût élever au cirque Flaminien un double portique appelé Corinthien, parce que les chapiteaux des colonnes étaient d'airain. Je trouve encore que le temple môme de Vesta fut couvert d'airain de Syracuse. C'est également en airain de Syracuse que sont les chapiteaux des colonnes du Panthéon placés par M. Agrippa. Les particuliers opulents ont aussi employé ce genre de luxe. Le questeur Sp. Carvilius, entre autres chefs d'accusation, reprocha à Camille d'avoir des portes d'airain à sa maison.
(( Quant aux lits de table, aux bufîets et aux tables à un pied en airain, ce fut, selon L. Pison, Cn. Manlius qui, après sa conquête de l'Asie, les apporta le premier lors de son triomphe, qui eut lieu Fan de Rome 567. D'après Valérius Antias, L. Crassus, héritier de l'orateur L. Crassus, vendit beaucoup de ces lits garnis d'airain. On fabriquait en airain des bassins de trépieds, nommés delphiques, parce qu'on en faisait surtout des offrandes à Apollon de Delphes. Les lustres, soit suspendus, soit portant les lumières comme les arbres leurs fruits, plaisaient aussi dans les temples. Tel est celui du temple d'Apollon Palatin : Alexandre le Grand l'avait enlevé lors de la prise de Thèbes et l'avait consacré au même dieu dans la ville de Cyme.
« L'art ensuite se mit communément à représenter les dieux. Je trouve que la première statue en bronze, faite à Rome, est celle de Gérés; les frais en furent pris sur le pécule de Sp. Cassius qui, aspirant à la royauté, fut mis à mort par son père. Des statues des dieux, l'airain passa aux statues et à la représentation des hommes, de diverses façons. Les anciens leur donnaient une teinte avec du bitume, ce qui rend d'autant plus surprenant qu'ensuite on se soit plu à les dorer. Je ne sais si cette dernière invention est romaine ; toujours esi-il qu'à Rome même elle n'est pas ancienne. On n'érigeait ordinairement de statues qu'à des hommes méritant l'immortalité par quelque action éclatante. Ce fut d'abord pour les victoires dans les jeux sacrés, et surtout dans les jeux olympiques. Là il était d'usage de consacrer la statue
de tous ceuï qui avaient remporté un prix. Quant à ceux qui avaient vaincu trois fois, on leur érigeait une statue qui était leur portrait : ce genre de statues est appelé iconique. le ne sais si ce ne sont pas les Athéniens qui les premiers ont dressé des statues aux frais du public; et cela à l'occasion des tyrannicides Harmodius et Arist(^ton. L« meurtre d'Hipparque eut lieu l'année où les rois furent c
Home. Par une émuJaiion lionorable, cet usayi; a été ensuite universellement adopté. Les places publiques de toutes les villes municipales se sont ornées de statues; le souvenir des personnages s'est perpétué, et Ton a inscrit te détail de leurs fonctions, que la postérité lira sur le socle de leurs statues, el non plus seulement sur leurs tombeaux. Bienlùt les maisons pariiculiércs et les atriums sont devenus autant de places publiques, et les clients se sont mis à honorer leurs patrons. » La fabrication du bronze a continué jusqu'à la fin de l'empire ro-
LES HÉTADX.
main, et la Gaule y a contribué pour une forte part. Des objets d'uo usage journalier, comme la bouteille trouvée près de Sauniur (fig. 330) et des bijoux d'une grande élégance, comme le collier en bronze que reproduit la figure 331 et qui a été trouvé également sur le sol de
la Gaule, montrent combien l'emploi du bronze était fréquent dans ce pays. Ce joli collier, composé d'une série de fers de lance accrochés à une petite cbalnette, suffirait aussi à prouver que chez les anciens, les bijoux de la plus grande distinction n'étaient pas toujours faits en métaux précieux.
Le fer. — Le fer était utilisé pour tous les întrumeots de l'agriculture, mais il était rarement employé dans le mobilier, et presque jamais il n'a servi de matière première aux ouvrages d'art. Cependant on cite quelques rares statues faites avec ce métal, n L'arltsle Aristonidas, dit Pline, voulant exprimer sur Alhamas le repentir succédant à la fureur après qu'il a précipité son fils Léarque, mêla le cuivre et le fer, afin que la rougeur de la confusion fCit rendue par la rouille qui se distinguait à travers l'éclat du cuivre : cette statue existe aujourd'hui encore à Thébcs. On a dans la même ville un tlercule de fer, œuvre d'AlcoQ, conduit à employer ce métal par la patience du dieu dans ses travaux. Nous vo\on3 aussi à Rome des coupes de fer consacrées dans le temple de .Mars Vengeur. » Ces rares exceptions confirment ce que nous disions : le bronze était en général préféré au fer pour les ouvrages d'une exécution soignée, et les magnifiques ferrures du moyen Hge et de la Renaissance ne paraissent pas avoir eu leurs analogues dans l'antiquité.
Nous connaissons peu de monuments relatifs au travail de la serrurerie. Cependant le musée de Sens conserve un bas-relief qui montre un ouvrier iravaillaot le fer (Gg. 332]. 11 est debout et tient d'une
main son marteau et de l'autre une barre de fer qu'il appuie sur une enclume. Ce monument, qui appartient à uuc basse époque, est d'un travail extrêmement grossier, mais il montre d'une façon très-nette les instruments dont se sert l'ouvrier.
Pig 332 Ti*TU
Les anciens repassaient les couteaux et autres instruments de métal sur des meules à aiguiser qui ressemblaient beaucoup aux nôtres, comme on peut en juger par la figure 333, tirée d'une pierre gravée antique. On remarquera que le petit amour repasseur fait tourner la meule avec un mouvement de son pied exactement comme cela a Ucu de nos jours.
« Les mines de fer, dit Pline le Naturaliste, se trouvent presque partout. L'Ile même d'Ilva (Elbe), sur la côte d'Italie, en produit. Los terres ferrugineuses se reconnaissent sans diilicullé k leur couleur. Le raine-
LES UËTAUX. Sd
rai se traite de la même manière que celui du cuivre; seulement eo Cappadoce, on se demande s'il est un présent de l'eau ou de la terre; car ce n'est qu'arrosé avec l'eau d'un certain fleuve que le minerai donne du fer dans les fourneaux. Les variétés de fer sont nombreuses, i^a première cause en est dans les différences du sol et du climat. Certaines terres ne donnent qu'un fur mou et approchant du plomb ; d'autres un fer cassant et cuivreux, détestable pour les roues et les clous, auxquels le fer mou convient; un autre n'est bon qu'en petits morceaux; on l'emploie pour les clous des bottines; un autre est trèssujet À la rouille. Tous ces fers s'appellent stricturx (gueuses), terme dont on ne se sert pas pour les autres métaux, et qui vient de slringere aàem {tirer le fer en barre)- Los fourneaux aussi établissent une grande diiïérence : on y obtient un certain noyau de fer servant à fabriquer l'acier dur, ou d'une autre façon, les enclumes compactes et les têtes de marteau. Mais la dilTérence la plus grande provient de l'eau dans laquelle on plonge le fer pig. 333.
incandescent ; cette eau, dont la bonté varie sui- uwis i rtfatet.
vani les lieux, a rendu fameuses pour la fabrication du fer certaines localités, (elles que Bilbiljs et Turiasson en Espagne, et Cdme en Italie, bien que ces endroits n'aient pas de mines de fer. Mats de tous les fers la palme est à celui de la Sérique, qui nous l'envoie avec ses élolTcs et ses pelleteries. Le second rang appartient à celui des Parthes. Ce sont les seuls fers oii il n'entre que de l'acier ; tous les autres sont mélangés d'un fer plus mou. Dans I empire romain, en certains endroits, le lilon donne du fer de cette qualité, comme en Norique ; c'est le procédé de fabrication en d'autres, comme à Sulmone; c'est la qualité de l'eau dans les lieux que nous avons cités plus haut. Il est aussi à observer que pour aiguiser il vaut mieux arroser la pierre avec de l'huile qu'avec de l'eau; l'huile rend le tranchant plus fm. Chose singulière! dans la calcinatlon du minerai, le fer devient liquide comme de l'eau, et, par le refroidissement, il devient spongieux. On est dans l'habitude d'éteindre dans l'huile les menus fragments de fer, de peur que leau ne les rende durs et cassants. Le sang humain se venge du fer, qui, lorsqu'il en a été mouillé, est plus promptement attaqué par la rouille.
ti De tous les métaux, c'est le fer qui est en plus grande abondance. Sur la côte de la Cantabrie que baigne l'Océan, il est une montagne
Mi L'INDUSTRIE.
trëa-ëlevée qui, chose incroyable, est tout entière de fer; nous en avons parlé en décrivant l'Océan. Le fer soumis à l'action du feu se g&le, si on ne le forge au marteau. Rouge, il n'est pas apte à être forgé; il faut qu'il commence à passer au blanc. Enduit de vinaigre ou d'alun, il devient semblable au cuivre. On le protège contre la rouille avec la céruse, le gypse et la poix liquide, préparation que les Grecs nomment anlipalhia. Quelques-uns prétendent qu'il y a en cela quelque cérémonie relieuse, et que dans la ville nommée Zeugma, sur l'Euphrate, est une chaîne de fer qu'Alexandre avait employée là à la conslruction d'un pont, et dont les anneaux renouvelés sont attaqués par la rouille, tandis que les anneaux primitifs en sont exempts, n
Les FORGES. — 11 est impossible de préciser à quelle époque on a commencé & employer le soulQet l'e forge, mais son usage doit être fort ancien, puisqu'on en trouve la représentation dans le tombeau de
Fig. 331. — Porge. (U'ipiia uns peintura d'an lombeiu igj|)li«a.)
Thouthm6s 111, près de Thèbes {fig. 33I|). Ces soufflets consistaient en sacs de cuir ajustés dans une boite d'où parlait un long tube chargé d'envoyer ie vent sur le feu. Il y avait deux de ces souffleta de chaque côlé du brasior; l'opérateur montait dessus de manière à en avoir un sous chacun de ses pieds et il tenait en même temps dans ses mains une corde qui soulevait uu des deux soufflets pendant que !e pied appuyait sur l'autre. On voit que ce système implique la connaissance de la soupape. La figure 335, tirée du même tombeau, montre également une forge; on y voitbien les tubes qui envoient l'air sur le feu, mais la manière dont ils s'emplissent n'est pas très-compréhensible.
Les iiistrumeois qu'on employait au temps d'Homère pour travailler les métaux ne paraissent ni très-nombreux ni très-compliqués.